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Chroniques
Comptes rendus

La Pologne des Belges. Évolution d’un regard (xxe – xxie siècle)

Cracovie, Unum Press, 2021
Martina Mecco
p. 193-196
Référence(s) :

Szczur (Przemysław), dir., La Pologne des Belges. Évolution d’un regard (xxe – xxie siècle), Cracovie, Unum Press, 2021.

Texte intégral

1La Pologne des Belges. Évolution d’un regard (xxe – xxie siècle), collection d’essais publiée en 2021 à Cracovie sous la direction de Przemysław Szczur, poursuit le projet ambitieux de donner une image interdisciplinaire à propos de l’évolution des relations entre la Belgique et la Pologne sur une période allant du xxe siècle à nos jours. S’appuyant sur les théories de Daniel-Henri Pageaux, le volume part d’un principe clé pour les études liées au concept de transfert culturel  : l’inhomogénéité de l’image d’un pays chez un autre, qui reflète une hétérogénéité foncière. Partant de ces prémisses, Szczur nous explique que l’objectif de l’ouvrage est de réaliser une étude imagologique, en organisant les différents chapitres selon un ordre structurel chronologique.

2Comme en témoigne la table des matières, les études réalisées par les chercheuses et chercheurs d’institutions polonaises et belges se démarquent par un principe d’interdisciplinarité évident. La cohérence et l’originalité du volume se constatent également du point de vue des genres des écrits proposés  ; à côté des articles académiques, nous trouvons trois témoignages de la part d’Alain van Crugten, Regina Bochenek-Franczakowa et Françoise Collinet. En reprenant les mots de Szczur dans la préface, ce volume se présente comme une tentative de reconstruction polyphonique des liens belgo-polonais. Cette approche est réalisée en rassemblant des contributions qui touchent à l’histoire, à la littérature, à la cinématographie ou encore à la sociologie.

3La première partie de la monographie est consacrée aux relations polono-belges antérieures à la Seconde Guerre mondiale. Bernard Wilkin retrace les étapes de l’émigration polonaise en Belgique depuis l’indépendance belge jusqu’à la fin du xxe siècle. Wiesław Mateusz Malinowski se concentre sur les représentations belges de la Pologne et des Polonais, en considérant également les prises de position en faveur de la Pologne de la part d’auteurs majeurs du contexte belge tels que Maurice Maeterlinck, Émile Verhaeren ou Camille Lemonnier. À propos de la représentation de la Pologne chez les auteurs belges francophones, l’éditeur Przemysław Szczur problématise, dans la dernière partie du livre, l’érotisation des Polonaises en partant du mythe littéraire de «  la belle Polonaise  », que nous pouvons retrouver à la fin du xviiie siècle. Karolina Czerka consacre également une étude liée à la représentation de la Pologne dans la littérature belge francophone contemporaine, analysant la représentation de la Pologne dans le roman La chambre voisine (2001) de l’écrivain François Emmanuel. Małgorzata Gmurczyk-Wrońska examine les relations politiques entre la Belgique et la Pologne après la Première Guerre mondiale. L’autre facette du rapport entre la Belgique et la Pologne est mise en lumière par Yasmina Zian, qui, dans sa contribution, analyse les problématiques liées à l’émigration polonaise en Belgique en soulignant les mécanismes raciaux à l’encontre des immigrés juifs d’origine polonaise. La question de l’émigration en Belgique des communautés juives polonaises – depuis leur installation jusqu’à l’époque contemporaine, en passant par le traumatisme de la Shoah – est également abordée vers la conclusion de la monographie par Agnieska Kukuryk, qui propose une contribution retraçant, à travers le prisme de la post-mémoire, l’histoire de trois membres de la famille Kalisky. Les relations entre la Belgique et la Pologne sont analysées sous un angle imagologique par Michel De Dobbeleer et Kris Van Heuckelom. En se concentrant sur la dimension flamande, ils examinent les œuvres de Willem Elsschot et s’interrogent sur les solutions aptes à représenter la relation entre «  nous  » et «  eux  ».

4Une partie essentielle de La Pologne des Belges concerne la période de l’entre-deux-guerres et rassemble deux contributions consacrées à l’histoire de la slavistique en Belgique. Dorota Walczak-Delanois et Cécile Bocianowski s’intéressent à la présence des études slaves à l’Université Libre de Bruxelles, mettant en lumière l’écho de l’image de l’identité polonaise dans la dimension multiculturelle de la capitale belge. L’étude de Laurent Béghin, intitulée «  Slavica leguntur. Henri Grégoire et la Pologne  », est consacrée au cas spécifique du chercheur belge, une figure «  aujourd’hui un peu oubliée  ». Reconstruire la vie et l’activité scientifique de Grégoire, cela induit de prendre en compte la pluralité d’un trajet de recherche qui entrelace des domaines aussi éloignés que la byzantinologie et la slavistique. Par ailleurs, considérer les rapports de Grégoire avec les études polonaises implique d’élargir la perspective à l’ensemble de l’Europe médiane. La contribution couvre le début de la carrière de Grégoire, marquée par la fondation de l’importante revue Le Flambeau (1918), à l’après-guerre, lorsque la «  polonophilie  » du byzantinologue s’estompe en raison de la guerre froide.

5Concernant la période de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide, le volume présente une riche sélection d’articles. Thierry Grosbois se consacre aux relations politiques entre la Belgique et la Pologne pendant le conflit, en analysant la question des petits et moyens pays. Quatre articles se concentrent sur la période de la guerre froide  : Józef Łaptos s’intéresse aux analyses des diplomates belges en Pologne, Wojciech Prażuch reconstitue les questions liées au projet de dénucléarisation de l’Europe centrale et Anne Morelli s’interroge sur la perception de la Pologne communiste par les communistes belges. Concernant les relations avec le gouvernement polonais communiste, Idesbald Goddeeris met l’accent sur un document d’archives qui témoigne de la collaboration entre l’homme politique libéral belge Roger Motz et les services secrets de la Pologne communiste. L’article de Kris Van Heuckelom retrace le lien entre la guerre froide et la contemporanéité, traitant d’un phénomène culturel qui se situe vers la révolution de Solidarność, à savoir la présence de personnages polonais dans le cinéma belge entre les années 1970 et 1980.

6La contemporanéité est abordée dans la partie finale  : outre les articles déjà mentionnés d’Agnieszka Kukuryk, de Przemysław Szczur et de Karolina Czerska, Ryszard Żelichowski réalise une synthèse critique des études consacrées à l’histoire polonaise chez les historiens flamands, constatant l’existence d’une école historique polonaise à Louvain/Leuven. José Luis Arráez consacre enfin un article à l’œuvre Un monde sur mesure (2017) de Nathalie Skowronek. L’analyse proposée du roman vise à reconstruire la «  topographie de la mémoire  » polonaise et à expliquer les mécanismes narratifs qu’elle recèle. La narratrice, en évoquant les événements de ses aïeux ashkénazes émigrés de Pologne à Charleroi, réalise une série de correspondances intra-historiques entre l’histoire officielle polonaise et la micro-histoire familiale. Grâce à un solide appareil théorique s’inspirant de Miguel de Unamuno à Carlo Ginzburg et approchant la théorie de la mémoire culturelle de Maurice Halbwachs, Arráez offre une lecture de la dimension sémantique et cognitive de l’œuvre.

7Bien que l’espace pour une description plus profonde de l’ouvrage soit limité, il convient de souligner à nouveau que la richesse du contenu offert est remarquable. Bien que certains travaux relatifs à ce sujet aient déjà existé, ce volume a le mérite de présenter une première tentative réussie de systématisation des rapports entre la Belgique et la Pologne en construisant un dialogue entre des approches analytiques plurielles. Vu dans une perspective plus ample, le volume La Pologne des Belges représente une contribution significative dans le cadre d’études transculturelles et multipolaires suivant une vision multidisciplinaire.

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Pour citer cet article

Référence papier

Martina Mecco, « La Pologne des Belges. Évolution d’un regard (xxe – xxie siècle) », Textyles, 68 | 2025, 193-196.

Référence électronique

Martina Mecco, « La Pologne des Belges. Évolution d’un regard (xxe – xxie siècle) », Textyles [En ligne], 68 | 2025, mis en ligne le 01 septembre 2025, consulté le 18 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/textyles/7791 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14rn3

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Auteur

Martina Mecco

F.R.S.-FNRS/ULB

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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