La stéréoscopie dans les salles de classe. Le cas du stéréoscope Educa dans la France de l’entre‑deux‑guerres
Résumés
Durant les années 1920, la stéréoscopie fut utilisée en France, comme outil d’enseignement visuel, aux côtés de la projection de diapositives et de films fixes. Cette technique, permettant une vision en trois dimensions, impliquait une observation individuelle par les élèves, créant ainsi un véritable enjeu pour l’organisation en salle de classe. Or, si les formes projetées de la photographie pédagogique ont été récemment étudiées, la place de la stéréoscopie dans le champ de l’enseignement a été peu analysée. L’auteur comble ce manque en examinant l’influence des pratiques pédagogiques anglo-saxonnes sur l’usage de la stéréoscopie en France en milieu scolaire, et en retraçant l’histoire du stéréoscope Educa et de ses usages durant l’entre-deux-guerres. Outil simple contenant plus de cinq cents vues stéréoscopiques et le dispositif permettant de les visualiser, le stéréoscope Educa fut produit en série pour investir les salles de classe.
Entrées d’index
Mots-clés :
stéréoscopie, photographie pédagogique, enseignement visuel, collection, géographie, histoire des médiasKeywords:
stereoscopy, educational photography, visual education, collection, geography, media historyPlan
Haut de pageTexte intégral
- 1 Sur le film fixe, voir le numéro 41 de la revue Tréma dédié à ce thème, notamment Didier Nourrisson (...)
1Dans l’histoire des usages pédagogiques de la photographie, il est une série d’innovations qui a attiré récemment l’attention des historiens : la projection de diapositives, le film fixe ou le stéréoscope1. Parmi elles, cette dernière technologie joue un rôle paradoxal. Si les images en contexte scolaire supposent en tout état de cause une dimension collective du visionnage, le partage d’une réalité sensible devenue support de la transmission, la stéréoscopie, elle, ne produit qu’une expérience individuelle de la vision. On connaît en effet son principe théorisé et mis en pratique dans les années 1830 par Charles Wheatstone : elle permettait de produire, quel que soit le support physique de l’image, deux photographies du même sujet avec un léger décalage du point de vue. Par le visionnage simultané des deux images, on produisait une vision en trois dimensions. Encore fallait-il les placer à une courte distance des yeux et utiliser pour cela un dispositif binoculaire. Autant dire qu’une classe tout entière ne pouvait regarder en même temps à travers le stéréoscope, qui ne permettait donc qu’une appropriation individuelle des contenus. Mais qu’importe les efforts du maître pour créer l’unité du groupe : dans la France des années 1920, il semble qu’on ait préféré, pour construire les sujets de la nation, l’immersion dans les trois dimensions du territoire à tout autre impératif pédagogique. C’est que cet outil garantissait la force de projection immersive, une stimulation supérieure de l’imagination et, surtout, une pédagogie par l’aspect et la manipulation.
- 2 Jens Ruchatz, Licht und Wahrheit, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 2003.
- 3 Ibid., pp. 178-195.
- 4 Christel Taillibert, « L’usage mixte de l’image fixe et de l’image animée dans le domaine de l’ense (...)
- 5 Lire notamment Anne Quillien (dir.), Lumineuses projections ! La projection fixe éducative, cat. ex (...)
- 6 Kim Timby et Denis Pellerin (dir.), Paris en 3D. De la stéréoscopie à la réalité virtuelle, 1850-20 (...)
- 7 On peut néanmoins citer les travaux de Kim Timby et Denis Pellerin, notamment Kim Timby, « Color Ph (...)
2Les recherches récentes sur la photographie pédagogique ne démentent pas l’apport de la technique stéréoscopique utilisée sur verre ou sur tirage photographique. Cependant, ce média d’imagerie fixe d’enseignement reste peu étudié en comparaison de celui de l’image fixe projetée, comme on peut le constater dans la grande étude de Jens Ruchatz sur la projection photographique2. L’auteur y inclut une brève histoire de la photographie stéréoscopique, mêlée à celle de la projection d’images fixes et axée sur son développement dans les années 1850, jusqu’à son évolution vers le marché du matériel d’enseignement à partir de 18703. Mais Ruchatz reste centré sur les usages de la projection photographique, se questionnant en particulier sur son rapport avec la cinématographie naissante au début du XXe siècle en tant qu’outil d’enseignement visuel. Or, il ne voit pas dans leur concurrence le remplacement d’un média par un autre, mais fait plutôt le constat d’une cohabitation des usages. Un tel constat est partagé par d’autres chercheurs comme Christel Taillibert, qui montre comment les techniques d’images fixes ont continué d’être utilisées en parallèle du développement de l’image animée4. Ces recherches récentes sur les pratiques scolaires de l’image5 tendent toutes cependant à se concentrer sur les formes projetées de la photographie et négligent la stéréoscopie, dont les usages au XXe siècle demeurent mal connus. On se souvient que plus tôt, en octobre 2000, l’exposition « Paris en 3D » au musée Carnavalet avait été l’occasion pour les historiens de la photographie de faire la synthèse des différentes technologies de l’illusion du relief et de l’évolution de leurs usages, par l’intermédiaire d’un catalogue d’exposition de référence6. Cet ouvrage ne traitait toutefois pas de l’utilisation de la stéréoscopie appliquée à l’enseignement7.
- 8 François Brunet, La Photographie. Histoire et contre-histoire, Paris, PUF, 2017, pp. 104-125.
- 9 Brenton Malin, « Looking White and Middle-Class. Stereoscopic Imagery and Technology in the Early T (...)
- 10 Ibidem ; Meredith Bak, « Democracy and Discipline. Object Lessons and the Stereoscope in American E (...)
- 11 Leigh Gleason, Canvassed and Delivered. Direct Selling at Keystone View Company, 1898-1910, thèse d (...)
- 12 M. Bak, « Democracy and Discipline », art. cité., pp. 147-148.
- 13 Victoria Cain, « Seeing the world. Media and vision in US geography classrooms, 1890-1930 », Early (...)
3La lacune est en partie comblée pour le contexte américain, à propos duquel, dans La Photographie. Histoire et contre-histoire, François Brunet souligne l’évolution d’un usage récréatif à un usage pédagogique du médium8. La recherche anglo-saxonne nous renseigne donc mieux sur ces liens entre stéréoscopie et enseignement, fût-ce dans le cadre d’une histoire purement américaine des dispositifs pédagogiques utilisés entre les années 1890 et 1920. À ce propos, Brenton Malin reconnaît que l’âge d’or de la photographie stéréoscopique, de sa popularisation par le premier modèle de stéréoscope de David Brewster en 1849 à son désintérêt au début des années 1870, du fait de la concurrence des portraits carte-de-visite d’Eugène Disdéri, n’avait jamais intégré de dimension pédagogique. Mais il note aussi que cet argument de la pédagogie, ainsi que la notion de citoyenneté qui contribuait à la diffusion de la civilisation américaine, permit de réhabiliter une industrie du contenu photographique sur le déclin à la fin du XIXe siècle9. Bientôt, deux grandes sociétés éditrices de contenus stéréoscopiques dominèrent le marché américain grâce à un marketing innovant, Underwood & Underwood, fondée dans le Kansas dans les années 1880, et la Keystone View Company, créée dans les années 189010. Leigh Gleason a étudié récemment le modèle économique de Keystone, dont les images stéréoscopiques possédaient une valeur autant éducative que récréative, à travers l’analyse des techniques de vente agressives de la firme11. Quant aux éducateurs du début du XXe siècle, ils pensaient que le stéréoscope, qui permettait d’apprendre par les sens et non par les techniques de l’écrit et de la mémorisation, était idéal pour instruire les esprits malléables des élèves. Il s’insérait en effet dans le mouvement pédagogique américain de l’« object lesson », en vogue à la fin du XIXe siècle, et que l’on peut traduire par la « leçon de choses ». Le stéréoscope permettait d’observer, puis de communiquer ses observations à l’oral comme à l’écrit. Il fallait inculquer aux élèves la juste manière de lire et analyser une information visuelle12. D’un point de vue pratique, tant Underwood que Keystone conseillaient dans leurs manuels des séquences de visionnage des vues, un temps idéal d’observation par vue et des stratégies de circulation des stéréoscopes multiples en salle de classe pour optimiser la séance de visualisation collective et dégager des intervalles de prises de notes entre chaque observation. Cependant, l’utilisation d’un lot limité de stéréoscopes à main n’était pas idéale pour que l’enseignant puisse assurer facilement la discipline nécessaire à une observation collective et transmettre des capacités visuelles aux élèves de manière uniforme. Ce constat poussa Keystone à lancer une collection de 600 vues stéréoscopiques à projeter au tableau, quelques années après avoir commercialisé son célèbre « 600 set » composé de tirages photographiques contrecollés sur des planchettes cartonnées13. Pour les images désormais projetées, l’effet 3D était définitivement perdu.
4Si le terrain américain est en partie labouré, l’usage du stéréoscope en France, dans le cadre de l’enseignement par l’aspect, reste méconnu. Or un cas peut nous éclairer : celui de la borne stéréoscopique « Educa » à usage centralisé, utilisée dans l’enseignement élémentaire en France durant les années 1920 (fig. 1). À l’inverse du stéréoscope à main, ce modèle nécessitait une observation individuelle d’un élève après l’autre, ce qui rendait son usage tout aussi complexe lors d’une leçon en classe. Son exemple permet de rappeler l’importance du média stéréoscopique dans le champ de la photographie pédagogique, d’étudier comment un tel projet a pu être mis en place, de la conception industrielle à son déploiement dans les établissements scolaires, et de proposer quelques hypothèses sur les usages possibles de l’appareil dans les salles de classe.
Photographie et pédagogie
- 14 Armelle Sentilhes, « L’audiovisuel au service de l’enseignement. Projections lumineuses et cinéma s (...)
- 15 Ibid., p. 168.
- 16 Paul Berton, « L’enseignement par l’aspect à l’école primaire (musées technologiques et promenades (...)
- 17 Eugène Trutat, « Des projections », Paris-Photographe, no 11, 1893, p. 481. Concernant Trutat, voir (...)
5En France, l’utilisation des images fixes dans le cadre de l’enseignement scolaire date de la fin du XIXe siècle. Jules Ferry et Ferdinand Buisson créèrent en 1879 à Paris le Musée pédagogique, une institution dont les premières collections étaient issues de l’Exposition universelle de 1878 et dont la mission était entre autres la diffusion des innovations pédagogiques auprès de l’instruction primaire14. Les projections de la lanterne magique, qui bénéficiait désormais du caractère fidèle et descriptif de la photographie à même de transmettre une connaissance élémentaire, se développèrent dans le milieu scolaire à partir de 1880. En 1896, le Musée pédagogique se vit confier le prêt et la diffusion nationale des vues sur verre et la Société havraise d’enseignement par l’aspect se chargea notamment de fournir les premières vues au musée15. Cette pédagogie par l’image, désignée par l’expression « enseignement par les yeux » autant que « par l’aspect » par le photographe et auteur d’ouvrages sur la technique photographique Eugène Trutat en 1893, devint une véritable méthode d’instruction16. Les thématiques étaient catégorisées pour les matières pouvant tirer bénéfice d’un support visuel telles l’histoire, la géographie, les matières scientifiques et les sciences sociales. Dans son article de 1893 sur l’usage des projections dans les conférences et dans l’enseignement, publié à l’invitation de Paul Nadar, Trutat loue cette pédagogie par l’image, tout en questionnant ses limites sur un plan pratique : « l’emploi continu des projections empêche les élèves de prendre des notes par suite de l’obscurité dans laquelle ils sont plongés pendant que la lanterne fonctionne. Et ceci nous amène à poser d’ores et déjà cette question : faut-il, dans un cours, user de la lanterne sans interruption, un cours peut-il être entièrement fait en projections17 ? »
- 18 Voir M. Bak, « Democracy and Discipline », art. cité, pp. 147-167 ; voir aussi la grande étude d’An (...)
- 19 Sébastien-Akira Alix, « L’éducation américaine à l’Exposition universelle de 1900 », Transatlantic (...)
- 20 A. Sentilhes, « L’audio-visuel au service de l’enseignement », art. cité., p. 172 ; Didier Nourriss (...)
- 21 Didier Nourrisson, « Faire-savoir et savoir-faire à l’École. L’alimentation à l’écran », Les Enjeux (...)
- 22 Ch. Taillibert, « L’usage mixte de l’image fixe et de l’image animée dans le domaine de l’enseignem (...)
6Dans ce contexte, il est difficile d’estimer si l’éducation progressiste états-unienne, centrée sur l’enfant, influença les réflexions sur l’enseignement en France quant au dispositif d’imagerie le plus fonctionnel à adopter18. Car la pédagogie jugée innovante par les acteurs de l’enseignement aux États-Unis fut transmise à leurs homologues français lors de l’exposition scolaire américaine à l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Les activités pédagogiques suivant le concept du learning by doing y furent exposées à travers une série de 350 photographies, et seize petits films furent même projetés pour illustrer le fonctionnement des écoles new-yorkaises19. Quelle que soit l’importance de cette influence anglo-saxonne, on constate que les techniques de la pédagogie visuelle évoluèrent en France au début du XXe siècle. À partir des années 1920, l’existence du stéréoscope Educa confirme l’apport supposé de la photographie stéréoscopique à l’éducation, tandis que, durant la même période, la projection d’images fixes était progressivement concurrencée par le cinéma d’enseignement, dont la diffusion dans les écoles était également assurée par le musée20. Si des filmathèques scolaires se créèrent aussi localement pour suppléer à la forte demande de l’image animée21, paradoxalement, comme le constate Christel Taillibert, l’introduction du film pédagogique eut comme conséquence une augmentation des usages de l’imagerie fixe d’enseignement, incluant stéréoscopie et projection d’images. Cela est dû d’abord à la réticence de certains enseignants à adopter l’image animée, et en second lieu au coût trop important pour s’équiper en matériel de projection et collections de films, provoquant ainsi un revirement vers les outils d’imagerie fixe22.
La photographie stéréoscopique à l’épreuve de l’enseignement
- 23 Albert Monthus, Iconographie stéréoscopique oculaire (anatomie, clinique, technique opératoire), Pa (...)
- 24 « Le matériel », Bulletin de la Société des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseigneme (...)
- 25 Ibid., no 3, mars 1911, pp. 4-5.
7Malgré l’importance des rares études citées sur l’usage de la photographie stéréoscopique dans un contexte pédagogique aux États-Unis au début du XXe siècle, le contexte français reste peu exploré. La littérature de l’époque ne fournit que peu d’indices sur la présence de matériel stéréoscopique dans les collèges et lycées français à partir des années 1910. Certes, on avait également reconnu en France l’intérêt pédagogique de l’image stéréoscopique, notamment dans le secteur médical. Ainsi, le docteur Albert Monthus, ophtalmologiste des hôpitaux de Paris, publia dès 1908 une iconographie stéréoscopique de l’œil à destination de ses étudiants. Monthus note que « la photographie stéréoscopique est une admirable méthode d’enseignement, car elle donne au plus haut degré, par la notion du relief, l’impression de la réalité23 ». Mais cette technique investit également le milieu scolaire, et plusieurs périodiques en explicitèrent partiellement les modalités. Ainsi, une Commission du matériel historique et géographique des lycées et collèges fut créée en 1911, vraisemblablement par le ministère de l’Instruction publique, qui disposait de crédits spéciaux pour équiper à leur demande les lycées et collèges de filles et de garçons24. En général, les établissements les plus importants obtenaient ces allocations spéciales du ministère pour l’achat d’équipement. On apprend par exemple que le lycée Henri IV à Paris disposait en 1911 d’une lanterne à projections avec lampe à alcool munie de ses 800 vues, mais pas de stéréoscope. Quant au lycée de Nancy, il ne possédait pas de système de projections, mais disposait de deux stéréoscopes et d’une centaine de vues stéréoscopiques pour la géographie générale25. L’usage de ces dispositifs d’observation visuelle était également politique : de tels équipements permettaient de valoriser l’histoire et la géographie parmi les autres disciplines. Voici comment Henri Busson, fondateur de la Société des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public, résumait la situation en décembre 1920 :
- 26 Ibid., no 26, février 1921, p. 4.
Si nous voulons que notre enseignement obtienne « toute sa place au soleil », il faut qu’il soit doté du matériel qui peut lui assurer son entière efficacité. Il y a dix ans que notre Société a obtenu la création d’une Commission du Matériel, pour mettre nos collègues sur le même pied que les professeurs de sciences physiques et naturelles. Depuis dix ans, bien des progrès ont été réalisés par l’installation de salles d’histoire, avec lanternes à projections, avec collections de cartes murales, d’échantillons géologiques, de diapositifs et de livres. Mais si beaucoup a été déjà fait, beaucoup reste encore à faire : que de cartes rendues inutilisables par les changements politiques de ces dernières années, que de photographies devenues archaïques par la transformation des villes et des moyens de Locomotion26 !
8Ainsi, que l’on évoque l’usage dans les salles de classe des techniques de projections fixes, de la stéréoscopie et des images animées à partir des années 1930, la question du renouvellement du matériel photographique se posa rapidement, ainsi que de l’actualisation des données visuelles à transmettre en fonction des mutations progressives du territoire.
La technologie du stéréoscope Educa
- 27 À ce sujet, on consultera le site Internet de Dieter Schulte « Der Welt der Stereoskopie », qui fou (...)
9Le stéréoscope Educa fut conçu et fabriqué en France dans les années 1920 par la société A. Mattey fondée en 1872, et parfois mentionnée comme la Société Mattey père et fils. Le terme Educa tout comme celui bien plus répandu d’Unis-France représentaient des marques propriétaires ou collectives utilisées par A. Mattey. Ce fabricant comptait parmi les sociétés les plus innovantes de matériel de stéréoscopie, fournissant des stéréoscopes de tout type et pour tout format27. Le stéréoscope Educa n’est pas rare aujourd’hui et il est aisé d’en trouver en brocante ou sur des sites de vente en ligne. Il s’agit donc d’un objet industriel, fabriqué en grande quantité selon des normes de production standardisées (fig. 2).
2. Stéréoscope EDUCA, société A. Mattey, porte-plaque déployé et réserve de plaques ouverte, années 1920
46 × 27 × 20 cm.
- 28 Le catalogue des appareils cinématographiques de la Cinémathèque mentionne 64 stéréoscopes (en lign (...)
10Le stéréoscope Educa contient son propre dispositif d’observation, à savoir son système de visée binoculaire, dont on peut régler le tirage pour l’adapter à sa vue. Au dos du stéréoscope, qui doit être utilisé posé sur une table, un verre dépoli permet un rétroéclairage très efficace des plaques de verre, même en cas de luminosité ambiante assez faible. Sur chaque plaque de verre, on trouve deux colonnes doubles de six photographies stéréoscopiques placées en rangée. Pour passer de l’une à l’autre, il faut donc réaliser un décalage vertical à l’aide de deux molettes en bakélite, qui actionnent une crémaillère interne. Et pour passer d’une colonne à l’autre, un décalage horizontal de tout le dispositif de visée est suffisant. Le système de changement de plaque est purement manuel : il nécessite de monter le porte-plaque en hauteur au maximum, puis d’extraire la plaque précautionneusement, et enfin de la remplacer par une autre plaque. En France, ce type de borne stéréoscopique n’était pas rare entre les années 1880 et 1920. Les collections de la Cinémathèque française comptent par exemple de nombreux modèles aux caractéristiques variées, tels le stéréoscope classeur de salon par Gaumont ou son équivalent Taxiphote fabriqué par Jules Richard28. D’autres modèles étaient installés dans des lieux publics et nécessitaient l’introduction d’une pièce afin de fonctionner. Ainsi, au-delà du principe de continuité technologique, il était pertinent pour la société A. Mattey de concevoir dans un contexte éducatif un dispositif stéréoscopique similaire au milieu des années 1920. Cette typologie d’objet d’observation étant déjà présente dans l’imaginaire d’une part non négligeable d’élèves, son introduction dans les salles de classe était plus susceptible d’être facilement acceptée.
Une production industrielle épaulée par deux brevets
- 29 Loi du 5 juillet 1844, article 33. La mention « breveté S.G.D.G. » ne fut abrogée qu’en 1968.
11La plaque du fabricant située sur le stéréoscope indique que son développement fit l’objet d’un brevet S.G.D.G., c’est-à-dire littéralement sans garantie du gouvernement. Cette mention du droit français datant de 1844 stipule qu’un brevet était délivré « sans examen préalable, aux risques et périls des demandeurs, et sans garantie soit de la réalité, de la nouveauté ou du mérite de l’invention, soit de la fidélité ou de l’exactitude de la description29 ». Le fait que les moyens limités de l’Office national de la propriété intellectuelle, rebaptisé INPI en 1951, ne pouvaient garantir la délivrance d’un brevet équivalent à l’étranger, représentait un problème supplémentaire.
- 30 « Procédé pour le tirage de vues stéréoscopiques et appareil pour regarder ou projeter ces vues », (...)
- 31 « Perfectionnements apportés au dispositif d’avancement des magasins à plaques pour stéréoscope », (...)
12Concernant le stéréoscope Educa, son brevet d’invention français fut délivré en novembre 1926 à Albert-George Mattey, propriétaire de la société, et à Louis-Jean Lavelle, vraisemblablement le concepteur du stéréoscope, ingénieur ou expert en optique30 (fig. 3). L’innovation revendiquée du stéréoscope Educa pour justifier la délivrance du brevet était l’optimisation de la disposition des 504 vues stéréoscopiques sur les 42 plaques de verre d’une part, permettant de facto la fabrication d’une véritable banque d’images photographiques au format le plus compact possible, et le dispositif optique permettant de visualiser ces plaques miniaturisées d’autre part. Comme le clarifie le brevet, l’innovation résidait en « un procédé de tirage de vues stéréoscopiques qui consiste – en vue d’utiliser entièrement la surface sensible des plaques ou pellicules, et notamment de celles de moyen ou grand format – à impressionner ces dernières, de façon que les vues, convenablement écartées, soient alternées deux par deux horizontalement ». Cette alternance permettait aux élèves une observation des douze vues d’une plaque avec une grande simplicité : le passage de l’une à l’autre ne prenait qu’un temps très bref, ne nécessitant qu’une simple rotation de molette, et un unique déplacement horizontal du système de visée binoculaire après examen des six premières vues. Il semble donc que l’organisation tabulaire des vues optimisa la visualisation d’une plaque entière par élève en réduisant au maximum le temps pour passer d’une vue à une autre. Par ailleurs, un module d’éclairage optionnel, équipé d’une lentille et fonctionnant sur secteur, permettait de transformer le stéréoscope en projecteur d’image fixe classique, en rétroéclairant l’une des deux vues stéréoscopiques à travers l’un des deux oculaires de visée, de manière à obtenir une image projetée d’une taille maximale de 1 m². On perdait alors toute illusion du relief. En juin 1930, une seconde version du stéréoscope Educa fut brevetée, incluant un dispositif à levier pour une manipulation verticale des plaques de verre facilitée à l’intérieur de la borne31. La gamme des stéréoscopes Educa se réduisit à ces deux modèles et, excepté un modèle Alternascope compact à usage individuel, la société A. Mattey ne développa pas de nouveaux produits compatibles avec les plaques de verre de douze vues, considérant peut-être que le plus important sur le plan commercial consistait en la vente des collections de stéréophotographies.
3. Schéma du stéréoscope Educa conçu par Albert-Georges Mattey et Louis‑Jean Lavelle, brevet français no FR617514A demandé le 14 juin 1926 par la société A. Mattey et délivré le 20 novembre 1926, p. 4
- 32 « La stéréoscopie dans l’enseignement », Magazine scientifique illustré de l’instituteur. Travail m (...)
13Une réclame en pleine page sur le stéréoscope Educa, publiée dans le Magazine scientifique illustré de l’instituteur en 1928 (fig. 4), nous apprend que 9 000 stéréoscopes équipaient les écoles françaises à cette date, ce qui ancre définitivement le projet Educa dans un contexte industriel, tant sur le plan du matériel d’observation qu’au niveau de la production des images32. Des techniques de vente répandues à l’époque, comme le fait de citer des commentaires élogieux, fictifs ou réels, d’utilisateurs adultes de l’instrument, permettaient de convaincre les plus indécis du caractère fascinant de la stéréoscopie et de son intérêt pédagogique. Certains commentaires ressemblaient même à de véritables slogans, tel « une simple vue en dit plus long que bien des leçons ». On remarque aussi que la mention « facilité dérisoire de manipulation » tranche avec la complexité technologique décrite dans le brevet d’invention du stéréoscope. Il était important de souligner que les élèves n’auraient aucune difficulté à s’en servir. Enfin, cette réclame clarifie le succès du stéréoscope Educa en dévoilant sa technique de diffusion commerciale dans les établissements scolaires en France à la fin des années 1920 : il était offert « à tout acheteur de 504 vues minimum », assurant aux Établissements Educa « un succès sans précédent, voire un Triomphe ».
4. Société A. Mattey, réclame des « établissements Educa », publiée dans le Magazine scientifique illustré de l’instituteur, no 2, 1er novembre 1928, p. II
© Bibliothèque nationale de France
Représenter un territoire à l’aide de la photographie stéréoscopique
- 33 Ce feuillet est reproduit sur le site Internet « Der Welt der Stereoskopie » de Dieter Schulte (‹ s (...)
- 34 Cela est souligné par l’utilisation d’une focale dite « normale », qui ne crée ni plan d’ensemble n (...)
- 35 Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, Paris, Aubier Histoires, 1996.
14Concernant les plaques stéréoscopiques, on peut s’interroger sur la nature des représentations véhiculées par l’intermédiaire de la collection la plus diffusée, à savoir la Géographie illustrée de la France. Le stéréoscope Educa encourageait-il une appréhension singulière du territoire national ? Le feuillet fournissant la table des matières par plaques liste les nombreux sites regroupés par secteur, quadrillant petit à petit l’intégralité du territoire français33. Chaque vue stéréoscopique possède en outre sa propre légende inscrite dans la partie inférieure, et chaque plaque intègre en son milieu son numéro de série et son intitulé. Le choix des sujets et des sites favorise une thématique historique, patrimoniale, voire pittoresque, au détriment d’une illustration des capacités industrielles du pays ainsi que des éléments géographiques typiques enseignés à l’école comme les grands fleuves et les points culminants. On illustre par exemple en Bretagne Huelgoat et son chaos de rochers, Carnac et ses alignements, mais aucune vue ne représente Rennes, Nantes ou Lorient (fig. 5). Des symboles nationaux comme la vie de Jeanne d’Arc sont évoqués, non à Orléans mais à Domrémy où elle naquit. Quant à l’esthétique, les prises de vue sont généralement classiques, frontales et à la composition peu travaillée, ce qui ne met pas en avant une éventuelle vision de grandeur nationale que la Géographie illustrée de la France serait à même de transmettre aux élèves34 (fig. 6). De plus, si les vues ont bien été réalisées à la fin des années 1920, il y a bien peu d’évocations de la Première Guerre mondiale. On ne trouve, par exemple, qu’un bref commentaire dans le texte introduisant Verdun, « une des plus glorieuses pages de la Grande Guerre ». Enfin, les personnes ne sont pas tout à fait absentes des prises de vue. Souvent passantes et donc peu signifiantes, elles gagnent en intérêt quand sont évoquées quelques traditions culturelles ou cultuelles des régions périphériques de France, comme la Bretagne ou la Corse (fig. 7). L’élève observant se comportait pour ainsi dire en ethnologue introduit dans des contrées particulières où d’autres individus, bien que français, possédaient des coutumes différentes. La valorisation de ces identités locales, ou « petites patries », fait écho à la pensée de l’historien Jean-François Chanet, pour qui la France était considérée à la fin du XIXe siècle comme un ensemble de cultures variées, dont les identités locales et régionales devaient également être mises en avant35.
5. « Bretagne, monts mégalithiques, châteaux etc. », série 16, collection Educa Géographie illustrée de la France, années 1920
Plaque de verre positive, 17,8 × 12,8 cm.
6. « Marseille : quai de la Joliette ; Marseille : pont transbordeur », cliché tiré de Marseille, série 28, collection Educa Géographie illustrée de la France, années 1920
Plaque de verre positive, 2,9 × 12,8 cm.
7. « Femmes corses faisant le pain », cliché tiré de Corse, série 31, collection Educa Géographie illustrée de la France, années 1920
Plaque de verre positive, 2,8 × 2,5 cm.
- 36 Patrick Cabanel, Le Tour de la nation par des enfants. Romans scolaires et espaces nationaux (XIXe- (...)
- 37 Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales. Europe XVIIIe-XXe siècle, Paris, Points, (...)
- 38 La cartographie numérique de l’ensemble des sites photographiés est accessible en ligne (‹ tinyurl. (...)
- 39 V. Cain, « Seeing the world », art. cité, p. 280.
15Sur un plan purement géographique, le caractère exhaustif du « quadrillage » des prises de vue est à souligner. À la fin du XIXe siècle, l’ouvrage d’apprentissage de la lecture Le Tour de la France par deux enfants d’Augustine Fouillée, publié en 1877, avait obtenu un grand succès pour sa capacité à transmettre par l’écrit une instruction civique, géographique, historique et scientifique aux jeunes élèves, en partant à la découverte du territoire et de ses richesses. Cet ouvrage, qui mettait en avant une idée nationale en opposition à un nationalisme potentiellement agressif, n’était pas unique : Patrick Cabanel a recensé 29 tours de France publiés entre 1877 et 194036. Une telle littérature était utile pour créer chez l’élève un sentiment d’appartenance à la patrie, en complément des leçons d’histoire et de géographie transmises par l’enseignant. Par cette pédagogie, l’enfant s’appropriait un imaginaire collectif français, tout comme une identité également collective, notamment par l’usage répété de déterminants possessifs de type « notre pays »37. Si l’on compare les sites parcourus dans Le Tour de la France de Fouillée à ceux photographiés dans la Géographie illustrée du stéréoscope Educa, on constate la plus grande capacité de ces derniers à représenter le territoire français dans sa globalité, par le truchement de la photographie38. Ainsi, le stéréoscope permettait de se constituer progressivement une conscience intellectuelle et visuelle du territoire de la France au fil des observations et, ce faisant, de s’identifier comme un futur citoyen responsable de ses nombreux sites patrimoniaux et naturels. Qu’en est-il des photographes ayant réalisé les prises de vue ? La répartition des sites sur le territoire nous fournit un élément supplémentaire : pour une plaque donnée, les sites photographiés appartenaient à un espace géographique assez restreint, ce qui accrédite l’hypothèse d’une équipe de photographes ayant travaillé sur le plan local. Mais il est difficile de conclure plus avant, sans connaissance de la méthodologie d’assemblage final des images sur chaque plaque de douze vues. On sait en effet que la société A. Mattey réalisait elle-même les tirages de négatifs sur des plaques de verre instantanées Jougla au format 13 × 18 et constituait de cette manière les collections, pouvant ainsi reprendre le travail des photographes avec une sélection supplémentaire ou un agencement croisé de vues. On constate d’ailleurs que le feuillet sur la Géographie illustrée de la France ne correspond pas tout à fait au descriptif des plaques de notre modèle (voir fig. 5). Ainsi, comme le mettait en garde ce feuillet, la fabrication des collections étant « extrêmement délicate nous remplaçons toujours au mieux les vues dont les négatifs deviennent inutilisables ». Une dernière hypothèse fait écho aux pratiques mises en place aux États-Unis par les éditeurs et producteurs de collections photographiques, à savoir l’utilisation de fonds photographiques institutionnels existants39.
Les usages du stéréoscope en salle de classe
- 40 « Children in geography class viewing stereoscopic photographs », 1908, vue stéréographique sur car (...)
16Nous avons vu que le stéréoscope Educa permettait la construction d’une représentation d’un territoire, mais qu’en était-il de l’organisation pratique mise en place par l’enseignant afin de réaliser une séance d’observation dans la cadre d’une leçon de géographie ? L’usage d’un ou de deux stéréoscopes Educa n’était pas des plus évident, en comparaison avec l’utilisation d’un modèle portatif permettant un usage individuel simultané à travers un achat en plus grand nombre. Comment assurer une discipline nécessaire en classe, devant l’excitation que représentait une observation de photographies en relief ? Certes, l’élève dont c’était le tour devait bien s’immobiliser, étant donné la contrainte mécanique du dispositif, ainsi que le besoin d’une concentration intellectuelle minimale pour obtenir l’illusion du relief et analyser du regard les nombreux détails de l’image. Un cliché stéréoscopique de Underwood & Underwood repris par Bak et Cain, et impliquant l’utilisation de stéréoscopes à main, permet de formuler plusieurs hypothèses. Le cliché représente des jeunes filles utilisant des stéréoscopes de type Holmes en classe de géographie aux États-Unis vers 190840. Au premier coup d’œil on pourrait penser que seul le personnage central utilise le stéréoscope. On s’aperçoit en fait qu’au moins huit élèves sont en train de visionner les vues sélectionnées par l’enseignante, dont le bureau est encombré d’une boîte de vues stéréoscopiques (fig. 8). Quant aux jeunes filles attendant leur tour, elles consultent le descriptif des vues à étudier dans le manuel fourni par Underwood, Geography through the Stereoscope. Bien que la séance d’observation semble se dérouler dans la discipline, on peut faire remarquer, comme vu précédemment, qu’il était complexe pour l’enseignant d’organiser cette séance avec un nombre de stéréoscopes en général bien inférieur à celui des élèves. Pour éviter tout risque d’indiscipline, il fallait déterminer le meilleur schéma de passage des stéréoscopes d’un élève à un autre, statuer sur un temps précis d’observation, et occuper les enfants sans matériel par une activité pédagogique. En France, nous pouvons suggérer que ces difficultés anticipées d’organisation ont pu privilégier la sélection d’un dispositif stéréoscopique unique et centralisé, finalement matérialisé par le stéréoscope Educa. Si cet outil nécessitait également une organisation rigoureuse de la séance d’observation, il avait été simplifié, optimisé et « spécialement adapté aux moyens des instituteurs et institutrices », comme le précise la publicité de 1928 (voir fig. 4). Avec un seul stéréoscope, l’enseignant ne devait gérer qu’une unique circulation d’élèves. Le message publicitaire sous-entend également que l’observation des vues stéréoscopiques pouvait être réalisée en complément de la projection d’image fixe, avec le module d’éclairage optionnel, ou par l’intermédiaire d’un autre projecteur. On peut aussi concevoir que l’observation de l’image stéréoscopique, qui fournissait le volume d’un objet ou d’un monument, ait été mise en œuvre en parallèle de la projection d’images animées, informant également sur la tridimensionnalité du sujet.
8. Des enfants en classe de géographie regardant des photographies stéréoscopiques, Underwood & Underwood, circa 1908
Tirage photographique sur carte stéréoscopique no 112996. Washington D.C., Library of Congress, Prints and Photographs Division.
17Nous pouvons ainsi constater que cette technique originale d’image fixe fut bien utilisée en France dans les années 1920 en tant qu’outil d’enseignement visuel, aux côtés de la projection d’images fixes et animées. Au moment où fut introduit le cinéma pédagogique, l’hybridation des médiums et la permanence de la vue fixe permirent au stéréoscope de maintenir l’exigence d’une vision tridimensionnelle alors que les images commençaient à être mises en mouvement dans la salle de classe.
Notes
1 Sur le film fixe, voir le numéro 41 de la revue Tréma dédié à ce thème, notamment Didier Nourrisson, « Une histoire nationale et locale des films fixes d’enseignement », Tréma, no 41, 2014, pp. 24-35.
2 Jens Ruchatz, Licht und Wahrheit, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 2003.
3 Ibid., pp. 178-195.
4 Christel Taillibert, « L’usage mixte de l’image fixe et de l’image animée dans le domaine de l’enseignement, du début du XXe siècle à la Seconde Guerre mondiale », in Laurent Guido et Olivier Lugon (dir.), Fixe/animé. Croisements de la photographie et du cinéma au XXe siècle, Lausanne, L’Âge d’homme, 2010, pp. 145-155.
5 Lire notamment Anne Quillien (dir.), Lumineuses projections ! La projection fixe éducative, cat. exp., Rouen, Musée national de l’Éducation/Editions Canopé, 2016 ; Nathalie Boulouch et al. (dir.), Diapositive. Histoire de la photographie projetée, cat. exp., Lausanne, Noir sur Blanc/Musée de l’Elysée, 2017 ; Denise Borlée et Hervé Doucet (dir.), La Plaque photographique. Un outil pour la fabrication et la diffusion des savoirs (XIXe-XXe siècle), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2019, ainsi que Foulques La Cotte, « Voyages et explorations à l’école. Le nationalisme dans la photographie pédagogique (1880-1914) », mémoire de Master 1, Simon Sarlin et Christian Joschke (dir.), Université Paris Nanterre, 2017-2018.
6 Kim Timby et Denis Pellerin (dir.), Paris en 3D. De la stéréoscopie à la réalité virtuelle, 1850-2000, cat. exp. (Musée Carnavalet, 4 octobre-31 décembre 2000), Paris, Paris-musées, 2000.
7 On peut néanmoins citer les travaux de Kim Timby et Denis Pellerin, notamment Kim Timby, « Color Photography and Stereoscopy. Parallel Histories », History of Photography, vol. 29, no 2, été 2005, pp. 183-196 ; Kim Timby, 3D and Animated Lenticular Photography. Between Utopia and Entertainment, Berlin/Boston, De Gruyter, 2015 ; Paula R. Fleming, Brian May et Denis Pellerin, Diableries. Stereoscopic Adventures in Hell, Londres, London Stereoscopic Company, 2013 ; Denis Pellerin et Brian May, Stereoscopy. The Dawn of 3-D, Londres, London Stereoscopic Company, 2021.
8 François Brunet, La Photographie. Histoire et contre-histoire, Paris, PUF, 2017, pp. 104-125.
9 Brenton Malin, « Looking White and Middle-Class. Stereoscopic Imagery and Technology in the Early Twentieth-Century United States », Quarterly Journal of Speech, vol. 93, no 4, 2007, pp. 403-424.
10 Ibidem ; Meredith Bak, « Democracy and Discipline. Object Lessons and the Stereoscope in American Education, 1870-1920 », Early Popular Visual Culture, vol. 10, no 2, 2012, pp. 147-167.
11 Leigh Gleason, Canvassed and Delivered. Direct Selling at Keystone View Company, 1898-1910, thèse de doctorat en histoire visuelle, Kelley Wilder (dir.), Leicester, Université De Montfort, 2018. Concernant les notions de littératie visuelle (visual literacy) et les activités de l’International Visual Literacy Association dans l’Amérique de la guerre froide, voir Colleen O’Reilly, Visual Pedagogy in Cold War America. Berenice Abbott, Will Burtin, and the International Visual Literacy Association, thèse de doctorat en hisoire de l’art, Josh Ellenbogen (dir.), University of Pittsburgh, 2018.
12 M. Bak, « Democracy and Discipline », art. cité., pp. 147-148.
13 Victoria Cain, « Seeing the world. Media and vision in US geography classrooms, 1890-1930 », Early Popular Visual Culture, vol. 13, no 4, 2015, p. 287.
14 Armelle Sentilhes, « L’audiovisuel au service de l’enseignement. Projections lumineuses et cinéma scolaire, 1880-1940 », La Gazette des archives, no 173, 1996, p. 165.
15 Ibid., p. 168.
16 Paul Berton, « L’enseignement par l’aspect à l’école primaire (musées technologiques et promenades scolaires) », La Revue pédagogique, no 4, 1879, p. 581.
17 Eugène Trutat, « Des projections », Paris-Photographe, no 11, 1893, p. 481. Concernant Trutat, voir Frédérique Gaillard, « Sciences, enseignement et photographie. Les indissociables activités d’Eugène Trutat (1840-1910) », in Denise Borlée et Hervé Doucet (dir.), La Plaque photographique, op. cit., pp. 205-218.
18 Voir M. Bak, « Democracy and Discipline », art. cité, pp. 147-167 ; voir aussi la grande étude d’Anna Verona Dorris, Visual Instruction in The Public Schools, Boston, Gin & Co, 1928.
19 Sébastien-Akira Alix, « L’éducation américaine à l’Exposition universelle de 1900 », Transatlantic Cultures, novembre 2021 (en ligne : ‹ transatlantic-cultures.org ›).
20 A. Sentilhes, « L’audio-visuel au service de l’enseignement », art. cité., p. 172 ; Didier Nourrisson, « Un fonds éducatif réinventé », Sociétés & Représentations, no 31, 2011, p. 181. Concernant l’histoire du cinéma d’enseignement, voir aussi Philippe Rocher, « L’enseignement par l’image. L’invention d’un autre patrimoine cinématographique », in Jean-François Condette et Marguerite Figeac-Monthus (dir.), Sur les traces du passé de l’éducation… Patrimoines et territoires de la recherche en éducation dans l’espace français, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2014, pp. 45-53.
21 Didier Nourrisson, « Faire-savoir et savoir-faire à l’École. L’alimentation à l’écran », Les Enjeux de l’information et de la communication, no 3, 2020, p. 121.
22 Ch. Taillibert, « L’usage mixte de l’image fixe et de l’image animée dans le domaine de l’enseignement », art. cité, p. 153.
23 Albert Monthus, Iconographie stéréoscopique oculaire (anatomie, clinique, technique opératoire), Paris, Masson, 1908, p. 3.
24 « Le matériel », Bulletin de la Société des professeurs d’histoire et de géographie de l’enseignement public, no 12, février 1913, p. 17.
25 Ibid., no 3, mars 1911, pp. 4-5.
26 Ibid., no 26, février 1921, p. 4.
27 À ce sujet, on consultera le site Internet de Dieter Schulte « Der Welt der Stereoskopie », qui fournit notamment une reproduction du catalogue d’Unis-France A. Mattey de 1932 (‹ stereoskopie.com ›). Voir aussi le site Internet d’André Ruiter (‹ stereoscopyhistory.net ›). Au sujet de l’appellation Unis-France, voir Panagiotis Venetsianos, « UNIS-FRANCE. A Collective Trade Mark, Not a Manufacturer! », Journal of the Oughtred Society, vol. 23, no 1, 2014, pp. 3-11.
28 Le catalogue des appareils cinématographiques de la Cinémathèque mentionne 64 stéréoscopes (en ligne : ‹ cinematheque.fr/fr/catalogues/appareils ›).
29 Loi du 5 juillet 1844, article 33. La mention « breveté S.G.D.G. » ne fut abrogée qu’en 1968.
30 « Procédé pour le tirage de vues stéréoscopiques et appareil pour regarder ou projeter ces vues », brevet no FR617514 demandé et délivré en 1926.
31 « Perfectionnements apportés au dispositif d’avancement des magasins à plaques pour stéréoscope », brevet no FR690765 demandé et délivré en 1930.
32 « La stéréoscopie dans l’enseignement », Magazine scientifique illustré de l’instituteur. Travail manuel, sciences expérimentales, cinéma, no 2, 1er novembre 1928, p. II.
33 Ce feuillet est reproduit sur le site Internet « Der Welt der Stereoskopie » de Dieter Schulte (‹ stereoskopie.com ›).
34 Cela est souligné par l’utilisation d’une focale dite « normale », qui ne crée ni plan d’ensemble ni gros plan pour mettre en avant un sujet photographique.
35 Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, Paris, Aubier Histoires, 1996.
36 Patrick Cabanel, Le Tour de la nation par des enfants. Romans scolaires et espaces nationaux (XIXe-XXe siècles), Paris, Belin, 2007, p. 317.
37 Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales. Europe XVIIIe-XXe siècle, Paris, Points, 2001, pp. 237‑238.
38 La cartographie numérique de l’ensemble des sites photographiés est accessible en ligne (‹ tinyurl.com/educa22 ›).
39 V. Cain, « Seeing the world », art. cité, p. 280.
40 « Children in geography class viewing stereoscopic photographs », 1908, vue stéréographique sur carton. Washington D.C., bibliothèque du Congrès américain (LOT 8588).
Haut de pageTable des illustrations
![]() |
|
|---|---|
| Titre | 1. Stéréoscope EDUCA, société A. Mattey, vue de face, années 1920 |
| Légende | 46 × 27 × 20 cm. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 143k |
![]() |
|
| Titre | 2. Stéréoscope EDUCA, société A. Mattey, porte-plaque déployé et réserve de plaques ouverte, années 1920 |
| Légende | 46 × 27 × 20 cm. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 166k |
![]() |
|
| Titre | 3. Schéma du stéréoscope Educa conçu par Albert-Georges Mattey et Louis‑Jean Lavelle, brevet français no FR617514A demandé le 14 juin 1926 par la société A. Mattey et délivré le 20 novembre 1926, p. 4 |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 159k |
![]() |
|
| Titre | 4. Société A. Mattey, réclame des « établissements Educa », publiée dans le Magazine scientifique illustré de l’instituteur, no 2, 1er novembre 1928, p. II |
| Crédits | © Bibliothèque nationale de France |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 2,0M |
![]() |
|
| Titre | 5. « Bretagne, monts mégalithiques, châteaux etc. », série 16, collection Educa Géographie illustrée de la France, années 1920 |
| Légende | Plaque de verre positive, 17,8 × 12,8 cm. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 997k |
![]() |
|
| Titre | 6. « Marseille : quai de la Joliette ; Marseille : pont transbordeur », cliché tiré de Marseille, série 28, collection Educa Géographie illustrée de la France, années 1920 |
| Légende | Plaque de verre positive, 2,9 × 12,8 cm. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 318k |
![]() |
|
| Titre | 7. « Femmes corses faisant le pain », cliché tiré de Corse, série 31, collection Educa Géographie illustrée de la France, années 1920 |
| Légende | Plaque de verre positive, 2,8 × 2,5 cm. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 712k |
![]() |
|
| Titre | 8. Des enfants en classe de géographie regardant des photographies stéréoscopiques, Underwood & Underwood, circa 1908 |
| Légende | Tirage photographique sur carte stéréoscopique no 112996. Washington D.C., Library of Congress, Prints and Photographs Division. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1456/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 436k |
Pour citer cet article
Référence papier
Nicolas Le Guern, « La stéréoscopie dans les salles de classe. Le cas du stéréoscope Educa dans la France de l’entre‑deux‑guerres », Transbordeur, 8 | 2024, 168-181.
Référence électronique
Nicolas Le Guern, « La stéréoscopie dans les salles de classe. Le cas du stéréoscope Educa dans la France de l’entre‑deux‑guerres », Transbordeur [En ligne], 8 | 2024, mis en ligne le 15 février 2025, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/transbordeur/1456 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12gy7
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page














