Le calendrier rouge. L’histoire de la révolution comme décoration murale
Résumés
Les quelque 1 750 feuillets du calendrier ouvrier (Arbeiterkalender) publié de 1923 à 1933 par la maison d’édition Carl Hoym Nachf., propriété de l’Internationale communiste (le Komintern), offraient à ses lecteurs des matériaux de provenance internationale servant à l’illustration et à l’étude de l’histoire de l’exploitation et des révolutions, principalement aux XIXe et XXe siècles. La culture visuelle de masse, qui connut un essor fulgurant après la Première Guerre mondiale avec le développement de la presse illustrée, du cinéma et de la photographie amateur, influença fortement l’Arbeiterkalender qui fit apparaître, pour la première fois, certains des éléments de la stratégie éditoriale du Komintern. Après que les fonds d’images eurent été rendus accessibles non seulement en Russie mais également en Allemagne, les photographies se mirent à jouer, en parallèle aux textes et à côté des reproductions d’œuvres de Daumier, Meunier ou Steinlen, un rôle de plus en plus dominant. En tant qu’élément de décoration accroché sur les murs des espaces privés, la page se tournant au rythme d’un à trois jours, le calendrier ouvrier cherchait, sur un mode pédagogique et émotionnel, à établir des liens entre la vie quotidienne, le temps historique et la pensée utopique. « Les calendriers ne décomptent donc pas le temps à la manière des horloges. Ils sont les monuments d’une conscience historique » (Walter Benjamin).
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Traduction de l’allemand par Jean Torrent
Une version de ce texte développée sous forme de livre est publiée en langue allemande sur le site de la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universitätsbibliothek Dresden (en ligne : ‹ qucosa.de ›).
Texte intégral
- 1 Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire [1940], trad. O. Mannoni, Paris, Payot & Rivages, 2013, (...)
La grande Révolution a introduit un nouveau calendrier. La journée par laquelle débute un calendrier fonctionne comme un accéléré historique. Et au fond, c’est la même journée qui ne cesse de revenir sous la forme des jours fériés, des jours de commémoration. Les calendriers ne décomptent donc pas le temps à la manière des horloges. Ils sont les monuments d’une conscience historique1.
Walter Benjamin
- 2 Voir, par exemple, Andrés Mario Zervigón, John Heartfield and the Agitated Image. Photography, Pers (...)
- 3 Sur la photographie ouvrière amateur et son développement international, voir Jorge Ribalta (dir.), (...)
1L’histoire de la photographie au temps de la République de Weimar est (et continue d’être) bien étudiée. Pour ce qui est des activités du Parti communiste d’Allemagne (KPD) et de ses organisations affiliées en matière de politique des images, l’intérêt s’est d’abord porté en particulier sur l’Arbeiter Illustrierte Zeitung (AIZ) publiée au Neuer Deutscher Verlag de Willi Münzenberg avec les photomontages de John Heartfield2. Dans la dernière décennie, la perspective s’est cependant élargie au mouvement international de photographie amateur qui lui est lié, en mettant au jour l’arrière-plan de cette pratique envisagée comme phénomène culturel de la vie quotidienne3. Ce faisant, on a toutefois amplement négligé les activités de publication menées par la maison d’édition allemande de l’Internationale communiste (le Komintern, fondé en mars 1919), plus précisément l’Arbeiterkalender, le calendrier ouvrier publié de 1923 à 1933 par la maison d’édition Carl Hoym Nachf., Hamburg-Berlin (fig. 1).
1. Jolán Szilágy, page de titre de l’Arbeiterkalendar de 1923
Linogravure, 22 x 13,4 cm, 1922.
Deutsche Nationalbibliothek Leipzig.
- 4 Les onze éditions du calendrier ouvrier ont toutes été numérisées par la Sächsische Landesbibliothe (...)
2Les feuillets détachables de l’Arbeiterkalender, 1750 au total, combinent de nombreuses reproductions de gravures, de dessins, d’affiches, de peintures, de sculptures, de vignettes, de tableaux statistiques, de documents et de photographies à de prodigieuses quantités de textes dans les cases réservées aux dates et à leur verso (fig. 2 à 15)4. En amalgamant les supports visuels les plus divers, ses onze éditions ont popularisé un matériau d’illustration et d’histoire de la lutte des classes, surtout à partir de la Révolution française, avec des retours en arrière jusqu’à la guerre des Paysans allemands de 1524-1526. Mesure du temps opérant à la fois dans le présent et de façon rétrospective, dans l’anticipation des événements et les sauts dans le passé, ce calendrier s’est appliqué à représenter au moyen des images et des textes « l’histoire » comme expérience de la simultanéité des luttes des classes à travers le temps, de leur incessante actualité. Ainsi l’Arbeiterkalender apparaît-il comme exemple de la tentative de produire, à l’époque des médias de masse, par le biais de récits en images qui fraient avec les procédés du cinéma, des aptitudes visuelles, intellectuelles et émotionnelles favorisant une conscience révolutionnaire des continuités et des ruptures de « l’histoire », en tant que moteur de toute action dans le présent.
2-15. Arbeiterkalendar, 1er au 31 janvier 1923
22 x 13,4 cm. Deutsche Nationalbibliothek Leipzig et Sächsisches Staatsarchiv – Staatsarchiv Chemnitz.
Offensive médiatique
- 5 Karl-Heinz Hädicke, Der Parteiverlag der Kommunistischen Partei Deutschlands und der Verlag der Kom (...)
3Dans la stratégie des bolcheviks arrivés au pouvoir en Russie en 1917, le renversement qu’ils appelaient de leurs vœux en Europe de l’Ouest, en particulier dans l’Allemagne impériale, revêtait une importance décisive pour la survivance de leur révolution. Aussi ont-ils entretenu de coûteux canaux d’informations et mis en œuvre des moyens énormes pour les préparatifs à l’insurrection, qu’ils soient organisationnels ou médiatiques, légaux ou clandestins, civils ou militaires. C’est à cette fin et pour servir de bureau de liaison avec la direction du KPD que fut établi à Berlin à la fin de l’automne 1919 le Secrétariat ouest-européen du Komintern (WES). Les publications constituaient le principal élément idéologique et de propagande de son activité. Dans un premier temps, le WES s’appuya sur les éditions du KPD ou publiait de la littérature sans mention d’éditeur, sous son seul nom, et il eut bientôt recours à d’autres maisons qui n’appartenaient pas au parti. Mais comme le souligne l’historien Karl-Heinz Hädicke, « la tâche incombant au WES ne pouvait être remplie de façon globale que si l’on réussissait à fonder une maison d’édition autonome5 ». Le 2 février 1920, le WES fit donc l’acquisition de la librairie de l’éditeur et antiquaire hambourgeois Carl Hoym, qui était alors membre du Parti communiste ouvrier d’Allemagne (KAPD). La maison d’édition Carl Hoym Nachf., Hamburg-Berlin distribuait des productions de Moscou et de Petrograd, tout en élaborant, parallèlement à cet office de diffusion, son propre programme de publications.
- 6 Ulrich Eumann, Eigenwillige Kohorten der Revolution. Zur regionalen Sozialgeschichte des Kommunismu (...)
4 Surtout après l’échec des tentatives d’insurrection menées en Allemagne de 1919 à 1923, il devint d’une urgente nécessité de réorienter le travail de la presse communiste. Les déserts de plomb de la littérature de parti, que même les cadres lisaient peu, n’étaient guère susceptibles de séduire de nouveaux membres et sympathisants. Un rôle éminent incomba dès lors aux journaux et aux revues, qui, en plus d’être des supports d’information, devinrent des facteurs d’intégration symbolique, aussi bien en interne qu’à l’extérieur du parti. C’est grâce à eux en effet que « les valeurs, les normes, les idées, les concepts, les modèles de perception et de comportement spécifiques liés à l’identité du parti étaient transmis par le biais du discours, des images et d’autres symboles », tandis qu’était renforcée la « délimitation de l’appartenance au parti par rapport au dehors » et que les membres du parti se voyaient pour finir « munis d’un ‹ mode d’emploi › non seulement pour la vie politique de tous les jours, mais pour la vie en général […], d’une ‹ vision du monde › au sens le plus large »6.
- 7 Die Tätigkeit der Exekutive und des Präsidiums des E.K. der Kommunistischen Internationale vom 13. (...)
- 8 Ibid., p. 288.
5 C’est avec ces idées en tête que les participants à la séance du bureau restreint du Comité exécutif du Komintern du 16 août 1921 avaient débattu entre autres « du caractère de nos journaux ». La mise sur pied d’un réseau de correspondants ouvriers et, surtout, la nécessité de redéfinir le rôle des images, dont on n’avait fait qu’exceptionnellement usage jusqu’alors, fut au centre des discussions. « Le travailleur ordinaire apprécie en particulier une expression réussie, un trait mordant et mérité contre l’adversaire. Une bonne caricature qui met dans le mille est considérablement meilleure qu’une douzaine de pesants et ennuyeux articles soi-disant ‹ marxistes ›7. » Dans la foulée, la présidence du Comité exécutif de l’Internationale communiste (EKKI) rédigeait le 3 décembre le décret suivant : « Une commission, composée des camarades Kuusinen, Brandler, Souvarine, Safarov et Rakosi […] examinera la question de la publication de calendriers ouvriers populaires communistes et en soumettra le projet élaboré à tous les partis8. »
- 9 On a cependant continué d’éditer ce genre d’almanachs ou de calendriers de poche, par exemple l’Ill (...)
- 10 B. Kontny, « Der Rote Abreißkalender », art. cité, p. 7.
- 11 « Die kommunistische Agitationswoche. Zirkularschreiben der Exekutive der Kommunistischen Internati (...)
6 En l’occurrence, on avait certainement pensé à la fois aux calendriers ouvriers reliés, qui avaient été introduits en Allemagne à partir de la fin des années 1860 sur le modèle des vieux almanachs, et aux calendriers domestiques russes, comme ceux qui y étaient surtout publiés depuis la fin du XIXe siècle par la maison d’édition d’Ivan Sytine et dont les 900 000 exemplaires pour l’année 1918 avaient été saisis et mis au pilon parce qu’ils correspondaient à la chronologie d’avant la révolution9. Et même s’il s’était agi, dans le cas de ces anciens calendriers, d’éditions reliées, c’est bien ce fond d’expérience qui continua d’opérer lorsque la commission opta pour un modèle mural à feuillets détachables. Barbara Kontny remarque très justement qu’en août 1922, dans le programme de publication des éditions du Komintern pour l’année 1922-1923 soumis à la centrale du Parti communiste d’Allemagne, « on évoquait déjà un calendrier mural, sans spécification plus précise ». Selon elle, « les travaux pour la première édition devaient être à ce moment-là bien avancés. Dès le 12 octobre 1922, Die Rote Fahne annonçait sur sa page de réclames : ‹ Vient de paraître ! Calendrier mural ouvrier pour l’année 1923 › »10. L’Arbeiterkalender était donc l’un des moyens de propagande pour lesquels il importait de « réunir les meilleures forces littéraires du parti, afin qu’elles traitent ces questions dans de brefs articles clairs et frappants, et de mobiliser les artistes sympathisants pour qu’ils dessinent images, carricatures, vignettes11 ».
Le camarade Thomas
- 12 Voir Markus Wehner et Aleksandr Vatlin, « „Genosse Thomas“ und die Geheimtätigkeit der Komintern in (...)
- 13 Hermann Weber et Andreas Herbst, Deutsche Kommunisten. Biographisches Handbuch 1918 bis 1945 [2004] (...)
- 14 Boris Nicolaevsky, « Les premières années de L’Internationale Communiste. D’après le récit du ‹ cam (...)
- 15 M. Wehner et A. Vatlin, « „Genosse Thomas“ », art. cité, p. 6. Voir Karl Retzlaw, Spartacus. Aufsti (...)
- 16 Voir Ulrich Weitz, Der Mann im Schatten. Eduard Fuchs: Sitten-Fuchs, Sozialist, Konspirateur, Samml (...)
7C’est le représentant du Komintern pour l’Europe de l’Ouest, Jakov Rejch (camarade Thomas, James Thomas, etc.)12, qui fut chargé de concevoir et d’organiser les éditions Carl Hoym Nachf. En exil depuis l’échec de la révolution russe de 1905, il avait travaillé auprès de la représentation soviétique en Suisse. De retour à Moscou dès janvier 1919, il participa au congrès de fondation du Komintern13. Lénine lui confia la mission de mettre sur pied le WES en Allemagne : « Emportez autant d’argent que vous pourrez, envoyez des rapports et, si possible, des journaux. D’une manière générale, faites ce que la situation permettra. Mais faites-le14. » Au cours de la seule année 1921, « plus de dix millions de marks furent dépensés par le Komintern » pour les éditions Carl Hoym Nachf., alors que « les recettes ne s’élevaient qu’à environ un demi-million »15. Aux côtés de jeunes cadres du parti comme Lilly Korpus (fondatrice en 1928 de Nos Regards, puis rédactrice en chef de l’AIZ), Elfriede Eisler (dirigeante du KPD en 1924-1925 sous le nom de Ruth Fischer) ou de l’artiste hongroise Jolán Szilágyi (qui joua par la suite un rôle important dans la direction de l’Association des artistes révolutionnaires d’Allemagne, ARBKD, plus communément appelée l’ASSO), Rejch réussit également à s’adjoindre les services de plusieurs acteurs qui n’étaient pas engagés dans le parti : surtout des artistes contemporains socialistes comme Käthe Kollwitz, Karl Holtz ou Frans Masereel – auxquels s’ajouta le collectionneur et historien Eduard Fuchs, qui menait en coulisse des activités révolutionnaires et possédait un immense fonds graphique, où l’on trouvait par exemple des travaux d’Honoré Daumier et de Théophile Steinlen16.
- 17 B. Kontny, « Der Rote Abreißkalender », art. cité, p. 7.
- 18 K. Retzlaw, Spartacus, op. cit., p. 284.
- 19 Voir Rubenstein (Arnold Thomas) Historical Papers. Special Collections, Raymond H. Fogler Library, (...)
8 Dans les premières années de son existence, l’Arbeiterkalender avait acquis une légitimité, non seulement parce qu’il était publié par le Komintern, mais aussi parce qu’il affichait le nom de guerre de son représentant : si le calendrier de 1923 avait paru en 1922 sans mention d’éditeur, « J. Thomas » assumait la responsabilité de ceux de 1924 et 1925. Le calendrier de 1927, produit en 1926, nommait « Thomas » à la rédaction des textes, tandis que « Grau » y était crédité du choix des images. Dans l’Arbeiterkalender ne signaient que des cadres « qui n’avaient probablement pas grand-chose à voir avec le travail au calendrier17 », mais qui étaient fiables au sens du KPD stalinisé, « responsables du contenu ». En 1928 au plus tard, Rejch fut « mis sur la touche […] pour avoir refusé l’invitation de Staline à se rendre à Moscou18 ». En 1933, il parvint à fuir en Tchécoslovaquie, d’où il put émigrer en 1938 aux États-Unis, avec son épouse, la psychanalyste Annie Reich, sous son nom légal d’Arnold Rubenstein et protégé par une légende dépolitisée qui le faisait passer pour un historien19.
Politique des images
- 20 Sur les échanges de photographies entre l’Allemagne et l’Union soviétique, voir Ursula Schlude, « F (...)
9Les premières années, le calendrier ouvrier s’est essentiellement orné de gravures et les quelques rares photographies provenaient en grande partie des fonds soviétiques20. Cela s’améliora ensuite sensiblement dans les éditions postérieures à 1926, jusqu’à ce qu’on puisse presque complètement remplacer, à partir de 1930, les gravures par des photographies et des photomontages. Cette évolution correspond à la fois au développement d’une infrastructure pour l’échange et l’archivage des images, et à une volonté de concentrer les contenus sur le XXe siècle, avec la rupture historique de la Première Guerre mondiale, la révolution russe et les tentatives de renversement en Allemagne, en incluant leurs causes et leurs conséquences sociales et politiques.
10 Un défi rédactionnel restait pourtant à relever, celui de raconter « l’histoire » avec des matériaux visuels hétérogènes. Dans le cas de l’Arbeiterkalender aussi, on se servit à cette fin d’un procédé de montage que Lilly Korpus (désormais épouse Becher), évoquant l’AIZ, allait décrire rétrospectivement en termes pragmatiques :
- 21 Lilly Becher, avant-propos, in Heinz Willmann, Geschichte der Arbeiter-Illustrierten Zeitung 1921-1 (...)
Il a déjà été question des difficultés que nous avions à trouver du matériau photographique approprié. Nous nous sommes débrouillés en « construisant » des séries à partir des photos des agences bourgeoises, souvent au prix d’un patient et pénible travail qui nous prenait des mois. Nous découvrions l’effet saisissant et actuel qui peut émaner des peintures historiques, des vieilles estampes, des documents oubliés, des récits de voyage du passé. Nous compulsions les in-folios, fouillions dans les archives, nos têtes pétillaient d’idées qui permettaient une transposition dans un langage visuel facile à comprendre pour nos lecteurs21.
11Le calendrier ouvrier contribua donc précocement à l’élaboration formelle de ce que Willi Münzenberg, revenant lui aussi sur ses activités d’éditeur, devait énoncer en 1931, aussi bien en matière de politique de la presse qu’au sujet de la relation entre photographie et texte :
- 22 Willi Münzenberg, « Aufgaben und Ziele der internationalen Arbeiter-Fotografen-Bewegung », Der Arbe (...)
La photographie est devenue un moyen de propagande indispensable et éminent dans la lutte révolutionnaire des classes. La bourgeoisie a compris voici déjà trente ou quarante ans que l’image photographique exerce un effet tout à fait particulier sur celui qui la regarde. Car un livre illustré s’achète et se lit plus facilement et un journal illustré est une lecture plus divertissante que l’éditorial d’un quotidien politique. La photographie agit sur l’œil de l’être humain, ce qui est vu se reflète dans sa tête, sans qu’on soit forcé à des pensées compliquées22.
- 23 Ignaz Wrobel [Kurt Tucholsky], « Abreißkalender », Die Weltbühne, vol. 21, nº 50, 1925, pp. 891-894 (...)
12Or, l’Arbeiterkalender occupait le décor quotidien de ses lecteurs tout autrement que les journaux, qui faisaient toujours la part belle au texte et ne montraient que rarement des images, et même que les illustrés des mouvements ouvriers – grâce à la présence visible de ses feuillets illustrés se renouvelant jour après jour aux murs des cuisines et des chambres, en s’inscrivant physiquement dans le déroulement de la journée par le geste quotidien d’en détacher une page et en offrant à lire, un peu comme dans un cours, des textes concis, aiguisés. Sa présence d’ornement mural rendait visible l’histoire dans son espace de vie. Ainsi pouvait-il, plus encore que par exemple l’Arbeiter Illustrierte Zeitung ou Der Rote Stern, l’illustré du parti, relier la vie vécue avec le temps historique et la pensée utopiste – par l’émotion, l’explication, le divertissement : « nous avons ici la photographie à thèse [Tendenzphotographie] dans sa perfection suprême23. »
Conscience historique
13Mais comment la gestion calendaire du temps, dans la régularité qui lui est propre, s’accorde-t-elle avec la représentation à visée révolutionnaire de personnages, d’événements et des faits historiques et contemporains à différentes époques, en différents lieux et dans les circonstances les plus diverses ? Comment des traditions populaires – et parfois religieuses – et les expériences sociales de l’organisation du travail se conjuguent-elles ici avec les objectifs politiques du divertissement, de l’instruction et de l’agitation ? Comment « l’histoire » se montre-t-elle en somme dans l’Arbeiterkalender ?
- 24 Franz Jung, Das geistige Rußland von heute, Berlin, Verlag Ullstein, 1924, p. 6.
14 C’est avec une clarté programmatique que la concurrence entre les deux régimes temporels se fait jour dans la première livraison de 1923, dont la structure de base suit intégralement le schéma de six jours de travail et un jour de repos dicté par les conventions chrétiennes et les conditions d’emploi. Il n’y a que les dimanches qui soient mis en avant, avec un feuillet de calendrier par dimanche, tandis que tous les autres feuillets valent chacun pour trois jours. Cette trame est observée avec rigueur, même les jours de la semaine qui se distinguent par des références historiques extrêmement importantes comme le 1er Mai ou les dates de naissance et de mort de Karl Marx sont intégrés dans des feuillets de trois jours. En revanche, malgré le chiffre assez bas de cinquante-huit illustrations pour un calendrier de cent soixante-huit pages, vingt et une de ces images sont placées sur des dimanches. Le fait que dix-neuf d’entre elles montrent des motifs provenant d’Union soviétique (on y trouve notamment six portraits d’hommes politiques, quatre vues de meetings et quatre images d’unités de soins pédiatriques) témoigne d’une volonté de mettre en œuvre la promesse naturaliste de la photographie, celle d’être un « document », et de faire état, à ce titre, de réalisations exemplaires. En dépit de sa forme traditionnelle, le premier Arbeiterkalender affichait donc, par le traitement graphique et le choix des images, l’ambition de dépasser les rapports de force et les interprétations du monde qui avaient prévalu jusqu’alors, ambition que le révolutionnaire Franz Jung, après avoir dirigé pendant deux ans une usine en Union soviétique, énonçait en ces termes : « Le matérialisme historique est une philosophie, et s’il est permis de dire, pour en saisir plus clairement les effets, une religion. Marx et Engels sont ses grands prophètes24. »
- 25 Sur la marginalisation de Luxemburg dans le culte de la mémoire, voir Barbara Könczöl, Märtyrer des (...)
15 Au regard de ce changement culturel, les défauts d’une trame temporelle rigide, conventionnelle se révèlent pourtant aussitôt. Avec le système mis en œuvre en 1923, le principe d’offrir une pleine page aux commémorations liées à des personnages historiques uniquement si elles tombaient un dimanche s’est avéré trop restrictif à l’usage et il sera abandonné dès 1924. Le feuillet du dimanche 14 janvier 1923 s’orne par exemple d’un portrait de Karl Liebknecht en orateur – la case réservée à la date mentionne comme événement de référence la proclamation de l’état d’exception à Berlin ce même jour en 1920. Or, la date clé de la « révolte spartakiste », le 15 janvier, jour de l’assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht par les milices des Corps francs en 1919, n’est toutefois mentionnée que dans la case réservée aux trois dates du feuillet suivant, illustré par un portrait de Luxemburg25. Le portrait de Liebknecht a donc été déplacé un jour avant la date de son assassinat pour tomber un dimanche, petite entorse à l’exactitude chronologique, pour le bénéfice de la présence des deux portraits. L’évocation des principaux acteurs des événements révolutionnaires depuis la fin du XVIIIe siècle est pareillement soumise à des hasards qui permettent de les faire tomber un dimanche : le 21 janvier Danton (décapitation de Louis XVI, 1793), le 8 avril Léon Trotsky (deuxième Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats à Berlin, 1919), le 6 mai Rakovski (sans date), le 1er juillet Mikhaïl Bakounine (date de son décès, 1876), le 8 juillet Lénine (organisation de soviets dans des villes italiennes, 1919, grèves à Berlin, 1919), le 17 juillet Kalinine avec des villageois (date non spécifiée), le 5 août Friedrich Engels (date de son décès, 1895), le 30 septembre Lénine et Kamenev (date non spécifiée) et le 4 novembre Lénine (révolution d’Octobre). La trame temporelle est par ailleurs respectée, si bien que Franz Mehring, August Bebel, Grigori Zinoviev, Leo Jogiches, Ferdinand Lassalle, Eugen Leviné, Wilhelm Liebknecht, Maximilien de Robespierre, Louise Michel, les utopistes Owen, Fourier et Saint Simon, ainsi que Gregori Tchitcherine sont absents. L’anniversaire de la mort de Karl Marx, le 14 mars 1883, qui tombait en 1923 sur un mercredi, n’est même pas honoré par une pleine page. En vertu de cette règle du dimanche, ce sont à l’inverse des événements anecdotiques qui se trouvent parfois mis en exergue et servent de toile de fond au jour chômé de la semaine.
16 Peu importe quelles furent les critiques et qui les énonça. Dans l’édition du calendrier de 1924, le schéma rigide s’est modifié : des feuillets de deux jours viennent s’y ajouter et seuls quelques dimanches ont encore droit à un feuillet spécial. Les pleines pages sont désormais attribuées selon l’importance de l’événement, et non plus en fonction du jour où il tombait, dimanche ou jour ouvré : douze dates anniversaires tombant un jour de semaine sont mises en avant. La décomposition de la trame temporelle au profit d’une hiérarchie historique des sujets est pleinement réalisée ensuite dans l’Arbeiterkalender de 1925. N’y subsistent plus que onze dates anniversaires, auxquelles le calendrier consacre à chaque fois un feuillet spécial, quel que soit le jour de la semaine où elles tombent, en les soulignant généralement par l’emploi de la couleur rouge : la Commune de Paris en 1871 (deux feuillets), la date de la mort de Lénine en 1924 (deux feuillets), la fondation de l’Internationale communiste en 1919, la date de la mort de Karl Marx en 1883, le 1er Mai, la Révolution française en 1789, le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, l’insurrection de Hambourg en 1923, la révolution de novembre 1917 en Russie.
17 En 1926, on abandonna provisoirement l’un et l’autre systèmes, chaque jour ayant droit cette année-là à un feuillet de calendrier. Dans l’édition de 1927, on revint cependant à la solution inventée pour 1925, jusqu’à ce qu’en 1930 on décide de distinguer les feuillets de chaque premier jour du mois par des portraits d’ouvriers et d’ouvrières demeurés anonymes – la tentative de rattacher plus fortement aux expériences de la vie ordinaire l’idée, jusqu’alors un peu didactique, d’élever par l’héroïsation et la monumentalisation certains contemporains, hommes ou femmes, au rang de figures exemplaires.
Conscience médiatique
- 26 Voir Alexandra von dem Knesebeck, Käthe Kollwitz. Werkverzeichnis der Graphik. Neubearbeitung des W (...)
18Mais parallèlement à ces formes d’organisation du temps, avec les rapports singuliers et les divers accents dont elles ponctuent certaines dates, l’Arbeiterkalender ouvre encore un autre registre, fluide : la forme narrative séquentielle. En commençant par le feuillet initial de l’année 1923, les pages du mois de janvier se lisent comme une histoire illustrée. Sa cohérence interne est donnée par les révolutions et contre-révolutions européennes depuis 1789, voie semée de défaites qui doit conduire à l’abolition annoncée des disparités sociales avec la victoire du prolétariat russe. Le feuillet inaugural du 1er au 3 janvier suggère ce qui devrait être vu aux pages suivantes et à qui l’on va s’adresser : l’« ouvrier » se présente sous la forme d’un portrait idéal de leader, plein d’éclatante assurance et avide de sympathie. Lui succède « le Golgotha de la révolution allemande », le poème Jammertal (La vallée de larmes) de Heinrich Heine et le bois gravé Der Tod auf der Barrikade (La mort sur la barricade, 1849) de Rethel jetant ensuite un pont de soixante-dix années jusqu’à la révolte spartakiste de 1919. La photographie de Kalinine venant assister, en sa qualité de chef suprême de la Russie soviétique, à un soviet de village, ouvre la perspective de l’avenir, à la fois dans l’ordre politique et par le type de médium utilisé. Lui fait suite, non sans raison, une vignette ornementale tirée sur un papier de bonne qualité : une œuvre de Kollwitz26, créée en juin 1922 pour une brochure de Theodor Plievier, dans le cadre de la campagne du Secours ouvrier international (SOI) en faveur des populations soviétiques victimes de la famine de 1921. Cette gravure rattachait donc, sur le double plan politique et humanitaire, le destin des révolutions allemande et russe (en évitant du même coup les terribles images de gens mourant de faim dans la région de la Volga, qui avaient été largement diffusées en cartes postales). Le regard en arrière sur la Révolution française, symbolisée par le portrait de Danton, glisse ensuite aux révolutions de 1905 et 1917 en Russie, dont la victoire promet, à travers la gravure du « Dernier conseil des ex-ministres » de Daumier, la fin de la domination bourgeoise que le dernier feuillet du mois de janvier, évoquant la mémoire de Franz Mehring, célèbre comme une nécessité historique (et confirme en reproduisant à son verso le texte de ce dernier sur « Karl Marx et la Commune de Paris »).
19 Un tel amalgame des événements trouve sa correspondance dans l’unité que la forme imprimée parvient à donner à la variété des matériaux esthétiques. Les deux gravures modernes sur bois de Käthe Kollwitz qui représente, en tant que sympathisante non communiste de la révolution russe, les citoyens ayant des idées antimonarchistes, pacifistes, critiques et républicaines ; la lithographie d’Honoré Daumier (dont on voit tout de même cinq gravures orner des dimanches dans le calendrier de 1923) en tant que « document » historique sur la bourgeoisie révolutionnaire du XIXe siècle et son art critique et réaliste ; et pour finir les photographies consacrées à l’actualité en Russie soviétique. Le lien entre l’époque des diverses images – leur troublante actualité, depuis les bois gravés du XVIe siècle jusqu’aux lithographies et aux gravures sur bois du XIXe siècle, en passant par les gravures sur cuivre et les eaux-fortes des XVIIe et XVIIIe siècles – et l’importance politique contemporaine qui leur est prêtée se trouvait certes concrétisé par les informations fournies dans les textes, par une chronique très sommaire dans les cases réservées aux dates et de façon plus développée par les citations figurant au revers des feuillets.
- 27 Otto Nagel, « Die Krisis der bildenden Kunst und das Volk », Sozialistische Monatshefte, vol. 33, n(...)
20 Les photographies sont traitées elles aussi de cette façon en quelque sorte informative. Indépendamment de leur style et du contexte historique dans lequel elles furent utilisées, il s’agit simplement d’évoquer tel personnage ou tel événement, sans tenir compte des éventuels niveaux d’interprétation internes à l’image. Dans sa composition et sa dramaturgie, la séquence visuelle permet d’entrevoir l’idée que les rédacteurs du calendrier se faisaient des images et de la façon dont elles pourraient trouver place dans la vie des ouvriers. Dans le même esprit, le peintre communiste Otto Nagel résumait par exemple en 1927 ses expériences visant à esquiver les lieux d’exposition et à faire connaître ses tableaux au public prolétarien à travers une série de présentations dans de grands magasins berlinois. Elles attirèrent au total 160 000 spectateurs. À partir des commentaires laissés dans le livre d’or, Nagel concluait : « Le résultat était instructif : […] c’était surtout la chose représentée, et moins l’aspect artistique, qui intéressait la plupart des spectateurs27. » C’est à cette même attitude que réagissait également la politique des images de l’Arbeiterkalender, avec ses thèmes choisis et le rôle croissant des reproductions de photographies.
21 En plus de répondre à ce type d’attentes, l’Arbeiterkalender faisait aussi largement écho aux innovations médiatiques avec lesquelles le public était familier, aux formes narratives séquentielles de la presse illustrée, avec ses reportages photo et ses séries consacrées à certains événements. La pénétration croissante du cinéma dans la culture de tous les jours se traduisait non seulement par ce type de récit séquentiel, elle avait également conduit à de nouveaux modes de lecture. Ainsi le critique de cinéma de la Rote Fahne, Heinz Lüdecke, pouvait-il écrire en ayant devant lui le calendrier ouvrier de 1928 :
- 28 H.L. [Heinz Lüdecke], « Abreiß-Kalender », Internationale Pressekorrespondenz, nº 126, 1927, p. 294 (...)
Feuilletons-le page à page et ce sont les événements de l’année 1918 que nous voyons passer comme un film sous nos yeux, une image après l’autre, c’est un morceau d’histoire qui se déroule devant nous. […] Mais le calendrier ne retient pas notre esprit dans une époque close. Il nous fait constamment glisser jusqu’au présent. […] Nous voyons des images des combats en Chine. Nous voyons d’atroces images de la dernière Guerre mondiale. Et ce sont justement ces images qui nous mènent dans le présent et vers l’avenir28.
22Ainsi la perception des différentes images de l’Arbeiterkalender, mais plus encore de la suite de ses feuillets, oscille-t-elle entre un regard sur des « documents » strictement datés et une « visualité » qui se détache de cet ancrage historique. C’est moins en vertu de leur iconographie qu’en prenant appui sur la vie prolétarienne de tous les jours que ces images se déploient spontanément en tableaux scéniques qui, indépendamment de leur nature médiale concrète, opèrent comme les représentants d’une situation plus globale – qu’on les considère une à une ou dans leur ensemble, elles apparaissent comme les allégories du « pas encore » de l’émancipation sociale.
23 Une brève information publiée le 2 février 1929 dans la Rote Fahne, faisant état d’une saisie chirurgicale – au jour près – opérée par la police politique sur l’Arbeiterkalender, se présente à cet égard comme l’illustration de l’espoir millénariste qui est au cœur des thèses de Benjamin :
- 29 Anonyme, « Zörgiebel beschlagnahmt einen Kalendertag », Rote Fahne, nº 25, 2 févr. 1929, s. p.
Zörgiebel saisit un jour du calendrier. Un nouvel acte éclatant du chef socio-démocrate de la police. Dans sa lutte contre le KPD, Zörgiebel invente des méthodes de plus en plus drôles. Hier, deux apprentis inspecteurs en civil ont fait irruption au secrétariat du KPD du premier arrondissement de Berlin. […] Ils cherchaient et ont finalement trouvé cinquante-quatre exemplaires de l’Arbeiterkalender publié par les éditions Hoym pour 1929. Mais ils n’en avaient pas après le calendrier entier, Zörgiebel était seulement mécontent du 23 octobre, le jour de l’insurrection de Hambourg. Les hommes de Zörgiebel ont expliqué qu’ils avaient pour mission de saisir cette date, qu’elle devait être barrée du calendrier. […] Zörgiebel est donc fermement convaincu que l’insurrection d’octobre à Hambourg est désormais rayée de l’histoire universelle et de la tête des travailleurs révolutionnaires. Mais nous sommes d’un autre avis29.
24Juridiquement, la saisie se justifiait déjà par la présence, au dos du feuillet, d’un extrait de Hamburg auf den Barrikaden. Erlebtes und Erhörtes aus dem Hamburger Aufstand 1923 (Hambourg sur les barricades. Expériences et récits du soulèvement de Hambourg de 1923) de Larissa Reissner, un livre interdit dès 1925. À ce motif s’ajoutait l’illustration qui ornait le recto de cet unique feuillet incriminé du 22 octobre – et non du 23 : une rue densément peuplée de prolétaires portant des casquettes, plus loin une maison en train de brûler, au centre une scène imaginaire de violence et de vengeance. « À la lanterne avec les buveurs de sang » de George Grosz est un rappel à peine masqué des excès sans-culottistes du « Ça ira » de 1793 en costume des années 1920 – et, pour ce qui nous intéresse ici, une métaphore de la politique menée par le KPD en matière de mémoire et d’histoire. Ornement mural qui n’était donc pas cantonné à une seule strate historique, mais se rattachait par association d’idées à une continuité de positions et d’actes révolutionnaires, l’Arbeiterkalender parvenait à incarner dans ses scènes d’« histoire » le pathos et la misère, la fierté et le désespoir, la haine et la compassion, le courage et la solidarité, le sacrifice et l’espérance auxquels les grands sentiments du présent pouvaient s’ouvrir, dans leur assurance et leur présomption.
Notes
1 Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire [1940], trad. O. Mannoni, Paris, Payot & Rivages, 2013, p. 76.
2 Voir, par exemple, Andrés Mario Zervigón, John Heartfield and the Agitated Image. Photography, Persuasion, and the Rise of Avant-Garde Photomontage, Chicago, University of Chicago Press, 2012 ; Sabine Kriebel et Andrés Mario Zervigón (dir.), Photography and Doubt, New York, Routledge, 2017 ; Sabine Kriebel, Revolutionary Beauty. The Radical Photomontages of John Heartfield, Berkeley, University of California Press, 2014 ; Bernd Stiegler, Der montierte Mensch. Eine Figur der Moderne, Paderborn, Wilhelm Fink, 2016 ; Ulrich Hägele, Experimentierfeld der Moderne. Fotomontage 1890-1940, Tübingen, Tübinger Vereinigung für Volkskunde, 2017.
3 Sur la photographie ouvrière amateur et son développement international, voir Jorge Ribalta (dir.), The Worker Photography Movement (1926-1939). Essays and Documents, cat. exp., Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, 2011 ; pour l’Allemagne, voir surtout le projet de l’Agence allemande pour la recherche (DFG) « Das Auge des Arbeiters » (en ligne : ‹ arbeiterfotografie-sachsen.de ›) ; Christian Joschke, « ‹ L’œil du travailleur ›. Photographie ouvrière et éducation politique en Allemagne (1926-1933) », Histoire@Politique, nº 33, 2017 (en ligne : ‹ histoire-politique.fr ›).
4 Les onze éditions du calendrier ouvrier ont toutes été numérisées par la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universitätsbibliothek Dresden (SLUB, en ligne : ‹ slub-dresden.de ›). Exception faite de l’article de Barbara Kontny, « Der Rote Abreißkalender. Der Arbeiter-Wandkalender für die Jahre 1923 bis 1933 », Studien zum Buch- und Bibliothekswesen, vol. 2, 1982, pp. 5-28, qui se penche sur l’histoire éditoriale du calendrier ouvrier, et des pages essentiellement consacrées à Heartfield chez Anthony Coles, John Heartfield. Ein politisches Leben, Cologne, Böhlau Verlag, 2014, pp. 89-93, on ne trouve dans la littérature que d’occasionnelles et assez sommaires références à l’Arbeiterkalender.
5 Karl-Heinz Hädicke, Der Parteiverlag der Kommunistischen Partei Deutschlands und der Verlag der Kommunistischen Internationale in Deutschland von 1919 bis 1933, thèse de doctorat, Berlin, 1974, p. 94.
6 Ulrich Eumann, Eigenwillige Kohorten der Revolution. Zur regionalen Sozialgeschichte des Kommunismus in der Weimarer Republik, Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 2007, p. 171.
7 Die Tätigkeit der Exekutive und des Präsidiums des E.K. der Kommunistischen Internationale vom 13. Juli 1921 bis 1. Februar 1922, Petrograd, Verlag der Kommunistischen Internationale, 1922, pp. 71-85, ici p. 83.
8 Ibid., p. 288.
9 On a cependant continué d’éditer ce genre d’almanachs ou de calendriers de poche, par exemple l’Illustrierter Neuer Welt-Kalender (1883-1934, 1947-1968 [?]) publié par le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), le calendrier paysan Das freie Land (1920-1926) et un « calendrier de poche » (1922-1927 [?]) du Parti communiste d’Allemagne (KPD), un Österreichischer Arbeiterkalender (1874-1925 [?]) du Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ) ou en France l’almanach Ouvrier et Paysan (1926-1939, 1946-1972) publié par L’Humanité.
10 B. Kontny, « Der Rote Abreißkalender », art. cité, p. 7.
11 « Die kommunistische Agitationswoche. Zirkularschreiben der Exekutive der Kommunistischen Internationale an alle kommunistischen Parteien (24.8.1921) », in Die Tätigkeit der Exekutive…, op. cit., p. 160.
12 Voir Markus Wehner et Aleksandr Vatlin, « „Genosse Thomas“ und die Geheimtätigkeit der Komintern in Deutschland 1919-1925 », Internationale wissenschaftliche Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung, vol. 29, nº 1, 1993, pp. 1-19.
13 Hermann Weber et Andreas Herbst, Deutsche Kommunisten. Biographisches Handbuch 1918 bis 1945 [2004], Berlin, Dietz, 2008, p. 710.
14 Boris Nicolaevsky, « Les premières années de L’Internationale Communiste. D’après le récit du ‹ camarade Thomas › recueilli, introduit et annoté par B.N. », in Jacques Freymond (dir.), Contributions à l’histoire du Comintern, Genève, Droz, 1965, p. 12.
15 M. Wehner et A. Vatlin, « „Genosse Thomas“ », art. cité, p. 6. Voir Karl Retzlaw, Spartacus. Aufstieg und Niedergang. Erinnerungen eines Parteiarbeiters [1971], Francfort-sur-le-Main, Verlag Neue Kritik, 1976, voir notamment le chapitre « James Thomas, der Mann in Westeuropa », pp. 196-209.
16 Voir Ulrich Weitz, Der Mann im Schatten. Eduard Fuchs: Sitten-Fuchs, Sozialist, Konspirateur, Sammler, Mäzen, Berlin, Dietz, 2014 ; Walter Benjamin, « Eduard Fuchs, le collectionneur et l’historien » [1937], trad. R. Rochlitz, in Id., Œuvres III, Paris, Gallimard, 2000, pp. 170-225.
17 B. Kontny, « Der Rote Abreißkalender », art. cité, p. 7.
18 K. Retzlaw, Spartacus, op. cit., p. 284.
19 Voir Rubenstein (Arnold Thomas) Historical Papers. Special Collections, Raymond H. Fogler Library, University of Maine.
20 Sur les échanges de photographies entre l’Allemagne et l’Union soviétique, voir Ursula Schlude, « Fundstellen in Moskau. Zur Überlieferung der kommunistischen Fotoamateurbewegung in russischen Archiven », Fotogeschichte, nº 127, 2013, pp. 5-16 ; Id., « „Es wäre uns peinlich, schlechte Fotos zu schicken.“ Die Austauschbeziehungen zwischen deutschen und sowjetischen Arbeiterfotografen 1926 bis 1933 », in Wolfgang Hesse (dir.), Die Eroberung der beobachtenden Maschinen. Zur Arbeiterfotografie der Weimarer Republik, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2012, pp. 113-158 ; Christian Joschke, « Fotografie als Ware im Klassenkampf. Münzenberg und die sowjetischen Presseagenturen », in Wolfgang Hesse et Holger Starke (dir.), Arbeiter/Kultur/Geschichte. Arbeiterfotografie im Museum, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2017, pp. 257-281.
21 Lilly Becher, avant-propos, in Heinz Willmann, Geschichte der Arbeiter-Illustrierten Zeitung 1921-1938, Berlin, DEB, 1974, p. 9.
22 Willi Münzenberg, « Aufgaben und Ziele der internationalen Arbeiter-Fotografen-Bewegung », Der Arbeiter-Fotograf, vol. 5, nº 5, 1931, pp. 99-100, ici p. 99.
23 Ignaz Wrobel [Kurt Tucholsky], « Abreißkalender », Die Weltbühne, vol. 21, nº 50, 1925, pp. 891-894, ici p. 891.
24 Franz Jung, Das geistige Rußland von heute, Berlin, Verlag Ullstein, 1924, p. 6.
25 Sur la marginalisation de Luxemburg dans le culte de la mémoire, voir Barbara Könczöl, Märtyrer des Sozialismus. Die SED und das Gedenken an Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht, Francfort-sur-le-Main, Campus, 2008.
26 Voir Alexandra von dem Knesebeck, Käthe Kollwitz. Werkverzeichnis der Graphik. Neubearbeitung des Werkverzeichnisses von August Klipstein (1955), Berne, Verlag Kornfeld, 2002, pp. 545-547.
27 Otto Nagel, « Die Krisis der bildenden Kunst und das Volk », Sozialistische Monatshefte, vol. 33, nº 10, 1927, pp. 827-830, ici p. 829 et 830 ; voir aussi les autres articles de Nagel dans la même revue : « Käthe Kollwitz und die junge Generation », vol. 33, nº 9, 1927, pp. 726-728 ; « Das werktätige Volk und seine Maler », vol. 34, nº 5, 1928, pp. 409-410 ; « Heinrich Zille », vol. 35, nº 9, 1929, pp. 821-822 ; « Das Ende der bildenden Kunst? », vol. 38, nº 2, 1932, pp. 152-154 ; « Der Fall des Emil Strauß », vol. 38, nº 4, 1932, pp. 340-343.
28 H.L. [Heinz Lüdecke], « Abreiß-Kalender », Internationale Pressekorrespondenz, nº 126, 1927, p. 2944.
29 Anonyme, « Zörgiebel beschlagnahmt einen Kalendertag », Rote Fahne, nº 25, 2 févr. 1929, s. p.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | 1. Jolán Szilágy, page de titre de l’Arbeiterkalendar de 1923 |
| Légende | Linogravure, 22 x 13,4 cm, 1922. |
| Crédits | Deutsche Nationalbibliothek Leipzig. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1795/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 580k |
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| Titre | 2-15. Arbeiterkalendar, 1er au 31 janvier 1923 |
| Légende | 22 x 13,4 cm. Deutsche Nationalbibliothek Leipzig et Sächsisches Staatsarchiv – Staatsarchiv Chemnitz. |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1795/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 333k |
Pour citer cet article
Référence papier
Wolfgang Hesse, « Le calendrier rouge. L’histoire de la révolution comme décoration murale », Transbordeur, 4 | 2020, 26-37.
Référence électronique
Wolfgang Hesse, « Le calendrier rouge. L’histoire de la révolution comme décoration murale », Transbordeur [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transbordeur/1795 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12gyp
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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