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Notes
La pragmatique « étudie non le langage lui-même, mais l’usage qui en est fait. En tant qu’étude du comportement empirique des sujets parlants, elle est plus proche de la psychologie ou de la sociologie que de la logique ou de la linguistique » : Récanati François, « Le Développement de la pragmatique », Langue française n° 42, 1979, p. 8.
Les conclusions de Hans Gadamer ou de Heidegger, dit-il, des auteurs souvent rangés parmi les herméneutes, ne sont pas pas si éloignées que cela de celles de pragmatistes comme John Dewey ou de Stanley Fish. Et même Richard Rorty a beaucoup de points communs avec l’« herméneutique radicale » : Shusterman Richard & Malecki Wojciech , « Making Sense of Critical Hermeneutics : Pragmatist Reflections », The Agon of Interpretations. Towards a Critical Intercultural Hermeneutics, Xie Ming (dir.), Toronto, U. of Toronto Press, 2014, p. 233.
Shusterman Richard, L’Objet de la critique littéraire, trad. fr., Paris, Questions théoriques, 2009, p. 172-176.
Davies Stephen, « Relativism in Interpretation », The Journal of Aesthetics and Art Criticism, vol. 53, n° 1, hiver 1995, p. 8.
Marcel Mauss a repéré cette « traduction » dans les années 1930. Voir Leveratto Jean-Marc, « Les Techniques du corps et le cinéma. De Marcel Mauss à Norbert Elias », Le Portique n° 17, 2006.
Nous suivons ici les définitions typologiques de Carroll Noël, Philosophy of Art : A Contemporary Introduction, New York, Routledge, 1999.
Margolis Joseph, Art and Philosophy. Conceptual Issues in Aesthetics, Brighton, Harvest Press, 1980, p. 109.
Dans le présent numéro de Théorème, Martin Lefebvre parle d’« illusion » à propos de ces limites.
Le paradoxe du tas, souvent associé à l’« argument de la pente glissante », doit son nom à l’impossibilité de déterminer avec certitude à quel moment un ensemble d’objets (des grains de sable, par exemple) ne mérite plus le nom de tas cependant qu’on retire (ou qu’on ajoute) un à un les éléments qui le constituent comme tel. Tout un chacun sent intuitivement dans quelles conditions il est approprié de parler d’un tas, tout en demeurant incapable d’énoncer précisément ces conditions.
Voir Jullier Laurent & Lefebvre Martin, « Les Chiens de faïence », Mise Au Point n° 8 : « Chapelles et querelles des théories du cinéma », 2016, https://journals.openedition.org/map/2114 [page consultée le 30-05-2018].
Le très sérieux TLF (Trésor de la langue française) donne comme définition de l’exégèse « Analyse interprétative [sic] d’un texte, de la pensée d’un auteur »… À sa décharge, l’étymologie du mot exégèse contient déjà des contradictions, puisqu’elle part d’un mot grec signifiant « exposition de faits historiques » pour finir par désigner l’« interprétation d’un texte biblique ».
Margolis Joseph, Art and Philosophy, op. cit., p. 124, 127.
Aumont Jacques, Comment pensent les films. Apologie du filmique, Paris/Sesto San Giovanni, Mimesis, 2021, p. 116. Pour la place de ce concept dans l’histoire des arts, voir Martin Jessie, Décrire le film de cinéma : au départ de l’analyse, Paris, PSN, 2011, chap. « La description comme procédé littéraire et sa relation au “donner à voir” », et les deux suivants, p. 13-47.
Margolis Joseph, Art and Philosophy, op. cit., p. 110, 111, 117.
Eror Gvozden, « L’Idée de la nécessité de l’interprétation », 2009 (http://thomasdretart.over-blog.com/article-32028218.html [page consultée le 30-05-2018].
Quintilien, Institution oratoire, L. IX, ch. 1, trad. fr., 1875, dom. public.
Locke John, Essai sur l’entendement humain, L. II, ch. 8, trad. fr., 1735, dom. public.
Margolis Joseph, Art and Philosophy, op. cit., p. 122, 160 (Monroe Beardsley n’a jamais accepté cette constatation, remarque-t-il p. 116).
Récanati François, « Le Développement de la pragmatique », op. cit., p. 19 (citant un inédit de Herbert Paul Grice, Logic and Conversation, 1967).
Margolis Joseph, « Reinterpreting Interpretation », The Journal of Aesthetics and Art Criticism, vol. 47, n° 3, été 1989, p. 237-238.
Margolis Joseph, Art and Philosophy, op. cit., p. 151-152.
Ibid., p. 113.
Fish Stanley, Is There a Text in This Class? The Authority of Interpretive Communities, Harvard, Cambridge U. Press, 1980, p. 354, 355.
Rorty Richard, « The Pragmatist’s Progress », Umberto Eco et al., Interpretation and Overinterpretation, Cambridge, Cambridge U. Press, 1992, p. 97 et p. 100. Nous reprenons (avec une petite modification) la traduction de Cometti Jean-Pierre (Umberto Eco et al., Interprétation et surinterprétation, PUF, 1996, p. 89 et p. 92). L’anglais est plus direct : « you cannot check a sentence against an object, you can only check a sentence against other sentences […] » (Rorty souligne).
Cité par Bouveresse Jacques, « Ce que des auteurs infréquentables ont à dire à ceux qui ne veulent pas leur ressembler », Agone n° 48, 2012, p. 165 – https ://cfedit.flib.fr/agone/libre/ebook_2745.pdf [page consultée le 20 mars 2020].
Fish Stanley, Is There a Text in This Class?, op. cit., p. 355.
L’effet-Parrain (« Godfather effect ») est l’« aspect donné et irrefusable de la construction perceptive » : Graff Gerald, Literature against Itself : Literary Ideas in Modern Society, Chicago, U. of Chicago Press, 1979, p. 202 ; cité par Bordwell David, Making Meaning : Inference and Rhetoric in the Interpretation of Cinema, Cambridge, Harvard U. Press, 1989, p. 5.
Ducrot Oswald, Les Mots du discours, Paris, Minuit, 1980, p. 32. Même idée, en gros, chez David Bordwell dans le livre ci-dessus : un film ne communique pas, il présente des indices (cues) destinés à l’élaboration inférentielle.
Rastier François, Arts et sciences du texte, Paris, PUF, 2001, p. 112.
Shusterman Richard, L’Objet de la critique littéraire (1984), Paris, Questions théoriques, 2009, p. 67. Pour une application au cinéma, voir Martin Jessie, Décrire le film de cinéma, Paris, Presse Sorbonne Nouvelle, 2011.
Deux exemples, entre impressionnisme et personnification : « Le rouge a cédé la place au rose qui se dispute avec le bleu la large marge nuageuse qui s’étale de l’horizon jusqu’au haut du cadre pour ensuite s’effacer derrière lui. » (description du premier plan de Lumière silencieuse par Jessie Martin, Décrire le film de cinéma, op. cit., p. 70). « Souvent une masse rougeâtre ou orangeâtre traverse le champ furtivement, ou s’enroule en son centre. Par son absence de contour défini et la fluidité de sa matière, la forme chromatique s’épanche, se diffuse et laisse son empreinte sur l’autre forme qu’elle vient mordre, comme le flux et le reflux de la mer marque la plage, créant dans le même temps un mouvement de superposition, de surimpression plutôt » (id., à propos du film de Stan Brakhage, Night Music, p. 131). Bien entendu les films choisis là se prêtent à ce type d’ekphrasis.
Emilio Betti attribue l’expression moderne de cette frontière à Humboldt, et sa formulation par le biais d’une dichotomie à Husserl : Betti Emilio, General Theory of Interpretation, chap. II § 7b : « The Problem Of The Rapport Between Language And Discourse » (1955), trad. angl. par Pinton Giorgio, 2015.
Currie Gregory, Arts and Minds, Oxford, Clarendon Press, 2004, p. 27, 120. Cette distinction, comme il le précise, vient de la théorie de la pertinence de Sperber et Wilson.
Rorty Richard, Objectivisme, relativisme et vérité (1991), trad. fr. Paris, PUF, 1994, p. 91, 94.
Rastier François, Arts et sciences du texte, op. cit., p. 112.
Bourdieu Pierre, Choses dites, Paris, Minuit, 1987, p. 155. Sous la plume de Bourdieu, le terme de « position » (dans le champ) est assez englobant pour inclure toutes ces compétences, même si ce n’est pas à elle que l’on pense d’abord en le lisant.
Searle John R., « Rationalité et réalisme : qu’est-ce qui est en jeu ? », Dædalus, automne 1993, p. 55-83 (trad. fr. en ligne sur le site de son traducteur Patrick Peccatte).
Taine Hippolyte, Introduction à l’Histoire de la littérature anglaise, Paris, Hachette, vol. I, 1863. Il renchérira dans l’introduction à sa Philosophie de l’art : « La science de la culture doit procéder comme la botanique, qui étudie avec le même intérêt l’oranger et le laurier, l’épicéa et le bouleau. Elle n’est elle-même rien d’autre qu’une sorte de botanique appliquée, à cette différence près qu’elle examine l’œuvre humaine et non des plantes. » (dom.public).
Cité par Rorty Richard, Objectivisme, relativisme et vérité (1991), trad. fr., Paris, PUF, 1994, p. 37.
Engel Pascal, « The Trouble with W*ttg*nst**n », Rivista di Estetica, vol. 34, n° 1, 2007, p. 20.
Ferraris Maurizio, Émergence (2016), trad. fr., Paris, Cerf, 2018, p. 136. Il ne donne pas la source mais la « distinction entre ce qui existe et la manière dont nous savons que ça existe » est le septième des huit principes d’établissement du sens d’un texte (literary meaning) qu’expose John Searle dans son article « Literary Theory and Its Discontents », New Literary History, été 1994, vol. 25, n° 3, p. 647-648.
Radicaux au sens de Margolis, quand il suggère que la tentative la plus importante d’effacer la frontière entre description et interprétation, au bénéfice d’un relativisme interprétatif total, est celle du radicalisme herméneutique. Ce courant, qui va de Heidegger à Foucault en passant par Gadamer et Derrida, met l’accent sur l’historicité de la nature humaine, variabilité telle que « le sens d’un texte ne saurait être décrit mais seulement interprété dans un ici-et-maintenant toujours renouvelé », Art and Philosophy, op. cit., p. 128.
Ferraris Maurizio, Postvérité et autres énigmes (2017), trad. fr., Paris, PUF, 2019, p. 134.
Ferraris Maurizio, Émergence, op. cit., p. 132. Quoiqu’il ne le dise pas, Ferraris décrit ici, avec l’exemple de la chaise, une affordance.
Sans doute, puisqu’il est fabriqué « avec la pâte du monde », selon la célèbre formule d’Alexandre Astruc, un film donne-t-il à observer moins d’intentionnalité qu’un roman, dans lequel chaque lettre est voulue, et davantage qu’une pièce de théâtre, où chaque représentation apporte son lot d’aléas qui échappent à l’auteur.
Bourdieu Pierre, Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Paris, Seuil « Points », 1994, p. 63.
Bordwell David, On the History of Film Style, Cambridge, Harvard U. Press, 1997, p. 116-117.
Bourdieu Pierre, Raisons pratiques, op. cit., p. 65.
Bourdieu Pierre, Raisons pratiques, op. cit., p. 225. Bourdieu appelle ce piège l’« illusion scolastique ».
Bruno Péquignot propose de réintroduire alors l’interprétation en tant que partie prenante d’une sociologie des œuvres, comme il le développe dans le chapitre XV (« La question de l’interprétation ») de La Question des œuvres en sociologie des arts et de la culture, Paris, L’Harmattan, 2007, où, à partir de Gérard Simon, il oppose la démarche scientifique rationnelle d’articulation de l’interprétation des œuvres avec le contexte socio-historique (une recherche rationnelle de causes, la démarche de Carlo Ginzbug comme « interprétation d’un ensemble d’indices fournis par l’expérimentation, l’observation, la description, l’enquête » [p. 273], pouvant être donnée en exemple) à la logique herméneutique-exégétique qui n’est tournée que vers l’élucidation d’un texte comme symbole à déchiffrer (p. 270). On lira avec plaisir son « Avant-propos » intitulé « De l’utilisation des œuvres d’art » qui nous introduit en creux à cette idée en articulant interprétation (requise par une œuvre) et utilisation (par le sociologue) à propos d’une œuvre d’art en forme de vague installée à La Rochelle qui est accompagnée du panneau « toute utilisation est strictement interdite » (panneau qu’on trouve sur la couverture du livre). L’interprétation sociologique des œuvres (qui inclut l’étude de la réception des œuvres par les publics) cherche ici à reconstituer les logiques qui permettent aux acteurs de donner un sens à la fabrication et à l’usage d’une œuvre donnée dans un contexte donné.
Hippolyte Taine écrit : « C’est par l’étude des littératures que l’on pourra faire l’histoire morale et marcher vers la connaissance des lois psychologiques d’où dépendent les événements ». Et Ferdinand Brunetière : « Lorsqu’on voudra savoir ce qu’étaient nos mœurs de province dans la France de 1850, on relira Madame Bovary. » (Taine Hyppolite, Introduction à l’Histoire de la littérature anglaise, Paris, Hachette 1868, dom. public ; Brunetière Ferdinand, « Gustave Flaubert », Revue des Deux Mondes du 15 juin 1880, dom. public).
Barthes Roland, « Histoire et littérature : à propos de Racine », Annales vol. 15, n° 3, 1960, p. 524. Schleiermacher pensait éviter cette impasse en séparant, via l’inter-prétation, « ce qui relève de la contribution propre de la langue dans sa richesse et son historicité sémantique, et ce qui relève de l’apport de l’auteur et qui est original » (Giassi Laurent, « L’Interprétation. Le paradigme de l’interprétation chez Schleiermacher et Dilthey », Philopsis, 2017, p. 15).
Hadot a essayé en vain de faire traduire en français Validity in Interpretation d’Éric D. Hirsch, qui défend la « lecture scientifique » du texte, soucieuse de le « replacer dans la mentalité générale de l’époque ». La certitude qu’avait Nietzsche d’avoir montré qu’un texte ne peut pas avoir de signification fixe, dit Hadot avec dépit, a inspiré à Gadamer sa propre « conception de l’herméneutique selon laquelle, finalement, un être historique ne peut être objectif », une conception qui a fini par triompher – il ne nomme pas les postmodernes et autres néopragmatistes, mais le lecteur aura compris (Hadot Pierre, La Philosophie comme éducation des adultes. Textes, perspectives, entretiens, Paris, Vrin, 2019, p. 317).
Jauss Hans Robert, Pour une herméneutique littéraire (1982), trad. fr., Paris, Gallimard, 1988, p. 421. « Mieux comprendre un auteur qu’il ne s’est compris lui-même » est une idée qui provient directement de Kant (« Soit dans le langage ordinaire, soit dans les écrits, il n’est pas rare d’arriver par le rapprochement des pensées qu’un auteur a voulu exprimer sur son objet, à le comprendre mieux qu’il ne s’est compris lui-même, faute d’avoir suffisamment déterminé son idée et pour avoir été conduit ainsi à parler ou même à penser contrairement à son but » : Kant, Critique de la raison pure, « Dialectique transcendantale »), et qui s’est trouvée réélaborée par Schleiermacher dans son Herméneutique de 1810 : voir Giassi Laurent, « L’Interprétation… », op. cit., p. 12-14.
Jauss Hans Robert, Pour une herméneutique littéraire, op. cit., p. 422.
Une autre approche, en sociologie des valeurs, consiste à se demander à quoi sert l’interprétation dans un monde social donné. Voir par exemple la perspective proposée par Heinich Nathalie : « Ce que fait l’interprétation. Trois fonctions de l’activité interprétative », Sociologie de l’art/OPuS, 2008, n° 13, p. 11-29. Les trois fonctions de l’interprétation à propos des œuvres d’art proposées sont l’intellectualisation (par opposition à une approche sensitive ou sensorielle des œuvres), la valorisation (donner une valeur par-delà la matérialité de l’objet) et la justification (le recours à un « registre herméneutique », dans le cadre d’un débat sur le sens de l’œuvre particulièrement opérant pour l’art contemporain qui, « en déconstruisant les critères traditionnels de la qualification artistique, entraîne un déplacement de la question de la beauté à la question du sens », p. 26).
Les critiques professionnels (et les amateurs qui, sur Internet, copient leur attitude) s’échinent la plupart du temps à faire croire le contraire, sans prendre en compte le fait qu’ils parlent d’un film vu en projection de presse. Pourtant, un film est toujours forcément vu quelque part, et l’expérience qu’on a de lui dépend notablement (a priori davantage que le roman et moins que la pièce de théâtre) du dispositif qui permet sa projection.
Goffman Erving, Les Cadres de l’expérience (1974), trad. fr., Paris, Minuit, 1991. La sociologie n’a d’ailleurs pas le monopole des préoccupations relatives à ces cadres ; l’esthétique pragmatique, en effet, « ne considère pas comme autonomes les conditions et les activités qui donnent naissance aux œuvres d’art [ni ne] cède à cette forme d’ethnocentrisme culturel qui consiste à faire de l’art et des formes d’appréciation qui se sont imposées dans notre histoire particulière le schème général ou le modèle de l’art et de l’appréciation esthétique » : Cometti Jean-Pierre, Qu’est-ce que le pragmatisme ?, Paris, Folio, 2010, p. 246.
Soulez Guillaume, Quand le film nous parle, Paris, PUF, 2011 et « La Délibération des images. Vers une nouvelle pragmatique du cinéma et de l’audiovisuel », Communication et Langages, n° 176, 2013.
Rorty Richard, Objectivisme, relativisme et vérité (1991), trad. fr., Paris, PUF, 1994, p. 99.
Ricœur Paul, Le Conflit des interprétations, Paris, Le Seuil, 1969, p. 260
Rastier François, Sémantique interprétative 3e éd., Paris, PUF, 2009, p. 224.
Davies Stephen, « True Interpretations », Philosophy and Literature, vol. 12, n° 2, oct. 1988, p. 290-291. Voir par exemple Les Parapluies de Cherbourg comme film à égalité féministe et misogyne : il suffit d’attribuer comme cause des agissements de l’héroïne soit son « éducation patriarcale », soit sa « nature féminine », pour dire qu’à la fin elle regrette ou ne regrette pas ses choix, le film ne semblant pas prendre parti en la matière – voir Jullier Laurent, Abécédaire des Parapluies de Cherbourg, Paris, L’Amandier, 2007. Notons aussi que Joseph Margolis a défendu avant Davies l’idée de plausibilité d’une interprétation (en remplacement de sa justesse) dans Art and Philosophy, op. cit., p. 159.
Habermas Jürgen, Théorie de l’agir communicationnel, deux tomes, Paris, Fayard, 1987 et Appel Karl-Otto, L’Éthique de la discussion, Paris, Le Cerf, 1994.
Soulez Guillaume, « Les Agrégats délibératifs : et s’il n’y avait pas de “communauté” d’interprétation ? La réception des Bureaux de Dieu par les internautes », Théorème, n° 17, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2015, p. 119-129.
C’est aussi l’avis de Davies Stephen, « Authors’ Intentions, Literary Interpretation, and Literary Value », British Journal of Aesthetics, vol. 46, n° 3, juil. 2006, p. 223.
Bouveresse Jacques, Le Philosophe et le réel, Paris, Hachette Pluriel, 2000, p. 267. Ici, il s’agit bien sûr d’une « communauté » philosophique ouverte, et non plus ou moins fermée au sens des « communautés d’interprétation ».
Jerphagnon Lucien, Connais-toi toi-même, Paris, Albin Michel, 2012, p. 36. Sur l’utilisation des outils scientifiques dans un tel contexte, voir à nouveau Jacques Bouveresse, Prodiges et vertiges de l’analogie, Paris, Raisons d’agir, 1999.
Encore que… il n’est pas impossible de penser que les arts et la culture participent plus qu’à leur tour à la vie démocratique en nous permettant précisément d’appréhender le point de vue d’autrui.
Huizinga Johan, Homo Ludens (1938), Londres, Routledge & Kegan Paul Ltd, 1949, p. 3.
Shusterman Richard, L’Objet de la critique littéraire, trad. fr., Paris, Questions théoriques, 2009, p. 195.
Levinson Jerrold, Intention and Interpretation in Literature, Ithaca, Cornell U. Press, 1996, p. 178.
Binet Laurent, La Septième fonction du langage, Paris, Grasset, 2015 (dont l’épigraphe reprend une citation de Derrida qui commence ainsi : « Il y a des interprètes partout. Chacun parle sa langue même s’il connaît un peu la langue de l’autre », p. 7).
Uses and gratifications (qu’on devrait traduire « usages et satisfactions »). Voir pour une présentation de ce courant et une mise au point, notamment sur les relations entre fonctions et usages des médias, ou sur la « querelle de l’escapism » : Derville Grégory, Le Pouvoir des médias, Grenoble, PUG, 1997, p. 35-53.
Voir Jullier Laurent & Leveratto Jean-Marc, La Leçon de vie dans le cinéma hollywoodien, Paris, Vrin, 2008, qui prêtent au cinéma une dimension « cognitiviste », comme dit Pascal Engel quand il décrit une certaine conception humaniste de la littérature représentée en philosophie, entre autres, par Martha Nussbaum, Cora Diamond, Gregory Currie, ou en France par Jacques Bouveresse et Sandra Laugier (« cognitivisme littéraire », pour être précis : Engel Pascal, Les Lois de l’esprit. Julien Benda ou la raison, Paris, Les Éditions d’Ithaque, 2012, p. 223). Notons que Jacques Aumont désapprouve cette façon de considérer le cinéma. « Les films instruisent leurs spectateurs de bien des façons. Je ne crois guère qu’ils le fassent en nous donnant des conseils ou, pis, des leçons pour notre vie, comme l’ont dit et redit L. Jullier et J.-M. Leveratto, quitte à trouver dans les films qu’ils commentent, généralement étasuniens, des “leçons” passablement endoxales » (Comment pensent les films, op. cit., p. 256). Réponse de Jean-Marc Leveratto : « Que les films ne parlent pas d’eux-mêmes, mais au contact du spectateur, vaut évidemment pour tous ceux qui les font parler. On ne peut donc que souscrire à la leçon de vie donnée par Jacques Aumont : les bons films nous instruisent “de bien des façons”. Ce sont ces leçons, sur la vie du cinéma et sur leur propre vie, que tirent aussi bien les spectateurs qui évaluent sur Internet les films qu’ils viennent de voir que ceux qui participent aux échanges académiques sur le cinéma dans la vie universitaire, qu’ils portent ou non sur des films “américains”. Se méfier des leçons de vie autoritaires données au nom du respect de l’image est aussi la leçon de vie communément retirée par les spectateurs de certains films, y compris hollywoodiens, comme le rappelle avec ironie Fabrice Montebello dans “Joseph Staline et Humphrey Bogart : l’hommage des ouvriers”, Politix, vol. 6, n° 24, 1993, p. 115-133 » (correspondance personnelle).
Giassi Laurent, « L’Interprétation… », op. cit., p. 33.
Katz Elihu, « La Recherche en communication depuis Lazarsfeld », Hermès, n° 4, 1989 (traduction d’un article paru dans Public Opinion Quaterly en 1987), p. 87.
« Deux de ces catégories [des énoncés critiques] concernent la manière dont le spectateur perçoit le texte en tant que construction, que ce soit dans son aspect sémantique – thèmes, messages, etc. – ou dans son aspect syntaxique – genre, formules, etc. La troisième catégorie concerne la manière dont le spectateur perçoit la transformation que son moi cognitif, affectif et social fait subir au programme : nous appellerons « pragmatique » cette troisième forme de critique. », Katz Elihu & Liebes Tamar, « Six interprétations de la série Dallas », Hermès, n° 11-12, 1993, p. 126.
Perriault Jacques, La Logique de l’usage. Essai sur les machines à communiquer, Paris, Flammarion, 1989 (préface de Pierre Schaeffer), introduction, p. 15 : « analysant l’emploi de l’ordinateur en anthropo-logie, [Hymes] constatait que, dans ce milieu, l’appareil n’était pas « jugé comme un instrument, mais comme le symbole de forces ultérieures ». La formule n’est pas très claire : en vérifiant l’anglais chez Hymes, on trouve effectivement « ulterior forces », qui n’est pas éloigné d’« ulterior motives » (« arrières-pensées »), Hymes voulant expliquer la résistance à l’informatique chez certains anthropologues par une raison… anthropologique, à savoir le fait qu’ils dotent l’objet de fonctions sociales et symboliques selon les « perspectives sociales et culturelles » (« social and cultural outlook ») qui leur sont propres (Hymes Dell [dir.], The Use of Computers in Anthropology, De Gruyter, 1965, introduction, p. 21). Ils anticipent (d’où « ulterior ») des interactions avec la machine qui vont les entraîner dans des actions et représentations qu’ils ne désirent pas affronter. Hymes observe, à l’inverse, que certains chercheurs dans le domaine littéraire – pourtant plus prompts d’habitude à se méfier des machines et techniques modernes que les chercheurs en sciences sociales – se déchargent volontiers sur la machine du comptage d’occurrences.
Il est amusant de noter, de ce point de vue, que l’une des premières enquêtes d’usage marquantes porte justement sur le magnétoscope… comme si on devait attendre qu’une technique libère enfin un spectateur aliéné jusque-là… (voir Jouët Josiane, « Retour critique sur la sociologie des usages », Réseaux n° 100, vol. 18, 2000, p. 492 : « Curieusement, c’est l’observation en 1981 d’un objet périphérique à un média de masse, de cet objet second à la télévision, qui inaugure [en France] la sociologie des usages. ») Les travaux français sur les usages des TIC sont davantage portés, comme elle l’indique, par le « courant de l’autonomie sociale » (dans les modes de vie, la famille, l’entreprise) issu de l’après 1968 (p. 494). J. Jouët identifie quatre chantiers différents et articulés : « l’usage resitué dans l’action sociale » (ou l’usage comme « construit social ») ; la « généalogie des usages » (l’histoire sociotechnique sous l’angle des usages) ; « l’appro-priation » où se croisent l’individuel et le collectif (proche des tactiques identifiées par De Certeau) fondée sur l’étude des apprentissages et des habiletés pratiques (« l’intensité de l’usage » étant souvent « un indicateur d’appropriation forte qui cristallise des enjeux d’identité ») ; et le « lien social » (ou l’étude de la « création de microcollectifs » autour des usages). Ces quatre chantiers pourraient tout à fait être transposés – ils le sont très partiellement – dans le champ des études sur les productions de la littérature, du cinéma, etc., afin de mieux voir comment les pratiques d’interprétation se développent au sein de ces espaces sociaux du sens. « Dans les usages, résume Josiane Jouët, se joue en effet l’articulation entre l’individuel et le collectif, le personnel et le social, le privé et le public » (p. 515).
Schaeffer Pierre, Machines à communiquer, tome I, Paris, Seuil, 1970 (reprise d’une conférence en 1967 à Venise au Congrès de sociologie de l’art organisé par Jean Duvignaud).
Perriault Jacques écrit ainsi, après avoir noté que « les seules discussions [sur la télévision et le minitel (rose)] concernent le contenu des messages » : « Ne faudrait-il pas s’interroger […] sur les formes d’usage autant que sur les contenus ? » (op. cit., p. 12).
Odin Roger, Les Espaces de communication, Grenoble, PUG, 2011, p. 39. En un « effort pour “modéliser” le contexte », on définit un espace de communication comme « un espace à l’intérieur duquel le faisceau de contraintes pousse les actants (E) et (R) à produire du sens sur le même axe de pertinence ». (E) est ici une figure de l’émetteur et (R) une figure du récepteur, mais le modèle d’Odin est tout sauf directionnel.
Jauss Hans Robert, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1972 (voir notamment la conclusion qui différencie et articule l’horizon d’attente textuel et l’horizon d’attente social, en réponse à la sociocritique de son temps).
Combien de films ou d’expositions vus dans l’année, dans une salle de quartier ou dans un multiplexe, un musée local ou un grand établissement, etc. Depuis 1973, le ministère de la Culture mène régulièrement une enquête sur les pratiques culturelles en ce sens. On peut lire par exemple un bilan 1973-2018 très éclairant sur l’évolution des pratiques à cette adresse : https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Etudes-et-statistiques/L-enquete-pratiques-culturelles/1973-2008-dynamiques-generationnelles-et-mutations-sociales [page consultée le 27-07-2018.]
Voir notamment leur impact sur Le Cinéma ou l’homme imaginaire de Morin en 1958, et pour une étude détaillée CiNéMAS vol. 19, n° 2-3 : « La Filmologie, de nouveau », Albera François & Lefebvre Martin (dir.), automne 2009.
Chalvon-Demersay Sabine, « Le deuxième souffle des adaptations », L’Homme, n° 175-176, 2005, p. 77-111 (voir notamment le passage « Pour une analyse anthropologique des personnages »).
Selon l’hypothèse de l’escapism, les spectateurs se serviraient des médias pour échapper (escape) à la morosité et aux impasses de leur vie. Voir Derville Grégory, op. cit.
Elle ajoute d’ailleurs : « I’ll never forget our night on the town », ce que le traducteur français modifie de façon amusante pour notre propos : « Je n’oublierai jamais notre escapade » ! (nous soulignons)
On notera que si les U & G se sont opposés au « fonctionnalisme », il est parfois amusant de retrouver certaines fonctions reformulées sous la forme d’usages (la « surveillance de l’environnement », qui serait l’un des rôles sociaux que joue l’information – nouvelles, documentaires, etc. – peut aussi se voir comme un « besoin » de comprendre, qui fait que le spectateur va consommer tel ou tel type de média). De même, les célèbres « fonctions du langage » de Jakobson peuvent se voir comme différents types d’usages des langages : se servir d’un film pour entrer en contact avec autrui (fonction phatique), se servir d’un film pour comprendre le cinéma (fonction métalinguistique), etc.
Dans la sociologie des usages des TIC, Josiane Jouët écrit de la même façon : « La médiation est en effet à la fois technique, car l’outil utilisé structure la pratique, mais la médiation est aussi sociale car les mobiles, les formes d’usage et le sens accordé à la pratique se ressourcent dans le corps social. » (art. cit., p. 497).
On peut contester que l’idée de produire du sens (making meaning) à partir d’un livre ou d’un film soit « métaphorique » dans la mesure où il y a transformation d’un donné visuel (et sonore) en signification, dans le cadre d’opérations qui sont liées aux actions que nous effectuons dans notre vie. Pas plus que les « actes de langage » ne sont métaphoriques, les actes de regard constituent bien des actions (voir la perspective de Daniel Dayan depuis son Western Graffiti, Paris, Clancier-Guénaud, 1983).
Dufour Éric, « Usage et expérience du film », Mise au Point, n° 8, 2016.
« D’expérience, l’usage est très difficile à observer. […] C’est au chercheur, s’il veut respecter la pratique du sujet, de se plier à ses rythmes et à ses temps. […] Il faut regarder et, pour comprendre ce qu’on voit, savoir pratiquer soi-même. » (Perriault Jacques, op. cit., p. 16).
« […] les jeunes de banlieue ne parlent pas du film, ils ne discourent pas sur le film et ne verbalisent ni l’intérêt du film pour eux ni même leur propre rapport au film et au cinéma. Bref, on n’est pas dans un Woody Allen » (Dufour Éric, art. cit.).
C’est Éric Dufour lui-même, qui avec l’aide de plusieurs autres travaux sur le succès du film dans de larges portions du public, va identifier quels sont les tenants et aboutissants de cette « compréhension du monde » (liée à l’expérience de ce qu’on appelle « exclusion sociale » notamment). Ce sont par des références au film (utilisation de répliques, attitudes corporelles) que Dufour peut identifier un usage : « l’usage est proprement un usage, c’est-à-dire une utilisation du film […] [elle] consiste dans le fait de se référer au film […] elle collabore à la construction d’une identité [sociale] […] Scarface, en ce sens, est utilisé comme un modèle d’intelligibilité du réel » (ibid.).
Parmi les passerelles, il y a bien sûr le passage à l’âge adulte et l’insertion socioprofessionnelle. Dufour note ainsi : « à côté des jeunes qui font cet usage de Scarface, il y en a précisément des moins jeunes, trentenaires ou quadragénaires, instituteurs, éducateurs, producteurs et/ou chanteurs de rap, qui doublent cet usage par un discours sur leur rapport au film. Mais on voit bien que la différence n’est pas seulement entre des générations, elle est aussi, corrélativement, une différence professionnelle, c’est-à-dire une différence de classe. On dira donc que l’usage Scarface est tout particulièrement l’usage de celui qui n’est pas encore intégré dans la société, altérisé au niveau ethnique, au niveau des classes, et au niveau générationnel. » (ibid.)
Sémir Badir propose d’analyser ce processus comme relevant d’une « herméneutique de l’appropriation » : « L’appropriation est une visée possible des actes d’interprétation [au côté de la compréhension, de l’explication, etc.]. Donner sens à un texte, à une œuvre d’art, à une action ou une situation, cela peut consister à les faire siens, à les rendre familiers et appropriés au sujet que l’on prétend vouloir être, et bien souvent le sens n’est que cela : un jugement d’adéquation entre soi et ce à quoi on donne sens. » (« Herméneutique de l’appropriation », Basso Fossali Pietro et Le Guern Odile, L’Appropriation. L’interprétation de l’altérité et l’inscription du soi, Limoges, Lambert-Lucas, 2018, p. 27).
« Avant-propos » Pedler Emmanuel et Cheyronnaud Jacques, Théories ordinaires, Paris, Éditions de l’EHESS, 2013 p. 7. Les deux auteurs soulignent plus loin dans leur texte introductif l’intérêt de la « critique ordinaire » pour repérer avant les institutions critiques légitimes (qui peuvent en rester à une « théorie savante routinisée » qui produit un « carcan académique »), des « genres furtifs » au moment de leur émergence (op. cit., p. 24). Cheyronnaud étudie ainsi à la fin de l’ouvrage l’émergence du genre « music-hall ».
Et avoir codirigé le volume qui porte ce titre : Hiley David R., Bohman James F. & Shusterman Richard dir., The Interpretive Turn. Philosophy, science, culture, Ithaca, Cornell U. Press, 1991.
Boghossian Paul, La Peur du savoir. Sur le relativisme et le constructivisme de la connaissance (2006), Marseille, Agone, 2009, p. 36.
Ibid., p. 40. Boghossian reconnaît que leurs positions sont plus nuancées. Ainsi Rorty se récrie-t-il dans son Vérité et progrès d’avoir jamais « nié que la plupart des choses dans l’univers soient causalement indépendantes de nous » ; il conteste seulement l’idée selon laquelle elles sont « représentationnellement indépendantes de nous », p. 54. Ce qui ressemble un peu à un truisme, ou au mieux renvoie au concept d’Umwelt tel qu’élaboré par Jacob von Uexküll.
Rosat Jean-Jacques, « Sur Foucault et la vérité », Boghossian Paul, La Peur du savoir, op. cit., p. 174-175. Jacques Bouveresse étudie ces distinctions dans Nietzsche contre Foucault. Sur la vérité, la connaissance et le pouvoir, Marseille, Agone, 2016.
Cometti Jean-Pierre, Qu’est-ce que le pragmatisme ?, op. cit., p. 245.
Engel Pascal, « Sommes-nous responsables de nos croyances ? », Michaud Yves (dir.), Université de tous les savoirs, vol. VI, Qu’est-ce que la Culture ?, Paris, Odile Jacob, 2001, p. 429-439.
Engel Pascal, « La Philosophie française en revue », Contreligne, mai 2015.
Shusterman Richard & Malecki Wojciech, « Making Sense of Critical Hermeneutics », op. cit., p. 234-236.
Wimsatt William K. & Beardsley Monroe, « The Affective Fallacy », Sewanee Review, vol. 57, n° 1, 1949, p. 31-55.
Récanati François, « Le Développement de la pragmatique », op. cit., p. 6.
Dissanayake Ellen, What is art for?, Seattle, U. of Washington Press, 1988.
Haidt Jonathan & Shweder Richard A., « The Cultural Psychology of the Emotions. Ancient and New », Lewis Michael & Haviland-Jones Jeannette (dir.), Handbook of Emotions, 2e éd., New York, Guilford, 2000, p. 397-414.
Janvier-mars 2018 et janvier-avril 2019. Sont intervenus lors de ce séminaire – qu’ils en soient vivement remerciés : Jacques Aumont, Sémir Badir, Dominique Chateau, Éric Dufour, Laurent Le Forestier, Jean-Marc Leveratto et Nathalie Heinich. Les étudiants pouvaient être en esthétique, en sciences de l’information et de la communication, en sociologie… et travailler sur le théâtre, le cinéma, le journalisme, la médiation culturelle, etc.
Merci à l’expert anonyme de ce numéro qui a souligné ce entre dans ses remarques.
Voir son texte dans le volume (notre traduction ici).
Baty-Delalande Hélène, Nacache Jacqueline et Toulza Pierre-Olivier (dir.), L’Expérience du cinéma, collection Cahier Textuel, Paris, Hermann, 2015. La quatrième de couverture commence de façon emblématique par cette phrase : « Juger le cinéma n’a jamais été la seule affaire des spécialistes » et l’ouvrage met l’accent sur la diversité des réactions spectatorielles, attestant du « rapport singulier qui se tisse entre le film et son spectateur. » Même si tous les textes ne se situent pas dans cette perspective (de l’œuvre vers « son » spectateur), il s’agit principalement d’élargir à de nouvelles interrogations les enjeux de la réception du film (rencontre avec le film, retour sur la critique de cinéma, question du goût, etc.). Complémentaire, l’approche par les usages prend les choses dans l’autre sens : du spectateur à « son » film (ce qui ne va pas sans interroger cette appropriation elle-même, etc.).
Secousse dont atteste le Théorème n° 17, Networking Images, qui prolonge par de nombreux aspects le n° 15 en investissant ce nouveau territoire du cinéma et de l’audiovisuel numérique en réseau avec des questionnements sur la situation, les pratiques et la réception de ces nouveaux objets.
Comme le soulignent Yves Jeanneret et Emmanuel Souchier, le souhait de « rendre visible les usages » exprimé par Perriault (Perriault, op. cit., p. 13 et s.) est désormais exaucé, un nouveau chantier s’ouvre donc, celui d’articuler l’étude des pratiques herméneutiques (sémiotique, esthétique, etc.) et celles des usages, notamment en bordant l’une par l’autre (Jeanneret Yves et Souchier Emmanuel, « La Communication médiatisée est-elle un “usage” ? », Communication et Langages, n° 132, 2002, p. 11-13).
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