Édito
Texte intégral
1Que diriez-vous d’un point d’étape sur le travail collaboratif dans le milieu de la traduction et de l’interprétation ? Notre numéro intitulé Voyage en équipage (décembre 2015), sorti une décennie après la naissance du concept de coworking, abordait déjà la pratique de « partenariats ad hoc ou polymorphes, équipe formelle, réseau, club, SARL ou SCOP, vitrine commune… ». « Tu me dis solitude, je te dis coworking », était-il affirmé plus tard dans En quête d’équilibre, notre numéro sur le bien-être des professionnels (juin 2023). Qu’en est-il en 2026 ?
2Ce numéro s’ouvre sur une réflexion militante analysant les conséquences pour notre métier de la mise en œuvre de l’IA. S’affirmer par la qualité du rendu et défendre ainsi la traduction humaine, voilà un objectif ambitieux auquel invitent les mobilisations collectives tout en alertant sur les enjeux éthiques et sociaux soulevés par le recours aux algorithmes.
3Je ne serais donc pas seul·e à vivre cela ? Découvrez comment une newsletter a dépassé son cadre purement informatif pour devenir un écosystème se déclinant dans plusieurs formats et permettre aux interprètes en langue des signes d’échanger, d’aborder les sujets qui fâchent et d’améliorer leur visibilité.
4Jeux vidéo, cyclisme, technique. Quelle que soit sa spécialité, chaque collectif est né d’une envie commune : proposer une alternative vertueuse aux agences mastodontes peu regardantes quant aux conditions de travail qu’elles imposent à la sous-traitance, allier activité professionnelle et loisirs, travailler à plusieurs… Mais se rassembler, c’est d’abord s’interroger sur la manière de construire un « nous » pluriel, attentif aux individualités.
5Quid de la poésie, des sciences humaines et de la littérature ? Dans ce jeu de cache-cache permanent, l’accent est mis sur l’acte traductif comme coconstruction, nourrie de la diversité du groupe. Il en ressort une forme de communion, d’équilibre et d’harmonie propices à la créativité. Peut-être parce qu’une fois encore, la traduction rassemble ceux et celles qui la pratiquent autour d’un goût partagé : le plaisir de traduire. D’ailleurs, la formation de ces groupes et leur pérennité sont-elles réellement le fruit du hasard ? s’interrogent les autrices de ces contributions spécialisées en sciences humaines. Plus léger, le billet qui suit revient sur les débuts chaotiques d’une jeune traductrice littéraire, hésitant entre espoirs et déconvenues avant de se résigner à la réalité.
6Que l’on exerce dans le milieu judiciaire ou institutionnel, les attentes croissantes du secteur supposent une lourde pression émotionnelle. Rendre sa substance au métier dans un cadre apaisant et sécurisant, tel est l’objectif des groupes d’analyse de la pratique (GAP) et du coaching en groupe. En offrant un espace de partage des expériences et des difficultés d’une activité – voire d’un monde – en constante mutation, qui oscille entre précarisation, isolement et charge affective, le groupe transforme les individus comme les pratiques professionnelles.
7Place ensuite aux nombreuses associations professionnelles, qui portent l’action collective à un niveau institutionnel : valoriser, pérenniser, défendre les métiers de la traduction et de l’interprétation et accompagner les nouveaux arrivants font entre autres partie de leurs prérogatives.
8Pour conclure ce cahier thématique, la rubrique « Au-delà du dico » approfondit la sémantique des notions de confiance et d’entente, indissociables de l’action collective.
9Le « Hors cahier » nous invite quant à lui à réfléchir sur la nécessité et la manière de remettre l’interprète au cœur d’un projet qui le concerne directement : la cabine. Comment ? Tout simplement en le consultant lors de sa conception.
10Le « Lu pour vous » invite à une exploration du « long xviiie siècle », au cours de laquelle on découvre l’aspect polymorphe des textes traduits comme de leurs praticiens, dont les choix pourront paraître audacieux à leurs collègues d’aujourd’hui.
11Si la solidarité, le respect ou encore la richesse du travail en équipe demeurent essentiels pour contrer la fragmentation de nos métiers, ce numéro laisse également transparaître une soif de liberté et un besoin de se réapproprier notre profession pour le moins bousculée. Porté par l’énergie du groupe, l’individu est plus fort. Alors qu’attendons-nous pour poursuivre ce voyage à plusieurs ?
12Bonne découverte !
Pour citer cet article
Référence papier
Anne Boudrot, Carine Bouillery et Noëlle Brunel, « Édito », Traduire, 254 | 2026, 3-5.
Référence électronique
Anne Boudrot, Carine Bouillery et Noëlle Brunel, « Édito », Traduire [En ligne], 254 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/traduire/5279 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16j7y
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