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La photographie ouvrière dans les Archives sociales suisses

Worker Photography in the Swiss Social Archives
Christian Koller
Traduction de Nicole Viaud
p. 94-103

Résumés

Les Archives sociales suisses, centre national de compétences pour l’histoire des mouvements sociaux et des mutations sociales, ont considérablement développé leur collection de sources audiovisuelles depuis 2003. La photographie ouvrière de la première moitié du XXe siècle y est amplement représentée. La collection comprend notamment des fonds de photographes amateurs ainsi que des successions de photographes professionnels travaillant sur commande. L’article se concentre plus particulièrement sur l’œuvre du photographe et cinéaste amateur Robert Risler qui, dans les années 1930, documenta les activités de la Jeunesse socialiste ouvrière à Zurich, mais aussi la guerre civile espagnole et les interventions humanitaires de la Suisse, ainsi que sur celui du photographe professionnel Ernst Koehli qui, entre 1930 et 1950, réalisa, pour le compte de syndicats, du Parti socialiste suisse, de L’Œuvre suisse d’entraide ouvrière et des services d’orientation professionnelle, aussi bien des portraits d’entreprises et de métiers que des documentations sur des mobilisations politiques en Suisse et des interventions humanitaires à l’étranger.

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Notes de la rédaction

Traduction de l’allemand par Nicole Viaud

Texte intégral

  • 1 Pour la Suisse, voir notamment Philippe Maeder, « La photographie du mouvement ouvrier et populaire (...)
  • 2 Lors d’une exposition de photographies consacrée au thème du travail réalisée il y a quelques année (...)

1La catégorie « photographie ouvrière » recouvre plusieurs aspects. Elle peut se rapporter en premier lieu aux photographes : des amateurs issus du monde ouvrier, qui opèrent à titre individuel ou en tant que membres d’associations de photographes ouvriers, ou bien des photographes professionnels liés sur le plan idéologique et/ou commercial avec des organisations du mouvement ouvrier1. Elle peut également désigner les sujets photographiés : la misère sociale, le travail dans les usines, l’habitat ouvrier, l’enfance ou la vieillesse, des reportages sur différents métiers et lieux de travail industriels2 ou des images représentant des actions politiques ainsi que les activités sociales d’organisations du mouvement ouvrier. Les intentions qui se cachent derrière la pratique de la « photographie ouvrière » peuvent également varier : à côté de la photographie « engagée », dont l’objectif est de dénoncer et d’interpeller ou que le mouvement aimerait utiliser à des fins de propagande au service de la lutte des classes, on trouve des associations de photographes ouvriers pour lesquels la photographie n’est autre qu’un hobby.

2 Ce caractère plurivoque de la notion de « photographie ouvrière », qui tourne autour de la dialectique entre le monde ouvrier « en soi » et le monde ouvrier « pour soi », fait que, dans une institution comme les Archives sociales suisses, vouées à des thèmes liés au travail, au mouvement ouvrier, aux questions sociales, mutations sociétales ou mouvements sociaux, un grand nombre de fonds visuels peuvent être considérés comme de la « photographie ouvrière ». Dans les pages qui suivent, après une présentation des Archives sociales suisses et de leur profil thématique, l’œuvre de deux photographes ouvriers zurichois, Robert Risler et Ernst Koehli, sera évoquée, en particulier leur travail des années 1930 aux années 1950.

1. Robert Risler, photomontage tiré de l’Exposition de la Jeunesse socialiste ouvrière (SAJ), Zurich, 1931

1. Robert Risler, photomontage tiré de l’Exposition de la Jeunesse socialiste ouvrière (SAJ), Zurich, 1931

Tirage argentique, 18 x 22 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5024-Fx-126).

Les Archives sociales suisses

  • 3 À propos de l’histoire de l’institution, voir Jacqueline Häusler, 100 Jahre soziales Wissen. Schwei (...)
  • 4 Voir Hans Hirter, « Die Streiks in der Schweiz in den Jahren 1880-1914. Quantitative Streikanalyse  (...)

3Fondée à Zurich en 1906 sous le nom de Centre de documentation sociale de la Suisse et rebaptisée Archives sociales suisses en 1942, l’institution est, depuis sa création, soutenue par une association non partisane, se démarquant ainsi des nombreuses institutions du même genre existant dans d’autres pays, souvent rattachées à des partis, des syndicats ou des fondations politiques3. Son principal fondateur, Paul Pflüger, réformateur social et pasteur de la banlieue ouvrière zurichoise de l’Aussersihl, plus tard membre du conseil administratif de la Ville, puis du Conseil national à Berne, s’inspire du Musée social de Paris, un think thank des sciences sociales avant la lettre, créé en 1894, qui comportait un musée, une bibliothèque et un centre de recherche. Dans un contexte où les conflits sociaux se multiplient – l’année de la fondation des Archives, en 1906, une vague de grèves déferle sur l’Europe, et de violentes émeutes auront lieu à Zurich4 –, une telle institution se doit de rassembler des connaissances dans le domaine des « questions sociales », afin d’impulser des réformes et de contribuer ainsi à l’équilibre au sein de la société.

  • 5 Fritz N. Platten et Miroslav Tucek, Das Schweizerische Sozialarchiv, s.l.n.d. [Zurich, 1971], p. 2.
  • 6 Schweizerisches Sozialarchiv (SozArch), archives de l’institution, rapport annuel 1910 du Centre de (...)
  • 7 Christian Koller, « Vor 100 Jahren. Lenin im Sozialarchiv », Sozialarchiv Info, no 1, 2016, pp. 4-1 (...)
  • 8 Christian Koller, « Bibliotheksgeschichte als histoire croisée. Das Schweizerische Sozialarchiv und (...)

4 En prévision de la création du centre, son premier directeur, Gustav Büscher, se rendit en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Belgique et aux États-Unis, afin d’étudier sur place le fonctionnement d’institutions similaires5. L’institution zurichoise reçut quant à elle des étrangers dès sa fondation. Le rapport annuel de 1910 relève la présence d’« un certain nombre d’hôtes étrangers venus de Suisse, d’Allemagne, de Suède, de Russie, d’Amérique, d’Angleterre et de Norvège. Ils sont vivement intéressés par notre institut et y ont trouvé des renseignements sur l’état du mouvement social en Suisse6 ». Avant et pendant la Première Guerre mondiale, on compte de grandes figures du mouvement ouvrier international parmi les usagers, en particulier des Russes en exil, notamment Lénine et Trotski7. Dans l’entre-deux-guerres, de nombreux exilés, parfois célèbres, ayant fui les pays fascistes viendront à leur tour consulter les Archives sociales, suivis, pendant la guerre froide, par des réfugiés du bloc de l’Est, dont le prix Nobel de littérature Alexandre Soljenitsyne. De 1968 à 1987, les Archives sociales seront d’ailleurs dirigées par un ancien diplomate tchécoslovaque, Miroslav Tuček, également secrétaire du parti social-démocrate tchèque en exil8.

  • 9 Voir Hanspeter Marti, « Schweizerisches Sozialarchiv, Zürich », in Urs B. Leu et al. (dir.), Handbu (...)
  • 10 Voir Anita Ulrich,« Zeitungsausschnittsammlungen – „Dokumentationen der Gegenwart für die Zukunft“  (...)

5 L’institution procède tout d’abord à l’acquisition de livres et de textes imprimés, veillant dès le début à documenter toutes les orientations politiques9. C’est ainsi que seront constitués des fonds de documents imprimés particulièrement riches sur les mouvements ouvriers en Suisse et dans le reste de l’Europe, les théories du socialisme, du communisme et de l’anarchisme, les Internationales politiques et syndicales, mais aussi les courants fascistes et antifascistes de l’entre-deux-guerres. Dès les années 1930 et particulièrement à partir de 1943, l’institution rassemble également une vaste collection de coupures de presse qui compte aujourd’hui 1,2 million d’articles10.

  • 11 Voir Urs Kälin, « Fixierte Bewegung? Soziale Bewegungen und ihre Archive », Arbido, no 3, 2007, pp. (...)

6 Le département des archives est créé dans les années 1970. Ses fonds ont considérablement augmenté depuis les années 1990 et comprennent aujourd’hui environ 800 archives de collectivités et des fonds privés11. Dans le domaine du mouvement ouvrier, citons par exemple les archives du Parti socialiste suisse, d’associations faîtières d’orientation syndicale (Union syndicale suisse, Confédération des syndicats chrétiens de Suisse, Union suisse des syndicats autonomes, Association suisse des salariés évangéliques), de la plupart des syndicats et des organisations du mouvement sportif et culturel ouvrier, des associations de femmes et de jeunes socialistes, de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) ainsi que du Parti suisse du travail et des plus importantes organisations de la Nouvelle Gauche. À cette liste viennent s’ajouter les successions des principaux représentants du mouvement ouvrier suisse, dont certains ont contribué de manière décisive à l’avènement d’une politique plus progressiste en matière de droits sociaux ainsi qu’à l’émancipation des femmes, tels que Herman Greulich (1842-1925), Fritz Brupbacher (1874-1945), Robert Grimm (1881-1958), Max Weber (1897-1974), Max Arnold (1909-1998), Hedi Lang (1931-2004) ou Ursula Koch (1941), ou encore d’illustres exilés socialistes comme Anna Siemsen (1882-1951) ou Ota Šik (1919‑2004).

  • 12 Voir Stefan Länzlinger, « Schweize risches Sozialarchiv. Die Abteilung Bild + Ton », Rundbrief Foto (...)
  • 13 Voir Christian Koller, « Digitales Sozialarchiv. Was bisher geschah », Sozialarchiv Info, no 1, 201 (...)
  • 14 Voir Archives sociales suisses, charte du 11 avril 2018 (en ligne : ‹ sozialarchiv.ch ›).

7 Depuis 2003, les Archives sociales collectionnent aussi systématiquement des documents audiovisuels12. En même temps, l’institution a opéré avec succès son entrée dans l’ère digitale avec la mise en ligne de tous ses catalogues et outils de recherche, des projets de numérisation rétroactive de magazines, journaux, photographies, films, vidéos, affiches et enregistrements sonores13. Au fil des décennies, les Archives sociales ont étendu leurs centres d’intérêt thématiques aux transformations sociales, politiques et culturelles ainsi qu’aux mouvements sociaux, en mettant l’accent sur l’histoire contemporaine suisse14. En 1970, elles comptent parmi les membres fondateurs de l’International Association of Labour History Institutions (IALHI). Quatre ans plus tard, elles ont été reconnues par la Confédération comme une infrastructure de recherche de premier plan dans ce domaine. Grâce à un legs important en 1999, elles ont pu constituer leur propre fonds de recherche. Les archives et la bibliothèque font aujourd’hui partie de l’Inventaire suisse des biens culturels d’importance nationale.

La photographie ouvrière conservée aux Archives sociales suisses

  • 15 SozArch Ar 150 Meyer, Edy (1877-1967) ; F 5008 Meyer, Edy (1877-1967).
  • 16 SozArch F 5500 Freytag, Hermann (1908-1972).
  • 17 Andreas Petersen, Radikale Jugend. Die sozialistische Jugendbewegung der Schweiz, 1900-1930. Radika (...)
  • 18 Stadtarchiv Zürich (dir.), Emil Acklin – Fotografie als Klassenkampf. Der fotografische Nachlass vo (...)

8Dans les fonds des Archives sociales suisses, la photographie ouvrière de la première moitié du XXe siècle est largement représentée. Outre les œuvres des deux photographes sur lesquels nous reviendrons, Robert Risler (1912-2005) et Ernst Koehli (1913-1983), citons notamment les fonds Edy Meyer (1877-1967)15 et Hermann Freytag (1908-1972)16. Edy Meyer, typographe de formation, fut l’une des principales figures de la Fédération suisse des organisations de jeunesse socialistes de 1912 à 1919 – le « père des jeunesses socialistes17 ». Il entre à cette époque en contact avec Willy Münzenberg et après la Première Guerre mondiale s’engage dans le mouvement de la culture prolétarienne. Son fonds contient de nombreuses photos de son entourage politique et privé, réalisées dès 1910. Quant à Hermann Freytag, jardinier de son état, il s’engage une génération plus tard dans le mouvement de la jeunesse ouvrière. Passionné de photographie, il décide d’en faire sa profession à la fin des années 1930 et devient photographe officiel de nombreuses organisations du mouvement ouvrier (syndicats, OSEO, parti socialiste, ou encore Faucons rouges [Rote Falken], mouvement de l’enfance ouvrière). Parallèlement, il travaille comme reporter photographe pour Meyers Modeblatt, un magazine féminin suisse alémanique qui paraîtra de 1924 à 2002. Du point de vue thématique, l’important fonds photographique que Hermann Freytag a légué aux Archives sociales se concentre sur les activités des organisations ouvrières et des associations de jeunesse ainsi que sur des sujets de la vie quotidienne (transports, bâtiments, infrastructures, activités professionnelles). Le fonds photographique d’Emil Acklin (1889-1976), photographe de la classe ouvrière communiste, qui compte environ 1 500 clichés et couvre les années 1930 et 1940, est pour sa part conservé aux Archives municipales de la Ville de Zurich18.

2. Robert Risler, membres de la Jeunesse socialiste ouvrière (SAJ) lors de la manifestation du 1er mai, Zurich, 1933

2. Robert Risler, membres de la Jeunesse socialiste ouvrière (SAJ) lors de la manifestation du 1er mai, Zurich, 1933

Tirage argentique, 12 x 17,5 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5024-Fx-068).

3. Ernst Koehli, couturière en train de confectionner une cravate, 1944

3. Ernst Koehli, couturière en train de confectionner une cravate, 1944

Négatif, 6 x 6 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5144-0751-Nb-001).

4. Ernst Koehli, atelier électromécanique Spälti Söhne & Co., circa 1941‑1950

4. Ernst Koehli, atelier électromécanique Spälti Söhne & Co., circa 1941‑1950

Négatif, 8 x 10 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5144-0260-Nc-005).

5. Hermann Freytag, « Pour l’égalité politique des femmes suisses », manifestation du 1er mai, Zurich, 1945

5. Hermann Freytag, « Pour l’égalité politique des femmes suisses », manifestation du 1er mai, Zurich, 1945

Tirage argentique, 12 x 17 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5047-Fb-383).

6. Ernst Koehli, rassemblement de protestation lors d’une grève des peintres, Zurich, 1953

6. Ernst Koehli, rassemblement de protestation lors d’une grève des peintres, Zurich, 1953

Tirage argentique, 11 x 17 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5047-Fb-041).

  • 19 SozArch Ar 596 Zürcher Amateur Fotographen (ZAFO) ; F 5137 Zürcher Amateur Fotografen (ZAFO).
  • 20 SozArch Ar 198.40 Thiel, Arnold (1912-1987) ; F_5083 Thiel, Arnold (1912-1987.
  • 21 SozArch F 5117 Eisenbahner Foto-, Film- und Videoamateure Schweiz (EFFVAS).
  • 22 Voir Marc Zollinger, „Wir sind das Auge unserer Klasse“. Arbeiterfotografie und Arbeiterfotografenb (...)

9Les associations de photographes ouvriers sont également présentes dans les fonds des Archives sociales, notamment grâce aux archives et à un fonds restreint de photographies de l’association des Photographes amateurs socialistes (Sozialistische Amateurfotographen), fondée dans les années 1930, qui sera rebaptisée Photographes amateurs zurichois (Zürcher Amateur Fotographen, ZAFO) dans les années 195019. Les Photographes amateurs socialistes organisaient régulièrement des concours de photos ainsi que des rencontres et des excursions. En 2015, l’association sera dissoute, après une baisse massive du nombre de ses adhérents amorcée dès les années 1980. Les Archives sociales conservent par ailleurs le fonds d’un membre de longue date des ZAFO, Arnold Thiel (1912-1987)20. Ouvrier dans une usine de machines zurichoise, il adhère à l’association en 1956 et participe régulièrement et avec succès à ses concours. Vers la fin de sa vie, Thiel entreprend de longs voyages, réalisant des reportages photographiques qu’il présente au public sous forme de diaporamas. Un fonds du même type provient de l’association des Cheminots photographes, cinéastes et vidéastes amateurs (Eisenbahner Foto-, Film- und Videoamateure Schweiz, EFFVAS), fondée en 1953 et qui existe encore aujourd’hui. Elle a jusqu’à présent remis aux Archives sociales environ 200 photographies réalisées dans le cadre des concours organisés entre 1975 et 199521. Le « Panoptikum zur Sozialgeschichte » enfin, une vaste collection de photographies, d’objets, d’archives et de littérature sur le mouvement ouvrier et la vie quotidienne en Suisse, constituée par le photographe Roland Gretler (1937-2018), est reprise par les Archives sociales en 2019. Il comprend, entre autres, les documents et les albums de photos de l’Union des ouvriers photographes (Arbeiterfotobundes Zürich, AFB). Cette association dont Emil Acklin fut l’un des fondateurs en 1929 et qui restera active jusque dans les années 1990, considérait explicitement l’appareil-photo comme un instrument de lutte des classes22.

  • 23 SozArch F 5107 Vogler, Gertrud (1936-2018) ; F 5110 Leibundgut, Helga (1943-2017) ; F 5111 Fries, M (...)

10 Succédant aux photographes ouvriers de la première moitié du XXe siècle, on trouve par ailleurs dans les Archives sociales différents fonds de photographes, dont Gertrud Vogler (1936-2018), Helga Leibundgut (1943-2017), Michel Fries (1954) ou Olivia Heussler (1957), qui ont documenté les mouvements sociaux, les problèmes sociétaux et des scènes de la vie quotidienne en Suisse à la fin du XXe siècle23. Parmi les thèmes qui dominent dans leurs œuvres, citons la révolte des jeunes à Zurich au début des années 1980, les milieux de la drogue, la seconde vague du féminisme, les réfugiés ou la pénurie de logements.

L’amateur et le professionnel : Robert Risler et Ernst Koehli

11Deux photographes incarnent bien la diversité de la photographie ouvrière en Suisse et ses développements dans le deuxième tiers du XXe siècle. Nés respectivement en 1912 et 1913, Robert Risler et Ernst Koehli font partie de la génération de socialistes dont l’éducation politique et sociale s’est faite dans l’entre-deux-guerres, alors que les associations ouvrières, la crise économique et la lutte contre le fascisme international sont à leur apogée. C’est à cette époque qu’ils commencent leur œuvre photographique. Dans l’après-guerre, ils assisteront à l’intégration croissante de la social-démocratie et des syndicats dans l’État bourgeois ainsi qu’à un essor économique durable.

  • 24 SozArch Ar 151 Risler, Robert (1912-2005).

12 Robert Risler grandit dans des conditions modestes dans un quartier ouvrier de Zurich et devient tout d’abord employé des postes, comme son père24. Très tôt, il s’engage dans le mouvement de la Jeunesse socialiste ouvrière (Sozialistischen Arbeiterjugend, SAJ). La guerre civile espagnole marque un tournant décisif dans sa carrière. Dès qu’elle éclate, sa sœur Margrit (1919-2003), militante auprès des Faucons rouges, part pour Barcelone. Elle travaillera au Secrétariat étranger du Parti socialiste unifié de Catalogne jusqu’en 1938. Robert Risler, quant à lui, participe à la fondation de l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), en 1936, en réaction à la misère de la guerre civile espagnole. Il s’engage tout d’abord comme bénévole au sein de l’association, en devient secrétaire à plein temps à partir de 1942 (dans l’après-guerre, il organisera notamment l’action Zurich aide Vienne [Zürich hilft Wien]), avant d’être nommé directeur de 1951 à 1974.

  • 25 SozArch F 1020 Risler, Robert (1912-2005) [son].
  • 26 SozArch F 9007 Risler, Robert (1912-2005) [film]. Voir Stefan Länzlinger et Thomas Schärer, „Stelle (...)

13 Cinéaste et photographe passionné, bien que pratiquement autodidacte – dans sa jeunesse, il apprend les rudiments du métier de photographe auprès de son professeur de l’école secondaire –, Risler documente les activités du mouvement ouvrier, en particulier de l’OSEO et de la SAJ, et réalise des enregistrements sonores de certaines de leurs manifestations25. Son œuvre cinématographique comporte des images impressionnantes de l’aide fournie par l’OSEO à l’Espagne : Images d’un orphelinat (Aus einem Kinderheim, 1938) ; Madrid 1, 2, 3 (1936) ; Les réfugiés d’Espagne (Spanien Flüchtlinge, 1936-1937). D’autres films documentent le 1er mai à Zurich (Journée rouge [Der rote Tag], 1934), la jeunesse ouvrière (Jeunesse rouge dans une Bienne rouge [Rote Jugend im Roten Biel], 1933), mais aussi la crise économique, tels Solidarité (Solidarität, 1933) et Des chômeurs réclament du travail (Arbeitslose verlangen Arbeit, 1935‑1936)26.

  • 27 A. Petersen, Radikale Jugend, op. cit., 2001.

14 L’œuvre photographique de Risler se concentre plus particulièrement sur la SAJ de Zurich. Après la scission du mouvement ouvrier à la fin de la Première Guerre mondiale, le mouvement des jeunes socialistes est quasiment dissous, ses membres rejoignant le parti communiste27. Durant les années 1920, différentes organisations de jeunes socialistes se développent en parallèle. À Zurich, la plus importante adopte le nom de Jeunesse socialiste ouvrière à partir de 1929, reprenant ainsi la terminologie existant en Allemagne et en Autriche. À son apogée, au début des années 1930, ce groupe affilié au parti socialiste compte environ 350 membres rien qu’à Zurich, dont la plupart ont moins de vingt ans et un tiers sont des femmes. À partir de 1933, la question du front unique avec les communistes suscite des tensions croissantes entre la SAJ et le parti socialiste, qui aboutissent à l’exclusion de la SAJ du parti en 1940. Quelques mois plus tard, le Conseil fédéral décide d’interdire la SAJ en Suisse, de même que les organisations communistes et trotskistes. Après la Deuxième Guerre mondiale, d’anciens membres se réuniront encore, ceci pendant des décennies, en tant qu’« anciens de la SAJ ».

  • 28 SozArch F 5024 Sozialistische Arbeiterjugend Zürich (SAJ).
  • 29 Urs Kälin, „Leben heißt kämpfen“. Bilder zur Geschichte der Sozialistischen Arbeiterjugend Zürich, (...)
  • 30 Ibid., pp. 168-171.

15 Des photographies de Risler font partie d’un fonds d’environ 180 photos documentant les activités de la SAJ28, principalement au début des années 1930. À cette époque, une Communauté de photographes (Fotogemeinschaft) – complètement indépendant de l’Union des ouvriers-photographes –  existe au sein de la SAJ. En décembre 1931, à l’occasion d’un Congrès des organisations de jeunesses socialistes suisses, elle organise une exposition de photographies consacrées aux activités de la SAJ29. Soixante-dix ans plus tard, lors d’une interview, Risler décrira les activités de cette Communauté de photographes en ces termes : « La photographie était une documentation de notre travail, et les gens s’y intéressaient beaucoup. Nous avons présenté les photos au Salon des jeunes. Nous faisions tout nous-mêmes –  développer, tirer et agrandir30. » La centaine de photos de Risler conservées dans le fonds illustrent aussi bien les activités politiques que la vie sociale au sein de la SAJ. Dans une série, on trouve des portraits de groupes, mais aussi de certains membres individuels de l’organisation, parfois des couples. Les activités de loisirs documentées comprennent des baignades, des séances de sport, des randonnées, des groupes chantant ou faisant de la musique ou du ski, dormant sous la tente ou se promenant à vélo. Bien que la SAJ se démarque clairement des groupes de jeunes bourgeois, ces photos rappellent fortement les activités de mouvements tels que le groupe des Wandervogel (Oiseaux migrateurs). Le travail politique comprenait des rencontres suprarégionales ou internationales avec d’autres organisations de jeunes socialistes – une photo de Risler, par exemple, documente un rassemblement à Francfort-sur-le-Main en 1931, qui dut être protégé des attaques des chemises brunes de triste mémoire par le Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold, une organisation paramilitaire républicaine qui arborait le drapeau noir-rouge-jaune, symbole de la démocratie. Une autre série de photos montre les membres de la SAJ défilant à l’occasion du 1er mai ou lors d’autres manifestations politiques – à noter qu’ils marchent en rangs serrés, revêtus d’uniformes et portant d’énormes drapeaux.

  • 31 Christoph Schlatter, « Fotograf seiner Klasse. Ernst Köhli dokumentierte in den 1940er und 1950er J (...)
  • 32 Thilo Koenig et Martin Gasser (dir.), Hans Finsler und die Schweizer Fotokultur. Werk, Fotoklasse, (...)

16 Ernst Koehli, lui aussi originaire de Zurich, est, à la différence de Risler, un photographe de formation, et il exercera son métier durant toute sa vie31. Après avoir accompli sa scolarité, il fréquente l’École des arts appliqués de Zurich – le cours préparatoire dès 1928, puis, de 1932 à 1934, la classe de photographie dirigée par Hans Finsler (1891-1972). Finsler est une figure centrale de la Nouvelle Photographie dans l’espace alémanique, et il jouera dans les années 1930 à 1950 un rôle important au sein du Werkbund suisse, auquel Koehli adhérera lui aussi en 1934. Parallèlement à son activité d’enseignant, Finsler gère un atelier travaillant pour des commandes, surtout de photos d’objets, de produits industriels ou d’architecture32. Son influence est omniprésente dans l’œuvre de Koehli.

  • 33 Christian Koller et Raymond Naef (dir.), Chronist der sozialen Schweiz. Ernst Koehli. Fotografien 1 (...)

17 Par sa famille, Koehli a des liens avec le milieu des syndicats socialistes : sa sœur Hedi (1907-1997), qui travaille pour le journal du parti Volksrecht, est une activiste syndicaliste, très engagée dans la défense des droits de la femme et, en 1942, elle épousera le fonctionnaire syndical et parlementaire socialiste Hermann Leuenberger (1901-1975). Après ses études à l’École des arts appliqués, Koehli réalise régulièrement des commandes pour différents syndicats, ainsi que la documentation des actions politiques et des manifestations du parti socialiste comme photographe indépendant33. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il voyage à l’étranger, sur mandat de l’OSEO, pour documenter en particulier les interventions humanitaires de l’association en Italie et en France. À partir de 1947, il enseigne brièvement à l’École des arts appliqués et, au cours des années 1950, accepte davantage de commandes d’entreprises, notamment pour le grand groupe de commerce de détail suisse, la Migros. Cette dernière fait alors une âpre concurrence aux coopératives de consommateurs (aujourd’hui réunies au sein du groupe COOP) et, sur le plan politique également, le parti social-libéral de l’Alliance des Indépendants, créé en 1935 par le fondateur de la Migros, Gottlieb Duttweiler, essaie de couper l’herbe sous le pied des membres des syndicats et du parti socialiste.

7. Hermann Freytag, cours de soudure syndical pour apprentis, 1962

7. Hermann Freytag, cours de soudure syndical pour apprentis, 1962

Tirage argentique, 17 x 23 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5027-Fc-034).

8. Ramassage des ordures, 1980

8. Ramassage des ordures, 1980

Tirage argentique, 30 x 40 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5117-Fe-289).

9. Rudolf Simonet, ouvrier préposé à l’entretien des voies, 1981

9. Rudolf Simonet, ouvrier préposé à l’entretien des voies, 1981

Tirage argentique, 22 x 31 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5117-Fe-171).

  • 34 SozArch F 5144 Koehli, Ernst (1913-1983).

18En 2016, le graphiste zurichois Raymond Naef a remis la vaste production de Koehli aux Archives sociales34, qui possèdent également de nombreuses photos de ce dernier dans les archives photographiques de différents syndicats ainsi que de l’OSEO. Une part importante de ses images documentent des mobilisations du mouvement ouvrier des années 1930 à 1950 – manifestations, rassemblements, conférences des associations ou grèves. Koehli se concentre généralement sur certains orateurs ou oratrices et leur public, ou sur des cortèges de manifestants marchant au pas. Les scènes souvent chaotiques et parfois violentes des manifestations de rues des années 1930 et de la fin des années 1940 en sont absentes. Une autre part de l’œuvre de Koehli est constituée de reportages sur le monde du travail et de l’entreprise. À la demande des syndicats ainsi que de l’Office du conseil professionnel de la Ville de Zurich, dans les années 1930 à 1950, Koehli fait le portrait d’un grand nombre d’entreprises et de métiers pratiqués dans le secteur industriel et celui des services. On y voit des lieux de travail aussi différents que l’usine à gaz de Schlieren gérée par la Ville de Zurich, la manufacture de porcelaine de Langenthal, l’orchestre de la radio nationale suisse alémanique de Beromünster, l’usine de machines Brown Boveri à Baden, la compagnie aérienne Swissair ou la manufacture de tabac de Beinwil ; y sont représentés des métiers aussi variés que les couseuses de cravates, les poseurs de câbles de la Société des postes et télécommunications nationale (PTT), les infirmières ou les tourneurs de l’usine de machines Bührle à Zurich-Oerlikon. Entre la fin des années 1940 et le début des années 1950, Koehli témoigne dans divers reportages des multiples engagements de l’OSEO dans l’après-guerre. C’est ainsi qu’il photographie l’arrivée d’enfants provenant de pays dévastés par la guerre pour des séjours de convalescence en Suisse, l’aide à la reconstruction des localités détruites en Normandie, l’orphelinat de Pringy en Savoie, géré par l’OSEO, une collecte de jouets pour les enfants réfugiés à Zurich, ou encore des cours de l’OSEO pour des réfugiés de guerre venus de l’Est ou pour les jardinières d’enfants italiennes. Les photographies de Koehli documentent aussi la vie des ouvriers en dehors de leur travail, notamment les activités de loisirs proposées par les diverses organisations du mouvement ouvrier, ou à leur retraite. Il réalise des reportages sur des hospices de vieillards autant que sur les assemblées de retraités organisées dans l’après-guerre pour réclamer un renforcement de l’Assurance-vieillesse et survivants (AVS), créée en 1948.

  • 35 Voir Céline Angehrn, « Berufsbilder. Das Tableau der modernen Arbeit », in Brigitta Bernett et Jako (...)

19 Si les photos de Risler, comme celles de Koehli, appartiennent incontestablement au genre de la photographie ouvrière, elles occultent en revanche en grande partie le sujet de la misère ouvrière. Risler l’aborde dans ses films documentaires, dans lesquels il a su capter le désespoir des chômeurs suisses ainsi que les horreurs de la guerre civile espagnole, mais dans ses photographies, ces sujets sont, dans le meilleur des cas, traités indirectement, par exemple lorsqu’il représente des banderoles de manifestations portant des slogans y faisant allusion. La majorité des images de Koehli montrent, quant à elles, un monde ouvrier qui vit une période d’ascension sociale et politique, ainsi qu’en témoignent les énormes manifestations et rassemblements du mouvement ouvrier où les revendications sont exprimées avec fermeté, et les reportages sur les lieux de travail, qui soulignent la productivité de l’industrie suisse et la spécialisation croissante des profils professionnels35. Dans les reportages sur le mouvement ouvrier et ses sous-organisations réalisés par Koehli, les pauvres et les plus faibles, par exemple les enfants victimes de la guerre ou les retraités, sont soutenus politiquement et matériellement, mais ses photographies n’accusent pas – elles propagent l’assurance d’un avenir meilleur.

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Notes

1 Pour la Suisse, voir notamment Philippe Maeder, « La photographie du mouvement ouvrier et populaire des années 1970 à travers l’expérience de l’agence Fotolib, à Lausanne », Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier, no 31, 2015, pp. 141-147 ; Interfoto, Nos rêves sont plus longs que vos nuits, Lausanne, Éditions d’en bas, 2018.

2 Lors d’une exposition de photographies consacrée au thème du travail réalisée il y a quelques années, le Musée national suisse évita toutefois d’utiliser ce terme. Voir Arbeit. Fotografien aus der Schweiz, 1860-2015/Le Travail. Photographies provenant de Suisse, 1860-2015, cat. exp. (11 sept. 2015-3 janv. 2016, Zurich, Musée national suisse), Zurich, Limmat Verlag, 2015.

3 À propos de l’histoire de l’institution, voir Jacqueline Häusler, 100 Jahre soziales Wissen. Schweizerisches Sozialarchiv 1906-2006, Zurich, Schweizerisches Sozialarchiv, 2006.

4 Voir Hans Hirter, « Die Streiks in der Schweiz in den Jahren 1880-1914. Quantitative Streikanalyse », in Erich Gruner (dir.), Arbeiterschaft und Wirtschaft in der Schweiz 1880-1914. Soziale Lage, Organisation und Kämpfe von Arbeitern und Unternehmern, politische Organisationen und Sozialpolitik, vol. II/2, Zurich, Chronos, 1988, pp. 837-1008 ; Christian Koller, Streikkultur. Performanzen und Diskurse des Arbeitskampfes im schweizerisch -österreichischen Vergleich (1860-1950), Münster, LIT, 2009, pp. 131-158.

5 Fritz N. Platten et Miroslav Tucek, Das Schweizerische Sozialarchiv, s.l.n.d. [Zurich, 1971], p. 2.

6 Schweizerisches Sozialarchiv (SozArch), archives de l’institution, rapport annuel 1910 du Centre de documentation sociale de la Suisse à Zurich, Seilergraben 31, p. 1.

7 Christian Koller, « Vor 100 Jahren. Lenin im Sozialarchiv », Sozialarchiv Info, no 1, 2016, pp. 4-10.

8 Christian Koller, « Bibliotheksgeschichte als histoire croisée. Das Schweizerische Sozialarchiv und das Phänomen des Exils », in Rafael Ball et Stefan Wiederkehr (dir.), Vernetztes Wissen – Online. Die Bibliothek als Managementaufgabe, Berlin, De Gruyter Saur, 2015, pp. 365-392.

9 Voir Hanspeter Marti, « Schweizerisches Sozialarchiv, Zürich », in Urs B. Leu et al. (dir.), Handbuch der historischen Buchbestände in der Schweiz, vol. 3, Hildesheim, Olms-Weidmann, 2011, pp. 317-325, Christian Koller, « Weder Zensur noch Propaganda. Der Umgang des Schweizerischen Sozialarchivs mit rechtsextremem Material », LIBREAS. Library Ideas, no 35, 2019.

10 Voir Anita Ulrich,« Zeitungsausschnittsammlungen – „Dokumentationen der Gegenwart für die Zukunft“ », Schweizerische Zeitschrift für Geschichte, vol. 60, no 1, 2010, pp. 13-22, ainsi que le portail numérique de la documentation (en ligne : ‹ sachdokumentation.ch ›).

11 Voir Urs Kälin, « Fixierte Bewegung? Soziale Bewegungen und ihre Archive », Arbido, no 3, 2007, pp. 74-77 ; Anita Ulrich, « Le ‹Schweizerisches Sozialarchiv›. Stratégies de conservation et de valorisation des archives du mouvement ouvrier », in Alda De Giorgi et al. (dir.), Archives, histoire et identité du mouvement ouvrier, Genève, Collège du travail, 2006, pp. 92-101, ainsi que le catalogue du département (en ligne : ‹ findmittel.ch ›).

12 Voir Stefan Länzlinger, « Schweize risches Sozialarchiv. Die Abteilung Bild + Ton », Rundbrief Fotografie, vol. 19, no 3, 2012, pp. 17-21 ; Id., « Audiovisuelle Privatarchive im Schweizerischen Sozialarchiv », Memoriav Bulletin, no 25, 2018, pp. 16-18 ainsi qu’en ligne : ‹ bild-video-ton.ch ›.

13 Voir Christian Koller, « Digitales Sozialarchiv. Was bisher geschah », Sozialarchiv Info, no 1, 2018, pp. 12-15.

14 Voir Archives sociales suisses, charte du 11 avril 2018 (en ligne : ‹ sozialarchiv.ch ›).

15 SozArch Ar 150 Meyer, Edy (1877-1967) ; F 5008 Meyer, Edy (1877-1967).

16 SozArch F 5500 Freytag, Hermann (1908-1972).

17 Andreas Petersen, Radikale Jugend. Die sozialistische Jugendbewegung der Schweiz, 1900-1930. Radikalisierungsanalyse und Generationentheorie, Zurich, Chronos, 2001.

18 Stadtarchiv Zürich (dir.), Emil Acklin – Fotografie als Klassenkampf. Der fotografische Nachlass von Emil Acklin (1889-1976), arché, no 2, 2018.

19 SozArch Ar 596 Zürcher Amateur Fotographen (ZAFO) ; F 5137 Zürcher Amateur Fotografen (ZAFO).

20 SozArch Ar 198.40 Thiel, Arnold (1912-1987) ; F_5083 Thiel, Arnold (1912-1987.

21 SozArch F 5117 Eisenbahner Foto-, Film- und Videoamateure Schweiz (EFFVAS).

22 Voir Marc Zollinger, „Wir sind das Auge unserer Klasse“. Arbeiterfotografie und Arbeiterfotografenbund Zürich, 1926-1939, mémoire de licence, Université de Zurich, 1993 ; Id., « Innen und Außen. Arbeiterfotografenbund Zürich 1929-1939 », Soziographie, vol. 6, no 1, 1993, pp. 3-55 ; « Arbeiter-Foto-Bund Zürich », Arbeiterfotografie, vol. 19, no 71-72, 1992, pp. 20-35 ; Heraus aus Dreck, Lärm und Gestank. Fotoausstellung zu Alltag und Arbeiterbewegung in der Schweiz, Zurich, Bildarchiv und Dokumentation zur Geschichte der Arbeiterbewegung, 1987.

23 SozArch F 5107 Vogler, Gertrud (1936-2018) ; F 5110 Leibundgut, Helga (1943-2017) ; F 5111 Fries, Michel ; F 5148 Heussler, Olivia.

24 SozArch Ar 151 Risler, Robert (1912-2005).

25 SozArch F 1020 Risler, Robert (1912-2005) [son].

26 SozArch F 9007 Risler, Robert (1912-2005) [film]. Voir Stefan Länzlinger et Thomas Schärer, „Stellen wir diese Waffe in unseren Dienst“. Film und Arbeiterbewegung in der Schweiz, Zurich, Chronos, 2009, pp. 108-110, 140 sq., 147 ; May B. Broda, Filmen ohne einen roten Rappen. Robert Risler über seine Filme, vidéo, Zurich 2001 ; Id., « Filmic Communication. Historians and Swiss Worker Movies of the 1930s and 1940s », in Kurt Deggeler et al. (dir.), Gehört –  Gesehen. Das audiokulturelle Erbe und die Wissenschaft/Heard – Seen. The Uses of Digitised Archives for the Sciences, Baden, hier + jetzt, 2007, pp. 74-86.

27 A. Petersen, Radikale Jugend, op. cit., 2001.

28 SozArch F 5024 Sozialistische Arbeiterjugend Zürich (SAJ).

29 Urs Kälin, „Leben heißt kämpfen“. Bilder zur Geschichte der Sozialistischen Arbeiterjugend Zürich, 1926-1940, Zurich, Chronos, 2001, pp. 104-106, 168.

30 Ibid., pp. 168-171.

31 Christoph Schlatter, « Fotograf seiner Klasse. Ernst Köhli dokumentierte in den 1940er und 1950er Jahren die arbeitende und die soziale Schweiz », VPOD-Magazin, juin 2016, pp. 11-15.

32 Thilo Koenig et Martin Gasser (dir.), Hans Finsler und die Schweizer Fotokultur. Werk, Fotoklasse, Moderne Gestaltung 1932-1960, cat. exp., Zurich, gta Verlag, 2006.

33 Christian Koller et Raymond Naef (dir.), Chronist der sozialen Schweiz. Ernst Koehli. Fotografien 1933-1953, Baden, hier + jetzt, 2019.

34 SozArch F 5144 Koehli, Ernst (1913-1983).

35 Voir Céline Angehrn, « Berufsbilder. Das Tableau der modernen Arbeit », in Brigitta Bernett et Jakob Tanner (dir.), Ausser Betrieb. Metamorphosen der Arbeit in der Schweiz. Eine Publikation des Schweizerischen Sozialarchivs, Zurich, Limmat Verlag, 2015, pp. 109-124.

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Table des illustrations

Titre 1. Robert Risler, photomontage tiré de l’Exposition de la Jeunesse socialiste ouvrière (SAJ), Zurich, 1931
Légende Tirage argentique, 18 x 22 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5024-Fx-126).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 441k
Titre 2. Robert Risler, membres de la Jeunesse socialiste ouvrière (SAJ) lors de la manifestation du 1er mai, Zurich, 1933
Légende Tirage argentique, 12 x 17,5 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5024-Fx-068).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 417k
Titre 3. Ernst Koehli, couturière en train de confectionner une cravate, 1944
Légende Négatif, 6 x 6 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5144-0751-Nb-001).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 610k
Titre 4. Ernst Koehli, atelier électromécanique Spälti Söhne & Co., circa 1941‑1950
Légende Négatif, 8 x 10 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5144-0260-Nc-005).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 412k
Titre 5. Hermann Freytag, « Pour l’égalité politique des femmes suisses », manifestation du 1er mai, Zurich, 1945
Légende Tirage argentique, 12 x 17 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5047-Fb-383).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 326k
Titre 6. Ernst Koehli, rassemblement de protestation lors d’une grève des peintres, Zurich, 1953
Légende Tirage argentique, 11 x 17 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5047-Fb-041).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 302k
Titre 7. Hermann Freytag, cours de soudure syndical pour apprentis, 1962
Légende Tirage argentique, 17 x 23 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5027-Fc-034).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 314k
Titre 8. Ramassage des ordures, 1980
Légende Tirage argentique, 30 x 40 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5117-Fe-289).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 482k
Titre 9. Rudolf Simonet, ouvrier préposé à l’entretien des voies, 1981
Légende Tirage argentique, 22 x 31 cm. Zurich, Archives sociales suisses (F 5117-Fe-171).
URL http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1851/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 843k
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Pour citer cet article

Référence papier

Christian Koller, « La photographie ouvrière dans les Archives sociales suisses »Transbordeur, 4 | 2020, 94-103.

Référence électronique

Christian Koller, « La photographie ouvrière dans les Archives sociales suisses »Transbordeur [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transbordeur/1851 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12gyv

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Auteur

Christian Koller

Christian Koller est directeur des Archives sociales suisses, professeur titulaire d’histoire moderne à l’Université de Zurich et chargé de cours auprès d’Unidistance Suisse. Ouvrages récemment parus : Histoire du sport en Suisse. État des lieux et perspectives (avec T. Busset et M. Jucker, 2019) ; Pop. La bande-son de l’histoire contemporaine (avec E. Keller, G. Bernasconi et J.-F. Missfelder, 2019) et Chronist der sozialen Schweiz. Fotografien von Ernst Koehli, 1933-1953 (avec R. Naef, 2019).
Christian Koller is the director of the Swiss Social Archives, tenured professor of Modern History at the University of Zurich, and part-time lecturer at Unidistance Suisse. He has recently co-published Histoire du sport en Suisse. État des lieux et perspectives (with T. Busset and M. Jucker, 2019); Pop. La bande-son de l’histoire contemporaine (with E. Keller, G. Bernasconi and J.-F. Missfelder, 2019); and Chronist der sozialen Schweiz. Fotografien von Ernst Koehli, 1933–1953 (with R. Naef, 2019).

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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