La magia nella fiaba. Itinerari e riflessioni, Franco Cambi, Sandra Landi et Gaetana Rossi (éd.)
La magia nella fiaba. Itinerari e riflessioni, Franco Cambi, Sandra Landi et Gaetana Rossi (éd.), Rome, Armando Editore, 2010, 208 p.
Texte intégral
1L’ouvrage, paru en 2010, vient conclure une série de publications, telles que Mostri e paure nella letteratura per l’infanzia di ieri e di oggi, Il paesaggio nella fiaba. Luoghi, scenari, percorsi et L’immagine della società nella fiaba, ayant le conte pour objet d’étude. Elles s’inscrivent dans un parcours de formation soutenu par l’Institut régional de recherche éducative de la Toscane (IRRE), effectué en collaboration avec le Département de sciences de la formation de l’université de Florence sur une période de plus de dix ans. Les différentes publications rendent compte des conclusions des séminaires consacrés à cette recherche, ainsi que des travaux menés par les différents laboratoires de recherche éducative impliqués dans le projet. Le cours de formation étant destiné aux acteurs des structures éducatives (enseignants des écoles de tous niveaux et bibliothécaires), ainsi qu’aux parents d’élèves de Florence, Prato, Pistoia et Lucques. L’ouvrage se présente à la fois comme une réflexion théorique sur la place et le rôle du conte dans notre société et comme une palette de pistes pédagogiques et éducatives pour les enfants. Le dernier volet de cet ouvrage est plus spécifiquement consacré à l’élément « magique » du conte et à la dynamique particulière induite par sa présence au sein du récit. À l’issue de leurs travaux, les auteurs soulignent que l’élément magique, en tant qu’émanation d’une pensée ancienne, se présente comme un mode d’accès possible à la connaissance d’un monde archaïque. Né de la tradition populaire orale, à partir du XIXe siècle, le conte, revisité par les grands auteurs, s’impose comme un genre littéraire à part entière (passage à l’écrit, métissage avec d’autres formes de narration) : les œuvres de Collodi, Carroll et Andersen en témoignent. C’est un modèle qui perdure au XXe siècle et qui s’enrichit en explorant le « mélange des genres », croisant le fabuleux et le fantastique pour proposer des histoires destinées aux adultes : on pense à l’exemple emblématique du conte philosophique d’Italo Calvino.
2Ce regain d’intérêt pour le conte se manifeste par la curiosité qu’il suscite chez les penseurs contemporains, dans des domaines variés de la connaissance : littérature, pédagogie, psychologie, psychanalyse. L’élément magique, s’il n’est pas systématiquement et significativement présent dans le conte, n’en reste pas moins constitutif de ce dernier, comme le souligne Franco Cambi dans son article. Les contes – a fortiori ceux de la littérature enfantine – autorisent de facto et selon la règle du genre l’irruption de procédés magiques. Il se présente, dès l’origine et jusqu’à nos jours, comme un modèle d’explication du monde, proposant des pistes d’interprétation pertinentes pour la compréhension d’un « catalogue des destinées » humaines (selon l’expression de Calvino). Un tel modèle, certes mis en échec par la pensée scientifique moderne, persiste toutefois et paradoxalement, parce qu’il propose un éventail d’expérimentations du possible qui dépasse le champ du réel et s’aventure dans celui de l’irréel, du surréel, de la transfiguration et de la symbolisation. L’introduction d’un élément magique confronte le lecteur, de façon directe et expérimentale, aux questions récurrentes de la puissance de la pensée et de son action éventuelle sur le monde ; il éclaire le rapport de l’homme à son environnement – monde animal, monde végétal, monde des objets – en le confrontant à sa propre spécificité d’être pensant et agissant, ainsi qu’à ses limites d’être mortel. De son côté, Sandra Landi souligne que la magie exprime une forme de connaissance qui transcende la rationalité, et réhabilite un mode de perception du monde plus intuitif, plus imaginatif et dans une certaine mesure plus libre. L’introduction de l’élément magique permet de s’affranchir des contraintes spatiales ou temporelles et du caractère irréversible des actions humaines. Ainsi autorise-t-il une infinité d’expériences imaginaires qui développent les facultés de l’esprit : astuce, acuité, créativité. Comme Gaetana Rossi le rappelle dans son article, Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées, 1976) a largement démontré l’utilité du conte qui permet aux enfants d’exprimer « leurs angoisses et leurs espoirs » sans courir le danger réel de vivre des expériences traumatisantes. En cela le conte s’apparente au fonctionnement du rêve : il se présente à la fois comme une voie d’accès à l’inconscient (tel qu’il est défini par Freud) et comme un mode d’« éconduction » des motions inconscientes. Voilà pourquoi la magie, et plus particulièrement la magie dans le conte, occupe une place unique dans l’ensemble de la production littéraire. Les procédés magiques n’ont pas seulement une valeur métaphorique visant à abolir les contraintes du réel. Ce sont souvent des équivalents fantasmatiques, les actualisations des obsessions des personnages et même la représentation de leurs passages à l’acte. Le recours au principe magique dans le conte offre donc au lecteur (adulte ou enfant) un schéma de socialisation et une approche de la transcendance.
3La dernière partie du volume est une mise en pratique des conclusions théoriques auxquelles sont parvenus les différents chercheurs. Elle relate les expériences des laboratoires destinées à être menées avec les enfants des écoles : découpages, pliages, dessins, constructions, travail sur les mots, techniques et inventivité langagières. Une démarche originale et réjouissante, qui démontre la persistance et la pertinence du « magique » dans une société contemporaine qui privilégie la technologie la plus performante et revendique la suprématie sans partage de la pensée rationnelle.
Pour citer cet article
Référence papier
Brigitte Poitrenaud-Lamesi, « La magia nella fiaba. Itinerari e riflessioni, Franco Cambi, Sandra Landi et Gaetana Rossi (éd.) », Transalpina, 14 | 2011, 211-213.
Référence électronique
Brigitte Poitrenaud-Lamesi, « La magia nella fiaba. Itinerari e riflessioni, Franco Cambi, Sandra Landi et Gaetana Rossi (éd.) », Transalpina [En ligne], 14 | 2011, mis en ligne le 28 avril 2022, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transalpina/2504 ; DOI : https://doi.org/10.4000/transalpina.2504
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