De la photographie amateur au mouvement des photo-correspondants. Sovetskoe foto et la transformation de la pratique photographique en URSS
Résumés
Des années 1920 jusqu’au début des années 1930, le journal Sovetskoe foto s’employa à soutenir durablement le développement d’une presse illustrée spécifiquement soviétique. Ce projet se donnait pour mission principale de former, voire de rééduquer les photographes amateurs afin de servir les besoins de la presse. Idéalement, les amateurs étaient censés se transformer en photographes ouvriers – une évolution aux conséquences politiques, thématiques et organisationnelles. En tant que photographes et correspondants ouvriers, ils devaient fournir à la presse des images authentiques illustrant la construction socialiste. Aux yeux des éditeurs et de la rédaction de Sovetskoe foto, cette transformation devait s’opérer à grande échelle. Cet article analyse ces tentatives d’intégration de masse des photographes amateurs au mouvement des correspondants ouvriers et les raisons de leur échec. Ce projet de transformation utopique fut en effet incapable de tenir compte des inclinations personnelles des photographes et de lever les obstacles pratiques auxquels ils étaient confrontés.
Entrées d’index
Haut de pageNotes de la rédaction
Traduction de l’anglais par Jean-François Caro
Notes de l’auteur
Cet article est adapté d’un chapitre de ma thèse de doctorat, Soviet Photo and the Search for Proletarian Photography, 1926-1937, T. Weissman (dir.), University of Illinois at Urbana-Champaign, 2014. Sur l’histoire de la photographie ouvrière soviétique, voir Ursula Schlude, « „Es wäre uns peinlich, schlechte Fotos zu schicken“. Die Austauschbeziehungen zwischen deutschen und sowjetischen Arbeiterfotografen 1926 bis 1933 », in Wolfgang Hesse (dir.), Die Eroberung der beobachtenden Maschinen. Zur Arbeiterfotografie der Weimarer Republik, Leipzig, Universitäts-Verlag, 2012, pp. 113-158 ; Erika Wolf, « The Soviet Union. From Worker to Proletarian Photography », in Jorge Ribalta (dir.), The Worker Photography Movement, 1926-1939. Essays and Documents, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, 2011, pp. 32-46 ; Annette Melot-Henry, La Photographie soviétique de 1917 à 1945. Sources et travaux de la BDIC, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Ouest, 2012.
Texte intégral
1Contrairement aux pays d’Europe de l’Ouest à la même période, la presse illustrée était inexistante en Union soviétique entre les années 1920 et le début des années 1930. Dès sa création en 1926, et ce jusqu’en 1932, le journal Sovetskoe foto (La photographie soviétique) entreprit de pallier ce manque en proposant de contribuer à la formation, voire à la rééducation des photographes pour les besoins de la presse. Il s’adressait plus particulièrement aux photographes amateurs soviétiques en activité, même si ceux-ci étaient fréquemment assimilés à la société prérévolutionnaire par les critiques, en vue de leur faire intégrer un corps de photographes ouvriers au service de la presse (fig. 1). Ce projet visant à fédérer la photo amateur et le journalisme était inédit et coïncidait peu ou prou avec l’essor du mouvement de photographie ouvrière. D’un point de vue idéologique, l’application à la photographie amateur des thématiques prolétariennes au nom du développement de la presse constituait un projet opportun. Si elle s’était concrétisée, cette transformation aurait donné naissance à une structure reliant l’ensemble des photographes au projet soviétique dirigé depuis Moscou et aurait contribué, par la publication dans la presse de photographies réalisées par le peuple, à amorcer un cycle de développement de la pratique photographique. Cet article analyse les tentatives entreprises par Sovetskoe foto pour incorporer les photographes amateurs à la presse et les associer jusque dans leur identité même au mouvement de photographie ouvrière, ainsi que les raisons de leur échec. La manière dont le journal envisagea ce projet révèle des obstacles d’ordre pratique et, en fin de compte, les principes énoncés s’avérèrent trop irréalistes pour pouvoir être appliqués et les difficultés matérielles rendirent impossible toute tentative sérieuse de mener ce projet à bien.
1. Arkadi Chaïkhet, foule de correspondants et de reporters photographiques en excursion dans les usines de Moscou, couverture de Proletarskoe foto, no 1, janvier 1932
© Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz
Presse locale et journaux muraux
- 1 V. Mikulin, « Tak rodilsia zhurnal », Sovetskoe foto, nº 4, 1926, p. 21.
2Sovetskoe foto naquit dans le giron de la société éditrice du journal Ogoniok à l’initiative de son président et rédacteur en chef Mikhaïl Koltsov. Journaliste et écrivain, ce dernier s’était rendu dans l’Allemagne de la République de Weimar en 1925 et en avait rapporté des journaux illustrés. Enthousiasmé par leur qualité et leur ligne éditoriale, il décida de publier des titres équivalents en Russie (Koltsov était également membre du comité de rédaction de la Pravda). On rapporte qu’il considérait le développement de la production photographique et l’accroissement de sa visibilité comme un remède à la « médiocrité bourgeoise » des photographes amateurs de son pays1. Destiné à un large public de par son prix et son tirage, Sovetskoe foto abondait en conseils techniques : de 1926 jusqu’aux années 1930, ceux-ci représentaient entre le tiers et la moitié des articles. Soumis à la censure de l’État, il demeura néanmoins une entreprise privée jusqu’en septembre 1931, date à laquelle il fut rebaptisé Proletarskoe foto (La photographie prolétaire) jusqu’en 1933. Nous n’aborderons pas ici le contexte et les conséquences de ce changement de nom ; précisons que ce déplacement sémantique demeure emblématique des débats de l’époque portant sur la culture « prolétarienne » et nous rappelle que les termes « soviétique » et « prolétaire » renvoyaient à des significations fluctuantes.
- 2 Grigori Boltianski, « Sovetskaia fotoobshchestvennost’ za piatnadtsat’ let », Proletarskoe foto, nº (...)
3 En raison de la rareté du matériel photographique en URSS, tous les conseils que prodiguait Sovetskoe foto au « mouvement photographique amateur » ou au « mouvement de photo-correspondants de masse » n’étaient suivis que de peu d’effets. Inexistante sous l’Empire russe, la production de matériel et d’équipement photographiques ne débuta en URSS qu’à partir de 1933. Avant cela, les photographes devaient se contenter de matériel datant de l’époque prérévolutionnaire provenant des confiscations de propriété suite à la révolution d’Octobre2, des rares nouveautés importées via les circuits officiels ou à l’occasion de voyages à l’Ouest. En partie à cause de cette rareté, la campagne menée par le journal en faveur d’un mouvement populaire de photographie ouvrière se traduisit bien davantage sur le terrain des idées et des articles que sur celui des références visuelles.
- 3 Sur les cercles photographiques, voir A. L. Sokol’skaia, « Fotoliubitel’stvo », in S. Iu. Rumantsev (...)
- 4 Sovetskoe foto créditait rarement des cercles photographiques spécifiques et ignorait largement les (...)
- 5 Toutes les photographies conservées par Sovetskoe foto furent brûlées dans l’incendie des archives (...)
4 La base de l’activité photographique avait encore lieu dans les cercles photo (kruzhi) des amateurs bourgeois, pour la plupart fondés avant la Révolution3. S’ils s’étaient depuis développés dans les usines, ils ne cadraient pas pour autant avec les idéaux soviétiques rappelés invariablement par le journal4, d’où une relative rareté d’images fournies par les ouvriers dans ses pages5.
5 En 1926, Sovetskoe foto publiait quatorze photographies par numéro, contre quarante-deux en 1933. Leur style, leurs sujets et leurs qualités artistiques étaient hétérogènes – les reproductions de meilleure qualité étant généralement réservées aux photographes reconnus. Les photographies, pour la plupart, étaient insérées dans les articles, mais le rapport entre le texte et l’image était discordant. Cela peut s’expliquer par le fait que Sovetskoe foto s’intéressait aux tendances photographiques du jour tout en cherchant à inculquer autre chose. Cette discordance s’atténua avec le temps, notamment dans les années 1930, mais elle met en lumière le fossé séparant les objectifs de la rédaction et la mise en œuvre concrète de ces derniers.
- 6 Voir par exemple Vit. Zhemchuzhnyi, « Vnimanie fotoliubitel’stvu! », Sovetskoe foto, nº 1, avr. 192 (...)
6 Auteurs et journalistes s’attachaient à expliquer ce qu’un photographe ouvrier devait ou pouvait incarner, insistant sur plusieurs principes récurrents qui firent l’objet (parfois en détail, parfois implicitement) de dizaines d’articles. Plusieurs critères, par définition liés au monde ouvrier, dictaient le contenu comme le style des prises de vue. Les photographies « soviétiques » ou « prolétariennes » promues par le journal devaient être réalisées par le membre d’un cercle photographique (indépendant ou professionnel) issu du milieu social adéquat, adopter un regard politique conforme ou traiter d’une thématique appropriée. Le terme même de photographe ouvrier (rabochii-fotograf) était rarement cité dans les pages de Sovetskoe foto. D’un point de vue sémantique, la rareté des références textuelles aux photographes ouvriers ne suggère pas tant une exclusion qu’une confusion terminologique. Les termes « photo-amateur », « photojournaliste », « photo-reporter », « reporter amateur » et bien d’autres proliféraient et s’entremêlaient, sans qu’aucune indication ne permette d’en connaître les contours. Malgré cette terminologie confuse, la vision d’une photographie ouvrière totalement structurée défendue par Sovetskoe foto finit par se cristalliser avec le temps, selon l’idée que les ouvriers photographes étaient censés délaisser leur pratique individuelle pour rejoindre un mouvement qui, une fois incorporé à la presse, s’acquitterait de missions politiques de premier plan. Cependant, les nombreux textes consacrés à ce projet n’intégraient que rarement des illustrations tirées des véritables cercles photographiques6.
- 7 « The Main Current Tasks of the Party in the Sphere of the Press », 6 févr. 1924, in Richard Gregor (...)
- 8 A. Lobovskii, Stennaia Gazeta, Moscou, Novaia Moskva, 1924, pp. 55-59.
- 9 Diane Koenker, Republic of Labor. Russian Printers and Soviet Socialism, 1918-1930, Ithaca, Cornell (...)
7 Avec son large public et son ancrage dans le paysage de la presse soviétique, le journal mural constituait un support évident pour accueillir le travail des photographes ouvriers. Néanmoins, l’échec de Sovetskoe foto à soutenir ou relayer ce format est symptomatique des difficultés globales empêchant d’allier les idées, les images et les actes. Le journal mural servait à la diffusion d’informations et de propagande dans toutes sortes de lieux (usines, écoles, bureaux, casernes) et se présentait généralement sous la forme de textes imprimés sur des feuilles de papier grand format placardées sur des murs ou des panneaux. Ces supports très répandus étaient assimilés au secteur de la presse – dont on ne saurait surestimer l’importance pour le Comité central de l’URSS en matière d’éducation et de propagande. La première mention des journaux muraux date d’une résolution du Parti promulguée en 1924, dans laquelle une directive faisait état de « la nécessité de développer les journaux muraux et parlés sur les lieux de travail et dans les postes militaires, et de les adapter aux objectifs politiques et économiques du moment7 ». Si ces supports comprenaient de nombreuses illustrations, les photographies se faisaient rares. Un guide de composition de journal mural consacrait plusieurs pages aux illustrations sans mentionner une seule fois la photographie8. Les journaux muraux prenaient généralement la forme d’installations uniques et ne faisaient pratiquement jamais l’objet de tirages multiples9.
- 10 Voir par exemple « Kak dolzhen rabotat’ rabochii foto-kruzhok », Sovetskoe foto, nº 2, févr. 1927, (...)
- 11 A. Zuev, « Fotografiia na sluzhbe u stengazety », Sovetskoe foto, nº 1, avr. 1926, p. 7. Zuev était (...)
- 12 Voir S. Evgenov, « Smotr fotografii v stengazete. Ob itogakh konkursa Sovetskogo Foto », Sovetskoe (...)
8 Du printemps 1926, date de son premier numéro, jusqu’à environ 1930, Sovetskoe foto publia de nombreux articles invitant les photographes à réaliser des travaux pour les journaux muraux et ainsi œuvrer pour le Parti en devenant « des acteurs de la construction du socialisme et de la lutte des classes10 ». Malgré ses incitations constantes, Sovetskoe foto ne reproduisit avant 1929 qu’une seule vue d’un journal mural dans ses pages11 et les articles rendant compte de ces installations n’étaient, quant à eux, quasiment jamais illustrés12. Il était difficile pour les lecteurs de bien comprendre ce que les photographies publiées dans les journaux muraux étaient précisément censées leur montrer. Toujours est-il que les archives viennent confirmer que la campagne de Sovetskoe foto en faveur de l’intégration élargie de la photographie aux journaux muraux fut un échec. Peut-être ce format était-il simplement trop éloigné des pratiques usuelles.
- 13 E. Kerstens, « Kak rabotaiut fotokruzhki. Foto-kruzhok leningradskoi fabriki “Krasnoe znamia” » Sov (...)
9 Les rares journaux muraux reproduits dans Sovetskoe foto ne parvenaient pas à mettre en valeur la pertinence de l’utilisation de photographies, pas plus qu’ils ne renseignent sur l’effet que celles-ci étaient censées produire. Par exemple, les reproductions d’un journal mural intitulé L’Œil d’une ouvrière étaient imprimées à un format si réduit qu’il est impossible de les déchiffrer (fig. 2). L’image de droite donne une échelle de grandeur – on y voit un groupe de travailleuses regardant les photographies ou lisant les articles. L’article qui les accompagne retrace la création de cette initiative par des contributrices de La Voix de l’ouvrière, journal rattaché à l’usine textile Drapeau rouge de Leningrad, dans le but de faire connaître les travaux de leur cercle de photo. On ignore comment ou quand les ouvrières trouvèrent le temps de photographier l’usine et de sélectionner les clichés à présenter, et aucune indication ne précise la dimension politique de leur contenu, ni la façon dont le journal fut accueilli par leurs collègues13. Si Sovetskoe foto cherchait à soutenir le mouvement de photographie ouvrière, n’aurait-il pas été utile de fournir ce genre d’informations pratiques ?
2. « Photo-journal ‹ L’Œil d’une ouvrière › » et « Ouvrières de l’usine Drapeau rouge lisant leur journal », tiré de Sovetskoe foto, no 19, 6 octobre 1929, p. 605
4,7 x 13,4 cm et 4,2 x 13,4 cm.
© Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz
- 14 Voir « Kak dolzhen rabotat’ rabochii foto-kruzhok », art. cité ; S. Evgenov, « Uroki nashego konkur (...)
10Il fallut attendre 1931 pour voir d’autres reproductions de journaux muraux dans les pages de Sovetskoe foto – soit au bout de cinq années passées à encourager les lecteurs de contribuer à ce support. À cette époque, les photographes bénéficiaient visiblement d’un meilleur accès au matériel photographique (fig. 3). Bien lisibles, les titres tour à tour manuscrits ou imprimés revêtent différentes polices de caractères. Les portraits sont juxtaposés et les lignes verticales semblent correspondre aux plis du papier. Malgré ces progrès apparents, le problème de la reproductibilité des journaux muraux demeurait : même lorsqu’ils incluaient des photographies, celles-ci étaient collées et cernées d’écriture manuscrite. Le traitement réservé par Sovetskoe foto aux journaux muraux donne l’impression d’un support incapable de contribuer à la visibilité et à la diffusion de la photographie ouvrière – impression accentuée par l’absence de toute mention de la photographie dans les études historiques sur le sujet14. Sans progrès sur ce front, Sovetskoe foto se tourna vers des questions liées à l’organisation des photographes et à des points de vue de plus en plus théoriques.
3. Vues de journaux muraux tirées de Sovetskoe foto, no 9, mai 1931, pp. 202‑203
4,3 x 12,9 cm et 6,9 x 14 cm.
© Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz
L’Union de la plume et de la photo
- 15 Christa Hempel-Küter, Die kommunistische Presse und die Arbeiterkorrespondentenbewegung in der Weim (...)
- 16 N. Beliaev, « K organizatsii foto-kruzhkov pri rabochikh klubakh », Sovetskoe foto, nº 6, sept. 192 (...)
- 17 « Privetstvie Sovetskomu foto », reproduit dans Sovetskoe foto, nº 5, mai 1927, p. 134.
- 18 « Na novom etape. Soiuz pera i foto–zakreplen », Sovetskoe foto, nº 1, 1er janv. 1929, pp. 1-3.
11Si les dirigeants de Sovetskoe foto souhaitaient donner aux amateurs une vocation de reporter, c’est qu’ils s’inspiraient du modèle des correspondants ouvriers et paysans (rabsel’kory) de la presse écrite avec lesquels ils tentèrent un rapprochement. Ce mouvement des correspondants ouvriers et paysans se développa à partir des années 1920, à une époque où une pénurie de journalistes qualifiés nécessitait une participation accrue de correspondants non professionnels au développement du secteur. D’un point de vue politique, ceux-ci étaient censés offrir un relais entre le peuple et le régime et contribuer à la surveillance dans les fabriques15. À l’automne 1926, un certain N. Beliaev fut le premier journaliste de Sovetskoe foto à suggérer l’instauration de photo-correspondants, arguant que le public ne se fiait pas toujours à ce qu’il lisait dans la presse. À ses yeux, on pouvait combler le fossé séparant les correspondants et les lecteurs grâce à la photographie et au crédit de fiabilité que lui accordaient ces derniers. La solution était d’une simplicité désarmante : il fallait transformer les correspondants ouvriers en photo-correspondants16. À l’occasion du premier anniversaire de Sovetskoe foto, le journal Raboche-Krest’ianskii korrespondent (Le correspondant ouvrier-paysan) lui transmit des félicitations l’encourageant à consolider ses relations avec les correspondants – le courrier portait le cachet de la Pravda17. La décision officielle de transformer l’ensemble des amateurs membres de cercles photographiques en correspondants ouvriers fut entérinée lors de la quatrième conférence générale des correspondants ouvriers-paysans, organisée fin 1928 et surnommée « l’Union de la plume et de la photo [Soiuz pera i foto] 18». Avec cette alliance, les photographes amateurs se muèrent définitivement en « photographes ouvriers-amateurs », pour reprendre le jargon de Sovetskoe foto ; s’il avait déjà été employé auparavant aux côtés d’autres appellations, le terme était désormais officiel.
12 Cette décision conféra une autorité accrue à l’appel de Sovetskoe foto enjoignant les photographes amateurs à se détourner de leur travail individualiste pour se mettre au service de la lutte des classes et de la propagande. Au cours des années suivantes, le journal allait exhorter régulièrement ses lecteurs à s’impliquer davantage dans la presse et à s’engager pour devenir de véritables citoyens « soviétiques ». Relativement rares et plutôt futiles avant 1928, les conseils dispensés à ces photographes de presse d’un nouveau genre se multiplièrent pour devenir omniprésents et acquérir une dimension exclusivement politique. Si les premiers slogans diffusés par le journal consistaient en des messages tels que « La photographie en URSS – un instrument de lutte des classes et de construction socialiste », le sens et le ton s’étaient désormais durcis :
- 19 Sovetskoe foto, nº 7, 1er avr. 1929, p. 201, et Sovetskoe foto, nº 8, août 1930, p. 239.
« Vous n’êtes pas un photographe soviétique si vous ne mettez pas tout votre savoir et votre talent au service de la propagande pour le premier Plan quinquennal, la compétition socialiste, la collectivisation ; si vous n’œuvrez pas à la construction socialiste et à la lutte des classes appareil au poing19. »
- 20 P. G., « Fotografirovanie dlia zhurnalov i gazet. Fotografiia v presse », Sovetskoe foto, nº 1, 1er(...)
13 Ce type de proclamations détournait également l’attention des aspects pratiques de la question : comment organiser l’union de l’ensemble des photographes amateurs et des correspondants ouvriers ? Si, du jour au lendemain, des milliers de photographes venaient à soumettre leur travail à la presse, qui se chargerait de leur répondre et de quelle manière ? En outre, certains journaux et revues possédaient déjà des archives photographiques et deux agences – TASS et Russfoto – pouvaient elles aussi diffuser des photos20. D’un côté, la profusion d’ouvriers-photographes était susceptible de rendre les photojournalistes et les agences inutiles, mais de l’autre, Sovetskoe foto citait le travail de ces professionnels en exemple pour instruire les amateurs.
14 Le photomontage réalisé en 1931 par le photographe Semion Fridliand, La Brigade des ouvriers-correspondants, peut s’envisager comme une image idéalisée du travail (réel ou non) de ces nouveaux photographes (fig. 4). Fridliand n’était pas lui-même un ouvrier à proprement parler, mais un photographe professionnel. L’intitulé « Dvigatel’ [moteur, protagoniste] » renvoie à la fois au titre du journal et à l’image des deux hommes superposée à sa une. Ces derniers forment une brigade en train d’élaborer un bulletin d’informations manuscrit, la première ébauche, devine-t-on, d’un journal consacré à la production industrielle. Les deux photographies qui figurent sur ce dernier sont floues, si bien qu’il est impossible d’affirmer qu’elles illustrent le travail en usine. Mais ces correspondants ouvriers semblent visiblement diffuser des informations par écrit, et non au moyen d’illustrations.
4. Semion Fridliand, La Brigade des ouvriers-correspondants, photomontage tiré de Proletarskoe foto, no 5, mai 1932, p. 32
© Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz
- 21 « Derzhite kurs na udarnika i fotokorrespondenta! », Sovetskoe foto, nº 22, nov. 1930, p. 617. Le v (...)
15Cette image évoque la fâcheuse nouvelle que les retombées de l’Union de la plume et de la photo, deux ans après sa proclamation, laissaient énormément à désirer. En 1930, un sondage effectué par Sovetskoe foto auprès de 773 photographes révéla que 170 d’entre eux étaient ouvriers et 305 employés de bureau (sluzhashchie). Près de 300 étaient étudiants, paysans ou soldats, proportion qui ne correspondait pas aux chiffres escomptés. Pire encore, seulement 51 % des personnes interrogées entretenaient des liens avec la presse locale. En réaction, le journal se fendit d’un slogan imprimé en caractère gras : « Le temps est venu de le dire haut et fort : vive la photo-correspondance, à bas la photographie amateur, finissons-en21 ! » Le milieu photographique était censé céder la place à un mouvement populaire composé d’ouvriers et de travailleurs de choc (udarniki) – et cette transformation était vendue à son tour comme la seule manière qui permettrait au mouvement d’œuvrer pour la lutte des classes.
- 22 V. Grishanin, « Razvertyvaem tvorcheskuiu diskussiiu. Ideologicheskie problemy foto (Zametki o neko (...)
16 Malgré la difficulté à obtenir la collaboration des amateurs et le fossé séparant photo-correspondants et photojournalistes, un effort concerté fut brièvement déployé dans le but de faire passer l’Union de la plume et de la photo pour une réussite. La couverture du numéro de janvier 1932 de Proletarskoe foto (La photographie prolétarienne) était ornée d’une représentation idéalisée de la masse de photo-correspondants (fig. 1). Une foule d’hommes, dont plus d’une dizaine regardent à travers le viseur de leur appareil, joue des coudes comme pour se rapprocher du lecteur. Certains visages sortent à moitié du cadre, suggérant que le groupe est beaucoup plus important que ne le montre la prise de vue. Certains sont coiffés de chapeaux ornés d’étoiles à cinq branches, et aux moins deux hommes affichent un franc sourire. Le message est évident : les appareils photo se trouvaient désormais entre les mains de nombreux citoyens volontaires et dynamiques. Comme le critique V. Grishanin l’expliquait longuement dans le même numéro, les photo-correspondants ouvriers et paysans allaient faire de la photographie un mouvement populaire22.
- 23 I.N. Rumiantsev, « Fotokorovskii snimok v pressu: k nashim metstsotinto », Proletarskoe foto, nº 2, (...)
17 Pourtant, Sovetskoe foto et Proletarskoe foto ne relayèrent qu’un seul exemple de la prétendue réussite du mouvement. En couverture de son numéro de février 1932, Proletarskoe foto nous donne à voir la photo d’un mineur de la région du Donbass maniant une longue foreuse rotative (fig. 5). Le photographe, un certain Mikhaïl Kalachnikov, était présenté comme l’un des photo-correspondants ouvriers devenus photojournalistes23 ; il collabora ensuite avec la Pravda et publia d’autres prises de vue dans Sovetskoe foto.
5. Mikhaïl Kalachnikov, forage électrique dans le Donbass, couverture de Proletarskoe foto, no 2, février 1932
© Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz
18La réelle mise en œuvre de l’Union de la plume et de la photo s’avérait manifestement complexe, notamment l’orientation des amateurs vers les sujets adéquats. Au fil des années, les textes consacrés aux sujets photographiques qui étaient considérés comme appropriés s’attardèrent encore davantage sur les menus détails politiques au détriment du développement ou de la théorisation de la photographie.
- 24 « Budem shagat’ v nogu s rabsel’korami », Sovetskoe foto, nº 10, mai 1931, pp. 233 sq.
- 25 « O fotokorovskom dvizhenie. Rezoliutsiia vsesoiuznogo soveshchaniia pri Pravde o rabsel’korovskogo (...)
19 L’Union de la plume et de la photo coïncidait avec le premier Plan quinquennal (1928-1932), une période marquée par des évolutions majeures en matière d’économie et de société. L’organisation et le travail des photographes n’échappèrent pas à une redéfinition selon ces nouvelles exigences politiques. En avril 1931, le Comité central du Parti entreprit en effet une refonte du mouvement des correspondants ouvriers, entraînant une mise à jour de l’Union de la plume et de la photo. La résolution de 1931 ne comportait aucune référence aux images et établissait à la place des règles de travail et de comportement, évoquait des questions liées à l’organisation, soulignait l’importance des correspondants dans la poursuite des objectifs politiques et insistait sur l’importance d’une discipline de travail24. Se basant sur cette résolution, Sovetskoe foto établit une liste de recommandations destinées au mouvement des photo-correspondants. La première insistait de nouveau sur la nécessité d’une association avec la presse. Dans la deuxième, Sovetskoe foto se donnait pour mission de contribuer à l’organisation de la presse en plaçant les groupes de photo-correspondants locaux sous une direction éditoriale. Le journal devait également aider à politiser le mouvement. La troisième soulignait enfin l’impératif de relever le niveau politique et technique de la photographie25.
- 26 L. Mezhericher, « Fotokruzhok i redkollegiia », Sovetskoe foto, nº 1, janv. 1931, pp. 3 sq. ; I. N. (...)
20 Sovetskoe foto se livrait en somme à une interprétation minutieuse des instructions idéologiques listées par la résolution, bien que celle-ci n’eût aucune conséquence tangible sur les photographes en activité. La prédominance des questions politiques dans les pages du journal laisse penser que le milieu des photographes (amateurs, correspondants et photojournalistes) avait été mis sur la ligne du Parti, mais l’union n’était réellement effective que sur le papier. Toujours est-il que les auteurs de Sovetskoe foto ignoraient consciencieusement la possibilité que les photographes amateurs pussent simplement refuser de devenir des correspondants et de se plier à une vision imposée d’en haut26.
- 27 « Perestroika rabsel’korovskogo dvizheniia v period razvernutogo sotsialisticheskogo nastupleniia ( (...)
21 Comment pouvait-on relier la formation politique d’un photographe, le style et le sujet de ses travaux et son affiliation à un cercle photographique ou à un mouvement de correspondants ouvriers ? Ajuster des images à un projet politique était un travail de longue haleine qui, dans le cas qui nous occupe, ne porta pas ses fruits : le mouvement des photo-correspondants s’essouffla puis fut abandonné avant même que cet ajustement pût avoir lieu. En cela, le projet d’intégrer les photographes amateurs au mouvement des correspondants ouvriers était similaire à celui d’incorporer la photographie aux journaux muraux : tous les deux se sont révélés trop inaboutis pour que les histoires de l’Union soviétique et de la photographie les retiennent27. En 1934, les photo-correspondants et autres photographes amateurs disparurent presque totalement des pages de Sovetskoe foto.
L’échec
- 28 « O perestroike literaturnokhudozhestvennykh organizatsii. Postanovlenie TsK VKP(b) ot 23 aprelia 1 (...)
22Toute étude consacrée aux photographes ouvriers se doit de tenir compte d’un décret gouvernemental signé le 23 avril 1932, qui promulgue la dissolution de toutes les organisations artistiques indépendantes28. On pourrait facilement attribuer le déclin des mouvements de photographie amateur et des photo-correspondants à ce même décret, mais j’avancerais toutefois qu’il ne s’agit pas du facteur décisif, et ce à plusieurs titres. N’étant considéré ni comme une forme artistique ni comme une activité journalistique, le médium photographique échappa à l’arrêté de 1932 qui s’appliquait aux seules organisations culturelles et n’eut ainsi aucune conséquence sur le mouvement des correspondants ouvriers. Les photo-correspondants travaillaient nommément pour la presse et non pour le secteur artistique, si bien qu’il aurait été illogique d’étendre la portée du décret à ces derniers.
23 Il faut dire aussi que leur statut avait toujours été flou. Les photographes ouvriers s’étaient placés sous l’égide de la Société pour le cinéma et la photo prolétariens (OZPKF), qu’on accusa par la suite d’avoir manqué le rapprochement avec les correspondants ouvriers de la Pravda. Il fut également question, à un moment, de les confier à la Maison de l’art amateur (Dom samostoiatel’nogo iskusstva). Enfin, ce fut aux syndicats professionnels qu’on demanda de prendre en charge les amateurs qui n’avaient pas rejoint les rangs des correspondants, sans doute dans le but de les professionnaliser. La formation technique et l’éducation visuelle étaient quant à elles du ressort de l’agence Soyouz-Foto, du journal Proletarskoe foto et de son dérivé Fotokor. Ainsi, quand tomba le décret de 1932, leur statut toujours indéfini les protégea contre l’interdiction pure et simple.
- 29 E. Loginova, « Foto-liubitel’— ‘v nogu s zhizn’iu’ ! », Sovetskoe foto, nº 7, 1er avr. 1929, pp. 19 (...)
24 Pourquoi n’avait-on pas réussi à impliquer davantage les amateurs dans la presse ? La réponse la plus évidente tient dans les inclinations individuelles des photographes amateurs, qui refusèrent d’abandonner les sujets qui leur étaient chers pour se plier aux exigences de la presse. Les résistances de la presse locale jouèrent aussi un rôle : ne souhaitant pas recevoir d’images de plusieurs photographes, certains journaux se fournissaient auprès de photojournalistes professionnels toujours plus nombreux. Quand bien même les photographes amateurs auraient été enclins à se détourner de leurs préférences et les journaux prêts à accepter leur travail, des obstacles juridiques leur auraient barré la route29.
- 30 « Pravo s”emki », Sputnik fotokora na 1932 god, Moscou, Zhurnalnogazetnoe ob”edinenie, 1931, pp. 15 (...)
25 Un guide intitulé le Spoutnik du photo-correspondant dresse une liste condensée des sites contrôlés de près par le régime et offre un aperçu de leur étendue. Cette liste indique les différentes zones et régions entières où la photographie était interdite, parmi lesquelles les sites de transport, une bande de 7,5 km longeant la frontière et une partie du territoire de la Crimée, les rives de la mer Noire, Leningrad et Vladivostok. La photographie aérienne militaire et civile était soumise à une autorisation spéciale, tout comme l’intérieur des institutions, organisations et installations gouvernementales et publiques, ainsi que les infrastructures utilisées par l’armée (y compris les ponts, tunnels et gares également empruntés par les civils). Pour obtenir une autorisation, il fallait faire tamponner des documents indiquant la liste précise des sujets, des lieux et des moments où l’on pouvait prendre une photo, le tout en s’acquittant de frais administratifs. Les prises de vue étaient contrôlées par la police politique et la police secrète (le NKVD, Commissariat du peuple aux affaires intérieures, et la Guépéou, Direction politique unifiée d’État)30. Si la construction socialiste constituait un sujet souhaitable, on ne pouvait l’aborder qu’à une échelle minuscule, de peur de photographier une zone interdite.
- 31 Margaret Bourke-White, Eyes on Russia, New York, Simon and Schuster, 1931, pp. 52, 74, 99, 101, 104 (...)
- 32 Erika Wolf, « The Context of Early Soviet Photojournalism, 1923-1932 », Zimmerli Journal, nº 2, 200 (...)
26 Si Sovetskoe foto ne déplora ces restrictions qu’à une seule reprise, la photographe américaine Margaret Bourke-White énuméra les difficultés qu’elle rencontra lors de ses visites d’usines et de sites industriels soviétiques en 1930. À Moscou, elle reçut des documents signés par un représentant du ministère lui donnant l’autorisation de se rendre dans toutes les usines du pays pour les photographier. Dans son livre Eyes on Russia, on comprend bien vite que ces documents lui permirent de mener son travail à bien tout en lui conférant des privilèges déterminants. Elle les utilisa pour photographier des usines textiles, des sites industriels majeurs et plus encore ; pour se sortir d’affaire quand des soldats de l’Armée rouge lui reprochèrent de photographier un vieil homme dans la rue qui lui avait pourtant donné sa permission ; pour acheter des aliments en pénurie et obtenir une place assise dans un train alors que son interprète et elle possédaient déjà un billet. Malgré cette autorisation, elle fut contrainte de laisser ses négatifs en Russie pour qu’ils passent à la censure avant de lui être restitués par voie postale31. Si Bourke-White avait besoin de ces documents, à quel genre de tribulation les photographes moins privilégiés s’exposaient-ils ? Si les prises de vue de ces endroits étaient soumises à la censure, comment pouvaient-elles rapidement parvenir à la presse ? On commence à imaginer les obstacles bureaucratiques auxquels étaient confrontés les citoyens ordinaires ne bénéficiant pas forcément de documents délivrés en haut lieu. Erika Wolf indique que « les restrictions légales […] ont pour l’essentiel criminalisé les photos non autorisées » des lieux mentionnés plus haut, limitant leur accès aux photojournalistes professionnels32. Dans le meilleur des cas, les instructions dispensées par Sovetskoe foto, qui enjoignait à quiconque en possession d’un appareil photo de témoigner de la construction socialiste étaient irréalistes et assurément fallacieuses.
27 Tenus à l’écart des sujets pourtant décidés à l’avance, les photographes ouvriers se voyaient demander l’impossible. Dans une certaine mesure, un photographe dont le travail respectait les règles des institutions ou des structures désignées finissait toujours par se heurter à d’autres obstacles bureaucratiques. Les écarts que Sovetskoe foto se montra incapable de combler en matière de formation, de matériel, de technique, de motivation et d’accès laissent plusieurs questions essentielles en suspens : y avait-il suffisamment de personnel sur le terrain pour former correctement les photographes et les cercles amateurs ? Dans quelle mesure tentèrent-ils de respecter les instructions de Sovetskoe foto ? La vision utopique d’une photographie soviétique universelle se solda par un échec, mais celui-ci n’est certainement pas attribuable au décret de 1932 si fréquemment cité dans les histoires de la photographie soviétique.
Notes
1 V. Mikulin, « Tak rodilsia zhurnal », Sovetskoe foto, nº 4, 1926, p. 21.
2 Grigori Boltianski, « Sovetskaia fotoobshchestvennost’ za piatnadtsat’ let », Proletarskoe foto, nº 11, nov. 1932, pp. 25-30, notamment p. 25.
3 Sur les cercles photographiques, voir A. L. Sokol’skaia, « Fotoliubitel’stvo », in S. Iu. Rumantsev et A. P. Shul’pin (dir.), Samodeiatel’noe khudozhestvennoe tvorchestvo v SSSR. Ocherki istorii 1930-1950 gg, Saint-Pétersbourg, Gosudarstvennyi institut iskusstvoznaniia, 2000, pp. 199-228 ; Valery Stigneev, Fototvorchestvo Rossii. Istoriia, razvitie i sovremennoe sostoianie fotoliubitelstva, Moscou, Planeta, 1990.
4 Sovetskoe foto créditait rarement des cercles photographiques spécifiques et ignorait largement les sociétés photographiques prérévolutionnaires qui, dans certains cas, existaient toujours. Grigori Boltianski, « Fotograficheskaia zhizn’ v Sovetskii period », Sovetskoe foto, nº 6, sept. 1926, pp. 163 sq. Le pictorialisme demeura populaire en URSS longtemps après être passé de mode à l’Ouest. Voir Maria Gourieva, « Pictorialist Photography in the Collection of ROSPHOTO », in Claudia Pfeiffer et Ulrich Rüter (dir.), Inspirations–Interactions. Pictorialism Reconsidered, Berlin, 26 nov. 2013 ; Aleksandr Lavrentiev, « Pictorialism and Modernism in Soviet Photography of the 1920s and 1920s, or from A to B and Back Again », in Olga Sviblova et Aleksandr Lavrentiev (dir.), Soviet Photography of the 1920s and 1930s, Moscou/Winterthur, Moscow House of Photography/Fotomuseum Winterthur, 2004, pp. 19-23.
5 Toutes les photographies conservées par Sovetskoe foto furent brûlées dans l’incendie des archives du journal en 1996, à l’exception de celles, peu nombreuses, conservées au Musée d’histoire contemporaine de Russie et dans les archives du Komintern, qui toutefois ne sont pas représentatives de l’activité photographique soviétique dans son ensemble. Ursula Schlude, « Fundstellen in Moskau. Zur Überlieferung der kommunistischen Fotoamateurbewegung in russischen Archiven », Fotogeschichte, nº 127, 2013, p. 6 ; Margarita Tupitsyn, « Die Geschichtsschreibung der sowjetischen Fotografie im In- und Ausland », Fotogeschichte, nº 63, 1997, p. 56.
6 Voir par exemple Vit. Zhemchuzhnyi, « Vnimanie fotoliubitel’stvu! », Sovetskoe foto, nº 1, avr. 1926, pp. 4 sq.
7 « The Main Current Tasks of the Party in the Sphere of the Press », 6 févr. 1924, in Richard Gregor et Robert H. McNeal (dir.), Resolutions and Decisions of the Communist Party of the Soviet Union, vol. 2, The Early Soviet Period, 1917-1929, Toronto, University of Toronto Press, 1974, pp. 215-220, ici p. 217.
8 A. Lobovskii, Stennaia Gazeta, Moscou, Novaia Moskva, 1924, pp. 55-59.
9 Diane Koenker, Republic of Labor. Russian Printers and Soviet Socialism, 1918-1930, Ithaca, Cornell University Press, 2005, p. 11. Sur les journaux muraux, voir Catriona Kelly, « “A Laboratory for the Manufacture of Proletarian Writers.” The Stengazeta (Wall Newspaper), Kulturnost and the Language of Politics in the Early Soviet Period », Europe-Asia Studies, vol. 54, nº 4, 2002, pp. 573-602 ; Peter Kenez, The Birth of the Propaganda State. Soviet Methods of Mass Mobilization, 1917-1929, Cambridge, Cambridge University Press, 1985, pp. 237 sq.
10 Voir par exemple « Kak dolzhen rabotat’ rabochii foto-kruzhok », Sovetskoe foto, nº 2, févr. 1927, p. 56 ; S. Evgenov, « Uroki nashego konkursa », Sovetskoe foto, nº 6, 2 mars 1930, pp. 162-166, ici p. 162.
11 A. Zuev, « Fotografiia na sluzhbe u stengazety », Sovetskoe foto, nº 1, avr. 1926, p. 7. Zuev était rédacteur au sein du journal Raboche-Krest’ianskii korrespondent (Le correspondant ouvrier-paysan).
12 Voir S. Evgenov, « Smotr fotografii v stengazete. Ob itogakh konkursa Sovetskogo Foto », Sovetskoe foto, nº 4, avr. 1928, pp. 151-155 ; Z. Gil’dina, « Daem otchet zarubezhnomu proletariatu », Sovetskoe foto, nº 7, 1er avr. 1929, pp. 202-204 ; S. V., « Ugolok stengazet », Sovetskoe foto, nº 9, 1er mai 1929, pp. 282 sq.
13 E. Kerstens, « Kak rabotaiut fotokruzhki. Foto-kruzhok leningradskoi fabriki “Krasnoe znamia” » Sovetskoe foto, nº 19, 6 oct. 1929, p. 605.
14 Voir « Kak dolzhen rabotat’ rabochii foto-kruzhok », art. cité ; S. Evgenov, « Uroki nashego konkursa », art. cité.
15 Christa Hempel-Küter, Die kommunistische Presse und die Arbeiterkorrespondentenbewegung in der Weimarer Republik. Das Beispiel „Hamburger Volkszeitung“, Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1989.
16 N. Beliaev, « K organizatsii foto-kruzhkov pri rabochikh klubakh », Sovetskoe foto, nº 6, sept. 1926, p. 174 ; Anton Zorskii, « Derevenskie fotokorrespondenty. Nado uglubit’ rabotu s derevenskimi foto-korrespondentami! Moia rabota, ili, vernee, nachalo raboty », Sovetskoe foto, nº 3, mars 1927, p. 80.
17 « Privetstvie Sovetskomu foto », reproduit dans Sovetskoe foto, nº 5, mai 1927, p. 134.
18 « Na novom etape. Soiuz pera i foto–zakreplen », Sovetskoe foto, nº 1, 1er janv. 1929, pp. 1-3.
19 Sovetskoe foto, nº 7, 1er avr. 1929, p. 201, et Sovetskoe foto, nº 8, août 1930, p. 239.
20 P. G., « Fotografirovanie dlia zhurnalov i gazet. Fotografiia v presse », Sovetskoe foto, nº 1, 1er janv. 1929, pp. 5-7. Voir aussi Christian Joschke, « Fotografie als Ware im Klassenkampf. Münzenberg und die sowjetischen Bildagenturen », in Wolfgang Hesse et Holger Starke (dir.), Arbeiter/Kultur/Geschichte. Arbeiterfotografie im Museum, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2017, pp. 257-282.
21 « Derzhite kurs na udarnika i fotokorrespondenta! », Sovetskoe foto, nº 22, nov. 1930, p. 617. Le véritable nombre de photo-correspondants est quasi impossible à évaluer avec certitude. Dans l’un des rares comptes rendus qui leur sont consacrés, Boltianski affirme que l’agence Soiuzfoto comptait approximativement 600 photo-correspondants. G. Boltianski, « Sovetskaia fotoobshchestvennost’ za piatnadtsat’ let », art. cité, p. 27.
22 V. Grishanin, « Razvertyvaem tvorcheskuiu diskussiiu. Ideologicheskie problemy foto (Zametki o nekotorykh vyskazyvaniiakh i o koe-kakoi produktsii) », Proletarskoe foto, nº 1, janv. 1932, pp. 3-9.
23 I.N. Rumiantsev, « Fotokorovskii snimok v pressu: k nashim metstsotinto », Proletarskoe foto, nº 2, févr. 1932, p. 23.
24 « Budem shagat’ v nogu s rabsel’korami », Sovetskoe foto, nº 10, mai 1931, pp. 233 sq.
25 « O fotokorovskom dvizhenie. Rezoliutsiia vsesoiuznogo soveshchaniia pri Pravde o rabsel’korovskogo dvizhenii », Sovetskoe foto, nº 13-14, juil. 1931, p. 329.
26 L. Mezhericher, « Fotokruzhok i redkollegiia », Sovetskoe foto, nº 1, janv. 1931, pp. 3 sq. ; I. N. Rumiantsev, « Fotokorovskii snimok v pressu. K nashim mezzo-tinto », Proletarskoe foto, nº 2, févr. 1932, p. 23.
27 « Perestroika rabsel’korovskogo dvizheniia v period razvernutogo sotsialisticheskogo nastupleniia (1930-1936 gg.) », in V. N. Alferov, Vozniknovenie i razvitie rabsel’korovskogo dvizheniia v SSSR, Moscou, Mysl’, 1970, pp. 131-159 ; Gennadii Andreevich Kozhevikov, Partiia–Organizator rabsel’korovskogo dvizheniia v SSSR (1917–1937), Saratov, Izdatel’stvo Saratovskogo Universiteta, 1965, pp. 110-112 ; Julie Kay Mueller, « Staffing Newspapers and Training Journalists in Early Soviet Russia », Journal of Social History, vol. 31, nº 4, 1998, pp. 851-873 ; Mark D. Steinberg, « Stories and Voices. History and Theory », Russian Review, vol. 55, nº 3, 1996, pp. 347-354.
28 « O perestroike literaturnokhudozhestvennykh organizatsii. Postanovlenie TsK VKP(b) ot 23 aprelia 1932 », Sovetskoe foto, nº 5, mai 1932, deuxième de couverture.
29 E. Loginova, « Foto-liubitel’— ‘v nogu s zhizn’iu’ ! », Sovetskoe foto, nº 7, 1er avr. 1929, pp. 199 sq.
30 « Pravo s”emki », Sputnik fotokora na 1932 god, Moscou, Zhurnalnogazetnoe ob”edinenie, 1931, pp. 159-163.
31 Margaret Bourke-White, Eyes on Russia, New York, Simon and Schuster, 1931, pp. 52, 74, 99, 101, 104, 107, 109 et 133.
32 Erika Wolf, « The Context of Early Soviet Photojournalism, 1923-1932 », Zimmerli Journal, nº 2, 2004, p. 116.
Haut de pageTable des illustrations
![]() |
|
|---|---|
| Titre | 1. Arkadi Chaïkhet, foule de correspondants et de reporters photographiques en excursion dans les usines de Moscou, couverture de Proletarskoe foto, no 1, janvier 1932 |
| Crédits | © Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1829/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 670k |
![]() |
|
| Titre | 2. « Photo-journal ‹ L’Œil d’une ouvrière › » et « Ouvrières de l’usine Drapeau rouge lisant leur journal », tiré de Sovetskoe foto, no 19, 6 octobre 1929, p. 605 |
| Légende | 4,7 x 13,4 cm et 4,2 x 13,4 cm. |
| Crédits | © Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1829/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 275k |
![]() |
|
| Titre | 3. Vues de journaux muraux tirées de Sovetskoe foto, no 9, mai 1931, pp. 202‑203 |
| Légende | 4,3 x 12,9 cm et 6,9 x 14 cm. |
| Crédits | © Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1829/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 581k |
![]() |
|
| Titre | 4. Semion Fridliand, La Brigade des ouvriers-correspondants, photomontage tiré de Proletarskoe foto, no 5, mai 1932, p. 32 |
| Crédits | © Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1829/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 592k |
![]() |
|
| Titre | 5. Mikhaïl Kalachnikov, forage électrique dans le Donbass, couverture de Proletarskoe foto, no 2, février 1932 |
| Crédits | © Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1829/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 519k |
Pour citer cet article
Référence papier
Emily Joyce Evans, « De la photographie amateur au mouvement des photo-correspondants. Sovetskoe foto et la transformation de la pratique photographique en URSS », Transbordeur, 4 | 2020, 60-69.
Référence électronique
Emily Joyce Evans, « De la photographie amateur au mouvement des photo-correspondants. Sovetskoe foto et la transformation de la pratique photographique en URSS », Transbordeur [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transbordeur/1829 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12gys
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page










