Bibliographie
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Notes
Patrice Thompson, « Le paysage comme fiction », Revue des Sciences humaines, t. LXXX, n° 209 : Écrire le paysage, Lille, Faculté des Lettres, 1988, p. 19.
Titre original complet : Der Tod des Empedokles oder : Wenn dann der Erde Grün von neuem euch erglänzt (La Mort d'Empédocle ou Quand le vert de la terre brillera à nouveau pour vous).
Littéralement « chant de deuil ». Le terme remonte au xviie siècle. Il désigne une forme théâtrale germanophone, largement inspirée par la tragédie grecque classique, modernisée à l’aune du lyrisme baroque puis du transcendantalisme romantique. Voir, Jean-Marie Valentin, « Les mots, les choses, l’histoire. Repères pour une définition », xviie siècle, vol 47, n° 189 : La Tragédie baroque en Allemagne, Jean-Marie Valentin (dir.), Paris, Université de la Sorbonne, 1995, notamment p. 553-562.
Friedrich Hölderlin, La Mort d’Empédocle (Der Tod des Empedokles, 1798), texte établi et traduit pour leur film par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, en collaboration avec D. E. Sattler, Toulouse, Ombres, 1987. C’est, à ma connaissance, la seule traduction française de cette version depuis celle d’André Babelon, publiée chez Gallimard en 1929.
Voir Othon (1969) joué sur le Palatin, Antigone (1991) dans le théâtre antique de Ségeste (Sicile), Moses und Aron (1974) chanté dans l’amphithéâtre d’Alba Fucens (Abruzzes)…
« La première version (la berlinoise) était déjà connue […] comme la version du lézard, car dans cette version – pendant qu’Empédocle prend congé de ses trois esclaves – un lézard entre dans le champ qu’il traverse vers la gauche en montant deux marches. Maintenant on peut nommer la troisième version (la hambourgeoise) la version du coq […] Nous sommes très fiers, avec ces trois versions de notre film, d’avoir commis […] un attentat contre l’unicité de l’œuvre d’art », ajoute Straub, avec la pondération qui le caractérise. Voir « Une lettre de Jean-Marie Straub sur La Mort d’Empédocle » datée du 20 août 1987, Jean-Marie Straub, Danièle Huillet. Aux distraitement désespérés que nous sommes, Louis Seguin, Paris, Cahiers du cinéma, 2007, p. 150.
Sur la route de Syracuse, Pausanias reproche à un paysan de refuser d’héberger Empédocle : « […] und todesmüd / und dürstend lässest du ihn drauβen stehn / an diesem Tage, wo das harte Wild / zur Höhle sich vorm Sonnenbrande flüchtet ? » ; « […] et mourant de fatigue / et assoiffé tu le laisses se tenir dehors / en ce jour où les animaux sauvages endurcis / fuient dans la caverne la brûlure du soleil ? », Friedrich Hölderlin, La Mort d’Empédocle, op. cit., p. 102-103.
Espèce de bouleau endémique des pourtours de l’Etna (betula aetnensis) dont le bois est particulièrement blanc et les feuilles plus petites que l’essence ordinaire.
« Da rauscht’ es anders denn zuvor im Hain, / und zärtlich tönten ihrer Berge Quellen, / und feurigmild im Blumenothem wehte / der stille Geist der Göttlichen mir zu. / All’ deine Freuden Erde ! nicht wie du / sie lächelnd reichst den Schwächern, herrlich, wie sie sind, / und warm und wahr aus Müh und Liebe reifen, / sie alle gabst du mir […] » ; « Alors cela bruissait autrement dans le bois, / et tendrement résonnaient les sources de sa montagne / et ardemment clément dans l’haleine des fleurs soufflait / l’esprit tranquille des Divins vers moi. / Toutes tes joies, Terre ! non comme tu / les tends souriantes aux plus faibles, magnifiques, comme elles sont, / et chaudes et vraies de peine et d’amour mûrissent, / toutes tu me les donnas […] ». Ibid., p. 38-39.
C’est, très brièvement résumé, ce qu’expriment un poème écrit vers 1800 (à l’aube, l’éveil de la nature y inspire l’« âme » du poète, à même d’en pressentir la puissance et la beauté créatrice) et le commentaire qu’en propose Martin Heidegger dans un article intitulé par les premiers mots de ce poème : « Comme au jour de fête… » [Wie wenn am Feiertage…, 1941], Approche de Hölderlin [1962], Paris, Gallimard, 1973, pp. 63-98. Voir aussi Françoise Dastur, « Nature et poésie », Hölderlin. Le Retournement natal, Paris, Encre Marine, 2013, p. 87-139 : largement consacrée à Hyperion et au Fondement d’Empédocle (essai écrit avant la troisième version du Trauerspiel), cette étude prolonge l’interprétation heideggerienne en relisant l’œuvre de Hölderlin à l’aune du contexte idéaliste allemand (Schlegel, Schiller, Schelling…) et des concepts héraclitéens de l’Un et du Tout. Par ailleurs, Theodor Adorno insiste sur l’écriture paratactique des poèmes tardifs de Hölderlin qu’il analyse comme l’aboutissement de son œuvre et une véritable « réconciliation » de l’homme et de la nature grâce à la poésie : en tant que renoncement au pouvoir organisateur de la syntaxe et du point de vue énonciateur, la parataxe invite le poète à trouver le fondement de son écriture en dehors des règles de l’expression conventionnelle, et même en dehors de sa propre subjectivité (censée être surplombante vis-à-vis de la nature), raison pour laquelle la parataxe tend vers une forme d’expression en partie non-intentionnelle et permet au poème de s’ouvrir à la nature et de la « recevoir » en son sein par l’intermédiaire des mots et des propositions paratactiquement juxtaposées. Voir Theodor Adorno, « Parataxe » [Parataxis: Zur späten Lyrik Hölderlins, 1963], Notes sur la littérature, Paris, Flammarion, 1984, p. 307-350 et Camilla Flodin, « Remembering nature through art: Hölderlin and the poetic representation of life », Intellectual History Review, vol. 31, n° 3 : The Concept of Life in German Idealism, 2021, p. 411-426.
« Hölderlin’s idealization of Greek landscape and culture is of course facilitated by the fact that he had never seen the country with his own eyes and could therefore allow a mythical “Greece” to function as an imaginary homeland […] Greece functions […] as the origins of poetry, where literature, religion and landscape were once one », William S. David, « Intellectual Intuition: With Hölderlin, “Lost in the Wide Blue” », Romanticism, Hellinism, and the Philosophy of Nature, Cham, Palgrave Macmillan, 2018, p. 33.
Voir Françoise Dastur, « Nature et Poésie », op. cit., et Robert J. Richards, « Schelling: The Poetry of Nature », The Romantic Conception of Life. Science and Philosophy in the Age of Goethe, Chicago, London, The University of Chicago Press, 2002, p. 116 et suiv.
Antonio Costa (dir.), CiNéMAS, vol. 12, n° 1 : Le Paysage au cinéma, Montréal, 2001 ; Denis Cosgrove, Social Formation and the Symbolic Landscape [1984], Madison, University of Wisconsin Press, 1998.
Robert Bonamy, Le Fond cinématographique, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 22-23.
Le fond-résistant repéré dans Europa 2005 est plus frontalement politique et en prise avec l’actualité (la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré à Clichy-sous-bois, les émeutes urbaines survenues ensuite) que celui de Cézanne.
Ibid., p. 135.
Ibid, p. 136.
Joachim Gasquet, Cézanne, Paris, Les Éditions Bernheim Jeune, 1921.
Robert Bonamy, Le Fond cinématographique, op. cit., p. 136.
Schwarze Sünde est consacré à la dernière version de Der Tod des Empedokles, écrite par Hölderlin en 1799. Comme pour La Mort d’Empédocle, le texte a été traduit pour le film et a fait l’objet d’une publication bilingue chez Ombres en 1989.
Son suicide dans le cratère du volcan.
André Gardies, Décrire à l’écran, Québec, Paris, Nota Bene, Méridiens Klincksieck, 1999.
Notamment Christian Metz, Essais sur la signification au cinéma, t. I et II [1968, 1972], Paris, Klincksieck, 2003.
Philippe Hamon, Du descriptif, Paris, Hachette, 1993.
André Gardies, Décrire à l’écran, op. cit., notamment p. 29-39.
Gardies emprunte l’expression à Philippe Hamon (Du descriptif, op. cit., p. 5), qui définit le descriptif comme « un effort pour résister à la linéarité contraignante du texte, au post hoc ergo propter hoc des algorithmes narratifs », et comme « un mode d’être des textes [où] se met en scène une utopie linguistique, celle de la langue comme nomenclature, celle d’une langue dont les fonctions se limiteraient à dénommer ou à désigner terme à terme le monde, d’une langue monopolisée par sa fonction référentielle d’étiquetage d’un monde lui-même “discret”, découpé en “unités”. » (Ibid.)
Le terme de dispositio (taxis [τάξις] chez les Grecs) concerne l’organisation des parties du discours, leur « bon ordre » et leur arrangement (traduction littérale de τάξις dans le Bailly).
André Gardies, Décrire à l’écran, op. cit., p. 101-102.
Les Mardis de la Femis, Paris, FEMIS, 1990 ; Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, « Schémas de repérage pour La Mort d’Empédocle », Écrits, Paris, Independencia Éditions, 2012, p. 173-179 ; Straub-Huillet, « Der Tod des Empedokles », https://www.straub-huillet.com/2016/04/22/der-tod-des-empedokles-oder-wenn-dann-der-erde-grun-von-neuem-euch-erglanzt/ [consulté le 27 avril 2021].
Philippe Hamon, « L’explication descriptive », op. cit., p. 60-64.
La logique de cette règle est d’enfermer les personnages au centre d’un espace scénique circonscrit par la caméra, celle-ci ne devant se positionner que sur la moitié et non sur la totalité du cercle susceptible de les entourer pour que les raccords réussissent.
Je cite les indications des plans 123 à 128, Friedrich Hölderlin, La Mort d’Empédocle, op. cit., p. 133-144, (96 e-105e min).
Voir l’article en grande partie consacré à ce « discours testamentaire » : Holger Schmidt, « De la révolution des états d’esprit et des modes de représentations », Hölderlin et la France, Nicole Parfait (dir.), Paris, L’Harmattan, 1999, p. 97-124.
Cinquième carton du générique de début, lettres vertes sur fond noir.
La conjonction « Wenn dann » ajoutée au sous-titre se trouve une dizaine de vers auparavant, la strophe consistant en un flot de subordonnées. Quant à la coupe du décamètre à l’écran, elle met « der Erde Grün » au centre de l’espacement du sous-titre.
Au milieu des années 1770, Joseph Priestley a « vraisemblablement suspecté l’absorption de gaz carbonique et […] entrevu le rôle bénéfique de la lumière » mais sans « corréler ces faits ». En 1779, en analysant les mélanges gazeux grâce à son eudiomètre, « en trois mois, [Jan] Ingen-Housz a tout découvert des effets de la lumière sur les plantes […] il ressort de sa préface que la purification de l’air par les plantes n’est pas le fait de l’organisme végétal tout entier : cette fonction est restreinte aux parties vertes, et à la condition qu’elles soient éclairées ». En 1782, Jean Senebier publia ses Mémoires physico-chimiques sur l’influence de la lumière solaire pour modifier les êtres des trois règnes, surtout ceux du règne végétal. Voir Claude Lance, Respiration et photosynthèse. Histoire et secrets d’une équation, Les Ulis, EDP Sciences, 2013, p. 124 et p. 126-128.
Barton Byg, « Language in Exile: Hölderlin’s The Death of Empedocles », Landscape of Resistance. The German Films of Danièle Huillet and Jean-Marie Straub, Berkeley, University of California Press, 1995, p. 178-198, notamment les parties intitulées « Hölderlin and the German Left » et « Language, Nature, and Progress », p. 184-191.
Holger Schmidt, « De la révolution des états d’esprit et des modes de représentations », op. cit. Voir aussi, tout simplement, le vocabulaire des quatre éléments, les termes empruntés au latin (éther, nectar), l’invocation des « bons dieux », des héros…
Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres, XVIII.
Michael Riffaterre, « Le poème comme représentation : une lecture de Hugo », La Production du texte [1970], Paris, Seuil, 1979, p. 178-180.
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