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Dossier

Du Cibachrome relativement toxique. Eaux usées de la photographie et production d’images en couleurs

Relatively Toxic Cibachrome. Photographic Wastewater and the Production of Colour Images
Stephan Graf
Traduction de Perrine Val
p. 66-77

Résumés

Il est bien connu que la pratique de la photographie aux halogénures d’argent se caractérise aussi par le fait qu’elle est tributaire de l’eau. En revanche, on sait moins si et comment l’industrie photographique s’est préoccupée des eaux usées. Cet article se penche sur le traitement industriel des eaux usées en s’intéressant à l’histoire des débuts des matériaux photographiques couleur Cibachrome, que l’entreprise chimique suisse Ciba a commercialisés à partir du milieu des années 1960. L’auteur montre que Ciba a classifié les eaux usées du Cibachrome comme toxiques et en explique les raisons, reconstituant la façon dont, entre intérêts économiques, expertises scientifiques et normes de protection des eaux, elle s’est efforcée de réduire cette toxicité à l’aide de techniques de traitement des eaux usées, ceci également dans le but d’apparaître comme une entreprise respectueuse de l’environnement.

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Notes de la rédaction

Traduction de l’allemand par Perrine Val

Texte intégral

  • 1 « Die schweizerischen Abwasserfachleute tagten in Freiburg », Freiburger Nachrichten, 17 juin 1967, (...)
  • 2 Voir par exemple Sylvie Pénichon, Twentieth Century Colour Photographs. The Complete Guide to Proce (...)

1Lorsque l’Association suisse des professionnels de l’épuration des eaux (ASPEE) organisa en juin 1967 un congrès sur les questions d’assainissement dans la ville romande de Fribourg, la photographie figurait au programme. En effet, il ne s’agissait pas seulement de visiter la station d’épuration municipale en cours de construction : selon un journal local, la conférence permit également aux « cadres supérieurs de CIBA » de discuter des « installations d’approvisionnement en eau, d’épuration des eaux usées et des installations énergétiques de la nouvelle usine de Marly »1. L’entreprise chimique Ciba (« Chemische Industrie BAsel »), dont la fondation remonte aux années 1880, avait construit dans les années 1960 une « nouvelle usine » à Marly, dans la banlieue de Fribourg, suite à sa décision, au début de la décennie, de se lancer dans le secteur de la photographie. C’est à Marly que devaient être développés, puis produits, les matériaux Cibachrome lancés au cours de la même décennie. Ces matériaux de reproduction photographique couleur sont surtout connus dans l’histoire de la photographie pour avoir été employés par des artistes comme Nan Goldin ou Jeff Wall pour leurs images grand format, notamment en raison de couleurs réputées particulièrement stables et lumineuses2.

  • 3 « Die schweizerischen Abwasserfachleute tagten in Freiburg », art. cité, p. 20.
  • 4 Voir notamment Boaz Levin, Esther Ruelfs et Tulga Beyerle (dir.), Mining Photography. The Ecologica (...)

2On sait moins dans quelles conditions le Cibachrome a été expérimenté à Marly et pourquoi, comme l’indique le journal local de 1967, la question des eaux usées fut prise en compte « dès la conception générale » de l’usine3. Quel rôle ont joué, dans ce cadre, les liquides chimiques utilisés dans les bains de traitement des matériaux Cibachrome ? Que nous apprend l’exemple des eaux usées du Cibachrome sur le lien historique entre l’industrie photographique et son environnement ? Ce lien a été étudié jusqu’à présent surtout par le biais de l’extraction des matières premières destinées à la fabrication de matériaux photographiques, mais sans s’intéresser de près à la manière dont l’industrie photographique elle-même s’est penchée sur son influence sur l’environnement4.

  • 5 Au sujet de la situation internationale, voir Sara Fernandez, « Gouverner les eaux depuis 1945. Int (...)

3Cet article examine les débuts de la commercialisation des matériaux Cibachrome dans les années 1960 et 1970 afin de répondre à ces questions. S’il s’avère que Ciba s’est efforcée de faire preuve d’une plus grande conscience écologique en matière d’eaux usées, elle ne fut pas la seule. L’entreprise a surtout pris en compte le fait que, dans les années 1960, la pollution industrielle des eaux était de plus en plus à l’ordre du jour politique en Suisse, comme dans d’autres pays occidentaux5. Dans ce contexte, Ciba analysa les eaux usées de son nouveau matériel de photographie couleur et ne cacha pas qu’elles s’avéraient toxiques. Si cette toxicité ne l’a pas empêchée de lancer son nouveau produit, c’est parce qu’elle pouvait être relativisée de deux manières. D’une part, ce n’était qu’au regard des directives sur les eaux usées, élargies dans les années 1960, que celles résultant du Cibachrome étaient toxiques, ne posant problème que si elles dépassaient certaines valeurs limites. D’autre part, Ciba s’est associée à des experts en assainissement pour développer des techniques de dépollution à partir de ces valeurs limites et les faire approuver scientifiquement. Ce n’est qu’en l’absence de telles techniques que la toxicité restait un problème. Pour Ciba (et d’autres représentants de l’industrie photographique), il est apparu de plus en plus clairement – et c’est ma proposition – qu’un procédé photographique ne consistait pas seulement en matériaux sensibles à la lumière et en appareils servant à les exposer et les traiter dans des liquides chimiques. Il comprenait en outre des techniques de décontamination des produits chimiques, nécessaires à une large commercialisation des matériaux photographiques.

Paysage pour un procédé photographique (pas tout à fait) nouveau

4Lorsque la diapositive en couleurs de la vue aérienne de la figure 1 fut tirée, l’aménagement du centre de recherche de Ciba Photochimie à Marly, que l’on voit sur la photo, était en train d’être achevé. La diapositive, prise en juin 1968 comme l’indique la date en bas de l’image, faisait partie d’une série de vues aériennes en noir et blanc et en couleurs avec lesquelles l’entreprise documentait l’avancement des travaux de construction de son nouveau site et en informait la presse. Dans le cas de la figure 1, la diapositive fut probablement aussi utilisée pour tester le matériel même qui devait être amélioré dans les quatre bâtiments rectangulaires de la « zone de recherche et de développement », disposés parallèlement les uns aux autres en contrebas du parking. En effet, la vue aérienne est une reproduction de la diapositive sur le support Cibachrome-Print, l’un des nouveaux produits du département photochimique de Ciba créé dans les années 1960.

1. Vue aérienne du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, 18 juin 1968

1. Vue aérienne du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, 18 juin 1968

Tirage Cibachrome, 24,9 × 23,6 cm. Marly, Archives de l’Association Cibachrome.

© DigiCenter, ETH Zurich

  • 6 Armin Meyer, « Die Aktivität der CIBA auf dem Gebiete der Photochemie », 28 août 1963, p. 4, Archiv (...)

5Le matériel Cibachrome, commercialisé à la fin des années 1960 également pour la photographie aérienne en couleurs, reposait sur ce que l’on appelle le procédé de blanchiment des colorants à l’argent (désigné ci-après « SDB », d’après le terme anglais usuel silver dye bleach process). Au siège de Ciba, sur les rives du Rhin à Bâle, un petit groupe de recherche s’était penché à la fin des années 1950 sur ce principe connu depuis le début du XXe siècle pour « produire des images photographiques en couleurs d’une grande stabilité à la lumière et d’un rendu des couleurs brillant6 ». À partir du milieu des années 1960, Ciba transféra ces recherches sur les rives de la Gérine, la petite rivière qui, sur la figure 1, s’écoule parallèlement au pont de la canalisation en direction du côté gauche de l’image. À l’été 1968, environ 400 ouvriers, artisans, secrétaires, bibliothécaires, laborantins, ingénieurs, chimistes et physiciens étaient employés sur le site.

  • 7 Robert Käppeli, « CIBA Photochemie », 21 octobre 1963, p. 1, Archives de l’entreprise Novartis AG : (...)
  • 8 Joseph E. Duffy, « The Spectrum of CIBA Photochemical », CIBA Journal, vol. 29, 1964, p. 8.
  • 9 Sur la stratégie d’Eastman Kodak, voir Reese V. Jenkins, Images and Enterprise. Technology and the (...)

6Au début des années 1960, Ciba avait cherché un terrain à proximité de Fribourg après avoir racheté en 1960 la société Tellko S.A. pour l’industrie photochimique, établie à Fribourg depuis le milieu des années 1930. Ce fut la première d’une série d’acquisitions par Ciba en vue de « la mise en place d’un appareil de recherche, de fabrication et de distribution adéquat » destiné à sa nouvelle activité photochimique7. Selon la terminologie de l’époque, la direction technique de la division Ciba Photochimie ainsi constituée utiliserait « ce qu’on nomme ‹ l’approche système ›, par laquelle on combine les matériaux, la chimie et les équipements en une seule unité meilleure, plus rapide et moins onéreuse, afin de répondre à un nouveau besoin ou à un besoin préexistant8 ». Dans l’esprit d’une stratégie commerciale dont l’entreprise américaine Eastman Kodak fut le modèle au sein de l’industrie photographique dès la première moitié du XXe siècle, il ne s’agissait donc pas seulement de rechercher, d’optimiser, de breveter et de produire des matériaux photosensibles et leurs composants9. Les stratégies de recherche et de brevet se concentrèrent également sur les produits chimiques utilisés pour le développement et la production des images, et sur les machines utilisées pour cette production d’images.

  • 10 René von Wartburg, « Neuer Durchbruch in der Farbphotographie », Camera, vol. 44, no 3, 1964, pp. 3 (...)
  • 11 Pour une liste des produits SDB développés à Marly au cours des décennies suivantes et appelés Ilfo (...)
  • 12 Sur l’histoire technique des procédés chromogéniques, voir notamment Jack H. Coote, The Illustrated (...)

7Dans les bâtiments situés sur les quelque 450 000 mètres carrés du terrain de Marly, l’étude des procédés photographiques portait principalement, à partir du milieu des années 1960, sur le matériel SDB introduit par Ciba sur le marché suisse en 1964, matériel nommé Cilchrome-Print, parce qu’un an auparavant, Ciba avait créé une joint-venture avec Ilford (CIL), suivie à la fin des années 1960 par la reprise complète de cette société britannique10. À l’instar des matériaux SDB commercialisés à partir de 1967 sous le nom de Cibachrome, le Cilchrome-Print n’était pas prévu pour l’exposition en caméra en raison de sa faible sensibilité à la lumière11. Il s’agissait d’un matériel de reproduction destiné en premier lieu à fournir des images positives directes sur papier à partir de diapositives en couleurs. Sur le marché concurrentiel de la photographie couleur de l’après-guerre, ce procédé sera couronné de succès, notamment parce que ses couleurs s’estompaient plus lentement que celles des papiers chromogènes commercialisés par Eastman Kodak et Agfa à partir du milieu des années 193012. Pour cela cependant, d’autres composants matériels et, par conséquent, d’autres produits chimiques liquides étaient nécessaires et devaient, à Marly, être étudiés, synthétisés, testés, améliorés, brevetés et en partie produits.

  • 13 Paul Erni, « Memorandum über die Massnahmen zur sofortigen Sanierung der Tellko », 7 février 1961, (...)
  • 14 Suter & Suter, « Planung und Ausführung der Bauten », in Ciba Photochemie AG (dir.), Forschungszent (...)
  • 15 Paul Torche, « CIBA Photochimie et l’Économie fribourgeoise », in Forschungszentrum Marly, op. cit.(...)
  • 16 Ibidem.
  • 17 Robert Käppeli, « Es war auf kurze Zeit geborgt », CIBA Blaetter, no 174, 1961, p. 21.

8L’environnement de Marly revêtait à cet égard une double importance pour Ciba. D’un côté, il constituait une ressource matérielle pour la recherche et la production photochimiques en matière « d’eau, d’air et de terrain13 ». De l’autre, il s’agissait d’un « paysage charmant » auquel le nouveau complexe ne porterait pas atteinte, selon le bureau d’architectes bâlois Suter & Suter, responsable du projet, en « renonçant à l’extravagance, aux constructions particulièrement hautes » et en « accentuant la simplicité des formes et des couleurs »14. En soulignant à plusieurs reprises son respect pour ce paysage, Ciba se présentait comme une entreprise industrielle respectueuse de l’environnement. Mais elle souhaitait également dissiper la crainte, identifiée par un conseiller aux États conservateur, que son implantation dans le canton rural de Fribourg puisse constituer « une sorte de colonialisme économique15 », même si l’homme politique considérait pour sa part cette crainte comme infondée. De son point de vue en effet, c’était une chance pour le canton romand « que, dans une Suisse alémanique devenue surindustrialisée, des entreprises importantes se tournent vers la Romandie pour assurer leur développement16 ». Dans les années 1960, l’industrie elle-même a de plus en plus pris part à ce discours contre la surindustrialisation, aux côtés de la sphère politique, des mouvements environnementaux et des médias. La pollution grandissante des eaux suisses, liée à la croissance économique de l’après-guerre, menaçait non seulement la réputation des entreprises industrielles, mais aussi leur accès facile à l’eau comme ressource de production. À partir du début des années 1960, Ciba s’était montrée de plus en plus active dans la protection des eaux, notamment parce que son président, co-initiateur de la Fondation de l’économie pour la promotion de la protection des eaux en Suisse créée en 1962, voulait éviter, comme il l’avait formulé l’année précédente, d’être « obligé de fermer des complexes industriels entiers pour des raisons d’hygiène, voire pour assurer l’existence de plus grandes agglomérations en général17 ».

Analyser, séparer et mélanger les eaux usées industrielles

  • 18 M. Kiss, « Abwasserbehandlung im Forschungszentrum Marly der Firma CIBA Photochemie A.G. », VSA-Ver (...)

9Dans ce contexte, la construction de la station de traitement des eaux usées de Marly mentionnée plus haut a permis à Ciba de témoigner d’une prise de conscience plus aiguë de son impact sur l’environnement. Il s’agissait de montrer qu’il était possible de mettre en place des mesures techniques contre cette pollution sans trop de dépenses. C’est également pour cette raison que l’installation de traitement des eaux usées faisait partie des éléments de l’usine de Marly photographiés par Ciba à la fin des années 1960. Sur la figure 1, l’installation est visible à gauche de l’image. Sur la figure 2, six vues de l’installation ainsi que des parties de ses bassins et de ses appareils sont montées sur une feuille de papier avec le titre « station d’épuration des eaux ». Au-dessus, on voit également une vue aérienne de la « station de filtrage des eaux », située à quelques kilomètres du site. C’est là que Ciba traitait l’eau prélevée non pas dans la Gérine, mais dans la Sarine, rivière plus abondante, pour l’utiliser à Marly. Les sept planches-contacts sont probablement basées sur les diapositives avec lesquelles les ingénieurs de Ciba, d’après l’article de journal cité plus haut, prouvèrent lors du congrès des spécialistes des eaux usées à Fribourg en 1967 qu’ils étaient parvenus à dépasser la « méthode malheureusement courante autrefois, consistant à ne planifier le traitement des eaux usées qu’après quelques années d’exploitation18 ». Un coup d’œil sur l’histoire de la conception et le fonctionnement de la station d’épuration permet de comprendre le rôle qu’y tenaient les liquides chimiques du procédé Cibachrome.

2. « Station de filtrage des eaux. Station d’épuration des eaux », site du centre de recherche Ciba Photochimie, Marly, circa 1967

2. « Station de filtrage des eaux. Station d’épuration des eaux », site du centre de recherche Ciba Photochimie, Marly, circa 1967

Tirages Cibachrome, 9,8 × 12,4 cm et formats variés (environ 6 × 6 cm sur papier A4 29,7 × 21 cm). Marly, Archives de l’Association Cibachrome.

© DigiCenter, ETH Zurich

  • 19 E. Märki et O. Jaag à M. Kiss, 11 juillet 1966, CIBA Photochemie AG., Bâle. Marly installation de r (...)
  • 20 À propos de l’Eawag dans les années 1960, voir D. Gugerli, « ‹ Wir wollen nicht im Trüben fischen › (...)
  • 21 Sur l’histoire juridique de la protection des eaux en Suisse, voir Werner Bussmann, Gewässerschutz (...)
  • 22 Ciba Photochemie AG à O. Jaag et E. Märki, 11 juillet 1966, CIBA Photochemie AG., Bâle. Marly insta (...)

10Ciba n’imagina pas sa station d’épuration à Marly toute seule. En 1966, l’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux (Eawag selon son acronyme allemand) recommanda aux autorités du canton de Fribourg d’autoriser la construction de l’installation19. Fondé en 1946 et lié à l’École polytechnique fédérale de Zurich, l’Eawag a contribué dans les années 1960, grâce à des fonds de la Confédération et de l’industrie, à un mode de réglementation des poisons par des normes et des valeurs limites étendu en Suisse comme ailleurs20. En tant qu’institut de conseil et de recherche scientifique et technique, l’Eawag participa à l’élaboration des « Directives applicables au déversement des eaux résiduaires », reprises dans le droit fédéral en 1966, et dont le fondement avait été posé par la loi fédérale sur la protection des eaux contre la pollution adoptée en 195521. Ciba était satisfaite de l’« expertise approfondie22 » de l’Eawag sur son projet d’installation à Marly, dans la mesure où elle acceptait un principe de traitement des eaux usées qui lui coûtait un minimum de frais.

  • 23 M. Kiss, « Abwasserbehandlung im Forschungszentrum Marly », art. cité, p. 3.

11La stratégie de réseaux de canalisation séparés pour les différents types d’eaux usées joua un rôle central à cet égard. Moins il y avait d’eaux usées qui arrivaient à la station de traitement, plus les bassins pouvaient être petits. Plus la toxicité des eaux usées qui y étaient acheminées était faible, plus les méthodes de traitement pouvaient être simples et moins la consommation de produits de traitement était importante. Avec l’accord de l’Eawag, des réseaux distincts furent donc mis en place à Marly : les eaux usées domestiques s’écoulaient dans la Gérine sans aucun traitement jusqu’à la construction d’une station d’épuration biologique cofinancée par la commune de Marly au milieu des années 1970 ; un réseau pour les eaux de refroidissement, de rinçage et de pluie, considérées comme non polluées, arrivait aussi directement dans la Gérine ; un réseau pour les eaux industrielles courantes des laboratoires de recherche, considérées comme polluées, passait d’abord par le bassin de séparation des huiles et des solvants, le bassin de mélange et le bassin de neutralisation de l’installation de la figure 2, avant que Ciba ne les déverse dans la Gérine (juste avant sa confluence avec la Sarine). Il y avait enfin un quatrième réseau pour les « eaux usées industrielles fortement polluées », à savoir celles provenant des « bains des machines de développement » pour les matériaux Cibachrome23. Les ingénieurs de Ciba évaluaient à 5 mètres cubes maximum la quantité journalière de ce type d’eaux usées, tandis qu’ils estimaient qu’il y avait plus de cent fois plus d’eaux de refroidissement et de rinçage (« non polluées ») et cinquante fois plus d’eaux industrielles (« polluées ») par heure. Ce qui était considéré comme typique de l’industrie photochimique dans son ensemble était donc valable à Marly : une grande quantité d’eau pure était nécessaire pour la production et la recherche, mais seule une petite partie de celle-ci posait réellement problème après son utilisation.

  • 24 Ibidem.

12Selon les ingénieurs, le problème des « eaux résiduaires couleur » (nom donné en interne au mélange des bains usés) reposait principalement sur leur forte concentration en cuivre, c’est-à-dire leur teneur en métaux lourds. Même diluées avec le reste des eaux usées industrielles, la concentration en cuivre dépassait la valeur limite autorisée pour un rejet dans un cours d’eau. Une « dépollution » s’avérait donc nécessaire et Ciba envoyait pour cela les eaux résiduaires couleur dans les bassins de décantation situés dans la station d’épuration, comme le montre la figure 324. À la fin de cette épuration, le cuivre et les autres matières solides pouvaient être filtrés et incinérés sous forme de boues. L’eau restante était ensuite diluée avec le reste des eaux usées industrielles dans le bassin de mélange de la station.

3. Bassins de décantation pour les « eaux résiduaires couleur » sur le site du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, circa 1967

3. Bassins de décantation pour les « eaux résiduaires couleur » sur le site du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, circa 1967

Diapositive chromogène, 5,8 × 6,1 cm. Marly, Archives de l’Association Cibachrome.

© DigiCenter, ETH Zurich

  • 25 Martin Forter, Farbenspiel. Ein Jahrhundert Umweltnutzung durch die Basler chemische Industrie, Zur (...)
  • 26 M. Schellenberg, « Zwischenbericht über Versuche zur Colorabwasserbehandlung », 15 octobre 1964, p. (...)
  • 27 M. Kiss, « Abwasserbehandlung im Forschungszentrum Marly », art. cité, p. 3.
  • 28 R. Böhlen, « Kontroll-Analysen des Abwassers », 9 mars 1967, p. 1, Archives de l’Association Cibach (...)

13La dépollution fut un succès parce que l’eau restante réussit le « test du poisson », c’est-à-dire que les poissons des aquariums dans lesquels les chimistes de Ciba introduisirent cette eau lors de leurs essais pilotes restèrent en vie. Comme l’a montré l’historien Martin Forter, Ciba avait utilisé de tels tests sur les poissons (répandus mais controversés) à son siège de Bâle depuis le début des années 1950, afin de montrer aux autorités qu’elle s’efforçait de faire analyser ses eaux usées25. À Marly comme à Bâle, les chimistes en charge étaient conscients que l’absence de dommages à court terme sur les poissons ne donnait que peu d’indications sur l’effet à long terme des eaux usées. Mais comme ils estimaient que les « symptômes d’intoxication chronique » étaient « difficiles à détecter de façon expérimentale », les tests d’« intoxication aiguë des poissons » suffirent à déclarer la décontamination des eaux résiduaires couleur réussie – même du point de vue de l’Eawag26. De cette façon, Ciba put à nouveau économiser sur les coûts et, dans une première étape de construction, « renoncer à un grand bassin de floculation et de décantation pour l’ensemble des eaux usées industrielles27 ». Les aquariums de la figure 4, destinés aux tests sur les truites arc-en-ciel à remplacer chaque semaine, furent également utilisés à la fin des années 1960 pour le contrôle final des eaux usées industrielles dans la station construite. De plus, une autre série de mesures (comme celles du pH, de la conductivité, du potentiel d’oxydoréduction et de la couleur des eaux usées) devaient garantir que « les limites supérieures et inférieures ne soient pas dépassées28 ». Les eaux usées produites à Marly étaient donc toxiques principalement à cause des liquides chimiques du procédé Cibachrome, ce que les ingénieurs de Ciba Photochimie ne passaient pas sous silence lors de leurs interventions publiques dans les années 1960. Mais cette toxicité put être réduite grâce à des techniques appropriées, de telle sorte qu’elle ne dépassait pas les valeurs limites en vigueur ou qu’elle ne tua pas directement les poissons et n’entraîna donc pas une hécatombe dans les rivières environnantes.

4. Aquariums pour tester la toxicité des eaux usées pour des poissons sur le site du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, circa 1967

4. Aquariums pour tester la toxicité des eaux usées pour des poissons sur le site du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, circa 1967

Diapositive chromogène, 6,1 × 6,1 cm. Marly, Archives de l’Association Cibachrome.

© DigiCenter, ETH Zurich

Développer et blanchir l’argent

  • 29 Ernst Schumacher, « Aufgaben, Struktur und Ziele des Forschungszentrums Marly », in Ciba Photochemi (...)
  • 30 Ibidem.
  • 31 Voir sur ce point (également pour la photographie numérique) Dawn Wilson, « Invisible Images and In (...)

14Mais d’où provenait le métal lourd des eaux usées du Cibachrome ? La figure 5 montre l’une des sources de ces eaux usées : une « machine de développement pour matériaux de tests photographiques couleur », comme l’indique la légende correspondante dans le fonds des architectes responsables du centre de recherche de Marly. Sous le titre plus tortueux de « Machine de traitement entièrement automatique pour la production d’images de tests pour le contrôle de prototypes (construction propre) », un détail de la même image fut également publié dans le portrait du centre de recherche paru en 1968 dans la Schweizerische Handelszeitung. Ce titre indique que la machine implantée à Marly n’était pas seulement chargée du « développement » des tirages Cibachrome, c’est-à-dire de la réduction des cristaux d’halogénure d’argent exposés en images argentiques dans les trois couches d’émulsion, mais de son « traitement »29. On préférait ce terme, car il permettait d’englober les étapes de la production d’images qui dépassaient le stade du développement. Cela incluait notamment la transformation des images argentiques en images couleur et « le ‹ fixage ›, c’est-à-dire l’élimination de l’assemblage des couches de tous les produits chimiques non nécessaires à la formation de l’image et potentiellement mal conservés30 ». Avec les bains d’arrêt, de lavage et de stabilisation prévus dans le processus, la machine de traitement des années 1960 plongeait le matériau SDB dans dix bains – six bains chimiques et quatre bains de lavage –, jusqu’à ce qu’une image stable et colorée y apparaisse après un total d’environ 45 minutes. Ce qui est déjà vrai pour la photographie argentique en noir et blanc l’est encore plus pour la photographie argentique en couleurs : la production de l’image photographique est un processus constitué de plusieurs étapes31. Si, sur la figure 5, ce ne sont pas dix mais presque le double de bains qui sont alignés, c’est parce qu’à chaque étape, différentes traitements chimiques furent testés. Et c’est précisément lors de tests de ce type qu’étaient produites, outre de grandes quantités d’eau de rinçage usée, ce qui a été baptisé à Marly les « eaux résiduaires couleur ».

5. Ludwig Bernauer, machine pour tester des émulsions et de la chimie de traitement photographique, Marly, juin 1968

5. Ludwig Bernauer, machine pour tester des émulsions et de la chimie de traitement photographique, Marly, juin 1968

Tirage argentique, 20,8 × 28,9 cm. Bâle, Schweizerisches Wirtschaftsarchiv.

© Digitalisierungszentrum, Université de Bâle

  • 32 R. von Wartburg, « Neuer Durchbruch in der Farbphotographie », art. cité, p. 34.
  • 33 Armin Meyer, « Some Features of the Silver-Dye Bleach Process », Journal of Photographic Science, v (...)

15La forte concentration en cuivre de ces eaux usées était due au fait que les images argentiques développées étaient indésirables à la fin du traitement SDB, tout comme lors du traitement chromogène des matériaux de la concurrence. Dans les deux cas, les images développées n’étaient qu’un moyen de parvenir à une fin : lors du traitement chromogène, elles servaient (en combinaison avec d’autres substances) à construire les colorants ajoutés aux produits chimiques liquides aux endroits où les images argentiques s’étaient formées sous l’action de la lumière et du révélateur. Lors du traitement SDB, l’argent métallique (également en combinaison avec d’autres substances) était chargé de décomposer – ou de blanchir – les colorants incorporés dans les couches d’émulsion aux endroits correspondants. Mais comme l’image colorée formée par les quantités de colorants bleu-vert, pourpre et jaune restantes ne pouvait « pas encore être reconnue en raison de l’excédent d’argent », les images métalliques argentées devaient être éliminées32. Contrairement aux procédés chromogènes, ce ne sont pas des sels de fer, mais des sels de cuivre qui étaient mélangés dans le bain chimique utilisé pour le traitement SDB dans les années 1960, et ce jusqu’au début des années 1970. Selon un chimiste de Ciba, cela était dû au fait que l’argent en excès dans les matériaux SDB était en partie présent sous une forme « à laquelle il était difficile de s’attaquer, ce qui explique qu’une oxydation complète ne se produit pas dans un bain doux de sels de fer complexes33 ». Pour être précis, ce n’était donc pas l’eau usée du bain de développement que les ingénieurs de Ciba classaient comme particulièrement toxique lors de leurs interventions publiques dans les années 1960, mais l’eau usée du bain qui devait éliminer l’argent métallique indésirable pour l’image couleur et qui, dans le matériau SDB, se fixait de manière particulièrement tenace dans les couches d’émulsion.

  • 34 H. Mayer, « Abwasserplanung Werk Fribourg und Marly », 1er septembre 1971, p. 4, Archives d’entrepr (...)
  • 35 Ibid., p. 2.

16Cependant, les machines de traitement Cibachrome n’étaient pas seulement actives dans le nouveau centre de recherche de Marly. En 1971, environ un an après la fusion de Ciba avec Geigy, une autre entreprise chimique bâloise, un rapport interne concluait que la qualité des eaux usées obtenue à Marly, hormis l’absence de dégradation biologique des impuretés organiques, « répondait en principe aux normes légales34 ». La situation était très différente sur l’ancien site de Tellko dans la ville de Fribourg. C’est là que Ciba Photochimie, et après elle Ciba-Geigy Photochimie, produisait ses matériaux SDB et en contrôlait également la qualité dans des machines de traitement, et ce jusqu’en 1973, date à laquelle un nouveau bâtiment de production construit sur le site de Marly fut mis en service. À Fribourg, selon l’avis de l’ingénieur de Ciba-Geigy au début des années 1970, les eaux usées toxiques se retrouvaient sans traitement dans les canalisations, y provoquaient des dégâts de corrosion et, en raison de leur teneur en métaux lourds, « frein[ai]ent, voire empêch[ai]ent » les processus d’épuration biologiques dans la station d’épuration municipale ouverte à la fin des années 196035. En plus du traitement des eaux de rinçage des machines de transformation, qui n’étaient plus considérées comme non toxiques dans les installations de neutralisation simples existantes à Fribourg, l’ingénieur recommanda de collecter les eaux résiduaires couleur dans des conteneurs séparés et de les transporter à l’usine de Marly pour y être décontaminées. C’est aussi pour cette raison que la station de dépollution de Marly, de plus en plus sollicitée, dut être agrandie dès le début des années 1970.

Eaux usées décentralisées par‑delà la recherche et la production

  • 36 Paul Erni, « Cilchrome-Print in der Praxis », CIBA Blaetter, vol. 199, 1965, pp. 14‑17. Ce n’est qu (...)

17Même si le problème des eaux usées pouvait en principe être maîtrisé par des investissements dans des techniques de traitement sur les lieux de recherche et de production, il n’était pas encore résolu sur les lieux d’utilisation finale des matériaux Cibachrome. La commercialisation du Cilchrome-Print en Suisse à partir de 1964 était encore liée à l’espoir de desservir également le marché des amateurs. Dès 1965, la direction conclut néanmoins « que le Cilchrome-Print est un matériel qui doit être mis entre les mains d’un spécialiste – laboratoire ou photographe – et qu’il ne peut guère être destiné pour l’instant à une diffusion massive pour la photographie amateur36 ». Cette décision s’accompagna de celle de confier le contrôle des eaux résiduaires couleur à des usagers professionnels, qu’ils soient photographes eux-mêmes ou qu’il s’agisse de laboratoires photographiques sélectionnés, comme la société suisse Turicop AG. Ciba recommanda cette dernière à ces clients à la fin des années 1960 pour le traitement du papier, notamment à travers un tirage Cibachrome représentant un paysage de forêt et d’eau légèrement enneigé (fig. 6). Les photographes et les laboratoires devinrent ainsi des clients non seulement du matériel photosensible, mais aussi des liquides chimiques de traitement et des machines de traitement.

6. Publicité pour l’impression Cibachrome et le laboratoire Turicop, certifié pour son traitement, circa 1967‑1970

6. Publicité pour l’impression Cibachrome et le laboratoire Turicop, certifié pour son traitement, circa 1967‑1970

Tirage Cibachrome, 24,6 × 19,7 cm. Bâle, Archives de la Firme Novartis.

  • 37 Robert Nowak et René Zemp, « Processing of Cibachrome-Print material », in Carl H. Strandberg (dir. (...)
  • 38 Ibid., p. 282.

18Des conférences et des brochures publiées dans ce contexte abordèrent le thème de la toxicité des produits chimiques Cibachrome. Dans un mode d’emploi pour la production de photographies aériennes en couleurs à la fin des années 1960, Ciba ne mettait pas seulement en garde contre la préparation et l’utilisation des bains chimiques qui, à la différence des bains chromogènes, étaient très acides. Elle conseillait également de traiter les bains usagés avant de les jeter. La procédure proposée à cet effet était similaire à celle suivie à Marly : collecte des bains chimiques dans un récipient séparé ; neutralisation du liquide et précipitation du cuivre ; élimination des boues cuprifères ainsi produites ; rejet du liquide restant (éventuellement neutralisé à nouveau) dans les canalisations37. Ce n’est pas seulement la préparation de la chimie de traitement liquide, mais aussi la préparation de son élimination qui devait se faire avec des gants et des lunettes de protection et qui était liée à des risques de brûlures chimiques38. Mais en fin de compte, le message était que ni les risques pour l’environnement ni ceux pour la santé ne posaient problème si les photographes et les laboratoires photographiques suivaient les directives de Ciba. La question de savoir si la dépollution des eaux usées était réussie relevait avant tout du respect des valeurs limites fixées au niveau local.

  • 39 Heinz Meckl, « Fotografie und Umweltschutz », Chimia, vol. 30, no 12, 1976, p. 553.
  • 40 Kodak Société Anonyme, Le Traitement des eaux résiduaires résultant des procédés photographiques. U (...)

19Dans les années 1970, l’industrie photographique a toutefois pris conscience que ces limites et le contrôle de leur respect allaient continuer à se durcir, ce qui risquait de créer des problèmes durables pour les clients de ses matériaux et produits chimiques. Pour un chimiste de l’entreprise belgo-allemande Agfa-Gevaert, les eaux usées des clients constituaient même la principale raison pour laquelle l’industrie photographique était « impliquée dans les grandes questions de protection de l’environnement », parce que ces eaux « affluent de sources petites et minuscules, réparties en grand nombre sur toute la planète » et qu’elles étaient donc confrontées à « une multitude de réglementations locales, régionales et nationales »39. Des publications adaptées aux législations locales, comme la brochure de la filiale suisse de Kodak sur Le Traitement des eaux résiduaires résultant des procédés photographiques (fig. 7), approuvée en 1973 par l’Office fédéral pour la protection de l’environnement, créé deux ans plus tôt, réagirent à cette situation. Elles devaient servir à apaiser les craintes des laboratoires professionnels concernant les coûts élevés du traitement des eaux usées « de se trouver bientôt aux prises avec des problèmes insolubles40 ». La méthode d’épuration des eaux usées photographiques proposée dans la brochure et l’appareil Kodak de récupération d’argent des bains de fixage qui y était promu se présentaient, comme l’indique le sous-titre de la publication, comme une « contribution à la protection de l’environnement », ce qui ici aussi désignait avant tout le respect des valeurs limites des eaux usées.

7. Kodak Société Anonyme, « Le traitement des eaux résiduaires résultant des procédés photographiques. Une contribution à la protection de l’environnement », Lausanne, 1973

7. Kodak Société Anonyme, « Le traitement des eaux résiduaires résultant des procédés photographiques. Une contribution à la protection de l’environnement », Lausanne, 1973
  • 41 Ch. Chylewski, « Beschreibung des Projektes “Beiträge zum Process Engineering der photographischen (...)

20Pour un chercheur de Ciba-Geigy, de même, le problème de la gestion écologique et économique de la chimie de traitement de plus en plus complexe de la photographie couleur dans les années 1970 représentait un « problème vital pour toute l’industrie photographique », qui ne pouvait pas être « résolu par la seule usine de traitement ». Le problème exigeait « une percée technologique pour laquelle seul le fabricant de matériaux possédait les capacités et les compétences nécessaires ». En effet, une consommation excessive de produits chimiques n’était pas seulement « non rentable », mais également incompatible avec les « exigences de la protection de l’environnement »41. À l’inverse, une consommation trop faible de produits chimiques risquait de produire des images de mauvaise qualité. Au centre de recherche de Marly aussi, l’extension des directives sur les eaux usées imposa l’idée que la commercialisation décentralisée des systèmes photographiques à l’halogénure d’argent devait désormais inclure, outre le matériau photosensible et les produits chimiques de traitement adaptés, des techniques de traitement ou de réduction des eaux usées.

21Au cours des décennies suivantes, la constellation de fabricants de systèmes photographiques, de laboratoires photo, d’experts en eaux usées et d’autorités de protection de l’environnement mise en lumière ici a continué à marquer le développement et la commercialisation des techniques de traitement photographiques bien au-delà du Cibachrome et de la Suisse. Elle mérite dès lors davantage d’attention de la part de l’histoire de la photographie, du moins lorsque celle-ci ne s’intéresse pas seulement à la fabrication des matériaux photosensibles et des clichés, mais aussi aux conditions économiques et écologiques dans lesquelles les images photographiques sont produites après exposition.

Je remercie l’Association Cibachrome Marly et en particulier Rita Hofmann, ainsi que Florence Wicker des archives Novartis pour leur aide dans mes recherches, les éditrices de ce numéro, Estelle Blaschke, Karena Weduwen, Nina Schneider et Olivier Lugon pour leurs précieux commentaires sur le texte, ainsi que Regina Wanger et Roman Jehli du DigiCenter de l’ETH Zurich pour une partie des documents numérisés. Le travail lié à cet article a été cofinancé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

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Notes

1 « Die schweizerischen Abwasserfachleute tagten in Freiburg », Freiburger Nachrichten, 17 juin 1967, p. 20.

2 Voir par exemple Sylvie Pénichon, Twentieth Century Colour Photographs. The Complete Guide to Processes, Identification & Preservation, Londres, Thames & Hudson, 2013, p. 217.

3 « Die schweizerischen Abwasserfachleute tagten in Freiburg », art. cité, p. 20.

4 Voir notamment Boaz Levin, Esther Ruelfs et Tulga Beyerle (dir.), Mining Photography. The Ecological Footprint of Image Production, Leipzig, Spector Books, 2022 ; Siobhan Angus, « Mining the History of Photography », in Kevin P. Coleman et Daniel James (dir.), Capitalism and the Camera. Essays on Photography and Extraction, Londres/New York, Verso, 2021, pp. 55‑73.

5 Au sujet de la situation internationale, voir Sara Fernandez, « Gouverner les eaux depuis 1945. Internationalisation et intensification des flux de capitaux, de techniques et de modèles », in Dominique Pestre (dir.), Le Gouvernement des technosciences, Paris, La Découverte, 2014, pp. 203-230. Pour ce qui concerne la Suisse, voir David Gugerli, « ‹ Wir wollen nicht im Trüben fischen › ». Gewässerschutz als Konvergenz von Bundespolitik, Expertenwissen und Sportfischerei (1950-72) », Schweizer Ingenieur und Architekt, vol. 118, no 13, 2000, pp. 281-287.

6 Armin Meyer, « Die Aktivität der CIBA auf dem Gebiete der Photochemie », 28 août 1963, p. 4, Archives de l’entreprise Novartis AG : fonds Ciba, Vf 12.01.7. Sur l’histoire du procédé de blanchiment des couleurs à l’argent, voir Gert Koshofer, Farbfotografie. Band 1: Alte Verfahren, Munich, Laterna magica, 1981, pp. 157-177.

7 Robert Käppeli, « CIBA Photochemie », 21 octobre 1963, p. 1, Archives de l’entreprise Novartis AG : fonds Ciba, dossiers Dr. P. Erni, Vg 1.10.2.

8 Joseph E. Duffy, « The Spectrum of CIBA Photochemical », CIBA Journal, vol. 29, 1964, p. 8.

9 Sur la stratégie d’Eastman Kodak, voir Reese V. Jenkins, Images and Enterprise. Technology and the American Photographic Industry, 1839 to 1925, Baltimore/Londres, Johns Hopkins University Press, 1975, pp. 300-330.

10 René von Wartburg, « Neuer Durchbruch in der Farbphotographie », Camera, vol. 44, no 3, 1964, pp. 31-41.

11 Pour une liste des produits SDB développés à Marly au cours des décennies suivantes et appelés Ilfochrome à partir du début des années 1990, voir Suk Fong Chun, Rita Hofmann-Sievert et Sanneke Stigter, « Definite Identifiers of Silver Dye Bleach Prints », Heritage, vol. 6, no 1, 2023, pp. 40-42.

12 Sur l’histoire technique des procédés chromogéniques, voir notamment Jack H. Coote, The Illustrated History of Color Photography, Surrey, Fountain Press, 1993, pp. 134-171.

13 Paul Erni, « Memorandum über die Massnahmen zur sofortigen Sanierung der Tellko », 7 février 1961, p. 13, Archives de l’entreprise Novartis AG : fonds Ciba, dossiers Dr. P. Erni, Vg 1.10.2.

14 Suter & Suter, « Planung und Ausführung der Bauten », in Ciba Photochemie AG (dir.), Forschungszentrum Marly. CIBA Photochemie AG, Fribourg. Separatdruck aus der Schweizerischen Handelszeitung. SHZ Nr. 24/1968, Fribourg, CIBA Photochemie AG, 1968, p. 15.

15 Paul Torche, « CIBA Photochimie et l’Économie fribourgeoise », in Forschungszentrum Marly, op. cit., p. 11.

16 Ibidem.

17 Robert Käppeli, « Es war auf kurze Zeit geborgt », CIBA Blaetter, no 174, 1961, p. 21.

18 M. Kiss, « Abwasserbehandlung im Forschungszentrum Marly der Firma CIBA Photochemie A.G. », VSA-Verbands-Bericht, vol. 94, no 2, 1967, p. 2.

19 E. Märki et O. Jaag à M. Kiss, 11 juillet 1966, CIBA Photochemie AG., Bâle. Marly installation de recherche ; traitement des eaux usées, Eawag Report 3389.

20 À propos de l’Eawag dans les années 1960, voir D. Gugerli, « ‹ Wir wollen nicht im Trüben fischen › », art. cité, pp. 284-285. Sur la gouvernance par les valeurs limites, voir Soraya Boudia et Nathalie Jas, « Gouverner un monde contaminé. Les risques techniques, sanitaires et environnementaux », in Christophe Bonneuil et Dominique Pestre (dir.), Histoire des sciences et des savoirs. Le siècle des technosciences, t. 3, Paris, Seuil, 2015, pp. 381‑397.

21 Sur l’histoire juridique de la protection des eaux en Suisse, voir Werner Bussmann, Gewässerschutz und kooperativer Föderalismus in der Schweiz, Berne/Stuttgart, Haupt, 1981.

22 Ciba Photochemie AG à O. Jaag et E. Märki, 11 juillet 1966, CIBA Photochemie AG., Bâle. Marly installation de recherche ; traitement des eaux usées, Eawag Report 3389.

23 M. Kiss, « Abwasserbehandlung im Forschungszentrum Marly », art. cité, p. 3.

24 Ibidem.

25 Martin Forter, Farbenspiel. Ein Jahrhundert Umweltnutzung durch die Basler chemische Industrie, Zurich, Chronos, pp. 104-112.

26 M. Schellenberg, « Zwischenbericht über Versuche zur Colorabwasserbehandlung », 15 octobre 1964, p. 5, CIBA Photochemie AG, Bâle. Marly installation de recherche ; traitement des eaux usées, Eawag Report 3389.

27 M. Kiss, « Abwasserbehandlung im Forschungszentrum Marly », art. cité, p. 3.

28 R. Böhlen, « Kontroll-Analysen des Abwassers », 9 mars 1967, p. 1, Archives de l’Association Cibachrome, Marly, Rapports I, janvier-juillet 1967.

29 Ernst Schumacher, « Aufgaben, Struktur und Ziele des Forschungszentrums Marly », in Ciba Photochemie AG, Forschungszentrum Marly, op. cit., p. 5.

30 Ibidem.

31 Voir sur ce point (également pour la photographie numérique) Dawn Wilson, « Invisible Images and Indeterminacy. Why We Need a Multistage Account of Photography », Journal of Aesthetics and Art Criticism, vol. 79, no 2, 2021, pp. 161-174.

32 R. von Wartburg, « Neuer Durchbruch in der Farbphotographie », art. cité, p. 34.

33 Armin Meyer, « Some Features of the Silver-Dye Bleach Process », Journal of Photographic Science, vol. 13, no 2, janvier 1965, p. 91.

34 H. Mayer, « Abwasserplanung Werk Fribourg und Marly », 1er septembre 1971, p. 4, Archives d’entreprise Novartis AG, Fonds Ciba-Geigy, IF 5.03, 5.04.

35 Ibid., p. 2.

36 Paul Erni, « Cilchrome-Print in der Praxis », CIBA Blaetter, vol. 199, 1965, pp. 14‑17. Ce n’est qu’à partir de 1974 que le marché des amateurs est à nouveau envisagé (avec succès pendant quelques années) avec le système Cibachrome-A. Voir S. F. Chun, R. Hofmann-Sievert et S. Stigter, « Definite Identifiers of Silver Dye Bleach Prints », art. cité, p. 41.

37 Robert Nowak et René Zemp, « Processing of Cibachrome-Print material », in Carl H. Strandberg (dir.), Manual of Color Aerial Photography, Falls Church, VA, American Society of Photogrammetry, 1968, pp. 273f, 282.

38 Ibid., p. 282.

39 Heinz Meckl, « Fotografie und Umweltschutz », Chimia, vol. 30, no 12, 1976, p. 553.

40 Kodak Société Anonyme, Le Traitement des eaux résiduaires résultant des procédés photographiques. Une contribution à la protection de l’environnement, Lausanne, Kodak, 1973, p. 4.

41 Ch. Chylewski, « Beschreibung des Projektes “Beiträge zum Process Engineering der photographischen Verarbeitung” », in Forschungsprogramm Exploratory Research Marly 1972, 1971, p. 50, Archives d’entreprise Novartis AG : fonds Ciba-Geigy, FO 4.05.

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Table des illustrations

Titre 1. Vue aérienne du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, 18 juin 1968
Légende Tirage Cibachrome, 24,9 × 23,6 cm. Marly, Archives de l’Association Cibachrome.
Crédits © DigiCenter, ETH Zurich
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 611k
Titre 2. « Station de filtrage des eaux. Station d’épuration des eaux », site du centre de recherche Ciba Photochimie, Marly, circa 1967
Légende Tirages Cibachrome, 9,8 × 12,4 cm et formats variés (environ 6 × 6 cm sur papier A4 29,7 × 21 cm). Marly, Archives de l’Association Cibachrome.
Crédits © DigiCenter, ETH Zurich
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 569k
Titre 3. Bassins de décantation pour les « eaux résiduaires couleur » sur le site du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, circa 1967
Légende Diapositive chromogène, 5,8 × 6,1 cm. Marly, Archives de l’Association Cibachrome.
Crédits © DigiCenter, ETH Zurich
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 440k
Titre 4. Aquariums pour tester la toxicité des eaux usées pour des poissons sur le site du centre de recherche de Ciba Photochimie, Marly, circa 1967
Légende Diapositive chromogène, 6,1 × 6,1 cm. Marly, Archives de l’Association Cibachrome.
Crédits © DigiCenter, ETH Zurich
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 338k
Titre 5. Ludwig Bernauer, machine pour tester des émulsions et de la chimie de traitement photographique, Marly, juin 1968
Légende Tirage argentique, 20,8 × 28,9 cm. Bâle, Schweizerisches Wirtschaftsarchiv.
Crédits © Digitalisierungszentrum, Université de Bâle
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 484k
Titre 6. Publicité pour l’impression Cibachrome et le laboratoire Turicop, certifié pour son traitement, circa 1967‑1970
Légende Tirage Cibachrome, 24,6 × 19,7 cm. Bâle, Archives de la Firme Novartis.
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 802k
Titre 7. Kodak Société Anonyme, « Le traitement des eaux résiduaires résultant des procédés photographiques. Une contribution à la protection de l’environnement », Lausanne, 1973
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1352/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 754k
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Pour citer cet article

Référence papier

Stephan Graf, « Du Cibachrome relativement toxique. Eaux usées de la photographie et production d’images en couleurs », Transbordeur, 8 | 2024, 66-77.

Référence électronique

Stephan Graf, « Du Cibachrome relativement toxique. Eaux usées de la photographie et production d’images en couleurs », Transbordeur [En ligne], 8 | 2024, mis en ligne le 15 février 2025, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transbordeur/1352 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12gxy

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Auteur

Stephan Graf

Stephan Graf étudie les relations entre les mondes du travail de l’industrie photographique et de la science au XXe siècle. Il effectue actuellement une thèse sur l’histoire de la recherche photographique au sein de la chaire de recherche scientifique de l’ETH Zurich, financée par le programme Doc.CH du FNS. D’août 2021 à janvier 2022, il a été Visiting Scholar au Photographic History Research Centre de la De Montfort University à Leicester.
Stephan Graf researches the relationship between the photographic industry and science during the 20th century. He is currently pursuing a dissertation project on the history of photographic research at the Chair of Science Studies at ETH Zurich, funded by the SNSF’s Doc.CH programme. From August 2021 to January 2022, he was Visiting Scholar at the Photographic History Research Centre at De Montfort University in Leicester.

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