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Chroniques
Comptes rendus

Introduction à une psychologie des songes et autres écrits : 1886-1896, textes réunis et commentés par Gross (Stefan)

Bruxelles, AML Éditions, coll. Archives du futur, 2024 (1re éd. 1985)
Laure Kazmierczak
p. 189-191
Référence(s) :

Maeterlinck (Maurice), Introduction à une psychologie des songes et autres écrits : 1886-1896, textes réunis et commentés par Gross (Stefan), Bruxelles, AML Éditions, coll. Archives du futur, 2024 (1re éd. 1985).

Texte intégral

  • 1 Stefan Gross a en effet retraduit vers l’allemand le « premier théâtre  » de Maeterlinck  : Maete (...)

1Début octobre 2024, les AML éditions ont réédité dans la collection « Archives du futur », consacrée aux lettres belges de langue française, ce recueil de textes de Maurice Maeterlinck réunis et commentés par Stefan Gross, spécialiste et traducteur allemand de l’auteur belge1. Publié pour la première fois en 1985 et réédité en 1989, l’ouvrage était épuisé. Le constat qui préside à la réédition de ce volume veut que même plus de 110 ans après avoir été distinguée par le prix Nobel de littérature (1911), l’œuvre de Maeterlinck n’a en rien perdu de sa modernité.

  • 2 Maeterlinck (Maurice), «  Lettre à Edmond Picard  », dans L’Art moderne, 29 novembre 1891, p. 380 (...)
  • 3 Maeterlinck (Maurice), «  Confession de poète  » dans L’Art moderne, février 1890, p. 60-62, repr (...)

2Découpée en plusieurs parties qui reprennent contes et récits, maximes et réflexions, essais et comptes rendus, entretiens, correspondance et commentaires divers, ainsi qu’une postface de Gross, cette compilation intègre une sélection effectuée par le chercheur allemand parmi des textes divers écrits entre 1886 et 1896, période durant laquelle Maeterlinck est un auteur prolifique et fait publier les œuvres qui composent son «  premier théâtre  » (La Princesse Maleine, L’Intruse, Les Aveugles, Les Sept Princesses, Pelléas et Mélisande, Alladine et Palomides, Intérieur, La Mort de Tintagiles, Aglavaine et Sélysette), les traductions de Novalis et de Ruysbroeck l’-Admirable, les recueils Serres Chaudes et Douze Chansons, ainsi que l’essai intitulé le Trésor des Humbles. Si la critique a largement commenté le travail du poète, du dramaturge et de l’essayiste, Gross a à cœur, au gré de sa sélection, de mettre en lumière le travail de critique de Maeterlinck, mais surtout de théoricien du théâtre qui écrit, à Edmond Picard, avoir comme projet « une espèce de théâtre où, par-delà les caractères tant épuisés, je voudrais pouvoir rendre visibles certaines attitudes secrètes des êtres dans l’inconnu2.  » Ainsi, on dénombre dans ce recueil onze textes qui traitent soit directement, soit indirectement du théâtre, en même temps que la sélection opérée vise à mettre en lumière l’évolution et l’affirmation de l’écriture maeterlinckienne à travers les premiers textes en prose de l’auteur belge ainsi que l’édifiant « Confession de poète  ». Paru en 1890 et reproduit pour la première fois ici, le texte contient en substance tous les éléments qui fonderont la poétique de l’auteur  : la question du silence, de la mort, de l’indicible, du rapport entre création consciente et instinctive – elle-même intimement liée à la question du symbole inconscient  : «  J’ai, avant tout un immense respect pour tout ce qui est inexprimable dans un être, pour tout ce qui est silencieux dans un esprit, pour tout ce qui n’a pas de voix dans une âme, et je plains l’homme qui n’a pas de ténèbres en lui. […] Je crois que tout ce qui ne sort pas des profondeurs les plus inconnues et les plus secrètes de l’homme, n’a pas jailli de sa seule source légitime3.  » Ces morceaux choisis ont donc pour visée d’illustrer l’amplitude du travail créatif auquel se livre le jeune Maeterlinck, alors en quête d’une nouvelle esthétique, et peuvent dès lors s’adresser tant aux chercheurs qu’à un plus large public.

  • 4 Maeterlinck (Maurice), Deux contes. Le Massacre des Innocents. Onirologie, Paris, Crès, 1918.
  • 5 Mirbeau (Octave), «  Maurice Maeterlinck  », dans Le Figaro, 24 août 1890.

3Bon nombre de textes reproduits ici ont fait l’objet de rééditions préalables, à l’instar de «  [Ruysbroeck l’Admirable]  », «  À propos de Solness le Constructeur (Le Tragique quotidien)  », «  À propos de L’Œuvre (l’Étoile)  » ou encore «  [Novalis]  », qui figurent tous dans l’essai Le Trésor des Humbles publié en 1896, mais dans des versions remaniées. Il en va de même pour les contes «  Le Massacre des Innocents  » (1886), «  Les Visions typhoïdes  » ou «  Onirologie  » (1889), dont les textes présentés ici ne diffèrent que peu des rééditions précédentes4. Pour ce qui est de ce dernier conte, il aurait été par ailleurs intéressant de le mettre en rapport avec des extraits du drame La Princesse Maleine ainsi que du recueil Serres Chaudes, eux aussi publiés pour la première fois en 1889, et ce afin d’illustrer les différentes expérimentations auxquelles se livre l’auteur avant d’être adoubé en 1890 par Octave Mirbeau dans Le Figaro5. Quant aux citations du Cahier bleu, qui a fait l’objet d’une édition critique intégrale publiée en 1976 dans Les Annales de la Fondation Maurice Maeterlinck, celles-ci se révèlent plus anecdotiques.

4Les spécialistes de Maeterlinck liront donc cet ouvrage en ayant à l’esprit différents recueils ou éditions critiques, tels que Le Trésor des Humbles, le Cahier bleu, les Carnets de travail (1881-1890), une publication de 2002 établie et annotée par Fabrice van de Kerckhove («  Archives du futur  »), ou encore les récentes rééditions dans la collection «  Espace Nord  » des drames du «  premier théâtre  » de Maeterlinck agrémentés d’un important appareil critique, lui aussi fruit du travail de van de Kerckhove. Il est donc à déplorer que cette présente réédition d’un texte publié pour la première fois en 1985 n’ait pas été augmentée. À titre d’exemple, la liste des ouvrages conseillés qui se trouve sous la rubrique «  À consulter  » est identique aux précédentes éditions et cite, pour source la plus récente, un ouvrage de Gross paru en 1983, occultant de ce fait la vitalité des études maeterlinckiennes auxquelles les travaux de van de Kerckhove, mais aussi ceux de Gérard Dessons avec l’ouvrage Maeterlinck, le théâtre du poème, paru en 2005, ont insufflé un nouvel élan. En outre, l’addition d’une préface (ou d’une postface augmentée) aurait été la bienvenue pour justifier et commenter la réédition de cet ouvrage, information que l’on retrouve brièvement en quatrième de couverture. Outre cet ajout succinct, la seule modification apportée concerne la première de couverture qui présente un visuel distinct des éditions antérieures. L’illustration reprise, une affiche réalisée pour la pièce Annabella de John Ford traduite et adaptée par Maeterlinck, peut s’interpréter comme un clin d’œil à la question de l’intertextualité, une des thématiques qui sous-tend en filigrane le recueil de Gross. Dans ses écrits consacrés au théâtre, Maeterlinck fait part de son admiration pour le théâtre élisabéthain et les œuvres de Shakespeare qui compteront parmi ses plus importantes sources d’inspiration, comme l’a d’ailleurs largement commenté van de Kerckhove dans ses publications précitées.

  • 6 Strohmann (Dirk), Die Rezeption Maurice Maeterlincks in den deutschsprachigen Ländern (1891-1914)(...)

5Bien qu’elle aurait donc gagné à être recontextualisée et enrichie des travaux récents consacrés à Maeterlinck, cette réédition a pour mérite de mettre en avant le travail réalisé par Gross, «  der bedeutendste deutsche Maeterlinckforscher der Gegenwart6  » («  le plus grand spécialiste allemand contemporain de Maeterlinck  », traduction personnelle) ainsi que des textes, pour certains encore restés confidentiels, du seul récipiendaire belge du prix Nobel de littérature.

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Notes

1 Stefan Gross a en effet retraduit vers l’allemand le « premier théâtre  » de Maeterlinck  : Maeterlinck (Maurice), Die frühen Stücke, Bd. 1. Traduction Gross (Stefan), München, Text und Kritik, 1983, et Maeterlinck (Maurice), Die frühen Stücke, Bd. 2. Traduction Gross (Stefan), München, Text und Kritik, 1983. Les deux textes ont fait l’objet d’une réédition en 2015.

2 Maeterlinck (Maurice), «  Lettre à Edmond Picard  », dans L’Art moderne, 29 novembre 1891, p. 380-381, repris dans Maeterlinck (Maurice), Introduction à une psychologie des songes et autres écrits  : 1886-1896. Textes réunis et commentés par Gross (Stefan), Bruxelles, AML Éditions, coll. Archives du futur, 2024 (1re éd. 1985), p. 183.

3 Maeterlinck (Maurice), «  Confession de poète  » dans L’Art moderne, février 1890, p. 60-62, repris dans Maeterlinck (Maurice), Introduction à une psychologie des songes et autres écrits  : 1886-1896. Textes réunis et commentés par Gross (Stefan), op. cit., p. 94.

4 Maeterlinck (Maurice), Deux contes. Le Massacre des Innocents. Onirologie, Paris, Crès, 1918.

5 Mirbeau (Octave), «  Maurice Maeterlinck  », dans Le Figaro, 24 août 1890.

6 Strohmann (Dirk), Die Rezeption Maurice Maeterlincks in den deutschsprachigen Ländern (1891-1914), Bern, Peter Lang, 2006, p. 29.

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Pour citer cet article

Référence papier

Laure Kazmierczak, « Introduction à une psychologie des songes et autres écrits : 1886-1896, textes réunis et commentés par Gross (Stefan) »Textyles, 68 | 2025, 189-191.

Référence électronique

Laure Kazmierczak, « Introduction à une psychologie des songes et autres écrits : 1886-1896, textes réunis et commentés par Gross (Stefan) »Textyles [En ligne], 68 | 2025, mis en ligne le 01 septembre 2025, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/textyles/7771 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14rn0

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