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Recension bibliographique
Notes critiques

Davide Montino, Le tre Italie di Giuseppe Fanciulli. Educazione e letteratura infantile nel primo Novecento

Mariella Colin
p. 207-209
Référence(s) :

Davide Montino, Le tre Italie di Giuseppe Fanciulli. Educazione e letteratura infantile nel primo Novecento, Turin, SEI, 2009, 218 p.

Texte intégral

1La démarche suivie par Davide Montino dans cet ouvrage est celle d’un historien de la culture. Giuseppe Fanciulli n’a pas été l’un des grands écrivains italiens pour la jeunesse, et ses contes et romans ne sont plus réédités ; il s’agit d’un intellectuel mineur, mais hautement significatif d’une période donnée, qui a laissé une œuvre considérable (plus de cent soixante-dix volumes, sans compter les articles et autres brochures) et polymorphe. En revisitant un auteur qui a contribué à modeler l’imaginaire enfantin italien dans la période qui voit se succéder « trois Italies » – l’époque libérale de Giolitti, le Ventennio fasciste et la nouvelle république – D. Montino a cherché avant tout à mettre en lumière les liens qui rattachent les textes aux contextes, en mettant en évidence leur ancrage idéal.

2Fanciulli, né à Florence en 1881, devient membre de la rédaction du Giornalino della Domenica de Vamba, où il travaille de 1906 à 1911, tout en publiant ses premiers récits : Pippo Sizza aviatore (1911) – un roman comique d’aventures – et L’Omino turchino (1912), conte symboliste. Son parcours suit ensuite de très près l’émergence, la cristallisation et l’exaltation d’une idéologie et d’une culture nationalistes, qui débutent par la guerre patriotique de 1915-1918 pour aboutir à la rhétorique guerrière et impériale du fascisme. Fanciulli, qui est irrédentiste comme Vamba, milite parmi les interventionnistes ; en 1918, il se range du côté des nationalistes qui appuient l’expédition de D’Annunzio à Fiume. Tout en collaborant activement à l’hebdomadaire florentin, il publie une série d’ouvrages d’inspiration religieuse (Creature, Gente nostra, Alla sorgente), où il voit dans la nature une création divine, et célèbre la simplicité d’âme des paysans de la campagne toscane. Après la mort de Vamba (en 1920), il prend la direction du Giornalino della Domenica, et salue l’arrivée au gouvernement de Mussolini. En bon représentant d’un catholicisme qui craint le socialisme et la modernité industrielle, Fanciulli considère le fascisme comme le meilleur moyen de pérenniser le monde traditionnel qu’il chérit, et de mettre en pratique sa stratégie pédagogique. Commence alors la phase la plus intense de sa carrière, qui se poursuivra tout au long du Ventennio. Il déploiera une activité infatigable, en devenant l’un des acteurs du programme mussolinien d’éducation de masse ; son action d’« intellettuale funzionario » (ce terme est de Mario Isnenghi) sera largement reconnue et lui vaudra récompenses et gratifications. Non seulement il collaborera à plusieurs journaux et périodiques, rédigera des manuels et des livres de lecture pour les écoles, traduira et adaptera des œuvres étrangères, dirigera des collections éditoriales et animera des émissions radio, mais il soutiendra la nécessité d’ouvrir des bibliothèques spécialisées, et œuvrera sans relâche en faveur de la lecture. Il sera aussi un théoricien de la littérature de jeunesse ; en tant que critique, il écrira, en bon connaisseur du genre, un guide historique et thématique (La letteratura per l’infanzia), où est présentée et jugée la production littéraire européenne. Publié pour la première fois en 1926, ce guide donnera lieu à plusieurs rééditions, alignées au fur et à mesure sur l’évolution politique du régime, puis de la République. Dans quelques romans, Fanciulli restera fidèle à sa première manière : Fiore (1927) s’inscrit dans ses narrations vivifiées par la bonté chrétienne, et Lisa-Betta (1932) renoue avec la poétique symboliste du fanciullino pascolien ; dans les autres, seront invariablement présents la patrie, la guerre, l’héroïsme, associés au mythe du Duce et à la mise en valeur de la politique de développement et de réorganisation réalisée par le fascisme. Alza bandiera (1934) et Cuore del Novecento (1938) sont, d’après D. Montino, les manifestes d’une littérature enfantine fasciste mûre et accomplie, tout comme les volumes de la collection des « Lectures coloniales » qu’il dirige pour la maison d’édition La Scuola de Brescia. Fanciulli réussit ainsi à produire des livres de loisir qui unissent la propagande aux fictions romanesques, et fait du « roman d’aventures colonial » un nouveau genre de formation pour la nouvelle « conscience impériale » des Italiens.

3Le monde dans lequel Fanciulli avait cru s’écroule avec la Seconde Guerre mondiale. Les premières années de la République voient l’affirmation d’une idéologie catholique et conservatrice qui aurait dû lui convenir ; le nationalisme et le colonialisme disparus, lui restaient à exploiter le sentiment religieux, la bonté et la poésie de l’enfance. Mais cet auteur qui avait su adopter des styles différents échoue désormais à écrire de façon convaincante, et sa manière s’enlise dans une thématique éducative trop datée pour pouvoir encore plaire ; il s’éteindra en 1951 sans avoir réussi à se rénover. Il n’en reste pas moins que Fanciulli, en tant qu’intellectuel ayant choisi d’écrire pour l’enfance, avait eu une pleine conscience de son métier et de son public. L’ouvrage de D. Montino met bien en lumière l’action de cet auteur, qui, étant persuadé que la littérature pour la jeunesse ne devait être considérée « né come un semplice corollario della letteratura scolastica, né come un sottoprodotto della letteratura tout court » (p. 216), a œuvré en professionnel pour doter la littérature enfantine italienne d’« una base teoretica forte, così come di strumenti di diffusione, informazione e comunicazione strutturati e continui : riviste, biblioteche, repertori bibliografici, pubblicità » (p. 215). En cela a consisté sa modernité.

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Pour citer cet article

Référence papier

Mariella Colin, « Davide Montino, Le tre Italie di Giuseppe Fanciulli. Educazione e letteratura infantile nel primo Novecento »Transalpina, 14 | 2011, 207-209.

Référence électronique

Mariella Colin, « Davide Montino, Le tre Italie di Giuseppe Fanciulli. Educazione e letteratura infantile nel primo Novecento »Transalpina [En ligne], 14 | 2011, mis en ligne le 28 avril 2022, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transalpina/2490 ; DOI : https://doi.org/10.4000/transalpina.2490

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