Appareils défectueux et images floues (Kodak, l’autre nom de la décolonisation en Afrique de l’Ouest ?)
Résumés
L’usage de matériel défectueux et de fourniture périmée distribués par les firmes françaises en Afrique de l’Ouest dans les années 1960 a créé une esthétique propre, un art de la photographie qui échappe volontairement aux normes occidentales de la photographie jugée réussie, dont les images de Seydou Keïta sont révélatrices. Ce jeu sur les effets visuels de ce matériel photographique a marqué aussi une nouvelle génération attirée par la « photographie des choses politiques », attachée à rendre compte d’une évolution de la société et de la politique des pays comme le Sénégal et le Mali en pleine décolonisation. En abordant l’appareil photo défectueux à la fois comme une réalité historique et un objet théorique, cet article entend montrer que la photographie ne constitue ni une pratique ni une technologie proprement européenne et proposer une nouvelle façon de voir les relations entre capitalisme, marketing et décolonisation.
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Mots-clés :
Afrique de l’Ouest, Kodak, studios photographiques, décolonisation, technique, matériel défectueuxPlan
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Traduction de l’anglais par Jean-François Caro
Texte intégral
« Tout le bon matériel »
- 1 Michelle Lamunière, You Look Beautiful Like That. The Portrait Photographs of Seydou Keïta and Mali (...)
- 2 Tanya Elder, Capturing Change. The Practice of Malian Photography, 1930s-1960s, Linköping, Linköpin (...)
1Commençons par un appareil spécifique : celui qu’acheta Seydou Keïta à Bamako en 1948, une chambre grand format de 13 x 18 cm. Avant de l’acquérir, Keïta avait eu plusieurs appareils. Le tout premier était un Kodak Brownie, que son oncle Tiemoko avait rapporté d’un voyage au Sénégal en 1935. Après le Brownie, Keïta acheta un boîtier équipé de plaques de verres de 6 x 9 cm, puis après cela, un appareil d’occasion moyen format réalisant des clichés de 9 x 12 cm1. En 1948, ce fut la chambre grand format de 13 x 18 cm, qu’il acheta en seconde main auprès de l’homme d’affaires et photographe français Pierre Garnier, propriétaire depuis 1935 d’un magasin de matériel photographique et d’un studio à Bamako2. Son père, Jules Garnier, avait ouvert la première pharmacie à l’occidentale de Bamako et Pierre Garnier avait commencé sa carrière en vendant du matériel photographique dans l’arrière-boutique de la pharmacie paternelle, avant d’élargir ses activités avec un laboratoire photo commercial, là aussi, le premier de Bamako.
- 3 Voir André Magnin (dir.), Seydou Keïta, Zurich, Scalo, 1997, pp. 9-14 ; M. Lamunière, You Look Beau (...)
- 4 T. Elder, Capturing Change, op. cit., p. 71.
2 Aujourd’hui, Pierre Garnier occupe une place prépondérante dans les textes critiques et les catalogues d’exposition consacrés à Keïta qui, au milieu des années 1990, devint une figure mondiale quand les galeries et musées nord-américains et européens commencèrent à exposer ses portraits de studio. Dans trois entretiens accordés avant son décès en 2001, Keïta évoque à plusieurs reprises sa dette envers Garnier, qui l’avait encouragé à devenir photographe professionnel3. Au début de sa carrière, avant de maîtriser les techniques de développement et de tirage, Keïta apportait ses pellicules au technicien de Garnier, Monsieur Dial. Leur laboratoire développait également les travaux de photographes des régions voisines, dont la Côte d’Ivoire, le Dahomey (l’actuel Bénin) et le Togo4. Dans ces mêmes entretiens, en plus de décrire en détail les encouragements, les conseils et les différents services que lui prodiguait Garnier, Keïta exprime sa gratitude envers le Français pour lui avoir vendu son appareil favori.
3 Dans un texte publié dans le catalogue d’une exposition consacrée à Keïta et Malick Sidibé dont elle fut la commissaire à l’université de Harvard en 2001, Michelle Lamunière fait remarquer que l’appareil que Garnier vendit à Keïta en 1948 n’était pas simplement de seconde main, il était aussi défectueux :
- 5 M. Lamunière, You Look Beautiful Like That, op. cit., p. 24.
L’obturateur était endommagé, si bien que pour prendre une photo, […] il devait retirer le capuchon de l’objectif pour exposer la pellicule. Au départ, se souvient-il, Keïta gaspillait beaucoup de pellicule, mais au fur et à mesure, par tâtonnements, [il] a appris à déchiffrer les niveaux de luminosité et ainsi déterminer le temps d’exposition adéquat. [Après 1949,] toutes les photographies [de Keïta] étaient réalisées de cette manière5.
- 6 Seydou Keïta, cité dans M. Lamunière, ibid., pp. 45-46.
- 7 T. Elder, Capturing Change, op. cit., p. 72.
4Aujourd’hui, la gratitude exprimée par Keïta envers Garnier éveille en nous une certaine ambivalence, même si le photographe avait parfaitement compris, au moment de son achat, que l’homme d’affaires lui vendait un appareil endommagé. Ce qui ne l’empêcha pas de déclarer dans un entretien que « si je devais citer une seule personne qui m’a tout appris, ce serait Pierre Garnier. Il m’a vendu tout le bon matériel6 ». Interviewé par Tanya Elder à Bamako au début des années 1990, le photographe déclara qu’à ses débuts, la plupart de ses pairs possédaient des appareils de seconde main : « À part les Européens, personne ici n’avait les moyens de s’acheter un appareil neuf7. »
- 8 Voir ibidem. L’omniprésence des appareils et du matériel défectueux dans toute la région fut consta (...)
- 9 Rappelons que le terme « Afrique occidentale française » (AOF) renvoie à l’entité administrative co (...)
5 Ces anecdotes au sujet de l’appareil que Keïta acheta à Garnier viennent confirmer un fait désormais bien connu dans l’histoire de la photographie en Afrique de l’Ouest : bon nombre des appareils utilisés par les contemporains de Keïta étaient défectueux8. Au milieu du XXe siècle en particulier, alors que les appareils et le matériel photographiques devenaient des objets de consommation vendus sur le marché mondial, les hommes d’affaires européens présents dans les colonies et les fournisseurs implantés en France métropolitaine vendaient délibérément des appareils endommagés et du matériel défectueux (pellicules et papiers périmés) aux photographes de l’Afrique occidentale française (AOF)9, ce qui leur permettait d’écouler des articles de seconde main, qu’ils soient remis à neuf, périmés ou en passe de l’être. En faisant baisser les prix des appareils et du matériel photographiques et en les rendant plus accessibles aux photographes africains, ce commerce contribua à la démocratisation de la photographie dans un monde en voie de décolonisation.
6 D’un point de vue théorique, la présence de tous ces appareils défectueux dans la région brouille les grilles de lecture, pour la plupart explicitement eurocentrées, qui aujourd’hui encore dominent l’histoire de la photographie. Cette histoire tient à une conception linéaire du développement technologique de la photographie – et plus particulièrement au postulat d’une évolution uniforme déterminée par les améliorations mécaniques et technologiques. Il est possible, certes, de concevoir la domination coloniale et ses violences – c’est-à-dire, dans un tel contexte, la vente aux Africains des appareils défectueux et du matériel endommagé pour le profit des Français – comme une rupture temporaire de cette histoire linéaire. Une fois libérée, l’Afrique aura ses appareils tout neufs dont les obturateurs fonctionneront parfaitement.
- 10 Pour un développement de ces arguments, voir Jennifer Bajorek, Unfixed. Photography and Decolonial (...)
7 Mais je propose une autre lecture. La présence de tous ces appareils défectueux ne nous indiquerait-elle pas une autre relation, inédite et moins évidente, entre la photographie et l’émancipation de l’Afrique ? Les « défauts » mêmes de ces appareils n’auraient-ils pas fait avancer le processus de décolonisation, en rendant la technologie plus accessible aux Africains et en ouvrant vers des interprétations nettement différentes de l’image photographique ? Pour développer ce propos, j’analyserai, sur la base des entretiens que j’ai pu mener, les interactions entre les stratégies de marketing et le processus de démocratisation de la photographie dans la région, avec un accent porté sur les dimensions explicitement politiques de ces interactions à l’aube de la décolonisation10.
8 Dans la continuité de ce premier argument, j’évoquerai ensuite un autre type de photographie pratiquée dans la période qui a entouré la décolonisation, que mes interlocuteurs nomment les « photographies des choses politiques » et qui forment une catégorie particulière (fig. 1). Il s’agissait, pour les photographes d’Afrique de l’Ouest et leur public, d’appréhender une production d’images documentaires d’une autre manière que ne le sont des prises de vues équivalentes réalisées par leurs homologues européens. Si l’on s’en tient aux paradigmes dominants et eurocentrés, on pourra trouver ces photographies politiques rudimentaires ou imprécises, manquant de technique, alors que cette production est en réalité une manière différente de s’approprier la « chose politique », le mouvement de l’histoire. Leurs « défauts » témoignent d’une approche qui ne se fonde pas sur l’inscription nette et précise sur la surface photosensible des événements pris au moment où ils se déroulent, mais sur l’anticipation encore floue d’un futur annoncé d’émancipation politique ou sur l’expérience esthétique d’une émancipation en cours, une « décolonialité » fondée sur une anticipation ou une réalisation en images de la décolonisation de l’Afrique de l’Ouest.
1. Deux photographes – vraisemblablement Européen et Africain – en concurrence pour la même prise de vue, Ziguinchor, Sénégal, circa 1963‑1966
Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye.
© Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine)
Le client « numéro un » de Kodak
9La vente d’appareils photos endommagés comme celui de Keïta avait pour contexte l’émergence de consommateurs de classe populaire en Afrique de l’Ouest. Ce type de vente suggère également que les photographes du pays et leurs clients entretenaient une relation particulière avec la métropole – une relation dont j’ai pu me rendre compte en 2008 à Saint-Louis, au Sénégal, où j’ai réalisé une série d’entretiens avec Guibril André Diop, fils du célèbre photographe local Mouhamadou (Doudou) Diop, propriétaire depuis le début des années 1950 d’un studio réputé dans le quartier de Sor. André Diop et moi avons longuement évoqué les liens que son père avait noués avec France Photo, un fournisseur basé à Neuilly-sur-Seine, en banlieue parisienne, spécialisé dans les pellicules et les papiers Kodak. Ce distributeur proposait également différents produits Agfa. En 2008, factures, bons de commande et déclarations douanières à l’appui, André était fier de pouvoir dire que son père était « le [client] numéro un de Kodak » dans la région.
- 11 Voir T. Elder, Capturing Change, op. cit., pp. 186-187.
10 Doudou Diop achetait des pellicules et des papiers par correspondance, mais aussi – comme l’indiquent les archives de son studio – des appareils photo, plusieurs agrandisseurs, ainsi qu’une caméra 16 mm. À cette époque, peu de photographes de l’AOF entretenaient de telles relations avec un fournisseur basé en France métropolitaine. Dans les années 1950, la plupart des photographes locaux des grandes villes telles que Saint-Louis, Dakar, Cotonou, Porto-Novo ou Ouidah se procuraient leurs fournitures et leur matériel auprès de revendeurs de la région (comme Keïta et Garnier à Bamako). À Dakar et Saint-Louis, les vieux comptoirs commerciaux de Bordeaux tels que Peyrissac ou Maurel & Prom, fondés à l’époque de la traite atlantique, persistaient. Dans le même temps, les fournisseurs de la métropole soignaient leurs relations avec les photographes vivant dans les colonies françaises – des liens qui se généralisèrent progressivement11. Les contacts de Diop avec France Photo étaient facilités par son niveau d’études – et par conséquent sa maîtrise du français – ainsi que par le poste de comptable qu’il occupait dans la base militaire française de la ville. Tous les ans, le photographe passait commande en suivant une procédure bien définie : France Photo lui faisait parvenir par courrier la date de passage au Sénégal de leur commis ambulant, trois à quatre mois à l’avance, puis envoyait un catalogue sous pli séparé ; Diop renvoyait ensuite sa sélection ; enfin, le commis livrait la commande à son arrivée à Dakar, alors capitale de l’AOF.
- 12 Je suis très reconnaissante envers Leslie Rabine de m’avoir signalé ce détail.
11 En 2008, à Saint-Louis, j’ai consulté (et photographié) des documents liés aux activités commerciales du studio de Diop, et notamment à ses achats. On y trouve un courrier de France Photo envoyé en 1956 qui indique la date de passage du commis ambulant et informe de l’envoi imminent d’un catalogue. Datée du 18 septembre, la lettre annonce que le représentant arrivera au Sénégal au mois de décembre. Le catalogue fourni par France Photo n’est cependant pas le tout dernier, mais celui de l’année précédente, 195512. Cela signifiait non seulement que le matériel proposé n’était pas du dernier cri, mais aussi que les pellicules et les papiers présentés approchaient leur date de péremption, voire l’avaient déjà dépassée. Ce qui, à première vue, est une relation parfaitement normale entre l’entreprise de Neuilly-sur-Seine et son client sénégalais s’apparente aussi une stratégie commerciale visant à liquider les invendus, et ainsi réaliser une bonne affaire qui justifiait l’envoi, chaque année, d’un représentant au Sénégal.
12 À l’instar de l’appareil photo endommagé de Keïta, cette lettre de France Photo vient confirmer que la vente de matériel défectueux ou obsolète n’avait rien d’inhabituel dans la région. Elle attire également l’attention sur les tensions commerciales entre les intérêts des hommes d’affaires français installés sur place – des colons au profil semblable à celui de Garnier qui contrôlaient l’accès des photographes africains au matériel – et ceux des fabricants et des fournisseurs en métropole. Ces tensions auxquelles étaient confrontés les photographes en Afrique occidentale, contrairement à leurs homologues travaillant en France, suggèrent une autre spécificité de l’histoire de la photographie dans cette région. Celle-ci doit donc être envisagée dans un contexte plus large, marqué par des liens sociaux, économiques et politiques, à l’origine de nouveaux rapports entre les photographes d’Afrique de l’Ouest et les agences commerciales de la métropole, sans perdre de vue son cadre géographique et historique spécifique.
- 13 Voir Érika Nimis, « Bamako. Photo de famille franco-malienne », Africultures, vol. 1, no 83, 2010, (...)
13 Avant la Seconde Guerre mondiale, les fabricants et les fournisseurs français avaient déjà étudié les retombées financières potentielles de la vente d’objectifs, d’appareils et de fournitures photographiques en Afrique occidentale, alors que le marché européen subissait une récession13. Au début des années 1950, comme le montrent plusieurs documents d’archives, les fabricants et les marchands de la métropole ciblaient expressément la clientèle africaine. En 1951, Pontiac, une marque française spécialisée entre autres dans les objectifs, relocalisa l’ensemble de sa production à Casablanca, insérant au passage des slogans tels que « fabriqué pour vous en Afrique » dans des publicités destinées de plus en plus explicitement au marché africain (fig. 2). Un encart promotionnel de Cinéa-Photo – un magasin de matériel photographique à Dakar – publié dans le magazine Bingo en janvier 1960 soulignait la résistance de certaines pellicules (Perutz) et papiers (Mimosa) aux climats tropicaux : « Les seules émulsions sensibles pour le climat chaud et humide » (fig. 3).
2. Annonce publicitaire présentant le Pontiac Bloc Métal, parue dans la revue Bingo, no 10, nov. 1953, p. 16
© Bibliothèque nationale de France, Paris © courtoisie de Michel de Breteuil
3. Annonce publicitaire présentant le Cinéa-Photo, un magasin de matériel photographique situé à Dakar, parue dans la revue Bingo, no 84, janv. 1960, p. 46
© Bibliothèque nationale de France, Paris © courtoisie de Michel de Breteuil
14D’autres publicités publiées dans la presse, dont certaines mettent expressément en scène des Africains (et non des Afro-américains ou des Maghrébins), illustrent l’intensification des efforts de marketing auprès de ces consommateurs tout au long des années 1950. À l’époque des proclamations d’indépendance, la marque Ilford fabriquait (en Angleterre semble-t-il) une gamme de papiers baptisée Obi Brothers, vraisemblablement créée spécialement – ou du moins principalement – pour les marchés nigérian et camerounais. Malgré le peu d’informations que l’on dispose sur ces produits, les canaux de distribution des papiers Obi Brothers suggèrent que les fabricants ciblaient explicitement une clientèle africaine et nourrissaient de grandes ambitions commerciales vis-à-vis de ce marché.
15 Ces campagnes de marketing ont laissé leur empreinte dans les mémoires. Les entretiens menés à Saint-Louis, Dakar, Porto-Novo et Cotonou ont montré une profonde connaissance de la part des photographes et de leurs proches des marques et des gammes de produits qu’elles commercialisaient. À l’occasion de deux interviews, l’une au Sénégal en 2007 et l’autre au Bénin en 2009, des interlocuteurs se souvenaient encore des difficultés d’approvisionnement en papier et pellicules photographiques engendrées par la fusion survenue en 1964 entre Agfa AG, alors propriété de Bayer, et l’entreprise belge Gevaert.
16 D’autres conversations au Sénégal et au Bénin ont permis de mettre en lumière la pratique alors en vogue parmi les fournisseurs Kodak ou Agfa consistant à offrir des cadeaux dans le but d’encourager, voire de récompenser la fidélité de leurs clients d’Afrique de l’Ouest. Ainsi, André Diop illustrait la loyauté légendaire de son père, Doudou Diop, envers Kodak, en me montrant une sorte de cadre électrique pivotant permettant d’afficher plusieurs photos, qu’il nommait « pagivolt », que France Photo avait offert en cadeau à son père. Que le « pagivolt » fût en panne depuis plusieurs décennies semblait n’avoir aucune importance, la famille lui réservait toujours un emplacement privilégié dans son salon. Un entretien conduit en 2009 avec Zinsou Cosme Dossa, célèbre photographe béninois, se déroula quant à lui sous l’œil bienveillant d’une horloge Agfa. Accrochée au-dessus du bureau du photographe, ses aiguilles étaient figées sur sept heures trente, la prise étant débranchée. Chez les Diop, à Saint-Louis, en dépit de la loyauté du père à Kodak, sa famille, elle aussi, veille sur une horloge Agfa parfaitement conservée.
- 14 L. Diakhaté, « The Last Interview », art. cité, p. 22.
17 Cependant, ces efforts en matière de marketing entrepris notamment par les Européens pour promouvoir la vente d’appareils et de matériel photographique en Afrique de l’Ouest n’avaient pas porté tous leurs fruits en 1960, année du retrait des Français. Au moment de l’indépendance, la liberté de commercer que de nombreux photographes africains avaient acquise avec les hommes d’affaires basés en Europe et en AOF prit brutalement fin. Interrogé sur les changements provoqués par la proclamation de l’indépendance en 1960, Keïta répondit : « Tous les photographes européens sont rentrés chez eux14. » Ces départs signèrent également la fin du monopole détenu par les Occidentaux sur le photojournalisme et d’autres pratiques principalement documentaires et permirent aux photographes locaux d’élaborer une nouvelle approche de la « photographie politique ». Après l’exode des Européens, ils purent ainsi accéder à des postes rémunérés autrefois inaccessibles : dans des journaux, par exemple, pour le ministère de l’Information, ou auprès d’autres organismes liés aux nouveaux États postcoloniaux.
- 15 Zinsou Cosme Dossa, entretien avec l’auteure, Porto-Novo, Bénin, 14 janvier 2013.
- 16 Quelques-unes des difficultés rencontrées par les photographes de la région pour obtenir du papier (...)
18 Or, cette situation s’accompagna d’une décomposition rapide des réseaux de distribution auparavant en plein essor. Avant sa disparition en 2013, Dossa évoquait l’impossibilité d’obtenir alors du papier photographique à Porto-Novo : « C’étaient les Français, ils ont tout bloqué15. » À ses yeux, l’approvisionnement de pellicules et de papiers dans les pays décolonisés avait été bloqué par les Français, pleins d’amertume et prêts à se venger de l’indépendance des territoires de l’AOF. Au fil des années, a-t-il poursuivi, la situation n’a cessé d’empirer, à tel point que plus de cinquante ans après, il était toujours impossible de se procurer du papier photographique à Porto-Novo. Je pense pour ma part que, en 2013, au-delà de l’hypothèse de l’embargo formulée par Dossa, il existe d’autres raisons à cette pénurie, l’arrivée de la photographie numérique n’étant pas la moindre16. Cela ne remet toutefois nullement en cause les difficultés d’approvisionnement expérimentées par les photographes, dont les récits montrent bien quelle était la perception qu’ils partageaient sur les tentatives françaises de contrôle et de domination du marché local. Pour ces photographes, ces noms de marques et de produits n’étaient en fin de compte que l’autre nom d’une relation rêvée au capitalisme sur laquelle le colonialisme – autrement dit, dans ce cas précis, les Français – n’aurait aucune prise. Pour un photographe local, s’autoproclamer « le client numéro un » d’un fabricant étranger tel que Kodak s’apparentait à une posture de résistance au colonialisme, même si, à la fois, c’était aussi une abdication face au capitalisme.
Photographies décoloniales
19Une photographie peut-elle rendre visible l’expérience de la décolonisation ? Peut-on identifier ou caractériser une photographie distinctement décoloniale ? Et, le cas échéant, peut-on la circonscrire à un sujet, un style ou un genre spécifique ?
20 La « décolonialité » est un terme répandu dans les écrits académiques contemporains. La pensée décoloniale, dans son élaboration morphologique et conceptuelle, est une critique portant non seulement sur les formes épistémologiques modernes, mais aussi sur les connaissances en tant que telles, en ce qu’elles sont déterminées par les histoires coloniales du pouvoir. Si l’on accepte ces postulats, la question d’une photographie décoloniale ne peut se restreindre à la recherche d’une « image » distinctement africaine de la modernité coloniale. Elle implique également de s’interroger et de tenter de décrire une « vision » distinctement africaine de ce qui déjà lui succède, formulée avec ou à travers la photographie. Bien qu’elle puisse affecter ou influencer ce que nous voyons ou pensons voir dans une image, cette vision ne se manifeste pas dans une seule photographie, mais englobe, au contraire, les désirs d’un peuple vis-à-vis de l’avenir d’une image donnée, et de ce qu’elle est susceptible, un jour, d’accomplir ou de montrer.
- 17 Entretiens menés par l’auteur entre 2007 et 2014 à Dakar et Saint-Louis au Sénégal, et à Porto-Novo (...)
21 La photographie de Léopold Sédar Senghor dans les rues de Ziguinchor (fig. 4) est un très bon exemple de ce que certains photographes issus de la génération de l’indépendance appelaient la « photographie politique » ou plus précisément « la photographie des choses politiques », expression qui désigne une catégorie d’images documentaires bien spécifique17. Cette catégorie répondait à différentes définitions tout en conservant sa force symbolique – notamment parce que les photographes africains n’envisagèrent ce type de photographies qu’à la veille de l’indépendance, autrement dit au moment où les réseaux de distribution reliant les photographes de l’AOF et les fournisseurs de la métropole commençaient à se désagréger, engendrant par conséquent la perte ou l’affaiblissement de certaines libertés récemment acquises.
4. Léopold Sédar Senghor dans les rues de Ziguinchor, Sénégal, circa 1963‑1966
Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye.
© Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine)
- 18 Voir J. Bajorek, Unfixed, op. cit. Voir aussi Id., « Photography and National Memory. Senegal about (...)
22À cette période, les photographes de l’Afrique de l’Ouest ne se contentèrent pas de pratiquer des genres et des styles importés par les photographes de France ou d’autres régions du monde (des Européens, mais aussi des Libanais et des Syriens, qui jouèrent un rôle essentiel dans la photographie commerciale)18 (fig. 5). Au contraire, ils expérimentèrent et inventèrent des formes d’images politiques inédites, chargées de nouvelles significations, dont beaucoup donnaient à voir des références explicites à l’État – des uniformes, des infrastructures et des leaders politiques. Si un faisceau de preuves suggère que l’africanisation de la photographie politique fut en partie facilitée par le départ des photographes européens à la suite de l’indépendance, mes propres recherches tendent à montrer qu’elle est également le fruit d’une nouvelle impulsion documentaire ressentie par les photographes africains à cette période – une impulsion qui néanmoins n’était pas orientée vers le passé, mais vers des possibilités futures, qu’elles soient spéculatives ou bien réelles. Ces images étaient par-dessus tout façonnées par des espoirs et des désirs individuels et collectifs de libération du joug colonial. C’est probablement là que réside la dimension éminemment politique de ces images réalisées par des photographes africains cherchant à témoigner de la naissance de nouveaux États postcoloniaux. Étant donné la nature proleptique qui les animait au moment de la prise de vue, ces images remettent en question les définitions conventionnelles du documentaire et du reportage, et marquent l’émergence d’une esthétique photographique de la décolonisation.
5. Le photographe Doudou Diop avec un ami vraisemblablement Libanais, exploitant d’un cinéma local et commerçant en matériel photographique, Saint‑Louis, circa 1960
Tirage argentique, 15 x 21 cm.
© Guibril André Diop (reproduction Djibril Sy)
23L’orientation vers le futur caractérisant la « photographie politique » telle que la définissent les photographes que j’ai rencontrés, se manifeste aussi bien au sein de l’image que dans son interprétation contemporaine. La photographie représentant Abdou Diouf réalisée en 1974 alors que ce dernier était toujours ministre au sein du gouvernement de Léopold Sédar Senghor – il deviendra président de la République du Sénégal en 1981 –, matérialise cette aspiration à même l’image (fig. 6). L’aspect granulaire du document, la représentation d’hommes marchant vers l’avant, l’énergie sereine que dégage le groupe en mouvement : tous ces éléments contribuent à amplifier un sentiment de détermination et semblent anticiper le futur. Cette impression est renforcée par les élégantes arcades à l’arrière-plan, d’où semblent émerger les silhouettes. Ce sentiment prospectif, tourné vers l’avenir, constitue une spécificité visuelle de ces photographies et nous apprend à interpréter, au niveau de l’image, une politique de la décolonialité.
6. Oumar Ly, Abdou Diouf et son entourage, Podor, Sénégal, 1974
Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye.
© Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine)
- 19 Lors d’une série d’entretiens que nous avons effectués à Cotonou entre 2009 et 2014.
- 20 Benoît Adjovi, entretien avec l’auteure, Cotonou, Bénin, 13 juill. 2009.
- 21 Tométy aurait ouvert son studio à Cotonou en 1943. Pour plus de détails sur les prémices de l’histo (...)
24Cette dimension proleptique était fréquemment soulignée par les photographes avec lesquels je me suis entretenue. À Cotonou, par exemple, Benoît Adjovi a évoqué ses premières photographies politiques et la prise de conscience de ce qu’il décrivait lui-même comme une impulsion documentaire19. S’il avait fait son apprentissage comme portraitiste en studio et que cette activité avait constitué sa principale forme de revenus de 1956 jusqu’au milieu des années 1980, il avait également réalisé des reportages non rémunérés durant les premières années de l’indépendance, à l’instar d’un grand nombre de photographes de sa génération. Comme ces derniers, il se montrait particulièrement intransigeant sur la valeur qu’il accordait à la photographie des « choses politiques » dont il était témoin dans les rues de Cotonou. Quand je lui ai demandé pourquoi les gens de sa génération, celle de l’indépendance, s’étaient détournés des studios où ils avaient été formés pour prendre des photographies documentaires dans la rue, à la différence de leurs maîtres et de leurs mentors, Adjovi m’a d’abord répondu qu’il n’y avait aucune raison particulière à cela : « Nous l’avons fait simplement parce que nous le pouvions20. » La génération précédente, à laquelle appartenait Justin Tométy, photographe auprès duquel il avait fait son apprentissage, n’avait jamais réalisé ce genre de travaux. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu que Tométy et ses pairs utilisaient des appareils grand format avec un tripode21. Dépourvu d’appareil portatif, il ne disposait pas de la mobilité nécessaire pour réaliser ce genre de clichés.
- 22 Benoît Adjovi, entretien avec l’auteure, Cotonou, Bénin, 13 juill. 2009.
25 Nous sommes revenus peu après sur la question de la photographie dans l’espace public. « On remarquait qu’il se passait des choses et on les photographiait parce qu’on voulait les montrer aux autres. On voulait les enregistrer pour la postérité22 », m’a-t-il répondu. Quant à la génération de son mentor, a-t-il ajouté, non seulement Tométy n’avait jamais pris ce genre de photos, mais il n’aurait même pas pu imaginer le faire. Cette remarque suggère une évolution qui toucha non seulement l’équipement photographique, mais aussi la conscience politique de sa génération. Elle témoigne des potentiels usages décoloniaux de la photographie apparus au moment même où les photographes ont élargi la portée créative de leur pratique.
- 23 Ibidem.
26 J’ai demandé à Adjovi s’il se souvenait de la première photographie qu’il avait prise dans l’espace public. À ma grande surprise, il m’a répondu par l’affirmative23. Ce jour-là, une foule s’était amassée sur une place de Cotonou. Chose intéressante, a-t-il précisé, on aurait dit qu’il s’agissait d’un rassemblement politique alors qu’en réalité, ces gens étaient venus observer un cheval, chose rare dans le pays. Par un curieux hasard, Adjovi m’expliqua que cette place devint par la suite un lieu de rassemblements politiques et de manifestations contre le gouvernement. N’était-ce pas étonnant qu’il ait pris sa toute première photographie sur une place qui allait devenir un haut lieu de manifestations politiques ? Quand je lui ai signalé cette curieuse disjonction temporelle, Adjovi m’a répondu que cette place n’existait plus. D’un ton subitement crispé, il m’a expliqué que les jeunes d’aujourd’hui n’en avaient jamais entendu parler. Il ajouta à voix basse que son propre neveu, dont le fils jouait devant nous, ne connaissait pas cette histoire.
27 Cette représentation proleptique de la foule, dont la nouveauté et le caractère éphémère occupaient une place si centrale dans l’histoire d’Adjovi, nous rappelle avec force que la « photographie politique » ne peut se restreindre à un seul type d’image. Si elle relève d’un genre, on ne saurait le raccrocher à un sujet ou à une esthétique particulière. En effet, ce que raconte Adjovi au sujet de la foule rassemblée sur cette place de Cotonou, en passe de devenir un lieu emblématique, suggère que les dimensions politiques de l’image n’apparaissent peut-être pas à sa surface. Cette façon d’envisager la photographie politique s’avère plus riche et plus vaste que toute définition présupposant une classe ou un genre d’image existant, identifiable par un sujet ou par une manière de traiter un événement déjà survenu. Elle bouleverse nos conceptions habituelles du « documentaire » et transforme l’impulsion documentaire, telle que la vécurent les photographes d’Afrique occidentale, en une impulsion décoloniale. Si ces images sont floues, dans tous les sens du terme, c’est peut-être parce qu’elles tentent de nous montrer quelque chose qui n’existait alors pas encore, en devenir, ou simplement différent de ce que nous sommes habitués à voir dans une photographie.
28 Les appareils et le matériel défectueux décrits en préambule de cet article ont mis en lumière l’enchevêtrement complexe de facteurs technologiques, commerciaux, économiques et politiques qui caractérise l’histoire de la photographie en Afrique occidentale tout en la démarquant – parfois radicalement – de l’historiographie euro-américaine. Les images « politiques » et décoloniales mentionnées ultérieurement suggèrent l’existence d’un ensemble de facteurs et de préoccupations qui ont pu également contribuer à l’émergence de langages visuels décoloniaux liés à la photographie. Si nous voulons penser ce langage, il est impératif de nous demander quelles sont, dans une photographie donnée, les manifestations relevant de la modernité coloniale et celles qui viennent la remettre en cause – et, au-delà de ce qu’elle nous montre, quels sont les espoirs et les désirs de libération liés à cette image. L’africanisation des images documentaires et la capacité de celles-ci à évoquer des événements futurs constituent une problématique majeure et négligée dans l’histoire de la photographie en Afrique de l’Ouest, et n’avaient rien à voir à proprement parler (à l’instar de tous ces appareils endommagés) avec ce que Kodak cherchait à vendre.
Notes
1 Michelle Lamunière, You Look Beautiful Like That. The Portrait Photographs of Seydou Keïta and Malick Sidibé, cat. exp., Cambridge, Harvard University Art Museums, 2001, pp. 23-24.
2 Tanya Elder, Capturing Change. The Practice of Malian Photography, 1930s-1960s, Linköping, Linköping University Press, 1997, p. 63.
3 Voir André Magnin (dir.), Seydou Keïta, Zurich, Scalo, 1997, pp. 9-14 ; M. Lamunière, You Look Beautiful Like That, op. cit., pp. 44-58 ; et Lydie Diakhaté, « The Last Interview. Seydou Keïta, 1921-2001 », trad. E. Yang, Nka. Journal of Contemporary African Art, no 16-17, 2002, pp. 18-23.
4 T. Elder, Capturing Change, op. cit., p. 71.
5 M. Lamunière, You Look Beautiful Like That, op. cit., p. 24.
6 Seydou Keïta, cité dans M. Lamunière, ibid., pp. 45-46.
7 T. Elder, Capturing Change, op. cit., p. 72.
8 Voir ibidem. L’omniprésence des appareils et du matériel défectueux dans toute la région fut constatée lors de mes nombreux échanges avec des photographes au Sénégal et au Bénin, ainsi qu’avec autres chercheurs, dont, au Sénégal, Bouna Medoune Seye, Boubacar Touré Mandémory et André Diop (le fils du photographe Doudou Diop) ; au Bénin, Benoît Adjovi, Zinsou Cosme Dossa et Léonce Agbodjélou (le fils du photographe Joseph Moïse Agbodjélou) et en Europe et aux États-Unis, Érika Nimis et Leslie W. Rabine.
9 Rappelons que le terme « Afrique occidentale française » (AOF) renvoie à l’entité administrative coloniale qui exista de 1895 à 1958.
10 Pour un développement de ces arguments, voir Jennifer Bajorek, Unfixed. Photography and Decolonial Imagination in West Africa, Durham, Duke University Press, 2020.
11 Voir T. Elder, Capturing Change, op. cit., pp. 186-187.
12 Je suis très reconnaissante envers Leslie Rabine de m’avoir signalé ce détail.
13 Voir Érika Nimis, « Bamako. Photo de famille franco-malienne », Africultures, vol. 1, no 83, 2010, pp. 7-8.
14 L. Diakhaté, « The Last Interview », art. cité, p. 22.
15 Zinsou Cosme Dossa, entretien avec l’auteure, Porto-Novo, Bénin, 14 janvier 2013.
16 Quelques-unes des difficultés rencontrées par les photographes de la région pour obtenir du papier entre les années 1970 et 1980 étaient probablement liées à la transition vers la couleur. Sur l’impact de celle-ci sur les portraitistes d’Afrique de l’Ouest (l’arrivée de la couleur a sonné le glas de leur carrière), voir Jean-François Werner, « Le crépuscule des studios », in Pascal Martin Saint Léon, Jean-Loup Pivon et Simon Njami (dir.), Anthologie de la photographie africaine et de l’Océan indien, Paris, Revue Noire éditions, 1998, pp. 93-99. « L’arrivée de la couleur, c’était brutal », m’a confié Dossa au cours du même entretien.
17 Entretiens menés par l’auteur entre 2007 et 2014 à Dakar et Saint-Louis au Sénégal, et à Porto-Novo et Cotonou au Bénin.
18 Voir J. Bajorek, Unfixed, op. cit. Voir aussi Id., « Photography and National Memory. Senegal about 1960 », History of Photography, vol. 34, no 2, 2010, pp. 160-171 ; et Id., « Of Jumbled Valises and Civil Society. Photography and Political Imagination in Senegal, History and Anthropology, vol. 21, no 4, 2010, pp. 435-456.
19 Lors d’une série d’entretiens que nous avons effectués à Cotonou entre 2009 et 2014.
20 Benoît Adjovi, entretien avec l’auteure, Cotonou, Bénin, 13 juill. 2009.
21 Tométy aurait ouvert son studio à Cotonou en 1943. Pour plus de détails sur les prémices de l’histoire de la photographie au Bénin, voir les travaux précurseurs de Franck Ogou, notamment « Zoom sur l’histoire de la photographie et les photographes au Bénin », Bulletin Images et Mémoires, no 31, 2011, pp. 22-23.
22 Benoît Adjovi, entretien avec l’auteure, Cotonou, Bénin, 13 juill. 2009.
23 Ibidem.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | 1. Deux photographes – vraisemblablement Européen et Africain – en concurrence pour la même prise de vue, Ziguinchor, Sénégal, circa 1963‑1966 |
| Légende | Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye. |
| Crédits | © Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine) |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 320k |
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| Titre | 2. Annonce publicitaire présentant le Pontiac Bloc Métal, parue dans la revue Bingo, no 10, nov. 1953, p. 16 |
| Crédits | © Bibliothèque nationale de France, Paris © courtoisie de Michel de Breteuil |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 999k |
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| Titre | 3. Annonce publicitaire présentant le Cinéa-Photo, un magasin de matériel photographique situé à Dakar, parue dans la revue Bingo, no 84, janv. 1960, p. 46 |
| Crédits | © Bibliothèque nationale de France, Paris © courtoisie de Michel de Breteuil |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 851k |
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| Titre | 4. Léopold Sédar Senghor dans les rues de Ziguinchor, Sénégal, circa 1963‑1966 |
| Légende | Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye. |
| Crédits | © Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine) |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 282k |
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| Titre | 5. Le photographe Doudou Diop avec un ami vraisemblablement Libanais, exploitant d’un cinéma local et commerçant en matériel photographique, Saint‑Louis, circa 1960 |
| Légende | Tirage argentique, 15 x 21 cm. |
| Crédits | © Guibril André Diop (reproduction Djibril Sy) |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 931k |
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|
| Titre | 6. Oumar Ly, Abdou Diouf et son entourage, Podor, Sénégal, 1974 |
| Légende | Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye. |
| Crédits | © Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine) |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 197k |
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|
| Titre | 7. Caroline Diop, première femme à être élue au parlement sénégalais, Dakar, circa 1966 |
| Légende | Tirage argentique, 10 x 15 cm. Dakar, collection de Ibrahima Faye et Khady Ndoye. |
| Crédits | © Gnilane Ly Faye (reproduction Leslie Rabine) |
| URL | http://journals.openedition.org/transbordeur/docannexe/image/1888/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 252k |
Pour citer cet article
Référence papier
Jennifer Bajorek, « Appareils défectueux et images floues (Kodak, l’autre nom de la décolonisation en Afrique de l’Ouest ?) », Transbordeur, 4 | 2020, 144-155.
Référence électronique
Jennifer Bajorek, « Appareils défectueux et images floues (Kodak, l’autre nom de la décolonisation en Afrique de l’Ouest ?) », Transbordeur [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 05 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/transbordeur/1888 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12gyz
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