Forme et Identité chez Maeterlinck et quelques autres, édition posthume établie par Marc Quaghebeur et Jean Robaey
Angelet (Christian), Forme et Identité chez Maeterlinck et quelques autres, édition posthume établie par Marc Quaghebeur et Jean Robaey, Bruxelles, Peter Lang, 2024, 348 p.
Texte intégral
- 1 Études réunies et présentées par Jan Herman et Fernand Hallyn avec la collaboration de Kris Peete (...)
1Éminent spécialiste des littératures francophones des xviiie et xixe siècles, passeur et rénovateur actif de lettres belges, Christian Angelet (1934-2021) avait été célébré par ses collègues au moment de son éméritat, en 1999, par la publication d’un volume consacré à un de ses axes de recherche favoris : Le topos du manuscrit retrouvé. Hommages à Christian Angelet1. Ce nouveau volume posthume, Formes et identité chez Maeterlinck et quelques autres (2024), réalisé par Marc Quaghebeur et Jean Robaey, témoigne quant à lui d’un autre axe non moins important des recherches de Christian Angelet. En rassemblant certaines de ses contributions sur les lettres belges francophones – « [p]artie rarement citée du critique […] alors qu’il y fait montre d’une grande sagacité » (p. 10) – Quaghebeur et Robaey ont en effet admirablement perçu une autre préoccupation, plus latente peut-être, des travaux de l’universitaire gantois : l’épineuse mais stimulante question de « la quête de l’identité du sujet poétique » (p. 11). Que ce soit dans la contribution portant sur « La notion de symbole chez Gourmont et Huysmans » dans laquelle Angelet analyse ce que l’évolution du symbole dans les œuvres des auteurs révèle malgré eux (p. 57-58) ; dans celle intitulée « À propos de Rimbaud : comparaison, métaphore, identification » où Angelet démontre que le poète français fait « de la comparaison un emploi étonnant » (p. 80) afin de donner corps à une nouvelle compréhension de soi (« Je est un autre ») ; ou encore dans celle sur « André Gide et la Belgique fin de siècle » dans laquelle il s’éloigne des études duelles habituelles (« Gide et Maeterlinck ou Gide et Verhaeren, c’est bien, mais c’est boiteux aussi », p. 108) pour montrer « [qu’] à force de penser ces échanges en termes de couples […] on risque de manquer l’essentiel » (p. 106), Angelet n’a de cesse de montrer comment les modalités textuelles et narratives permettent aux auteurs d’interroger la notion d’identité.
- 2 Dans Figures III (1972), Gérard Genette compare le fonctionnement des textes de Proust à celui d’ (...)
2Cette mise en lumière des jeux et enjeux du « Je » trouve sans doute son expression la plus aboutie dans l’article que l’universitaire gantois consacre au premier roman majeur d’André Baillon : « Le romancier et ses personnages dans Histoire d’une Marie ». En plus de mettre en évidence un grand nombre d’éléments qui font de Baillon un auteur majeur de la modernité belge (p. 223 sq.), Angelet propose le concept de « polyvocalité » (p. 228) qu’il présente comme un « grand jeu narratif » (p. 228) dans lequel se mêlent et s’entremêlent les voix des personnages, du narrateur et de l’auteur. Reprenant une formule que Gérard Genette et Serge Doubrovsky ont utilisée avant lui au sujet de l’autofiction2, Angelet explique que cette imbrication particulière des voix fictionnelles et autobiographiques engendre un « [é]trange tourniquet » (p. 238) dévoyant le lecteur vers « la question incontournable » (p. 238) que le récit initie, soutient, réfute et annule : « Boulant est-il un double de Baillon ? » (p. 238). Le texte sert-il l’enquête de soi du romancier ?
3En conclusion, si les questions du symbole, de la métaphore et de l’allégorie, si chères au critique, se retrouvent dans la quasi-totalité des vingt contributions (publiées entre 1977 et 2010 et passant par la Belgique et la France, de Huysmans à Otto Ganz) qui composent ce volume, l’ouvrage que proposent Quaghebeur et Robaye renouvelle notre vision du critique en attirant notre regard sur une facette méconnue de ses travaux (voire de la littérature belge des xixe et xxie siècles). On regrettera peut-être simplement que les dates de parution ne suivent pas directement le titre des contributions (bien que celles-ci soient données dans la bibliographie exhaustive des travaux d’Angelet, fournie en début d’ouvrage) ou encore que l’organisation du volume ne soit pas plus expliquée dans l’introduction. Enfin, on remerciera Christian Angelet de préférer ne pas établir de liens entre les différentes œuvres des auteurs qu’il étudie : il laisse ainsi aimablement la parole à d’autres chercheurs et chercheuses pour venir étoffer, compléter – et parfois nuancer – ses propres constats.
Notes
1 Études réunies et présentées par Jan Herman et Fernand Hallyn avec la collaboration de Kris Peeters, Louvain / Paris, Peeters, 1999.
2 Dans Figures III (1972), Gérard Genette compare le fonctionnement des textes de Proust à celui d’un « tourniquet », « chaque exemple [pouvant] soulever […] un débat infini entre une lecture de la Recherche comme fiction et une lecture de la Recherche comme autobiographie » (p. 50, note 1). Dans Autobiographiques : de Corneille à Sartre (1988), Serge Doubrovsky utilise la même image au sujet de l’autofiction : « [u]n curieux tourniquet s’instaure alors : fausse fiction, qui est histoire d’une vraie vie […]. Ni autobiographie ni roman, donc, au sens strict, il [i.e. son récit Fils] fonctionne dans l’entre-deux, en un renvoi incessant, en un lieu impossible et inadmissible ailleurs que dans l’opération du texte » (p. 69-70).
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Adrien Chiroux, « Forme et Identité chez Maeterlinck et quelques autres, édition posthume établie par Marc Quaghebeur et Jean Robaey », Textyles, 68 | 2025, 192-193.
Référence électronique
Adrien Chiroux, « Forme et Identité chez Maeterlinck et quelques autres, édition posthume établie par Marc Quaghebeur et Jean Robaey », Textyles [En ligne], 68 | 2025, mis en ligne le 30 septembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/textyles/7783 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14rn1
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page

