Charbit Denis, Israël et ses paradoxes – Idées reçues sur un pays qui attire les passions
Charbit Denis, Israël et ses paradoxes – Idées reçues sur un pays qui attire les passions, Paris, Éd. Le Cavalier Bleu, coll. Le Cavalier poche, 2023 (réédition), 454 p.
Texte intégral
1Universitaire reconnu spécialiste du sionisme, Denis Charbit a publié en 2015 Israël et ses paradoxes avec le sous-titre Idées reçues sur un pays qui attise les passions. Dans ce livre, il analyse finement un certain nombre d’idées reçues, de préjugés, d’accusations énoncées contre Israël qu’il articule en trois parties : « Un État et une société complexes » ; « Le contentieux israélo-palestinien » ; « Israël et le monde ».
2Parmi les 21 questions qu’il pose dans cet ouvrage, citons par exemple celles de la nature démocratique de l’État, du caractère raciste de la Loi du retour, des relations entre Ashkénazes et Sépharades, du statut des Arabes israéliens, de Jérusalem, de l’instrumentalisation de la Shoah, etc. Autant de sujets qui divisent, voire suscitent de violentes oppositions entre partisans et détracteurs d’Israël faute d’être analysés avec méthode et rigueur.
3« C’est la grande ambition de ce livre que de favoriser le retour au débat : exigeant, argumenté, contradictoire, conjuguant les divergences, autorisant les convergences », écrit en introduction Denis Charbit, se lançant presque un défi comme le remarque Élie Barnavi dans sa préface en saluant ce travail de « Sisyphe érudit et lucide ».
4« On y apprend, ajoute-t-il, ce que ce pays est plutôt ce que ses amis et ennemis voudraient qu’il fût. » Le défi semble avoir été relevé avec brio puisque les Éditions Le Cavalier Bleu viennent de publier une troisième édition revue et augmentée du livre de Denis Charbit, en format poche.
5Huit ans après la première, cette nouvelle édition s’impose. Depuis 2015, la situation israélienne a bien changé, suffisamment en tout cas pour qu’il parût intéressant, nécessaire même, de reprendre cette tâche difficile de démonter les idées reçues à propos d’Israël.
6De mars 2019 à novembre 2022, les Israéliens ont voté cinq fois, en avril 2019, en septembre 2019, en mars 2020, en mars 2021 et novembre 2022. Premier ministre de 2009 à 2021, Benyamin Netanyahou a été évincé du pouvoir avant de retrouver son poste le 29 décembre 2022.
7Dernier épisode en date et non des moindres, la société israélienne s’est déchirée tout au long de cette année 2023 sur le projet de réforme de la justice et de la Cour suprême défendu par un courant politique désireux de limiter l’indépendance des juges par rapport au pouvoir politique et vivement contesté par de très nombreux citoyens comme l’ont montré les manifestations massives durant plusieurs semaines.
8Si Israël a signé les Accords d’Abraham en 2020 avec les Émirats Arabes Unis et Bahreïn puis, quelques mois plus tard, d’autres conventions avec le Soudan et le Maroc, le conflit israélo-palestinien se poursuit sans perspective, jalonné par les opérations « Gardien des murailles » en 2021 et « Aurore » en 2022 dans la Bande de Gaza et par l’extension des implantations juives en Cisjordanie.
9Denis Charbit tient compte de cette évolution politique, diplomatique, militaire, économique et sociale pour brosser « un véritable portrait en pied de l’État juif » selon Élie Barnavi et ajoute des chapitres ou des encadrés.
10Trois retiennent plus particulièrement l’attention, la partie consacrée à la Cour suprême, le chapitre intitulé « Le conflit israélo-palestinien a fait d’Israël l’ennemi du monde arabe » et celui consacré à la réflexion sur l’antisionisme. L’auteur donne par ailleurs des aperçus intéressants sur les start-up, sur la jeunesse israélienne, sur le succès des séries israéliennes et sur les juifs de France.
11Au demeurant, il s’agit plus d’actualisation des exemples dans la mesure où l’analyse originelle conserve toute sa pertinence. S’il traque les accusations dénuées de tout fondement, les faux procès, les calomnies lancées contre l’État d’Israël, Denis Charbit n’en est cependant ni le propagandiste zélé ni le chantre innocent.
12Il énonce clairement les faiblesses, les failles et les erreurs de l’État d’Israël en prenant bien soin d’étayer son propos. Ce faisant, en listant et traitant l’une après l’autre ces idées reçues, il échappe difficilement à la répétition, certains arguments trouvant leur place dans plusieurs sujets. Une critique mineure au regard de la qualité de ce livre clair, documenté, complété par un glossaire, un livre de référence en somme.
13En conclusion de ce portrait nuancé sur « un État comme les autres » « ni exceptionnel, ni d’exception », Denis Charbit pointe la voie à suivre pour dépasser ces antagonismes : « La réalité d’Israël ne se réduit ni à une image d’Épinal, comme les amis d’Israël aveuglés par leur objet d’admiration voudraient le croire, ni à un horror picture show comme ses ennemis l’imaginent. Tel est le défaut des premiers et l’imposture des seconds : l’un est partiel, l’autre est partial. [...] À ne pas tenir compte des limites du droit d’Israël, à passer outre les limites du droit de la Palestine, ils pourraient bien plonger la Palestine et Israël dans l’abîme. »
Pour citer cet article
Référence papier
Emmanuel Persyn, « Charbit Denis, Israël et ses paradoxes – Idées reçues sur un pays qui attire les passions », Tsafon, 86 | 2023, 165-181.
Référence électronique
Emmanuel Persyn, « Charbit Denis, Israël et ses paradoxes – Idées reçues sur un pays qui attire les passions », Tsafon [En ligne], 86 | 2023, mis en ligne le 18 décembre 2023, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/13373 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.13373
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