Notes
Ce texte prolonge un certain nombre de mes travaux récents sur la délibération que je serai conduit à mentionner de temps à autre. En dehors de la fin, il est principalement issu de mon intervention au séminaire « Usages de l’interprétation, interprétations de l’usage » le 1er février 2018 à la Maison de la recherche de la Sorbonne Nouvelle.
J’adapte ici l’idée de Dominique Boullier d’une « conversation télé » (en famille, devant la machine à café) qui donne sens à notre relation avec la télévision : Boullier Dominique, La Conversation télé, Rennes, LARES, 1988.
Odin Roger, Les Espaces de communication, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2011.
Plutôt que de définir, dès maintenant, la notion d’interprétation, nous préférons la confronter à des notions proches (comme lecture) pour l’affiner progressivement. De même pour l’usage.
Odin Roger, op. cit., p. 123 et suivantes (en particulier l’analyse à la première personne de sa lecture – ou « expérience de spectateur » – d’une étape du Tour de France à la télévision), et dans ce volume, à l’occasion du dialogue final.
Il s’agissait de Whatever Works (2009), qui, contrairement à certains films, comme La Rose pourpre du Caire (1985), n’ont aucune raison diégétique de se passer de l’acteur Woody Allen dans la mesure où le personnage principal, qui s’adresse à la caméra qui plus est, est un misanthrope newyorkais contemporain désabusé, quasiment de l’âge de Woody Allen à l’époque, etc.
Eco Umberto, Confessions d’un jeune romancier, Paris, Grasset, 2013, p. 50-51.
Eco Umberto, Les Limites de l’interprétation, Paris, Grasset, 1992, p. 39-40.
Eco indique : « pour écrire ce chapitre, j’ai suivi le même itinéraire plusieurs nuits de suite, un dictaphone à la main, notant ce que je voyais et les impressions que je ressentais », parce que, explique-t-il, « j’aime avoir devant moi la scène que je décris dans mon récit », même s’il ne souhaite pas, souhaite-t-il préciser, « imiter le réalisme d’un Zola », Eco Umberto, Confessions…, p. 19 et p. 51.
Un cas célèbre est la façon dont Stendhal a été lu comme un auteur « réaliste » (au sens naturaliste) malgré ses propres mises en garde. Sans parler du « réalisme » des romans des xviie s. et xviiie s. qui renvoie davantage à un style « bas » ou comique, même si l’on y croise parfois l’étude de certains milieux. Sur cette ambition « sociologique » de la littérature : LEPENIES Wolf, Les trois cultures. Entre science et littérature, l’avènement de la sociologie, Paris, Éditions de la MSH, 1990. Eco, en ce sens, emprunte cette logique minutieuse au roman naturaliste, mais il se situe plutôt, en effet, dans la perspective du conte moral ou philosophique (critique de l’occultisme et de ses errements), tandis que son lecteur s’attache à cette logique descriptive sans prendre en compte dans sa lecture – d’après Eco – les enjeux philosophiques que l’écrivain envisageait. Son lecteur, naïf, illustrerait donc ce souci paranoïaque des occultistes qu’il vise à analyser et moquer (c’est ce qu’il souhaite apparemment imaginer : « je ne doute pas que mon lecteur s’efforce toujours de comprendre pourquoi Casaubon a gardé le silence sur ce feu et suspecte un autre complot des chevaliers du Temple », Eco Umberto, op. cit., p. 51). La défense d’Eco n’est pas tout à fait satisfaisante : outre cette façon de cataloguer son lecteur, la raison qu’il utilise pour justifier son choix d’écriture est un peu courte (« j’aime avoir devant moi la scène que je décris dans mon récit », Ibid.) et il pourrait plutôt s’interroger sur le fait que ce recours naturaliste à la description entraîne sans surprise ce genre de lecture en raison de l’usage courant qu’on en fait.
Perriault Jacques, La Logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer, Paris, Flammarion, 1989.
J’ai présenté quelques éléments sur la question de l’usage chez Schaeffer et Perriault en faisant un lien rapide avec l’approche wittgensteinienne dans Soulez Guillaume, « Dispositif, médium, média. Pour une analyse scalaire du ‘cinéma éclaté’ avec Pierre Schaeffer », Cinémas, vol. 29, n° 1, automne 2018, p. 67-87.
Se développent de plus en plus aujourd’hui des réflexions sur une herméneutique qui renouerait le dialogue avec les animaux et les plantes, mais, par souci de simplification, nous n’aborderons pas ces recherches dans le cadre de cet article.
Notamment Gadamer et à sa suite Jauss et Ricœur.
Auquel le présent rédacteur a participé. Dayan Daniel (dir.), Dossiers de l’audiovisuel, n° 104, Paris, Ina, juillet-août 2002.
Voir la célèbre enquête d’Elihu Katz et Tamar Liebes sur la réception internationale de Dallas au sein de six communautés différentes. Katz et Liebes distinguent ainsi, par exemple, les énoncés « référentiels » (J.R. est alcoolique) des énoncés « critiques » – au sens du jugement (« c’est un feuilleton qui montre la dégénérescence de l’Occident ») – au sein desquels apparaissent les interprétations. Katz Elihu et Liebes Tamar, « Six interprétations de la série Dallas » Hermès, « A la recherche du public », n° 11-12, CNRS Éditions, 1992, p. 125-144.
Fish Stanley, Is There a Text in this Class ? The Authority of Interpretive Communities, Boston, Harward U. Press, 1982.
https://hitek.fr/actualite/top-10-trailers_3336 [page consultée le 25 octobre 2017].
Cité in Soulez Guillaume, « Les agrégats délibératifs : et s’il n’y avait pas de “communauté” d’interprétation ? », « Networking Images », Théorème n° 17, Presses Sorbonne Nouvelle, 2013, p. 119-129.
Strip écrit par Jim Lawrence et dessiné par Paul Chadwick, Ron Harris puis Deryl Skelton pour le Los Angeles Times, de 1981 à 1984.
Libération, 20 novembre 2012.
Notice INA, CPF86632414, Enseignants-Enseignés, première diffusion : ORTF, 1re chaîne, 1er octobre 1972.
Voir, par exemple, la présentation de cette folle idée par http://www.desillusions.fr/2012/01/shining-le-da-kubrick-code/ [page consultée le 3 mars 2018].
« La France restitue vingt têtes maories à la Nouvelle Zélande », Le Monde, 23 janvier 2012. Il serait plus exact de dire que la France les restitue aux Maoris via la Nouvelle Zélande.
Selon l’usage religieux, les traits pertinents de l’objet sont la surface de la peau et les symboles, permettant un rite performatif de mise en relation avec les ancêtres ; selon l’usage artistique, les traits pertinents sont l’originalité des formes plastiques tatouées et leur finition permettant de les inscrire dans un récit de l’art (occidental) ; selon l’usage patrimonial (français), ce sont essentiellement des métadonnées sur la provenance et la location de l’œuvre qui sont en jeu, donc seule la présence matérielle de l’objet (quelle que soit sa forme finalement) compte ; selon un usage scientifique (biochimie), les éléments pertinents sont la peau, les cheveux qui permettent une analyse ADN en vue d’attester d’une identification fiable (singularité d’un être humain) ; selon l’usage bioéthique (relique humaine), tout ce qui relève de l’humanité de cet objet (hors de ses décorations et accessoires) est pertinent (au-delà de sa forme et de sa surface peinte) et engage une action (telle une restitution du corps) propre à respecter sa dignité de corps humain qui le distingue d’un objet artefactuel courant. Merci à Gian-Maria Torre qui m’a suggéré d’expliciter et détailler ces axes de pertinence. On trouvera une démarche logiquement assez voisine sur ce point chez Philippe Descola (voir plus loin l’article de Jean-Marc Leveratto) même si nous n’utilisons pas la notion d’« ontologie » et restons plus près d’une sémiotisation de la matérialité de l’image.
Soulez Guillaume, « La (dé-)libération de l’image », Flageul Alain (dir.), Les Dossiers de l’audiovisuel, « Le réel à l’épreuve des écrans », no 109, La Documentation française, 2003, p. 20-23. Une version intermédiaire se trouve dans la conclusion de Guillaume Soulez, Quand le film nous parle. Rhétorique, cinéma, télévision, Paris, PUF, 2011, et une version plus récente, intégrant la question de l’usage – « Le faire du film ou la triple délibération » – sera publiée en 2022 dans la revue La fémis présente numéro 2.
Schaeffer Jean-Marie, L’Image précaire : du dispositif photographique, Paris, Seuil, 1987.
Frappé par sa puissance d’oscillation entre figuration et abstraction, j’en avais parlé une première fois lors du colloque Tout ce que l’esthétique permet ! (à l’endroit et au-delà du cinéma) – Sorbonne Nouvelle, 15-18 février 2012 » (Soulez Guillaume, « Une pragmatique esthétique : de l’activation à la potentialisation », jeudi 16 février 2012), considérant que l’interprétation pouvait hésiter entre figuration et abstraction et demeurait finalement prise dans un mouvement de balancier permanent (différents traits pouvant nourrir l’une ou l’autre lecture), ce que je fis à partir d’une simple situation historique du tableau (1913-1914 étant souvent considérées comme des années pivot avec les premières œuvres abstraites de Kandinsky, Delaunay, etc.). La délibération m’apparaissait alors comme une « potentialisation » du sens des images et des sons. Je dirais plutôt aujourd’hui, plus pragmatiquement, en m’appuyant sur l’usage, que c’est l’usage qui agit (sous/sur) l’interprétation pour la faire travailler en multipliant à la fois les pistes et les paramètres de lecture.
Grammont Claudine, Notice « Porte-fenêtre à Collioure », Tout Matisse, Paris, Robert Laffont, 2018. Voir à ce sujet : Chassey Éric de, La Violence décorative. Matisse dans l’art américain, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1998.
Grammont Claudine, Ibid.
Serait-ce l’effet visé pour la fin des 400 coups ? Il ne semble pas, les spectateurs de l’époque l’ayant vu, qu’il l’approuve ou non, comme un réquisitoire contre une certaine éducation traditionnelle. Ce qui resterait en suspens c’est plutôt l’avenir du personnage, donc la fiction, ou « la morale de la fable ». Voir ce que dit, par exemple, « Calvacade », une spectatrice qui écrit à Cinémonde, en 1960, tel que le responsable de la rubrique courrier le restitue : « Calvacade, méfiante de nature, est allée voir Les 400 coups avec certaines réserves mentales, qui se sont rapidement évanouies. Elle est sortie absolument emballée. Par la musique de Jean Constantin d’abord, et surtout parce que Truffaut n’a pas cherché à romancer son film. Aucun souci de dénouement : Antoine, face à la mer, n’a pas un visage extasié. Il réalise un vieux désir, mais hélas pas dans les conditions rêvées : il sait qu’il n’est pas libre, il prend conscience de son enfance gâchée, c’est pourquoi son visage est d’autant plus amer et sombre lorsqu’il se détourne de la merveilleuse liberté, de la merveilleuse pureté de la mer. », Cinémonde, n° 1331, 9 février 1960.
Soulez Guillaume, « Les agrégats délibératifs… », art. cit.
Allociné.fr, Critiques spectateurs des Bureaux de Dieu, 4 mars 2010.
« […] Eco might someday be willing to join Stanley Fish and Jeffrey Stout in offering a thoroughly pragmatic account of interpretation, on which no longer contrasts interpretation with use », Richard Rorty, « The Pragmatic Progress », Eco Umberto (avec Rorty Richard et al.), Interpretation and Overinterpretation, Cambridge, Cambridge U. Press, 1992, p. 101.
« [Eco] insists upon a distinction between interpreting texts and using texts. This, of course, is a distinction we pragmatists do not wish to make. On our view, all anybody ever does with anything is use it [renvoi en note à Stout]. Interpreting something, knowing it, penetrating to its essence, and so on are all just various ways of describing some process of putting it to work. » (Rorty Richard, op. cit., p. 93). Dans le cadre d’une réflexion sur la critique littéraire défendant une conception que nous partageons très largement – « la critique littéraire peut être vue comme une opération recontextualisante proposant des contextes d’intelligibilité grâce à des redescriptions. Mais ces contextes d’intelligibilité doivent se penser aussi et avant tout comme des contextes d’usage. » (p. 110), Thomas Mondémé présente de façon particulièrement claire le débat entre Eco et Rorty (rapprochant de façon ingénieuse ce dernier de Barthes) dans Mondémé Thomas, « L’Acte critique : autour de Rorty et de Barthes », Tracés n° 13, 2007, p. 91‑114.
Michel Johann, Homo intepretans, Paris, Hermann, 2017.
Ibid., p. 308.
« Dans le De doctrina christiana, Saint Augustin affirme qu’une interprétation paraissant plausible à un moment donné du texte ne sera acceptée que si elle est confirmée – ou du moins si elle n’est pas remise en question – par un autre point du texte. C’est cela que j’entends par intentio operis. », Eco Umberto, Les Limites de l’interprétation, op. cit., p. 39.
Rorty indique en particulier qu’il n’y a pas de critère permettant d’établir la différence entre texte et contexte. L’intentio operis suppose, écrit-il : « (…) a distinction between getting inside the text itself and relating the text to something else. This is exactly the sort of distinction anti-essentialists like me deplore – a distinction between inside and outside, between the non-relationnal and the relationnal features of something. For, on our view, there is no such thing as an intrinsic, non-relationnal property. » Rorty Richard, op. cit., p. 94). Ce que je « lis » est-ce le produit de ce qui est écrit ou des compétences linguistiques, culturelles etc. qui forment mon contexte de lecture ? Pensons par exemple à l’usage québéquois du mot « char » pour dire voiture, deux lecteurs francophones le lisent grammaticalement de la même façon mais, si on est né en France, il faut connaître le sens québequois pour comprendre qu’il s’agit d’un usage tout à fait neutre pour désigner une voiture car une autre « lecture » est valide en français de France (on pourrait prendre ce mot pour une boutade par exemple) selon un autre usage possible (l’humour fait partie des modes de lecture standard). Ainsi, même si on part des mêmes données textuelles et même si on suppose un minimum partagé de compétence linguistique (ce qui ne représente qu’une partie des situations de lecture), cette lecture humoristique ne respecte pas le texte (selon Eco) si le passage ne comporte aucun autre indice d’humour à cet endroit, voire cherche à l’éviter. Le texte ne prévoit pas (dans ce cas) la possibilité d’une lecture humoristique : on ne peut donc pas réguler la lecture – distinguer usage et interprétation – en fonction d’une telle intentio operis.
Cet exemple d’un usage « innocent » du mot « char » – sans désir d’utiliser un texte (comme par hasard, on cherche souvent à utiliser un texte ayant une certaine aura dans une culture donnée) pour soutenir telle ou telle thèse – montre qu’il peut y avoir une différence entre « utilisation » et « usage » du point de vue de l’usage lui-même (selon des règles sociales qui rejettent des comportements lunatiques, pervers ou paranoïaques, etc. en les appelant « surinterprétations ») mais pas entre usage et interprétation. La « surinterprétation » existe socialement bien sûr, et heureusement, mais ce n’est pas l’intentio operis qui permet de l’identifier. De fait, quand on veut critiquer une « surinterprétation », on se réfère davantage à l’intentio auctoris (au sens étroit – l’auteur qui signe le texte – ou large – la société qui a produit ce texte, comme on disait à une certaine époque). Du coup, il vaut mieux dire qu’une société produit des textes et des usages de lecture de ces textes du même mouvement, usages qui protègent parfois et, selon un certain point de vue, le droit de regard de l’auteur sur les textes qu’il signe. Ces règles permettent de désigner certaines lectures comme des « surinterprétations » dans certains cas, en particulier quand le sens paraît aller à l’encontre du sens (souvent public) défendu par l’auteur identifié du texte (comme le prévoit, par exemple, ce qu’on appelle le « droit moral » de l’auteur sur son texte en droit français). Cette requalification de l’intentio auctoris dans un cadre social et historique donné (d’autres sociétés ne le pratiquant pas, ou différemment) permet de ne pas retomber dans les problèmes bien connus de l’ « intention » de l’auteur.
C’est tout un, comme j’ai essayé de le montrer en rappelant que la « lecture » a d’autres sources, notamment orales, ce que, par exemple, certaines dramatiques télévisées des années 1950-1960, ou certains films de Marguerite Duras réactivent dans le champ audio-visuel. Soulez Guillaume, « L’espace de la lecture. Reading and Meaning », Penser l’espace avec la littérature et le cinéma, New York, Peter Lang (coll. Film Cultures), 2021, p. 141-159.
Face à cette disparition du « texte », Jacques Aumont a rappelé pendant le séminaire à l’origine de cet article l’idée de Roger Odin selon laquelle l’existence d’un « texte » se vérifie en tant qu’il peut bloquer une lecture. Par exemple, si je vois un acteur connu au sein de ce que j’ai cru être un documentaire, le « texte » du film semble bloquer la lecture documentarisante, ce qui se passe d’ailleurs pour certains spectateurs des Bureaux de Dieu qui n’arrivent pas à « croire » à la dimension documentaire car ils n’arrivent pas à faire abstraction du fait que Nathalie Baye ou Béatrice Dalle sont à l’écran. On pourrait répondre que notre habitude du star-system français détermine un usage des corps célèbres qui fait que c’est cet usage qui surgit, malgré nous, lorsque nous reconnaissons tel ou tel acteur. Le même phénomène peut sans doute être identifié à propos d’autres paramètres du film. Ce n’est pas parce que nous sommes embarqués dans un type d’usage que les autres disparaissent, ils sont plutôt latents, comme des usages fantômes, et attendent d’être activés ; leur activation produite par l’habitude vient alors perturber le premier usage que nous avons mis en œuvre par une textualisation contraire. Ainsi, lors d’un séminaire de master en 2014, un étudiant étranger anglophone, ignorant complètement ces stars françaises contemporaines, n’avait à aucun moment été perturbé par le visage de ces stars qu’il ne connaissait pas, il documentarisa le film et fut très surpris quand il comprit la tension que ses camarades avaient éprouvée. La délibération peut justement naître de ces changements brutaux d’usage qui nous font mesurer les rails par lesquels nous étions guidés pour textualiser les taches et les bruits, et faire surgir d’autres possibles qui pourraient se faire jour (rétroactivement ou par anticipation), d’où l’intérêt à nouveau d’articuler usage et délibération.
Voir Soulez Guillaume, « L’espace de la lecture », art. cit. supra. Notons dans le même ordre d’idée que, tant que la notion de « texte » peut s’appliquer à d’autres supports que l’écriture (parce que cela nous aide à penser son artefactualité signifiante sur le modèle de l’écriture et de son déchiffrement), on peut parler de « textualisation », mais qu’on peut aussi parler simplement de sémiotisation d’un objet à interpréter lorsque l’usage nous dispense de parler de texte, ce qui peut être plus juste dans certains cas. Quelques jours après le séminaire, dans un courriel, Romain Bionda me confirma en ce sens les limites de la notion de « texte » pour l’analyse du spectacle théâtral.
Les deux opérations sont absolument liées (comme le rappelle Rorty : « […] I do not see any way to preserve the metaphor of a text’s internal coherence. I should think that a text just has whatever coherence it happened to pick up at the last roll of the hermeneutic wheel […] the coherence of the text is not something it has before it is described » Rorty Richard, op. cit., 97). Dans le même sens, Thomas Mondémé cite cette autre réflexion de Rorty dans Objectivisme, relativisme et vérité (trad. française 1994) : « la description d’une chose consiste à établir une relation entre elle et d’autres choses, et la possibilité de “saisir la chose elle-même” ne précède pas la contextualisation » (Mondémé Thomas, art. cit., p. 97).
Eco Umberto, I limiti dell’ interpretazione, Milan, La nave de Teseo, 2016.
Tout l’ouvrage le documente mais ce passage le dit plus explicitement : « En systématisant plusieurs propositions antérieures, Schleiermacher a inventé l’herméneutique moderne : la compréhension ainsi acquiert une valeur universelle, par un équilibre idéal entre interprétation auctoriale (les intentions) et interprétation grammaticale (la lettre du texte), contre l’arbitraire et l’excès de subjectivisme […] [Ce] modèle construit en grande partie contre l’exégèse et ses excès […] reste une inspiration pour l’interprétation d’œuvres de cinéma. », Aumont Jacques, L’Interprétation, Paris, Armand Colin, 2017, p. 84.
La vidéo a disparu mais on trouve un document qui présente le projet (et la liste des lecteurs) et de rapides extraits sur le site de Festi.TV (« la Web Télévision indépendante du Festival ») à cette adresse : https://www.festi.tv/Festival-Avignon-In-2017-Rencontre-Avec-Christiane-Taubira-On-aura-tout_v3507.html [page consultée le 14 mars 2021.]
« – (…) j’ai fait dans cette histoire une chose que je n’aurais jamais dû me permettre… un flash-back qui était un mensonge.
– On vous l’a beaucoup reproché, les critiques français également. », Hitchcock Alfred & Truffaut François, Hitchcock/Truffaut, Paris, Ramsay, 1983, p. 158.
« Dans les films, nous acceptons très bien qu’un homme fasse un récit mensonger. Par ailleurs, nous acceptons très bien aussi, lorsqu’un personnage raconte une histoire passée, que celle-ci soit illustrée en flash-back comme si elle se déroulait au présent. Dans ce cas, pourquoi ne pourrions-nous pas également raconter un mensonge à l’intérieur d’un flash-back ? », Ibid.
C’est ce que formule ainsi Olivier Père : « C’est (…) en coulisses (grâce à un micro dissimulé), puis sur scène, que va se dénouer de façon violemment cathartique l’énigme. Simple whodunit ? Peut-être. Mais aussi une mise en équation ludique des principaux motifs hitchcockiens. La vérité, c’est le théâtre. Le monde (ou le cinéma), c’est le mensonge. Le flash-back abusif du début en devient alors excusable, sinon logique. », Les Inrockuptibles, 20 janvier 1999.
https://www.allocine.fr/film/fichefilm-2162/critiques/spectateurs/ [page consultée le 30 mars 2020].
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