Giacomo Matteotti en Belgique : martyr antifasciste et guide des socialistes
Résumés
L’étude de la mémoire de Giacomo Matteotti en Belgique s’appuie sur des sources variées, notamment des articles de presse consultés via BelgicaPress, qui retracent les réactions à son assassinat et son impact en Europe. Le projet OpenStreetMap a permis de cartographier les lieux dédiés à Matteotti, révélant l’ampleur des hommages matériels et symboliques, en particulier dans des régions comme le Hainaut. Enfin, la littérature secondaire a contextualisé son engagement antifasciste et sa réception transnationale. Cette approche pluridisciplinaire éclaire les liens entre la Belgique et l’Italie dans la résistance aux régimes autoritaires, tout en soulignant l’importance des mémoires locales et transnationales.
Plan
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Pourquoi Giacomo Matteotti a-t-il été si populaire ?
- 1 Pour ces données, cf. le site Open Street Map (https://www.openstreetmap.org/#map=19/41.196369/16.5 (...)
- 2 M. Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Le Mono, 2022, p. 25-30.
1Giacomo Matteotti figure parmi les personnalités étrangères ayant le plus grand nombre de références. Le pays qui lui a consacré le plus de toponymes est la France, avec 21 odonymes, suivi de près par la Belgique, notamment en Wallonie, où l’on compte 10 rues à son nom1. Pourquoi Matteotti a-t-il été si populaire en Belgique et continue-t-il de l’être, en particulier dans les milieux académiques ? Cette réception peut être analysée à travers différents concepts théoriques, notamment la mémoire collective, la mémoire culturelle et la religion civile, chacun apportant un éclairage spécifique sur la manière dont Matteotti a été perçu et commémoré. Halbwachs soutenait que la mémoire collective n’était pas simplement un ensemble de souvenirs individuels, mais qu’elle se construisait à travers les groupes sociaux et leurs interactions2. La mémoire, selon lui, est façonnée par les groupes auxquels on appartient et elle évolue en fonction des circonstances sociales et politiques.
2Dans le cas de Matteotti, sa figure s’est inscrite dans une mémoire collective particulièrement marquée par l’antifascisme et le socialisme, des valeurs qui étaient fortement présentes en Belgique, notamment au sein de la classe ouvrière et des mouvements sociaux. Le martyre de Matteotti, assassiné pour avoir dénoncé le régime fasciste, a nourri cette mémoire collective. Sa lutte pour la démocratie et la justice sociale est devenue un symbole de la résistance contre les régimes autoritaires. La mémoire de Matteotti a ainsi été construite et transmise au sein de groupes sociaux partageant des idéaux similaires, notamment au sein des partis socialistes et des syndicats, mais aussi dans les milieux intellectuels et universitaires engagés dans la lutte contre le fascisme.
3Cette dimension a pris forme à travers les monuments, les commémorations publiques et la transmission continue de son histoire au travers de publications et d’événements culturels. En Belgique, les rues et les places portant son nom ont servi de « lieux de mémoire », permettant à la société de maintenir son héritage vivant. Ces espaces de commémoration ont joué un rôle dans la transmission de son image de martyr et de défenseur des droits humains. Les actions collectives et les pratiques mémorielles ont permis de maintenir la figure de Matteotti au centre des débats politiques et sociaux, même après son assassinat.
- 3 R.N. Bellah, « Civil Religion in America », Journal of the American Academy of Arts and Sciences, v (...)
4Enfin, l’approche de religion civile proposée par Robert Bellah permet de comprendre comment la mémoire de Matteotti s’est transposée en un élément constitutif d’une identité collective. Bellah définissait la religion civile comme un ensemble de symboles et de rituels partagés, créant une cohésion autour de valeurs communes3. Dans le cas de Matteotti, cette « religion civile » s’est formée autour de sa figure, transformée en un modèle de vertu civique et de résistance à l’oppression. Sa mémoire a été utilisée pour renforcer les liens sociaux et politiques, en rassemblant autour de sa figure des individus et des groupes qui se reconnaissaient dans ses idéaux. Sa mémoire a transcendé le cadre strictement politique pour devenir une référence culturelle et morale, inscrite dans les pratiques sociales de la résistance.
5L’un des principaux vecteurs de la mémoire de Giacomo Matteotti en Belgique fut la forte présence de la communauté italienne, qui comptait environ 38 000 immigrants, parmi lesquels de nombreux exilés antifascistes. L’objectif de cet article est d’explorer comment Matteotti incarne un symbole de la cause antifasciste, en particulier au sein de zones marquées par une tradition progressiste ou une forte concentration d’antifascistes, qui ont permis de préserver et de transmettre cet héritage.
L’émigration italienne en Belgique
- 4 A. Morelli, Fascismo e antifascismo nell’emigrazione italiana in Belgio (1922-1945), Bologne, Bonac (...)
6Cette diaspora italienne, installée en Belgique principalement dans les années 1920 et 1930, joua un rôle essentiel dans la diffusion de l’héritage de Matteotti, en particulier parmi les travailleurs italiens qui vivaient dans des conditions souvent difficiles et précaires. Après 1922, une importante vague d’émigration partit d’Italie, constituée d’antifascistes pour lesquels la vie dans leur pays était devenue « impossible » en raison des décisions délibérées de Mussolini. Dans les pays où ils s’installèrent – Suisse, France, Belgique et Luxembourg –, les antifascistes italiens « reconstituèrent certaines structures politiques, et leur antifascisme se manifesta tant par la presse et les réunions politiques que par des affrontements violents avec les fascistes italiens qui tentaient de recruter les émigrés dans des organisations fascistes à l’étranger »4. Les immigrants italiens en Belgique s’impliquèrent dans de nombreux secteurs économiques. Ils travaillèrent principalement dans la construction, l’industrie, l’agriculture et la mécanique. Toutefois, un des métiers les plus emblématiques de cette époque fut celui de mineur, en particulier dans la région de la Wallonie, où l’on comptait une forte concentration de travailleurs italiens dans les mines de charbon. La dureté de ces métiers, associée à des conditions de travail pénibles, fit de ces immigrés un groupe particulièrement sensible aux idéaux de justice sociale et de résistance à l’oppression. Nombre d’entre eux se rapprochèrent des mouvements ouvriers belges et des partis politiques de gauche, notamment les socialistes et les communistes, qui étaient fortement présents parmi la population belge à l’époque. Le rôle des exilés antifascistes italiens en Belgique s’étendait bien au-delà des simples actes de commémoration. Ils participèrent activement à l’organisation de réseaux de solidarité internationale pour soutenir les révoltes antifascistes et pour promouvoir l’idéologie antifasciste dans toute l’Europe. Leur réseau d’influence s’étendait aussi bien dans les milieux politiques que dans les cercles intellectuels et syndicaux.
- 5 P.M. Delpu, Les nouveaux martyrs, Paris, Passés Composés, 2024, p. 247-250.
7Ce « terrain » et toutes ces circonstances favorisèrent la diffusion de la mémoire de Matteotti en Belgique. La propagande antifasciste se manifesta notamment par l’édition de journaux clandestins, par des pamphlets et par des conférences, qui, bien que parfois réprimées, contribuèrent à maintenir en vie l’héritage du martyr5. La présence de ces exilés italiens en Belgique permit également de tisser des liens avec les partis et mouvements antifascistes locaux, qui étaient souvent déjà engagés dans la lutte contre les régimes autoritaires européens. Les antifascistes italiens, souvent issus des classes populaires, notamment les travailleurs migrants dans les secteurs de la mine, de l’industrie et de la construction, trouvèrent en Matteotti un symbole partagé.
Matteotti dans la religion laïque socialiste
- 6 É. Vandervelde, Le socialisme et la religion [1907], Whitefish, Kessinger Publishing, 2010, p. 15-3 (...)
8Un autre facteur qui peut expliquer la portée de la mémoire de Giacomo Matteotti en Belgique est son lien étroit avec les socialistes belges. Ce rapport s’inscrit dans un cadre plus large, celui de l’idéologie et des valeurs du socialisme, qui étaient profondément ancrées dans la société belge et en particulier dans les milieux ouvriers. É. Vandervelde proposait de voir le socialisme comme une religion morale, et non simplement comme une réponse à des injustices sociales6. Cette foi était fondée sur l’idée que les principes sociaux et économiques pouvaient être redéfinis pour aboutir à une société fondée sur la solidarité, l’égalité et la justice. Il ne s’agissait pas seulement de réorganiser les structures économiques, mais aussi de redonner un sens profond aux relations humaines en instaurant des principes de justice sociale. Ce n’était donc pas une simple action matérielle, mais un véritable engagement spirituel qui visait à transfigurer la société. Le socialisme devenait alors une religion laïque, une quête d’un monde meilleur où la dignité humaine serait respectée et où la solidarité serait la valeur fondamentale.
- 7 Cf. l’article du socialiste C. Prampolini, « Gesù Cristo rivoluzionario e socialista », La Giustizi (...)
- 8 M. Ozouf, La fête révolutionnaire : 1789-1799, Paris, Gallimard, 1976, p. 50-55.
9Il n’est donc pas surprenant que, dans les milieux de gauche, des termes tels que « apôtre », « martyr » ou même « Jésus » circulèrent fréquemment7. En effet, dans la période qui suivit la Première Guerre mondiale et la montée du fascisme, le socialisme en Belgique, et particulièrement parmi les militants antifascistes, acquit des connotations quasi religieuses. Le socialisme, en tant que mouvement politique, ne se limita pas à véhiculer une idéologie économique, mais se transforma en un véritable système de croyances morales et collectives. Ces termes empruntés à la religion traduisaient l’idée que l’engagement socialiste, tout en étant un acte politique, devenait aussi un acte spirituel, une mission guidée par un idéal plus grand que le simple gain matériel. Dans cette optique, des militants comme Giacomo Matteotti furent comparés à des martyrs ou à des apôtres de la cause antifasciste, leur sacrifice étant assimilé à celui de figures sacrées du christianisme8. L’utilisation de termes comme « Jésus » n’était pas simplement une manière figurée de désigner l’engagement d’un homme, il s’agissait d’un combat pour l’âme de la société, pour l’avenir moral de l’humanité.
Matteotti avant 1924
- 9 S. Caretti, Il delitto Matteotti : storia e memoria, Manduria, Lacaita Editore, 2004, p. 63-65.
- 10 Ibid., p. 66-68.
- 11 Ibid., p. 70-73.
10Avant le 10 juin 1924, jour de sa mort, Giacomo Matteotti était l’une des personnalités les plus connues en Belgique. Socialiste réformiste, puis dirigeant du Parti socialiste unitaire (1922), il avait adopté des positions non interventionnistes pendant la Première Guerre mondiale. Comme le souligne l’historien italien Stefano Caretti9, Matteotti avait exprimé dès 1914 sa position de « neutralité absolue, neutralité à tout prix »10 concernant l’entrée de l’Italie dans le premier conflit mondial. Cependant, les événements historiques en Italie et le déroulement de la guerre le forcèrent, en 1917, à se confronter avec les contradictions du nouvel ordre international, façonné par les conséquences de la Révolution russe et par les idéologies promues par le président américain Woodrow Wilson. Il interpréta la révolution d’octobre non seulement comme une reconsidération de la tradition marxiste, mais aussi comme une opportunité de renouveau idéologique. Mais les négociations de Paris, après la guerre, déçurent ses attentes. Il ne percevait aucune transformation concrète des idéaux wilsoniens en réalités tangibles, et considérait la guerre comme une catastrophe n’ayant résolu ni les problèmes nationaux, ni les problèmes sociaux11.
- 12 « Tous les travailleurs, tous les défenseurs de la démocratie et de la liberté s’associeront aujour (...)
- 13 « Il y a cinq ans Giacomo Matteotti a été assassiné », Le Populaire, 11 juin 1929.
11Outre son discours sur la paix, Giacomo Matteotti se distingua par ses positions résolument anti-autoritaristes. Entre 1923 et 1924, le régime fasciste intensifia ses mesures répressives à l’encontre des opposants politiques, et Matteotti fut lui-même la cible d’attaques personnelles. Le 20 avril 192412, à Bruxelles, invité par le Parti ouvrier belge, il prononça un discours, emblématique de l’orientation de sa pensée et de son combat politique à cette époque, qui ne se contentait pas de traiter de la situation de la région de la Ruhr, mais qui soulignait également la fragilité de la classe ouvrière, vulnérabilité qui avait facilité l’ascension du fascisme en Italie. Matteotti insistait sur la nécessité d’une unité du prolétariat, dépassant les clivages idéologiques traditionnels, afin de contrer l’extrémisme de droite qui menaçait de se propager dans toute l’Europe. Il considérait que la division et la faiblesse de la classe ouvrière, souvent fragilisée par des luttes internes et des divergences idéologiques, avaient facilité la prise de pouvoir par des forces réactionnaires. « L’unité des travailleurs, affirmait-il, devait être la première ligne de défense contre l’infiltration du fascisme dans d’autres pays européens »13.
- 14 « Le député Matteotti a été enlevé par des Brigands fascistes », Le Peuple, 14 juin 1924.
12Les conversations de Matteotti avec les socialistes belges, dont certaines furent publiées, mettaient en lumière son désir de transmettre un message clair sur la situation politique en Italie. Il décrivait un climat de peur et de violence systématique orchestré par le régime fasciste, un climat qui rendait quasi impossible l’exercice des droits démocratiques et la participation à des élections libres, en particulier dans les régions du Mezzogiorno en Italie14.
- 15 « La mystérieuse disparition du député socialiste italien Giacomo Matteotti », La Wallonie, 14 juin (...)
13Le célèbre discours de Giacomo Matteotti prononcé le 30 mai 1924, dans lequel il dénonçait les crimes du fascisme, fut accueilli très favorablement par la presse belge. Des journaux comme Le Peuple et La Wallonie saluèrent le courage et la détermination de Matteotti, qui, en pleine montée du régime fasciste, n’hésitait pas à exposer publiquement les exactions du gouvernement de Mussolini15. Dans un climat politique où l’intimidation et la violence étaient monnaie courante, notamment en Italie, le fait qu’un homme politique aussi important que Matteotti prenne la parole contre le fascisme fut perçu comme un acte de bravoure exceptionnel. Le Peuple souligna le rôle de Matteotti en tant que défenseur des principes démocratiques et des droits humains. Le journal rappela l’importance de son discours, qui dénonçait non seulement les violences physiques infligées aux opposants politiques, mais aussi les mécanismes de manipulation du pouvoir, tels que l’intimidation des électeurs et l’instauration de la terreur dans tout le pays. De même, La Wallonie mettait en évidence que Matteotti, malgré la répression féroce du régime fasciste, restait fidèle à ses principes socialistes et à son engagement en faveur d’une société juste, équitable et libre.
Le mythe Matteotti
- 16 « Le fascisme italien trébuche dans le sang », Journal de Charleroi, 19 juin 1924.
- 17 « L’assassinat de Matteotti », Le Peuple, 23 juin 1924.
- 18 « Une foule énorme proteste contre l’assassinat de Matteotti », Le Peuple, 5 juillet 1924.
14Les raisons qui sous-tendent la large fortune de Giacomo Matteotti en Belgique trouvent leur origine dans le contexte politique et social de l’époque, ainsi que dans l’impact de son assassinat sur les mouvements antifascistes européens. Dès l’annonce de sa mort en 1924, les réactions à Bruxelles et ailleurs en Belgique furent nombreuses et profondément émouvantes, nourrissant une réception particulièrement forte de sa mémoire16. Le 23 juin 1924, quelques jours seulement après l’assassinat, la Fédération nationale du Parti ouvrier belge (POB) exprimait sa profonde douleur pour la perte du député socialiste Giacomo Matteotti, martyr de la cause antifasciste17. Cet acte ne reflétait pas seulement le deuil de la disparition d’un leader politique charismatique, mais aussi la reconnaissance de son engagement intellectuel et politique, récupérant sa lutte pour la défense de la démocratie. Le 4 juillet 1924, une grande manifestation en mémoire de Matteotti fut organisée à Bruxelles, avec des interventions de figures politiques majeures telles que Coster, président de la Ligue des droits de l’homme belge, et Vandervelde. Coster conclut son allocution par un vibrant « Vive l’Italie que Matteotti a aimée », marquant ainsi l’hommage de la Belgique à l’Italie résistante. Lors de ce même meeting, il demanda un moment de silence pour honorer la mémoire de Matteotti, suivi par une série d’applaudissements pour acclamer ce martyr du mouvement socialiste18.
- 19 « Commémoration Matteotti », Le Peuple, 15 juin 1925.
- 20 « Le fonds Matteotti », Le Peuple, 15 avril 1926.
15En 1925, des commémorations continuèrent d’honorer la mémoire du martyr socialiste italien. Le 15 juin, Louis Piérard, lors d’une cérémonie à Paris, évoqua la chute du fascisme comme étant une conséquence directe de l’héroïsme et du sacrifice de Matteotti19. L’année suivante, un appel à la création d’un fonds pour Matteotti fut lancé, en prévision de la journée du 1er mai, afin de soutenir les victimes du fascisme et de pérenniser la mémoire de ce martyr20.
- 21 Ibid.
- 22 « À l’occasion du IIe anniversaire », Le Peuple, 12 juin 1926.
16La commémoration des socialistes belges se poursuivit tout au long des années 1920 et 1930, avec des événements organisés à Bruxelles, comme des conférences et des réunions pour célébrer la mémoire de Matteotti. L’année 1927 en particulier fut significative, car le plus important monument dédié à Matteotti à l’étranger fut inauguré en Belgique. Ce projet, soutenu par l’Internationale socialiste et financé par le Fonds Matteotti, devait beaucoup à l’engagement de Joseph Van Roosbroeck, qui s’était battu sans relâche pour sa concrétisation21. Le 11 septembre 1927, lors de l’inauguration, tous avaient salué l’efficacité et l’engagement du POB dans ce projet. Sur bien des aspects, l’intronisation de Matteotti à la Maison du Peuple évoquait une cérémonie de béatification22. Entre deux drapeaux sur lesquels était imprimé le bonnet phrygien, était représenté un cœur ardent, avec une figure féminine et une figure masculine prononçant la phrase suivante : « Ce cœur ardent battait pour toi, ô liberté ». Sous cette représentation, un médaillon avec l’effigie de Giacomo Matteotti était surmonté du mot « Liberté ». La cérémonie avait été marquée par la présence de représentants de l’Internationale, avec à leur tête Arthur Henderson, son président, et Fritz Adler, son secrétaire. Parmi les socialistes italiens, on comptait la présence de Turati, Treves et Modigliani. De nombreux partis socialistes d’Europe et d’Amérique avaient également envoyé leurs représentants les plus qualifiés. Le président Henderson fut le premier à prendre la parole, et après avoir rappelé tous les martyrs du fascisme et du bolchevisme, il conclut :
Matteotti n’est pas mort en vain, car sa mort nous a laissé, non seulement un souvenir impérissable, mais elle a donné au socialisme international la vitalité, l’énergie de pensée et d’action qui ont fait de lui, de son vivant, une force incomparable de notre mouvement international.
- 23 « Matteotti », Journal de Charleroi, 10 juin 1926.
17Le secrétaire du Parti socialiste belge, J. Van Roosbroeck, se remémora le moment où, le 20 avril 1924, Matteotti avait voulu être présent au congrès annuel. À cette occasion, il avait réussi à pénétrer miraculeusement en Belgique, malgré le fait que son passeport lui ait été retiré par les autorités fascistes23.
18Ce fut ensuite au tour du socialiste italien Filippo Turati. S’exprimant en français, celui-ci prononça un discours détaillé sur les idées, la personnalité, la détermination et le martyre de Matteotti. Après quelques souvenirs personnels et une description de son caractère, il précisait :
Il possédait le don d’ubiquité de certains saints. Il était à la fois en ville et à la campagne, en Italie et à l’étranger, au Congrès national et aux réunions de l’Internationale, presque en même temps […]. Sa mort est encore une naissance […]. Nous ne pleurons pas sa disparition, nous l’attendons comme les fils d’Israël, pleurant sur les rives des fleuves de Babylone, attendaient leur Messie.
- 24 « L’inauguration du monument Matteotti », La Wallonie, 9 septembre 1927.
19Au son de l’Internationale, des couronnes de fleurs furent déposées au pied du monument. La première couronne fut portée par Treves, avec l’inscription « À Giacomo Matteotti, ses compagnons »24. S’ensuivirent celles de la Concentration antifasciste, de la Commission syndicale, de la Fédération gandoise, de la Centrale des métallurgistes, du Syndicat des métallurgistes de Bruxelles, et de bien d’autres. Enfin, dans un silence empreint de respect et de larmes aux yeux, les nombreux camarades présents à la Maison du Peuple défilèrent pour rendre hommage à leur martyr. Réalisé dans le style Art Nouveau, le monument représente un cœur enflammé posé sur un autel, flanqué de deux figures en prière, l’une masculine et l’autre féminine.
- 25 F. Godefroid, Karl Liebknecht, Jean Jaurès, Giacomo Matteotti, Bruxelles, Fédération nationale des (...)
20Suite à l’inauguration du monument, la figure de Matteotti fut surtout instrumentalisée par les jeunes socialistes. Cette résurgence de l’intérêt pour Matteotti devait beaucoup aux « missionnaires de Matteotti », des militants qui organisaient des conférences pour entretenir la mémoire du héros. Le 25 décembre 1928, lors de la fête de la Jeunesse socialiste, des couronnes furent déposées sur le monument de Matteotti. Dans le Hainaut, par exemple, le député Léon Matagne et le jeune Fernand Godefroid, futur auteur en 1931 des « évangiles des martyrs socialistes », parcouraient la région pour diffuser la bonne parole. À travers une multitude de comptes rendus de meetings, Matteotti, aux côtés de Jean Jaurès et de Karl Liebknecht, était tantôt élevé au rang de symbole de la non-violence, tantôt invoqué pour justifier l’usage nécessaire de la violence25.
Les communistes et Matteotti
21Les communistes, tout en condamnant l’assassinat de Giacomo Matteotti, ne le considéraient pas comme un événement isolé, mais plutôt comme une nouvelle brutalité parmi de nombreuses autres commises par le régime fasciste. En effet, ils l’incluaient dans le grand ensemble des victimes du fascisme, soulignant que des milliers de travailleurs avaient été tués, torturés et persécutés par les chemises noires. Selon les communistes, les assassinats fascistes étaient une réalité qui touchait l’ensemble de la classe ouvrière, et Matteotti n’échappait pas à cette logique de violence systématique. Ainsi, dans la presse communiste, l’assassinat de Matteotti n’était pas un cas particulier, mais une tragédie parmi d’autres actes de répression fasciste.
- 26 « Que signifient ces hurleries ? », Le Drapeau rouge, 5 juillet 1924.
22Ce point de vue contrastait fortement avec celui de la presse socialiste belge, qui élevait Matteotti au rang de martyr et lui vouait un véritable culte, reprochant aux communistes de ne pas rendre hommage à son héroïsme. Les socialistes belges accusaient les communistes de ne pas « protester sincèrement » et de ne pas honorer l’« héroïsme de Matteotti ». En réponse, Van Overstraeten, dirigeant du Parti communiste belge (PCB), argumentait que la IIIe Internationale était consciente de la rareté de l’héroïsme et de l’audace parmi les dirigeants sociaux-démocrates et qu’elle n’accordait de l’admiration qu’à ceux qui luttaient réellement contre le fascisme et le capitalisme26. Il considérait que Matteotti, bien qu’appartenant à la social-démocratie, s’était élevé au-dessus des autres dirigeants du mouvement socialiste par son courage et sa détermination à dénoncer le fascisme jusqu’à sa mort. Toutefois, Van Overstraeten soulignait que ce courage ne pouvait pas être une excuse pour valider les idées pacifistes de Matteotti, qui étaient incompatibles avec une véritable lutte révolutionnaire. Les communistes ne voyaient pas la mémoire de Matteotti comme un élément exclusif de l’héritage socialiste : pour eux, son héritage appartenait avant tout au prolétariat italien qui continuait de lutter pour renverser le fascisme. Ainsi, en 1927, les communistes italiens, tout en reconnaissant la valeur de l’héritage politique de Matteotti, dénonçaient la récupération idéologique opérée par les socialistes, affirmant que la partie la plus précieuse de son héritage – son esprit de lutte et son sacrifice – appartenait à la classe ouvrière.
- 27 « A tutti i lavoratori italiani emigrati nel Belgio », Tribuna Italiana, 6 juillet 1924.
23Les actions concrètes du PCB après l’assassinat de Matteotti furent limitées. En effet, bien qu’un appel fût lancé aux travailleurs italiens en Belgique pour protester contre le régime fasciste, aucune manifestation de grande envergure ne fut organisée immédiatement. Cela était dû en grande partie à la faiblesse du PCB à cette époque, qui manquait de ressources et de forces militantes pour organiser un événement de grande ampleur. Néanmoins, le PCB s’efforça de mobiliser ses membres en publiant la Tribuna Italiana (plus tard rebaptisée Bandiera Rossa), un journal qui cherchait à établir des liens entre les ouvriers italiens en Belgique et les travailleurs belges27. Par l’intermédiaire de cette publication, le PCB appelait les émigrés italiens à s’organiser et à rejoindre la lutte contre le fascisme. Les communistes belges, à travers leur presse et leurs actions de propagande dans les quartiers et les syndicats, continuèrent à dénoncer la brutalité du fascisme. Mais leur message était clair : l’assassinat de Matteotti n’était qu’un épisode parmi d’autres dans la guerre que menait le fascisme contre la classe ouvrière. Leur principale préoccupation était d’insister sur la nécessité pour les travailleurs de s’organiser pour abattre ce fléau, soulignant que seule la lutte révolutionnaire pouvait mettre fin à la dictature fasciste et à son corollaire, le capitalisme.
La Wallonie et la Flandre, deux visages différents
- 28 « Kop Van Matteotti », Vooruit, 2 novembre 1933.
- 29 « Buste de Matteotti conservé à la Maison du Peuple de Gand », https://mostrevirtuali.indire.it/mos (...)
24Paradoxalement, cette forte dimension internationale semble masquer une profonde dissonance au niveau national, particulièrement entre les Flamands, d’une part, et les Bruxellois et Wallons, d’autre part. Les différences dans la couverture médiatique de l’événement sont frappantes : les journaux francophones consacrent un traitement beaucoup plus large à la mort de Matteotti, tandis que la presse flamande semble accorder beaucoup moins d’importance à ce tragique événement. Cette divergence se traduit en Flandre par une moindre intensité des initiatives pour honorer la mémoire du martyr italien. Les témoignages de la mobilisation autour de Matteotti y sont rares, et les traces de l’engouement populaire qui a secoué la Belgique, surtout en Wallonie, semblent presque inexistantes. Ce manque d’engagement en Flandre contraste nettement avec la ferveur socialiste qui caractérise les régions francophones du pays. Ainsi, tandis que les Wallons et les Bruxellois déploient une série d’initiatives pour rendre hommage à Matteotti, les Flamands semblent beaucoup moins réceptifs à l’appel à la mémoire et à l’action en faveur de l’idéal socialiste incarné par sa figure28. En revanche, une tentative de rendre hommage à Matteotti se distingue dans certaines villes flamandes, comme Gand. Une exposition d’envergure y fut organisée, où une gigantesque tête de Matteotti, réalisée par l’artiste Olivier Piette (1885-1948), fut présentée comme une œuvre d’art majeure, presque vénérée de manière similaire à celle d’un saint chrétien29.
- 30 « Italie et Belgique. Deux pays profondément liés », https://www.lalibre.be/international/europe/20 (...)
25Cette disparité dans la réception et la commémoration de Matteotti peut probablement être expliquée par les différences démographiques et sociales entre les régions du pays. En Wallonie, l’immigration italienne a été historiquement plus importante, et cette communauté a joué un rôle majeur dans la diffusion et la transmission de la mémoire de Matteotti30. Entre 1925 et 1935, les hommages à Matteotti fleurirent en Wallonie, atteignant une dizaine de lieux commémoratifs, dont une grande partie se concentrait dans la province de Hainaut. Les travailleurs italiens, souvent issus des rangs les plus modestes, se firent les porte-paroles de cette mémoire, la transmettant à travers des discours, des rassemblements et des initiatives locales. Les liens entre les socialistes belges et cette communauté immigrée renforcèrent le réseau de commémorations et de mobilisations autour de la figure du martyr socialiste. Après 1936, le souvenir de Matteotti resta profondément ancré dans le cœur des Hennuyers, une fidélité qui s’explique en grande partie par les origines montoises de Louis Piérard, le grand ami belge de Matteotti, ainsi que par l’engagement des missionnaires de Matteotti, particulièrement actifs dans les régions de Charleroi et du Centre. Aujourd’hui, d’après les données du projet OpenStreetMap déjà mentionné, on trouve 13 références odonymiques dédiées à Matteotti en Wallonie, comme le montre le tableau suivant, ce qui témoigne de son impact significatif dans la région francophone.
| Références | Villes | Région |
| Rue Matteotti | Morlanwelz | Wallonie |
| Rue Matteotti | Seraing | Wallonie |
| Place Matteotti | La Louvière | Wallonie |
| Rue Matteotti | Leval-Trahegnies (Binche) | Wallonie |
| Rue Matteotti | Trahegnies (Binche) | Wallonie |
| Rue Matteotti | Mouscron | Wallonie |
| Place Matteoti | Ans | Wallonie |
| Place Matteoti | Soumagne | Wallonie |
| Place Matteoti | Jumet | Wallonie |
| Rue Matteoti | Grace Berleur | Wallonie |
| Rue Matteoti | Boussu-Bois | Wallonie |
| Rue Matteoti | Chenee-Thiers | Wallonie |
| Place Matteoti | Charleroi | Wallonie |
- 31 « La Jeunesse Socialiste honore la mémoire de nos grands morts », Le Peuple, 2 août 1931.
- 32 « Le monument dédié à Giacomo Matteotti sera inauguré à Wasmes », Le Soir, 25 septembre 1965.
26En 1931, une commémoration spontanée fut organisée à Frameries par le jeune Léo Collard, futur président du Parti socialiste belge, marquant une étape importante dans cette dynamique du souvenir31. Après la Seconde Guerre mondiale, le destin du monument dédié à Matteotti devint particulièrement lié à la figure de Collard et à ses proches. En effet, le mémorial n’était initialement qu’en dépôt à Bruxelles, et après la Libération, les socialistes italiens, sous la conduite de Pietro Nenni, se virent confier la mission de préserver cette mémoire. Ils devaient non seulement entretenir le monument mais aussi le transférer, dès que la démocratie retrouverait ses droits, dans une ville italienne comme Rome ou Milan. Cependant, malgré plusieurs relances du Parti socialiste belge, les Italiens ne répondirent jamais à cet appel. Ce n’est qu’après la démolition de la Maison du Peuple de Bruxelles en 1965 que le destin du monument de War van Asten prit une nouvelle tournure. Sur la demande du maire, Marcel Busieau, et avec l’appui de Léo Collard, l’œuvre fut transférée en 1970 à Colfontaine (Wasmes), une commune où résidait une importante communauté d’immigrés italiens32.
Conclusions
27En élargissant la perspective, il serait non seulement pertinent d’approfondir la mémoire de Matteotti dans des contextes locaux, comme celui du Hainaut, mais aussi de mener une analyse comparative à l’échelle européenne pour saisir pleinement l’étendue et la diversité de son impact. Une étude centrée sur des régions spécifiques, comme le Hainaut, pourrait s’appuyer sur des archives locales, des journaux régionaux, des témoignages et des documents associatifs pour reconstituer comment la figure de Matteotti a été mobilisée, commémorée et interprétée dans des milieux ouvriers, antifascistes ou immigrés. Cela permettrait de mettre en lumière des dynamiques micro-historiques souvent négligées, mais essentielles pour comprendre la diffusion et l’appropriation de sa mémoire.
28Parallèlement, une recherche à l’échelle européenne offrirait une vision d’ensemble des différentes manières dont Matteotti a été perçu et instrumentalisé selon les contextes nationaux. Par exemple, on pourrait comparer son impact en Belgique, où il est devenu un symbole fort pour les mouvements ouvriers et antifascistes, avec celui qu’il a eu en France, où son héritage a peut-être été intégré différemment dans les luttes politiques, ou encore en Allemagne, où la mémoire de Matteotti a pu croiser celle d’autres victimes du fascisme. Une telle étude mettrait en évidence les similitudes et les divergences dans la construction de sa mémoire, en fonction des histoires nationales, des cultures politiques et des réseaux transnationaux.
29Enfin, cette double approche – à la fois locale et transnationale – pourrait ouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur la circulation des mémoires politiques en Europe. Elle permettrait de mieux comprendre comment des figures comme Matteotti ont pu incarner des idéaux universels tout en étant réinterprétées localement. De plus, elle soulignerait l’importance des connexions entre les mouvements antifascistes européens, offrant ainsi une perspective plus intégrée et nuancée de l’histoire politique du XXe siècle. En somme, étudier Matteotti à travers ces deux échelles, locale et européenne, enrichirait non seulement notre compréhension de son héritage, mais aussi celle des mécanismes de construction et de transmission des mémoires collectives dans des contextes variés.
Notes
1 Pour ces données, cf. le site Open Street Map (https://www.openstreetmap.org/#map=19/41.196369/16.597006), consulté le 10 / 12 / 2024.
2 M. Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Le Mono, 2022, p. 25-30.
3 R.N. Bellah, « Civil Religion in America », Journal of the American Academy of Arts and Sciences, vol. 96, no 1, 1967, p. 1-21.
4 A. Morelli, Fascismo e antifascismo nell’emigrazione italiana in Belgio (1922-1945), Bologne, Bonacci, 1987, p. 30-37.
5 P.M. Delpu, Les nouveaux martyrs, Paris, Passés Composés, 2024, p. 247-250.
6 É. Vandervelde, Le socialisme et la religion [1907], Whitefish, Kessinger Publishing, 2010, p. 15-30.
7 Cf. l’article du socialiste C. Prampolini, « Gesù Cristo rivoluzionario e socialista », La Giustizia, 5 février 1888.
8 M. Ozouf, La fête révolutionnaire : 1789-1799, Paris, Gallimard, 1976, p. 50-55.
9 S. Caretti, Il delitto Matteotti : storia e memoria, Manduria, Lacaita Editore, 2004, p. 63-65.
10 Ibid., p. 66-68.
11 Ibid., p. 70-73.
12 « Tous les travailleurs, tous les défenseurs de la démocratie et de la liberté s’associeront aujourd’hui, par leur présence en pensée, à la commémoration de Giacomo Matteotti », Le Peuple, 11 septembre 1927.
13 « Il y a cinq ans Giacomo Matteotti a été assassiné », Le Populaire, 11 juin 1929.
14 « Le député Matteotti a été enlevé par des Brigands fascistes », Le Peuple, 14 juin 1924.
15 « La mystérieuse disparition du député socialiste italien Giacomo Matteotti », La Wallonie, 14 juin 1924.
16 « Le fascisme italien trébuche dans le sang », Journal de Charleroi, 19 juin 1924.
17 « L’assassinat de Matteotti », Le Peuple, 23 juin 1924.
18 « Une foule énorme proteste contre l’assassinat de Matteotti », Le Peuple, 5 juillet 1924.
19 « Commémoration Matteotti », Le Peuple, 15 juin 1925.
20 « Le fonds Matteotti », Le Peuple, 15 avril 1926.
21 Ibid.
22 « À l’occasion du IIe anniversaire », Le Peuple, 12 juin 1926.
23 « Matteotti », Journal de Charleroi, 10 juin 1926.
24 « L’inauguration du monument Matteotti », La Wallonie, 9 septembre 1927.
25 F. Godefroid, Karl Liebknecht, Jean Jaurès, Giacomo Matteotti, Bruxelles, Fédération nationale des Jeunes gardes socialistes, 1931.
26 « Que signifient ces hurleries ? », Le Drapeau rouge, 5 juillet 1924.
27 « A tutti i lavoratori italiani emigrati nel Belgio », Tribuna Italiana, 6 juillet 1924.
28 « Kop Van Matteotti », Vooruit, 2 novembre 1933.
29 « Buste de Matteotti conservé à la Maison du Peuple de Gand », https://mostrevirtuali.indire.it/mostra/matteotti-cento-1924-2024-cento-anni-di-antifascismo-e-coraggio/5-il-ricordo/, consulté le 4 / 12 / 2024.
30 « Italie et Belgique. Deux pays profondément liés », https://www.lalibre.be/international/europe/2020/07/16/italie-et-belgique-deux-pays-profondement-lies-parlez-nous-en-YMJPC6FL2VH7JCTRUDDDWBKIC4/, consulté le 11 / 11 / 2024.
31 « La Jeunesse Socialiste honore la mémoire de nos grands morts », Le Peuple, 2 août 1931.
32 « Le monument dédié à Giacomo Matteotti sera inauguré à Wasmes », Le Soir, 25 septembre 1965.
Haut de pagePour citer cet article
Référence papier
Giacomo Colaprice, « Giacomo Matteotti en Belgique : martyr antifasciste et guide des socialistes », Transalpina, 28 | 2025, 141-154.
Référence électronique
Giacomo Colaprice, « Giacomo Matteotti en Belgique : martyr antifasciste et guide des socialistes », Transalpina [En ligne], 28 | 2025, mis en ligne le 19 septembre 2025, consulté le 11 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/transalpina/5795 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14oh0
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