Giosue Carducci et la critique française
Résumés
Giosue Carducci (1835-1907) fut un des poètes majeurs du XIXe siècle et le premier prix Nobel italien de littérature en 1906. Le Vate della Terza Italia a connu un certain succès en France également, où il a compté parmi ses admirateurs et défenseurs les plus illustres universitaires. Toutefois, après la Première Guerre mondiale, il est rapidement destiné à un inexorable oubli, si bien qu’il est aujourd’hui largement méconnu par le public et ignoré par la critique. Nous chercherons à expliquer dans notre étude cette parabole descendante, en rendant compte des principales orientations de la critique française et des différentes lectures qui ont été faites de l’œuvre de Carducci au cours du XXe siècle. Nous montrerons en particulier comment, après une période dominée par les discussions sur la trop grande « italianité » de Carducci, la critique française se réduit à l’écho des débats qui traversent la critique italienne.
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- 1 On peut le mesurer au nombre de traductions de ses poésies dès la fin du XIXe siècle, recensées par (...)
1Le poète Giosue Carducci, contemporain de la formation de l’État unitaire italien et prix Nobel de littérature en 1906, est le premier poète italien à accéder à une reconnaissance internationale, même si elle est de courte durée1. Alors que Carducci est considéré comme le Vate della Terza Italia et que son œuvre poétique est largement populaire en Italie même auprès du grand public, sa fortune en France est restreinte au cadre des études de littérature italienne, et ne concerne pas le grand public, auprès duquel il fut et demeure un illustre inconnu. Le leitmotiv des commentaires critiques français sur le poète est en effet le regret que son nom soit ignoré du public de l’hexagone.
- 2 Pour un tableau de l’italianisme français de l’époque, cf. M. David, « Pour une chronographie des é (...)
2Dans notre recherche, nous nous sommes intéressée aux jugements des hommes de lettres qui ont appartenu pour la plupart au monde universitaire (dont les plus importants sont Charles Dejob, Pierre de Nolhac, Alfred Jeanroy, François Bédarida, Paul Renucci), ainsi qu’aux esprits amoureux de littérature italienne (Paul Hazard, Benjamin Crémieux), et aux journalistes littéraires2 : des professeurs de langue italienne, des critiques comparatistes et des chroniqueurs, tous armés d’une préparation philologique et critique de premier ordre, leur permettant d’évaluer la valeur poétique des compositions de Carducci aussi bien que les thématiques qu’il a abordées.
3Nous verrons que la fortune de Carducci en France se construit lentement mais sûrement dans les dernières décennies du XIXe siècle, connaît un moment culminant entre 1900 et le début de la Première Guerre mondiale, puis son nom disparaît dans l’oubli. Carducci commence à être découvert par les spécialistes et par l’élite des hommes de lettres après 1870, et son public s’élargit ensuite progressivement, tandis que s’établit un consensus pour reconnaître l’importance du poète. Au début du XXe siècle, Carducci est en passe de devenir un « objet de culte », consacré par le prix Nobel et encensé au moment de sa mort ; mais il sera ensuite rapidement destiné à un inexorable oubli.
1870-1905 : la découverte de Carducci
- 3 C. Ferrari, « La poésie et les poètes en Italie », Courrier franco-italien, 22 juillet 1858.
4Carducci commence à être cité à l’étranger dès 1858, date de la première recension des Rime di San Miniato (1857) dans la Bibliothèque universelle des Sciences, Belles Lettres et Arts de Genève. À la date du 27 juillet 1858, il écrit à son père qu’il est cité dans le Courrier franco-italien de Paris : deux lignes lapidaires qui évoquent l’air foscolien et la versification alfiérienne de ses vingt-cinq sonnets, qui passent inaperçues3.
- 4 Sur les rapports de Carducci avec ses contemporains français, cf. l’essai de L. Pighi, Lettere di c (...)
5Le poète n’établit des contacts avec les Français de marque qu’à partir de 1867, lorsque Sainte-Beuve commence à répondre à ses courriers. Mais les lettres de Sainte-Beuve, les quelques mots de Victor Hugo et de Michelet reçus par Carducci sont encore peu de chose, et le nom du jeune poète n’apparaît pas en dehors de cette correspondance privée4.
- 5 A. Roux, Histoire de la littérature italienne contemporaine, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 18 (...)
6Il faut attendre 1870, dans l’Histoire de la littérature italienne contemporaine d’Amédée Roux5, pour que Carducci soit placé parmi les auteurs italiens significatifs de son époque. Mais les Levia Gravia, qui paraissent en 1868, et l’Inno a Satana, qui connaît son véritable succès lors de sa republication en 1869, ne font pas le poids face à la popularité d’autres poètes de l’époque, notamment Aleardo Aleardi et l’abbé Giacomo Zanella.
- 6 Gaston Paris (1839-1903) est professeur de philologie romane au Collège de France, fondateur de la (...)
- 7 G. Paris, « Cantilene e ballate », Romania, t. 1, 1872, p. 115-119.
- 8 G. Paris, « Studi letterari », Revue critique d’histoire et de littérature, a. VIII, t. 1, 1874, p. (...)
7Par contre, Carducci est découvert avec beaucoup d’admiration sous sa plume d’historien des lettres italiennes, tout d’abord par Gaston Paris6, qui examine dans un compte rendu critique de la revue Romania, en 1872, les Cantilene e Ballate (des poésies populaires des XIIIe et XIVe siècles réunies par Carducci pour l’éditeur Nistri de Pise en 18717). À partir de cette date, chaque essai de Carducci philologue est annoncé et analysé en France, soit par la Revue critique d’histoire et de littérature, soit par Romania8.
- 9 L. Étienne, « Poètes contemporains de l’Italie : Giosue Carducci », Revue des deux mondes, 1er juin (...)
- 10 Ibid., p. 614.
- 11 Ibid., p. 617 : « M. Carducci n’a pas, ce semble, la haute vocation lyrique. »
- 12 M. Marc-Monnier (1827-1885) est professeur de littérature comparée à Genève.
- 13 L’écrivain Roger Allou (1855-1911) publie la première monographie sur Carducci en 1883 : Un poète i (...)
8C’est enfin en 1874 que Carducci poète est présenté pour la première fois au grand public, par le critique littéraire et professeur universitaire Louis Étienne, dans un article détaillé de la Revue des deux mondes9. Mais le critique français déplore l’engagement de Carducci dans la « politique rimée », et notamment ses « effusions républicaines » et anticléricales. Il développe une critique virulente contre les « poésies de circonstance » de Carducci et contre la colère du poète à l’égard de l’Italie des années 1860. Étienne inaugure la tradition critique du rejet de la rhétorique de Carducci au nom de la célébration de ses pièces intimes : « À toutes les poésies politiques des Levia Gravia, nous préférons sans hésiter celles qui touchent à la vie privée, aux sentiments personnels de l’écrivain »10, et il donne un jugement globalement négatif sur le poète italien11. Cet article, jugé « maussade et médiocre » par le professeur Marc-Monnier12 huit ans plus tard, permet néanmoins de susciter l’intérêt pour le poète, qui se manifeste dans les années suivantes par des articles de vulgarisation et quelques traductions de ses poèmes13.
9Au début des années 1880, le nom de Carducci évoquait, en France, pour une partie du grand public, l’idée, plus ou moins vague, que l’Italie possédait un de ces poètes politiques auxquels on pouvait accorder ou refuser sa sympathie, non pour des raisons esthétiques, mais suivant les idéologies monarchiste ou républicaine de chacun.
- 14 Carducci publie ses Odi barbare en 1877, puis les Nuovi odi barbare en 1882 et enfin les Terze odi (...)
- 15 Cité par B. Croce, Poesia e non poesia [1923], 5e éd., Bari, Laterza, 1950, p. 326 sq.
- 16 M. Marc-Monnier, « G. Carducci, poète italien », Nouvelle Revue, t. IV, 1882.
10Alors qu’en Italie le poète connaît un succès immense avec ses odes barbares14, les critiques français continuent à signaler les travaux du philologue (le « poète érudit »), complètent et précisent l’opinion sur le poète et le citoyen, et commencent à se pencher sur la vie privée de Carducci. Son nom apparaît dans les revues les plus répandues et les plus réputées (Revue des deux mondes, Mercure de France, Revue critique, Le Temps), sous la plume de critiques de grande autorité. Parmi ses admirateurs, on compte Pierre de Nolhac, futur conservateur au musée national de Versailles et directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, et Charles Dejob, professeur à la Sorbonne et président de la Société d’études italiennes, mais aussi Charles Maurras, qui parle du « divin Carducci »15. L’article de M. Marc-Monnier dans la Nouvelle Revue en 188216 s’attache à le rendre sympathique, et le décrit à Bologne au sein de sa famille, comme un lion au repos mais prêt à rugir lorsqu’il se met en colère.
- 17 Lugol tente de présenter quelques extraits de la poésie carduccienne au public en traduisant dans d (...)
- 18 J. Lugol, « Ode à Victor Hugo », Revue internationale, t. VI, 10 juin 1885.
- 19 J. Lugol, Odes barbares, deuxième série, Paris, A. Lemerre, 1888.
11La fréquence des publications françaises sur Carducci est évidemment liée aux principaux événements français et italiens. La politique, et surtout la politique extérieure, monopolise l’attention après l’occupation de Tunis en 1881 : la jeune nation italienne fait partie de la Triple Alliance qui la place aux côtés de l’ennemi allemand, si bien qu’elle ne jouit pas d’une grande faveur dans les milieux revanchards français. Mais d’autre part, il semble urgent de travailler à rapprocher les deux pays et les deux peuples dont les cultures sont proches. On constate un pic de publications sur le poète en 1885, date de la mort de Victor Hugo et des célébrations en son honneur. Les deux poètes sont en effet fréquemment comparés et rapprochés : ils sont tous deux reconnus comme les plus importants « poètes civils » de l’époque et ils sont les symboles d’un rapprochement culturel entre les deux « nations latines ». Le traducteur Julien Lugol, qui s’impose comme le traducteur officiel de Carducci17, en profite pour traduire et publier à Florence les vers du poète italien sur Hugo18, ce qui l’aide à s’acheminer vers le succès. Lugol, qui sera en contact épistolaire avec Carducci tout au long des années 1880, s’engage pour faire connaître au public français les principales odes barbares de Carducci, qu’il traduit et fait paraître progressivement dans la presse, avant de les publier en volume, en prose, chez l’éditeur Lemerre en 188819.
- 20 En France, plusieurs articles sur les « fêtes de Bologne » sont publiés notamment dans la Revue des (...)
12Alors que sous la présidence du Conseil de Crispi (1887-1891) la tension entre la France et l’Italie s’amplifie, l’année 1888 met Carducci à la place d’honneur. L’université de Bologne fête son centenaire et son célèbre professeur obtient la reconnaissance internationale20. Les Français envoyés à Bologne pour suivre les festivités s’aperçoivent de la popularité du poète dans sa ville ainsi que dans toute l’Italie, et s’interrogent sur le « phénomène Carducci ». Mais si au-delà des Alpes le consensus autour du Vate de la Troisième Italie est à son comble, les critiques français analysent l’engouement des Italiens d’un œil sceptique, et malgré le succès des odes barbares ils continuent à se montrer méfiants à l’égard du « poète de la révolte » des années 1860 et 1870, et restent sous l’impression de ses plus virulentes satires. Les Français reprochent au poète son engagement aux côtés du « parti de la démocratie ».
- 21 G. Carducci, Opere, Bologne, Zanichelli, 1889-1890.
- 22 G. Carducci, Ça ira [1883], in Opere (edizione nazionale), Bologne, Zanichelli, 1935-1940, vol. XXI (...)
- 23 P. de Nolhac, « Opere de Giosue Carducci », Revue critique d’histoire et de littérature, a. XXIV, t (...)
- 24 P. de Nolhac, « Étude-Préface » à la traduction de J. Lugol, Odes barbares…
- 25 À Aigues-Mortes, le 17 août 1893, des ouvriers français, pour des questions de rivalité de travail, (...)
- 26 Cf. entre autres l’article d’É. Rod, « Giosue Carducci », Nouvelle Revue, 15 mars 1889.
- 27 H. Lacoche, Odes barbares (traduction intégrale), Rennes, H. Simon, 1894.
- 28 P. Hazard, « Giosue Carducci », Revue pédagogique, 15 février 1907, p. 107.
13L’année suivante, Carducci commence la publication des quatre premiers volumes de ses œuvres complètes21, qui sont immédiatement présentés par Pierre de Nolhac dans son compte rendu pour la Revue critique d’histoire et de littérature. Il y découvre les sonnets qui composent le Ça ira, qui ont tout pour susciter l’intérêt du public français. Le poème, qui a pour thème les épisodes de septembre 1792, évoque d’après Carducci « les moments les plus épiques de l’histoire moderne »22, qui décidèrent du sort de la Révolution française aussi bien que de l’avenir même de l’Europe : l’avancée des armées étrangères, Paris en état de siège, les sentiments de plus en plus forts d’une trahison intérieure et les massacres qui s’en suivirent, jusqu’à la fin du cauchemar lors de la victoire de Valmy. L’universitaire français est convaincu que ces sonnets forment un « chef-d’œuvre de prose ironique et vigoureuse », et qu’un Français, « quel que soit d’ailleurs son sentiment politique, ne pourra en lire certaines pages sans une émotion reconnaissante »23. L’année suivante, il signe la préface de la traduction des Odes barbares24, mais l’œuvre de Carducci n’est pas à l’abri des attaques. Après l’affaire d’Aigues-Mortes25, les relations franco-italiennes sont au plus bas, et d’ailleurs l’engouement de Carducci pour l’histoire politique française diminue sensiblement dès 1883. Mais les hommes de lettres redoublent d’efforts et Charles Dejob fonde la Société d’études italiennes pour l’étude et la divulgation de la culture et de l’histoire italiennes, à l’écart de toute politique contemporaine. Carducci continue à être évoqué comme l’un des personnages phares de son temps, suscitant de nombreux commentaires pour sa poétique « barbare »26. Après leur version en prose pour l’éditeur Lemerre, Hector Lacoche propose en 1894 une nouvelle traduction intégrale des Odes barbares, cette fois-ci en vers27. Parmi celles qui reçoivent tous les suffrages des Français, figurent notamment In morte di Napoleone Eugenio, Miramar et Alle fonti del Clitumno, souvent évoquées dans les articles sur le poète. Paul Hazard explique en 1907 que pour les Français « elles sont comme le type de sa poésie »28.
- 29 C’est-à-dire l’évolution de sa pensée politique, de la défense de la république à la défense de la (...)
- 30 A. Gosme, « Poèmes de Giosue Carducci », Nouvelle Revue, 15 octobre 1898.
- 31 C. Dejob, « Le Tre canzoni patriottiche di G. Leopardi par G. C. » (compte rendu), Revue critique d (...)
- 32 J. Dornis, La Poésie italienne contemporaine, Paris, Ollendorf, 1898.
- 33 F. Loliée, L’Évolution historique des littératures, histoire des littératures comparées, des origin (...)
14Au cours des années 1890, les Français emboîtent le pas aux Italiens et commencent à s’interroger sur le « revirement » de Carducci29. Ceci n’empêche pas le poète d’avoir un groupe fourni d’admirateurs français. La jeune poète Adolphine Gosme, qui se rend à Bologne pour recevoir les enseignements du « maître », publie en 1898 dans la Nouvelle Revue la traduction de plusieurs poésies tirées des Rime nuove30, tandis que Charles Dejob fait une critique élogieuse des derniers essais critiques du poète à propos des chansons patriotiques de Giacomo Leopardi31. Jean Dornis (pseudonyme de Mme Guillaume Beer), dans son essai La Poésie italienne contemporaine32, et Frédéric Loliée, dans L’Évolution historique des littératures, histoire des littératures comparées, des origines au XXe siècle33, placent le poète parmi les auteurs devenus désormais des « classiques ».
- 34 Dans l’article « Carducci et son idéalisme », La Revue hebdomadaire, 15 août 1905 ; repris ensuite (...)
15Parmi les admirateurs du poète en France, on s’indigne du refus de l’académie de Stockholm de lui attribuer le prix Nobel en 1905, pour des scrupules religieux. Maurice Muret plaide sa cause34 en affirmant que Carducci n’est pas plus athée qu’il n’est matérialiste, et en cherchant dans sa « philosophie » toutes les déclarations de respect pour les principes chrétiens fondamentaux. L’attribution du prix Nobel à Carducci en 1906 est perçue comme la juste récompense de la carrière d’un poète qui a su s’attirer les faveurs de l’opinion internationale, sans pour autant s’être jamais déplacé hors de l’Italie.
1906-1914 : le « culte » du poète
- 35 J. Carrère, « Giosue Carducci », Le Petit Temps, 1er décembre 1906.
- 36 G. Chiarini, Memorie della vita di G. Carducci raccolte da un amico, Florence, Barbera, 1903.
- 37 Notamment ses notes sur le rôle de l’histoire dans le développement poétique de Carducci publiées d (...)
16Le prix Nobel marque une étape fondamentale (avant les célébrations de sa mort) de la fortune de l’œuvre de Carducci auprès du public français. Les journaux de la France entière, même les dépêches locales, multiplient les articles de circonstance, souvent animés d’enthousiasme, où on lit que Carducci est « le plus pur, le plus radieux, le plus parfait des poètes italiens, plus parfait dans sa forme que Dante et Pétrarque eux-mêmes »35. Les critiques français italianisants, qui ont commencé à avoir un bon aperçu du caractère du poète à travers ses écrits biographiques publiés dans les recueils Confessioni e battaglie, ont à présent accès à la mine d’informations fournies par son ami Giuseppe Chiarini36, et revoient leur appréciation de sa valeur poétique à l’aune des commentaires de Benedetto Croce37.
- 38 Publié à Rome dans la Revue d’Italie, 16 février 1907.
- 39 Celles-ci sont conservées en grande partie à la Casa Carducci de Bologne, et elles ont été égalemen (...)
- 40 Par ordre de publication : M. Boulenger, « À la gloire de Carducci », Revue politique et littéraire (...)
17Carducci, qui au moment de sa mort a droit à des funérailles nationales en Italie, reçoit également un dernier hommage au nom du gouvernement de la France. L’ambassadeur de la République française auprès du Quirinal, Camille Barrère, exprime dès le 16 février 1907, « au nom du gouvernement français et en son nom personnel, des sentiments de condoléances au gouvernement italien et à la famille du grand poète national »38. Comme l’année précédente pour le prix Nobel, les principaux journaux français et francophones multiplient les dépêches39, et l’on compte d’autre part au moins une douzaine d’articles d’auteurs réputés, dont certains publiés avant même la mort du poète, dans des périodiques marquants40.
18D’importantes commémorations ont lieu en France, à la Sorbonne dès 1907, puis au Collège de France en 1908, et les critiques français multiplient les articles.
- 41 H. Hauvette, Discours tenu à la Sorbonne en commémoration de Giosue Carducci, reproduit dans le Bul (...)
- 42 L. Chevreuse, « Le Sénat », Le Figaro, 22 février 1907.
19Le professeur Henri Hauvette prononce un discours funèbre à la Sorbonne, sur celui « qui occupe le premier rang dans l’histoire de la poésie, de l’éloquence, de la critique, de l’art en un mot »41, et lit les vers de Carducci sur l’anniversaire de la fondation de Rome, tandis que Julien Luchaire commémore le poète à Grenoble. Une commémoration de la mort de Carducci a même lieu au Sénat, où le président Gustave Rivet prend la parole et honore en Carducci non « seulement un artiste d’une belle imagination, un assembleur de mots sonores et de rimes »42, mais aussi le citoyen et le patriote. La commémoration au Collège de France ne manque pas de scénographie, car une chanteuse de théâtre déclama les sonnets du Ça ira d’une voix passionnée.
- 43 M. Muret, « Giosue Carducci » (Revue des deux mondes), p. 122.
20On remarque que les appréciations de la critique de la fin du XIXe siècle pèsent encore sur la critique du XXe siècle : Carducci est digne d’être honoré en France en tant que disciple de Hugo, qui a chanté lui aussi la Révolution française. D’autre part, tandis qu’à la fin du siècle précédent de nombreux comptes rendus critiques avaient fait honneur au philologue et au polémiste, la figure de Carducci est désormais généralement réduite à celle du poète. Seul Maurice Muret, en 1907, rappelle qu’il faut également reconnaître à Carducci la gloire d’avoir été parmi les fondateurs de « l’école historique »43.
21Or les poésies de Carducci sont loin d’être appréciées à leur juste valeur par le public français. Il n’existe encore que quelques traductions partielles, et de nombreux critiques pointent la difficulté à pénétrer le sens de ses poésies, lorsque l’on n’est pas un spécialiste de l’histoire de l’Italie contemporaine.
- 44 Composé par Henri Barboux, Henri Laubet, Gabriel Hanotaux, Jean Richepin, Maurice Barrès, Paul Desc (...)
- 45 É. Rod, « Le monument Carducci », Le Figaro, 5 juin 1909.
- 46 H. Hauvette, « Giosue Carducci », L’Action, 12 juin 1909 ; puis « Giosue Carducci. Suite et fin », (...)
- 47 Le 7 janvier 1912 a lieu l’inauguration de la Société Giosue Carducci à l’Élysée Palace Hôtel, lors (...)
22Ceci n’empêche pas ses admirateurs de s’organiser pour vulgariser l’œuvre du poète et pour tenter de développer le culte de Carducci. Un comité44 lance le projet d’élever une statue à la mémoire de Carducci à Paris. Mais le projet n’est pas mis à exécution : ses détracteurs mettent en avant les idées anticléricales de Carducci, malgré les insistances du critique suisse Édouard Rod45 et du professeur Henri Hauvette46. On se rappelle qu’à la mort de Carducci, les loges franc-maçonnes revendiquent le poète comme l’un des leurs et mettent en avant son combat incessant contre le Vatican. Néanmoins, en l’honneur du poète-professeur, son portrait, réalisé par Rosales, est inauguré au Collège de France en 1908, et un décret transforme en 1912 l’ancienne rue des Alouettes, dans le XIXe arrondissement de Paris, en rue Carducci. C’est la seule rue parisienne, encore aujourd’hui, qui porte le nom d’un poète italien du XIXe siècle. Le nom de Carducci s’est ainsi imposé parmi les symboles de l’Italie, et apparaît encore sous la forme de sociétés d’études47.
- 48 Cf. H. Dietz, Littératures étrangères, deuxième partie, Paris, A. Colin, 1912, p. 232-233 ; M. Mure (...)
- 49 P. de Bouchaud, Giosue Carducci, Paris, E. Sansot, 1907, p. 62.
- 50 Mignon et de Nolhac s’intéressent à sa religiosité et à son prétendu anticléricalisme, Luchaire ess (...)
- 51 Cf. aussi P. de Lauribar, « Carducci et l’âme italienne », La Grande Revue, 25 mars 1908.
23Le retentissement des fêtes commémoratives dans les deux pays suscite en retour un regain d’intérêt vis-à-vis de la littérature italienne en France. La Revue de synthèse historique consacre son numéro de décembre 1909 à la culture italienne, et autour de 1910, on compte un grand nombre d’anthologies de poètes italiens ou européens, où les compilateurs accordent une place de choix à Carducci48. Pierre de Bouchaud publie une monographie où il exprime son admiration pour le poète, ainsi que son désir de la voir passer dans l’âme des Français. Après avoir salué l’homme, son érudition et son œuvre de critique, l’auteur termine son essai sur une appréciation qui va peser pendant longtemps sur l’œuvre de Carducci : il affirme que le poète « fut le chantre de la conscience patriale »49, et met en avant l’aspect national et nationaliste de son œuvre. En effet, si quelques critiques s’intéressent à d’autres aspects de la vie, du caractère et du talent de Carducci50, c’est l’aspect national et nationaliste, considéré péjorativement, qui prime parmi les représentations du poète51.
- 52 Dans son article « La poésie italienne contemporaine », Revue de synthèse historique, no 57, t. XIX (...)
24Au moment où les partis nationalistes italiens montent sur le devant de la scène politique et littéraire, avant la consécration patriotique qu’est la conquête de la Libye en 1911, l’année du cinquantenaire de la proclamation de l’Unité italienne, le poète Carducci semble presque représenter une menace pour les Français. Julien Luchaire, qui constate que l’Italie aime à se reconnaître tout entière dans son poète national, fait remarquer que Carducci, qui a réveillé les sentiments patriotiques du peuple italien, peut également servir à les exacerber52.
25Ce type d’affirmation est de nouveau central dans l’article de Paul Van Tieghem consacré à l’étude de la « poésie nationale » de Carducci. Il célèbre avant tout le poète inspiré par les grandes idées de patriotisme et de liberté, mais les éloges servent à amener le plus grand défaut de Carducci aux yeux des Français :
- 53 P. Van Tieghem, « Carducci et la poésie nationale », La Revue du mois, no 50, t. 9, 10 février 1910 (...)
Ce grand poète a voulu être et a été avant tout le poète de son pays […]. C’est même ce qui, autant au moins que la concision superbe et le métal résistant de sa langue toute latine, le rend malaisément assimilable tout entier au lecteur étranger53.
- 54 Notamment celle d’Enrico Thovez, auteur de l’essai virulent Il Pastore, il Gregge e la Zampogna, Na (...)
- 55 P. Gauthiez, « Josue [sic] Carducci ou le poète professeur », L’Écho de Paris, 24 novembre 1909.
- 56 À Bologne : [s. a.], « Carducci non è un gran poeta secondo un articolista des Échos de Paris », Il (...)
26La comparaison entre Carducci et Hugo devient un prétexte pour souligner l’universalisme du poète français par rapport au campanilisme de l’Italien, de plus en plus perçu comme une exagération. D’autre part, les voix de l’anticarduccianesimo italien54 commencent à faire des émules en France, où Pierre Gauthiez publie un article profondément polémique55, qui soulève de nombreuses protestations jusqu’en Italie56. L’auteur refuse à Carducci le nom de poète parce qu’il est en premier lieu italien, puis parce qu’il est professeur, et enfin parce qu’il a des disciples. Il nie la capacité d’un éducateur à écrire de la poésie, et fustige l’« emphase italienne » qui tue la poésie. Gauthiez tente ainsi de transmettre en France l’image négative de Carducci « poète-professeur », véhiculée en Italie par celui qui voulait reprendre son flambeau, Gabriele D’Annunzio.
- 57 G. Carducci, Œuvres poétiques (traduction d’A. Lava), Paris, Delagrave, 1910.
27Ce type de critique reste malgré tout isolé, et les éditions de Carducci connaissent un grand succès, grâce notamment au nouveau public scolaire. Dès la fin du XIXe siècle, la langue italienne est proposée à l’épreuve du baccalauréat, et dans plusieurs facultés l’enseignement de l’italien commence à prendre de l’ampleur. Dès les premières années du XXe siècle, Carducci est un passage obligé dans les programmes des concours d’italien, l’agrégation d’italien ayant été créée en 1900. Dans un premier temps, ce sont surtout ses œuvres en prose qui sont mises en avant : ses essais d’histoire littéraire et son anthologie Letture del Risorgimento italiano. Puis l’intérêt se déplace sur son œuvre poétique nouvellement traduite par Ange Lava, dont le volume est épuisé en quelques années57.
- 58 A. Jeanroy, Giosue Carducci, l’homme et le poète, Paris, Champion, 1911. Elle sera suivie en 1914 p (...)
- 59 Cf. son compte rendu dans La Critica du 20 mai 1911.
28Enfin, alors qu’en Italie D’Annunzio se présente au public comme l’héritier testamentaire de la tradition carduccienne, et parvient à occuper le rôle exercé auparavant par Carducci, favorisant l’oubli de son maître, en France Alfred Jeanroy publie en 1911 sa monographie sur Carducci58, qui représente le premier ouvrage d’ensemble qui de plus soit adressé au « grand public ». Publié à peu de distance de la mort du poète, l’essai du grand romaniste suscite l’admiration en France comme en Italie, où l’on n’avait pas encore pris à l’égard de Carducci une attitude vraiment critique. L’ambition de Jeanroy est celle de faire un « métier d’historien » : rattacher les œuvres de Carducci à sa vie, établir soigneusement l’ordre chronologique de la production du poète (qui pendant sa vie a préféré publier ses vers dans des recueils thématiques), dans le but de « mettre le lecteur face à des faits », en évitant autant que possible les appréciations, surtout esthétiques. L’essai est reconnu et apprécié en France et en Italie, notamment par Benedetto Croce59. Mais Jeanroy tend à limiter les sources d’inspiration du poète en les ramenant à des événements politiques déterminés, et surtout aux imitations des anciens et des modernes ; il conduit ainsi à gommer les thèmes de fond ainsi que les idéaux du poète.
- 60 G. Maugain, Giosue Carducci et la France, Paris, Champion, 1914.
- 61 Cf. F. Picco, « Il Carducci e la Francia », Nuova Antologia, 16 octobre 1918, p. 365-371. Cf. aussi (...)
29D’autre part, à un moment de plein développement des études de littérature comparée, les premières grandes études françaises sur le poète tendent en général à accorder trop d’importance aux sources françaises de l’œuvre de Carducci, ce qui donne des conclusions un peu bornées. Ainsi Gabriel Maugain, dans un important essai60, se donne pour but d’illustrer, avec une précision d’érudit, la culture française du poète, ses jugements sur les principaux auteurs français et sur la littérature d’outre-monts en général. Son essai met surtout au premier plan ce que Carducci doit à la France. Si cet essai reste fondamental, aux yeux mêmes des Italiens, pour illustrer le lien entre Carducci et la France, nombreux sont les critiques qui dénoncent les tendances réductrices de Jeanroy et Maugain61.
De 1914 à nos jours : l’oubli
- 62 G. Faure, Souvenirs de Carducci, Paris, Charpentier, 1917-1918 ; A. Agnelli, « Victor Hugo et Giosu (...)
- 63 B. Crémieux, Panorama de la littérature italienne contemporaine, Paris, Éditions Kra, 1928, p. 30-5 (...)
30Le début des hostilités de la Première Guerre mondiale marque un moment d’arrêt chez les critiques français. À part un essai à caractère autobiographique de Gabriel Faure sur le poète, et quelques études ponctuelles qui viennent compléter les analyses de Maugain et préciser des détails sur les rapports de Carducci avec la France62, il faut attendre l’étude de Benjamin Crémieux en 192863 pour trouver les nouvelles orientations de la recherche sur le poète italien, dans une période particulièrement féconde pour les études italiennes en France.
- 64 Ibid., p. 48.
- 65 Ibid., p. 49.
31Or Crémieux ne fait qu’amplifier les discours sur la trop grande « italianité » de Carducci : « vibrant uniquement à l’unisson de son peuple, Carducci demeure impuissant à émouvoir un non-Italien »64. Il classe l’œuvre du poète italien parmi « toute la littérature noblement utilitaire à fins nationales du XIXe siècle, romantisme et manzonisme compris », ce qui lui permet d’expliquer « à la fois le triomphe absolu de Carducci et la rapidité de son déclin »65.
- 66 É. Tosi, « Giosue Carducci poète de la IIIe Italie », Revue d’histoire de la philosophie et d’histo (...)
32Pendant le ventennio fasciste, en Italie comme en France, la poésie de Carducci se prête à toutes les interprétations possibles : vu comme un précurseur du fascisme par les sympathisants du régime, il est évoqué au contraire comme celui qui chantait « Giustizia e Libertà » par les milieux opposants. Dans la Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire générale de la civilisation, Émile Tosi défend l’idée que « les poètes de l’Italie d’hier expliquent, dans une certaine mesure, l’Italie d’aujourd’hui, celle que d’aucuns déjà appellent la Quatrième Italie »66. L’année précédente, la Revue hebdomadaire publiait un article d’Arturo Marpicati, directeur de l’Institut national fasciste de la culture et membre du conseil d’administration de la maison d’édition Zanichelli, sur les affinités entre le poète qui prophétisa la résurrection de l’Italie et le chef du fascisme. Marpicati met en parallèle
- 67 A. Marpicati, « Rome dans la pensée de Carducci et de Mussolini », Revue hebdomadaire, 17 août 1935 (...)
[leur] sens austère et héroïque de l’histoire ; le mépris pour toute frivolité, pour toute forme de scepticisme et de décadence morale ; la religion du travail et du devoir ; le culte de la volonté ; la haine des compromis ; l’aversion féroce des régionalismes et municipalismes ; la violence d’un langage original67.
Encore à la veille de l’entrée en guerre, le Mercure de France publiait un article qui célébrait la romanité de Carducci finalement réalisée grâce au fascisme :
- 68 G. Peytavi de Faugères, « Carducci poète de la romanité », Mercure de France, 15 avril 1938, p. 322
Si Carducci vivait de nos jours […] lui qui aimait tant la Rome païenne et tout ce qu’elle symbolise, il se réjouirait aujourd’hui de voir quelque chose de l’âme romaine et des institutions antiques refleurir dans la doctrine et les réalisations du fascisme. Car au fond, c’est bien cela qu’il aurait voulu68.
- 69 Cf. l’article très documenté de R. Herval, « Le centenaire de la naissance de Giosue Carducci », Jo (...)
- 70 P. de Nolhac, « La leçon de Carducci », Revue des études italiennes, no 3, 1935, Pour le centenaire (...)
- 71 Neuf numéros de Dante. Revue mensuelle de culture latine sont publiés à Paris de 1932 à 1940. On y (...)
33En 1935, l’Italie célèbre avec grande pompe le centenaire de la naissance du poète, et de nombreuses études fleurissent, parfaitement en harmonie avec les attentes du régime. C’est également sous le régime fasciste qu’est publiée en un temps record (1935-1940) la nouvelle édition Zanichelli des œuvres du poète en trente volumes, présidée par Luigi Federzoni, destinée à remplacer celle du début du siècle en vingt volumes. Au même moment, la France organise ses propres célébrations69. La Revue des études italiennes décide notamment de consacrer à Carducci un dossier, auquel participent les vieux carducciens Pierre de Nolhac et Alfred Jeanroy ainsi que le bibliothécaire de la Casa Carducci de Bologne, Albano Sorbelli, qui publie le discours inédit Letteratura e nazione. Pierre de Nolhac entend profiter du centenaire pour promouvoir le retour du grand écrivain, ainsi que « le début d’une ère où les lettres, les arts et la pensée de l’Italie auront chez nous une plus large audience »70. La même année, le centenaire est également célébré dans la toute nouvelle revue Dante, publiée à Paris71.
- 72 M. Dell’Isola, « Giosue Carducci en France », Revue de littérature comparée, juillet-septembre 1930 (...)
- 73 P. Arrighi, « Polémiques du siècle passé à la recherche de l’âme italienne », Revue des études ital (...)
34Les essais les plus importants sur le poète sont l’œuvre d’une jeune critique antifasciste de littérature comparée, Maria dell’Isola, qui se penche à nouveau sur les rapports entre Carducci et la France. Elle entend réévaluer les soi-disant influences françaises sur sa poésie, et s’attache notamment à démontrer la valeur du poète italien par rapport à celui qui a été considéré souvent comme son inspirateur français, Victor Hugo. Elle essaie de modérer les jugements qui classent trop facilement Carducci parmi les représentants d’une poésie nationale bornée, et déclare : « Que la note nationale, italique et italienne, prédomine dans l’œuvre de Carducci, cela ne veut pas dire que les autres n’y résonnent pas »72. Début 1938, Paul Arrighi, dans la Revue des études italiennes, dénonce les manipulations fascistes de la pensée de Carducci et combat les anachronismes73.
35Après la guerre, alors que de l’autre côté des Alpes la critique marxiste accuse le poète d’avoir participé à la décadence bourgeoise de l’Italie du roi Humbert Ier, l’intérêt pour Carducci en France se limitera désormais à la répercussion des éléments contingents et secondaires, telles les célébrations anniversaires.
- 74 A. Ricklin, Introduction, notices et commentaires des Odi barbare, Paris, Les Belles Lettres, 1950.
36La poésie de Carducci connaît un bref regain d’intérêt dans les années 1950, sous l’impulsion d’Albert Ricklin, qui présente une nouvelle édition des Odes barbares74, mais le poète-professeur de Bologne est définitivement passé de mode.
- 75 M. Vaussard, « La commémoration de Giosue Carducci », Le Monde, 26 novembre 1957.
- 76 Les actes des célébrations françaises sont publiés à Bologne, à la suite des textes recueillis lors (...)
- 77 J. Rouchette, « Sur la vie de Carducci », L. Portier, « La poésie de la mythologie chez Carducci », (...)
- 78 Leurs interventions sont publiées dans le Bollettino della Accademia degli Euteti, vol. XX : In mem (...)
37En 1957, au moment du cinquantenaire de la mort du poète, le monde universitaire français a un dernier sursaut, et procède comme en 1907 à une série de célébrations solennelles, à Paris et à Bordeaux75. Les universitaires français semblent largement influencés par les débats qui traversent la critique italienne, à propos du Carducci « jacobin » de Paolo Alatri et du Carducci « sans rhétorique » de Luigi Russo76. Parmi les interventions de Jean Rouchette, Lucienne Portier et Henri Bédarida77, ce dernier indique un changement d’attitude de la critique française vis-à-vis du poète. Bédarida retrace l’histoire de la fortune de Carducci auprès des critiques français depuis la publication des Rime di san Miniato en 1857 jusqu’à un siècle plus tard, et constate un changement d’appréciation de la poésie carduccienne qui déplace l’attention des critiques sur des textes jusque-là peu étudiés. Alors que du vivant de Carducci la France répercutait l’écho des œuvres qui suscitaient des polémiques pour des motifs de scandale, et était particulièrement sensible à la nouveauté des recueils poétiques d’inspiration classique (les Odes barbares notamment), qui avaient sanctionné sa gloire de poète, un siècle plus tard, les Français ont acquis une vision élargie de l’œuvre de Carducci. Les Italiens ont montré la voie vers une vision plus dépouillée de tout préjugé et de tout élément acquis du vivant du poète et vers des études détaillées des premiers recueils ainsi que des vers postérieurs aux Odes barbares, pour remettre en cause l’image traditionnelle des ultima verba du poète comme manifestation de déclin. Henri Bédarida et Lucienne Portier sont notamment invités au centenaire des Rime du poète à San Miniato78, en tant que représentants du renouvellement des études françaises sur Carducci.
- 79 On doit tout de même citer M. Vaussard, De Pétrarque à Mussolini, Paris, A. Colin, 1961, chap. IV : (...)
- 80 Œuvres poétiques de Giosue Carducci, C. de Acevedo et G. Angiolini (éd.), Paris, Les Presses du Com (...)
38Or après l’année du cinquantenaire, Carducci retombe aussitôt dans l’oubli, et l’on ne compte que quelques essais sporadiques et isolés sur le poète. Celui qui avait été le Vate de la nouvelle Italie semble exclu du nouveau printemps des études italiennes dans les années 196079. La nouvelle édition de ses œuvres poétiques par les Presses du Compagnonnage en 1964, avec une préface de Paul Renucci, ne marque pas un regain d’intérêt, mais participe à une entreprise éditoriale plus large de réédition de l’œuvre de tous les prix Nobel, où figurent les œuvres de Carducci80.
- 81 N. Jonard, « Le populisme de Carducci », Rivista di letterature moderne e comparate, vol. 21, no 3, (...)
- 82 D. Fernandez, « Sur l’enseignement de l’italien », Le Figaro, 19 janvier 1970.
39Jusque dans les années 1970, les poésies de Carducci sont néanmoins régulièrement étudiées dans les lycées et les universités françaises. Norbert Jonard publie différentes études thématiques sur les poésies de Carducci dans la Rivista di letterature moderne e comparate et la Revue des études italiennes, et rend compte de l’état de la critique italienne81. Enfin en 1970, Carducci est choisi pour la première et unique fois dans le programme des concours d’après-guerre pour l’agrégation, sous la présidence au jury de Paul Renucci. Les étudiants sont invités à réfléchir sur « La poésie politique de Giosue Carducci », ce qui suscite des réserves de la part du célèbre écrivain Dominique Fernandez. En janvier 1970, il critique violemment ce choix du jury et ne cache pas son aversion vis-à-vis du poète dans Le Figaro, où il le définit comme « un poète dont la médiocrité est inimaginable »82. La poésie de Carducci est ouvertement éreintée par le corps enseignant et par les candidats, comme l’a remarqué le jury dans son rapport des épreuves orales du concours.
- 83 Dans la liste des publications des italianistes français entre 1970 et 1984, publiée par la Revue d (...)
40Après cette date, plus aucune étude sur Carducci n’est publiée83 : les spécialistes italiens de Carducci se sont fermés aux échanges internationaux, et très peu d’étrangers sont invités aux colloques organisés en 1985 à Bologne et à Pise à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la naissance du poète.
41Norbert Jonard, dans le Dictionnaire universel des littératures, tente une dernière fois d’attirer l’intérêt des critiques sur le poète, mais il met en réalité le point final aux études carducciennes. Il répète que la réévaluation de l’œuvre poétique de Carducci ne peut avoir lieu qu’en combattant, voire en minimisant Carducci rhéteur, et invite à dépasser l’engagement politique et civil du poète, et à reporter l’attention sur les aspects de son œuvre moins étudiés par le passé, notamment ceux qui relèvent de la représentation du quotidien et de l’intimité sentimentale du poète :
- 84 N. Jonard, « Carducci », in Dictionnaire universel des littératures, Paris, PUF, 1994, p. 612-613.
De cette poésie patriotique, il ne reste que des morceaux d’anthologie. S’il a eu le sens de la grandeur, il lui a souvent manqué celui de la mesure. Aussi peut-on préférer au prophète de l’Italie nouvelle le poète intimiste, qui a su écouter les voix de la nature, égrener quelques souvenirs d’enfance, se laisser aller à la mélancolie des départs84.
- 85 D. Boillet, Anthologie bilingue de la poésie italienne, Paris, Gallimard (Pléiade), 1994, p. 1182-1 (...)
42C’est le conseil suivi partiellement par Danièle Boillet dans son Anthologie bilingue de la poésie italienne85, où elle choisit de traduire elle-même cinq compositions, dont trois relèvent du Carducci intimiste : Sur la place San Petronio, À la gare, un matin d’automne, Ciel de neige, tandis que les deux autres sont des hommages de Carducci à l’histoire française : Le Sacre d’Henri V et Ça ira.
43En somme, un siècle après la disparition du premier prix Nobel de littérature italien, à quelques exceptions près, il nous semble que la critique littéraire française soit restée dans une certaine mesure circonvenue par le point de vue qui a été fixé dans les premières années du XXe siècle. La lecture de Carducci a été fortement orientée, et elle l’est encore en partie aujourd’hui, par le rejet de l’Italie nationaliste au profit de la célébration des gloires françaises. Enfin, alors que Carducci est considéré comme un « classique » en Italie, les appels répétés des critiques à relire ses pièces d’anthologie continuent à rester lettre morte. Le temps de Carducci est passé, comme c’est le cas des écrivains « mondains » qu’évoquait Julien Gracq en 1950 :
- 86 J. Gracq, « La littérature à l’estomac », in Œuvres complètes, Paris, Gallimard (Pléiade), 1989, t. (...)
Ce n’est pourtant pas que le disparu ait perdu le moindre de ses fidèles, que son « message » ait cessé d’être agissant, là où il était vraiment question d’agir – ce n’est même pas qu’il « s’éloigne » – seulement il est « passé », et d’abord en ceci qu’il est retiré de l’étalage : il a cessé d’être pris dans ce réseau de bruits, de discussions, de marchandages, de spéculations, de commérages, d’agiotage et de calomnies qui le tenait à flot, le mariait insensiblement à l’air du temps et au goût du jour, se substituait à lui et le recouvrait chaque jour de neuf comme une palissade se recouvre d’affiches86.
- 87 C’est ce qui a été tenté par nous-même : L. Fournier-Finocchiaro, Giosue Carducci et la constructio (...)
- 88 L. Baldacci, « Giosue Carducci : strategia ed invenzione », in Carducci poeta (Actes du colloque de (...)
44La critique française d’aujourd’hui, à la lumière des différentes lectures de Carducci au cours du XXe siècle, commence à s’orienter vers de nouvelles directions, par exemple en adoptant le point de vue de l’histoire de la culture87. Il n’est jamais trop tard pour saisir l’intérêt qu’offre la production carduccienne, comme l’a souligné il y a une dizaine d’années Luigi Baldacci : « Forse non potremo dire di aver capito veramente che cosa sia stato l’Ottocento finché non avremo capito Carducci »88.
Notes
1 On peut le mesurer au nombre de traductions de ses poésies dès la fin du XIXe siècle, recensées par P. Papa, Saggio bibliografico di poesie di Giosue Carducci tradotte in varie lingue, Bologne, Zanichelli, 1898 et M. Dell’Isola, Carducci nella letteratura europea, Paris, Les Presses françaises, 1936.
2 Pour un tableau de l’italianisme français de l’époque, cf. M. David, « Pour une chronographie des études italiennes en France au XXe siècle », Revue des études italiennes, no 1-4, 1984, p. 129-165.
3 C. Ferrari, « La poésie et les poètes en Italie », Courrier franco-italien, 22 juillet 1858.
4 Sur les rapports de Carducci avec ses contemporains français, cf. l’essai de L. Pighi, Lettere di corrispondenti francesi a Giosue Carducci, Bologne, Zanichelli, 1962.
5 A. Roux, Histoire de la littérature italienne contemporaine, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1870.
6 Gaston Paris (1839-1903) est professeur de philologie romane au Collège de France, fondateur de la Revue critique en 1865 et de la Revue historique. Il est élu à l’Académie française en 1896.
7 G. Paris, « Cantilene e ballate », Romania, t. 1, 1872, p. 115-119.
8 G. Paris, « Studi letterari », Revue critique d’histoire et de littérature, a. VIII, t. 1, 1874, p. 175 ; id., « Le rime di Francesco Petrarca », ibid., a. X, t. 1, 1876, p. 200 ; [s. a.], « L’Opera di Dante », Romania, t. 18, 1889, p. 201 ; P. de Nolhac, « Storia del Giorno di G. Parini », Revue critique d’histoire et de littérature, a. XXVI, t. 34, 1892, p. 381 ; id., « Studi letterari di Giosue Carducci », ibid., a. XXVII, t. 35, 1893, p. 513 ; [s. a.], « Les Cacce in rima raccolte da G. C. », Romania, t. 26, 1897, p. 344 ; C. Dejob, « Le Tre canzoni patriottiche di G. Leopardi », Revue critique d’histoire et de littérature, a. XXXII, t. 45, 1898, p. 415.
9 L. Étienne, « Poètes contemporains de l’Italie : Giosue Carducci », Revue des deux mondes, 1er juin 1874, p. 601-625.
10 Ibid., p. 614.
11 Ibid., p. 617 : « M. Carducci n’a pas, ce semble, la haute vocation lyrique. »
12 M. Marc-Monnier (1827-1885) est professeur de littérature comparée à Genève.
13 L’écrivain Roger Allou (1855-1911) publie la première monographie sur Carducci en 1883 : Un poète italien, G. Carducci, Paris, Jouaust, 1883.
14 Carducci publie ses Odi barbare en 1877, puis les Nuovi odi barbare en 1882 et enfin les Terze odi barbare en 1889.
15 Cité par B. Croce, Poesia e non poesia [1923], 5e éd., Bari, Laterza, 1950, p. 326 sq.
16 M. Marc-Monnier, « G. Carducci, poète italien », Nouvelle Revue, t. IV, 1882.
17 Lugol tente de présenter quelques extraits de la poésie carduccienne au public en traduisant dans des revues les sonnets Il bove et Ça ira en 1884.
18 J. Lugol, « Ode à Victor Hugo », Revue internationale, t. VI, 10 juin 1885.
19 J. Lugol, Odes barbares, deuxième série, Paris, A. Lemerre, 1888.
20 En France, plusieurs articles sur les « fêtes de Bologne » sont publiés notamment dans la Revue des deux mondes et la Nouvelle Revue.
21 G. Carducci, Opere, Bologne, Zanichelli, 1889-1890.
22 G. Carducci, Ça ira [1883], in Opere (edizione nazionale), Bologne, Zanichelli, 1935-1940, vol. XXIV, p. 435.
23 P. de Nolhac, « Opere de Giosue Carducci », Revue critique d’histoire et de littérature, a. XXIV, t. 29, 1890, p. 495 ; puis « Ça ira », ibid., a. XXVI, t. 34, 1892, p. 381.
24 P. de Nolhac, « Étude-Préface » à la traduction de J. Lugol, Odes barbares…
25 À Aigues-Mortes, le 17 août 1893, des ouvriers français, pour des questions de rivalité de travail, massacrent une trentaine de travailleurs italiens et en blessent environ une centaine.
26 Cf. entre autres l’article d’É. Rod, « Giosue Carducci », Nouvelle Revue, 15 mars 1889.
27 H. Lacoche, Odes barbares (traduction intégrale), Rennes, H. Simon, 1894.
28 P. Hazard, « Giosue Carducci », Revue pédagogique, 15 février 1907, p. 107.
29 C’est-à-dire l’évolution de sa pensée politique, de la défense de la république à la défense de la monarchie.
30 A. Gosme, « Poèmes de Giosue Carducci », Nouvelle Revue, 15 octobre 1898.
31 C. Dejob, « Le Tre canzoni patriottiche di G. Leopardi par G. C. » (compte rendu), Revue critique d’histoire et de littérature, a. XXXII, t. 45, 1898, p. 415.
32 J. Dornis, La Poésie italienne contemporaine, Paris, Ollendorf, 1898.
33 F. Loliée, L’Évolution historique des littératures, histoire des littératures comparées, des origines au XXe siècle, Paris, Delagrave, [1904], p. 371.
34 Dans l’article « Carducci et son idéalisme », La Revue hebdomadaire, 15 août 1905 ; repris ensuite dans M. Muret, La Littérature italienne d’aujourd’hui, Paris, Perrin, 1906, p. 210-224.
35 J. Carrère, « Giosue Carducci », Le Petit Temps, 1er décembre 1906.
36 G. Chiarini, Memorie della vita di G. Carducci raccolte da un amico, Florence, Barbera, 1903.
37 Notamment ses notes sur le rôle de l’histoire dans le développement poétique de Carducci publiées dans la Critica en 1903.
38 Publié à Rome dans la Revue d’Italie, 16 février 1907.
39 Celles-ci sont conservées en grande partie à la Casa Carducci de Bologne, et elles ont été également recueillies en volume par la bibliothèque Alexandrine de Rome : Eco della stampa. Mille articoli di giornali stranieri intorno alla vita e alle opere di G. Carducci, Rome, 1909.
40 Par ordre de publication : M. Boulenger, « À la gloire de Carducci », Revue politique et littéraire. Revue bleue, no 3, t. VII, 19 janvier 1907, p. 81-83 ; R. Canudo, « Giosue Carducci », Mercure de France, 1er février 1907, p. 385-386 ; P. Hazard, « Giosue Carducci », Revue pédagogique, 15 février 1907, p. 101-113 ; M. Muret, « Giosue Carducci », Débats, 17 février 1907 ; É. Rod, « Giosue Carducci », Le Figaro, 17 février 1907 ; E. Ripert, « La mort et la vie de Giosue Carducci », Revue hebdomadaire, 2 mars 1907 ; L. Luchaire, « Giosue Carducci », La Revue latine, 25 mars et 25 avril 1907 ; M. Muret, « Giosue Carducci », Revue des deux mondes, 1er juillet 1907, p. 122-129.
41 H. Hauvette, Discours tenu à la Sorbonne en commémoration de Giosue Carducci, reproduit dans le Bulletin italien, t. VII, 1907/2, p. 174-180.
42 L. Chevreuse, « Le Sénat », Le Figaro, 22 février 1907.
43 M. Muret, « Giosue Carducci » (Revue des deux mondes), p. 122.
44 Composé par Henri Barboux, Henri Laubet, Gabriel Hanotaux, Jean Richepin, Maurice Barrès, Paul Deschanel, Alfred Fouillé, Pierre Loti, Frédéric Mistral, Charles Dejob, Alfred Jeanroy, Henri Hauvette, Julien Luchaire, Édouard Rod et Maurice Muret.
45 É. Rod, « Le monument Carducci », Le Figaro, 5 juin 1909.
46 H. Hauvette, « Giosue Carducci », L’Action, 12 juin 1909 ; puis « Giosue Carducci. Suite et fin », L’Action, 19 juin 1909.
47 Le 7 janvier 1912 a lieu l’inauguration de la Société Giosue Carducci à l’Élysée Palace Hôtel, lors d’un banquet en l’honneur de Carducci offert par l’ambassadeur d’Italie en France, T. Tittoni. Cette société, dont Tittoni est nommé président d’honneur, « a pour but d’illustrer l’Italie moderne sous ses aspects divers » et de « fortifier les liens d’amitié qui existent entre l’Italie, la France et les autres pays », comme le rapporte L’Action du 8 janvier 1912.
48 Cf. H. Dietz, Littératures étrangères, deuxième partie, Paris, A. Colin, 1912, p. 232-233 ; M. Muret, Les Contemporains étrangers, Paris, Fontemoing, 1912, t. 1, p. 5-56.
49 P. de Bouchaud, Giosue Carducci, Paris, E. Sansot, 1907, p. 62.
50 Mignon et de Nolhac s’intéressent à sa religiosité et à son prétendu anticléricalisme, Luchaire essaie de mettre en avant sa « dignité » dans tous les domaines de la vie privée, professionnelle et publique, Hazard essaie de pousser le parallèle entre Carducci et Hugo.
51 Cf. aussi P. de Lauribar, « Carducci et l’âme italienne », La Grande Revue, 25 mars 1908.
52 Dans son article « La poésie italienne contemporaine », Revue de synthèse historique, no 57, t. XIX-3, décembre 1909 [numéro consacré à l’Italie], p. 316-317, il déclare : « L’Italie d’aujourd’hui a son poète national, mort d’hier, qu’elle accepte presque tout entier et où elle se reconnaît presque tout entière », avant qu’il n’enchaîne sur des analyses anthropologiques, largement reprises par la suite : « […] le patriotisme, ou, plus exactement, ce que j’appellerais l’instinct poétique national […] est décidément très fort dans ce peuple-là. »
53 P. Van Tieghem, « Carducci et la poésie nationale », La Revue du mois, no 50, t. 9, 10 février 1910, p. 173-199 (la citation se trouve p. 180).
54 Notamment celle d’Enrico Thovez, auteur de l’essai virulent Il Pastore, il Gregge e la Zampogna, Naples, Ricciardi, 1910.
55 P. Gauthiez, « Josue [sic] Carducci ou le poète professeur », L’Écho de Paris, 24 novembre 1909.
56 À Bologne : [s. a.], « Carducci non è un gran poeta secondo un articolista des Échos de Paris », Il Resto del Carlino, 15 novembre 1909 ; à Rome : G. Meoni, « Le amenità di un francese contro il Carducci », La Ragione, 28 novembre 1909 ; à Cagliari : Bergeret [Ettore Mazzoni], « Goffaggini », Unione sarda, 12 décembre 1909 ; et encore à Bari : G. Capaldi, « Carducci funzionario lirico ? », Corriere delle Puglie, 2 janvier 1910.
57 G. Carducci, Œuvres poétiques (traduction d’A. Lava), Paris, Delagrave, 1910.
58 A. Jeanroy, Giosue Carducci, l’homme et le poète, Paris, Champion, 1911. Elle sera suivie en 1914 par celle de M. Muret, Le Poète Giosue Carducci, Paris, Fontemoing, 1914.
59 Cf. son compte rendu dans La Critica du 20 mai 1911.
60 G. Maugain, Giosue Carducci et la France, Paris, Champion, 1914.
61 Cf. F. Picco, « Il Carducci e la Francia », Nuova Antologia, 16 octobre 1918, p. 365-371. Cf. aussi L. F. Benedetto, Uomini e tempi, Milan, Ricciardi, 1935, chap. « Il Carducci e la Francia », p. 421-442 : « da quei due libri Carducci esce rimpicciolito : semplice satellite letterario della Francia, splendente di sola luce riflessa » (p. 421). Entre temps, il est vrai que le climat politique a changé et que les fascistes italiens promeuvent une nouvelle lecture nationaliste du « poète de la romanité ».
62 G. Faure, Souvenirs de Carducci, Paris, Charpentier, 1917-1918 ; A. Agnelli, « Victor Hugo et Giosue Carducci », Nouvelle Revue d’Italie, 1er avril 1919 ; H. Gambier, « Emprunt de Carducci à Sainte-Beuve », Revue d’histoire littéraire de la France, janvier-mars 1920 ; id., « Carducci et Villemain », Nouvelle Revue d’Italie, 25 février 1921.
63 B. Crémieux, Panorama de la littérature italienne contemporaine, Paris, Éditions Kra, 1928, p. 30-57, chap. II : « La réaction anti-manzonienne et le triomphe de Carducci ».
64 Ibid., p. 48.
65 Ibid., p. 49.
66 É. Tosi, « Giosue Carducci poète de la IIIe Italie », Revue d’histoire de la philosophie et d’histoire générale de la civilisation, fasc. 15, 15 juillet 1936, p. 207.
67 A. Marpicati, « Rome dans la pensée de Carducci et de Mussolini », Revue hebdomadaire, 17 août 1935, p. 255.
68 G. Peytavi de Faugères, « Carducci poète de la romanité », Mercure de France, 15 avril 1938, p. 322.
69 Cf. l’article très documenté de R. Herval, « Le centenaire de la naissance de Giosue Carducci », Journal de Rouen, 26 février 1935.
70 P. de Nolhac, « La leçon de Carducci », Revue des études italiennes, no 3, 1935, Pour le centenaire de Giosue Carducci, p. 219.
71 Neuf numéros de Dante. Revue mensuelle de culture latine sont publiés à Paris de 1932 à 1940. On y trouve notamment en juillet-août 1935 les articles de H. Buriot-Darsiles, « Carducci en France », É. Tosi, « Le Carducci de Bargellini », ainsi que les traductions de H. Bédarida, « Devant St. Guido. Version » et de H. Buriot-Darsiles, « Per l’annuale della fondazione di Roma. Version » ; puis en janvier-février 1936 l’article de G. Faure, « Pèlerinages italiens. Autour de Vérone avec Carducci ».
72 M. Dell’Isola, « Giosue Carducci en France », Revue de littérature comparée, juillet-septembre 1930, p. 454. Du même auteur, cf. également le volume Giosue Carducci, Paris, Les Presses françaises, 1934.
73 P. Arrighi, « Polémiques du siècle passé à la recherche de l’âme italienne », Revue des études italiennes, janvier-mars 1938, p. 29-43.
74 A. Ricklin, Introduction, notices et commentaires des Odi barbare, Paris, Les Belles Lettres, 1950.
75 M. Vaussard, « La commémoration de Giosue Carducci », Le Monde, 26 novembre 1957.
76 Les actes des célébrations françaises sont publiés à Bologne, à la suite des textes recueillis lors des commémorations italiennes, dans le volume Carducci. Discorsi nel cinquantenario della morte, Bologne, Zanichelli, 1959. Sur les débats italiens, cf. P. Alatri, Carducci giacobino, Palerme, Libreria prima, 1953 et L. Russo, Carducci senza retorica, Bari, Laterza, 1957.
77 J. Rouchette, « Sur la vie de Carducci », L. Portier, « La poésie de la mythologie chez Carducci », H. Bédarida, « Giosue Carducci 1857-1957 ; Des débuts poétiques à la survie », in Carducci. Discorsi nel cinquantenario della morte.
78 Leurs interventions sont publiées dans le Bollettino della Accademia degli Euteti, vol. XX : In memoria di Giosue Carducci nel cinquantesimo anno della morte ed a ricordo del centenario delle « Rime », San Miniato, 1958.
79 On doit tout de même citer M. Vaussard, De Pétrarque à Mussolini, Paris, A. Colin, 1961, chap. IV : « Le poète de la troisième Rome », p. 115-125 et M. David, « Carducci et Don Quichotte. Une petite polémique oubliée (août 1881) », Atti e Memorie. Accademia di Padova, Padoue, Società Cooperativa Tipografica, 1963, no 75, p. 203-225.
80 Œuvres poétiques de Giosue Carducci, C. de Acevedo et G. Angiolini (éd.), Paris, Les Presses du Compagnonnage, 1964 (ill. originales de M. Cauvet).
81 N. Jonard, « Le populisme de Carducci », Rivista di letterature moderne e comparate, vol. 21, no 3, 1968, p. 205-217 ; « Le temps dans la poésie de Carducci », Revue des études italiennes, no 2, 1968, p. 148-167 ; « Carducci et les poètes parnassiens », ibid., no 2, 1970, p. 154-183.
82 D. Fernandez, « Sur l’enseignement de l’italien », Le Figaro, 19 janvier 1970.
83 Dans la liste des publications des italianistes français entre 1970 et 1984, publiée par la Revue des études italiennes (no 1-4, 1984), on ne trouve aucun ouvrage sur Carducci. Le poète est évoqué incidemment dans deux études : J.-M. d’Heur, « Le défilé de Roncevaux : remarques sur la genèse et le développement d’une romance historique du cycle carolingien à travers des versions castillanes (XVIe s.), portugaises (XIXe-XXe s.) et italiennes (Carducci, 1881) », in Actes du VIe Congrès international de la Société Rencesvals pour l’étude des épopées romanes (Aix-en-Provence, 29 août-4 septembre 1973), Aix-en-Provence, Université de Provence, 1974 ; et P. Crinel, « Un voyage unique. Carducci à Trieste. 7-11 juillet 1878 », Recherches et Travaux, no 23, 1983 (Littérature et Voyage, no 2, Le Voyage à Trieste).
84 N. Jonard, « Carducci », in Dictionnaire universel des littératures, Paris, PUF, 1994, p. 612-613.
85 D. Boillet, Anthologie bilingue de la poésie italienne, Paris, Gallimard (Pléiade), 1994, p. 1182-1201.
86 J. Gracq, « La littérature à l’estomac », in Œuvres complètes, Paris, Gallimard (Pléiade), 1989, t. I, p. 537.
87 C’est ce qui a été tenté par nous-même : L. Fournier-Finocchiaro, Giosue Carducci et la construction de la nation italienne, Thèse de doctorat, Université de Caen Basse-Normandie, 2003 (dactyl.).
88 L. Baldacci, « Giosue Carducci : strategia ed invenzione », in Carducci poeta (Actes du colloque de Pietrasanta et Pise, 26-28 septembre 1985), U. Carpi (éd.), Pise, Giardini, 1987, p. 42.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Laura Fournier-Finocchiaro, « Giosue Carducci et la critique française », Transalpina, 8 | 2005, 89-108.
Référence électronique
Laura Fournier-Finocchiaro, « Giosue Carducci et la critique française », Transalpina [En ligne], 8 | 2005, mis en ligne le 23 mai 2022, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transalpina/3283 ; DOI : https://doi.org/10.4000/transalpina.3283
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