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La peau des émotions

Les changements de couleur sont-ils des topoï comme les autres ?

Are changes in colour just another topoi?
Élodie Ripoll

Résumés

Il arrive aux personnages romanesques de changer plusieurs fois de couleur sous le coup d’une violente émotion : ils rougissent puis pâlissent ou pâlissent puis rougissent. Ces « changements de couleur » (Descartes) pourraient-ils être des topoï ? Cette hypothèse est analysée dans le roman du xviiie siècle, puis plus précisément dans La Vie de Marianne de Marivaux et l’œuvre de Stéphanie de Genlis. À une époque où la pensée et la représentation des émotions changent radicalement du fait du passage des passions au sentiment, ces phénomènes de rougeur et de pâleur combinés témoignent à la fois de l’avènement d’une nouvelle épistémologie visuelle et des progrès de l’écriture descriptive mais aussi peut-être des difficultés à inventer et diffuser un nouveau topos.

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Texte intégral

1Un des nombreux récits secondaires insérés dans Gil Blas, « Le Mariage de vengeance », relate les amours secrètes et tragiques d’Enrique et de Blanche. Apprenant subitement que l’élu de son cœur l’abandonne pour épouser sa cousine et devenir roi de Sicile, la jeune fille ne peut réprimer ses émotions :

  • 1 Le Sage, Histoire de Gil Blas de Santillane [1732], 1960, p. 705.

Ce coup terrible accabla l’infortunée Blanche. Elle entreprit inutilement de cacher sa douleur. Son visage rougit et pâlit successivement, et tout son corps frissonna1.

  • 2 Voir Racine, Œuvres complètes, Théâtre – Poésie, 1999, vol. I, p. 831 ; nous aborderons plus longue (...)
  • 3 Descartes, Les Passions de l’âme, 1988, art. 112, p. 219.
  • 4 Christophe Lesueur, « “They blush because they understand” : la rhétorique de la rougeur dans les r (...)
  • 5 Voir Jean-Christophe Abramovici, « “Commander le silence à sa physionomie” : la rougeur des hommes  (...)
  • 6 Voir Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature, 2018, p. 393-404.

2Comme Phèdre2 avant elle, la violence du choc est telle que son corps passe d’un extrême à l’autre, de la brûlure aux tremblements de la pâleur, sa peau trahissant ses secrets. Ces « changements de couleur3 », comme les a nommés Descartes, sont fréquents en littérature mais seul le rougissement semble jusqu’ici avoir été remarqué, surtout dans la littérature des Lumières au point que « [l]a rougeur [passe pour] l’un des topoï du roman au xviiie siècle4 ». En effet, presque tous les personnages romanesques rougissent, jeunes filles – Marianne, Cécile, sauf peut-être Manon – et jeunes hommes – Cleveland, Jacob, Edmond… La critique a récemment reconnu l’importance de cette réaction physiologique dont les implications vont de l’histoire des émotions et du genre5 à l’épistémologie visuelle6, sans toutefois remarquer les changements de couleur successifs.

  • 7 Dictionnaire de l’Académie, 4e édition, 1762.

3Malgré sa pertinence, l’observation de Christophe Lesueur commet deux maladresses. Parler de topos n’est pas sans risque : s’agit-il d’un topos descriptif, rhétorique ou narratif ? S’appuie-t-on sur les travaux de Curtius ou bien sur ceux de la SATOR ? Parler de rougeur et donc d’une simple « couleur rouge7 » semblerait indiquer un topos descriptif – pourtant les romans représentent bien plus le rougissement comme un processus complexe, suscité par des émotions diverses, allant de la colère à la honte, décodé par d’autres personnages et aux multiples conséquences sur l’intrigue : ce déroulement récurrent plaiderait a priori plutôt pour un topos satorien. Toutefois si configuration narrative il y a, est-ce suffisant pour dégager un topos réellement pertinent ?

  • 8 Nira Pancer, « Entre lapsus corporis et performance : fonctions des gestes somatiques dans l’expres (...)
  • 9 Descartes, Les Passions de l’âme, 1988, art. 112, p. 219.
  • 10 Ibid.

4Le rougissement est la « manifestation physiologique de certaines émotions8 » comme le palissement ou encore les tremblements. À ce titre, il renvoie au corps éloquent ou dans un contexte cartésien aux « signes extérieurs [des] passions9 », plus particulièrement aux « changements de couleur10 ». Changer de couleur dépasse la simple litote et nous permet d’aborder ensemble deux phénomènes physiologiques assez similaires qui semblent logiquement s’exclure : rougissement et palissement partent de la peau du personnage, révèlent de vraies émotions et ne peuvent être contrefaits.

  • 11 Voir Anne Coudreuse, Le goût des larmes au xviiie siècle, 2013.
  • 12 Michèle Weil, « Comment repérer et définir le topos ? » 2016, p. 2 sq.
  • 13 Ibid, p. 8.

5Tous les signes extérieurs des passions existent en littérature. Les scènes pathétiques – comme leurs parodies – en font un grand usage11. Que dit la Sator à ce sujet ? Dans un article théorique republié, Michèle Weil évoquait le « topos de l’évanouissement de joie lors de retrouvailles : “incapables de parler tant ils sont émus, les amants s’évanouissent plusieurs fois et longtemps” », un topos qu’elle « suppose fréquent dans les romans du xviie siècle » et « repère dès le roman grec de Chariton et chez Robert Challe12 ». Ce topos fait partie de « l’ensemble topique de l’évanouissement » qui comprend également « l’évanouissement de dépit ou de peur », « l’évanouissement de chagrin13 ». L’ancienne Satorbase complète cet aperçu : ces trois topoï y sont répertoriés tout comme « pleurer abondamment ». Pour ces exemples, l’évanouissement et les larmes correspondent à un toposème, comme les émotions qui les suscitent. Rien en revanche sur le rougissement ou le palissement, dont on peut pourtant bien imaginer qu’ils s’intègrent à certaines scènes topiques comme les ultima verba, etc. Il n’existe à ce jour aucun ensemble topique des changements de couleur.

  • 14 Ibid, p. 1.
  • 15 Jean-Pierre Dubost, « De la topique à la topographie : retour critique sur nos outils théoriques », (...)
  • 16 Jan Herman, « Qu’est-ce que le topos narratif pour la Sator ? », 2001, p. 3.
  • 17 Une autre semble exister mais exigerait des analyses spécifiques, le passage de la peau du blanc au (...)
  • 18 Voir n. 9 supra.

6Rougir ou pâlir sous le coup d’une violente émotion ne présente cependant que peu d’intérêt d’un point de vue satorien : les exemples en seraient trop nombreux. Il faudrait donc chercher des situations plus complexes qui associent différents paramètres – un type de personnage (jeune fille ou jeune homme), un contexte précis, une émotion, etc. – ou alors plusieurs changements de couleur ou qui leur confèrent une signification particulière, codée et décodée. Le topos satorien se définit certes comme une « configuration narrative récurrente14 » mais « est d’abord affaire de réception, puisque la situation narrative récurrente qui définit le topos dépend de la reconnaissance de lecteurs doués de mémoire15. » Elle peut même être « reconnue comme le véhicule d’un argument16 » pour Jan Herman. L’enchaînement de deux changements de couleur pour rendre compte d’une émotion d’une extrême violence comme dans notre exemple liminaire semble correspondre à ces conditions17. Après une brève enquête sur le contexte culturel du corps éloquent et les « signes extérieurs [des] passions18 » selon Descartes, nous aborderons cette configuration à travers quelques occurrences où la mise en récit topique semble de prime abord ne faire aucun doute.

Qu’appelle-t-on « changement de couleur » ?

  • 19 J.-Chr. Abramovici, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”. Interdits langagier (...)
  • 20 Nira Pancer, « Entre lapsus corporis et performance… », art. cité, p. 39.

7« Durant tout l’âge classique, écrit Jean-Christophe Abramovici, la rougeur est […] décrite comme une réaction authentique et positive19 ». Dans son traité des Passions de l’âme, Descartes compte le rougissement et le palissement, les fameux « changements de couleur », parmi « les gestes somatiques qui viennent signifier l’état émotionnel des héros20 » :

  • 21 Descartes, Les Passions de l’âme, 1988, art. 112, p. 219.

Les principaux de ces signes sont les actions des yeux & du visage, les changements de couleur, les tremblements, la langueur, la pamoison, les ris, les larmes, les gémissements & les soupirs21.

  • 22 Ibid, art. 115, p. 221.
  • 23 Ibid, art. 117, p. 222.

8Le philosophe remarque la polysémie de la rougeur puisque « la joie fait rougir22 » et que « [l’]on rougit souvent étant triste23 » – il faudrait y ajouter la colère et l’effort physique (à comprendre aussi comme métaphore sexuelle) –, mais il observe surtout que ces phénomènes physiologiques ne peuvent être réprimés :

  • 24 Ibid, art. 114, p. 220 sq.

On ne peut pas si facilement s’empêcher de rougir ou de pâlir lorsque quelque passion y dispose, parce que ces changements ne dépendent pas des nerfs et des muscles, ainsi que les précédents, et qu’ils viennent plus immédiatement du cœur, lequel on peut nommer la source des passions, en tant qu’il prépare le sang et les esprits à les produire. Or, il est certain que la couleur du visage ne vient que du sang, lequel, coulant continuellement du cœur par les artères en toutes les veines, et de toutes les veines dans le cœur, colore plus ou moins le visage, selon qu’il remplit plus ou moins les petites veines qui vont vers sa superficie24.

  • 25 Ibid.

9Le rougissement comme le palissement est donc intrinsèquement lié au sang qui circule dans le corps. Ainsi, si l’on « ne peut pas si facilement s’empêcher de rougir ou de pâlir25 », les changements de couleur trahissent les passions ou les émotions aux yeux des interlocuteurs.

10Le déchiffrement du corps – ou plutôt de la peau – est un sujet majeur de l’âge classique qui abonde en traités divers utilisant médecine et physiognomonie pour

  • 26 Lucie Desjardins, « De la “surface trompeuse” à l’agréable imposture. Le visage au xviie siècle », (...)

[…] fonder une entreprise de codification dont le but consiste à déceler les mouvements les plus intimes à partir d’une lecture attentive des signes venant se peindre à la surface du visage, qu’il s’agisse de signes stables et constants (le caractère) ou encore de signes éphémères et inconstants (les passions)26.

11Citons notamment Marin Cureau de La Chambre, Les Caractères des passions en 5 vol., publiés entre 1640 et 1662, L’Art de connoistre les hommes d’après la physionomie (1663) ou La Belliere, La Physionomie raisonnée ou Secret curieux pour connoître les inclinations naturelles de châcun par les regles naturelles (1664) : cette production semble atteindre son point d’orgue dans les années 1660.

  • 27 Marin Cureau de la Chambre, Les Caractères des passions, 1640, p. 6.
  • 28 Lucie Desjardins, Le corps parlant. Savoirs et représentation des passions au xviie siècle, 2001, p (...)
  • 29 Baudeau de Somaize, Le Dictionnaire des précieuses, 1972, p. 201.

12Les changements de couleur, surtout la rougeur, s’imposent comme un signe des plus transparents, quoique relativement polysémique, bien que cela ne soit jamais clairement énoncé : Marin Cureau de la Chambre, associe la rougeur à la honte27 – c’est l’interprétation générale –, dans « Suite du commerce du monde », le chevalier de Méré l’associe à une forme de timidité qu’il appelle pudeur28. Celle-ci n’est pourtant pas si éloignée de la honte : on lit ainsi dans Le Grand Dictionnaire des précieuses de Baudeau de Somaize que la pudeur est « le vermillon de la honte29 ».

  • 30 Lucie Desjardins, Le corps parlant…, op. cit., p. 106.
  • 31 Descartes, Les Passions de l’âme, op. cit., art. 113, p. 220.
  • 32 Mazarin, Bréviaire des Politiciens, 1997, p. 84.
  • 33 Méré, « Suite du commerce du monde », 1930, p. 159.

13Ces auteurs se sont montrés très prolixes sur la maîtrise des émotions, y compris la maîtrise de la rougeur. Comme le souligne Lucie Desjardins, « [l]e corps révèle les passions, mais il les dissimule aussi30 ». Descartes le premier, sait bien que l’on ne peut agir sur les muscles mais qu’il est possible d’imaginer une passion contraire31, cette stratégie du détour est aussi suggérée par Mazarin dans le Bréviaire des Politiciens32. Le chevalier de Méré conseille à ceux « qui ne sauroient dire trois mots sans rougir », « d’examiner d’où leur vient cette pudeur et d’y chercher quelque remède33 ». Si empêcher la rougeur a préoccupé les théoriciens, contrefaire cette même rougeur ne semble pas les avoir intéressés.

  • 34 Voir Lucie Desjardins, Le corps parlant…, op. cit., p. 103-159.
  • 35 Cf. J.-Chr. Abramovici, Obscénité et classicisme, 2003, p. 10 sq.
  • 36 J.-Chr. Abramovici, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”… », art. cité, p. 36
  • 37 J.-Chr. Abramovici, « “Commander le silence à sa physionomie”… », art. cité, p. 306.

14Il n’est guère étonnant que Descartes s’étende plus sur le rougissement que sur les autres signes extérieurs des passions. Ce phénomène est à la fois un sujet discret et la synthèse de plusieurs grandes préoccupations de l’âge classique : les passions de l’âme, le corps éloquent pris entre simulation et dissimulation34, mais aussi l’obscénité qui résonne dans les habitudes langagières, les débats sur l’honnêteté, la pudeur des femmes ou encore les bienséances artistiques35. La rougeur « n’est plus une marque de spontanéité mais le signe de l’inconfort d’une femme tenue de réprimer l’authenticité de ses émois pour paraître innocente », dévoilant ainsi « la violence d’un code social qui soumettait le corps féminin à une surveillance de tous les instants36 ». Cette surveillance nourrit les fantasmes masculins. « D’où ces mille et une rougeurs associées au caractère des femmes, de l’innocence enfantine aux premiers émois amoureux, de la furie jalouse aux excès nymphomaniaques37. »

  • 38 Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage, 2007, p. 97 sqq. Leur ouvrage traite (...)
  • 39 Jaucourt, art. Physionomie, (Scienc. imagin.), Encyclopédie, 1765, vol. XII, p. 538b.
  • 40 Philip Stewart, L’Invention du sentiment : roman et économie affective au xviiie siècle, 2010, p. 2
  • 41 Ibid., p. 11.
  • 42 Paul Pelckmans, La sociabilité des cœurs, 2013, p. 11.
  • 43 Voir J.-Chr. Abramovici, « Dialectique de la rougeur », 2003 ; Élodie Ripoll, « Il devint “rouge co (...)

15Si Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche constatent le discrédit subi par la physiognomonie au xviiie siècle38, devenue « science ridicule39 », l’interprétation des couleurs du visage est possible sur de nouveaux prémisses. Le modèle des passions hérité de Descartes est abandonné au profit du sentiment, une « catégorie plus subtile et variée, et surtout plus positive, que l’idée classique de la passion40 ». La « valorisation du sentiment va de pair non seulement avec le développement de la conscience individuelle mais avec la privatisation du moi dans la vie quotidienne41 ». Ce nouveau statut accordé à l’individu permet le « triomphe de la sensibilité42 ». Les tendances au déchiffrement sémiotique se généraliseront dans la France des Lumières, tant chez Marivaux, Laclos que chez des auteurs libertins comme Nerciat ou encore dans les traités physiologiques43 : l’article « Peau » de l’Encyclopédie est à ce sujet révélateur :

  • 44 Menuret, art. Peau, (Médec. Séméiotiq.), Encyclopédie, 1765, vol. XII, p. 220a.

La couleur de la peau varie très-souvent ; cet effet est plus fréquent & plus sensible au visage où la peau est plus fine ; le changement de couleur y est excité par la moindre émotion, par la plus légere passion subite ; le visage, lorsqu’il n’est pas encore instruit à feindre, est le miroir de l’ame, & le dépositaire indiscret de ses secrets ; mais il perd à bonne heure cette prérogative ; & lors même qu’il la conserve, on a trouvé le moyen de voiler son changement de couleur par le masque de rouge & de blanc dont on le recouvre44.

  • 45 Voir à ce sujet Catherine Lanoë, La poudre et le fard, une histoire des cosmétiques de la Renaissan (...)

16L’intérêt pour le maquillage pendant l’Ancien Régime trouve un éclairage supplémentaire dans ce contexte car il offre une dissimulation bien plus efficace des émotions. C’est aussi dans ce contexte de revalorisation de la sensibilité que l’on peut lire le retour au naturel dans les pratiques cosmétiques dans la seconde moitié du xviiie siècle45 : fard et céruse sont abandonnés.

17Peu de textes mettent toutefois en relation les changements de couleur en tant que tels. Les dictionnaires n’associent jamais rougeur et pâleur dans leurs exemples, confirmant indirectement la dimension exceptionnelle de ces changements.

Du rouge au blanc et inversement – un état des lieux

18Postulons directement à partir de notre exemple liminaire de Gil Blas que face à des émotions d’une extrême violence, les personnages cumulent non seulement les signes extérieurs des passions mais vont successivement rougir puis pâlir, comme si la violence de la pâleur était directement causée par la rougeur. Observons un premier exemple, sans doute le plus connu, celui de l’aveu de Phèdre chez Racine :

  • 46 Racine, Œuvres complètes, op. cit., t. I, p. 831.

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; / Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; / Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; / Je sentis tout mon corps et transir et brûler46.

19Phèdre raconte à Œnone sa rencontre avec Hippolyte. La violence de cette passion incestueuse provoquée par la vengeance de Vénus, culmine dans l’accumulation de signes extérieurs des passions comme dans les antithèses (gel-feu, rouge-blanc). Ce qui se présente comme le récit d’une scène de première vue est pourtant plus ambigu qu’il n’y paraît. L’analepse rend à la fois la scène plus solennelle mais écarte en même temps prudemment toute difficulté de représentation, liée aux changements de couleur.

  • 47 Voir par exemple : « pendant cette conversation je voyois la princesse rougir et pâlir successiveme (...)
  • 48 Scarron, Le Roman comique [1651], 1985, p. 49, 239, 291.

20Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les changements de couleur successifs se produisent plutôt dans le roman. Très variés, touchant les hommes comme les femmes, tout âge confondu, on les rencontre dans des genres littéraires divers allant du roman épistolaire au conte merveilleux47, en passant par le roman comique48. L’ordre n’est pas figé, il dépend de la succession des émotions.

  • 49 Nicolas Germain Léonard, La Nouvelle Clémentine, ou Lettres de Henriette de Berville, 1774, p. 134.
  • 50 Genlis, « La Princesse des Ursins », Nouveaux Contes moraux et nouvelles historiques, 1802, t. III, (...)
  • 51 « […] la princesse rougit, pâlit, versa des larmes, et parut offensée à un point, qu’on crut qu’ell (...)

21Quelles émotions peuvent déclencher ces réactions ? Un effroi d’une rare intensité (« elle a pâli, rougi, tremblé. Jamais impression d’effroi ne fut plus forte49 » ; « À cet effrayant début, madame des Ursins pâlit, rougit50 »), une offense51, mais peut-être aussi une succession d’émotions concurrentes, difficiles à discerner :

  • 52 Genlis, Adèle et Théodore ou Lettres sur l’éducation, [1782] 1792, t. 3, lettre 37, p. 227.

Son émotion et sa joie, à la vûe du prince, ne furent que trop visibles… elle rougit, elle pâlit, et ses yeux se remplirent de larmes ; elle fit un mouvement pour se lever, et retomba dans son fauteuil52.

22D’autres signes extérieurs des passions, généralement des tremblements ou des larmes, contribuent à augmenter la dimension pathétique ou simplement l’effet de la plupart de ces scènes :

  • 53 Prévost, Nouvelles lettres angloises ou Histoire du chevalier Grandisson [trad.], [1755] 1784, t. 3 (...)

Elle m’a regardé une seconde fois ; elle a tressailli encore : et quittant la main de sa mère, pâlissant et rougissant tour-à-tour, elle s’est levée, elle a passé les deux bras autour de Camille… ô Camille ! C’est tout ce qu’elle a pu prononcer. Un torrent de larmes s’est ouvert le passage53.

  • 54 Jacques de Varenne, Mémoires du chevalier de Ravanne, 1740, t. 2, p. 251.

23La rapidité de la succession des émotions permet de dramatiser ces passages : « Il pâlit et rougit presque à la fois54 ». L’intensité ne semble toutefois réellement augmenter que grâce à une rhétorique de la surenchère qui s’appuie sur des prétéritions, le topos rhétorique de l’ineffable au point de faire fi de la vraisemblance :

  • 55 Prévost, Cleveland [1731], 2003, p. 224.

Je tâcherais inutilement de vous représenter les premières marques de sa surprise et de son indignation. Il rougit et il pâlit vingt fois, tour à tour, dans le même instant. Il s’agitait sans pouvoir ouvrir la bouche pour donner passage aux expressions de sa colère, qu’on croyait voir à tout moment prête à sortir de ses lèvres55.

24Prévost utilisera plusieurs fois cette expression, comme dans Histoire d’une Grecque moderne :

  • 56 Prévost, Histoire d’une Grecque moderne [1740], 1990, p. 157.

Après avoir changé vingt fois de couleur, et s’être déconcerté jusqu’à me faire pitié, il reprit timidement la parole pour me protester que ses doutes sur la naissance de sa sœur ne diminueroient ni l’estime ni la tendresse qu’il avoit pour elle56 […].

25Ce potentiel topos prend tout son intérêt lorsqu’on le constate à différentes reprises dans une seule et même œuvre et qu’il semble avoir une plus grande importance. Il semblerait que ce soit le cas chez Marivaux comme chez Félicité de Genlis, deux auteurs séparés par plusieurs générations.

Les changements de couleur successifs – un topos négatif dans La Vie de Marianne ?

26Dans la troisième partie, Marianne, souhaitant révéler au religieux les véritables intentions de M. de Climal, découvre que ce dernier l’a devancée :

  • 57 Marivaux, La Vie de Marianne [1731-1742], 2007, p. 200.

J’arrive enfin dans un abattement que je ne saurais exprimer ; je demande le Religieux, et on me mène dans une salle en dehors où l’on me dit qu’il est avec une autre personne ; et cette personne, Madame, admirez ce coup de hasard, c’est M. de Climal, qui rougit et pâlit tour à tour en me voyant, et sur lequel je ne jetai non plus les yeux que si je ne l’avais jamais vu57.

  • 58 Cf. Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature, 2018, p. 397-401.
  • 59 Marivaux, La Vie de Marianne, op. cit., p. 202.

27Pris sur le fait – vraisemblablement déjà en train de noircir Marianne – Climal semble d’abord se sentir coupable puis prendre peur des conséquences. Fait intéressant, Marianne qui d’habitude rougit fréquemment58 ne rapporte que son regard. Aucune raison pour elle de rougir, la rougeur désigne les coupables. Elle « fond[ra] en larmes » quelques instants plus tard et « v[erra] l’embarras se peindre sur [le] visage59 » du faux dévot. Cette rougeur sera un argument décisif pour convaincre le religieux de la duplicité de Climal :

  • 60 Ibid., p. 209.

[…] enfin, mon Père, considérez la confusion où M. de Climal a été quand je suis entrée ici. Est-ce que vous n’avez pas pris garde à sa mine ?
Oui, me dit-il, oui, il a rougi : vous avez raison, et je n’y comprends rien ; serait-il possible60 ?

  • 61 Cf. Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature, 2018, p. 398 sq.
  • 62 Marivaux, La Vie de Marianne, op. cit., p. 144.

28Marianne accorde une importance particulière au rougissement, tant aux siens qu’à ceux des autres, et ne manque pas de les analyser61. Elle a déjà vu rougir Climal lorsque ce dernier avait surpris son entretien avec Valville : « Je voudrais pouvoir vous exprimer ce qu’il devint. Vous dire qu’il rougit, qu’il perdit toute contenance, ce n’est vous rendre que les gros traits de l’état où je le vis62. » Le cours de ses réflexions l’amène à la partie suivante à revenir sur cette rencontre :

  • 63 Ibid., p. 170.

[…] un dévot qui avait rougi de m’y rencontrer, qui avait feint de ne m’y pas connaître, ne pouvait y avoir été si confus et si dissimulé que parce que le fond de sa conscience sur mon chapitre ne lui faisait pas honneur. On appelle cela rougir devant son péché63 […].

29La rougeur première insiste sur la primauté de la honte qui précède la peur des conséquences. Pourrait-on avancer le déroulement suivant : coup de théâtre – violente émotion – changements de couleur successifs – interprétation des personnages observant la scène ?

  • 64 Ibid., p. 476.
  • 65 Ibid., p. 497.

30Marivaux réutilise le procédé à la huitième partie du roman. En raccompagnant Marianne au couvent, Mme de Miran et Valville portent secours à une demoiselle évanouie, Mlle Varthon, dont le jeune homme tombe amoureux. Une soudaine maladie de Marianne l’empêche d’informer la nouvelle pensionnaire de son prochain mariage avec Valville qui se lie avec elle. Une fois guérie, Marianne découvre son infidélité et se dispute à plusieurs reprises avec Varthon. Au cours de l’une d’entre elle, particulièrement humiliante pour Marianne, la narratrice met à jour les basses stratégies de sa rivale : « Cette violente sortie l’étourdit : elle ne s’attendait pas à être si bien devinée, et je la vis pâlir et rougir successivement64. » L’ordre des émotions a changé, c’est d’abord une forme de peur qu’elle éprouve puis la honte d’avoir révélé ce sentiment : est-elle pour autant moins coupable que Climal ? À un autre moment, Marianne constate qu’« il aurait fallu plus d’âge et plus d’usage du monde qu’elle n’en avait pour être à l’épreuve d’une pareille question65 ». C’est donc plutôt sa jeunesse et son manque d’expérience du monde qui sont en cause. Si la rougeur reste dans cette partie réservée à Valville et Mlle Varthon, témoignant de leur mauvaise conscience, le visage de Marianne reste blanc, tant par les traces de sa maladie que par sa sincère innocence.

  • 66 Érik Leborgne, « Femmes d’esprit. L’humour au féminin chez Madame de Villedieu, Challe et Marivaux  (...)

31Il est en outre, remarquable que seuls M. de Climal et Mlle Varthon connaissent ces changements de couleur successifs – les personnages qui ont fait du tort à l’héroïne (bien que Climal s’en repentira avant sa mort). Valville en est exempté, Marianne éprouvant toujours une grande affection à son égard. Cela renforce l’hypothèse d’Érik Leborgne quant au mariage futur de Marianne avec le jeune homme, expliquant cette discrète indulgence66.

32Leur rougeur trahit leur culpabilité avant même qu’ils ne songent à des moyens pour la dissimuler. Un changement de couleur ne peut se simuler, deux changements de couleur successifs sont alors un garant absolu de la sincérité du personnage, incapable de dissimuler son ressenti. L’utilisation par Marivaux de ce motif plaide pour le topos, tant il est cohérent.

Contre-exemple : le cas de Félicité de Genlis

  • 67 « À cette question, Marthe pâlit, rougit, baissa les yeux, et ne répondit rien ; Isaure s’éloigna d (...)
  • 68 Voir supra n. 51 et ci-dessous n. 68, 69, 72, et Genlis, Adèle et Théodore, t. 3, op. cit., lettre  (...)
  • 69 Ibid., t. 1, lettre 36, p. 288.
  • 70 Ibid., lettre 49, p. 375.
  • 71 Ibid., lettre 31, p. 235.

33Félicité de Genlis emploie aussi régulièrement ce potentiel topos dans son œuvre67. Hommes et femmes de tout âge sont touchés. Ce phénomène se produit à cinq reprises dans Adèle et Théodore68. Un jeune homme accusé à tort de vol rougit puis pâlit69, comme miss Bridget, surprise dans ses rêveries par Adèle70 : rougeur d’abord d’avoir attiré l’attention puis pâleur face aux éventuelles conséquences. Une anecdote présente plus d’intérêt : M. d’Aimeri a sacrifié sa fille Cécile en l’envoyant au couvent contre sa volonté71. Les années passant, celle-ci s’accommode de son sort ; la baronne d’Almane organise alors une rencontre entre le père, la fille et sa sœur, madame de Valmont. Les accompagnant en voiture retrouver Cécile, elle observe attentivement le père :

  • 72 Ibid., lettre 34, p. 261 sq.

M. d’Aimeri craignoit et désiroit également cet instant ; […] pâle, tremblant, il avoit l’air de souffrir la plus mortelle contrainte ; il évitait nos regards, […] je vis qu’il redoutoit au fond de l’ame l’impression que pourroit produire sur nous la vue touchante de sa victime et qu’il pensoit que la présence de Cécile alloit détruire toute la compassion qu’il nous avoit inspirée72 […].

  • 73 Ibid., p. 262, italiques de l’autrice.
  • 74 Ibid.

34Les considérations de l’épistolière sont interrompues par la sœur de Cécile qui « apercevant de loin une voiture, s’écria : Voilà ma sœur ! M. d’Aimeri pâlit et rougit ; et voyant que madame de Valmont pleuroit, il lui dit avec une colère concentrée et une voix tremblante : Eh bien, madame, allez-vous faire une scène73 ? » Contraint de dissimuler ses sentiments et n’y parvenant pas, M. d’Aimeri ne peut que réagir avec colère. La baronne remarque la « sévérité », mais aussi l’« air égaré, sombre et farouche » du père, parlant même de son « caprice74 ». Il lui sera bientôt impossible de lutter contre ses propres émotions. La pâleur première trahirait-elle la culpabilité des protagonistes ?

35Cela pourrait bien être le cas. Dans la nouvelle, « Le Malencontreux », le personnage principal, un jeune noble fuyant la Révolution, arrive en Angleterre, obtient après quelques mésaventures l’appui d’un ministre et revoit sous de meilleures auspices une ancienne connaissance contre laquelle il devrait avoir conservé quelques griefs :

  • 75 Genlis, « Le Malencontreux », Nouveaux Contes moraux…, t. 2, op. cit., p. 77.

Pendant toutes ces explications, le comte pâlit, rougit, bégaya et perdit tout-à-fait contenance. J’ai toujours pensé qu’on ne sauroit montrer trop d’indulgence, trop de douceur dans la prospérité, et que c’est à cette conduite que l’on reconnoît les âmes véritablement nobles et généreuses ; ainsi, je ne songeai qu’à dissiper le pénible embarras du comte […] je ne me permis pas un mot de reproche, même indirect, sur son dernier procédé75.

36Inversement, la rougeur précédant la pâleur reste un signe de sincérité :

  • 76 Ibid., p. 44.

Je jetai les yeux sur les personnes qui étoient dans la voiture, et je vis une vieille femme-de-chambre et une jeune demoiselle d’une très-belle figure. Elle rougit et pâlit en me regardant, ce qui ne me surprit point, parce que j’avois beaucoup entendu parler de la modestie des dames anglaises76 […].

Il découvre pourtant quelques instants plus tard que la jeune femme l’a pris pour un voleur.

37Mais les contre-exemples existent aussi. Dans « Le Jupon vert », Ida, jeune orpheline vertueuse, gagne par son bon cœur l’affection de M. Molten qui désire l’épouser :

  • 77 Genlis, « Le Jupon vert », ibid., p. 396.

Ida pâlit, rougit, en s’écriant : Bon Dieu, monsieur !… Elle chanceloit ; je la soutins… Ida, repris-je, y consentez-vous ? — Oh, monsieur, répondit-elle, en serrant fortement mes deux mains dans les siennes… Elle s’arrêta ; ses pleurs couloient avec abondance, et tomboient sur mes mains ; elle me regardoit fixement, avec une expression qui me pénétroit !… Après un instant de silence, tout-à-coup elle se précipite à genoux, en disant : Non, monsieur, non, cela ne sera point, on vous blâmeroit ; non, je n’abuserai point ainsi de votre générosité77…

38Dans l’extrait suivant, la succession rougeur-pâleur semble être la garantie de la sincérité du personnage féminin :

  • 78 Genlis, « L’Amant dérouté », ibid., t. 3, p. 206 sq.

[…] et ceux de Léontine étoient si tendres, si expressifs ! elle avoit tant d’esprit et de finesse ! elle avoit si bien l’air de comprendre Rosenthall ! elle paroissoit d’ailleurs si éloignée de toute espèce de coquetterie ! enfin Rosenthall l’avoit vue rougir, pâlir et s’attendrir ; mais, d’un autre côté, elle montroit toujours les mêmes sentimens pour Melcy, le même plaisir à le voir, le même empressement à lui parler en particulier ; elle avoit toujours quelque secret à lui dire à l’oreille ; sa présence, loin de la gêner jamais, paroissoit lui être agréable dans tous les instans78.

Rosenthall a bien déchiffré les changements de couleur de Léontine, Melcy n’est pas son rival mais le frère de cœur de la jeune fille. La nouvelle se clôt sur leur mariage.

39S’il paraît difficile de trouver une signification commune à ces phénomènes chez Genlis, ils n’en demeurent pas moins la marque de grandes émotions comme le garant indirect d’une sincérité plus forte que les mots.

40Les changements de couleur abordés dans cet article sont-ils des topoï ? Aussi séduisante que soit cette hypothèse, ces premières analyses ne suffisent pas pour apporter une réponse définitive. À l’échelle de La Vie de Marianne, nos exemples permettent des interprétations très fines sur certains personnages mais restent à l’état de motif. Il faudrait élargir l’analyse aux autres romans de Marivaux pour déterminer s’il s’agit d’un motif ponctuel ou s’il existe ailleurs, sous une autre forme, ou s’il s’apparente véritablement à un topos narratif. L’exemple de Genlis reste toutefois bien trop ponctuel pour correspondre à un topos.

41Si la moisson satorienne est maigre, notre réflexion sur les manifestations physiologiques et leur potentielle mise en récit topique s’avère stimulante. Nous l’avons vu, il est difficile d’aborder les changements de couleur comme les autres topoï narratifs, non parce que leurs déroulements, leurs arguments ou leurs conséquences sur l’intrigue seraient insignifiants mais parce qu’ils sont par nature entre description et narration, précisément à une époque où la pensée et la représentation des émotions changent radicalement tant du fait de l’invention du sentiment que des progrès de l’écriture descriptive et de l’avènement d’une nouvelle épistémologie visuelle. Les phénomènes de rougeur et de pâleur combinés pourraient être encore trop neufs pour devenir topiques.

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Bibliographie

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Notes

1 Le Sage, Histoire de Gil Blas de Santillane [1732], 1960, p. 705.

2 Voir Racine, Œuvres complètes, Théâtre – Poésie, 1999, vol. I, p. 831 ; nous aborderons plus longuement cet extrait dans la suite de l’article.

3 Descartes, Les Passions de l’âme, 1988, art. 112, p. 219.

4 Christophe Lesueur, « “They blush because they understand” : la rhétorique de la rougeur dans les romans de Samuel Richardson », 2012, §2.

5 Voir Jean-Christophe Abramovici, « “Commander le silence à sa physionomie” : la rougeur des hommes », 2019.

6 Voir Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature, 2018, p. 393-404.

7 Dictionnaire de l’Académie, 4e édition, 1762.

8 Nira Pancer, « Entre lapsus corporis et performance : fonctions des gestes somatiques dans l’expression des émotions dans la littérature altimédiévale », 2011, §3.

9 Descartes, Les Passions de l’âme, 1988, art. 112, p. 219.

10 Ibid.

11 Voir Anne Coudreuse, Le goût des larmes au xviiie siècle, 2013.

12 Michèle Weil, « Comment repérer et définir le topos ? » 2016, p. 2 sq.

13 Ibid, p. 8.

14 Ibid, p. 1.

15 Jean-Pierre Dubost, « De la topique à la topographie : retour critique sur nos outils théoriques », 2017, p. 2.

16 Jan Herman, « Qu’est-ce que le topos narratif pour la Sator ? », 2001, p. 3.

17 Une autre semble exister mais exigerait des analyses spécifiques, le passage de la peau du blanc au rouge pour signifier à mots couverts l’acte charnel comme l’a avancé David Dorais (Le corps érotique dans la poésie française du xvie siècle, 2008, chap. ii, §27).

18 Voir n. 9 supra.

19 J.-Chr. Abramovici, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”. Interdits langagiers et pudeur féminine à l’âge classique », 1999, p. 35.

20 Nira Pancer, « Entre lapsus corporis et performance… », art. cité, p. 39.

21 Descartes, Les Passions de l’âme, 1988, art. 112, p. 219.

22 Ibid, art. 115, p. 221.

23 Ibid, art. 117, p. 222.

24 Ibid, art. 114, p. 220 sq.

25 Ibid.

26 Lucie Desjardins, « De la “surface trompeuse” à l’agréable imposture. Le visage au xviie siècle », 2006, p. 54.

27 Marin Cureau de la Chambre, Les Caractères des passions, 1640, p. 6.

28 Lucie Desjardins, Le corps parlant. Savoirs et représentation des passions au xviie siècle, 2001, p. 106.

29 Baudeau de Somaize, Le Dictionnaire des précieuses, 1972, p. 201.

30 Lucie Desjardins, Le corps parlant…, op. cit., p. 106.

31 Descartes, Les Passions de l’âme, op. cit., art. 113, p. 220.

32 Mazarin, Bréviaire des Politiciens, 1997, p. 84.

33 Méré, « Suite du commerce du monde », 1930, p. 159.

34 Voir Lucie Desjardins, Le corps parlant…, op. cit., p. 103-159.

35 Cf. J.-Chr. Abramovici, Obscénité et classicisme, 2003, p. 10 sq.

36 J.-Chr. Abramovici, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”… », art. cité, p. 36.

37 J.-Chr. Abramovici, « “Commander le silence à sa physionomie”… », art. cité, p. 306.

38 Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage, 2007, p. 97 sqq. Leur ouvrage traite bien plus de l’expression que des couleurs de la peau.

39 Jaucourt, art. Physionomie, (Scienc. imagin.), Encyclopédie, 1765, vol. XII, p. 538b.

40 Philip Stewart, L’Invention du sentiment : roman et économie affective au xviiie siècle, 2010, p. 2.

41 Ibid., p. 11.

42 Paul Pelckmans, La sociabilité des cœurs, 2013, p. 11.

43 Voir J.-Chr. Abramovici, « Dialectique de la rougeur », 2003 ; Élodie Ripoll, « Il devint “rouge comme une cerise”. Rougir dans les romans français du xviiie siècle, entre analyse psychologique et description chromatique », 2016.

44 Menuret, art. Peau, (Médec. Séméiotiq.), Encyclopédie, 1765, vol. XII, p. 220a.

45 Voir à ce sujet Catherine Lanoë, La poudre et le fard, une histoire des cosmétiques de la Renaissance aux Lumières, 2008.

46 Racine, Œuvres complètes, op. cit., t. I, p. 831.

47 Voir par exemple : « pendant cette conversation je voyois la princesse rougir et pâlir successivement. » (Voisenon, « Le Sultan Misapouf et la princesse Grisemine », 1746, p. 131).

48 Scarron, Le Roman comique [1651], 1985, p. 49, 239, 291.

49 Nicolas Germain Léonard, La Nouvelle Clémentine, ou Lettres de Henriette de Berville, 1774, p. 134.

50 Genlis, « La Princesse des Ursins », Nouveaux Contes moraux et nouvelles historiques, 1802, t. III, p. 182.

51 « […] la princesse rougit, pâlit, versa des larmes, et parut offensée à un point, qu’on crut qu’elle ne lui pardonneroit jamais […]. » (Bougeant, Voyage merveilleux du prince Fan-Férédin dans la Romancie, 1735, p. 248).

52 Genlis, Adèle et Théodore ou Lettres sur l’éducation, [1782] 1792, t. 3, lettre 37, p. 227.

53 Prévost, Nouvelles lettres angloises ou Histoire du chevalier Grandisson [trad.], [1755] 1784, t. 3, lettre 71, p. 155.

54 Jacques de Varenne, Mémoires du chevalier de Ravanne, 1740, t. 2, p. 251.

55 Prévost, Cleveland [1731], 2003, p. 224.

56 Prévost, Histoire d’une Grecque moderne [1740], 1990, p. 157.

57 Marivaux, La Vie de Marianne [1731-1742], 2007, p. 200.

58 Cf. Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature, 2018, p. 397-401.

59 Marivaux, La Vie de Marianne, op. cit., p. 202.

60 Ibid., p. 209.

61 Cf. Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature, 2018, p. 398 sq.

62 Marivaux, La Vie de Marianne, op. cit., p. 144.

63 Ibid., p. 170.

64 Ibid., p. 476.

65 Ibid., p. 497.

66 Érik Leborgne, « Femmes d’esprit. L’humour au féminin chez Madame de Villedieu, Challe et Marivaux », 2022, p. 136.

67 « À cette question, Marthe pâlit, rougit, baissa les yeux, et ne répondit rien ; Isaure s’éloigna d’elle, avec un violent battement de cœur. » (Genlis, « Le Bonhomme », Nouveaux Contes moraux…, op. cit., t. 3, p. 349) ; voir aussi « Les deux réputations », ibid., t. 1, p. 229.

68 Voir supra n. 51 et ci-dessous n. 68, 69, 72, et Genlis, Adèle et Théodore, t. 3, op. cit., lettre 64, p. 408.

69 Ibid., t. 1, lettre 36, p. 288.

70 Ibid., lettre 49, p. 375.

71 Ibid., lettre 31, p. 235.

72 Ibid., lettre 34, p. 261 sq.

73 Ibid., p. 262, italiques de l’autrice.

74 Ibid.

75 Genlis, « Le Malencontreux », Nouveaux Contes moraux…, t. 2, op. cit., p. 77.

76 Ibid., p. 44.

77 Genlis, « Le Jupon vert », ibid., p. 396.

78 Genlis, « L’Amant dérouté », ibid., t. 3, p. 206 sq.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Élodie Ripoll, « Les changements de couleur sont-ils des topoï comme les autres ? », Topiques, études satoriennes [En ligne], 8 | 2024, mis en ligne le 01 avril 2025, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/topiques/333

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Auteur

Élodie Ripoll

Élodie Ripoll est maîtresse de conférences en humanités numériques à l’université de Trèves. Spécialiste du xviiie siècle, des couleurs, des topoï et des animaux, elle a publié Penser la couleur en littérature. Explorations romanesques des Lumières au réalisme (Classiques Garnier, 2018) et dirigé avec C. Gallouët, Tomber en amour. Enquêtes sur la naissance du sentiment au xviiie siècle (Classiques Garnier, 2025).

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