Liste des sommaires et résumés de tous les numéros
Plan
Numéro 88 (décembre 2024)
Sommaire
Dossier : Langues juives en traduction II
Rassemblé par Michèle Tauber
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Kaufmann Francine : Les pionniers de la traduction en français de la littérature sioniste et hébraïque moderne au XXe siècle
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Ratzkovsky Nir : « Fonder l’État de l’Esprit » : David Ben Gourion et la traduction
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Gimenez Sarah : Défis et enjeux de la traduction littéraire : vers une anthologie judéo-espagnole dans le cadre du projet LJTrad
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Bikard Arnaud : Don Quichotte en yiddish : le noble et tragique destin du dernier des chevaliers errants dans la langue vagabonde
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Grossman Simone : Les voix poétiques réunies de Rachel (Rokhl) Korn et Chantal Ringuet
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Mer Benny : Les faux-amis du traducteur de yiddish en hébreu
Varia
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Panczer Gérard et Altar Sylvie : Nés à Oswiecim, assassinés à Auschwitz
Édition
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Pâris de Bollardière Constance : Les mémoires de Bernard Goldstein, la Varsovie bundiste dans l’entre-deux-guerres, et le 9 rue Przejazd
Témoignage
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Hart Tanya : Témoignage. Tanya Hart, petite-fille d’un déporté interné au Judenlager des Mazures
Note de lecture
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Chochois Muriel : Note de lecture. Schoschana Rabinovici, Grâce à ma mère, du ghetto de Wilno aux marches de la mort (1941-1945)
Au fil des lectures
Information
Résumés
Résumés
Les pionniers de la traduction en français de la littérature sioniste et hébraïque moderne au XXe siècle par Francine Kaufmann.
Dans les années 1920, dans le sillage de l’Affaire Dreyfus, du développement du mouvement sioniste et plus tard après la Seconde Guerre mondiale, on voit s’imposer en France une redéfinition de l’identité juive et de la notion de « peuple juif », accompagnée d’un surgissement d’États-nations et d’un embryon de Foyer national juif dans la Palestine mandataire. À Jérusalem l’Organisation sioniste mondiale (OSM) crée une maison d’édition qui encourage les traductions de textes sionistes et de la jeune littérature du Yichouv (la communauté juive de Palestine). En France, encore imprégnée de goût pour l’Orientalisme, on commence à s’intéresser non seulement à l’exotisme de la littérature juive de Diaspora, mais aussi à la vie des pionniers et des combattants juifs de Palestine. Des maisons d’édition ouvrent des collections de littérature étrangère et introduisent aussi, pour des considérations littéraires, les créateurs hébraïques. La demande créant l’offre, une première génération de traducteurs de l’hébreu au français s’improvise, sans formation préalable. Une vingtaine d’ouvrages sont traduits entre 1931 et 1960. Plusieurs noms de traducteurs se dégagent, dont ceux des poètes Ovadia Camhy et Joseph Milbauer qui font découvrir en français les princes des poètes hébraïques modernes : notamment Bialik et Tchernichovsky, mais aussi des conteurs et des romanciers. D’autres ne sont pas écrivains de pro- fession. Ils n’en sont pas moins d’excellents traducteurs comme l’érudit Moché Catane, le Dr en médecine Émile Junès, ou la méconnue Fanny Pinès. C’est à la découverte de ces pionniers de la traduction sioniste et hébraïque moderne qu’est consacrée cette étude.
Mots-clés : traduction textes sionistes, Ovadiah Camhy, Émile Junès, Joseph Milbauer, Moché Catane, Fanny Pinès
In the 1920s, in the wake of the Dreyfus Affair, the expansion of the Zionist movement and later, after the Second World War, a redefinition of Jewish identity and of the notion of the “Jewish people” took hold in France, with the emergence of nation-states and the embryonic Jewish National Home in Mandatory Palestine. In Jerusalem, the World Zionist Organization (WZO) set up a publishing house to promote translations of Zionist texts and of the young literature of the Yishuv (the Jewish community of Palestine). In France, still imbued with a love for Orientalism, interest began to focus not only on the exoticism of Jewish literature from the Diaspora, but also on the lives of Jewish pioneers and fighters in Palestine. Publishing houses opened collections of foreign literature, introducing Hebrew creators for literary considerations. As demand created supply, a first generation of Hebrew-to-French translators began to work in the field, without any prior training. Some twenty books were translated between 1931 and 1960. Several translators emerged, including poets Ovadia Camhy and Joseph Milbauer, who introduced French readers to the princes of modern Hebrew poets, notably Bialik and Tchernichovsky, as well as storytellers and novelists. Others are not writers by profession. They are nonetheless excellent translators, like the erudite Moché Catane, the medical doctor Émile Junès, or the little-known Fanny Pinès. This study is dedicated to discovering these pioneers of modern Zionist and Hebrew translation.
Keywords : Zionist texts translation, Ovadiah Camhy, Émile Junès, Joseph Milbauer, Moché Catane, Fanny Pinès
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« Fonder l’État de l’Esprit » : David Ben Gourion et la traduction par Nir Ratzkovsky
L’article explore un chapitre peu connu de l’histoire de la traduction hébraïque au XXe siècle : l’initiative de David Ben Gourion dans les années 1950 visant à traduire les « livres exemplaires » de la littérature mondiale. Il analyse sa vision de la traduction comme acte sioniste, les caractéristiques distinctives de son projet, les motivations derrière le choix des œuvres, et sa conception de la « bonne traduction ».
Mots-clés : traduction, sionisme, Ben Gourion
The article explores a little-known chapter in the history of Hebrew translation in the 20th century : David Ben Gurion’s initiative in the 1950s of translating the “exemplary books” of world literature. It analyzes his view of translation as a Zionist act, the distinctive features of his project, the motivations behind the selection of works, and his concept of a “good translation.”
Keywords : Translation, Zionism, Ben Gurion
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Défis et enjeux de la traduction littéraire : vers une anthologie judéo-espagnole dans le cadre du projet LJTrad par Sarah Gimenez
Cet article examine les défis de la traduction littéraire dans le cadre du pro- jet LJTrad, qui vise à préserver et diffuser les littératures en langues juives, telles que le yiddish et le judéo-espagnol. La création d’une anthologie judéo-espagnole fait face à des obstacles liés à la classification des genres littéraires et à la fidélité aux textes originaux. Il analyse les spécificités linguistiques et culturelles de cette littérature ainsi que les stratégies pour surmonter les difficultés de traduction. Enfin, il souligne l’importance de ces traductions pour la préservation du patrimoine et la recherche.
Mots-clés : Judéo-espagnol, traduction, anthologie, genres littéraires, langues juives
This article explores the challenges of literary translation within the LJTrad project, which aims to preserve and promote Jewish-language literatures, including Yiddish and Judeo-Spanish. The creation of a Judeo-Spanish anthology faces obstacles such as genre classification and fidelity to the original texts. It analyzes the linguistic and cultural particularities of this literature, along with strategies to overcome translation difficulties. Finally, the article highlights the importance of these translations for cultural preservation and academic research.
Keywords : Judeo-Spanish, translation, anthology, literary genres, Jewish languages
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Don Quichotte en yiddish : le noble et tragique destin du dernier des chevaliers errants dans la langue vagabonde par Arnaud Bikard
L’article propose une analyse raisonnée des traductions de Don Quichotte de Cervantès en yiddish aux XIXe et XXe siècles. Après avoir présenté le rôle fondateur du roman de Mendele Moykher Sforim inspiré du chef-d’œuvre espagnol ainsi que proposé un panorama des traductions hébraïques, avec une insistance particulière sur celle de Bialik, comme objet de comparaison, l’article examine individuellement les cinq traduc- tions et adaptations principales du roman publiées en yiddish de 1897 à 1951 en insistant sur leur signification dans l’histoire du développement de cette littérature minoritaire, diasporique et menacée.
Mots-clés : yiddish, traduction, Don Quichotte, littérature mondiale
This article offers a reasoned analysis of translations of Cervantes’ Don Quixote into Yiddish in the 19th and 20th centuries. After presenting the founding role of Mendele Moykher Sforim’s novel inspired by the Spanish masterpiece and after offering a panorama of its Hebrew translations, with particular emphasis on Bialik’s as an object of comparison, the article examines individually the five main translations and adaptations of the novel published in Yiddish from 1897 to 1951, focusing on their significance in the history of the development of this minority, diasporic and threatened literature.
Keywords : Yiddish, translation, Don Quixote, world literature
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Les voix poétiques réunies de Rachel (Rokhl) Korn et Chantal Ringuet par Simone Grossman
Dans Forêt en chambre, Chantal Ringuet s’inspire de la poésie de Rachel Korn, poète yiddish d’origine galicienne, survivante de la Shoah immi- grée à Montréal en 1948. L’intertexte des poèmes de Korn traduits du yiddish intronise un dialogue post-mémoriel réunissant les poètes, les continents et les époques. Dupliquant le dialogisme poétique, les images d’Eléonore Goldberg et de Marc-André Foisy orchestrent les échanges intersémiotiques dans Forêt en chambre où les corolles ocres et vertes, contiguës au blanc du corps humain, figurent la thématique sylvestre commune de Korn et Ringuet réunissant la forêt-cimetière galicienne et le parc montréalais.
Mots-clés : poésie, Shoah, traduction, création, Montréaĺ
In Forêt en chambre (The Forest in the Room), Chantal Ringuet is ins- pired by the poetry of Rachel Korn, a Yiddish poet of Galician origin, a Holocaust survivor who immigrated to Montreal in 1948. The intertext of Korn’s poems translated from Yiddish enthrones a post-memorial dialogue that brings together poets, continents, and eras. Duplicating poetic dialogism, Eléonore Goldberg’s and Marc-André Foisy’s images orchestrate the intersemiotic exchanges in Forêt en chambre, where ochre and green corollas, contiguous to the white of the human body, represent Korn and Ringuet’s common sylvan theme uniting the Galician forest-cemetery and the Montreal park.
Keywords : poetry, Shoah, translation, creation, Montreal
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Les faux-amis du traducteur de yiddish en hébreu par Benny Mer
Cet article traite de l’une des questions essentielles de la traduction du yiddish en hébreu et de sa mise en pratique : les « faux amis », c’est-à-dire les hébraïsmes en yiddish. Ces mots, et parfois expressions complètes dans la langue de la Bible, ont une signification différente dans les deux langues et les traducteurs doivent trancher : conserver l’origine hébraïque du yiddish et payer le prix d’un sens différent ou considérer les hébraïsmes comme des mots en langue « étrangère ». Sont étudiés les différents genres de « faux amis » : les hébraïsmes qui ont un sens complètement dissemblable dans les deux langues, ceux qui comportent seulement des nuances distinctes, les expressions typiques, les emplois ironiques et ce qui en découle. Des exemples sont proposés à travers la poésie du poète yiddish Yankev Glatstein dans des traductions anciennes et récentes.
Mots-clés : traduction, yiddish, hébraïsmes, faux amis, Glatstein
This article deals with one of the key issues in Yiddish to Hebrew transla- tion and practice : “false friends”, i.e. Hebraisms in Yiddish. These words, and sometimes complete expressions in the language of the Bible, have different meanings in the two languages, and translators have to decide whether to retain the Hebrew origin of Yiddish and pay the price of a different meaning, or to consider Hebraisms as words in a “foreign” language. The different types of “false friends” are examined : Hebraisms that have completely different meanings in the two languages, those that only have distinct nuances, typical expressions, ironic uses and their consequences. Examples are offered through the poetry of the Yiddish poet Yankev Glatstein in old and recent translations.
Keywords : translation, Yiddish, Hebraism, false friends, Glatstein
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Nés à Oswiecim, assassinés à Auschwitz par Gérard Panczer et Sylvie Altar
La consultation des archives a permis d’identifier 5 223 Juifs Polonais, nés dans la localité d’Oswiecim, déportés, et qui, pour la plupart, furent assassinés à Auschwitz. Nombreux sont ces natifs d’Oswiecim qui s’ins- tallèrent dans d’autres villes en Pologne ou dans un autre pays européen (Allemagne, Tchécoslovaquie, France, Autriche, Hongrie, Belgique et Pays-Bas). Le parcours de plusieurs des déportés de France a pu être reconstitué. Ces déportés, dont la spécificité est d’être nés à Oswiecim et envoyés à Auschwitz-Birkenau, forment une communauté partageant un même destin tragique.
Mots-clés : Oswiecim, Auschwitz-Birkenau, émigration, déportation, France
Consultation of the archives made it possible to identify 5,223 Polish Jews, born in the locality of Oswiecim, deported, and most of whom murdered at Auschwitz. Many those natives of Oswiecim settled in other cities in Poland or in another European country (Germany, Czechoslovakia, France, Austria, Hungary, Belgium and the Netherlands). The history of several of the deportees from France has been reconstructed. These deportees, whose specificity is to have been born in Oswiecim and sent to Auschwitz-Birkenau, form a community sharing a same tragic destiny.
Keywords : Oswiecim, Auschwitz-Birkenau, emigration, deportation, France
Numéro 87 (juin 2024)
Sommaire
Dossier : Langues juives en traduction
Rassemblé par Tauber Michèle
Tauber Michèle : Présentation du dossier
Kaufmann Francine : Histoire des premières traductions de la littérature hébraïque moderne en français
Chinski Malena : Un siècle de traduction du yiddish en France. Trajectoires, mémoires et projets culturels
Rousselet Cécile : Madame Bovary et le bovarysme sur la scène littéraire yiddish au début du XXe siècle : de la traduction à l’interprétation culturelle
Tauber Michèle : Batia Baum, la traduction en partage
Rousselet Cécile : Vieilleries, de Dovid Bergelson. Traduction du yiddish
Varia
Lerousseau Andrée : La lumière d’Israël chez Nelly Sachs
Édition
Menès Łazarz : Les derniers jours du ghetto de Varsovie
Borg Bernard : L’insurrection du ghetto de Varsovie
Note de lecture
Cazalé-Bérard Claude : La philosophie de Rachel Bespaloff. Note de lecture sur l’ouvrage de Laura Sanò Une pensée en exil. La philosophie de Rachel Bespaloff
Au fil des lectures
Information
Résumés
Résumés
Dossier :
Histoire des premières traductions de la littérature hébraïque moderne en français par Francine Kaufmann
L’histoire de la traduction de la littérature hébraïque moderne en français est encore lacunaire. Il existe pourtant des disciplines et des instru- ments de recherche qui se sont développés ces dernières décennies et qui permettent de mieux connaître la nature et le volume des échanges culturels entre Israël et la France : répertoires, annuaires, sites internet. La traductologie, la sociologie de la traduction, l’histoire culturelle éclairent d’un jour nouveau ce domaine qui a déjà donné lieu à quelques études approfondies. Cet article est le résultat d’un travail personnel de docu- mentation entamé depuis des décennies et tient compte des nouveaux acquis scientifiques. Il constitue le premier volet d’une étude dont la suite paraîtra dans le prochain numéro de Tsafon, revue d’études juives du Nord (n° 88). Il explique les circonstances qui ont suscité un besoin de traduire en français les sources du judaïsme puis, après l’apparition d’une littérature hébraïque moderne et la naissance du sionisme, une curiosité voire un intérêt du public et de l’édition française pour les œuvres représentatives du patrimoine littéraire de la Palestine juive et de l’État d’Israël.
Mots-clés : traduction littérature hébraïque, histoire des traductions, répertoires de traductions, ITHL, sociologie de la traduction
The History of the translation of modern Hebrew literature into French is still lacking. However, new disciplines and research tools have been developed over the last few decades, enabling us to gain a better unders- tanding of the nature and volume of cultural exchanges between Israel and France : directories, catalogs, websites. Translation studies, the sociology of translation and cultural history shed new light on this field, which has already given rise to a number of in-depth studies. This article is the result of personal documentation work undertaken decades ago, and takes account of new scientific findings. It is the first part of a study which will be continued in the next issue of Tsafon, revue d’études juives du Nord (no. 88). It explains the circumstances that gave rise to the need to translate the sources of Judaism into French, and then, following the emergence of modern Hebrew literature and the birth of Zionism, to a curiosity and even an interest on the part of French public and publishers in works representative of the literary heritage of Jewish Palestine and the State of Israel.
Keywords : hebrew literature translation, history of translations, translation directories, ITHL, the sociology of translation
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Un siècle de traduction du yiddish en France. Trajectoires, mémoires et projets culturels par Malena Chinski
Cet article propose une étude historique d’un siècle de traduction du yiddish en France, de la deuxième décennie du XXe siècle à nos jours. Partant d’une base de données construite par l’auteure, l’article cherche à interpréter les données recueillies à la lumière de certains développements historiques, ainsi que des trajectoires intellectuelles, individuelles des acteurs impliqués dans l’expansion de la pratique de l’enseignement et de la traduction du yiddish en France. L’article vise également à dresser un panorama du corpus global des traductions yiddish disponibles en France, à rendre visibles les noms et les trajectoires des hommes et des femmes dont le travail a permis la transmission de la langue et de la culture yiddish après la Shoah.
Mots-clés : traduction, langue yiddish, survivants de la Shoah, litté- rature yiddish, mémoire
This article offers a historical study of a century of Yiddish translation in France, from the second decade of the twentieth century to the present day. Based on a database constructed by the author, the article seeks to interpret the data collected in the light of certain historical developments, as well as the individual intellectual trajectories of the actors involved in the expansion of the practice of teaching and translating Yiddish in France. The article also aims to provide an overview of the global cor- pus of Yiddish translations available in France, and to make visible the names and trajectories of the men and women whose work enabled the transmission of Yiddish language and culture after the Shoah.
Keywords : Translation, Yiddish language, Survivors of the Shoah, Yiddish literature, Memory
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Madame Bovary et le bovarysme sur la scène littéraire yiddish au début du XXe siècle : de la traduction à l’interprétation culturelle par Cécile Rousselet
Le cas de la réception yiddish de Madame Bovary peut sembler sans grande originalité, au prisme de la quantité d’ouvrages européens alors en circulation en Europe centrale et orientale, qu’il s’agisse d’originaux, de traductions allemandes, russes ou même yiddish, au début du siècle. Et pourtant, Madame Bovary peut difficilement, dans les milieux intel- lectuels, être reçu sans tenir compte des développements critiques liés à la conceptualisation de l’œuvre flaubertienne sous le nom de bovarysme et de ce que la réception de l’œuvre a pu impliquer pour les développe- ments littéraires sur la scène yiddish au début du XXe siècle. Comment le monde yiddish a-t-il hérité du bovarysme (qu’il soit nommé tel quel ou illustré par les textes littéraires) ? Pourquoi s’est-il particulièrement saisi de l’œuvre flaubertienne au moment même où il opérait un tournant et affirmait une sensibilité moderne en rupture avec des schèmes tradition- nels d’écriture ? Par une étude de la réception du modèle d’Emma Bovary dans les milieux littéraires et critiques et une comparaison avec d’autres concepts hérités de la littérature européenne, comme l’oblomovisme, il s’agit de montrer que le passage de la traduction à la conceptualisation du roman flaubertien a encouragé une véritable interprétation culturelle de Madame Bovary en Europe centrale et orientale.
Mots-clés : littérature yiddish, Gustave Flaubert, Madame Bovary, Dovid Bergelson, Fradl Shtok
The Yiddish reception of Madame Bovary may not seem very original, given the number of European works in circulation in Central and Eastern Europe at the turn of the century, whether originals, German, Russian or even Yiddish translations. However in intellectual circles, Madame Bovary can hardly be received without taking into account the critical developments linked to the conceptualization of Flaubertian work under the name of bovarysm, and what the reception of the work may have implied for literary developments on the Yiddish scene at the begin- ning of the 20th century. How did the Yiddish world inherit Bovarysm (whether named as such or illustrated by literary texts) ? Why did it take a particular interest in Flaubert’s work at the very moment when he was asserting a modern sensibility at odds with traditional patterns of writing ? Through a study of the reception of the Emma Bovary model in literary and critical circles, and a comparison with other concepts inherited from European literature, such as oblomovism, we aim to show that the transition from translation to conceptualization of the Flaubertian novel encouraged a genuine cultural interpretation of Madame Bovary in Central and Eastern Europe.
Keywords : Yiddish literature, Gustave Flaubert, Madame Bovary, Dovid Bergelson, Fradl Shtok
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Batia Baum, la traduction en partage par Michèle Tauber
Batia Baum (1941-2023) est l’une des plus grandes traductrices de litté- rature yiddish en français. L’article propose un cheminement à travers sa réappropriation de la langue yiddish à l’âge adulte, l’engagement dans la traduction et les difficultés pour y parvenir et la présentation de quelques-uns des auteurs qui ont particulièrement marqué Batia. Il va sans dire que cet article est très loin d’être exhaustif et ne représente qu’une infime partie de l’œuvre de traductrice de Batia Baum.
Mots-clés : littérature yiddish, traduction, yiddishkeyt, Mendele Moykher Sforim, Yitskhok Leybush Peretz
Batia Baum (1941-2023) is one of the greatest translators of Yiddish literature into French. This article takes us on a journey through her reappropriation of the Yiddish language in adulthood, her commitment to translation and the difficulties of achieving it, and introduces some of the authors who have had a particular impact on Batia. It goes without saying that this article is far from exhaustive, and represents only a tiny part of Batia Baum’s work as a translator.
Keywords : Yiddish literature, translation, yiddishkeyt, Mendele Moykher Sforim, Yitskhok Leybush Peretz
Varia :
La lumière d’Israël chez Nelly Sachs par Andrée Lerousseau
S’appuyant en priorité sur le recueil Sternverdunkelung (Éclipse d’étoile), publié en 1949, et sur la correspondance de Nelly Sachs, et soulignant sa proximité avec Buber, l’article analyse la signification que revêt Israël pour la poétesse d’origine juive de langue allemande qui trouve refuge à Stockholm en mai 1940, échappant de justesse à la déportation. L’accent est ainsi mis sur sa vision de la « Terre d’Israël », sur la « voix d’Israël » dont elle se fait le porte-parole dans la première partie de son œuvre, couronnée en 1966 du Prix Nobel de littérature, et sur la mission parti- culière à visée universelle qui incombe selon elle au peuple juif, à l’État d’Israël dont elle célèbre la fondation, et par-delà à l’humanité tout entière.
Mots-clés : Israël, Bible, prophétie, élection, vocation, mémoire
Based primarily on Nelly Sachs’ collection of poems Sternverdunkelung [Eclipse of the Stars] and her correspondence, and highlighting her proximity to Buber, the article analyzes the significance of Israel for the German-born Jewish poet who found refuge in Stockholm in May 1940, narrowly escaping deportation. Emphasis is placed on her vision of the « Land of Israel », on the « Voice of Israel », that she speaks for in the first part of her work, which was awarded with the Nobel Prize for Literature in 1966, and on the special mission with a universal purpose that she sees as incumbent on the Jewish people, the State of Israel whose founding she celebrates, and beyond that, on humanity as a whole.
Keywords : Israel, Bible, prophecy, election, vocation, memory
Numéro 86 (décembre 2023)
Sommaire
Dossier : Les Juifs, "baromètre" et acteurs de la démocratie
Rassemblé par Andrée Lerousseau
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Lerousseau Andrée : Présentation du dossier
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Le Rider Jacques : Les Juifs autrichiens face à la montée de l’antisémitisme (1918 à 1938)
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Lesnik Cassandre : Fritz Bauer (1903-1968) et la reconstruction démocratique de l’Allemagne post-hitlérienne
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Cazalé Bérard Claude : QUAI 21 - Le Mémorial de la Shoah de Milan
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Comes Annalisa : L’héritage vivant de Tullia Zevi et de Liliana Segre : résistance, identité, engagement et mémoire
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Weill Jacques : Actions humanitaires du B’nai B’rith
Varia
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Halperyn Léon : Léah Goldberg, pionnière de la BD israélienne
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Berman Zivi et Shabat Gadi : Nimrod contre Ahmed : cananéisme et réalisme social dans le champ artistique israélien
Édition
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Heddebaut Monique : Le retour à la légalité républicaine pour les Juifs dans le département du Nord
Note de lecture
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Menetrey Emmanuel : Un regard sur des sources photographiques de la Shoah
Hommage
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Tauber Michèle : Dédicace à Batia Baum
Au fil des lectures
Information
Résumés
Résumés
Dossier :
Les Juifs autrichiens face à la montée de l’antisémitisme (1918 à 1938) par Jacques Le Rider
La situation de la population juive d’Autriche et ses réactions à l’anti- sémitisme entre la fin de la Première Guerre mondiale et l’annexion de 1938 sont l’objet de cette étude. C’est à Vienne que résident 91 % des Juifs autrichiens durant cette période. Dans la société autrichienne, le code culturel antisémite a envahi tous les milieux sociaux. Les juifs votent en majorité pour les sociaux-démocrates, qui apparaissent comme le moins antisémite des partis politiques de la Première République d’Autriche et qui tiennent en main la municipalité de « Vienne la rouge ». Le roman de politique fiction La Ville sans Juifs (1922) de Hugo Bettauer représente de manière prémonitoire la violence menaçante de l’antisémitisme qui sévit à Vienne. La population juive d’Autriche, pour se protéger, s’est efforcée de limiter l’interaction sociale avec ses concitoyens non juifs. Le développement des associations d’inspiration sioniste est un indice de cette tendance à la séparation du milieu social juif et du reste de la société autrichienne.
Mots-clés : Juifs, Autriche, entre-deux-guerres, réactions à antisémitisme
The situation of the Jewish population in Austria and its reactions to antisemitism between the end of the First World War and the annexa- tion of 1938 is the subject of this study. Vienna was home to 91% of the Austrian Jews during this period. In Austrian society, the antisemitic cultural code pervaded all social circles. The majority of Jews voted for the Social Democrats, who appeared to be the least antisemitic of the political parties in the First Austrian Republic and held the municipality of « Red Vienna » in their hands. Hugo Bettauer’s political fiction novel The City without Jews (1922) is a premonitory representation of the threatening violence of antisemitism in Vienna. The Jewish population of Austria, in order to protect itself, tried to limit social interaction with its non-Jewish fellow citizens. The development of Zionist-inspired associations is an indication of this tendency of the Jewish social milieu to separate itself from the rest of Austrian society.
Keywords : Jews, Austria, interwar period, reactions to antisemitism
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Fritz Bauer (1903-1968) et la reconstruction démocratique de l’Allemagne post-hitlérienne par Cassandre Lesnik
La période post 1945 laissa place à une nouvelle ère historique nécessitant une intense réflexion sur les notions de démocratie, démocratisation du droit et d’État de droit. Fritz Bauer, magistrat judéo-allemand, est l’exemple même de cette réflexion ayant participé à la reconstruction démocratique. Lui qui choisit de retourner en Allemagne dès la fin du second conflit mondial, et donc de rester en diaspora, prit activement part à la reconstruction de l’Allemagne post-hitlérienne et ce malgré le maintien d’une élite corrompue par le nazisme. Fritz Bauer finit par retrouver une part d’optimisme non pas auprès de ses confrères juristes mais en se fiant à l’histoire et à la philosophie juives pour ce qui est de défendre les valeurs démocratiques. L’article brosse donc le portrait de cet infatigable démocrate qui voua sa vie à la recherche du droit et de la justice.
Mots-clés : droit, résistance, démocratie, état de droit, nazisme
The post-1945 period gave way to a new historical era requiring intense reflection on the notions of democracy, democratisation of the law and the state of law. Fritz Bauer, a German-Jewish magistrate, is the very example of this reflection that contributed to the reconstruction of democracy. He chose to return to Germany at the end of the Second World War, and therefore to remain in the diaspora, and took an active part in the reconstruction of post-Hitler Germany, despite the continued existence of an elite corrupted by Nazism. Fritz Bauer eventually regained a measure of optimism, not from his fellow lawyers, but by relying on Jewish history and philosophy to defend democratic values. The article therefore paints a portrait of this tireless democrat who devoted his life to the pursuit of law and justice.
Keywords : law, resistance, democracy, state of law, nazism
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QUAI 21 - Le Mémorial de la Shoah de Milan par Claude Cazalé Bérard
Le Mémorial de la Shoah de Milan a été fondé pour sauvegarder la mémoire des déportés juifs italiens vers les camps de la mort à partir de la fin 1943 et jusqu’en 1945. La persécution des Juifs en Italie menée par le régime fasciste commence par une campagne antisémite suivie par des lois raciales en 1938. Les déportations vers l’Allemagne coïncident avec l’occupation allemande qui fait suite à l’armistice signé par l’Italie avec les Alliés le 8 septembre 1943.
Mots-clés : mémoire, déportation, extermination, lois raciales, survivants
The Shoah Memorial of Milan was founded to safeguard the memory of Italian Jews deported to the death camps from late 1943 to 1945. The persecution of Jews in Italy implemented by the fascist regime began with an anti-Semitic campaign followed by racial laws in 1938. The deportations to Germany coincided with the German occupation which followed the armistice signed by Italy with the Allies on September 8, 1943.
Keywords : memory, deportation, extermination, racial laws, survivors
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L’héritage vivant de Tullia Zevi et de Liliana Segre : résistance, identité, engagement et mémoire par Annalisa Comes
Qu’est-ce qui lie Tullia Zevi et Liliana Segre si différentes par leur origine, leur vécu, leurs expériences au-delà de leur engagement civil et politique contre le racisme, l’antisémitisme, le langage de la haine, au-delà de leur activité de témoignage de la mémoire de la Shoah ? Leur dévouement et l’engagement assumé sont assurément similaires. Avoir pris – et prendre – la parole publiquement dans des moments difficiles de notre époque, en défense de la démocratie et des valeurs les plus profondes qu’elle incarne : la liberté, la paix, la reconnaissance des droits. Toutes deux paraissent croire dans la possibilité de transmettre ces valeurs, dans la nécessité de cultiver le sentiment de responsabilité individuelle. Toutes deux mettent leur espoir dans l’avenir des nouvelles générations. Les traits qui révèlent leur proximité sont évidents, bien sûr. Pourtant, je suis convaincue que le vrai point commun entre Tullia Zevi et Liliana Segre réside avant tout dans leur aptitude au dialogue, dans le fait d’avoir privilégié la relation.
Mots-clés : témoignage, shoah, démocratie, dialogue, émancipation féminine
What binds Tullia Zevi and Liliana Segre so different by their origin, their experience, their experiences beyond their civil and political commitment against racism, anti-Semitism, the language of hate, beyond their activity of bearing witness to the memory of the Shoah ? Their dedication and assumed commitment are certainly similar. Having taken – and take – the floor publicly in odifficult times of our time, in defense of democracy and the deepest values it embodies : freedom, peace, recognition of rights. Both seem to believe in the possibility of transmitting these values, in the need to cultivate the feeling of individual responsibility. Both put their hope in the future of the new generations. The traits that reveal their closeness are obvious, of course. However, I am convinced that the real point in common between Tullia Zevi and Liliana Segre lies above all in their aptitude for dialogue, in the fact of having privileged the relationship.
Keywords : testimony, holocaust, democracy, dialogue, female emancipation
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Actions humanitaires du B’nai B’rith par Jacques Weill
Le B’nai B’rith ou Fils de l’Alliance est l’organisation humanitaire juive la plus ancienne et la plus vaste au monde. Créé en 1843 à New York par des immigrés juifs francs-maçons d’origine allemande, il s’attacha dès ses débuts à soulager la misère des travailleurs juifs et de leurs familles et à signifier la judéité par les symboles et les valeurs. Il se développa rapidement aux États-Unis où il créa des institutions de bienfaisance et favorisa l’expansion des Juifs dans le pays. La première loge européenne fut créée à Berlin en 1882. Le B’nai B’rith est organisé en districts nationaux autonomes, éven- tuellement regroupés de manière informelle en fédérations. Il eut à lutter contre l’antisémitisme et à compenser matériellement ses conséquences violentes et meurtrières. Il eut également à atténuer les souf- frances de la population de l’État d’Israël au cours de nombreux attentats ou au cours des guerres. Symbole de sa vocation universaliste, il collecta des sommes importantes pour les catastrophes naturelles ou les coûts humains des guerres de par le monde et soutint une équipe israélienne, Israid, intervenant sur place.
Mots-clés : Organisation Non Gouvernementale, humanitaire, juifs, judaïsme, Israël, francs-maçons
The B’nai B’rith or Sons of the Covenant is the oldest and largest Jewish humanitarian organization in the world. Established in 1843 in New York by German-born Jewish Freemason immigrants, from its earliest days it was concerned with alleviating the misery of Jewish workers and their families and with signifying Jewishness through symbols and values. It quickly developed in the United States where it created cha- ritable institutions and promoted the expansion of Jews in the country. The first European lodge was established in Berlin in 1882. B’nai B’rith is organized into autonomous national districts, possibly grouped informally into federations. It had to fight against anti-Semitism and to compensate materially for its violent and deadly consequences. It also had to alleviate the suffering of the population of the State of Israel following numerous attacks or during wars. A symbol of its universalist vocation, it raised large sums for natural disasters or the human costs of wars around the world and supported an Israeli team, Israid, intervening on the spot.
Keywords : Non-governmental Organization, humanitarian, jews, judaism, Israel, freemasons
Varia :
Léah Goldberg, pionnière de la BD israélienne par Léon Halperyn
D’une enfance traumatique jusqu’au canon de la littérature israélienne, le parcours de Léah Goldberg est stupéfiant. Artiste et intellectuelle juive hors-normes, elle produit une œuvre protéiforme et singulière. Poétesse, auteure, traductrice et universitaire reconnue, elle signe en hébreu le texte versifié de quelque 450 séries de bande dessinée, entre 1936 et 1954. Illustrée par le caricaturiste Arié Navon, dans Dvar Liladim, la principale revue pour enfants de l’époque, cette œuvre populaire est désavouée par son auteure, malgré son succès constant.
Mots-clés : bande dessinée, hébreu, art juif, Ouri Mouri, Dvar Liladim
From a traumatic childhood to the canon of Israeli literature, the iti- nerary of Lea Goldberg is astounding. Outstanding Jewish artist and intellectual, she produces a multifaceted and unique work. Acclaimed poet, author, translator and scholar, she signs the Hebrew versified text of about 450 comics, between 1936 and 1954. Illustrated by the cartoonist Arie Navon, in Dvar Liladim, the leading magazine for children and young people at this period, this popular work is disavowed by its author, despite his continued success.
Keywords : comics, Hebrew, Jewish art, Ouri Mouri, Dvar Liladim
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Nimrod contre Ahmed : cananéisme et réalisme social dans le champ artistique israélien par Zivi Berman, Gadi Shabat
Deux approches artistiques et idéologiques ont posé un défi et présenté une alternative à l’establishment politique et artistique en Israël dans les dix premières années de son existence : le courant cananéen et le réalisme social. Dans le présent article, nous examinerons ces deux courants sous l’aspect de l’alternative qu’ils ont présentée au courant dominant au sein de l’art israélien. L’article étudiera les points communs et les différences entre ces mouvements artistiques, ainsi que leur influence sur le champ de l’art israélien dans les premières années après la création de l’État. Nous nous fonderons sur l’examen de plusieurs aspects et niveaux de référence : le rapport au lieu, l’intentionnalité (l’orientation politique), le rapport au temps et à l’histoire, la canonisation et l’identité. Ces deux courants, largement opposés, n’ont pas fait le poids devant l’establish- ment artistique et ont été relégués aux marges du champ artistique et politique en Israël.
Mots-clés : Art Israélien, Art Cananéen, Réalisme Social, Nouveaux Horizons, Canon Artistique, Nimrod
Two ideological conceptualizations in art challenged and proposed an alternative to Israel’s political and artistic establishment in the country’s first decade : Canaanism and Social Realism. This article examines these currents in terms of the alternative they pose to the Israeli art mainstream. We assess similarities and differences between the movements and their impact on the Israeli art scene in the country’s first years by examining several aspects and levels of reference : place, political intentionality, time and history, canonization, and identity. Neither of these strongly contrasting streams was able to defeat the artistic mainstream ; both were marginalized in the Israeli art field.
Keywords : Israeli Art, Canaanite Art, Social Realism, New Horizons, Art Canon, Nimrod
Numéro 85 (juin 2023)
Sommaire
Dossier : Claude Vigée. Poète et prophète
Présenté par Claude Cazalé Bérard
Première partie : In memoriam Claude Vigée. Hommages et souvenirs
Pinkstein Daniella, Dott Alfred, Allouche Jean-Luc : « Claude Vigée, Poète et Prophète »
Alcoloumbre Thierry : Vie et survie de Claude Vigée
Kaufmann Francine : Dans les pas de Jacob : Vigée poète de l’exil et du retour
Deuxième partie : Lectures de l’œuvre de Claude Vigée
Finck Michèle : Claude Vigée : séparation et réparation
Parizet Sylvie : Le Poète-prophète face au défi de Babel
Traendlin Heidi : Échos prophétiques dans la poésie alsacienne de Claude Vigée
Cazalé Bérard Claude : Recevoir et transmettre au cœur de la poésie de Claude Vigée
Varia
Mancassola Jérôme : De l’aire germanique à l’État d’Israël. Le rôle clé d’Heinrich Graetz (1817-1891) dans l’histoire des idées religieuses et nationales juives
Édition
Delmaire Danielle : Lettre du grand rabbin Lipman à Victor Hugo. Protestation contre les pogromes en Russie, 1883
Hommage
Delmaire Danielle : Hommage au grand rabbin René-Samuel Sirat 1930-2023
Au fil des lectures
Résumés
Résumés
Dossier :
Vie et survie de Claude Vigée par Thierry Alcoloumbre
Rédigé à la suite du décès de Claude Vigée, ce texte est un court hommage qui tente de retenir les points les plus marquants de l’œuvre du poète et de son apport vivant pour nous. Il s’organise autour de trois thèmes : la mémoire, la présence, et la lecture. L’œuvre de Vigée est une œuvre de mémoire et de témoignage ; elle affirme sa foi dans la vie et reconnaît une présence divine dans la nature et dans l’homme ; elle nous parle à travers la lecture comme un ami parle à un autre ami.
Written following the death of Claude Vigée, this text is a short homage that attempts to retain the most outstanding points of the poet’s work, and his living contribution to us. It is organized around three themes : memory, presence, and reading. Vigée’s work is a work of memory and testimony. It affirms his faith in life and recognizes a divine presence in nature and in man. It speaks to us through reading as a friend speaks to another friend.
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Dans les pas de Jacob : Vigée poète de l’exil et du retour par Francine Kaufmann
Cet article s’ouvre sur un témoignage personnel sur le poète, rencontré à Jérusalem dès 1968-1969, souvenirs et réflexions sur l’homme et l’œuvre. Il évoque l’impact de la guerre et de la Shoah, la mobilisation à l’hôpital de Caen, la débâcle, la Résistance à Toulouse, dans les rangs de l’Action juive (1940-1942), l’adoption d’un nouveau patronyme : Vigée (vie j’ai !), qui proclame le choix de la vie au sein de la mort, la fuite puis l’exil aux États-Unis. Une circonstance providentielle lui permet de partir pour Israël où il vivra durant 40 ans, enseignant de 1960 jusqu’à sa retraite, en 1984, à l’université hébraïque de Jérusalem. Il s’installe en France en 2001, suite à la maladie d’Evy, l’épouse bien-aimée. On découvre aussi l’art poétique de Vigée pour qui la littérature est un témoignage sur le temps qui passe, mariant récits, témoignages, essais, entretiens, pages de journal intime, avec le jaillissement du poème. L’image biblique du « miel dans le rocher », concrétisée par la découverte dans les monts de Judée d’inclusions de calcite dorée au sein de pierres calcaires, conforte en lui le choix d’une forme littéraire qui lui est spontanée : le « judan », en opposition au roman, fiction préméditée et close, où la poésie est rejetée dans des recueils séparés. Le judan associe la marche du quotidien, errance du vivant jubilatoire horizontal, à l’extase verticale du poème.
This article opens with a personal recount on the poet, met in Jerusalem in 1968-1969, memories and reflexions on the man and his work. It evokes the impact of the war and the Shoah, the mobilization in the hospital of Caen, the “Débacle”, the Resistance in Toulouse, in the ranks of the Jewish Action (1940-1942), the adoption of a new surname : Vigée (vie j’ai !), which proclaims the choice of life in the midst of death, the escape and exile in the United States. A providential circumstance allowed him to leave for Israel where he lived for 40 years, teaching from 1960 until his retirement in 1984 at the Hebrew University of Jerusalem. He moved to France in 2001, due to the illness of Evy, his beloved wife. We also discover the poetic art of Vigée for whom literature is a testimony on the passing of time, combining stories, testimonies, essays, interviews, diary pages, with the burst of the poem. The biblical image of « honey in the rock », concretized by the discovery in the Judean mountains of inclusions of golden calcite within limestone, reinforces in him the choice of a literary form that is spontaneous for him : the « judan », in opposition to the novel, premeditate and closed fiction, where poetry is rejected in separate publications. It associates the wandering march of the daily life, jubilating, horizontal, with the vertical ecstasy of the poem.
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Claude Vigée : séparation et réparation par Michèle Finck
L’œuvre du poète juif Claude Vigée est placée sous le signe d’une tension entre deux mots, qui est à l’origine de cette poésie : « séparation » (à cause de la Seconde Guerre mondiale) et « réparation ». Cette tension se retrouve aussi dans plusieurs œuvres majeures de la poésie française, en particulier dans les livres d’Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet. La quête de la « réparation » est indissociable d’un désir d’unir à nouveau le langage l’être et le monde.
The work written by the jewish poet Claude Vigée is placed under the sign of two words, which are the origins of this poetry : “separation” (because of the Second World War) and “reparation”. This tension between “sepa- ration” and “reparation” exists also in many other works by french poets, particularly Yves Bonnefoy et Philippe Jaccottet. The quest of “reparation” is deeply linked to a desire of unity between language, human being and universe.
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Le Poète-prophète face au défi de Babel par Sylvie Parizet
Relire l’œuvre de Claude Vigée à la lumière du récit de Babel, c’est mesu- rer à quel point ce mythe représente, pour celui qui se sent menacé de dislocation et d’aphasie, le grand danger. Mais l’antidote au mal existe : face au défi que « les langues impures de Babel » lancent à l’écrivain, la voie du poète consiste à « faire passer », dans cette forme si particulière qu’est le judan, « le rayonnement originel de l’Aleph ».
Reading Claude Vigée’s writings in the light of the Babel narrative, is to assess the extent to which this myth represents - for one who feels threate- ned with dislocation and aphasia – the great danger. But the antidote to evil exists : in the face of the challenge posed by « the impure languages of Babel », the poet’s approach is to « get across » « the original radiance of the Aleph » through the very specific form of the judan.
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Échos prophétiques dans la poésie alsacienne de Claude Vigée par Heidi Traendlin
Claude Vigée écrivit deux longs poèmes alsaciens, Les orties noires et Le feu d’une nuit d’hiver à Jérusalem pendant la Guerre du Liban. À l’écoute des échos prophétiques, le lecteur entend une poésie d’une violence baroque arrachée au mutisme par la narration tragi-comique des événements historiques. Le recours à l’enfance judéo-alsacienne et aux prophètes Jonas et Daniel met en lumière les paradoxes criants de la condition humaine. La vision poétique de l’amandier en fleur figure le printemps de la parole, « un cri devenu chant ».
Claude Vigée wrote two long Alsatian poems Les orties noires and Le feu d’une nuit d’hiver in Jerusalem during the Lebanon war. Aside to prophetic echoes, the reader discerns violent elements in the tragi-comic narration of History. The paradox of the human condition is evocated through the childhood of an Alsatian Jew together with allusions to the prophets Jonas and Daniel. The poetic vision of the blooming almond- tree incarnates the spring of poetry, the lyrical song.
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Recevoir et transmettre au cœur de la poésie de Claude Vigée par Claude Cazalé Bérard
Pour Claude Vigée, traduire c’est à la fois « un défi » et « un bonheur », une jouissance, surtout si le traducteur est poète lui-même et donc capable de rendre le sens avec le son, le rythme avec la pulsation, de maintenir avec le dévoilement l’énigme : le traducteur se voit mis au défi de franchir les obstacles de l’indicible, de l’incompatible, de l’intraduisible, de combler les distances, de jeter des ponts, de franchir les frontières, de se livrer à l’hospitalité langagière, artistique et spirituelle.
For Claude Vigée, translating is both a challenge and a delight. It’s a special pleasure when the translator is himself a poet and therefore capable of expressing meaning through the heartbeat of sound and rhythm ; a process of unveiling the verse, while preserving its central conceit. The translator is challenged to clearly render words that are unutterable, incompatible, perhaps even untranslatable at first sight. It’s a process of bridge building, of border crossing ; an act of linguistic, artistic, and spiritual hospitality.
Varia :
De l’aire germanique à l’État d’Israël : le rôle clé d’Heinrich Graetz (1817-1891) dans l’histoire des idées religieuses et nationales juives par Jérôme Mancassola
Dans l’histoire des relations entre nation et religion, l’État d’Israël demeure un cas à part. N’entrant véritablement dans aucune catégorie – théocratie, État laïc ou sécularisé à l’anglo-saxonne, etc. – il s’apparente à un cas sui generis, dénommé ici sous le terme de « désincarnation » et qui a ses propres caractéristiques. Pour démontrer historiquement un tel phéno- mène, l’auteur s’est intéressé au parcours intellectuel de l’historien juif allemand Heinrich Graetz (1817-1891). En prenant comme fil directeur son Histoire des Juifs, premier roman national juif global et moderne, cet article met en relief de quelles manières ce penseur inclassable devint le pionnier de la désincarnation et comment ses idées religieuses et natio- nales voyagèrent dans le monde juif, des pays germaniques à l’Europe de l’Est, pour finalement arriver en Palestine et connaître une seconde jeunesse intellectuelle dans l’État d’Israël.
In the history of relations between nation and religion, the State of Israel remains a special case. Not really falling into any category - theocracy, French secular or Anglo-Saxon secular state, etc. — it is similar to a sui generis case, referred to here as « disembodiment », and which has its own characteristics. To historically demonstrate such a phenomenon, the author is interested in the intellectual career of the German Jewish historian Heinrich Graetz (1817-1891). Taking as guiding thread his His- tory of the Jews, the first global and modern Jewish national myth, this article highlights the ways by which this unclassifiable thinker became the pioneer of disembodiment and how his religious and national ideas traveled around the Jewish world, from the Germanic countries to Eastern Europe, to finally arrive in Palestine and experience a second intellectual youth in the State of Israel.
Numéro 84 (décembre 2022)
Sommaire
Dossier : Déposséder – dépossédé. Corps marginalisés, espaces déterritorialisés
Rassemblé par Atinati Mamatsashvili et Blandine Landau
Première partie : Questions juridiques de la dépossession
von Lintig Johannes : Le concept légal de spoliation dans la législation de l’après- guerre et dans la pratique de réparation actuelle en France
Dewey Anne : Le concept légal de spoliation dans la législation de l’après- guerre et dans la pratique actuelle en Autriche
Deuxième partie : Rétrécissement de l’espace de vie
Sepp Arvi et Augustyns Annelies : La dépossession par la terreur et la persécution dans les récits diaristiques juifs-allemands de Victor Klemperer et Willy Cohn
Mamatsashvili Atinati : Espaces de destruction dans les œuvres littéraires luxembourgeoises et françaises
Le Noc Maël : Évolution de la population juive parisienne pendant l’Occupation
Troisième partie : Dépossédés du temps, dépossédés de l’histoire
Decout Maxime : Être dépossédé de son histoire : les œuvres survivantes face à l’extermination
Nuselovici (Nouss) Alexis : Effet-ghetto : le journal et le posthume
Varia
Rota Olivier : La conférence de Seelisberg (1947). Préparatifs, déroulé et premières retombées
Édition
Menetrey Emmanuel : À propos du livre de Laurent Joly, La rafle du Vel’ d’Hiv’
Au fil des livres
Résumés
Résumés
Dossier :
Le concept légal de spoliation dans la législation de l’après-guerre et dans la pratique de réparation actuelle en France par Johannes von Lintig
L’article entend fournir une analyse historique et critique du concept juridique de spoliation en France appliqué au contexte de la politique de persécution antisémite et d’expropriation en France sous l’Occupation allemande. À cette fin, l’auteur expose l’évolution de l’interprétation et de l’application de ce concept dans le droit positif de la fin de la guerre jusqu’à nos jours. L’étude démontrera que même si une définition légale du concept existe depuis la Libération, le concept n’a pas connu une stabilité durable. Aujourd’hui, loin de revêtir un sens clair et précis, la notion renvoie plutôt à un standard du droit. L’interprétation concrète du concept dépend ainsi essentiellement du texte juridique le consacrant et du contexte de son application. Au cours du temps, le concept a ainsi donné lieu à des interprétations divergentes. Du fait de l’existence en parallèle aujourd’hui de plusieurs dispositifs de réparation des spoliations antisémites, il peut y avoir des interprétations divergentes qui entrent en concurrence les unes avec les autres et risquent, de ce fait, de compromettre la stabilité et la consistance même du concept.
The article intends to provide a historical and critical analysis of the legal concept of spoliation in France as applied to the context of the policy of anti-Semitic persecution and expropriation in France during the German occupation. To this end, the author outlines the evolution of the interpretation and application of this concept in positive law from the end of the war to the present day. The study will show that even if a legal definition of the concept exists since the Liberation of France, the concept has not known a lasting stability. Today, far from having a clear and precise meaning, the concept refers rather to a standard of law. The concrete interpretation of the concept thus depends essentially on the legal text enshrining it and the context of its application. Over time, the concept has thus given rise to divergent interpretations. As a result of the parallel existence today of several mechanisms for reparation of antisemitic spoliations, there may be divergent interpretations that compete with each other and thus risk compromising the stability and consistency of the concept itself.
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Le concept légal de spoliation dans la législation de l’après-guerre et dans la pratique actuelle en Autriche par Anne Dewey
Avec le Kunstrückgabegesetz, l’Autriche a été le premier pays européen à se prononcer en faveur d’une réglementation législative des œuvres d’art dépossédées pendant le national-socialisme dans les années 1990. Cette loi renvoie directement au droit autrichien de l’après-guerre qui joue ainsi un rôle important dans la pratique autrichienne en matière de restitution. Ce droit de l’après-guerre exigeait une « Vermögensentziehung », l’équivalent de la « spoliation » en droit français, qui supposait l’établissement d’un lien de causalité entre la perte et la prise de pouvoir du national-socialisme. Par principe, le Kunstrückgabebeirat prend appui sur cette conception de la spoliation pour l’application actuelle du Kunstrückgabegesetz, mais dans des cas exceptionnels une dérogation au droit de l’après-guerre peut être admise conformément à l’esprit de la loi de restitution. Cela concerne notamment la question de savoir si la bonne foi peut jouer en faveur de l’acquéreur d’un bien spolié.
With the Kunstrückgabegesetz, Austria was the first European country to decide in favor of a legislative regulation of works of Nazi-looted art in the 1990ies The Kunstrückgabegesetz contains a technical reference to Austrian post-war legislation, which thus plays an important role in Austrian restitution practice. The post-war legislation required a "Vermögensentziehung", the equivalent of "spoliation" in French law, which presupposed a causal link between the loss and the National Socialist takeover. The Kunstrückgabebeirat adopts this concept of spoliation for the current application of the Kunstrückgabegesetz, but in exceptional cases a deviation from the post-war law may be permitted in accordance with the spirit of the restitution law. This concerns in particular the question of whether good faith acquisition can play in favor of the purchaser of spoliated property.
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La dépossession par la terreur et la persécution dans les récits diaristiques juifs-allemands de Victor Klemperer et Willy Cohn par Arvi Sepp et Annelies Augustyns
Les diaristes juifs-allemands Victor Klemperer et Willy Cohn ont tenu un journal intime pour préserver par-dessus tout leur identité individuelle et leur liberté d’expression contre le régime national-socialiste. Leurs détails diaristiques révèlent le point de vue des victimes quant à l’étranglement permanent de leur espace d’action. La vie quotidienne, dont les diaristes essaient de retenir le caractère éphémère dans leurs notes, est en même temps soumise à une angoisse existentielle permanente. Dans ce contexte, le quotidien représente un endroit dans lequel on retrouve la sécurité et l’ordre auxquels on aspire tant, mais qui peut néanmoins être frappé soudainement par la mort. La terreur omniprésente y est décrite comme aléatoire et arbitraire, de sorte qu’il est impossible pour les victimes d’évaluer et de prédire ce qui va leur arriver et quand. Les deux auteurs concernés deviennent de ce fait des objets vulnérables qui doivent se plier à la cruauté des caprices du régime et essaient de trouver des stratégies compensatoires.
The German-Jewish diarists Victor Klemperer and Willy Cohn kept diaries to preserve their individual identity and freedom of expression above all else against the National Socialist regime. Their diaristic details reveal the victims’ view of the permanent strangulation of their space of action. Everyday life, whose ephemeral character the diarists try to capture in their notes, is at the same time subject to permanent existential anguish. In this context, everyday life represents a place where one finds the security and order one longs for, but which can nevertheless be suddenly struck by death. The omnipresent terror is described as random and arbitrary, so that it is impossible for the victims to assess and predict what will happen to them and when. The two authors concerned thus become vulnerable objects, who have to submit to the cruelty of the regime’s whims and try to find compensatory strategies.
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Espaces de destruction dans les œuvres littéraires luxembourgeoises et françaises par Atinati Mamatsashvili
Le présent article se focalise sur la dimension destructrice, attachée aux Juifs, mise en relief dans les œuvres littéraires dès les années 1930 et dans l’après-guerre. L’homme-clandestin, l’émigrant, le pourchassé et le dépossédé – tel est le Juif qui se dessine dans les œuvres des écrivains luxembourgeois (Paul Palgen, Peter Faber) et français (Jean-Paul Sartre) qui présagent, à certains égards, les événements néfastes à venir. La zone dans laquelle le Juif est relégué est celle qui l’expulse vers la périphérie de l’espace habitable, à l’instar de ce tableau de Charlotte Salomon dans lequel la croix gammée parsème la rue comportant des inscriptions – qu’ils n’en veulent pas, de Juifs, au sein de l’espace aryanisé.
This article focuses on the destructive dimension related to the Jews, which is highlighted in literary works from the 1930s onwards and in the post-war period. The clandestine man, the emigrant, the chased and the dispossessed – such is the Jew who emerges in the works of Luxemburgish (Paul Palgen, Peter Faber) and French (Jean-Paul Sartre) writers, who in some respects foreshadow the disastrous events to come. The space relegated to the Jew is that which expels him to the periphery from the living space, as in Charlotte Salomon’s painting in which the swastika marks the street containing inscriptions – that they don’t want any Jews in the Aryanized space.
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Évolution de la population juive parisienne pendant l’Occupation par Maël Le Noc (Apports des archives de la dépossession pour les quartiers Arts-et-Métiers et Enfants-Rouges)
Tout au long de la période d’Occupation, au fur et à mesure de l’intensification des persécutions, la population juive parisienne n’a cessé de diminuer sous l’effet des arrestations et des déportations mais aussi des fuites. Cet article reconstitue la chronologie et les caractéristiques de cette diminution pour deux quartiers parisiens du troisième arrondissement, les quartiers Arts-et-Métiers et Enfants-Rouges. L’enquête repose sur le croisement de nombreuses sources liées au fichage de la population juive et à la dépossession de leur logement et de leurs biens. L’article présente la diminution drastique de la population juive des deux quartiers étudiés, qui passe d’environ 5 600 individus en octobre 1940 à moins de 850 à la Libération. Il met notamment en exergue le fait qu’un tiers de ces disparitions résulte directement du processus d’arrestation et de déportation des Juifs tandis que les deux autres tiers correspondent à des fuites ou à d’autres stratégies visant à se soustraire aux persécutions.
Throughout the Occupation period, while persecution intensified, the Parisian Jewish population kept decreasing due to arrests and deportations as well as flights. This article retraces the chronology and the characteristics of this decrease for two Parisian quarters of the third arrondissement, the Arts-et-Métiers and Enfants-Rouges quarters. The study relies upon the comparison of numerous archival sources originating from the tracking of the Jewish population and from the dispossession of their housing and belongings. The article unveils the drastic diminution of the Jewish population of the two quarters under study, which goes from about 5 600 individuals in October 1940 to less than 850 at the Liberation. It highlights the fact that about one third of these disappearances is the direct result of the arrestation and deportation process, while the other two thirds correspond to flights and other strategies aiming at escaping persecution.
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Être dépossédé de son histoire : les œuvres survivantes face à l’extermination par Maxime Decout
L’entreprise nazie cherchait à éradiquer l’ensemble des Juifs ; elle voulait aussi supprimer le souvenir de leur existence ; elle espérait même, comme le génocide arménien qui inspira en partie Hitler, abolir le souvenir de leur extermination. Or une partie des victimes a parfaitement cerné ce mécanisme et a choisi de témoigner de ce qui se passait à l’abri des regards. Ces diaristes de la Shoah ont noté des faits pour résister à la dépossession de leur histoire orchestrée par les bourreaux. Malgré leur mort, certains de leurs textes nous sont parvenus et sont devenus des œuvres survivantes. Pour comprendre les enjeux d’une telle écriture, nous nous pencherons sur les journaux d’Hélène Berr en France, d’Etty Hillesum aux Pays-Bas et d’Emmanuel Ringelblum dans le ghetto de Varsovie.
The Nazi enterprise sought to eradicate all Jews ; it also wanted to suppress the memory of their existence ; it even hoped to abolish the memory of their extermination. However, some of the victims understood this mechanism perfectly well and chose to testify to what was happening behind closed doors. These diarists of the Holocaust recorded facts to resist the dispossession of their history orchestrated by the perpetrators. Despite their death, some of their texts have survived and become surviving works. To understand the challenges of such writing, we will look at the diaries of Hélène Berr in France, Etty Hillesum in the Netherlands and Emmanuel Ringelblum in the Warsaw ghetto.
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Effet-ghetto : le journal et le posthume par Alexis Nuselovici (Nouss)
Tenir un journal est un acte scripturaire qui joue avec la rationalité du flux temporel. Un journal s’écrit au présent, jour après jour, mais se loge dans un futur de lecture. Les journaux du corpus choisi n’auraient pas dû survivre, privés de futur car ils ont été rédigés par des jeunes femmes juives entre 1939 et 1944, toutes assassinées par les nazis : Rywka Lipszyc, Renia Spiegel, Etty Hillesum et Anne Frank. Notre lecture est alors celle de témoins redonnant aux journaux la postériorité dont ils ont été dépossédés.
Keeping a diary is a writing act which plays with the rationality of time flow. A diary is written in the present, day after day, but aims at a future reading. The diaries of the chosen corpus were deprived of any future and should not have survived, because they were written by young Jewish women between 1939 and 1944, all murdered by the Nazis : Rywka Lipszyc, Renia Spiegel, Etty Hillesum, and Anne Frank. Our reading is therefore that of witnesses giving back to those diaries the posteriority of which they have been dispossessed.
Varia :
La conférence de Seelisberg (1947). Préparatifs, déroulé et premières retombées par Olivier Rota
La conférence de Seelisberg (1947) est la seconde conférence internationale réunissant Juifs et chrétiens dans l’après-guerre. L’article traite des difficultés de sa longue préparation et de son déroulement, mais aussi de ses retombées médiatiques, plutôt modestes dans un premier temps, avant que les « Dix Points » de Seelisberg s’imposent comme un texte majeur dans l’histoire des relations judéo-chrétiennes.
The Seelisberg conference (1947) was the second international conference that brought together Jews and Christians after the Second World War. The article deals with the difficulties of its long preparation and its progress, but also with its media repercussions, rather modest at first, before Seelisberg’s "Ten Points" imposed themselves as a major text in the history of Jewish-Christian relations.
Numéro 83
Sommaire
Dossier : La SNCF face à la Shoah
Rassemblé par Delmaire Danielle, Hochard Cécile, Polino Marie-Noëlle
Delmaire Danielle & Heddebaut Monique : Présentation du dossier
Delmaire Danielle (commenté par) : Discours de Guillaume Pepy président de la SNCF, Bobigny 25 janvier 2011
Delmaire Danielle : La SNCF face à la Shoah. Ses infrastructures, son personnel
Fontaine Thomas : Les gares de déportation des Juifs de France
Thévenet Laurent : Les cheminots Justes parmi les Nations… Essai de prosopographie
Chevandier Christian : « Combien de tours de roue, d’arrêts et de départs ? Mémoires de la dimension ferroviaire des déportations, 1942-2022
Varia
Benoit Martine Hommage à Theodor Lessing (1872-1933)
Édition
Kaufmann Francine : Kaddish Reconstitution conjecturale d’une pièce de théâtre détruite d’André Schwarz-Bart
Au fil des livres et expositions
Résumés
Résumés
Dossier :
Discours de Guillaume Pepy, président de la SNCF. Bobigny, 25 janvier 2011. Commenté par Danielle Delmaire
Le 25 janvier 2011, Guillaume Pepy, président de la SNCF prononçait un discours, dans la gare désaffectée de Bobigny d’où sont partis des convois de la déportation des Juifs de juillet 1943 à août 1944. C’était à l’occasion de l’inauguration d’un lieu de mémoire. Ce discours, analysé ici, reconnaît l’implication de la SNCF dans la formation des convois mais aussi le courage de cheminots rebelles à l’occupation.
On January 25, 2011, Guillaume Pepy, president of the French National Railways Company (SNCF), gave a speech in the disused Bobigny train station, from where deportation convoys of Jews left from July 1943 to August 1944. It was on the occasion of the inauguration of a memorial site. This speech, which is analyzed here, recognizes the involvement of the SNCF in the formation of the convoys, but also the courage of railway workers who rebelled against the occupation.
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La SNCF face à la Shoah. Ses infrastructures, son personnel par Danielle Delmaire
Les rails, les wagons, les gares sont l’infrastructure qui a permis la mise en œuvre de la déportation des Juifs. Toutefois, les trains et les gares ont aussi été des lieux qui ont facilité la fuite des Juifs vers des refuges ou qui ont facilité des sauvetages. Le personnel de la SNCF, cheminots et travailleurs sociaux, a participé à ces sauvetages. En revanche, ce fut parfois dans les trains et les gares que des Juifs furent arrêtés et le personnel juif de la SNCF a été en grand partie licencié.
The rails, the wagons and the train stations are the infrastructure that enabled the deportation of the Jews to be implemented. However, trains and stations were also places that facilitated the escape of Jews to refuges and places of rescue. The French National Railways Company (SNCF) personnel, railway workers and social workers participated in these rescues. On the other hand, it was sometimes in trains and stations that Jews were arrested and the Jewish employees of the SNCF were largely dismissed.
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Gares de déportation des Juifs de France par Thomas Fontaine
Les gares surgissent furtivement des témoignages des internés et des déportés. Elles sont pourtant un des maillons essentiels dans l’organi- sation du génocide. Pour le montrer, en suivant l’exemple de la France occupée, il faut rappeler la géographie et la chronologie des principales déportations ; ainsi que l’organisation, la logistique des transferts d’in- ternés et des déportations.
Stations come up stealthily from the memories of the internees and deportees. Yet, they are a key link in the genocide organization. In order to show it, following the example of occupied France, one must bear in mind the geography and chronology of the main deportations, as well as the organization, logistics of the transfers of internees and the deportations.
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Les cheminots Justes parmi les Nations, essai de prosopographie par Laurent Thévenet
Au cours de l’Occupation allemande, des cheminots aident, cachent et sauvent des enfants et des familles juives persécutés et menacés de déportation. 55 d’entre eux seront reconnus Justes parmi les Nations. Cet essai de prosopographie présente ces Justes et résume des sauvetages selon les périodes et leur localisation. Il éclaire par des situations vécues, les motivations de ces gestes de solidarité : l’engagement politique, la foi ou la pratique religieuse, tout comme les relations de voisinage qui ont pu jouer un rôle décisif dans la prise de décision. Le regard porte également sur certains Justes et tout particulièrement sur les femmes dont le rôle apparaît souvent déterminant.
During the German Occupation, railway workers helped, hid and rescued Jewish children and families persecuted and threatened with deporta- tion. 55 of them will be recognized as Righteous Among the Nations. This prosopography essay presents these Righteous and summarizes rescues according to the periods and their location. It sheds light on the motivations for these gestures of solidarity through lived situations : political commitment, faith or religious practice, as well as neighbourly relations that may have played a decisive role in decision-making. The focus is also on some of the righteous and especially on women whose role often appears decisive.
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« Combien de tours de roue, d’arrêts et de départs ? ». Mémoires de la dimension ferroviaire des déportations, 1942-2022 par Christian Chevandier
La convention d’armistice de juin 1940 obligeait le gouvernement français à mettre certains de ses moyens au service des Allemands. Or, beaucoup de membres de ce groupe social qui a fait fonctionner le système ferro- viaire ont lutté contre l’occupant, aussi bien des syndicalistes que des cadres. Deux mémoires distinctes de la résistance des cheminots se sont opposées dès la fin des années 1940. À la fin du XXe siècle, elles ont été déstabilisées par le reproche de la conduite des trains de la déportation.
By the June 1940 armistice agreement, the French government was held to provide to the German occupant administrative and economic institutions and ressources. Many social group members which made the rail system to operate, trade unionists and executives, fighted against the nazis. So, two different railworkers Resistance memories clashed since the late 1940. In the late twentieth century, criticism for driving deportation trains destabilized them.
Varia :
Hommage à Theodor Lessing (1872-1933). Antisémitisme dans l’Empire allemand et la République de Weimar par Martine Benoit
Assassiné il y a 89 ans par des hommes de main des nazis alors qu’il se croyait en sécurité à Marienbad, Theodor Lessing est considéré comme l’une des personnalités les plus haïes de la République de Weimar. Il aura été sa vie durant en butte à de très nombreuses vexations, humiliations et attaques antisémites que cet article retrace à grands traits.
Murdered 89 years ago by Nazi henchmen while he thought he was safe in Marienbad, Theodor Lessing is considered one of the most hated per- sonalities of the Weimar Republic. Throughout his life, he was subjected to numerous anti-Semitic vexations, humiliations and attacks, which this article describes in brief.
Édition :
Reconstitution conjecturale d’une pièce de théâtre détruite d’André Schwarz-Bart : Kaddish. (Présentation, annotations, agencement et édition de fragments et brouillons) par Francine Kaufmann
André Schwarz-Bart, Prix Goncourt 1959, a relativement peu publié dans sa vie. Mais il n’a jamais cessé d’écrire, déchirant, brûlant, jetant dans une déchetterie, nombre de manuscrits. Dans ses notes, il mentionne deux œuvres qu’il regrette d’avoir détruites. L’une est une pièce de théâtre consacrée à son père déporté : Kaddish. Invitée à travailler dans le bureau de l’écrivain défunt à Goyave, en Guadeloupe (entre 2010 et 2016), j’ai entrepris de repérer, photocopier, retaper, des fragments de brouillons portant sur Kaddish : plans, dialogues, didascalies, notes de travail, thématique. Des références à des cassettes audio m’ont poussée à interroger Simone Schwarz-Bart. Parmi les cassettes retrouvées, neuf concernaient Kaddish. J’ai décidé de reconstituer, de manière conjecturale, ce qu’aurait pu être un texte suivi, cohérent, qui utiliserait les passages rédigés de trois versions de la pièce, agencés en fonction des indications présentes dans les notes écrites ou orales d’André Schwarz-Bart. D’autres reconstitutions restent possibles.
André Schwarz-Bart, recipient of the 1959 Goncourt Prize, published relatively little in his life. But he never stopped writing, tearing up, bur- ning, throwing away in a garbage dump, many manuscripts. In his notes, he mentions two works that he regrets having destroyed. One is a play dedicated to his deported father : Kaddish. Invited to work in the office of the deceased writer in Goyave, Guadeloupe (between 2010 and 2016), I undertook to locate, photocopy, type, fragments of drafts from Kaddish : plans, dialogues, didascalies, working notes, thematic. References to audio cassettes led me to question Simone Schwarz-Bart. Among the tapes she found, nine were about Kaddish. I decided to reconstitute, in a speculative way, what could have been a coherent text, which would use the written passages of three versions of the piece, assembled according to the indications present in André Schwarz-Bart’s written or oral notes. Other reconstructions are still possible.
Numéro 82 (automne 2021 - hiver 2022)
Sommaire
Dossier : Enjeux esthétiques dans la littérature après Auschwitz
rassemblé par Andrée Lerousseau
Lerousseau Andrée : Présentation du dossier
Kaufmann Francine : L’écriture de la Shoah dans l’œuvre et la vie d’André Schwarz-Bart
Xia Jiaojiao : Mémoire traumatique, corps et identité dans l’écriture d’Aharon Appelfeld. Exemple de Histoire d’une vie (1999) et Le garçon qui voulait dormir (2010)
Adams Juliette : Le Sang du ciel ou l’expérience poétique d’un survivant
Mamatsashvili Atinati : L’homme-survivant, un revenant indésirable ? (La lune noircie d’Anise Koltz et Les miroirs d’Ostende de Paul Willems)
Grassi Andrea : Le tragique par le comique. Le recours à l’humour pour mettre en scène l’Holocauste dans les pièces Les cannibales (1968) de George Tabori et Himmelweg (2003) de Juan Mayorga
Varia : Histoire
Delmaire Danielle : Le chantier de Champaubert-aux-Bois. Travail de bûcheronnage : un leurre pour dix-huit Juifs de Lille
Édition
Persyn Emmanuel : Tsafon tourne la page
À travers les livres
Informations
Résumés
Résumés
Dossier :
L’écriture de la Shoah dans l’œuvre et la vie d’André Schwarz-Bart par Francine Kaufmann
André Schwarz-Bart est connu essentiellement pour Le dernier des Justes, prix Goncourt 1959, l’une des premières œuvres de fiction sur la Shoah, affrontée de manière oblique dans une ‘saga identitaire’. Son héros est le peuple juif tout entier, incarné dans une famille imaginaire exemplaire. Une œuvre antillaise sur l’esclavage noir a suivi, construite sur un principe similaire autour d’une famille archétypale, celle du personnage mythico-historique de La mulâtresse Solitude. Déçu par la réaction d’une partie de ses lecteurs, André Schwarz-Bart choisit le silence après 1972. Il cesse de publier, sans jamais cesser d’écrire. L’étude de milliers de ses notes manuscrites permet de se faire une idée de sa conception mouvante d’une écriture de la Shoah, jusqu’à son décès en 2006.
Mots clés : André Schwarz-Bart, Le dernier des Justes, La mulâtresse Solitude, littérature de la Shoah, littérature antillaise, Prix Goncourt.
André Schwarz-Bart is best known for The Last of the Just, winner of the 1959 Goncourt Prize, one of the first works of fiction on the Shoah, confronted obliquely in a ’saga of identity’. Its hero is the entire Jewish people, embodied in an exemplary imaginary family. A West Indian work on black slavery followed, built on a similar principle around an archetypal family, that of the mythico-historical character of La mulâtresse Solitude. Disappointed by the reaction of some of his readers, André Schwarz-Bart chose silence after 1972. He stopped publishing, without ever stopping writing. The study of thousands of his handwritten notes gives us an idea of his evolving conception of writing about the Shoah, until his death in 2006.
Keywords : André Schwarz-Bart, The Last of the Just, A Woman Named Solitude, literature of the Shoah, West Indian literature, Goncourt Prize.
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Mémoire traumatique, corps et identité dans l’écriture d’Aharon Appelfeld. Exemple de Histoire d’une vie (1999) et Le garçon qui voulait dormir (2010) par Jiaojiao Xia
Notre article se concentre sur le sujet de la mémoire dans les deux romans à caractère autobiographique de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, à savoir Histoire d’une vie et Le garçon qui voulait dormir, afin de montrer la manière dont l’écrivain représente ses souvenirs concernant la Seconde Guerre mondiale, en mettant en relief l’analyse de la mémoire du corps.
Mots clés : mêmeté, ipséité, temporalité, mémoire corporelle, mémoire affective.
Our article focuses on the subject of memory in two autobiographical novels of the Israeli writer Aharon Appelfeld, in order to show how the writer represents his memories about the Second World War. Given that the body plays an essential role in the representation of the evocation of memories in these two works, our analysis focuses on the interpretation of this particular case of “body memory”.
Keywords : sameness, selfness, temporality, body memory, affective memory.
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Le Sang du ciel ou l’expérience poétique d’un survivant par Juliette Adams
Avec Le Sang du ciel publié en 1961, Piotr Rawicz participe aux changements génériques et esthétiques qui s’opèrent dans l’histoire de la littérature de la Shoah. Le témoignage direct devient un fait littéraire. En faisant de son expérience de la guerre un roman, Piotr Rawicz livre non seulement une nouvelle façon de témoigner du génocide juif, mais aussi une réflexion sur la langue, sur le genre du témoignage et sur le statut du survivant.
Mots clés : Rawicz, roman, Shoah, poétisation, témoignage.
With Le Sang du ciel published in 1961, Piotr Rawicz takes part in generic and aesthetic changes which occur in the history of the Holocaust literature. The raw testimony becomes a literary fact. In turning his experience of the war into a novel, Piotr Rawicz proposes not only a new way of testifying to the Jewish genocide, but also a reflection on the language, on the literary genre of testimony and on the survivor status.
Keywords : Rawicz, novel, Holocaust, poetization, testimony.
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L’homme-survivant, un revenant indésirable ? (La lune noircie d’Anise Koltz et Les miroirs d’Ostende de Paul Willems) par Atinati Mamatsashvili
En parlant de l’œuvre de W.G. Sebald, des chercheurs soulignent la « présence muette de la Shoah » (Dreyfus 2014), et que le sujet reste abordé chez lui plutôt de « manière oblique » (Hunt 2011). C’est précisément cette perspective « oblique » qui nous intéresse à mettre en perspective chez l’écrivaine luxembourgeoise Anise Koltz (La lune noircie, 2009) et l’auteur belge Paul Willems (Les miroirs d’Ostende, 1978), au moment où ils introduisent le sujet. Nous proposons d’examiner les interrogations esthétiques et éthiques que pose la fiction dans cette ère d’« après », « composé[e] de toute une sorte de série de ‘post’ », selon le propos de Catherine Coquio.
Mots clés : Littérature francophone, Deuxième Guerre mondiale, esthétique, Shoah, survivant.
When discussing W.G. Sebald’s work, noumerous scholars point to the “silent presence of the Shoah” (Dreyfus 2014), and that the subject is always addressed in his work in rather an “oblique way” (Hunt 2011). It is precisely this “oblique” perspective that we are interested in putting into perspective in the work of the Luxemburgish writer Anise Koltz (La lune noircie, 2009) and the Belgian author Paul Willems (Les miroirs d’Ostende, 1978), as they introduce the subject. We propose in this study to examine the aesthetic and ethical questions posed by fiction in this era of “after”, “composed of a series of ‘post’”, as Catherine Coquio states.
Keywords : Francophone literature, Second World War, Aesthetics, Shoah, Survivor.
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Le tragique par le comique. Le recours à l’humour pour mettre en scène l’Holocauste dans les pièces Les cannibales (1968) de George Tabori et Himmelweg (2003) de Juan Mayorga par Andrea Grassi
La comédie, d’une part, et l’Holocauste de l’autre : n’y aurait-il pas là comme une sorte d’affront direct à la mémoire des victimes ? Tabori et Mayorga, l’un par une « farce noire », avec Les cannibales (1968), et l’autre par le Théâtre de l’Absurde, avec Himmelweg (2003), nous montrent néanmoins, eux, une synthèse possible : un art comique sur l’Holocauste peut et doit exister ; mais, pour que celui-ci soit vrai, il faut qu’il parvienne à problématiser le rire au point de le rendre un fait presque étrange : il faut, paradoxalement, qu’il coupe court à tout humour satisfait.
Mots clés : Tabori, Mayorga, Burlesque, Holocauste, Absurde.
Laughter and comedy, on the one hand, and the Holocaust, extermination in the Nazi death camps, on the other : don’t we find there a kind of direct offence to the memory of the victims ? Tabori and Mayorga, the former with his « black farce », The Cannibals (1968), and the latter with Himmelweg (2003), are able to show us a possible synthesis : comic art about Auschwitz can and must exist ; but for it to be true, it must problematize the laughter to such an extent as to make it an almost strange fact : it must, paradoxically, cut short any satisfied humour.
Keywords : Tabori, Mayorga, Burlesque, Holocaust, Absurd.
Varia :
Le chantier de Champaubert-aux-Bois. Travail de bûcheronnage : un leurre pour dix-huit Juifs de Lille par Danielle Delmaire
À l’été 1942, dix-huit Juifs de Lille (nord de la France) furent employés comme bûcherons dans le chantier de Champaubert-aux-bois, dans la Marne. Très vite, ils décidèrent de ne pas rentrer lors de permission de sortie et ont rejoint leur famille. Certains ont pu la retrouver, d’autres ont constaté leur disparition suite à la rafle du 11 septembre 1942. L’article étudie les rapports des surveillants du camp qui constatent la disparition et les confronte à d’autres sources renseignant sur le sort des familles.
Mots clés : Champaubert-aux-Bois, camps de travail, Juifs de Lille, Shoah.
In the summer of 1942, eighteen Jews from Lille, in the North of France, worked as lumberjacks in the Champaubert-aux-Bois camp, in the Marne. They soon decided not to come back after their leave of absence and joined their families. Some of them were able to find their relatives, others were faced with the reality of their disappearance, after the September 11th 1942 roundup of Jews.
This paper studies the records of the camp supervisors who discovered their disappearance and analyses them through other sources which give information on the fate of their families.
Keywords : Champaubert-aux-Bois, working camps, Jews in Lille, Shoah.
Numéro 81
Sommaire
Dossier : Des synagogues à travers les âges Lieux de prières, lieux d’études et autres fonctions
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Friedheim Emmanuel : Quelques notes historiques sur la Synagogue antique, la maison d’études et le milieu rabbinique en Judée/Galilée au temps de la Mishna et du Talmud
Escojido Yaël : La question des Affranchis dans les synagogues de la période du second Temple
Iancu Michaël : La synagogue médiévale de Montpellier
Iancu Carol : Les synagogues des Juifs du pape dans le Comtat Venaissin et en Avignon
Nataf Claude : La synagogue La Victoire, monument emblématique du franco-judaïsme et des contradictions contemporaines du judaïsme français
Rigaut Rudy : La synagogue de Lille et les deux guerres mondiales
Assan Valérie : Synagogues d’Algérie, du cliché orientaliste à l’effacement
Varia
Naiweld Ron : Le Dieu de l’Histoire selon Rashi et Moses Hess
Édition : Histoire
Heddebaut Monique : Circulaire de René Bousquet, relative aux « Agissements des Juifs » (1943)
Hommages
Delmaire Danielle : Fanny Kleiman (1929-2021). La petite fille cachée sous la table
Grabuschnig Carmen : Jean Jülich, un homme (extra-) ordinaire
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier :
Quelques notes historiques sur la Synagogue antique, la maison d’études et le milieu rabbinique en Judée/Galilée au temps de la Mishna et du Talmud par Emmanuel Friedheim
Notre article a pour objectif de retracer les relations entre le milieu synagogal et celui de la maison d’études (Beth Hamidrash) à l’époque de la Mishna et du Talmud en Palestine romaine. S’agissait-il d’une même institution ou bien de deux institutions distinctes ? Les avis des chercheurs sont partagés sur la question. Celle-ci relance notamment le débat concernant la place d’un « judaïsme synagogal », rivalisant avec le judaïsme rabbinique, ce qui aurait peut-être conduit à la création d’une institution rabbinique, tel que le Beth Hamidrash laquelle se serait alors démarquée du milieu synagogal non-rabbinique.
Mots clés : beth haknesset, beth hamidrash, judaïsme rabbinique, judaïsme synagogal.
The purpose of this article is to trace the relationship between the synagogue and the house of study (Beth Hamidrash) during the Mishnah and Talmud period in Roman Palestine. Were they the same institution or two separate ones ? Scholars are divided on this question. This question reopens the debate concerning the place of a "synagogal Judaism", competing with rabbinic Judaism, which might have led to the creation of a rabbinic institution, such as the Beth Ha-Midrash, which would then have stood out from the non-rabbinic synagogal milieu.
Keywords : beth haknesset, beth hamidrash, rabbinic Judaism, synagogal Judaism.
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La question des Affranchis dans les synagogues de la période du second Temple par Yaël Escojido
Cet article tend à déterminer les raisons pour lesquelles des affranchis de l’esclavage avaient construit leur propre synagogue près du Temple de Jérusalem, d’après les Actes des Apôtres 6, 9. La question étant de savoir si les membres de cette synagogue étaient d’anciens esclaves juifs ou d’anciens esclaves païens qui avaient adopté la religion de leur maître. Pour cela, cette étude examine le rôle de la synagogue au début de l’ère chrétienne dans l’affranchissement d’esclaves païens par des maîtres juifs, puis elle s’attarde sur ces synagogues de l’époque romaine dont le nom évoque une relation avec l’esclavage.
Mots clés : Second Temple, esclaves, fonctions synagogales, « Inscription de Théodote », « Synagogue des Affranchis ».
This article aims to determine why freedmen built their own synagogue near the temple of Jerusalem, according to Acts of the Apostles 6 9. The question is whether the members of this synagogue were former Jewish slaves or former pagan slaves who had adopted the religion of their master. For this, we examine the role of the synagogue at the beginning of the Christian era, in pagan slaves manumission by Jewish masters ; and we present synagogues from the Roman period of which the name evokes a relationship with slavery.
Keywords : Second Temple, slaves, synagogal functions, « Theodotos Inscription », « Synagogue of the Freedmen ».
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La synagogue médiévale de Montpellier par Michaël Iancu
Les sources littéraires et archivistiques ainsi que les fouilles archéologiques, voire la toponymie, conservent la trace d’une synagogue médiévale à Montpellier, des photos l’attestent. Il est pourtant bien difficile d’en préciser l’emplacement qui devrait se situer non loin de l’actuel mikvé, mis à jour dans les années 1980. Les résultats archéologiques laissent entendre que la synagogue fut importante avec probablement diverses fonctions.
Mots clés : synagogue médiévale, mikvé, quartiers médiévaux de Montpellier.
Literary and archival sources as well as archaeological excavations or toponymy show proofs of a medieval synagogue in Montpellier ; photos also attest to this. It is however very difficult to specify its location. It should have been located not far from the current mikveh found in the 1980s. The archaeological results suggest that the synagogue was significant and that it probably had various functions.
Keywords : medieval synagogue, mikveh, medieval districts of Montpellier.
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Les synagogues des Juifs du pape dans le Comtat Venaissin et en Avignon par Carol Iancu
Le Comtat Venaissin en 1274 et la ville d’Avignon en 1348 sont passés sous la domination du Saint Siège, jusqu’en 1791. De la longue histoire des « Juifs du pape » qui ont résidé dans cet espace géographique, il subsiste trois superbes synagogues à Carpentras, à Cavaillon et en Avignon. La présentation détaillée de ces édifices religieux est accompagnée de photos.
Mots clés : Juifs du pape, statut des Juifs, carrières, siège du prophète Élie.
The Comtat Venaissin and the city of Avignon came under the domination of the Holy See, in 1274 and 1348 respectively. The domination lasted until 1791. Three superb synagogues in Carpentras, Cavaillon and Avignon remain from the long history of the “Pope’s Jews” who resided in this geographical area. The detailed presentation of these religious buildings is accompanied by photos.
Keywords : Jews of the Pope, status of the Jews, seat of the Prophet Elijah.
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La synagogue La Victoire, monument emblématique du franco-judaïsme et des contradictions contemporaines du judaïsme français par Claude Nataf
La grande synagogue de Paris de la rue de la Victoire a été inaugurée en 1874. Située au cœur du quartier prestigieux réalisé sous le Second Empire et devenu le siège des grandes affaires, majestueuse dans sa dimension et ses ornements, elle symbolise, selon la volonté de ses fondateurs, l’intégration réussie des Juifs de France à la Nation. Elle est le lieu de célébration de commémorations des grands événements de la Nation. Après la Seconde Guerre mondiale, elle est le théâtre de l’aggiornamento imposé au judaïsme français par la difficile reconstruction de l’identité juive française après la Shoah, la naissance de l’État d’Israël puis l’arrivée massive des Juifs séfarades d’Afrique du Nord pour lesquels furent aménagés deux oratoires. Fidèle à la tradition du franco-judaïsme, elle est aussi emblématique des contradictions internes du judaïsme français.
Mots clés : franco-judaïsme, célébrations commémoratives, rite alsacien, rite séfarade.
The Grand Synagogue of Paris situated at rue de la Victoire was inaugurated in 1874. Located at the heart of the prestigious district designed during the Second French Empire and turned into the seat of major business companies ; its size and ornaments are regal. It symbolizes, according to the will of the founders, the successful integration of the French jews into the Nation ; the Nation great commemoration events are celebrated there. After the Second World War it became the venue of the aggiornament imposed on French judaism by the difficult reconstruction of the French jewish identity after the Holocaust, the birth of the state of Israel, the massive arrival of Sefarad jews from Northern Africa, for whom oratories had to be devised. Following the French judaism tradition, it symbolizes the internal contradictions of French judaism.
Keywords : French-judaism, commemorative celebrations, Alsatian rite, Sefarad rite.
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La synagogue de Lille et les deux guerres mondiales par Rudy Rigaut
Cet article aborde l’histoire et la mémoire de la communauté juive de Lille pendant les deux guerres mondiales à partir de sa synagogue. Ce resserrement de la focale permet de comprendre autrement la manière dont le groupe a traversé ces deux conflits et les initiatives prises pour inscrire les pratiques commémoratives dans ce lieu de culte devenu aussi un lieu du souvenir. Cette approche met en lumière les répercussions sur la vie religieuse, les pertes et dégâts subis, les persécutions antisémites, la Shoah, mais aussi les représentations de ces événements, les enjeux et les usages mémoriels qui en découlent.
Mots-clés : synagogue, Juifs, guerres, mémoires, identité.
This article tells the history and memory of the Lille Jewish community through its synagogue, during the two world wars. This tightening approach offers a different understanding of the way the group endured the two conflicts and the initiatives they took to establish the memorial policies of this worship venue, which became a venue where one can remember. This approach stresses the consequences upon their religious life, the losses and damages they underwent, the antisemitic persecutions, the Holocaust, the representations of those events, the stakes and the memorial uses they entail.
Keywords : synagogue, Jews, wars, memories, identity.
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Synagogues d’Algérie, du cliché orientaliste à l’effacement par Valérie Assan
C’est pendant la seconde moitié du XIXe siècle que la plupart des synagogues de l’époque contemporaine furent bâties en Algérie. Or, cette période fut aussi celle de bouleversements profonds pour le monde juif algérien, du fait de l’exportation du franco-judaïsme, présenté comme une déclinaison juive de la mission civilisatrice, l’occidentalisation des modes de vie et l’émancipation politique (décret Crémieux). La construction de ces édifices cultuels, leur devenir en Algérie coloniale et leur effacement progressif en Algérie postcoloniale peuvent être étudiés comme des révélateurs de la place de la minorité juive dans les sociétés concernées.
Mots clés : Juifs du Maghreb, Empire colonial français, Algérie coloniale et postcoloniale, synagogues, franco-judaïsme, consistoires israélites.
Most of the synagogues of the contemporary period were built in Algeria during the second half of the 19th century. However, this period was also one of deep changes for the Algerian Jewish world, due to the export of Franco-Judaism, presented as a Jewish variation of the civilizing mission, the westernization of lifestyles and political emancipation (Crémieux decree). The construction of these edifices, their fate in colonial Algeria and their gradual disappearance in post-colonial Algeria can be studied as revealing the place of the Jewish minority in the societies concerned.
Keywords ; Jews in North Africa, French colonial Empire, colonial and post-colonial Algeria, synagogues, franco-judaism, jewish consistories.
Varia
Le Dieu de l’Histoire selon Rashi et Moses Hess par Ron Naiweld
Il s’agit de l’introduction à une enquête visant à relever la fonction historique de la figure divine dans le monde judéo-chrétien. Le point de départ est une série des dix lettres de Moses Hess sur « La mission d’Israël dans l’histoire de l’humanité », publiée en 1864 dans la revue Les Archives Israélites. Le projet proto-sioniste de Hess est ancré dans la réalité politique et sociale de son temps, tout en s’appuyant sur la structure exilique de l’histoire transmise par des écrits rabbiniques médiévaux. Le fait qu’un des éléments de la structure est un dieu soulève la question du rapport entre mythe et histoire. Les textes rabbiniques seront lus comme une source de savoir anthropologique-historique sur le dieu.
Mots clés : Moses Hess, histoire, mythe judéo-chrétien, sionisme, études juives.
This is the introduction to a study whose objective is to reconstruct the historical function of the divine figure in the Judeo-Christian world. The starting point is a series of ten letters by Moses Hess on “The mission of Israel in the history of humanity”, published in 1864 in the journal Les Archives Israélites. The proto-Zionist project of Hess is rooted in the political and social reality of his time, while relying on the exilic structure of history transmitted by medieval rabbinic texts. The fact that one of the elements of the structure is a god raises the question of the relationship between myth and history. The rabbinic texts will be read as a source of anthropological-historical knowledge about the god.
Keywords : Moses Hess, history, judeo-christian myth, Zionism, jewish studies.
Numéro 80 (automne 2020 – hiver 2021)
Sommaire
Dossier : Les études juives dans la diversité
Rassemblé par Christophe Batsch et Michèle Tauber
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Costa José : « Les Nations du monde narguent (les enfants d’)Israël en leur disant… ». Étude d’un motif aggadique dans son contexte historique
Grasset Bernard : Rachel traductrice de poésie de langue française
Taïeb Olivier : Narration, transmission et traumatisme psychique. Une lecture de l’essai Le conteur de Walter Benjamin
Grossman Simone : Le bouc émissaire selon Pierre Lasry
Morgenstern Matthias : Gerhard Kittel (1888-1948) et l’antisémitisme chrétien
Charbit Denis : Zeev Sternhell (1935-2020), le clerc qui n’a pas trahi
Panczer Gérard, Cohen-Scali Stéphane : Gold un Brilyant. Fantasmes et réalités sur les Juifs et le monde du diamant
Hommage
Lerousseau Andrée : Claude Vigée (1921-2020). Ce chant donné en partage
Lecture
Heddebaut Monique : Waysand Georges, Profession du père : fusillé
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
« Les Nations du monde narguent (les enfants d’)Israël en leur disant… ». Étude d’un motif aggadique dans son contexte historique par José Costa
Cet article constitue la première étude exhaustive de douze textes rabbiniques, qui emploient l’expression hébraïque « Les Nations du monde narguent (les enfants d’)Israël en disant… ». Ces textes, essentiellement tirés de midrashim aggadiques des Ve et VIe siècles, contiennent à la fois les propos polémiques des Nations et la réponse qui leur est donnée par Dieu ou Israël. Le discours anti-juif qu’ils attribuent aux Nations n’est pas une simple construction rabbinique, il reflète aussi des conceptions bien attestées chez les païens ou les chrétiens. Le corpus analysé ici intéressera donc les chercheurs qui souhaitent mieux connaître l’antijudaïsme de l’Antiquité tardive et la réaction qu’il a suscitée chez les rabbins.
Mots clés : rabbins, Antiquité, midrash, polémique religieuse, anti-judaïsme.
This article is the first comprehensive study of twelve rabbinic texts using the Hebrew phrase : « The Nations of the world taunt (the sons of) Israel saying… ». These texts, mainly drawn from fifth- and sixth- century Aggadic Midrashim, include both the polemical words of the Nations and the answer given to them by God or Israel. The anti-Jewish discourse they assign to the Nations is not a simple rabbinic construction, it also reflects well attested conceptions among Pagans or Christians. Thus, it will be of particular interest to scholars seeking to better understand Anti-Judaism in Late Antiquity and rabbinic reaction to it.
Keywords : rabbis, Antiquity, midrash, religious polemic, anti-Judaism.
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Rachel traductrice de poésie de langue française par Bernard Grasset
Rachel est connue comme poète, pionnière de la langue hébraïque. Mais il y a des pans de son œuvre qui demeurent ignorés. Ainsi en est-il de ses articles littéraires, ainsi en est-il de son travail de traductrice. Rachel a traduit des poètes de différentes langues, dont notamment le français. Le choix des poèmes qu’elle traduit révèle la richesse de sa connaissance de la poésie francophone de son temps, son goût pour le poème proche du chant ou de la prière et son attrait pour le symbolisme. Quant à son art de traduire, tel qu’il s’observe dans la traduction de différents poètes de langue française, on peut le qualifier d’art de la fidélité et de la liberté.
Mots clés : traduction, poésie francophone, symbolisme, liberté, fidélité.
Rachel is known as a poet, and a pioneer of the Hebrew language. But some of her work is still unacknowledged, namely her literary articles and her translations. Rachel translated poets in different languages, and in French in particular. The poems she choses to translate are a testimony to her rich knowledge of the French poets of her time, her taste for the song-poem or prayer-poem, her interest for symbolism. One could qualify her translation skill as the art of faithfulness and freedom.
Keywords : translation, French poetry, symbolism, freedom, faithfulness.
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Narration, transmission et traumatisme psychique. Une lecture de l’essai Le conteur de Walter Benjamin par Olivier Taïeb
L’essai Le conteur de Walter Benjamin a été publié en 1936. Benjamin y fait le constat d’une « chute du cours de l’expérience », en particulier après la guerre de 1914-1918, entraînant une crise du récit et une crise de la transmission. La résonance de cet essai avec les écrits psychanalytiques sur le traumatisme psychique est évidente même si Benjamin ne fait pas référence à Freud. Cette relation a été peu soulignée jusqu’à maintenant, à l’exception notable de Janine Altounian. Cet article se propose d’expliciter la part « cachée » de cet essai.
Mots clés : Walter Benjamin, Le conteur, récit, transmission, traumatisme psychique.
Walter Benjamin’s essay The Storyteller has been published in 1936. For Benjamin, experience has fallen in value, in particular after the first World War. This has led to crises in storytelling and transmission. The resonance of this essay with psychoanalytic theory of trauma is evident even though Benjamin did not cite Freud’s works. This relation has not been underlined, except by Janine Altounian. This article proposes to explicit this « hidden » part of this essay.
Keywords : Walter Benjamin, The Storyteller, story, transmission, trauma.
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Le bouc émissaire selon Pierre Lasry par Simone Grossman
La thématique du bouc émissaire est au centre de l’œuvre de Pierre Lasry, romancier et cinéaste juif montréalais. Après Shylock (National Film Board of Canada, 1999), Lasry représente l’écrivain juif lançant son « bouquin émissaire » à la mer vers l’Amérique, pour rédimer un monde imparfait, tel le grand-prêtre précipitant le bouc émissaire dans le désert.
Mots clés : judéité, bouc émissaire, création artistique.
The theme of the scapegoat is at the centre of the work of Pierre Lasry, a Montreal Jewish novelist and filmmaker. After Shylock (National Film Board of Canada, 1999), Lasry depicts the Jewish writer launching his « emissary book » to the sea to America, to redeem an imperfect world, such as the high priest rushing the scapegoat into the desert.
Keywords : Jewish identity, scapegoat, artistic creation.
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Gerhard Kittel (1888-1948) et l’antisémitisme chrétien par Matthias Morgenstern
En mai 1945, Gerhard Kittel, le célèbre spécialiste allemand des études sur le Nouveau Testament, était arrêté à Tübingen par l’armée d’occupation française pour avoir été membre du parti NSDAP et à cause de son implication dans la propagande nazie et sa participation dans sa recherche raciste à propos de ce que l’on appelait « la question juive ». En prison, il commença à rédiger sa « Défense » dans le but d’obtenir sa libération et la permission de retourner à son travail scientifique. Ses textes avant et après 1945 jettent un éclairage sur les rapports entre l’Académie, la politique et l’Église protestante en Allemagne, avant et durant le Troisième Reich.
Mots clés : Gerhard Kittel, antisémitisme « chrétien », recherche néotestamentaire, Charles Horowitz.
In may 1945, Gerhard Kittel, the famous German New Testament scholar, was arrested in Tübingen by the French occupation army for having been a member of the N.S.D.A.P.-party and because of his implication in Nazi propaganda and his participation in racist research into the so called « Jewish question ». In prison, he started to compose his « Defense » in order to be released from prison and to receive permission to regain his scholarly work. His texts before and after 1945 shed light on the liaison between academia, politics and the Protestant church in Germany before and during the Third Reich.
Keywords : Gerhard Kittel, christian antisemitism, New Testament research, Charles Horowitz.
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Zeev Sternhell (1935-2020), le clerc qui n’a pas trahi par Denis Charbit
En guise d’hommage à Zeev Sternhell récemment disparu, cet article dégage la cohérence de son œuvre d’historien générée par sa volonté de comprendre par quels cheminements idéologiques de type révolutionnaire la civilisation européenne, nourrie par les Lumières, a basculé dans la première moitié du XXe siècle dans la barbarie. L’article propose également de discerner la place que Sternhell a conférée à l’antisémitisme dans cette descente aux Enfers. Il se termine par une tentative d’expliquer quelles furent ses motivations pour écrire sur le sionisme socialiste dans la période antérieure à la création de l’État d’Israël, un livre qui fait exception dans son œuvre entièrement vouée à l’étude des origines et l’évolution du fascisme en France sous la Troisième République.
Mots clés : Sternhell, fascisme, Vichy, Lumières, Israël.
As a tribute to the recently deceased Zeev Sternhell of blessed memory, this article brings out the coherence of his work as an historian. Z. Sternhell wanted to understand by which revolutionary ideological paths the European civilization nourished by the Enlightenment rocked in the first half of the twentieth century into barbarism. This article also intends to discern the place that Z. Sternhell gave to Antisemitism during this descent into Hell. It will end with an attempt to explain the motivations of the Israeli historian to write about socialist Zionism in the period before the establishment of the State of Israel in a book which was an exception in his entire work devoted to studying the origins and evolution of fascism in France under the Third Republic.
Keywords : Sternhell, fascism, Vichy, Enlightenment, Israel.
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Gold un Brilyant. Fantasmes et réalités sur les Juifs et le monde du diamant par Gérard Panczer et Stéphane Cohen-Scali
L’idée que les Juifs orthodoxes ashkénazes sont associés au monde du diamant est bien ancrée dans la conscience collective. Le corolaire est que l’association diamants - Juifs - riches, génère beaucoup de fantasmes. Or, ce sont des Juifs séfarades, expulsés d’Espagne et du Portugal, dénommés les « Portugais », qui sont, entre autres, à l’origine du commerce du diamant entre l’Inde et l’Europe à partir du XVe siècle, en particulier sous la forme d’échange contre du corail rouge de Méditerranée. Ceux-ci ont rapidement appris les techniques de taille auprès de protestants à Anvers et Amsterdam. Ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que les Ashkénazes allemands puis polonais, fuyant les persécutions, arrivent à Amsterdam. Ils vont rapidement constituer la main-d’œuvre ouvrière des ateliers de taille du diamant. Ces travailleurs exploités, mais également organisés, seront un exemple des études du prolétariat juif en Europe au tout début du XXe siècle. Un jargon yiddish typique du monde du diamant est utilisé jusqu’à nos jours. Par ailleurs, la taille et le négoce de diamants taillés ne représentent qu’une très faible plus-value et ne sont, de loin, pas le secteur le plus rentable de la filière diamant. Enfin, il est montré que l’organisation communautaire assure fiabilité et confiance, les maîtres mots nécessaires aux échanges rapides et efficaces entre intermédiaires du diamant brut aux bijoux.
Mots clés : Diamants, Juifs, prolétariat, Anvers, Amsterdam.
The idea that Ashkenazi Orthodox Jews are associated with the diamond world is well anchored in the collective consciousness. The corollary is that the association diamonds - Jews - rich, generates many fantasies. However, the first were Sephardic Jews, expelled from Spain and Portugal, called the « Portuguese » who are, among others, at the origin of the diamond trade between India and Europe from the 15th century, especially under the form of exchange against Mediterranean red coral. They quickly learned the techniques of size from Protestant masters in Antwerp and Amsterdam. It was not until the 17th century that German and Polish Ashkenazi fleeing persecution arrived in Amsterdam. They will quickly constitute the labor force of diamond-cutting workshops. They were exploited but also organized workers and will be an example for the studies of the Jewish proletariat in Europe at the beginning of the 20th century. A typical Yiddish jargon of the diamond world is used to these days. In addition, the cut and trade of polished diamonds represent a very small margin and is by far not the most profitable sector in the diamond industry. Finally, it is shown that the community organization ensures reliability and confidence, the Keywords necessary for the quick and efficient exchanges between intermediates of the rough diamond to the jewels.
Keywords : Diamonds, Jews, proletariat, Antwerp, Amsterdam.
Numéro 79
Sommaire
Dossier : Les juifs du Nord et du Pas-de-Calais dans la Shoah. Une histoire particulière (Études et témoignages)
Rassemblé par Danielle Delmaire
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Heddebaut Monique : La spécificité de la Zone dite « rattachée à Bruxelles »
Rigaut Rudy : Les particularités de la zone côtière dans la persécution des Juifs dans le Nord et le Pas-de-Calais occupés (1940-1944)
Schram Laurence : De Malines à Auschwitz. Déportation des Juifs et des Tsiganes du Nord de la France
Gardon Jean-Baptiste : Alexandre Raby, un roubaisien parmi d’autres ? Schlow, 18 avril 1888-Auschwitz-Birkenau, 2 août 1943
Baran-Marszak Maurice, Rapoport Jeannette, Segouriano Zelda : La persécution vécue par trois enfants juifs, dans la zone rattachée à Bruxelles, témoignages présentés par Delmaire Danielle
Laboux David : Une famille du Nord et Pas-de-Calais dans la Shoah. La famille Sokolski
Hommages
Benoit Martine : Günter Kunert (1929-2019), un destin judéo-allemand, de l’Allemagne nazie à l’Allemagne de l’Est, de l’Allemagne de l’Ouest à l’Allemagne réunifiée
Heddebaut Monique : Antoine Lagrené, le Voyageur, n’est plus… (1931 – 2020)
Chochois Muriel : Il était un livre à deux voix : Asia Turgel. Wilno 1922 – Paris avril 2020
Bornes Varol Marie-Christine : Haïm Vidal Sephiha (1923 – 2019). Le veilleur de la langue judéo-espagnole
À travers les livres
Résumés
Résumés
La spécificité de la Zone dite « rattachée à Bruxelles » par Monique Heddebaut
Les départements du Nord et du Pas-de-Calais ont été rattachés au commandement militaire de Bruxelles dès l’invasion de mai 1940. Un ensemble de facteurs explique les conditions et l’organisation d’un sauvetage de quelque quatre-vingts juifs, unique en France, voire en Europe, en septembre 1942 : ce sont les traditions d’engagement du monde ouvrier d’une région industrielle, mais également parmi les protestants et les catholiques et ce, dès la Première Guerre. Cette région fut néanmoins la seule en France à connaître la déportation des Tsiganes.
Mots clés : Nord–Pas-de-Calais, Seconde Guerre mondiale, juifs sauvés, Tsiganes.
The Nord and Pas-de-Calais counties were under the jurisdiction of the military command of Brussels as early as the May 1940 invasion. The conditions and the organization of the saving operation of some eighty Jews, a somewhat unique move in France and Europe as well, in September 1942, depended on a certain number of factors : the working class commitment traditions of an industrial region, alongside the Protestants’ and Catholics’ account for them. That was already the case during the First World War. This region was the only one in France to witness the Tsigane people deportation.
Keywords : Nord and Pas-de-Calais counties, Second World War, saving Jews, Tsigane people.
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Les particularités de la zone côtière dans la persécution des Juifs dans le Nord et le Pas-de-Calais occupés (1940-1944) par Rudy Rigaut
À l’échelle de la zone littorale du Nord et du Pas-de-Calais placée en « zone rouge » durant l’année 1940, les enjeux géostratégiques et idéologiques font des Juifs, présents dans le secteur, les cibles privilégiés de mesures précoces de surveillance, d’identification et d’expulsion commanditées par l’occupant allemand, secondé par les administrations françaises locales. Après l’opération du 17 décembre 1940 au cours de laquelle une cinquantaine de Juifs sont expulsés vers un centre d’internement à Troyes, les autorités allemandes pensent y avoir régler la « question juive » dans la zone. Cependant, à partir de l’été 1942, l’occupant y achemine environ 2 600 Juifs pour les interner et les exploiter dans les camps et les chantiers de l’organisation Todt. La déportation de la majorité d’entre eux en octobre 1940 atteste de la mise en œuvre de la « Solution finale » dans la région.
Le changement d’échelle donne à voir toute la diversité et la complexité du processus de persécution des Juifs dans ces deux départements.
Mots clés : Juifs, littoral, expulsions, camps, antisémitisme.
At the scale of the coastal area of the Nord and Pas-de-Calais placed in the "red zone" during 1940, the geostrategic and ideological stakes make the Jews present in the area the prime targets of early surveillance, identification and expulsion measures ordered by the German occupier, assisted by the local French administrations. After the operation of 17 December 1940 during which fifty Jews were expelled to an internment center in Troyes, the German authorities believed that they had settled the "Jewish question" in the area. However, beginning in the summer of 1942, the occupying forces sent about 2,600 Jews to Troyes to be interned and exploited in the camps and construction sites of the Todt organization. The deportation of the majority of them in October 1940 attests to the application of the "Final Solution" in the area.
The change in scale shows the diversity and complexity of the process of persecution of the Jews in these two departments.
Keywords : Jews, coastline, evictions, camps, anti-Semitism.
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De Malines à Auschwitz. Déportation des Juifs et des Tsiganes du Nord de la France par Laurence Schram
Après le rattachement des départements du Nord et du Pas-de-Calais au Commandement militaire pour la Belgique et le Nord de la France, le sort des Juifs et des Tsiganes de ces régions se trouve étroitement lié. Lors de la mise en œuvre de la déportation raciale, tous convergent vers le camp de rassemblement établi dans la caserne Dossin à Malines, en Belgique.
En fonction de leur catégorie (Juifs sans aucune protection, Juifs protégés par leur nationalité, Tsiganes), le moment de leur arrestation, leurs conditions de détention à Dossin et le lieu de leur destination finale varient fortement.
Cette approche microhistorique permet de mettre en lumière les variantes des persécutions raciales en fonction d’une classification imposée par les nazis.
Mots clés : Nord–Pas-de-Calais, Juifs, Tsiganes, Dossin, Malines.
After the incorporation of the French departments of Nord and Pas-de-Calais to the Military Command for Belgium and Northern France, the fate of the Jews and Gypsies in these regions was closely linked. During the implementation of racial deportation, all converged on the assembly camp established in the Dossin barracks in Mechelen, Belgium.
Depending on their category (Jews without any protection, Jews protected by their nationality, Gypsies), the time of their arrest, the conditions of their detention at Dossin and the place of their final destination vary greatly.
This microhistorical approach highlights the variants of racial persecution according to a classification of victims imposed by the Nazis.
Keywords : Nord and Pas-de-Calais counties, Jews, Gypsies, Dossin, Malines.
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Alexandre Raby, un roubaisien parmi d’autres ? Schlow, 18 avril 1888-Auschwitz-Birkenau, 2 août 1943 par Jean-Baptiste Gardon
Enseigner l’histoire de la Shoah en s’appuyant sur le parcours d’Alexandre Raby, commerçant roubaisien, immigré juif né en Russie en 1888, déporté et assassiné à Birkenau en 1943 est un choix didactique. Cette démarche permet d’inscrire l’histoire de la Shoah dans le territoire des établissements scolaires, de l’ancrer dans la réalité sensible des élèves. Alexandre, Élie, Peirel, Zélig et les autres peuplent nos archives, leurs traces sont accessibles à qui les cherche car ce travail d’historien est réalisable avec et pour les élèves.
Mots clés : Didactique, histoire de la Shoah, Roubaix, archive.
A didactic choice is to teach the story of the Holocaust with emphasis on Alexander Raby’s career, a retailer (merchant) from Roubaix, a Russian Jewish immigrant, born in 1888, deported and murdered in Birkenau in 1943. This initiative allows one to introduce the Holocaust story in our school system territory and to make it an obvious and sensitive reality for students. Alexander, Elie, Peirel, Zelig and the others are numerous among our archives. Their past and history are accessible to those who search for them, since this work can easily be acomplished with and for students, for a historian.
Keywords : Didactic, Story of the Holocaust, Roubaix, Archive.
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Une famille du Nord et Pas-de-Calais dans la Shoah. La famille Sokolski par David Laboux
Une famille de modestes émigrés polonais juifs de Douai : Adolphe et Sosia Sokolski et leurs trois filles : Jacqueline, Arlette, Francine, furent victimes de la rafle des Juifs du Nord–Pas-de-Calais du 11 septembre 1942. Ils transitèrent par la gare de Lille-Fives puis furent dirigés vers la Caserne Dossin à Malines, camp de transit des Juifs de Belgique et du Nord–Pas-de-Calais. Déportées à Auschwitz, Sosia et ses trois filles furent gazées à leur arrivée. Adolphe, mis au travail, survécut à Auschwitz et Dachau. Libéré, il se remaria avec Thérèse, une survivante de la Shoah, et eut un enfant : Claude. À la mort de son père, en 1967, Claude découvre son secret qui lui fut caché : son ancienne famille.
Mots clés : Famille Sokolski, Douai, rafle (11 sept. 1942), Caserne Dossin, Auschwitz.
There was modest family of Polish-Jews from Douai consisting of Adolphe, Sosia and their three girls Jacqueline, Arlette and Francine. Unfortunately, they will all become victims of the raid of the Jews from the North of France, during the 11 september 1942. They will transit through Lille-Fives station and later through Caserne Dossin, Malines, a transit camp for the Jews originating from Belgium and the North of France. Arrived in Auschwitz, Sosia and the three girls are immediately gassed. Adolphe, who was put to work, survived Auschwitz and Dachau. After he got liberated, Adolphe later married Thérèse who was also a survivor. Together they got a son, named Claude. When Adolphe died in 1967, Claude found out about secret of his father : his hidden family.
Keywords : Sokolski’s family, Douai, raid (11 sept. 1942), Caserne Dossin, Auschwitz.
Numéro 78
Sommaire
Dossier : L’antijudaïsme dans l’Antiquité
(Rassemblé par Christophe Batsch)
Batsch Christophe : Présentation du dossier
Goldberg Sylvie Anne : De la rhétorique romaine à la pratique chrétienne de l’antijudaïsme : lectures, interprétations et transmission des écrits de Flavius Josèphe
Lanfranchi Pierluigi : La « maladie » du judaïsme chez Jean Chrysostome
Villey Thomas : L’antijudaïsme dans la littérature canonique africaine tardo-antique
Morgenstern Matthias : Amalec, ou l’ennemi héréditaire dans le midrash rabbinique, traduit de l’allemand par Kolbl Joseph
Varia : Littérature - Histoire
Grasset Bernard : « Signe du temps » ou de l’esthétique du simple et du fort chez Rachel
Persyn Emmanuel : Jérusalem, un statut en question
Édition
Grin Haddad Yaël : Israël en 1955-1956. D’après la correspondance de Colette Haddad, jeune sioniste
Informations
À travers les livres
À travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier :
De la rhétorique romaine à la pratique chrétienne de l’antijudaïsme : lectures, interprétations et transmission des écrits de Flavius Josèphe par Sylvie Anne Goldberg
En suivant la variété des interprétations du texte du Contre Apion de Flavius Josèphe au cours des siècles, cet article s’attache à décrire la transformation d’une lecture de ce qui était à l’origine une apologie du judaïsme en un texte qui fournit des arguments historiques et théologiques aux Pères de l’Église afin de justifier l’hostilité, l’animosité et la haine que les Juifs ont suscitées depuis la plus lointaine antiquité et d’établir la supériorité du christianisme. L’article examine la manière dont cette utilisation du texte, qui a fait apparaître la figure du Juif « herméneutique/textuel » chère aux approches récentes de l’historiographie, est parvenue à prévaloir.
Mots clés : Flavius Josèphe, Contre Apion, Pères de l’Église.
Analyzing the variety of interpretations of Flavius Josephus’ Against Apion over the centuries, this article seeks to describe the transformation of the reading of a text which was originally an apology for Judaism and turned to provide historical and theological arguments to the Fathers of the Church in order to justify the hostility, animosity and hatred that Jews have aroused since the earliest antiquity and establish the superiority of Christianity. The article examines how this reading, which introduced the figure of the Jew as « hermeneutic/textual » dear to recent approaches in historiography, has succeeded in prevailing.
Keywords : Flavius Josephus, Against Apion, Fathers of the Church.
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La « maladie » du judaïsme chez Jean Chrysostome par Pierluigi Lanfranchi
La métaphore de la maladie a été employée dans des contextes de polémique et de conflit religieux à toutes les époques. L’antijudaïsme chrétien ne fait pas exception. Dans cet article, j’analyse la façon dont Jean Chrysostome, dans ses sermons, a décrit les Juifs comme malades et le judaïsme comme maladie. Pour Chrysostome, la maladie du judaïsme est strictement liée à l’action des démons et, loin d’être une simple métaphore, est perçue par cet auteur et son auditoire comme un danger bien réel.
Mots clés : Jean Chrysostome, maladie du judaïsme, polémique anti-juive.
Illness as metaphor has been used in religious polemics and conflicts at any time. Christian anti-Judaism is no exception. In this article I analyse the way John Chrysostom in his sermons depicts the Jews as a sick people and Judaism as an illness. According to Chrysostom and his audience, the illness of Judaism is strictly linked to the action of demons and, far from being a simple metaphor, it is a concrete and actual danger.
Keywords : John Chrysostom, illness of Judaism, anti-jewish polemics.
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L’antijudaïsme dans la littérature canonique africaine tardo-antique par Thomas Villey
Cet article propose d’examiner l’ensemble de la législation ecclésiastique relative aux juifs, produite ou reçue en Afrique durant l’Antiquité tardive, et de voir ce qu’elle nous apprend sur les rapports entre chrétiens et juifs et sur l’antijudaïsme chrétien dans cette région du monde méditerranéen. Cette législation, qui témoigne assurément de l’hostilité du clergé à l’égard des juifs, présente une originalité certaine. Plutôt que d’émettre des canons visant à limiter l’influence religieuse des juifs sur les chrétiens, l’Église africaine du début du Ve siècle chercha à restreindre les capacités juridiques des juifs et donc leurs droits civils – du moins d’après la documentation qui nous est parvenue – et ce à une date plus précoce que la législation impériale.
Mots clés : Afrique du nord antique, anti-judaïsme chrétien, Église africaine.
This paper aims to study the ecclesiastical law on the Jews that was produced or received in North Africa during Late Antiquity. It seeks to determine what we can learn through this law about the relationship between Christians and Jews and about christian antijudaism in this region of the mediterranean world. This ecclesiastical law shows the clergy’s hostility against the Jews and does it in an original way. Instead of producing texts intended for limiting Jewish religious influence on Christians, the African Church has sought to restrict the legal capacity of the Jews and, accordingly, their civil rights, at the beginning of the Vth century, even before the imperial government began to give laws along that line.
Keywords : Antiquity in North Africa, christian antijudaism, African Church.
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Amalec, ou l’ennemi héréditaire dans le midrash rabbinique par Matthias Morgenstern
Dans la littérature biblique et rabbinique le nom d’Amalec, petit fils d’Esaü, désigne par métonymie l’ennemi héréditaire d’Israël. Dans le midrash de l’époque des tannaïm, le combat contre Amalec est évoqué pour encourager les Juifs à rester fidèle à la Tora et à lutter contre leurs « ennemis de l´intérieur » (leurs propres péchés). Après la christianisation de l’Empire Romain, l’hostilité entre Israël et Amalec/Esaü (devenu Rome) est mise en scène par des textes midrashiques qui abordent les rapports extrêmement problématiques entre juifs et chrétiens.
Mots clés : Amalec, textes midrashiques, tannaïm, Empire Romain.
In the biblical and rabbinic literatures, the name of Amalek, grandson of Esau, is equivalent to the archenemy of Israel. In early midrashic texts, the fight against Amalek is illustrated in order to encourage the Jews to stay loyal to the Torah and to combat their own « inner enemy » (their own sins). After the christianization of the Roman Empire, the enmity between Amalek/Esau (now Rome) is depicted by midrashic texts which discuss the problematic nature of the relationship between Jews and Christians.
Keywords : Amalek, midrashic texts, tannaïm, Roman Empire.
Varia :
« Signe du temps » ou de l’esthétique du simple et du fort chez Rachel par Bernard Grasset
Rachel est connue comme poétesse, pionnière de la langue hébraïque contemporaine, mais on ignore qu’elle fut l’auteur d’articles littéraires qui, pour être brefs, n’en sont pas moins d’une grande richesse. Ainsi l’article « Sur le signe du temps » nous dresse un panorama vivant des œuvres poétiques de son époque, nous révèle qu’elle fut une grande lectrice des poètes hébreux, russes et français. Il présente aussi le rare intérêt de nous faire découvrir la clef de l’esthétique de Rachel : l’alliance du simple et du puissant.
Mots clés : Rachel, poètes hébreux, russes et français, langue hébraïque.
Rachel is known as a poetess, a pioneer of the contemporary hebrew language, but it is not known that she was the author of literary articles which, to be brief, are nonetheless of great wealth. Thus the article On the sign of time gives us a living panorama of the poetic works of her time, reveals that she was a great reader of hebrew, russian and french poets. It also presents the rare interest of discovering us the key to Rachel’s aesthetics : the alliance of the simple and the powerful.
Keywords : Rachel, hebrew, russian and french poets, hebrew language.
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Jérusalem, un statut en question par Emmanuel Persyn
Cet article est consacré au statut de Jérusalem. Il traite des questions suivantes : quelle est la perception de la ville ? Quel est le statut juridique de cette ville revendiquée par les Israéliens comme par les Palestiniens ? Quelle est la réalité économique, démographique et sociale sur le terrain ? L’auteur décrit notamment la stratégie israélienne pour étendre la municipalité de Jérusalem à travers l’intégration des villages arabes.
Mots clés : Jérusalem, économie, démographie, société.
This article is devoted to the status of Jerusalem. It addresses the following questions : what is the perception of the city ? What is the legal status of this city claimed by both Israelis and Palestinians ? What is the economic, demographic and social reality in the field ? The author describes in particular the Israeli strategy to expand the municipality of Jerusalem through the integration of Arab villages.
Keywords : Jerusalem, economy, demography, society.
Numéro 77 (printemps – été 2019)
Sommaire
Dossier : Contributions à l’histoire des traductions juives de la Bible hébraïque
Rassemblé par Kaufmann Francine
Kaufmann Francine : Concepts et locutions talmudiques concernant la traduction biblique. Une approche juive de la traduction dans l’Antiquité
Vidal Marion : Fray Luis de León, traducteur des psaumes. Le retour à la veritas hebraica
Tauber Michèle : La Bible entre ses langues : de l’hébreu au yiddish
Bourel Dominique : La traduction comme rédemption : de Moses Mendelssohn à Buber-Rosenzweig
Delmaire Danielle : Traduire la Bible au XIXe siècle. Pour quoi ? Pour qui ? Les traductions de Samuel Cahen et du rabbinat
Kaufmann Francine : Edmond Fleg et André Chouraqui. Deux traducteurs-poètes de la Bible au XXe siècle
Banon David : Henri Meschonnic : traduire le chant, traduire les Paroles
Ouaknin Marc-Alain : « L’Atelier du traduire ». Quelques remarques sur une nouvelle traduction de la Bible
Varia : Histoire
Andréani Roland : Un médiéviste français dans la première moitié du XXe siècle. Louis Halphen (1880-1950)
Édition
Erben Eva : Le dernier mot, inventaire. Récit de l’alyah d’une rescapée des camps de Theresienstadt et Auschwitz, traduction de Danielle Delmaire et Anne Karila
Informations
À travers les livres et un documentaire
À travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier :
Concepts et locutions talmudiques concernant la traduction biblique. Une approche juive de la traduction dans l’Antiquité par Francine Kaufmann
La traductologie s’est intéressée aux métaphores, aux images et aux concepts employés pour évoquer la traduction. Nous exploitons ici un corpus rarement étudié dans cette perspective : le Talmud, vaste recueil d’enseignements oraux séculaires des académies rabbiniques de Judée et de Babylonie, mis par écrit entre le IIe et le Ve siècle de l’ère vulgaire. Les rabbins s’y interrogent sur les objectifs, les modalités et les limites de la traduction biblique. Notre choix de concepts, replacés dans leur contexte historique et religieux, permet de se faire une idée de l’approche traductionnelle préconisée par les autorités juives de l’Antiquité ainsi que des polémiques engagées, notamment autour de la Septante, d’Aquila et du Targoum Onkelos.
Mots-clés : Traduction juive, Septante, Aquila, Targoum Onkelos, metourguemanim, traduction intralinguale.
Translation Studies have been interested in metaphors, images, concepts, used to describe Translation. We exploit here a corpus which was rarely scrutinized from this viewpoint : the Talmud, a vast compendium of ancient oral teachings from the rabbinical academies in Judea and Babylonia, written down between the second and the fifth century of the Common Era. Rabbis have questioned the objectives, modalities and limits of biblical Translation. Our choice of concepts provides us with an idea of the translation approach recommended by the Jewish Authorities in Antiquity as well as some debates, particularly around Septuagint, Aquila and Targum Onkelos. We will raise these issues by situating them in their historical and religious context.
Keywords : Jewish Translation, Septuagint, Aquila, Targum Onkelos, meturgemanim, interlingual translation.
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Fray Luis de León, traducteur des psaumes : le retour à la veritas hebraica par Marion Vidal
Au sujet des traductions bibliques de fray Luis de León, la critique a tendance à réduire son analyse en une question : le traducteur suit-il la Vulgate ou la Bible hébraïque ? La question est pourtant plus complexe : chez fray Luis, il ne s’agit pas seulement de suivre un modèle ou l’autre, mais bien de mettre en application la théorie onomastique qu’il expose dans De los nombres de Cristo.
Mots-clés : Fray Luis de León, traduction, Bible, onomastique.
Regarding Fray Luis de León’s biblical translations, critics tend to simplify their analysis to one question : does the translator follow the Vulgate or the Hebrew Bible ? However, the question is more complex : for Fray Luis, translation does not consist of following one model or the other, but of applying the onomastic theory he sets out in De los nombres de Cristo.
Keywords : fray Luis de León, translation, Bible, onomastics.
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La Bible entre ses langues : de l’hébreu au yiddish par Michèle Tauber
Le yiddish, langue de fusion parlée par les Juifs d’Europe centrale et orientale pendant près de mille ans, a donné lieu, dès le XVIe siècle, à une littérature abondante et variée. Il existe ainsi un nombre impressionnant de poèmes, pièces de théâtre, romans et essais mais également de traductions des grands classiques de la littérature universelle… et bien sûr de la Bible. Celle-ci a fait l’objet de nombreuses traductions, en vers et en prose dont la plus célèbre, la Tsenerene, est présentée et illustrée dans cet article.
En fait, plutôt que d’une traduction, il s’agit d’un commentaire du Pentateuque, des cinq Rouleaux et des lectures bibliques correspondant à la péricope hebdomadaire lue le Shabbat à la synagogue, les haftoyres. Cet ouvrage composé par Yaaqov ben Yitshok Ashkenazi de Janow au XVIe siècle nous est parvenu dans l’édition de Lublin, 1622. L’auteur s’est inspiré d’une multitude de sources, à la fois des exégèses du Pentateuque, des légendes talmudiques et midrashiques, des extraits du Zohar, des commentaires médiévaux ainsi que des considérations morales ou concernant les usages.
Son titre est une citation du Cantique des Cantiques, en hébreu : Tsenah u-reenah benot Tsiyon (III, 11) : « Sortez et voyez filles de Sion » et indique bien que le livre est essentiellement destiné aux femmes et aux jeunes filles. Il s’agit d’une « véritable encyclopédie populaire de la tradition et d’un guide spirituel ou moral à l’usage des non-initiés. Cette forme anthologique explique qu’il demeure le livre yiddish le plus répandu dans les communautés juives ashkénazes » (Baumgarten Jean, Introduction à la littérature yiddish ancienne, Paris, Éditions du Cerf, 1993, p. 46).
Mots-clés : Bible en yiddish, traduction du texte sacré, langue vernaculaire, Tsenerene, langue semi-sacrée.
As a fusion language spoken by Central and East European Jews for about a thousand years, Yiddish gave birth, as soon as in the 16th century, to an abundant and varied literature. Thus we can find quite an impressive number of poems, theatre plays and essays but also of translations of the world classical works… and of course of the Bible. The latter has been translated in many ways, in verse and in prose, and the most famous of all, the Tsenerene, will be presented and illustrated in this article.
As a matter of fact, rather than a translation, it is a commentary of the Pentateuch, of the Five Scrolls and of the biblical readings corresponding to the weekly sections read on Shabbat at the synagogue, the haftoyres. The first copy to be found of this book, composed by Yaakov ben Yitshok Ashkenazi of Janow in the 16th century, was the Lublin edition, 1622. The author drew his inspiration from a whole range of sources : Pentateuch commentaries, Talmudic and Midrashic legends, excerpts from the Zohar, mediaeval commentaries as well as moral or customs considerations.
The title itself is a quote from The Song of Songs, in Hebrew : Tsenah u-reenah benot Tsiyon (3:11) : “Go forth, O ye Daughters of Zion”, and clearly shows that the book is principally intended to women and young girls. It is a “real popular encyclopaedia of the Jewish tradition and a spiritual or moral guide for uninitiated readers. In the form of an anthology, it remains the most spread Yiddish book among the Jewish Ashkenazi communities », (Baumgarten Jean, Introduction à la littérature yiddish ancienne, Paris, Éditions du Cerf, 1993, p. 46).
Keywords : Bible in Yiddish, translation of the sacred text, vernacular language, Tsenerene, half-sacred language.
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La traduction comme rédemption. De Moses Mendelssohn à Buber-Rosenzweig par Dominique Bourel
Parmi les multiples traductions de la Bible des temps modernes, deux versions allemandes s’imposent par leur qualité intrinsèque et leur valeur mythique : celle de Moses Mendelssohn, au XVIIIe siècle, et celle de Martin Buber et Franz Rosenzweig, au XXe siècle.
En réalité les deux projets sont opposés : Mendelssohn (1728-29/1786) veut travailler à l’émancipation des juifs en Europe et, dans son cas précis, en Allemagne. Aussi il traduit le Pentateuque en hochdeutsch (haut allemand), mais avec des caractères hébraïques afin que les juifs puissent apprendre cette langue du pays dans lequel ils voulaient s’intégrer. La traduction commencée en 1778 parut à Berlin entre 1780 et 1783. Il n’hésita pas à utiliser les traductions chrétiennes, surtout celles de Luther et de Calvin. Outre cette double novation, Mendelssohn s’entoura de quelques collaborateurs pour mener à bien un commentaire (Be’ur), en hébreu celui-là, dans lequel étaient explicités les choix de traduction. La recherche récente a fait des progrès significatifs dans l’intelligence de cette entreprise.
Martin Buber (1878-1965) et Franz Rosenzweig (1886-1929) s’attelèrent à une traduction visant l’effet inverse : faire entendre dans l’allemand un peu de l’hébreu disparu dans la perception de la Bible par les chrétiens, médiatisée en Allemagne par Luther et Bach. À partir de 1925 jusqu’à la mort de Rosenzweig (1929), les volumes, sans commentaires, offraient une nouvelle traduction qui fut un événement, abondamment discuté, dépassant de beaucoup le public juif cultivé. Buber l’acheva seul à Jérusalem en 1961, suscitant un des plus beaux textes de Scholem qui se demandait alors qui, à cette date, pourrait lire cette traduction, et si elle n’était pas une épitaphe d’un monde disparu.
Mots-clés : Mendelssohn, Buber, Rosenzweig, émancipation des juifs, Be’ur
Among the many translations of the Bible in modern times, two German versions are important for their quality and mythical value – the translation of Moses Mendelssohn, and the translation of Martin Buber and Franz Rosenzweig. The two projects are radically differents. Moses Mendelssohn (1728-29/1786) wanted to contribute to the Emancipation of the Jews in Europe and, in his case, in Germany. Then he translated the Pentateuch in hochdeutsch, but in Hebrew letters so that his fellow Jews could learn the language of the country where they wanted to live. The translation was published in Berlin between 1780 and 1783. He did not hesitate to use, for example, the Christian translations of Luther and Calvin. Following this double innovation, he gathered around him a little group of scholars in order to write a commentary in Hebrew (Be’ur) where he explained his choices in translation. Recent research has made considerable progress in this field.
Martin Buber (1878-1965) and Franz Rosenzweig (1886-1929) wanted to achieve something else : read German, but hear Hebrew – something that had practically disappeared in the Christianized versions of Luther and Bach ! From 1925 until Rosenzweig’s death (1929), the volumes without commentary were a much mediatized cultural event, not only for the Jews with a strong cultural background. Buber published all the other volumes on his own. The last volume was released in Jerusalem in 1961 – an occasion for Gershom Scholem, in a beautiful text he wrote, to wonder who would read this German version, and whether it was an epitaph to a vanished world.
Keywords : Mendelssohn, Buber, Rosenzweig, Emancipation of the Jews, Be’ur
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Traduire la Bible au XIXe siècle. Pour quoi ? Pour qui ? Les traductions de Samuel Cahen et du rabbinat par Danielle Delmaire
En France au XIXe siècle, parurent deux traductions complètes de la Bible par des juifs : celle de Samuel Cahen (1830-1850) et celle d’un groupe de rabbins réunis autour du grand rabbin Zadok Kahn (1896-1906). La première tenait compte des nouveautés induites par la science du judaïsme et s’adressait à une élite lettrée juive et non juive. La seconde était destinée à une population qui s’écartait peu à peu de la religion, son but était pastoral et éloigné de toute considération scientifique. La postérité a retenu la Bible du rabbinat.
Mots-clés : traduction de l’hébreu, science du judaïsme, judaïsme en France, rabbinat.
In 19th century France, two complete translations of the Bible by Jews were published : the one by Samuel Cahen (1830-1850) and the other by a group of rabbis gathered around the « grand rabbin » Zadoc Kahn (1896-1906). The former took into account the latest developments in the science of Judaism and was addressed to literate Jewish and non-Jewish elites. The latter, whose intention was pastoral and not scientific, was destined for people who were drifting away from religion : it is the one posterity has retained.
Keywords : Hebrew translation, science of Judaism, Judaism in France, rabbinate.
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Edmond Fleg et André Chouraqui. Deux traducteurs-poètes de la Bible au XXe siècle par Francine Kaufmann
Au XXe siècle, la traduction juive de la Bible en France échappe au rabbinat pour devenir le fait d’écrivains-poètes qui s’attachent à mettre en valeur la beauté littéraire du texte biblique, autant que sa dimension spirituelle et religieuse. Parmi eux Edmond Fleg (Genève 1874-Paris 1964), et André Chouraqui (Aïn Temouchent 1917-Jérusalem 2007). Ils ont aussi tenté de réhébraïser le texte, de le dépoussiérer, de le déchristianiser, tout en suivant la méthode exégétique juive qui traque le sens dans la forme et souligne l’importance des mots-clés et des répétitions délibérées.
Mots-clés : Edmond Fleg, André Chouraqui, traduction juive moderne, traducteurs bibliques.
In the XXth Century, the Jewish translation of the Bible in France escapes from the Rabbinate and enters the world of writers-poets who were attached to highlighting the literary beauty of the biblical text as well as its spiritual and religious dimension. Among them were Edmond Fleg (Genève 1874-Paris 1964) and André Chouraqui (Aïn Temouchent 1917-Jérusalem 2007). They also strove to recreate the Hebrewishness of the text, to dust off and refresh it, to dechristianise it, while following the Jewish exegetical method that hunts for the meaning in the form and underlines the importance of keywords and deliberate repetitions.
Keywords : Edmond Fleg, André Chouraqui, modern Jewish Translation, Bible translators.
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Henri Meschonnic : traduire le chant, traduire les Paroles par David Banon
Henri Meschonnic nous aura rendu attentif au fait qu’il importe dans la traduction de la Bible « de lire ou de faire entendre le poème sous le signe ». Ce qui nous conduit à la poétique et à une pensée du discours. Poétique qu’Everett Fox prétend prendre en considération dans sa traduction anglaise du Pentateuque en ne négligeant pas les té‘amim (le rythme). Hélas, il ne fait que répéter et adapter en anglais les trouvailles de Buber et Rosenzweig. Fox ne fait aucune mention de la traduction de Meschonnic, ni dans les notes, ni dans son Introduction. Celui-ci est victime d’une occultation totale. C’est l’objet de ma première partie.
La seconde partie discute l’idée consécutive à ce premier principe – lire le poème sous le signe – : « L’herméneutique est l’absence de la poétique » à partir du Haamek Davar/Méditation de la parole, commentaire du Pentateuque de Naftali Tsvi Yéhouda Berlin (1816-1893), lequel souligne que la Torah (au sens strict le Pentateuque) est appelée shira : poème. Selon les versets : « Et maintenant, écrivez pour vous ce poème et enseignez-le aux enfants d’Israël : mettez-le dans leur bouche afin que ce poème/hashira témoigne à l’encontre des enfants d’Israël […] Alors quand s’abattront sur lui, nombre de maux et de calamités, le présent poème témoignera en face de lui car il ne sera pas oublié de la bouche de ses descendants […] Et Moïse a écrit ce poème en ce jour et l’a enseigné aux enfants d’Israël […] Et Moïse a énoncé les paroles de ce poème aux oreilles des enfants d’Israël jusqu’à son terme » (Dt.31, 19, 21, 22 et 30).
La troisième partie analyse la traduction des trois premiers chapitres du Deutéronome : Les Paroles, laissés inachevés par la mort du poète-traducteur.
Mots-clés : Pentateuque, té‘amim, Everett Fox, Haamek Davar
Henri Meschonnic made us attentive to the fact that what is important in the translation of the Bible is “reading or making us hear the poem under the sign”. This leads us to poetics and thought on discourse. In the first part of my contribution, I take issue with the translation of the Pentateuch by Everett Fox, who presumes to take into consideration the rhythm (te‘amim) of the translated work, without a single mention (in the introduction, text or notes) of Meschonnic’s contributions in this field. Meschonnic is, thus, wholly dismissed by E. Fox.
In the second part of my contribution, I discuss the idea that is consecutive to the first principle – reading the poem under the sign – : “Hermeneutics is the absence of poetics” from the Haamek Davar/ a Meditation on the Word, a commentary on the Pentateuch by Naftali Zvi Yehuda Berlin (1816-1893), where it is stressed that the Torah (in the strict sense of the Pentateuch) is called shira : poem – according to the verses from Deuteronomy 31 : 19, 21, 22 and 30 : 19 “Now write down this song and teach it to the Israelites and have them sing it, so that it may be a witness for me against them. 20 […] 21 And when many disasters and calamities come on them, this song will testify against them, because it will not be forgotten by their descendants.” […] 22 So Moses wrote down this song that day and taught it to the Israelites. […]
The third part analyses the translation of the three first chapters of Deuteronomy by Meschonnic, who died before finishing his work.
Keywords : Pentateuch, té‘amim, Everett Fox, Haamek Davar
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« L’Atelier du traduire ». Quelques remarques sur une nouvelle traduction de la Bible par Marc-Alain Ouaknin
Cet article est consacré à la présentation d’une nouvelle traduction de la Bible en français accompagnée d’une translittération, de notes et de commentaires. Pourquoi cette nouvelle traduction ? Comment ? Quels choix méthodologiques ? Quels orientations philosophiques ? Sous forme d’un récit, sont présentées ici les grandes lignes de cette recherche et les coulisses de « l’atelier du traduire » selon la belle formule d’Henri Meschonnic.
Mots-clés : translittération, Rashi, glossaire médiéval, noms pour Dieu
This article (paper) is devoted to the presentation of a new translation of the Bible in French accompanied by a transliteration, notes and comments. Why this new translation ? How ? What methodological choices ? What philosophical orientations ? In the form of a narrative, are presented here the outline of this research and behind the scenes of “the workshop of translating” according to the beautiful formula of Henri Meschonnic.
Keywords : transliteration, Rashi, medieval glossary, names for God
Varia :
Un médiéviste français dans la première moitié du XXe siècle. Louis Halphen (1880-1950) par Roland Andréani
Originaire de l’Est de la France, la famille Halphen vit à Paris et Versailles. Officier et remarquable mathématicien, le père meurt prématurément comme trois de ses fils, dont deux tués à la guerre. Les mariages des trois filles confirment une appartenance à la bourgeoisie juive. Se distinguant d’un milieu tourné vers les sciences « exactes », l’historien à qui les ressources familiales ont permis de retarder l’engagement dans la vie professionnelle, a déjà abondamment publié lorsqu’il est nommé à l’université de Bordeaux. Sa production s’éloigne alors de l’étude minutieuse des sources des temps des premiers Capétiens et des Carolingiens, et il prend, avec son collègue Sagnac, la direction d’une collection d’histoire universelle en 20 volumes, dont il rédige seul deux des trois affectés au Moyen Âge. Retourné à Paris, il voit son travail consacré par les honneurs, mais menacé dès 1941 par l’antisémitisme, il trouve de 1941 à 1943, un refuge à l’université de Grenoble en zone non occupée par les Allemands. Les épreuves ne l’empêchent pas de produire un ouvrage majeur sur Charlemagne, mais hâtent sa fin.
Mots-clés : France, Juif, guerres, historien du Moyen Âge.
Coming from East France, Halphen family lives in Paris and Versailles. An officer and eminent mathematician, the father dies prematurely, as three of his sons, two of whom being fallen in war. Differing from surroundings which were turned to exact sciences, the historian whom family means have allowed to delay the beginning in profession, has largely published since 1901, when he is 1910 appointed to Bordeaux university. Turning his work from thorough investigation of first Capetians and Carolingian times documents, he accepts, with his colleague Sagnac, to edit a series of 20 volumes of universal history, writing alone two of the three which are assigned to the Middle Ages. Turned to Paris in 1928, he gets honors as a reward for his activities, but he is threatened by Anti-Semitism from 1940 and takes refuge from 1941 to 1943 in Grenoble university, in an area which Germans do not yet occupy, before to be bound to hide. These pains do not hinder the writing of an important book on Charlemagne but they hasten his death.
Keywords : France, Jews, wars, historian of Middle Ages.
Numéro 76 (automne 2018 – hiver 2019)
Sommaire
Dossier : Expressions yiddish de la nature
Rassemblé par : Schumacher-Brunhes Marie et Tauber Michèle
Starck-Adler Astrid : La nature dans le Mayse bukh
Baumgarten Jean : Prier dans les bois et les champs. Israël Baal Shem Tov et la nature
Bikard Arnaud : La nature, point d’ancrage et de gravité de l’œuvre littéraire de Moyshe Kulbak (1896-1937)
Szczepanska Ania : « Au soleil et dans la joie ». Voyage dans l’éden bundiste
Kuhn-Kennedy Fleur : Les mondes dépeuplés de Reïzl Zychlinsky
Mer Benny : Un bouleau à Yad Eliyahu. La nature chez Binyomin Heller
Varia
Lavarenne Christian : Lazar Zamenhof (1859-1917). Du sionisme au hillélisme et de l’hébreu à l’espéranto
Pillau Helmut : « Anno Domini 1933 ». À propos du recueil La Parole des muets de Gertrud Kolmar
Édition
Pâris de Bollardière Constance : Entraides, mémoires et migrations dans le monde yiddish. Une lettre de Yankev Pat à Marek Edelman. New York-Paris, 8 octobre 1946
Mandelbaum Daniel, Mandelbaum-Bleibtreu Jacqueline : Le 11 septembre 1942. Les cheminots et les déportés juifs en gare de Fives-Lille
Hommage
Decout Maxime : Opération Philip Roth
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier :
La nature dans le Mayse bukh par Astrid Starck-Adler
Dans le Mayse bukh [Livre d’histoires] imprimé à Bâle en 1602, la nature comme création divine joue un rôle fondamental. Elle englobe la flore et la faune qui, en tant que messagères de Dieu et exécutrices de sa volonté, rappellent à l’homme et à la femme ses devoirs sur terre et leur ouvrent les portes de la réminiscence originelle et paradisiaque, en Terre d’Israël et plus tard en diaspora. Le savoir sur les plantes deviendra l’apanage de la femme pieuse, tandis qu’à l’homme pieux échoira la connaissance de toute la Torah et des langues, y compris celle des animaux.
Mots clés : shabbat, observance des commandements, connaissance des langues, animaux reconnaissants, pharmacopée.
In the Mayse bukh, printed in Basel in 1602, nature as divine creation plays a fundamental role. Nature encompasses flora and fauna, both God’s messenger intended to execute His will, who remind mankind of its duties on Earth and guides man and woman in the path to reminiscence of the Paradise, first in Erets Israel, and later in the Diaspora. The science of plants was to become a feminine prerogative specific to the pious woman, whereas the pious man is granted with knowledge of the Torah and the ability to speak all speeches, including the language of the animals.
Keywords : shabbat, observation of the commandments, knowledge of languages, grateful animals, pharmacopoeia.
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Prier dans les bois et les champs. Israël Baal Shem Tov et la nature par Jean Baumgarten
Israël Baal Shem Tov, le fondateur du hassidisme, avait l’habitude de s’isoler dans la nature, un des lieux privilégiés de présence et de manifestation du divin. Nombre de textes des maîtres, les tsaddikim, décrivent les techniques mystiques qu’il pratiquait au sein des forêts d’Europe orientale. Une autre acception du terme nature renvoie aux dispositions psychospychiques qui projettent le hassid dans une dimension supra-consciente, notamment dans l’extase chamanique et la prière extatique.
Mots clés : Littérature juive, hassidisme, Israël Baal Shem Tov, monde naturel, nature humaine.
Israel Baal Shem Tov, the founder of Hasidism, used to cut himself off from the outside world staying isolated into the nature, one of the most appropriate place to feel the presence of God and to be associated to the upper world. Many Tsaddikim described the mystical technics practiced into the forests of Eastern Europe. Another meaning of the word nature concerns the psychological dimension which put the Hassid into a supra-natural world, especially during the shamanic ecstasy and the ecstatic prayer.
Keywords : jewish literature, hasidism, Israel Baal Shem Tov, natural world, human nature.
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La nature, point d’ancrage et de gravité de l’œuvre littéraire de Moyshe Kulbak (1896-1937) par Arnaud Bikard
Le présent article met en évidence le rôle central, et paradoxal, que joue la nature dans l’œuvre poétique de l’écrivain yiddish Moyshe Kulbak (1896-1937). Il part du constat que la littérature yiddish moderne, depuis Mendele Moykher Sforim (1835-1917), a construit un rapport unique au monde naturel. Celui-ci, constituant l’envers du shtetl et de sa culture, était traditionnellement associé aux non-Juifs. Il a donc fait l’objet d’un effort d’appropriation passant par une idéalisation et une judaïsation du spectacle de la nature. S’opposant à cette tendance d’une façon originale, Moyshe Kulbak crée un mythe nouveau, foncièrement irréaliste, celui des « Juifs de la Nature », dont il s’affirme le descendant. En nous appuyant sur les œuvres poétiques de l’auteur, et en particulier sur son long poème Raysn [Biélorussie], nous analysons les conditions de possibilité d’un tel mythe : il s’agit non plus de judaïser la nature mais, paradoxalement, de déjudaïser les Juifs, de les plonger, autant que faire se peut, dans l’environnement non juif que reste fondamentalement la campagne de la région natale de l’auteur, la Biélorussie. D’où la création, à la fois moderniste et lyrique, de figures détachées du temps pour pouvoir être plongées dans le sol : chefs de tribu, paysans, bergers, bandits, promeneurs qui n’ont plus de juif que leur nom et leur langue. Mais là est l’essentiel : l’écrivain yiddish est bien conscient qu’il ne peut se détacher de sa langue et de sa culture et ses « Juifs de la Nature » sont montrés dans toute leur irréalité, et souvent pétris de réminiscences nationales, qu’elles soient littéraires ou bibliques.
Mots clés : yiddish, poésie, nature, modernisme, territorialisme, diaspora.
This paper analyzes the central, yet paradoxical, role Nature plays in the poetic work of Yiddish writer Moyshe Kulbak (1896-1937). It takes its departure from the assessment of the particular relationship Modern Yiddish writers have towards Nature since Mendele Moykher Sforim (1835-1917). Nature is the opposite of the shtetl and of its culture. It was traditionally associated with non-Jews. The pioneers of Modern Yiddish literature have thus been obliged to take hold of Nature by idealizing and judaizing it. Moyshe Kulbak opposed this tendency in a very original way : he created a new myth, a wholly unrealistic one, which, following the critic Zalmen Rayzen (1887-1941), I have labelled as the myth of “Nature Jews”. And Kulbak presented himself as their offspring. I have centered my study on Kulbak’s poems, in particular on his long piece Raysn [Belarus] and have proposed a detailed analysis of this myth and of the reasons it was invented. Instead of judaizing Nature as his predecessors had done, Kulbak paradoxically tends to unjudaize Jews in order to fuse them with their non-Jewish environment, with the landscapes of his native region, Western Belarus. For this reason, in his modernist and lyrical verses, he creates characters who are detached from Time in order to be better anchored in the Place of their birth : leaders of tribes, peasants, shepherds, bandits or mere walkers, they do not have anything Jewish anymore except for their name and for their language. But this point is crucial : the Yiddish writer is well aware that he cannot take his distance from his language and culture and his “Nature Jews” are shown as unrealistic beings and remain, more often than not, imbued with national references, be they biblical or literary.
Keywords : yiddish, poetry, Nature, modernism, territorialism, diaspora.
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« Au soleil et dans la joie ». Voyage dans l’éden bundiste par Ania Szczepanska
Fondé en 1926, le sanatorium Medem fut une institution médicale et pédagogique pionnière dans l’Europe de l’entre-deux-guerres : lieu de prévention, de soins médicaux et d’éducations nouvelles. À travers les images du film Mir Kumen On, le texte explore les notions d’hygiène et de santé, ainsi que le rôle de la nature dans la formation du corps et de l’esprit, tels que l’a filmé le cinéaste polonais juif Aleksander Ford à l’été 1935, dans un but à la fois propagandiste et artistique.
Mots clés : pédagogie, santé, Bund, cinéma yiddish polonais, Aleksander Ford.
Founded in 1926, the Medem Sanatorium was a pioneering medical and educational institution in Europe between the two wars : a place of prevention, medical care and new ways of education. Based on the images of the film Mir Kumen On, the text explores the notions of hygiene and health, as well as the role of nature in the forming of the body and mind, as the Polish Jewish filmmaker Aleksander Ford filmed it in the summer of 1935, for both propaganda and artistic purposes.
Keywords : pedagogy, health, Bund, Polish Jewish films, Aleksander Ford.
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Les mondes dépeuplés de Reïzl Zychlinsky par Fleur Kuhn-Kennedy
Dans une littérature yiddish qui, traditionnellement, est associée au « féminin », on peut s’intéresser à l’évolution de l’image de la nature – préoccupation elle aussi considérée comme « féminine » – dès lors que les modernismes recomposent le rapport à la langue. L’œuvre de Reïzl Zychlinsky, poétesse reconnue par les introspectionnistes américains sans jamais avoir été affiliée à un quelconque mouvement, permet d’interroger à partir d’une trajectoire singulière la manière dont le passage d’une littérature didactique et collective à une écriture tournée vers l’expression de soi réinvente la relation du sujet avec le monde. Cette poésie dont la publication s’étend sur une bonne partie du XXe siècle (de 1936 à 1996) nous donne à voir un monde où les êtres et les choses s’interpénètrent, dans une représentation animiste qui fait de la nature, l’espace d’une mémoire à la fois permanente et omniprésente. Le lien à la terre, profondément lié à la mère et à la bourgade natale, se dissout petit à petit dans une identification globale au cosmos, où le seul territoire d’appartenance se trouve être l’espace poétique, symbolisé par des « îles » dans lesquelles se réinvente sans cesse le soi de l’auteur.
Mots clés : poésie yiddish, nature, ville, figure maternelle, modernisme, animisme.
In Yiddish literature, which is traditionally identified as “feminine”, the evolution of the image of nature – equally considered as a women’s concern – offers an interesting field of study to understand how modernist reinterpretations of language also affect literary motives. Rajzel Zychlinsky’s poems, which won her early recognition from American Introspectionists without her ever joining any particular movement, and which are thus representative of her time while being eminently personal in their form and themes, show how the move from didactic and political literature to the expression of the self rebuilds the individual’s relation to their surrounding world. Her poetry, stretching from 1936 to 1996, through multiple continents and experiences, depicts a world where beings and objects intermingle into an animistic reality, where nature becomes shelter for a transcendent and permanent memory. The relation to earth, deeply associated with the mother and the native shtetl, progressively dissolves in a broader identification with the cosmos : the only territory to which Zychlinsky belongs is thus the poetic space, each poem being an “island” that allows the author’s self to take shape.
Keywords : Yiddish poetry, nature, city, mother figure, modernism, animism.
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Un bouleau à Yad Eliyahu. La nature chez Binyomin Heller par Benny Mer
Binem Heller (1908-1998) est un poète de la ville, tout d’abord à Varsovie, puis à Tel Aviv, qui s’identifie avec les paysages et les rues de ces cités. Dans le même temps, ses œuvres abondent en motifs liés à la nature. Dans sa jeunesse, bien qu’engagé dans le communisme, il ne reste pas indifférent aux symboles qui abreuvent le nationalisme polonais puisés dans les saisons, la faune et la flore de son lieu de naissance. Même après la guerre, poète yiddish vivant en Pologne, il tente de renouer avec ses racines polonaises par le truchement de la nature. Puis il utilise celle-ci pour exprimer sa décision de changer d’existence et d’émigrer en Israël en 1956. Dans son nouveau pays, il chante par exemple les orangers et les amandiers. Mais son objectif ultime est de faire la synthèse entre les souvenirs de la Pologne de sa jeunesse et son nouvel environnement en Israël.
Mots clés : poésie yiddish, nature, saisons, Pologne, Israël.
First in Warsaw, then in Tel Aviv : Binem Heller (1908-1998) was an urban poet who identified himself with the city’s landscapes and streets. At the same time, his writings are replete with manifestations of nature. In his youth, despite being a communist, he was not indifferent to the natural emblems of Polish nationalism : the seasons, flora and fauna of his birthplace. Even after the war, as a Yiddish poet in Poland, he attempts to reconnect with his Polish roots through nature. In addition, Heller uses nature to express his life-changing decision to emigrate to Israel in 1956. In the new country he praises the orange and almond trees, for example. But ultimately he reaches a unique synthesis between the old memories of Poland and the new environment in Israel.
Keywords : Yiddish poetry, nature, seasons, Poland, Israel.
Varia :
Lazar Zamenhof (1859-1917). Du sionisme au hillélisme et de l’hébreu à l’espéranto par Christian Lavarenne
Pour Zamenhof (1859-1917) la « solution de la question juive » et de l’exil passait d’abord par le recours à une langue neutre – par défaut l’espéranto, après l’idée de l’hébreu, jugé trop difficile pour devenir une langue largement parlée et maternelle (puis du yiddish) – et par un pont neutre entre les religions (voire une « religion neutre », sorte d’éthique commune laissant coexister les religions de chacun) afin de créer aussi une implantation non plus uniquement juive mais neutre et tolérante, prémices du peuple nouveau qu’allait créer la nouvelle langue. La « solution » tiendra finalement à l’amour inconditionnel, non seulement en paroles mais en actes, envers chaque homme du seul fait que celui-ci est un être humain et donc un frère, définition de son « homaranismo », ultime stade, dégagé de toute connotation juive, de son Hillélisme (du nom de Hillel l’Ancien, contemporain de Jésus) : une fois tous les gens qui nous entourent devenus pour nous sans exception nos frères et sœurs, il n’y a plus d’étrangers et encore moins d’ennemis mais une immense famille humaine ; et lorsqu’on se trouve en famille partout sur la terre, il n’y a donc plus, nulle part, d’exil. Contrairement à sa langue, sa pensée, que ses détracteurs ont appelée son « rêve mystico-social » et ont combattu comme mettant en danger la neutralité de l’espéranto, n’a pas abouti à une réalisation concrète.
Mots clés : Zamenhof, sionisme, réforme du judaïsme, hébreu, espéranto.
Zamenhof thought that the “solution of the Jewish question” and of the Exile was to be achieved first thanks to a neutral language – Esperanto by default, after having considered Hebrew, which he found too difficult to become a broadly spoken language and mother tongue (then Yiddish) – and to a neutral bridge between religions (or even a “neutral religion”, a kind of common ethics which would let everyone’s religions coexist), so as to create a neutral and tolerant settlement no longer only of Jews, the root of a new people that the new language was to create. Finally the “solution” was thought to come from an unconditional love for every person, in word and deed, solely because he is a human being and therefore a brother. This was the definition of his “Homaranismo” (roughly : Humanism), the final stage, freed from any Jewish connotation, of his “Hillelism” (Hillel the Elder, was a contemporary of Jesus). As soon as all those around me without exception are viewed as brothers and sisters, there will be no more foreigners and still less enemies, but a boundless human family. And when I feel myself to be part of this worldwide family, there is no more place, anywhere, for exile. Zamenhof’s language was realized, but not what detractors named his “socio-mystical dream” and fought against as endangering the neutrality of Esperanto.
Keywords : Zamenhof, Zionism, reform of Judaism, Hebrew, Esperanto.
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« Anno Domini 1933 ». À propos du recueil La Parole des muets de Gertrud Kolmar par Helmut Pillau
Dans le cycle des poèmes, « Das Wort der Stummer » [La Parole des muets] de la poétesse juive allemande Gertrud Kolmar semble inhabituel sous plusieurs rapports. Pour quelqu’un qui habituellement écrit des poèmes sur la nature, son poème critique envers le bouleversement politique en Allemagne, en 1933, était inattendu. Et pourtant, il n’y avait personne d’autre en Allemagne qui pouvait réagir aussi rapidement, clairement et prophétiquement à la lente destruction des principes civiques. Dans plusieurs poèmes, elle fut capable de mettre en mots ce qui devait être dit sur les maux de cette époque mais elle était incapable de l’exprimer publiquement. Le poème de Kolmar présente les caractéristiques d’un appel pour tenter de libérer ses amis juifs allemands de leur propension à l’autodestruction par l’assimilation.
Mots clés : Kolmar, poésie, Allemagne 1933, juifs allemands, assimilation.
In the cycle of poems “Das Wort der Stummen” [The word of the mutes] of the German-Jewish poet Gertrud Kolmar appears to be unusual in many respects. For one who normally writes poems about nature, her critical poems pertaining to the political upheaval in Germany in 1933 was not expected. On top of that there was no other person in Germany who could react so quickly, clearly and prophetically to the slow destruction of the civic norms. In several poems, she was able to put into words that was necessary to be said about the evils of the time but was unable to express in public. Kolmar’s poems has the characteristics of an appeal when she tried to liberate her fellow German Jews from the self-desructive tendencies of assimilation.
Keywords : Kolmar, poetry, Germany 1933, german Jews, assimilation.
Numéro 75 (printemps – été 2018)
Sommaire
Dossier : Exil des langues. Langues d’exil
Rassemblé par Martine Benoit et Andrée Lerousseau
Benoit Martine et Lerousseau Andrée : Présentation du dossier
Schumacher-Brunhes Marie : Exil : le cas des poètes yiddish américains
de Saint-Cheron Michaël : La question des langues chez Élie Wiesel
Lerousseau Andrée : Claude Vigée : exil des langues sous la « lune d’hiver »
Taïeb Lucie : Changer de langue pour s’approprier l’expérience de l’exil. La stratégie plurilingue de Juan Gelman
Dufresne Marion : « La langue allemande restera la langue de mon esprit ». Elias Canetti en Angleterre
Benoit Martine : L’exil de la langue. Le poète Günter Kunert entre Est et Ouest
Hähnel-Mesnard Carola : D’une langue à l’autre : exil, identité, écriture chez Olga Grjasnova, Julya Rabinowich et Vladimir Vertlib
Varia
Dratwa Daniel : Ombres et lumières de la judaïcité belge dans la Grande Guerre
Édition
Boutaris Yiannis : Discours du maire de Thessalonique. Mémoire de la déportation des Juifs. (Présentation par Delmaire Danielle)
Hommages
Tauber Michèle : Les langues d’Aharon Appelfeld
Tauber Michèle : Universalité de Hayim Gouri (1923 – 2018)
Iancu-Agou Danièle : Gérard Nahon, in memoriam
Informations
À travers les livres
À travers les films
Résumés
Résumés
Dossier :
Exil : le cas des poètes yiddish américains par Marie Schumacher-Brunhes
Transposée au cas de la poésie yiddish américaine, la question de l’exil, qui est explorée ici dans le face-à-face de trois générations d’écrivains yiddishophones avec l’Amérique, peut être qualifiée d’écliptique : masquée par le référent de l’immigration chez les poètes prolétariens, ignorée crânement par les Yunge qui disent leur fascination pour le Nouveau Monde dans la langue de l’Art pour l’Art, oubliée dans la surenchère moderniste des Introspectivistes qui produisent une poésie authentique nourrie d’Amérique, elle ne cesse pourtant de réapparaître, alimentée par le sentiment d’aliénation que génère chez les poètes l’acculturation du lectorat yiddishophone et par les signaux contrastés qu’envoie le Vieux Monde. Dans ce paysage, l’œuvre de Kadia Molodowsky, d’emblée saturée d’exils, apparaît comme atypique.
For the most part, three generations of Yiddish American poets bypassed the question of their exile from Europe. Its importance was overshadowed by themes of class-struggle in sweatshop poetry, ignored if not repressed by "di Yunge", impoverished but enthusiastic adepts of Art for Art’s Sake, and overlooked by the Introspectivists, who sought to produce something even more authentically American. And yet these poets did not fail completely to address this issue, as they were challenged on the one hand by their readership’s gradually losing fluency in Yiddish and, on the other hand, by the increasingly hostile situation in Europe. In this context, the internalisation of exile as observed in Kadia Molodowsky’s œuvre appears highly atypical.
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La question des langues chez Élie Wiesel par Michaël de Saint-Cheron
L’article s’interroge sur le choix que fit Élie Wiesel d’écrire l’essentiel de son œuvre en français, une langue si peu appropriée, à l’inverse du yiddish la langue de son enfance, aux situations extrêmes et à la littérature du désastre. Sans doute y eut-il d’abord le désir ou le défi de s’affirmer vivant, renonçant à écrire dans la langue des morts, mais également, telle est la thèse développée dans cette étude, le besoin de décliner dans une troisième langue qui, à la différence de l’hébreu et du yiddish, ne serait pas l’héritière d’une transcendance, le doute infini qui traverse son œuvre.
The article questions Elie Wiesel’s choice to write most of his work in French, a language that unlike Yiddish, the language of his childhood, seems so inappropriate to extreme situations and to the literature of disaster. There was first of all the desire or the challenge to assert oneself alive, renouncing to write in the language of dead people, but also, such is the thesis developed in this study, the need to decline into a third language which, unlike Hebrew and Yiddish, would not be the heiress of a transcendence, the infinite doubt which haunts his work.
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Claude Vigée : exil des langues sous la « lune d’hiver » par Andrée Lerousseau
Après un rappel des « errances du langage », du premier exil hors de la langue maternelle, le dialecte alsacien, à l’apprentissage de l’hébreu, la langue originelle, à quarante ans, nous nous attarderons sous « la lune d’hiver », la longue période d’exil aux États-Unis, où s’affirme le choix de Claude Vigée de faire du français sa langue d’écriture. Période d’hibernation, mais également de germination, l’exil américain voit naître la langue du poème, fécondée au « jeu des langues » qui l’encadrent, imprégnée de la saveur et de la présence charnelle des choses héritées de la langue maternelle, et pénétrée déjà, avant même le « grand retour » sur la terre des ancêtres, du « mystère d’Israël ».
After reminding of the “wanderings of language”, from the first exile out of the native language, the Alsatian dialect, to the learning of Hebrew, the original language, at forty years old, we will linger under the “winter moon”, the long period of exile in the United States, during which Claude Vigée made the choice to write in French. During the American exile as a period of hibernation, but also of germination, the language of the poem was fertilized by the languages which frame it, impregnated with the flavour and the fleshly presence of the things inherited from the mother tongue, and already penetrated, even before the “great return” to the ancestors’ land, of the “mystery of Israel”.
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Changer de langue pour s’approprier l’expérience de l’exil. La stratégie plurilingue de Juan Gelman par Lucie Taïeb
Dibaxu, recueil de poèmes du poète argentin Juan Gelman, écrits durant son exil européen et parus en 1994, fut inspiré par les poèmes écrits en sefardi par Clarisse Nicoïdski, auteure française d’origine yougoslave. Nous tentons, dans cet article, de proposer une interprétation à ce choix de l’auteur : recours à une langue qui ne fut jamais la sienne, mais qui entretient des liens étroits à sa langue maternelle, l’espagnol, ainsi qu’à son histoire personnelle. Nous montrons ainsi comment le sefardi pourrait permettre à l’auteur, parmi d’autres stratégies d’écriture utilisées dans d’autres recueils de son exil, de sortir de la « stupeur » de l’exil, de l’apprivoiser – en la réinscrivant dans la longue suite des exils qui ont marqué l’histoire juive – afin de faire sienne, proprement, cette expérience existentielle de l’étrangeté au monde, en la rendant féconde.
Dibaxu was published by the Argentinian poet Juan Gelman in 1994. This book is composed of poems written during the European exile of the author and was inspired by the reading of poems written in ladino by Clarisse Nicoïdski. This article focuses on the Gelman’s choice of using a foreign language – Ladino – and of presenting his poems in two versions : the Ladino and the Spanish one, due to a self translation by the author. We assume that Ladino allows Gelman to reconnect with a story of exile which encompasses his own historic experience : the story of jewish exile for which Ladino actually bears testimony. Using Ladino appears as a mean to make the alienating experience exile his own, through a displaced linguistic appropriation, and to save himself from the strangeness and muteness exile generates.
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« La langue allemande restera la langue de mon esprit ». Elias Canetti en Angleterre par Marion Dufresne
Bien que maîtrisant parfaitement l’anglais même avant de partir en exil à Londres en 1938, Elias Canetti a toujours écrit et publié toutes ses œuvres en allemand. Le présent travail expose et analyse les raisons de cette décision qui a déconcerté de nombreux contemporains et intrigué la critique littéraire. Ne pas sacrifier la langue allemande, qu’il considère comme sa langue maternelle, est un choix initialement très personnel auquel l’exil du juif Canetti confère une dimension universelle.
Although he had been mastering English already before going into exile in London in 1938, Elias Canetti has always written and published all his works in German. This article presents and analyses the reasons behind this decision, one that has bewildered many of his contemporaries and intrigued the literary critics. To not give up German which he considers his mother tongue is a very personal choice initially but to which his exile as a Jew gives a universal dimension.
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L’exil de la langue. Le poète Günter Kunert entre Est et Ouest par Martine Benoit
Considéré en Allemagne comme un des écrivains dissidents les plus intègres et les plus courageux de l’ancienne R.D.A., Günter Kunert s’interroge et nous interroge sur ce que signifie qu’être un poète de langue allemande d’origine juive après Auschwitz. Un double mouvement se fait jour dans l’écriture de Günter Kunert : d’une part, son désir de s’inscrire dans une tradition littéraire allemande dont il interroge les codes d’écriture et les compromissions ; d’autre part, son attention permanente à inscrire au cœur de son écriture la mise en garde et d’affirmer la poésie comme acte de résistance à l’histoire et à l’époque. C’est de ce double mouvement dont témoigne cet article.
Considered in Germany to be one of the most upright and courageous dissident writers of the former GDR, Günter Kunert questions himself and us about what it means to be a German poet of Jewish origin after Auschwitz. Günter Kunert’s writing follows a double movement : on the one hand, his desire to inscribe himself in a German literary tradition whose codes of writing and compromises he questions ; on the other hand, his permanent attention to inscribe at the heart of his writing the warning and to affirm poetry as an act of resistance to history and to the times. This article aims to reflect this double movement.
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D’une langue à l’autre : exil, identité, écriture chez Olga Grjasnova, Julya Rabinowich et Vladimir Vertlib par Carola Hähnel-Mesnard
L’article porte sur trois auteurs russes d’origine juive qui, en tant qu’enfants, ont émigré avec leurs parents en Allemagne ou en Autriche entre les années 1970 et 1990. L’analyse de trois textes autofictionnels retraçant cette expérience de l’émigration s’intéressera d’abord au rapport entre exil, langue(s) de l’exil et écriture, pour ensuite interroger le rôle de l’émigration dans l’intérêt pour l’histoire familiale, oubliée ou refoulée, avec laquelle les protagonistes/auteurs renouent et qu’ils transforment en récits, tout en recourant à la langue allemande comme langue de transmission.
This article focuses on three Russian Jewish authors who, as children, immigrated with their parents in Germany or Austria, between the 1970s and 1990s. Analysing three autofictional novels of them which retrace their experience of immigration, it endeavours firstly to offer an exploration of the relationship between exile, language and writing, and, secondly, to interrogate the role of the emigration within the interest of the family story which has been either forgotten or repressed. These authors, who are also protagonists of their account, discover their own history through the German language as language of transmission
Varia :
Ombres et lumières de la judaïcité belge dans la Grande Guerre par Daniel Dratwa
Durant la Première Guerre mondiale, la Belgique fut le seul pays presque complètement occupé pendant quatre ans. Cet article tend à décrire les réactions de la population juive durant cette brutale occupation. Si nombreux furent les volontaires qui se firent enrôler dans l’armée belge, à l’opposé il n’y eut que peu de cas de collaboration avec l’ennemi ; entre ces deux extrêmes, nombreux furent ceux qui participèrent à une résistance active ou spirituelle comme Armand Bloch, le grand rabbin de Belgique qui fut emprisonné près de six mois.
Belgium was the only country during the First World War that was almost completely occupied. This article describe the behavior of the Jewish population during this ruthless occupation. While many volunteered in the army and a few collaborated with the enemy ; between those extremes, others participated in active or spiritual resistance like the Chief Rabbi Armand Bloch who was condemned to a six-month prison term.
Numéro 74 (automne 2017 – hiver 2018)
Sommaire
Dossier : La Déclaration Balfour, vers l’État d’Israël ?
Rassemblé par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn
Delmaire Danielle et Persyn Emmanuel : Présentation du dossier
Persyn Emmanuel : Chronologie 1897-1947
Charbit Denis : La Déclaration Balfour
Boukara Philippe : Portraits des protagonistes de la Déclaration Balfour
Nicault Catherine : L’Alliance israélite universelle et le sionisme (1914-1919)
Rota Olivier : La Déclaration Balfour, du « triomphe juif » au réveil du nationalisme arabe (1917-1920). Entre illusions et malentendus ?
Kouts Gideon : « Jérusalem n’est pas Londres » : les sionistes au lendemain de la Déclaration Balfour dans la presse hébraïque en Palestine
Persyn Emmanuel : Un engagement international inachevé
Varia
Delmaire Danielle, Faidit Jean-Michel : Vie et mort de deux femmes juives. À l’ombre d’un mari et d’un père
Lerousseau Andrée : « La vieillesse ne signifie pas la fin, mais la moisson »
Édition
Benoit Martine : Theodor Lessing. Lettre inédite de Jérusalem
Hommage
Delmaire Danielle : Edgard Leser (1933-2017). Disparition d’un enfant juif caché à Lille
Informations
À travers les livres
À travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier :
Chronologie 1897-1947 par Emmanuel Persyn
Sur une période d’un demi-siècle, la chronologie énumère les principaux événements qui annoncent et qui suivent la Déclaration Balfour. Sont insérés des événements qui ne sont pas liés à la Déclaration mais sont importants dans le contexte international des deux guerres mondiales et de l’entre-deux-guerres.
In half a century, the chronology lists the major events which foreshadow and follow the Balfour Declaration. It includes events which aren’t linked to it but which are important in international situation of the two world wars and of the interwar period.
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La Déclaration Balfour par Denis Charbit
La Déclaration Balfour est un des textes clés de l’histoire diplomatique du Moyen-Orient : même si son adoption par le gouvernement britannique relève de la conjoncture propre à la Première Guerre mondiale, ses implications ont eu un impact décisif sur cette partie du Moyen-Orient. Elle s’inscrit dans la continuité des grandes manœuvres diplomatiques destinées à peser sur l’avenir du Moyen-Orient dans la perspective du démantèlement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. La Déclaration entérinée par la SDN fournit au mouvement sioniste la légitimité internationale indispensable pour poursuivre son action en Palestine, tandis qu’il fut rejeté pour cette raison-là même par le nationalisme arabe palestinien.
Balfour Declaration is considered as one of the key documents of Middle East Diplomatic History. Its ratification by the British Government was directly connected to the First World War circumstances, however its impact was decisive on this part of the Middle East for decades. Balfour Declaration has to be conceived in continuity with the purpose that was sought by the British government to dismantle the Ottoman Empire after the First Word War. As it was approved by the League of Nations, it gave a tremendous impetus to the Zionist Movement, but was rejected for this very reason by the Palestinian Arab nationalist movement.
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Portraits des protagonistes de la Déclaration Balfour par Philippe Boukara
Arthur Balfour (1848-1930)
Lord Arthur Balfour est l’un des principaux hommes d’État britanniques des années 1900-1930. Premier ministre, puis secrétaire au Foreign Office, il est un des leaders du parti conservateur, parfois en coalition avec les libéraux. Ses relations avec le sionisme, commencées à Manchester en 1906 et approfondies dans le contexte de la Déclaration du 2 novembre 1917, ont fait de lui et de sa famille un véritable lieu de mémoire.
Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937)
Le destinataire de la Déclaration Balfour est un des héritiers de la prestigieuse famille de banquiers, dont la branche anglaise a été jusque là très prudente en matière de sionisme. À la demande de Chaïm Weizmann, il participe aux démarches préliminaires à la Déclaration. L’homme est en fait un passionné de zoologie, dont les collections exceptionnelles sont aujourd’hui rattachées au British Museum
Chaïm Weizmann (1874-1952)
Le principal négociateur sioniste de la Déclaration Balfour est un professeur de chimie de l’université de Manchester, né dans un shtetl de Biélorussie et représentatif d’une élite intellectuelle disciple de Ahad Ha’am. Entouré d’universitaires et ami des hommes d’affaires, il a su trouver les moyens de concrétiser la coopération anglo-sioniste à travers des travaux constructifs en Palestine, notamment dans le domaine scientifique et culturel qu’il privilégiait. La rupture de cette coopération l’a placé en porte-à-faux, mais il a laissé sa marque sur l’État né en 1948.
Un acteur français méconnu de la Déclaration Balfour : Charles Dreyfus (1848-1935)
Ce chimiste juif alsacien a créé à Manchester une industrie textile florissante et novatrice. Il a embauché le jeune chimiste Chaïm Weizmann et a mis à son service ses relations étendues avec la classe dirigeante locale et nationale, notamment avec Arthur Balfour dont il était un important soutien. Sa personnalité et celles de ses proches sont hautes en couleur.
Arthur Balfour (1848-1930)
Lord Arthur Balfour is one of the main British statesmen of the period 1900-1930. As Prime Minister, and then Secretary to the Foreign Office, he was one of the leaders of the Conservative Party, sometimes in a coalition with the Liberals. His relationship and that of his family with Zionism began in Manchester in 1906 and developed in the context of the Declaration and its aftermath, becoming an object of collective memory.
Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937)
The Balfour Declaration was sent first as a letter to this scion of the prestigious family of bankers, whose British branch had been reserved towards Zionism until then. Solicited by Weizmann, he agreed to be part to the preliminary negotiations. He was in fact a passionate zoologist, whose collections, now part of the British Museum, are exceptional in international comparisons.
Chaïm Weizmann (1874-1952)
The main Zionist negotiator of the Balfour Declaration is a professor of chemistry in the University of Manchester who was born in a shtetl of Belorussia and is representative of the elite intellectual followers of Ahad Ha’am. Having academics as partners and friends in the business circles, he worked successfully in order to find implement the Anglo-Zionist cooperation through concrete projects in Palestine, with a focus on Science and Culture, his main preoccupations. The breaking of this cooperation was for him an embarrassment, but he left his imprint on the new-born State in 1948.
A little-known French actor of the Balfour Declaration : Charles Dreyfus (1848-1935)
This Alsatian Jewish chemist created in Manchester a prosperous and innovative textile industry. He recruited the young Chaïm Weizmann and helped him with his huge range of contacts in the ruling circles, including with Arthur Balfour, for whom he was an important supporter. His personality and that of his family are colorful.
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L’Alliance israélite universelle et le sionisme (1914-1919) par Catherine Nicault
En 1914, les hommes de l’Alliance israélite universelle, fervents partisans de l’Émancipation à la française, estiment que la guerre sonnera le glas du mouvement sioniste et de son projet national pour les Juifs. Or, non seulement il n’en est rien, mais les sionistes conduits par Chaïm Weizmann obtiennent des Britanniques, en novembre 1917, la Déclaration Balfour, base du futur Foyer national juif. Cet article se propose de retracer les différentes phases de la bataille décisive que l’Alliance a discrètement livrée et perdue contre le sionisme aux côtés de plusieurs organisations du judaïsme occidental, en particulier du Jewish Conjoint Committee de Londres et de son directeur Lucien Wolf.
By 1914, for the Alliance Israelite Universelle leaders’, devoted supporters of the French Emancipation, the war will be the end of the Zionist movement and its Jewish national project. Yet, that has not happened, and the Zionists behind Chaïm Weizmann’s leadership got instead from the British, in November 1917, the Balfour Declaration, on which the Jewish National Home is based. This paper analyses the different stages of the crucial battle the Alliance has fought and lost against Zionism along with several Jewish occidental organizations, especially the Jewish Conjoint Committee in London and its director Lucien Wolf.
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La Déclaration Balfour, du « triomphe juif » au réveil du nationalisme arabe (1917-1920). Entre illusions et malentendus ? par Olivier Rota
Cet article avance que ce sont les circonstances – mais aussi les malentendus – de l’année 1917 qui ont permis au sionisme d’obtenir des garanties du gouvernement britannique ; de la même façon que ce sont d’autres malentendus qui ont conduit à la prise en compte tardive de l’opposition arabe au projet sioniste. Le contexte confus de la Grande Guerre, le manque d’information, mais aussi les illusions, participèrent grandement à l’élaboration de la Déclaration Balfour, tout comme ils expliquent l’effondrement rapide des relations entre sionistes et Arabes après cette date.
This article argues that circumstances – but also misunderstandings – around the year 1917 helped Zionism to obtain guarantees from the British government ; just like other misunderstandings led to the delayed awareness of the Arab opposition to the Zionist project. The blurred context of the Great War, the paucity of information, but also illusions, played a great part in the formulation of the Balfour Declaration, just like they explain the quick collapse of the relations between Zionists and Arabs after this date.
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« Jérusalem n’est pas Londres » : les sionistes au lendemain de la Déclaration Balfour dans la presse hébraïque en Palestine par Gideon Kouts
Face à l’enthousiasme général qui a emporté les cercles juifs sionistes (et non sionistes) dans le monde suite à la Déclaration Balfour, ce n’est que sur place, sur les lieux du futur « foyer national » que l’impact immédiat de la grande promesse de la Déclaration Balfour, aurait pu être mise à l’épreuve. L’évolution des réactions des sionistes de Palestine est présentée et analysée à travers trois articles parus dans le quotidien Doar Hayom de Jérusalem à l’occasion du deuxième et du troisième anniversaire de la Déclaration en 1919 et 1920, dont deux signés par son directeur, le rénovateur de la langue hébraïque Éliezer Ben Yehouda, qui teste l’importance de la Déclaration par la juxtaposition du traitement qui lui est réservé à Londres et à Jérusalem.
In front of the general enthusiasm which seized the Zionist (and not Zionist) Jewish circles in the world after the Balfour Declaration, it is only on the scene of the future « National homeland » that the immediate impact of the big promise of the Declaration, would have been able to be put to the test. The evolution of the reactions of the Zionists of Palestine is presented and analyzed through three articles appeared in the daily newspaper Doar Hayom of Jerusalem on the occasion of the second and of the third anniverserary of the Declaration in 1919 and 1920, among which two signed by its editor, the reformer of the Hebrew language Eliezer Ben Yehuda, who tests the importance of the Declaration by the juxtaposition of its treatment in London and in Jerusalem
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Un engagement international inachevé par Emmanuel Persyn
Dans cet article, l’auteur envisage les conséquences de la Déclaration Balfour. D’abord, elle a déterminé le cours des événements survenus en Palestine durant le Mandat britannique et lors de la création de l’État d’Israël. Elle apparaît en quelque sorte comme une victoire posthume de Theodor Herzl, qui a œuvré toute sa vie pour une reconnaissance diplomatique d’un État juif. L’auteur s’interroge ensuite sur l’évolution de deux précisions majeures de la Déclaration Balfour : la protection des communautés juives dans les autres pays que la Palestine et le respect des droits des autres communautés. Si la première ne pose plus de problème, le second apparaît au contraire bien imparfait.
The author of this article considers the consequences of the Balfour Declaration. First, it decides on the of events which occurred in Palestine under the British Mandate period and on the creation of the state of Israel. In a way, it looks like a posthumous victory of Theodor Herzl who worked all his life for the recognition of the Jewish state. The author wonders about the evolution of two specifications of the Balfour Declaration : the security of Jewish communities in other countries than Palestine and the consideration of the rights of other communities. If the first is no longer problematic, the second one appears as imperfect.
Varia :
Vie et mort de deux femmes juives. À l’ombre d’un mari et d’un père par Danielle Delmaire, Jean-Michel Faidit
Dweira Bernson (1871-1944) et sa fille Reysa Bernson (1904-1944) sont des inconnues à Lille alors que leur mari et père, Désiré Verhaeghe (1874-1927), a donné son nom à une rue et à une école. Pourtant, elles ont œuvré autant que lui pour le bien-être des petites gens.
Désiré Verhaeghe fut un médecin, adjoint au maire socialiste de Lille pour la santé et l’hygiène. Il ouvrit un dispensaire dans un quartier ouvrier et pauvre et il y fit ériger une école de plein air. Il décéda en 1927, en plein succès politique.
Son épouse Dweira Bernson, juive venue de Biélorussie pour étudier à Lille, fut également médecin et œuvra à l’amélioration de la santé des ouvrières et de leurs enfants, au sein d’un hôpital populaire.
Sa fille Reysa Bernson, astrophysicienne, se démena, dans les années trente pour diffuser des connaissances en astronomie auprès des écoliers et des lycéens. Elle fut responsable du planétarium à l’exposition de 1937 à Paris.
En 1939-1940, elles semblent avoir quitté Lille. On retrouve leur nom, en février 1944, sur une liste de personnes juives arrêtées à Dreux. Elles furent transférées à Drancy puis déportées, le 7 mars 1944, à Auschwitz dont elles ne revinrent pas.
Dweira Bernson (1871-1944) and her daughter Reysa Bernson (1904-1944) are unknown in Lille whereas their husband and father, Désiré Verhaeghe (1874-1927), has a street and a school at his name. Nevertheless, they worked as much as him for the well-being of the poor people.
Désiré Verhaeghe was a doctor, socialist deputy mayor of Lille for the health and hygiene. He opened a welfare center in a working class and poor district and he set up an open air school. He died in 1927, in full political success.
His wife Dweira Bernson, a Jewish young woman from Bielorussia, went to Lille for studies, was also a doctor and worked to improve the women workers’ health and their children, in a popular hospital.
His daughter, an astrophysician, struggled, during the 1930’s, to transmit knowledges in astronomy to school children. She assumed the tenure of the planetarium of the 1937’s exposition in Paris.
In 1939-1940, they seem to have left Lille. But we can read their names on a list of Jewish persons arrested at Dreux, in February 1944. They were transferred to Drancy then deported to Auschwitz, on March 7th 1944, and they didn’t come back.
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« La vieillesse ne signifie pas la fin, mais la moisson » par Andrée Lerousseau
Consacré au Nelly-Sachs-Haus, maison de retraite de la communauté juive de Düsseldorf, l’article s’attache d’une part à montrer l’attention particulière portée au respect de la tradition juive et des valeurs du judaïsme dans ce lieu d’écoute et de dialogue, et d’autre part à récolter et à relayer la parole (ou les silences) des membres d’une génération fortement marquée par l’histoire.
Dealing with Nelly-Sachs-Haus, a nursing home of the Jewish community in Düsseldorf, the article endeavours both to show the respect for Jewish traditions and values in this place for meeting and sharing, and to collect and transmit the words (and silences) of a generation deeply affected by history.
Numéro 73 (printemps – été 2017)
Sommaire
Dossier : Connaissance de la Shoah. Témoignages, enseignement, visites
Rassemblé par Danielle Delmaire
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Sephiha Haïm Vidal : Déportation et marche de la mort, un témoignage
Baron Charles : Déportations et transferts, un témoignage
Heddebaut Monique : Enseigner la Shoah à l’école primaire
Rigaut Rudy : Une expérience dans l’enseignement de l’histoire de la Shoah dans le secondaire
Gardon Jean-Baptiste : Pourquoi enseigner la Shoah ?
Bodet Catherine et Delmaire Danielle : Faut-il enseigner la Shoah ? Discussion avec une classe de Première S
Beaumont Valérie et Delmaire Danielle : Faut-il enseigner la Shoah ? Discussion avec une classe de Terminale S. Suivie d’impressions sur un voyage à Auschwitz
Duriez Clément et Delmaire Danielle : Faut-il enseigner la Shoah ? Discussion avec une classe de Première STMG
Ballis Anja : L’Holocauste et les crimes nazis dans l’enseignement secondaire en Allemagne. Entre formes nationales, locales et globales du souvenir. Traduction de l’allemand par Joseph Kolbl
Orjekh Mathias, Bossy Bertrand : Les voyages d’étude à Auschwitz du Mémorial de la Shoah
Laboux David : Être guide à Kazerne Dossin - Musée de l’Holocauste et des Droits de l’Homme de Malines (Belgique)
Varia
Wichrowska Elżbieta : Judyta Jakubowicz et Tamerle Sonnenberg-Bereksohn. Deux femmes juives de Varsovie à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. Traduction du polonais par Monika Salmon-Siama
Édition
Rota Olivier : V. Gollancz, W.W. Simpson et la réception de l’œuvre d’Edmond Fleg en Angleterre
Hommages
Schmidt Francis : L’apport d’Évelyne Patlagean à l’histoire et l’historiographie des Juifs et du judaïsme
Tauber Michèle : Henri Minczeles (1926-2017). Historien, journaliste, militant, conférencier, animateur radio, dirigeant communautaire
Batsch Christophe : Joseph Mélèze-Modrzejewski. Historien de l’hellénisme
Informations
À travers les livres
À travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier :
Présentation du dossier par Danielle Delmaire
Le dossier sur la connaissance de la Shoah présente trois volets : des témoignages de déportés, des expériences d’enseignants (six en France et une en Allemagne) et des rapports de visite de lieux de mémoire (le Mémorial de la Shoah à Paris et Kazerne Dossin en Belgique). Il est quasiment impossible de résumer en quelques lignes un témoignage de déporté ainsi que l’échange entre les élèves d’une classe et leur enseignant. Aussi ai-je préféré résumer seulement la présentation du dossier.
Les témoins sont Haïm Vidal Sephiha et Charles Baron. Tous deux étaient encore adolescents lorsqu’ils furent déportés. Le premier survécut à une « marche de la mort » et le second à plusieurs transferts de camps en camps.
Les enseignants ou les établissements visités sont tous situés dans la région lilloise du nord de la France, sauf la contribution de l’enseignante allemande. Ils concernent tous les niveaux d’enseignement, des élèves bien intégrés dans le système scolaire et d’autres en difficulté. Les comptes rendus des enseignants ou les échanges avec les élèves m’ont permis de percevoir des points communs.
La connaissance de la Shoah peut s’acquérir autrement que par une leçon au cours d’histoire, des films ou des livres la complètent ; l’écoute d’un témoin est essentielle car elle livre une histoire incarnée bien plus vivante qu’un cours ; de même la connaissance de l’histoire locale rapproche les élèves des faits alors qu’une histoire globale les rend lointains ; tous les enseignants s’accordent pour être très attentif à la gestion des émotions des élèves lors de l’écoute d’un témoin ou de la visite d’un camp car une telle visite bouleverse toujours surtout si un témoin accompagne les visiteurs ; les enseignants s’accordent encore pour inciter à un travail interdisciplinaire, la solitude de l’enseignant sur un tel sujet est éprouvante. Car, dans certaines classes, il n’est pas toujours aisé de contrecarrer une hostilité à la connaissance de la Shoah, provenant d’une propagande antisémite voire négationniste. Enfin, le compte rendu de l’enseignante allemande met en relief la particularité de l’enseignement de la Shoah dans le « pays des coupables », où l’identité des élèves dépend de ce passé ; tout comme en Israël d’ailleurs, « pays des victimes ».
La connaissance de la Shoah n’apporte pas seulement un savoir mais elle éduque les élèves à devenir des citoyens respectueux des droits de l’Homme, de la démocratie et à se montrer critique envers toute idéologie totalitaire.
The dossier on our knowledge of the Holocaust is divided into three parts : testimonies of deportees, teaching experiences (six in France and one in Germany) and reports of visits to sites of remembrance (the Shoah Memorial in Paris and Kazerne Dossin in Belgium). It is almost impossible to summarize in a few lines the testimony of a deportee or the exchanges between the students of a class and their teacher. So I will only summarize the presentation of the dossier.
The witnesses are Haïm Vidal Sephiha and Charles Baron. Both were still teenagers when they were deported. The former survived a "death march" and the latter several camp transfers.
Except for the German teacher, all the teachers or institutions are from the Lille region of northern France. Though their accounts concern all educational levels and students from all walks of life, they show commonalities.
There are other ways of acquiring knowledge of the Holocaust besides history classes : films and books supplement them ; listening to a witness is essential because it delivers history in the flesh and makes history come alive ; knowledge of local history brings students closer to the facts, while a more global perspective makes them feel more remote.
All the teachers agree with the need for careful management of the students’ emotions when listening to a witness or visiting a camp because such experiences are always upsetting, especially when a visit is combined with a testimony. They also recommend interdisciplinary work, as teaching such a subject on one’s own can be harrowing, especially when, as in some classes, one has to deal with hostility to the knowledge of the Holocaust stemming from anti-Semitic and even negationist propaganda.
Finally, the German teacher’s account highlights the challenges of teaching about the Holocaust in this "country of the perpetrators", where the identity of the pupils is shaped by this past, just as it is in Israel, the "country of the victims".
Knowledge of the Holocaust is not merely theoretical. It also educates pupils to become citizens respectful of human rights and democracy, and critical of any totalitarian ideology.
Varia :
Judyta Jakubowicz et Tamerle Sonnenberg-Bereksohn par Elżbieta Wichrowska (traduit du polonais par Monika Salmon-Siama).
L’article présente deux femmes d’origine juive qui ont activement participé aux transformations de la vie sociale, économique, religieuse et culturelle sur le territoire polonais au tournant du XVIIIe siècle. La première d’entre elles, Judyta (née Levi) Jakubowicz, est une Prussienne qui s’établit en Pologne, elle était la femme de Szmul Zbytkower, marchand, banquier, conseiller du roi polonais Stanisław August – un des plus importants personnages dans le monde de la finance polonaise. Elle est representative de la Haskalah et un exemple du processus d’acculturation de cette époque. La seconde est Tamerle Sonnenberg, aïeule de Henri Bergson, et comme Judyta une femme qui a réussi dans le monde des entreprises commerciales et bancaires. Non seulement elle soutint ardemment le courant hassidique mais elle le promouvait et le protégeait. Elle représente un courant de la société juive complètement différent de celui de Judyta qui était étrangère et maskila.
The article refers to two women of Jewish origin, actively participating in social, economic, religious and cultural life transformations on Polish territory at the turn of the 18th century. First of them, Judyta (born Levi) Jakubowiczowa, Prussian woman who came to Poland, a wife of Szmul Zbytkower, merchant, banker and factor of the Polish king, Stanisław August – one of the most important persons in the world of the first Polish financial circles. Representative of the Haskalah and an example of acculturation processes of those times. Second is Tamerle Sonnenberg, grand grandmother of Henri Bergson, and similarly to Judyta a success woman, operating in the world of commercial and banking enterprises. Not only was she an eager supporter of Hasidism, but also she was its important promoter and protector. She represented a trend in Jewish society completely different from that of Judyta, a foreigner and a Maskil.
Numéro 72 (automne 2016 – hiver 2017)
Sommaire
Dossier : Juifs, Israéliens, dans la littérature française et israélienne
Rassemblé par Danielle Delmaire
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Wattel Anne : La mort est mon métier de Robert Merle, l’œuvre à contre-courant
Letourneau Ingrid : Le sauvetage des juifs au Chambon-sur-Lignon à travers Les Cerfs-volants de Romain Gary
Agsous-Bienstein Sâadia : L’écriture romanesque extraordinaire en hébreu de Sayed Kashua le Peptimiste
Marti-Delescaut Françoise : Bible et nature dans le roman Les Innocents d’Assaf Gavron
Hocquette Éric : L’obsession de la dualité chez Naïm Kattan
Varia
Cazalé Bérard Claude : Les cinq cents ans du Ghetto de Venise
Pillau Helmut : Entre condamnation de l’esprit juif et déférence à son égard, Wilhelm Emrich (traduction de l’allemand par Joseph Kolbl)
Hommages
Iancu Carol : Willy Bok, tel que je l’ai connu
de Saint-Cheron Michaël : Élie Wiesel : une grande Voix s’est tue
Delmaire Danielle : Deux parcours juifs. Deux témoins disparaissent, Moïse Rahmani et Charles Baron
Lerousseau Andrée : Claude Hampel, le yiddish et les Cahiers Bernard Lazare
Édition
Delmaire Danielle : « Mesures contre les juifs prises par l’autorité allemande »
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier : Juifs, Israéliens, dans la littérature française et israélienne
La mort est mon métier de Robert Merle, l’œuvre à contre-courant par Anne Wattel
Dans sa préface à l’édition de 1972, Robert Merle qualifie son second roman, La mort est mon métier, de roman « à contre-courant ». L’œuvre est certes décalée et ce à plus d’un titre : temporellement, face à une doxa dominante, et par le choix de donner voix au bourreau.
Publiée en 1952, elle n’est en effet plus conforme aux attentes de la période : en pleine ère de l’amnésie, l’œuvre, qui entend témoigner d’un passé que l’on veut mettre entre parenthèses, est politiquement incorrecte. Elle se heurte par ailleurs à des « interdits » majeurs : l’interdit de la poésie après Auschwitz ; le rejet d’une fictionnalisation des camps ; le refus de tout discours qui n’émanerait pas d’un témoin survivant. Elle relève également d’une logique de scandale en offrant une voix au bourreau : inédit, inouï.
In his preface to the 1972 edition, Robert Merle describes his second novel, Death Is My Trade, as “against the current”. The work is certainly off-beat in more ways than one : temporally, it was at odds with the prevailing mood, and the choice to give a voice to the executioner broke new ground.
Published in 1952, right in the middle of a period of collective amnesia, it was indeed no longer in keeping with the times : the novel, which aimed to depict a past better left behind, was politically incorrect. It also challenged major “prohibitions” : writing poetry after Auschwitz ; fictionalizing the camps ; presenting a narrative that did not emanate from a surviving witness. It also strived to shock by offering a voice to the executioner – something new and unheard of.
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Le sauvetage des juifs au Chambon-sur-Lignon à travers Les Cerfs-volants de Romain Gary par Ingrid Letourneau
Dans Les Cerfs-volants (1980) Romain Gary relate la jeunesse résistante de Ludo à Cléry, un village normand inventé par l’auteur. Au sein de cette fiction, Gary, lui-même ancien résistant aux racines juives, cite à plusieurs reprises le nom du Chambon-sur-Lignon, village connu pour avoir sauvé des réfugiés juifs durant la Seconde Guerre mondiale. L’hommage de Gary adopte ainsi le ton de la pudeur. Surtout, la mémoire du village se déploie à travers le personnage d’Ambroise Fleury, dont certains traits pourraient faire de lui une figure palimpseste des habitants du Chambon, une incarnation de la lutte des « armes de l’esprit » contre l’idéologie totalitaire.
In Les Cerfs-volants (1980), Romain Gary tells Ludo’s resistant youth in Cléry, a Normandy village invented by the writer. In this fiction, Gary – who was resistant himself and who has Jewish roots – repeatedly cites Le Chambon-sur-Lignon’s name, a village well-known to have saved Jewish refugees during the Second World War. The tribute from Gary to Le Chambon is paid with delicacy. Furthermore, the village’s memory is rekindled through Ambroise Fleury, a character who appears to be a palimpsest figure for Le Chambon’s villagers, an struggle’s incarnation of the « weapons of the spirit » against totalitarian ideology.
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L’écriture romanesque extraordinaire en hébreu de Sayed Kashua le Peptimiste par Sâadia Agsous-Bienstein
Kashua appartient à la minorité palestinienne en Israël et publie des romans en hébreu. Cet article examine l’auteur, à partir de sa posture d’écrivain translingue, et propose une analyse de son unique nouvelle (Herzl disparaît à minuit) qui aborde la fragmentation des identités (palestinienne et juive) ancrées dans l’espace divisé de Jérusalem (Est-Ouest). Cet article est tiré de la thèse de doctorat « Langues et identités : l’écriture romanesque en hébreu des Palestiniens d’Israël (1966-2013) » soutenue en 2015 à l’Institut des langues et des civilisations orientales (INALCO).
Kashua belongs to the Palestinian minority in Israel and writes novels in Hebrew. This article examines the writer as a translingual author and offers a literary analysis of his unique short story (Herzl disappears at midnight) which addresses the fragmentation of identities (Jewish and Palestinian) in the divided space of Jerusalem (East-West). This article is part of the doctoral thesis “Languages and Identities : The Fictional Writing in Hebrew by Palestinians from Israel (1966-2013)” defended in 2015 at l’Institut des langues et des civilisations orientales (INALCO).
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Bible et nature dans le roman Les Innocents d’Assaf Gavron par Françoise Marti-Delescaut
Les romans israéliens qui choisissent pour thème le très délicat sujet des implantations illégales (dites « colonies ») en Israël sont extrêmement rares, c’est cependant le défi qu’a relevé le jeune écrivain israélien, Assaf Gavron, dans Les Innocents (Hagiv’a – La Colline). Il y suit, pendant un an, la vie quotidienne de l’implantation Maaleh Hermesh 3 et ses démêlés incessants avec l’administration gouvernementale qui cherche en vain à les déloger. Le roman, écrit délibérément d’un point de vue interne, se caractérise surtout par ses abondantes et élogieuses descriptions du paysage et par ses non moins nombreuses références à la religion juive (Bible, Talmud, traditions), car ces implantés sont les fidèles du courant hassidique de Nahman de Bratslav. C’est ce lien que nous avons voulu explorer dans l’étude, en quoi il était caractéristique de ce type de piété et pouvait légitimer, aux yeux des personnages, l’occupation d’une terre.
Israeli novels that choose as their subject the very sensitive topic of illegal settlements in Israel (called “colonies”) are extremely rare. Nevertheless, this is the challenge taken up by the young Israeli writer Assaf Gavron, in Les Innocents [The Innocents] (Hagiv’a – La Colline). In it he describes daily life throughout one year in the Maaleh Hermesh 3 settlement and its continual struggles with the government departments which try in vain to expel them. Deliberately written from an insider’s point of view, the novel is essentially characterised by its many laudatory descriptions of the landscape, and by its equally frequent references to the Jewish religion (Bible, Talmud, traditions), for these settlers are followers of the Hassidic tradition of Nahman of Bratslav. It is this link that we have chosen to explore in our study, in what ways it is characteristic of this type of piety, and could justify the occupation of a territory in these people’s eyes.
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L’obsession de la dualité chez Naïm Kattan par Éric Hocquette
Arrivé au Canada en 1954, Naïm Kattan, un jeune émigré juif d’origine irakienne, a réussi à s’imposer comme l’une des figures importantes de la littérature de son pays d’adoption. Fervent défenseur de la langue française, il n’en demeure pas moins un intellectuel ouvert sur le monde et sur les autres. Son style et le contenu de ses œuvres se caractérisent par une utilisation obsessionnelle, tant dans la forme que dans le fond, de la dualité qui traduit chez cet auteur prolifique une volonté de rapprocher ce que tout semble opposer en apparence.
Arrived in Canada in 1954, Naim Kattan, a young Jew who has emigrated from Iraq, has successfully made a name for himself in the literaly field, and became one of the most important literary figures of his adopted country. Even if he is a fervent advocate of the French language, he remains open to the world and to the others. Its style and the content of his works are characterized by an obsessive use, both in form and content, of duality that reflects the desire of this prolific author to bring closer the things which seem to be opposed in appearance.
Varia :
Les cinq cents ans du Ghetto de Venise par Claude Cazalé Bérard
L’instauration du Ghetto de Venise remonte au 29 mars 1516 : il donna son nom et une forme d’institutionnalisation aux lieux de ségrégation et d’enfermement qui se développèrent en Europe et perdurèrent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La particularité du Ghetto de Venise et de sa communauté ne tient pas seulement à son antériorité mais à son caractère à la fois d’insularité et d’ouverture sur le monde.
The establishment of the Venetian Ghetto dates back to 29 March 1516 : he gave his name and a form of institutionalization to other places of segregation and confinement that were developed in Europe and lasted until the Second World War. The peculiarity of the Venetian Ghetto and of its community is not only due to its priority but to its character both of insularity and openness to the world.
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Entre condamnation de l’esprit juif et déférence à son égard, Wilhelm Emrich par Helmut Pillau (traduit de l’allemand par Joseph Kolbl)
Au cours des dernières décennies il est arrivé fréquemment que d’éminents intellectuels allemands se voient confrontés à leur passé trouble sous le Troisième Reich. Ceci vaut également pour le germaniste berlinois de renom, Wilhelm Emrich. Après que sa grossière polémique antisémite, datant de 1943, fut révélée publiquement et notamment après son décès survenu en 1998, sa réputation de chercheur s’en trouvait sérieusement ternie.
La reproduction du texte compromettant (dans la traduction de Joseph Kolbl) est suivie d’une étude de l’un de ses anciens étudiants qui tente, sur la base de ses expériences personnelles, d’analyser le cas de Wilhelm Emrich en explorant plusieurs pistes.
It has often happened in the last few decades that prominent German intellectuals have suddenly been confronted with their questionable past during the time of the Nazi Regime. This is also true for Wilhelm Emrich, a famous specialist in German studies from Berlin. His rude anti-Semitic polemic of 1943 became public notably after his death in 1998 and his reputation as a scholar began to suffer.
After an account of the compromising text (translates by Joseph Kolbl), a former student of Wilhelm Emrich tries to scrutinize this case based on his personal experiences with him and under different perspectives.
Numéro 71 (printemps – été 2016)
Sommaire
Dossier : Les juifs d’Égypte et la crise de Suez
Rassemblé par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn
Delmaire Danielle et Persyn Emmanuel : Présentation du dossier
Persyn Emmanuel : Chronologie. De la révolution des Officiers libres à l’installation de la première force de l’ONU
Persyn Emmanuel : Redistribution des cartes après la guerre de Suez
Irfi : Témoignage. Souvenirs d’une jeune fille juive d’Égypte
Éliliane : Témoignage. « Non je ne regrette rien »
Rahmani Moïse : Témoignage. Le dernier foul chez Mansourah
Association pour la sauvegarde du patrimoine culturel des juifs d’Égypte : Témoignage photographique
De Aranjo Alexandre : 1956. L’expulsion de la communauté juive d’Égypte
Germain Marion : Le départ des juifs d’Égypte vers Israël, 1948-1957. Le second Exode
Danan Ariel : L’opinion juive française et la crise de Suez, entre patriotisme, soutien à Israël et condamnation de l’ONU
Tartakowsky Ewa : Au long du Nil, écrivains d’origine judéo-égyptienne
Varia
Friedheim Emmanuel : Les odeurs, les bruits ou quelques remarques sur une vision judéenne des désagréments écologiques aux premiers siècles de notre ère
Pillau Helmut : De Jettchen Gebert jusqu’à Auschwitz. À propos de l’écrivain juif de Berlin Georg Hermann (traduction de l’allemand par Joseph Kolbl)
Édition
Benoit Martine : La Commission Centrale de l’Enfance. Échange Serge Wolikow-David Lescot
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier : Les juifs d’Égypte et la crise de Suez
Redistribution des cartes après la guerre de Suez par Emmanuel Persyn
Lorsqu’il annonce la nationalisation du canal de Suez, le 26 juillet 1956, au grand dam des actionnaires britanniques et français, le président égyptien Gamal Abdel Nasser ne fait jamais que provoquer une crise qui aboutit à la guerre de Suez : du 29 octobre au 7 novembre 1956, celle-ci oppose l’Égypte à Israël, soutenu puis relayé par la France et la Grande-Bretagne. Ces deux pays en veulent beaucoup à celui qui s’impose comme le leader du nationalisme arabe. La France lui reproche de soutenir le FLN algérien, la Grande-Bretagne craint son influence sur les opinions publiques des États qu’elle contrôle encore au Proche-Orient. La guerre qu’elles engagent tourne au fiasco. Elles perdent toute influence au Proche-Orient au profit des deux grands, États-Unis et Union Soviétique.
When he announces the nationalisation of the Suez Canal company on July 26 1956 to the great displeasure of french and british shareholders, Egyptian President Gamal Abdel Nasser only brings about crisis which leads to the Suez war : from October 29 to November 7, 1956, that one brings into conflict Egypt to Israel, supported and replaced by France and Great-Britain. These countries are annoyed with this one which becomes the leader of the arab nationalism. France reproaches him for the support of the Algerian FLN, Great Britain fears his influence on public opinions of states which he controls in the Middle-East. The war which they give turns into a fiasco. France and Great-Britain lose influence in the Middle-East in favour of the two superpowers, the United States and the Soviet Union.
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1956. L’expulsion de la communauté juive d’Égypte par Alexandre De Aranjo
La nationalisation du canal de Suez en 1956, par le président égyptien Gamal Abdel Nasser, marqua le début du déclin pour la communauté juive d’Égypte, composée de Français, de Britanniques, d’Égyptiens ou encore d’apatrides. Alors forte d’environ 60 000 membres, la communauté juive fut soumise à divers moyens de pression de la part du gouvernement égyptien, à partir de juillet 1956, en vue d’expulser les juifs du pays. Cet article étudie les réactions des gouvernements français et britannique vis-à-vis de leurs ressortissants en Égypte suite à la nationalisation du canal et à l’intervention militaire sur le canal de Suez, ainsi que les conditions d’accueil des réfugiés d’Égypte en France et en Grande-Bretagne.
The nationalisation of the Suez Canal by the Egyptian President Gamal Abdel Nasser marked the beginning of the end of the Jewish community in Egypt, then made up of French, British, Egyptians and stateless persons. Composed of about 60,000 people at the time, the community was the target of various means of pressure from the Egyptian government from July 1956 onwards in order to expel Jews of the country. This article deals with the French and British governments reactions towards their nationals in Egypt following the nationalisation of the Suez canal, as well as the impact of the military intervention in the canal on the Jewish community in Egypt, and the resettlement policy of the refugees from Egypt in France and in Britain.
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Le départ des juifs d’Égypte vers Israël, 1948-1957. Le second Exode par Marion Germain
L’article relate l’organisation des départs de ceux qui ont massivement quitté la petite, mais particulièrement bien implantée, communauté juive d’Égypte pour Israël.
Les départs se sont réalisés en trois vagues successives :
Une première, avant la création de l’État d’Israël, concerne une population peu nombreuse, jeune, pionnière et volontaire.
Les deux suivantes, à la suite des guerres de 1948 et 1956 qui ont opposé l’Égypte à Israël, sont plus importantes mais elles ont généré des départs de plus en plus forcés. Faisant passer, en moins de dix ans, une communauté florissante et forte de 80 000 âmes à une communauté désorganisée et paupérisée comptant moins de 5 000 personnes.
This article describes the organization of the mass departure of Jews from Egypt to Israel after the creation of the State of Israel. These departures happened in three successive waves. The first and the smallest consisted of young volunteers in the period before the creation of the State of Israel. The next two took place in the wake of the Israel-Arab wars of 1948 and 1956 and they were larger in scope and involved families who were increasingly forced to leave the country. In less than ten years Egyptian Jewry went from a flourishing community of 80,000 to an impoverished and disorganized community of less than 5,000.
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L’opinion juive française et la crise de Suez, entre patriotisme, soutien à Israël et condamnation de l’ONU par Ariel Danan
Huit ans après la création de l’État d’Israël, les Juifs de France affichent leur empathie à son égard, d’autant plus facilement que la France, la Grande-Bretagne et Israël sont alliés contre l’Égypte. Dans le même temps, ils condamnent la politique de l’ONU, défavorable à Israël et s’indignent du traitement infligé par Nasser aux Juifs d’Égypte. Le processus d’identification à Israël de la part des Juifs de France débute ainsi dès 1956 avec la crise de Suez.
Eight years after the creation of the State of Israel, the French Jewry shows its empathy towards the Jewish State, all the more easily as France, Great Britain and Israel are allied against Egypt. At the same time, the Jews condemn the policy of the UNO, unfavorable to Israel and get indignant by the treatment imposed by Nasser on the Jews of Egypt. The process of identification in Israel of the Jews of France begins so from 1956 with the Suez crisis.
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Au long du Nil, écrivains d’origine judéo-égyptienne par Ewa Tartakowsky
La production littéraire des écrivains d’origine judéo-égyptienne présente des caractéristiques communes dont le cadre socio-historique, situé dans la première moitié du XXe siècle, qui permet des descriptions de la vie quotidienne d’autrefois. Dans ces remémorations, le cosmopolitisme et la bourgeoisie éclairée qui participent tous deux du processus de construction d’un imaginaire collectif des juifs d’Égypte occupent une place majeure. L’émigration du pays natal est également un autre topoï littéraire qui – pour les écrivains installés en Israël – s’accompagne d’une déception de leur alya. La place de cette mémoire témoigne d’une volonté d’enracinement couplée à un profond besoin de cultiver le passé. L’écriture littéraire permet alors de mettre à jour cette double aspiration, doublement identitaire, tournée à la fois vers un enfui et un devenir dans un nouvel espace national.
The literature of Jewish writers from Egypt presents common features from the socio-historical perspective, set in the first half of the twentieth century, what allows for a description of the past daily life. In these recollections, two elements – the cosmopolitanism and the bourgeoisie éclairée – occupy a major place in the construction process of a collective imagination of the Jews from Egypt. Emigration from home country is another literary topic, which – for the writers settled in Israel – is accompanied by the feeling of disappointment in their aliyah. The place of this memory proves the will of deep rooting connected with the need to cultivate the past. The literary creation is then a means to realize this double aspiration connected with the identity in a twofold way : turned simultaneously towards the escape and towards the future in the new national sphere.
Varia :
Les odeurs, les bruits ou quelques remarques sur une vision judéenne des désagréments écologiques aux premiers siècles de notre ère par Emmanuel Friedheim
L’objectif de cette étude est de retracer le regard des textes juifs anciens vis-à-vis des odeurs et des bruits. On montrera ainsi qu’il existait une vision judéenne des désagréments écologiques aux temps de la Mishna et du Talmud, comparativement aux visions écologiques en vogue dans l’Empire romain. Les lois instaurées pour préserver l’environnement ne furent pas seulement restrictives, elles furent également constructives.
The purpose of our study is to retrace the Jewish view of ancient sources vis-à-vis smells, noises and ecological problems. The article shows that the Judean Sages of the Mishnah and Talmud, carefully elaborated a comprehensive system of laws, rules and ordinances, in comparison to the Roman ecological views, aimed at limiting those of man’s activities, which might result in spoiling environment. Nevertheless, such limitations were, not intended to be merely restrictive in nature. Indeed, many were constructive.
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De Jettchen Gebert jusqu’à Auschwitz. À propos de l’écrivain juif de Berlin Georg Hermann par Helmut Pillau (traduction de Joseph Kolbl)
Le présent article, reprenant une allocution prononcée le 9 novembre 2013, jour anniversaire du pogrome de 1938, met en lumière la contribution de nombreux juifs à la culture allemande et leur disparition de la scène littéraire de l’après-guerre. L’écrivain berlinois Georg Hermann (1871-1943), connu notamment pour son roman Jettchen Gebert, paru en 1906, illustre parfaitement cette situation.
Dans cette œuvre, l’auteur dépeint la vie d’une famille juive de Berlin aux alentours de 1840. Au centre de l’action se trouve une jeune femme, Jettchen (Henriette) qui vit une passion amoureuse avec un écrivain débutant d’origine chrétienne. Toutefois, les pressions que la famille exerce sur elle, l’obligent à se séparer de son amant et à épouser un juif de l’Est que les siens ont choisi pour elle.
Ce renoncement, le conflit entre les aspirations personnelles et les poids de la famille juive traditionnelle, constitue le véritable sujet du roman. L’analyse formelle de l’œuvre s’attache à approfondir ce constat.
La dernière partie de cet article jette un regard sur la carrière ultérieure de G. Hermann : l’exil aux Pays-Bas et la fin tragique de l’auteur, déporté et assassiné à Auschwitz ; celle aussi du personnage de Jettchen qui deviendra la figure de proue d’une exposition qui s’est tenue à Berlin en 1985-1986.
This article, which resumes a speech given on Novembre 9 2013, the anniversary day of the 1938 pogrom, highlights the contribution of many Jews to the German culture and their disappearance from the after war literary scene. The Berliner writer Georg Hermann (1871-1943), known particularly for his novel Jettchen Gebert published in 1906, is a very good example of this situation.
In this work, the author describes the life of a Berliner jewish family in the 1840’s. In the centre of the action, Jettchen who lives in love passionately with a beginner writer of Christian origins. But the pressures, that her family applies on her, forces her to leave her lover et to marry a Jew choosen by her parents for her.
This giving up, the conflict between personal aspirations and the weight of the traditional Jewish family, constitutes the subject of the novel. The formal analysis of the work endeavours to deal with this statement in depth.
The last part of this article gives a look on the later career of G. Hermann : the exile to the Netherlands and the tragic death of the author, deported ant murdered in Auschwitz ; also that of the character Jettchen who will become the figurehead of an exposition in Berlin in 1985-1986.
Numéro 70
Sommaire
Dossier : Écrivains juifs de langue française
Rassemblé par Maxime Decout et Nelly Wolf
Decout Maxime et Wolf Nelly : Présentation du dossier
Decout Maxime : Écrire la judéité. À propos d’une contre-histoire de la littérature
Malinovich Nadia : « Le Réveil Juif » en France des années vingt
Baty-Delalande Hélène : « Côté souffrance » : une écriture de la compassion (sur Jean-Richard Bloch)
Quaglia Elena : Comment se dire juif après la Shoah ? Les enjeux identitaires d’une écriture heuristique : Perec, Modiano, Wajsbrot et Weitzmann
Tartakowsky Ewa : Entre mémoire et histoire. Écrivains d’origine judéo-maghrébine en France. Une approche sociologique
Levy Nurit : Serge Doubrovsky et la « question juive ». Entretien du 24 octobre 2013
Wolf Nelly : Entretien avec Henri Raczymow : « Mon obsession a toujours été la Littérature »
Varia : Étude biblique, Histoire
Batsch Christophe : Le Noé de la bible hébraïque. Comment relire un texte usé et abusé ?
Heddebaut Monique : Sans armes face à la rafle du 11 septembre 1942, dans la « Zone rattachée » à Bruxelles
Édition : Traduction
Avran Ziva et Pierrot Arlette : Au bercail d’Assaf Inbari (traduction)
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier : Écrivains juifs de langue française
Écrire la judéité. À propos d’une contre-histoire de la littérature par Maxime Decout
Écrire la judéité est un essai qui fait ce pari : la littérature est traversée par un double rapport de fascination et de rejet face à l’identité juive. Il entreprend de relire l’histoire de la littérature du XXe siècle en regard du malaise attaché à la judéité afin d’éclairer les complexités de nos rapports à l’autre et à la différence.
Ecrire la judéité is an essay which claims that throughout the twentieth-century, the relationship of literature to the Jewish identity is characterized both by fascination and rejection. It is an endeavour to re-read the history of twentieth-century literature with regard to the uneasy relation to Jewishness to shed light on our relation to the other and the other’s difference.
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« Le Réveil Juif » en France des années vingt par Nadia Malinovich
Pendant les années 1920, les Juifs français créèrent de nouveaux espaces d’expression littéraire et culturelle. Beaucoup commencèrent à affirmer leur judéité en termes ethno-culturels, s’éloignant d’une définition purement confessionnelle de celle-ci. Ces nouvelles activités et auto-questionnements – que les contemporains eux-mêmes désignèrent sous le terme de « réveil juif » – ne furent pas, toutefois, sans critiques. Certains pensèrent que ce « réveil » ne ferait rien, à terme, pour renforcer les liens communautaires et freiner l’assimilation, tandis que d’autres craignaient que toute mise en valeur de supposées « différences juives » se mariait trop facilement, et dangereusement, avec l’antisémitisme.
In the 1920s, Jewish writers, community activists and religious leaders in France created new venues for Jewish literary and cultural expression, and many began to openly affirm their Jewishness in ethno-cultural, rather than strictly religious terms. This self-proclaimed Jewish revival was not without its critics, however. Some felt that these new activities and intellectual ruminations would do little to encourage long-term community building, while others feared that an undue emphasis on Jewish difference could easily dovetail with antisemitic perspectives.
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« Côté souffrance » : une écriture de la compassion (sur Jean-Richard Bloch) par Hélène Baty-Delalande
Dans « Lévy » surtout, mais aussi dans… Et Cie et La Nuit kurde, Jean-Richard Bloch saisit des figures juives prises dans leur différence, poussée jusqu’à l’extrême, presque des caricatures, réactivant les stéréotypes antisémites. La souffrance de la marginalisation ou de la violence meurtrière s’y lit pourtant comme d’autant plus universelle. À travers l’outrance de la singularisation des juifs, l’écriture de la compassion affirme la permanence gênante d’un sujet, irréductible à sa seule souffrance ; elle marque la dignité fondamentale de l’être, dans sa différence même, qui demeure toujours plus que sa souffrance.
With his three novels, in « Lévy » especially but also in… Et Cie and La Nuit kurde, Jean-Richard Bloch depicts very singular Jewishes figures, almost caricatures, thus meeting numerous anti-Semitic stereotypes. But the suffering of marginalization, or of physical violence, seems to be very universal in these books. Through these excessive representations, writing with compassion affirms the permanence of a real subject, with his dignity (sometimes strange or ridiculous for other people) and not only his suffering.
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Comment se dire juif après la Shoah ? Les enjeux identitaires d’une écriture heuristique : Perec, Modiano, Wajsbrot et Weitzmann par Elena Quaglia
Cet article vise à dresser un cadre historico-littéraire des écritures de la judéité dans l’après Auschwitz et de leurs principaux enjeux à travers quelques exemples significatifs, tels ceux de Georges Perec, Patrick Modiano, Cécile Wajsbrot et Marc Weitzmann. En particulier, il s’agit de comprendre de quelle façon les générations d’après, ne pouvant témoigner directement du génocide, empruntent des voies nouvelles pour dire ce vide fondateur. Ce sont des écritures qui trouvent, au tournant des années 1970-1980, des moyens d’expression privilégiés dans l’autofiction et, plus généralement, dans des formes hybrides, mettant en scène un questionnement à jamais inachevé sur l’Histoire et sur l’identité juive.
This article aims to depict the historical situation of Jewish writing after Auschwitz and to show its concerns through some significant examples, such as Georges Perec, Patrick Modiano, Cécile Wajsbrot, and Marc Weitzmann. In particular, the purpose of this work is to understand how the second generation after the holocaust, not being able to testify directly about this event, tries to find new ways to express this original void. In the late 70s these writings chose the “autofiction” and more generally the hybrid forms, as best means of expression, showing their endless questioning about History and Jewishness.
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Entre mémoire et histoire. Écrivains d’origine judéo-maghrébine en France. Une approche sociologique par Ewa Tartakowsky
Apparue progressivement dans les années 1950, au moment des premiers départs des Juifs du Maghreb à la suite de la création de l’État d’Israël et des tensions croissantes entre les communautés juive et musulmane à la période de la décolonisation, la production littéraire des écrivains d’origine judéo-maghrébine en France connaît une vitalité particulière à partir des années 1980. Fruit d’une centaine d’auteurs originaires des trois pays du Maghreb, partageant une caractéristique, celle de l’exil, cette production littéraire possède des fonctions sociales objectives – mémorielle, historiographique et d’adaptation. En effet, l’exil comme rupture sociale, culturelle et géographique, entraîne nécessairement des processus de remémoration et de mémorialisation dans un nouvel environnement, en fournissant un cadre à l’exilé, lui permettant de lutter contre le traumatisme éventuel d’une expérience tout en fournissant un cadre d’attaches et de référents pour le groupe migrant dans son ensemble. Dans la mesure où elle ne requiert pas un cadre scientifique, l’écriture littéraire permet également une prise en charge immédiate de cette narration du passé et s’offre comme un moyen de publicisation – au sens de rendre public et de promouvoir – de l’histoire d’une population déracinée. Ces processus fonctionnent comme médiation entre le groupe exilé et la communauté d’accueil où le travail littéraire d’exil transcende – par le style, les topoï et les formes narratives – les réalités sociales et les lieux divers qui ont participé à la construction des individus.
The literary production of Judeo-Maghrebi writers in France appeared gradually over the 1950s, at a time when the Jews of Maghreb would start leaving after the creation of the State of Israel and in a context of increasing tensions between the Jewish and Muslim communities during decolonization, and gathers new energies from the 1980s. Result from the work of a hundred authors from three Maghreb countries that share one common feature : exile, this literary production plays objective social functions : vectors of memory, “historiography” and adaptation. As it is, the exile as a social, cultural and geographical rupture can only lead to recollection and memorialization processes in a new environment by providing a framework to the exiled, enabling them to fight against the possible trauma of experience, while providing a framework of bonds and referents to the migrant group as a whole. Since it does not require any scientific framework, literature can immediately take over the narration of the past and thus presents itself as a publicity device – i.e. that makes public and promote – the history of an uprooted population. These processes work as a mediator between the exiled group and the host community, in which the exile literary work transcends – through style, recurring themes and narrative forms – the social realities and various places that have a part in the construction of individuals.
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Serge Doubrovsky et la « question juive ». Entretien du 24 octobre 2013 par Nurit Levy
Écrivain et universitaire, Serge Doubrovsky est mondialement reconnu grâce à ses œuvres, tant dans les domaines de la critique et de la théorie littéraires que dans le champ de la fiction. Enfant lors de l’Occupation, il revient sur la découverte de sa judéité vécue avec violence lors de la montée de l’antisémitisme en France dans les années 1940 et sur sa vie aux États-Unis. Au fil des questions, il divulgue ses opinions concernant la théorie sartrienne exposée dans Réflexion sur la question juive, et parle de son sentiment de culpabilité lié à son manque de participation à la Résistance.
Author and university professor, Serge Doubrovsky is internationally known, as much for his work in the fields of literary criticism and theory as for his fiction. Having grown up during the Occupation, he discusses the shock of his awakening to his Jewish identity, which occurred during the rise of anti-Semitism in France in the 1940’s, as well as his subsequent life in the United States. In responding to questions, he discloses his point of view regarding the Sartrean theory of Judaism outlined in Anti-Semite and Jew. He also reveals his feelings of guilt for not having participated in the Resistance.
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Entretien avec Henri Raczymow : « Mon obsession a toujours été la Littérature » par Nelly Wolf
Dans cette interview, Henri Raczymow revient sur ses débuts littéraires, sur la trame autobiographique de certaines de ses œuvres, sur son rapport à la judéité et au yiddish ; il parle de son admiration pour Flaubert, Proust, Joyce et Kafka, qui constituent ce qu’il nomme son « terreau littéraire ».
In this interview, Henri Raczymow returns on his literary debuts, on the autobiographical thread of some of his works, on his relationship to Jewishness and to Yiddish ; he speaks about his admiration for Flaubert, Proust, Joyce and Kafka, who establish what he names his « literary ground ».
Varia : Étude biblique et histoire
Le Noé de la bible hébraïque. Comment relire un texte usé et abusé ? par Christophe Batsch
Cet article rappelle les principales difficultés textuelles connues du récit biblique du Déluge et fait le point de la recherche actuelle dans ce domaine. Ces difficultés sont liées à une histoire textuelle complexe dans laquelle on repère au moins deux traditions narratives : divergences chronologiques concernant, d’une part la succession des patriarches antédiluviens, d’autre part la durée et le déroulement du Déluge ; divergences exégétiques quant à l’interprétation du nom de Noé ; nature, dénomination et interprétation symbolique de « l’arche » ; expression d’un « repentir » divin. On conclut en soulignant la richesse et la diversité des récits rattachés à la figure de Noé en dehors de l’épisode fondamental du Déluge.
This paper presents the main textual problems identified in the Hebrew narative of the Flood and reminds the most recent status quaestionnis of scholarship upon it. Difficulties are tied to a complex textual history, from which you can discern at least two narative traditions : chronological discrepancies about the antediluvian patriachs on the one hand, about the time and duration of the Flee on the other ; exegetical discrepancies about the interprtation of the name Noah ; symbolic understanding of the “ark” ; expression of a divine “repentance”. It concludes by showing how rich and varied are the narratives attached to Noah’s figure, exceeding the central story of the Flee.
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Sans armes face à la rafle du 11 septembre 1942, (dans la « Zone rattachée » à Bruxelles) par Monique Heddebaut
Le 11 septembre 1942, près de 600 juifs ont été arrêtés dans le Nord/Pas-de-Calais. Ils ont été rassemblés dans la gare de Lille-Fives pour être déportés à Auschwitz. Les cheminots, aidés par les gens du quartier, ont permis le sauvetage d’une soixantaine d’adultes et d’enfants environ. Certains d’entre eux étaient des résistants du mouvement Voix du Nord. Ils ont ensuite créé le « Comité clandestin de sauvetage des juifs » en lien avec d’autres réseaux de résistants, avec des juifs, des protestants, des catholiques… Ce type de sauvetage est unique en France.
On September 11th, 1942 about 660 Jews were arrested in Nord/Pas-de-Calais. They were gathered in the railways station of Fives-Lille to be deported to Auschwitz. The railway employees, helped by people of the district, put allowed the rescue of about sixty adults and children. Some of them were resistant of the movement Voix du Nord. Then they created the « Comité clandestin de sauvetage des juifs » in connection with other resistance networks, with Jews, Protestants, Catholics… This kind of rescue is unique in France.
Numéro 69 (printemps – été 2015)
Sommaire
Dossier : Vers un retour de l’errance
L’identité juive sépharade dans la littérature et le cinéma francophones
Rassemblé par Irena Trujic
Trujic Irena : Présentation du dossier
Perez Rosa A. : Récits de Juifs algériens en métropole : parcours personnel, histoire commune
Trujic Irena : Ni d’ici, ni d’ailleurs : errance et crise identitaire dans les romans de Chochana Boukhobza
Gilzmer Mechthild : Revisiter une « sépharadité », imaginaire et imaginée
Assouline Stillman Dinah : À la recherche du temps perdu. Les parcours nostalgiques d’une enfance juive marocaine dans les nouvelles de Bob Oré Abitbol
Lichtenstein Nina B. : Dans et hors d’Afrique du Nord, l’identité juive féminine dans le cinéma francophone
Varia, Histoire
Ben Mbarek Hala : Apprentissage de l’hébreu en Tunisie, constantes et transformations
Weill Georges : Les écoles de l’Alliance israélite universelle et la renaissance de l’hébreu en Eretz Israël
Édition
Delmaire Danielle : Naissance de la Maison Saint-Isaïe, Jérusalem (1959)
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier : Vers un retour de l’errance L’identité juive sépharade dans la littérature et le cinéma francophones
Récits de Juifs algériens en métropole : parcours personnel, histoire commune par Rosa A. Perez
Nombreux sont les récits d’écrivains français d’origine judéo-maghrébine dans lesquels le travail de mémoire et la quête identitaire sont au centre de la démarche littéraire. Le parcours individuel est souvent lié à celui de la communauté et traduit le difficile ancrage social de ces déracinés. Jean-Luc Allouche et Yannick Alimi sont représentatifs d’une génération marquée par le trauma de l’exil. Alors que le premier cherche à raviver une mémoire personnelle pour tenter de comprendre son mal-être, Alimi met en cause la préservation et la transmission obsessive de la mémoire collective des exilés.
There are numerous narratives of French Jewish writers from the Maghreb in which the work of memory and identity are central to the literary endeavor. The personal path is often linked to the community and translates the difficult social integration of uprooted Jews. Jean-Luc Allouche and Yannick Alimi are representative of a generation affected by the trauma of exile. While Allouche tries to revive his memory in order to understand his malaise, Alimi blames the obsessive way in which the exiled Jews preserve and transmit the collective memory.
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Ni d’ici, ni d’ailleurs : errance et crise identitaire dans les romans de Chochana Boukhobza par Irena Trujic
Cet article étudie la thématique de l’identité dans Un été à Jérusalem (1986) et Le Troisième Jour (2010) de Chochana Boukhobza. Ne supportant plus la pression imposée par leur famille respective, les héroïnes de ces deux romans ont quitté Israël pour faire leur vie ailleurs et ne reviennent à Jérusalem que le temps d’un séjour. Leur identité sera profondément modifiée par la ville dont l’auteur propose une personnification.
This paper focuses on the theme of identity in Chochana Boukhobza’s novels Un été à Jérusalem (1986) and Le Troisième Jour (2010). As the main characters could no longer handle family pressure, they moved out of Israel to build their lives and only came back to Jerusalem for a short stay. Their identity is then deeply modified by the city itself, which is personified in both novels.
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Revisiter une « sépharadité », imaginaire et imaginée par Mechthild Gilzmer
Dans cet article nous présentons trois auteurs sépharades qui vivent et qui écrivent dans des contextes culturels et géographiques différents. Nous posons la question comment ces écrivains, de la génération des Juifs « sépharade » née dans la diaspora, parlent-ils du passé dans leurs écrits. Quelles sont les caractéristiques de la « sépharadité » que ces jeunes artistes mettent en avant ?
The follow article presents artistic work from three different Jewish authors with Sephardic origin living and working in different cultural and geographical areas. We analyse most specifically the way these writers born in the diaspora integrate the past in their work and by which means these young artists refer to the “Sephardic” identity in their literary work.
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À la recherche du temps perdu. Les parcours nostalgiques d’une enfance juive marocaine dans les nouvelles de Bob Oré Abitbol par Dinah Assouline Stillman
Bob Oré Abitbol, juif marocain exilé, touche-à-tout de génie, entrepreneur, homme d’affaires, écrivain, poète, auteur de théâtre, éditeur, ayant vécu en France, au Canada, au Mexique et aux États-Unis, semble tout à fait représenter le Juif errant moderne. Ses nouvelles relatives à son enfance au Maroc dépeignent des personnages hauts en couleur dans lesquels nombre de ses coreligionnaires exilés, comme lui, de par le monde se retrouvent et se remémorent avec nostalgie leurs propres souvenirs d’enfance.
Bob Oré Abitbol, a Moroccan Jewish exile, jack of all trades, entrepreneur, businessman, author, poet, and playwright, having lived in France, Canada, Mexico, and the United States, seems to perfectly represent the modern Wandering Jew. His stories of his childhood in Morocco depict colorful characters in which his coreligionists, exiled throughout the world like himself, can recall with nostalgia their own childhood memories.
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Dans et hors d’Afrique du Nord, l’identité juive féminine dans le cinéma francophone par Nina B. Lichtenstein
Cet article propose de considérer le choix des lieux opérés par la réalisatrice Karin Albou dans deux de ses films, La Petite Jérusalem et Le Chant des Mariées, comme une façon de présenter des portraits intimes de la complexité identitaire féminine. Offrant une vision des femmes de l’intérieur de leur maison, au travers des fenêtres, des cours et des espaces réservés aux femmes comme le hammam ou le mikveh (bain rituel), les films témoignent, de façon particulièrement importante pour notre époque contemporaine, d’une culture partagée entre arabes et Juifs qui joue un rôle fondamental dans cette identité sépharade.
This article proposes to examine filmmaker Karin Albou’s choices of place in the two films La Petite Jérusalem and Le Chant des Mariées as a way to create intimate portraits of the complex construction of feminine identity. Drawing on the vision of women from the inside of houses, through windows, courtyards and feminine spaces such as the hammam and the mikveh/ritual bath the films reflect a shared culture of Arabs and Jews that makes the role of this Sephardic narrative and identity as reflected in film all the more relevant today.
Varia : histoire
Apprentissage de l’hébreu en Tunisie, constantes et transformations par Hala Ben Mbarek
L’objet de ce travail est de passer en revue, de manière chronologique, et dans la limite du possible, les principales caractéristiques de l’histoire de l’enseignement de l’hébreu dans le système éducatif tunisien entre les XIXe et XXe siècles. Dans un premier temps, par qui et comment a-t-il été pratiqué dans les écoles traditionnelles juives ? Quels sont les aspects de l’éducation de l’hébreu dans les écoles juives traditionnelles ? Dans un deuxième temps, comment la communauté juive tunisienne affronte-t-elle l’influence européenne à la suite du Protectorat français, à l’arrivée et à l’action des congréganistes et des Juifs européens ? Quel rôle a joué l’Alliance israélite universelle dans la rénovation de l’enseignement juif ? De quelle manière les méthodes modernes devaient-elles rénover peu à peu, inévitablement, le vieux système traditionnel ? Enfin, nous nous proposons de tracer le caractère actuel de cet enseignement et son évolution.
The aim of this study is to examine the main characteristics of the history of the teaching of Hebrew in the Tunisian educational system between the 19th and the 20th century’s. It starts by recalling the aim of elementary schooling in Jewish traditional education in Tunis and discuss aspects of the basic Hebrew education in traditional Jewish schools. In a second time, it defines and characterizes the beginning of reform following the establishment the Alliance israélite universelle and the congregation’s schools at the turn of the twentieth century. In section three, I explain how Tunisian Jewry confronts the European influence following the French establishment. The emergence of Zionism, the American institutions, and the Tunisian independence contributed to the process of modernization. The last section focuses on the Transition from Traditional to Modern Education, as a consequence of important work that has been done during the last three generations in the method of Teaching of the Hebrew language.
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Les écoles de l’Alliance israélite universelle et la renaissance de l’hébreu en Eretz Israël par Georges Weill
La première école de l’Alliance israélite universelle en Palestine ottomane a été créée à Jaffa en 1864. En raison de multiples obstacles, notamment l’opposition des rabbins orthodoxes contre les études profanes et l’éducation des filles, le réseau scolaire ne fut complètement constitué qu’en 1906. Il comprenait dix écoles primaires de garçons et de filles à Jaffa (puis à Tel-Aviv), Haïfa, Jérusalem, Safed et Tibériade, ainsi que deux écoles professionnelles à Mikveh Israël (1870) et à Jérusalem (1880). Les écoles de l’Alliance ont joué un rôle essentiel dans la renaissance de l’hébreu moderne, grâce à des instituteurs acquis aux méthodes actives, aidés de savants hébraïsants membres d’Hibbat Zion, comme l’ont montré les travaux du regretté Jean-Marie Delmaire sur l’œuvre des pionniers de ce mouvement en Eretz Israël à la fin du XIXe siècle.
The first school of the Alliance israélite universelle in Palestine was opened in Jaffa in 1864. Owing to numerous barriers, including the opposition of the orthodox rabbis against the secular studies and the education of girls, the school network was only achieved in 1906. It included ten primary schools of boys and girls in Jaffa (then Tel-Aviv), Haïfa, Jerusalem, Safed and Tiberiade, and two professionnal schools in Mikveh Israel (1870) and Jerusalem (1880). The Alliance schools played a key rôle in the revival of the modern hebrew, thanks to teachers followers of activity-based education and brilliant hebraist scholars members of Hibbath Zion. This study pay tribute to the researches of the late Jean-Marie Delmaire devoted to the work of this pioneer movement in Eretz Israel at the end of the 19th century.
Numéro 68 (automne 2014 – hiver 2015)
Sommaire
Dossier : La Grande Guerre et les juifs (II)
Rassemblé et présenté par Danielle Delmaire
Schnapper Laure : Fernand Halphen, chef de musique au 13e Régiment d’Infanterie Territoriale, un israélite dans la Grande Guerre
Spire André : Les Juifs et la Guerre, extraits
Présentation et commentaires de Danielle Delmaire
Iancu Carol : Les combattants juifs roumains dans la Grande Guerre à travers les œuvres de Horia Carp et Liviu Rebreanu
Landau Philippe : Antisémitisme-Généalogie-Patrie. Le cas des anciens combattants juifs sous Vichy
Varia : Littérature et histoire
Ben-Dor Derimian Ilanit : La représentation du désert et des villes nouvelles du Néguev dans la littérature et le discours public en Israël
Levy Nurit : La figure de l’intellectuel juif universitaire, lecture de Serge Doubrovsky, Philip Roth et A. B. Yehoshua
Dupré Romain : Le temps vécu des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale : regards rémois
Édition
Delmaire Danielle : Deux lettres inédites d’André Spire à Janine Strauss, 1953
Informations
À travers les livres
À travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : La Grande Guerre et les juifs (II)
Fernand Halphen, chef de musique au 13e Régiment d’Infanterie Territoriale, un israélite dans la Grande Guerre par Laure Schnapper
Le cas de Fernand Halphen illustre de manière originale le patriotisme des israélites lors de la Grande Guerre. Héritier d’une riche famille parisienne, violoniste, compositeur et mécène, il n’hésita pas à mettre son savoir-faire de musicien au service de la France. Chargé de fonder et de diriger un orchestre d’harmonie régimentaire pendant deux ans et demi, il joua avec son orchestre un répertoire composé de marches, de musique légère et d’adaptations d’opéras à la mode, destiné à soutenir le moral de la population civile et des soldats blessés. Loin de dédaigner ce travail comme certains de ses collègues musiciens, très apprécié à la fois des musiciens de son orchestre et des officiers supérieurs, il travailla sans relâche, tout en trouvant le temps de composer deux mélodies, dont l’une – Les Tranchées – rend hommage aux poilus, avant de succomber à une maladie contractée pendant l’hiver 1916-1917.
Fernand Halphen, the son and heir of a wealthy Parisian Jewish family, was a rare example of patriotism during the First World War. He was a violinist and composer who showed courage and imagination in offering his services to his country by becoming the leader and conductor of a regimental ensemble which performed light music and operas for the troops in order to raise morale among recruits and civilians. Halphen did not disdain this type of entertainment, unlike others and in fact acquired a considerable reputation among his colleagues and military superiors. He worked unstintingly for the troops and wrote a piece entitled ‘In the Trenches’, a paean of praise written in honour of rank and file soldiers some little while before he himself died of a fatal disease which he contracted in 1916-17.
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Les Juifs et la Guerre, extraits par André Spire. Présentation et commentaires de Danielle Delmaire
En 1917, paraît, chez Payot, un ouvrage du poète André Spire : Les Juifs et la Guerre. Il est rédigé en 1916 durant la bataille de Verdun mais avant les changements de l’année 1917 (entrée des USA en guerre, révolution bolchevique, déclaration Balfour, entrée des Britanniques à Jérusalem). Le livre est composé de deux parties : un développement suivi d’abondantes annexes. Dans le développement, André Spire apporte de nombreuses preuves du patriotisme des Juifs à l’égard de leur pays quel qu’il soit et s’indigne du sort qui est fait aux Juifs dans les pays d’Europe centrale et orientale. Il justifie donc la nécessité de militer pour le sionisme qui a pour but l’instauration d’un foyer national juif en Palestine.
In 1917 was published a book of the poet André Spire : Les Juifs et la Guerre (Payot edition). It was written in 1916, during the battle of Verdun, and therefore before the 1917 shift (involvement of the USA in the war, Bolshevik Revolution, Balfour Declaration, British entry in Jerusalem). The book was divided into two parts : first, the text itself ; second, many annexes. In the main part, André Spire gave many proofs of Jewish patriotism to their country ; the author expressed his outrage at the fate of the Jews in Central and Eastern Europe. He justified Zionism and its goal : working towards the foundation of a national home for the Jews in Palestine.
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Les combattants juifs roumains dans la Grande Guerre à travers les œuvres de Horia Carp et Liviu Rebreanu par Carol Iancu
À partir des histoires vraies, le journaliste et écrivain juif Horia Carp (1869-1943), décrit dans le recueil Du temps de l’oppression (1924), les injustices et les discriminations infligées aux combattants juifs dans l’armée roumaine, accusés en bloc d’être des espions et des déserteurs. Dans sa nouvelle Ițic Strul déserteur, Liviu Rebreanu (1885-1944), l’un des plus importants écrivains roumains du XXe siècle, présente à travers le suicide d’un soldat juif, victime de l’antisémitisme, le drame de l’allogène indésirable malgré sa loyauté.
Based on true stories, the journalist and Jewish writer Horia Carp (1969-1943) described in the volume On the time of oppression (1924), the injustices and discriminations inflicted to the Jewish combatants, accused of being spies and deserters, in the Romanian army. In the short story “Ițic Strul, deserter” (1921), Liviu Rebreanu (1885-1944), one of the most important Romanian writers of the 20th century, presents the drama of a minority group, undesirable in spite of its loyalty, through the case story of the suicide of a Jewish soldier, victim of the Anti-Semitism.
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Antisémitisme-Généalogie-Patrie. Le cas des anciens combattants juifs sous Vichy par Philippe Landau
Le 3 octobre 1940, le premier Statut des Juifs retire la citoyenneté française aux israélites. Cette mesure est un choc. Ceux qui sont français depuis des générations sont humiliés. Les articles 3 et 8 prévoient des dérogations pour les anciens combattants. Patriotes et républicains, convaincus d’avoir scellé leur destin à celui de la France avec leur sacrifice dans la Grande Guerre, ils dressent alors des tableaux généalogiques. Dans des conditions difficiles, ils réussissent à démontrer la participation patriotique de leurs aïeux sur plusieurs générations. Mais toutes ces preuves n’auront aucun impact sur la politique du Régime de Vichy.
October 3rd, the first Status of the Jews removes to the israelites their citizenship. For them, this measure is a shock. Those who are french since generations are humbled. Articles 3 and 8 plan however dispensations for the war veterans. Patriots and republicans, convinced to have sealed their fate in France with their sacrifice during the Great War, they are going to draw up genealogical boards. In difficult conditions, they manage to demonstrate the patriotic participation of the forefathers on several generations. But all these proofs will have no impact on the Regime of Vichy.
Varia : Littérature et histoire
La représentation du désert et des villes nouvelles du Néguev dans la littérature et le discours public en Israël par Ilanit Ben-Dor Derimian
Le désert du Néguev est communément considéré comme une zone « périphérique » de nature sauvage en Israël. Il occupe cependant une position stratégique, essentielle à l’existence du « Centre ». Dans le cadre de la politique de conquête du désert des années 1950, onze villes nouvelles ont été construites pour accueillir des milliers de nouveaux immigrants. En revanche, depuis les années 1980, le respect des valeurs écologiques et le souci de préserver sa nature sauvage de désert sont davantage pris en considération dans les projets de développement et plusieurs villes nouvelles revendiquent aujourd’hui une identité de « ville durable ». Cet article cherche à analyser ce processus de socialisation spatiale, en examinant d’une part la représentation du lieu et de ses villes nouvelles à travers le discours, et d’autre part ses transformations concrètes. La recherche ainsi menée vise à montrer comment la dévalorisation du collectivisme dans la société israélienne, sur fond de mondialisation, a renforcé le potentiel d’influence des groupes sociaux sur la construction de l’identité spatiale du Néguev et de ses villes nouvelles.
The Negev desert occupies most of the territory of the State of Israel, having a strategic importance for the existence of the “center” and at the same time it is considered as a natural wild “periphery”. According to the policy of “conquering” the desert and “flourishing” it, during the 1950s eleven development cities were established in order to settle thousands of new immigrants. Nevertheless, since the 1980s, the tendency is to develop the desert according to ecological values, while preserving its natural character, and some development cities today adopt an identity of a “sustainable city”. This article analyzes the process of spatial socialization by examining the representations of the desert and the development cities in the public discourse, side by side their concrete transformations. The study shows how the devaluation of collectivism in the Israeli society, as part of globalization processes, reinforced the ability of social groups to influence the construction of the spatial identity of the Negev desert and its development cities.
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La figure de l’intellectuel juif universitaire, lecture de Serge Doubrovsky, Philip Roth et A. B. Yehoshua par Nurit Levy
Cette étude analyse le déploiement de la figure de l’intellectuel juif dans les œuvres autofictionnelles de Serge Doubrovsky, ainsi que La Tache de Philip Roth et La Mariée libérée d’A. B. Yehoshua. Si dans les romans de Doubrovsky, le regard introspectif qui domine l’écriture de soi ne permet pas toujours de percevoir l’environnement social du héros universitaire de manière approfondie, il le place en même temps dans une dialectique à la fois personnelle et historique qui montre la douleur d’un homme traumatisé par l’Occupation. En revanche, Roth et Yehoshua, positionnent leurs protagonistes, intellectuels juifs, dans les filets des phénomènes socioculturels qu’ils ne contrôlent pas afin d’examiner certains aspects du comportement humain dans la société. À la frontière de l’autobiographie et de la fiction, la figure de l’intellectuel juif dévoile ainsi sa consistance romanesque qui se perçoit dans toute sa complexité en dépassant les concepts établis par l’Histoire.
This study analyzes the use of the figure of the Jewish university intellectual in works of “autofiction” by Serge Doubrovsky, as well as The Human Stain by Philip Roth and The Liberated Bride by A. B. Yehoshua. If, in Doubrovsky’s novels, the writing of the self expresses itself via an introspective mode that sometimes obscures one’s perception of the social environment of the university hero, it does place him in a dialectic both personal and historical that highlights the pain of a man who remains traumatized by the Nazi Occupation of France. Whereas the protagonists in Roth’s and Yehoshua’s novels get tangled up in sociocultural phenomenon beyond their control which allows an examination of some aspects of human social comportment. At the frontier of autobiography and fiction, the figure of the Jewish intellectual thus unveils its imaginative substance in all its complexity, going beyond the concepts established by History.
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Le temps vécu des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale : regards rémois par Romain Dupré
« Sur l’horloge de l’histoire », note Adam Rayski, « les aiguilles avançaient plus vite pour les Juifs que pour les autres populations de l’Europe occupée. Le temps des autres n’était pas exactement le nôtre… »[1]. Cependant, les Juifs ne peuvent pas faire individuellement l’expérience du temps à un rythme constant. L’expérience du temps n’est en effet jamais uniforme. Concernant celle des Juifs de France pendant l’Occupation, elle n’a guère été vraiment interrogée, tout comme la manière dont leur temporalité est structurée durant ces années. À travers l’exemple rémois, notre propos entend démontrer l’importance de ces questions dans la compréhension de la condition des Juifs de France au cours de cette période. Il mobilise dans ce but de nombreux témoignages, ainsi que des concepts et notions de psychologie en plus des outils de l’historien. Au terme de notre démonstration d’inspiration phénoménologique, une temporalité en majeure partie différente dès 1942 de celle des non-Juifs se dessine, composite, saccadée. Elle traduit une persécution qui s’étend au final jusqu’à l’architecture soutenant la vie des Juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale.
“On the clock of history”, says Adam Rayski, “the hands advanced faster for Jews than for the other people of Europe that was under occupation. The time of the others was not exactly like ours”[2]. Meanwhile, the Jews cannot individually experience time at a constant rate. Their experience of time is indeed never uniform. For the Jews of France during the Occupation, Time was hardly really questioned, like how their temporality was structured over the years. Using the example of Reims, our purpose intends to show the importance of these issues in the understanding of the status of the Jews of France during this period. For this purpose, he mobilises many testimonies and psychology concepts, in addition to the tools of the historian. At the term of our phenomenologically-inspired demonstration, Temporality contours between Jews and non-Jews show the emergence of major differences from 1942 onwards ; Jews’ time being more interrupted, less constant. It reflects a persecution which in the end extends to the architecture supporting the life of the Jews of France during the Second World War.
[1] Adam Rayski, Nos illusions perdues, Paris, Balland, 1985, p. 91. [2] Adam Rayski, Nos illusions perdues, Paris, Balland, 1985, p. 91.
Numéro 67 (printemps – été 2014)
Sommaire
Dossier : La Grande Guerre et les juifs (I)
Rassemblé et présenté par Delmaire Danielle
Landau Philippe : Le judaïsme français à l’épreuve : le rabbinat dans la Grande Guerre
Rigaut Rudy : Les communautés juives de la côte d’Opale et la Grande Guerre
Krumeich Gerd : Aux origines de l´antisémitisme nazi : compter les juifs pendant la Grande Guerre
Strauss Léon : Les Juifs d’Alsace-Lorraine et la Première Guerre mondiale
Iancu Carol : Les Juifs de Roumanie pendant la Grande Guerr
Charvit Yossef : La Première Guerre mondiale et le Yishouv (avec notes sur les Juifs d’Algérie)
Varia : Littérature et sionisme
Yaron-Leconte Iris : Entre reniement et vénération : Benjamin Fondane questionne Dieu
Rota Olivier : « La Terre que Dieu habite ». Le sionisme d’Edmond Fleg
Hommage à Yeshayahou Leibowitz
Joubert Jean-Marc : Les enjeux de l’euthanasie, selon Yeshayahou Leibowitz
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier : La Grande Guerre et les juifs (I)
Le judaïsme français à l’épreuve : le rabbinat dans la Grande Guerre par Philippe Landau
Durant quatre années, dans leur élan patriotique, les Juifs de France vivent au rythme de la Grande Guerre. Assumant avec fierté sa devise « Religion et Patrie », le rabbinat mobilise lui aussi ses forces les plus vives pour les mettre au service de la République et de la liberté. Tandis que les aumôniers israélites veillent au réconfort spirituel des combattants, les rabbins sensibilisent les fidèles de l’arrière à œuvrer pour la victoire, quitte à interpréter les versets bibliques selon les besoins de la cause. Au-delà de la guerre totale et d’une surenchère patriotique jamais égalée dans son histoire, le judaïsme français ne serait-il pas en train de confondre religion et politique ?
For four years, filled with patriotic fervor, Jews in France lived through the Great War. Proudly adopting « Religion and Homeland » as its motto, the rabbinate also mobilised its most vibrant forces in the service of the Republic and freedom. While Jewish chaplains offered combatants spiritual comfort, rabbis encouraged the faithful on the home front to work for victory, sometimes interpreting biblical verses a bit freely for the cause. With total war and a paroxysm of patriotism unprecedented in its history, wasn’t French judaism confusing religion with politics ?
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Les communautés juives de la côte d’Opale et la Grande Guerre par Rudy Rigaut
La Première Guerre mondiale donne la possibilité aux juifs de la côte d’Opale de démontrer par les armes et par le sang leur attachement national et patriotique. La vie religieuse et l’expérience combattante confirment l’intégration tangible des juifs de la côte d’Opale aux populations locales et plus largement à la nation française. Cependant, cet engagement n’empêche pas la persistance de l’antisémitisme et n’épargne pas les anciens combattants des mesures anti-juives de la Seconde Guerre mondiale.
The World War I gives Jews of the Opal Coast (Dunkerque and Boulogne) the possibility to demonstrate their national and patriotic attachment. The religious life and the experience of individual combatants confirm complete integration of the jews of the Opal Coast to the local people’s and the French nation. However, this commitment doesn’t prevent an enduring anti-Semitism and this impacts the veterans during the World War II.
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Aux origines de l´antisémitisme nazi : compter les juifs pendant la Grande Guerre par Gerd Krumeich
Cet article a pour but de faire voir les origines politiques et sociales du fameux « comptage des juifs » dans l’armée allemande, fin 1916. Des politiciens avaient demandé de procéder à ce comptage, inédit dans l´armée allemande, pour « calmer » la population de plus en plus irritée par l’aggravation des conditions de vie et pensant que les juifs en étaient coupables, les juifs qu’on disait « embusqués ».
Ce fut la rupture définitive du Burgfrieden, Union sacrée allemande, et le début d´un débat qui allait se prolonger dans la République de Weimar : À qui revenait la responsabilité pour la défaite ? Du comptage des juifs est issu un antisémitisme nouveau, qui ralliait les vieux stéréotypes avec la nouvelle légende du coup de poignard dans le dos. Hitler et ses fidèles furent et restèrent convaincus de la véracité de cette affirmation – ce fut un des piliers de leur antisémitisme assassin.
This article aims at showing the political and social origins of the famous « Jews counting » in the German army at the end of 1916. The Jews were considered by the population as « dodgers » and were therefore accused for the worsening conditions of life. Politicians required this counting – unprecedented in the German army – to « calm » an increasingly irritated population.
This was the final break of the Burgfrieden, the German Sacred Union, and the beginning of a debate that would extend into the Weimar Republic : who was responsible for the defeat ? From the Jews counting came a new brand of anti-Semitism, which rallied the old stereotypes with the new legend of the stabbing in the back. Hitler and his followers were and remained convinced of the veracity of this claim – it was the mainstay of their anti-Semitism.
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Les Juifs d’Alsace-Lorraine et la Première Guerre mondiale par Léon Strauss
Environ 4 000 Juifs furent mobilisés, plus de 300 périrent sous l’uniforme allemand. De nombreux notables, suspects de francophilie, furent internés ou mis en résidence forcée au-delà du Rhin. Les consistoires départementaux furent obligés de servir la propagande militariste, notamment pour les emprunts de guerre. Deux grands rabbins se distinguèrent par leur zèle pour la cause allemande, mais environ 600 Juifs rejoignirent les armées françaises. Le retour à la France fut accueilli avec enthousiasme par la grande majorité des Israélites indigènes, tandis que la plupart des originaires de la vieille Allemagne s’enfuyaient ou étaient expulsés.
About 4 000 Jews were drafted and over 300 died in the German forces. Many influential familiy members suspected of being francophiles were imprisoned or under house arrest across the Rhine. The Alsatian Jewish Consistories were forced to comply with the militarist propaganda, in particular with war loan obligations. Two chief rabbis sided zealously with the Germans, unlike 600 Jews who joined the French forces. The vast majority of native Jews welcomed French Alsace enthusiastically, while most immigrant Jews fled back to Germany, whether willingly or forcibly.
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Les Juifs de Roumanie pendant la Grande Guerre par Carol Iancu
Pour connaître le sort des Juifs de Roumanie dans la Grande Guerre, il faut évoquer les guerres balkaniques de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Bien que la situation des Juifs se soit très légèrement améliorée, ces derniers restent des étrangers dans leur propre pays. Et pourtant, ils se battent courageusement au front pour défendre leur patrie. Les statistiques montrent qu’ils se sont sacrifiés comme les Roumains non juifs. Cela n’empêche pas qu’une discrimination les maintient toujours en suspicion et au lendemain de la guerre, malgré le poids de diverses influences internationales, ils n’obtiennent pas l’entière égalité avec leurs concitoyens.
To understand the fate of Romanian Jews in the Great War, a word needs to be said about the Balkan wars of the late XIXth and early XXth centuries. Although the condition of Jews had very slightly improved, they remained strangers in their own country. And yet, they fought courageously on the front to defend their homeland. Statistics show their sacrifice was equal to that of non-Jewish Romanians. But they were still viewed with suspicion and in the aftermath of the war, despite international pressure, they were not granted full citizenship.
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La Première Guerre mondiale et le Yishouv (avec notes sur les Juifs d’Algérie) par Yossef Charvit
La Première Guerre mondiale aura été cruciale pour l’histoire du Moyen-Orient et du Yichouv en Eretz Israël par trois changements majeurs : l’administration de cette région, la population juive (le Nouveau Yishouv face à l’Ancien Yishouv) et le changement politique dû à la Déclaration Balfour de 1917 qui est à l’origine de la création d’un « foyer national » pour le peuple juif en Eretz Israël.
Ce sont ces trois dimensions que je m’attacherai à analyser en premier lieu. Puis, en second lieu, cet article portera sur les Juifs d’Algérie pendant la Première Guerre mondiale. Car ils sont présents sur le front franco-britannique qui, pour la première fois, défie l’Empire ottoman dans la région des Balkans et dans les Dardanelles, et parmi les ressortissants français qui ont été expulsés d’Eretz Israël et envoyés en Corse, la France étant un pays ennemi de l’empire Ottoman.
World War I became crucial to the history of the Middle East and the Yishuv in Eretz Israel as a result of three major changes taking place in administration of the region, the Jewish population (the New Yishuv vs. the Old Yishuv) and political policy, namely the 1917 Balfour Declaration, that first called for creation of a "national home" for the Jewish People in Eretz Israel.
I begin by attempting to analyze these three factors and proceed to focus on the Jews of Algeria during the First World War. At that time, France was considered an enemy of the Ottoman Empire because of its presence on the Franco-British front, challenging Ottoman hegemony in the Balkans and the Dardanelles for the first time, leading to the expulsion of French nationals from Eretz Israel to Corsica.
Varia : Littérature et sionisme
Entre reniement et vénération : Benjamin Fondane questionne Dieu par Iris Yaron-Leconte
Le présent article discute de la place de la Bible dans la poésie de Benjamin Fondane, un poète et philosophe juif français, né en 1898 en Roumanie et assassiné en Auschwichz-Birkenau en 1944. Les deux séquences faisant partie du long poème Exode qui seront analysées ici ont été écrites quand Fondane est revenu de la guerre et lorsqu’il a appris la chute de Paris. Ce sombre contexte confère une densité aux allusions de Fondane à la Bible. Il se réfère notamment à l’épisode d’Aaron et du bouc pour demander à Dieu de réitérer son geste et se pose comme le médiateur entre ce dernier, le peuple juif, et aussi la France.
La complexité des rapports entre Dieu et Fondane s’exprime davantage dans la seconde séquence que nous étudions, la séquence VIII : le poète oscille entre insolence et humilité, entre reniement et vénération.
This article discusses the role of the Bible in the poetry of Benjamin Fondane, a French Jewish poet and philosopher, who was born in Romania in 1898 and murdered in Auschwitz-Birkenau in 1944. The two sequences forming part of the long poem Exode that are to be analysed here were written when Fondane returned from fighting and learnt that Paris had fallen to the Germans. This sombre context gives Fondane’s allusions to the Bible a measure of density. He refers in particular to the episode of Aaron and the scapegoat to ask God to repeat his action and puts himself forward as mediator between God, the Jewish people and France.
The complexity of the relationship between God and Fondane is expressed more fully in Sequence VIII, the second sequence that we are examining : the poet alternates between insolence and humility, rejection and veneration.
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« La Terre que Dieu habite ». Le sionisme d’Edmond Fleg par Olivier Rota
Edmond Fleg (1874-1963) est un homme de lettres juif incontournable des années 1914-1963. Sioniste de la première heure, il consacre de nombreuses pages de ses ouvrages au lien entre le peuple juif et la Terre d’Israël entre le début des années 1930 et le début des années 1950. Parce qu’elle exprime l’espérance d’Israël, la pensée de Fleg ne pouvait en effet manquer de s’interroger sur la place de la Terre dans la réalisation des promesses divines. Cet article vise à définir l’originalité du sionisme de Fleg et à le situer par rapport aux courants sionistes de son époque.
Edmond Fleg (1874-1963) was a major Jewish writer from 1914 to 1963. An early supporter of Zionism, he devoted many pages of his works to the link between the Jewish people and the Land of Israel between the early 1930s and early 1950s. Because his though expresses the hope of Israel, it could not indeed fail to consider the place of the Land in the realization of the divine promises. This article aims to define the originality of Fleg’s Zionism and to situate it in relation to the Zionist currents of his time.
Numéro 66 (automne 2013– hiver 2014)
Sommaire
Dossier : La Bible autrement, littératures et fiction
Rassemblé et présenté par Ziva Avran
Kogel Judith : Lectures de la Bible au fil du temps
Donnet-Guez Brigitte : Mais qui est donc la femme vaillante chantée en Proverbes 31 ?
Avran Ziva : Midrash et littérature/Littérature et midrash, à l’ombre d’un mythe
Saquer-Sabin Françoise : La récriture des thèmes bibliques chez les romancières hébraïques contemporaines
Tauber Michèle : Itsik Manguer, la Bible revisitée par un poète yiddish troubadour
Varia : Histoire
Rigaut Rudy : Histoire du cimetière juif de Dunkerque. Un symbole tangible de l’intégration sociale d’une « micro-communauté »
Delmaire Danielle : La commémoration de la persécution antijuive durant la Seconde Guerre mondiale. Les plaques et les stèles dans le Nord/Pas-de-Calais
Heddebaut Monique : La commémoration de la persécution raciale envers les Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. Les plaques dans le Nord/Pas-de-Calais
Édition
Schilt Éliezer : Une lettre inédite d’André Chouraqui à Mgr Tardini, 1959. Le dialogue judéo-chrétien et Israël à la veille du Concile de Vatican II
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Résumés
Résumés
Dossier : La Bible autrement, littératures et fiction
Lectures de la Bible au fil du temps par Judith Kogel
Les premières Bibles rabbiniques, où le texte massorétique, au centre de la page, est entouré de divers commentaires, ont été imprimées par le chrétien Daniel Bomberg à Venise (1524-1525). La plupart des éditions ultérieures ont en partie reproduit cette disposition qui a façonné l’étude juive traditionnelle de l’Écriture, en focalisant l’attention sur de petites unités textuelles et en empêchant toute vision d’ensemble. Le système de pensée des exégètes rationalistes, comme Abraham Ibn Ezra, Gersonide ou Sforno, n’étant plus facilement accessible, il devint pratiquement impossible de discerner à quel point ces auteurs avaient été marqués par les idées de leur temps (platonisme, aristotélisme, humanisme, etc), ce que nous détaillerons dans cet article.
The first Rabbinic Bibles, with the Masoretic text in the center of the page surrounded by various commentaries, were printed by the Christian Daniel Bomberg in Venice (1524-1525). Most subsequent editions reproduced in part this lay-out that has shaped the traditional Jewish study of the Bible, by focusing on small textual units and by preventing any global overview. The thought system of rationalists exegetes like Abraham Ibn Ezra, Gersonides or Sforno, being less accessible, it became virtually impossible to discern to what extent these authors had been marked by the ideas of their time (Platonism, Aristotelianism, humanism etc.), a point which we shall recall in this article.
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Mais qui est donc la femme vaillante chantée en Proverbes 31 ? par Brigitte Donnet-Guez
Mais qui est donc la femme vaillante chantée dans le dernier chapitre du livre des Proverbes, dans les versets 10 à 31 ? Le Midrash Mishlé est sans doute le premier commentaire à voir en ce poème, acrostiche alphabétique à la louange de la « femme vaillante », l’écho des actes d’un personnage biblique féminin. Nombre d’auteurs de la période classique de la littérature rabbinique y ont reconnu les femmes du roi David, plus particulièrement Bethsabée et Mikhal, fille du roi Saül. Par une lecture attentive de ces commentaires, nous allons tenter de comprendre comment ces différents avis ont pu identifier tel ou tel de ces personnages à la femme vaillante des Proverbes.
Who is this virtuous and capable woman celebrated in the last chapter of Proverbs, verses 10-31 ? The Midrash Mishlé is undoubtedly the first commentary to find in this poem, an alphabetical acrostic in praise of the "virtuous woman", an echo of a female biblical character. Numerous authors from the classical period of rabbinic literature recognized King David’s wives in the verses, particularly Bathsheba and Michal, King Saul’s daughter. Through a close reading of these commentaries, we will seek to understand how these different interpretations resulted in various identifications of the virtuous woman of Proverbs.
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Midrash et littérature/Littérature et midrash, à l’ombre d’un mythe par Ziva Avran
Dans ses rapports avec la Bible, la poésie hébraïque moderne et contemporaine privilégie les formes allusives. Certains poèmes se référant au texte biblique conservent cependant un caractère narratif. Les procédés de récriture mis en œuvre rappellent incontestablement la démarche du midrash, même si le changement de perspective révèle une attitude iconoclaste. En s’appropriant le mythe, écrivaines et poétesses, modifient le récit et la narration en y apportant une coloration féminine. L’analyse détaillée de plusieurs poèmes composés entre 1940 et 2005 montre les effets d’une évolution historique, mais aussi l’impact du milieu socioculturel et sociopolitique sur le traitement des thèmes empruntés au canon biblique.
Referring to the Bible (not only by simple allusion or analogy), hebrew modern and contemporary literature uses often methods which might remind homiletic stories from the Midrash. Prose and poetry rewrite events mentioned in the Bible, filling gaps, transforming facts and challenging the traditional narrative. Written by women, this literature re-appropriates the male language and changes its rules. By analyzing several poems written between 1940 and 2005, this article tries to illustrate the impact of historical evolution and, nevertheless, the importance of social and political background.
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La récriture des thèmes bibliques chez les romancières hébraïques contemporaines par Françoise Saquer-Sabin
La nouvelle présentée ici est l’œuvre d’une romancière issue de milieu orthodoxe, Yehudit Rotem. Le contexte est celui de la vie du couple de patriarches, Sarah et Abraham, racontée ici du point de vue de Sarah. La perspective ouvre un espace nouveau qui vise à introduire la femme dans l’histoire et à mettre en avant l’expression des sentiments et la dimension psychologique, absents du texte biblique. En revisitant les mythes fondateurs, comme le sacrifice d’Isaac, ou la « stérilité » de Sarah, la romancière s’inscrit dans une perspective féministe et présente l’écriture de la femme comme une alternative à celle de l’homme.
The short story presented here is the work of a female writer from an orthodox background, Yehudit Rotem. The context is that of the married life of the patriarchal couple, Sarah and Abraham, which is retold here from Sarah’s point of view. This strategy opens a new space which attempts to introduce a female perspective into the story, and to privilege the expression of feeling and psychological aspects, which do not feature in the biblical text. Revisiting these founding myths, such as the sacrifice of Isaac, and the “sterility” of Sarah, the novelist aligns herself with a feminist viewpoint and proposes women’s writing as an alternative to that of men.
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Itsik Manguer : la Bible revisitée par un poète yiddish troubadour par Michèle Tauber
S’inspirant à la fois de la tradition du midrash et de celle de la poésie yiddish médiévale, le poète yiddish Itsik Manguer (1901-1969) fait revivre les personnages bibliques dans deux recueils publiés respectivement en 1935 et 1936 : Di Humesh lider / Chants du Pentateuque et Di Meguilè lider / Chants de la Méguila (ou histoire d’Esther). Héritier à la fois de la tradition juive et d’une écriture poétique qu’il renouvelle, Manguer, par le biais du yiddish, invite l’époque biblique à pénétrer de plain-pied dans l’Europe orientale du début du XXe siècle, « éclairant le monde des anciens à la lumière, ou à l’ombre du monde moderne ». (Dov Sadan)
The Yiddish poet Itsik Manger (1901-1969) both inspired by the tradition of the midrash and that of the mediaeval Yiddish poetry makes Biblical characters come again to life in two collections published in 1935 and 1936 : Di Humesh lider / The Pentateuch Songs and Di Megile lider / The Megila songs (or the story of Esther). As a heir of the Jewish tradition and of a poetic writing that he has renewed, Manger, through the Yiddish language, invites the Biblical times to take place into the early 20th century Eastern Europe, « lightning the world of the ancient to the light, or in the shadow of the modern world ». (Dov Sadan)
Varia : Histoire
Histoire du cimetière juif de Dunkerque. Un symbole tangible de l’intégration sociale d’une « micro-communauté » par Rudy Rigaut
L’histoire du cimetière juif de Dunkerque se confond avec celle de sa communauté. Les étapes de son acquisition, les questions autour de sa gestion, l’évolution de sa physionomie et l’analyse des matzevot témoignent de la complexité du processus de fixation, de structuration et d’intégration de cette « micro-communauté ». Le cimetière constitue l’incarnation territoriale de la vie juive à Dunkerque.
The history of the jewish cemetery of Dunkirk overlaps with that of her community. The stages of his acquisition, the questions around his use, the evolution of the physical features and the analysis of matzevot shows the complexity of the fixation, organization and integration process of this « micro-community ». Today, the cemetery represents the symbol of the jewish life in Dunkirk.
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La commémoration de la persécution antijuive durant la Seconde Guerre mondiale. Les plaques et les stèles dans le Nord/Pas-de-Calais par Danielle Delmaire
Dès le lendemain de la Libération, des plaques, des stèles ou des monuments, voire une fresque, ont été inaugurés en diverses villes du Nord et du Pas-de-Calais. Apposées sur des murs de rue ou d’édifices (mairies, gares, maisons, établissements scolaires), dressées sur les lieux des événements commémorés, ces plaques et ces stèles évoquent la déportation des juifs ou honorent les déportés eux-mêmes ou encore les Justes qui les ont secourus, d’autres rappellent le martyre des internés juifs dans les camps du Boulonnais et des Ardennes. La majorité des plaques ont été inaugurées ces douze dernières années.
Immediately after the end of the war, commemorative tablets, steles and monuments, even one fresco, were inaugurated in some towns, in North and Pas-de-Calais. Placed on walls in streets, or on buildings (towns halls, railways stations, houses, schools), these commemorative tablets or steles call to mind the Deportation of the Jews, do honour to the victims of the Deportation or to the Righteous among the Nations (they helped the Jews during the war) and remember the fate of the jewish prisonners in the camps near Boulogne and Ardennes. Most of the commemorative tablets were inaugurated during these last twelve years.
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La commémoration de la persécution raciale envers les Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. Les plaques dans le Nord/Pas-de-Calais par Monique Heddebaut
351 Tsiganes du Nord-Pas-de-Calais et de Belgique ont été déportés vers Auschwitz. Seuls 32 ont survécu. La mémoire de cette persécution spécifique était quasi-inexistante sur les lieux des arrestations ou de leur emprisonnement après-guerre. Il a fallu attendre le sursaut des années 1990 pour tenter de combler ce silence. Cette mémoire commence seulement à se structurer par les intéressés eux-mêmes et par la société en général.
351 Gypsies from the Nord-Pas-de-Calais and Belgium were deported to Auschwitz. Only 32 survived. The memory of this specific persecution was almost non-existent at the scene of arrest or imprisonment after the war. It was not until the start of the 1990s to try to fill the silence. This memory is just beginning to take shape by the parties themselves and society in general.
Numéro 65 (printemps – été 2013)
Sommaire
Dossier : Halakha, interprétation et usage
Rassemblé et présenté par Christophe Batsch et Françoise Saquer -Sabin
Dalsace Yeshaya : Halakha et modernité. Un système juridique en mutation
Friedheim Emmanuel : Regard de la diaspora babylonienne sur Eretz-Israël à l’époque talmudique. Quelques remarques
Batsch Christophe : Les sources du droit juif et la Halakha ancienne. Nominalisme ou loi divine préétablie ?
Marienberg Evyatar : La Halakhah. Observée ou ignorée ? Unificatrice ou séparatrice ?
Morgenstern Matthias : L’anthropologie rabbinique et les débats actuels sur la bioéthique
Vana Liliane : Loi juive (halakhah) et bioéthique. Procréation médicalement assistée, gestation pour autrui, homoparentalité et monoparentalité
Benhamou Isaac : La promesse d’embauche et la conclusion du contrat de travail. Une comparaison entre le droit français et le droit hébraïque
Varia
Grossman Simone : Gérard Étienne, poésie et judéité
Édition : Traduction – Littérature
Magen Mira : On ne m’a pas prise à l’armée. Traduit de l’hébreu par l’atelier de traduction hébraïque de l’université Charles-de-Gaulle – Lille 3 dirigé par Saquer-Sabin Françoise, avec la collaboration de Duris-Massa Chantal et Goudaert Françoise
Note de lecture
Delmaire Danielle : Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, Samuel Kassow
Informations
À travers les livres
À travers les revues
À travers les films
Résumés
Résumés
Dossier : Halakha, interprétation et usage
Halakha et modernité. Un système juridique en mutation par Yeshaya Dalsace
L’émancipation des Juifs aurait dû mettre un frein au juridisme religieux juif devenu obsolète dans un monde sécularisé. Or, il n’en est rien. La halakha, la loi religieuse juive, est plus dynamique que jamais et couvre les domaines les plus divers. L’article explore ces différents domaines de l’exégèse juridique mais aussi la diversité de styles et d’approches selon les personnalités et surtout les courants idéologiques du judaïsme contemporain. Il montre également l’incidence des moyens modernes de diffusion sur la halakha devenue plus facilement accessible à tous. Il ressort de l’ensemble un étonnant dynamisme juridique, mais aussi l’image d’un monde juif en pleine mutation, idéologique comme historique, mutation qui trouve son reflet dans l’exégèse halakhique.
The emancipation of the Jews should have put a brake on Jewish religious legalism, which had become obsolete in a secularized world. In fact, nothing of the like happened. The halakha, the Jewish religious law, is more dynamic than ever and applies to the most varied fields. The article investigates these different fields of the legal exegesis, but also the diversity of styles and approaches that go together with the figures and the ideological streams of contemporary Judaism. It also shows the impact of modern broadcasting means on halakha, which has become more accessible to everyone. A stunning legal dynamism comes out of the whole, as well as the picture of a Jewish world that is undergoing massive changes, ideological as well as historical, that reflect themselves in the halakhic exegesis.
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Regard de la diaspora babylonienne sur Eretz-Israël à l’époque talmudique. Quelques remarques par Emmanuel Friedheim
L’objectif de cet article est de reconstituer le regard porté par la diaspora juive babylonienne vis-à-vis de sa consœur de la terre d’Israël au temps du Talmud. Contrairement à ce que l’on pouvait penser jadis, il semblerait que le rapport des Babyloniens envers Eretz-Israel fut en réalité globalement positif, y compris dans le cas de l’académie rabbinique babylonienne de Poumbédita.
The purpose of this research explores the question of the relationships between the Jewish babylonian community and the Jewish society in the Land of Israel during the Talmudic era. Formerly, scholars emphasized the fact that Babylonian Sages, especially those from the rabbinical academy of Pumbedita, were in conflict with Palestinian Jewry in Talmudic time. We decided hereby to verify this problematic in the light of a reexamination of primary sources. The conclusions demonstrate that the representation of Eretz Israel in the eyes of Babylonian Jews was actually much better and harmonizes well with the historical conditions that prevailed in Babylonia and Palestine in the first centuries C. E.
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Les sources du droit juif et la Halakha ancienne. Nominalisme ou loi divine préétablie ? par Christophe Batsch
Cet article reprend, à la lumière des connaissances nouvelles sur la halakha ancienne tirées des manuscrits de la mer Morte (Qumrân), un débat déjà ancien sur la nature et la qualification juridique de la halakha rabbinique d’époque tanaïtique.
La halakha élaborée par les Sages puise-t-elle ses sources dans une forme de « droit naturel » ou relève-t-elle plutôt d’un positivisme (ou nominalisme) juridique assumé ?
This paper resumes an already old debate upon the legal and juridical character of tannaitic halakha. it brings in some new lights in the area of ancient halakha from the Dead Sea scrolls (Qumrân). The question is still : does the halakha developped by the Rabbis belong to a “realistic” (jus naturalis) or a “nominalist” kind of law ?
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La Halakhah. Observée ou ignorée ? Unifiante ou séparatrice ? par Evyatar Marienberg
La Halakhah, la loi juive, jouait-elle un rôle unifiant, ou au contraire séparateur, dans la société juive ? Et fut-elle observée par un grand nombre de juifs ? Très souvent, des auteurs et orateurs de tendance traditionaliste répondent positivement à ces deux questions. Cet article examine ce sujet, et suggère que la réalité historique était souvent bien plus complexe.
Did the Halakhah, the Jewish law, play a unifying role – or, on the contrary, a dividing on – in Jewish society ? And was it observed by the majority of Jews ? Traditionalist authors and preachers often answer these two questions positively. This article examines this topic and suggests that, according to historical findings, the reality was often much more complicated.
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L’anthropologie rabbinique et les débats actuels sur la bioéthique par Matthias Morgenstern
Cet article étudie les textes juifs de l’Antiquité en commençant avec un midrash sur le récit biblique de la création de l´homme, puis présente les discussions du traité talmudique de Nidda, afin de définir un point de départ pour une anthropologie rabbinique. Les maîtres du midrash et du Talmud y discutent des questions de pureté relatives à la menstruation et au flux du sang pendant et après la grossesse afin de construire un système de normes pour réglementer la vie sexuelle. Les mêmes textes ont été, récemment, utilisés pour se référer à l´histoire critique de la médecine et aux problèmes de la bioéthique moderne (IVG, recherche sur les cellules de souches, clonage). La discussion en Israël montre que cette approche est, pourtant, difficile à réaliser car elle présuppose la reconnaissance du système de la Halakha en entier.
This article deals with Jewish texts of antiquity with the attempt to reconstruct the rabbinic teaching of embryology and anthropology. In a Midrash on the biblical account of the creation of Man and in discussions in the tractate of Nidda in the Talmud, the rabbis discuss questions of purity that are concerned with the menstruation and the flux of blood before and after pregnancy in order to deduce norms of sexual behavior. These texts have recently also been used for critical reference to the history of medicine and to problems of modern bioethics (abortion, stem cell research, cloning). The actual discussion in Israel, however, shows that in a secular society this approach is difficult to sustain because it presupposes the acknowledgment of the entire system of Halakha
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Loi juive (halakhah) et bioéthique. Procréation médicalement assistée, gestation pour autrui, homoparentalité et monoparentalité par Liliane Vana
Les nouvelles techniques de procréation médicalement assistée (PMA) qui ont bouleversé nos sociétés depuis le début du XXe siècle et dont l’importance n’est pas mise en cause soulèvent de nombreux problèmes éthiques, anthropologiques, sociologiques qui remettent en question les structures fondamentales de nos sociétés et leurs institutions, notamment celles de la famille, de la parentalité, des liens de parenté, de filiation etc. Comment définir ou redéfinir ces relations dans les cas de PMA lorsque des tiers interviennent dans le couple tels le donneur de sperme, la donneuse d’ovocytes, la mère gestatrice ? Ces liens seront-ils biologiques ou sociologiques ?
La présente étude tente d’analyser la manière dont la loi juive (halakhah) aborde ces questions. Comment elle est élaborée (au sein des courants orthodoxes) avec et à partir des textes anciens et comment sont menées de front la réflexion éthique et bioéthique, la préservation des fondements de la loi juive et l’approche novatrice nécessaires dans ce domaine particulier.
Dans l’état actuel de la halakhah, l’idée d’une PMA ou d’une GPA est généralement admise et rares sont les décisionnaires qui s’opposent à ces techniques médicales. Dans l’élaboration des nouvelles lois, on veille tout particulièrement à la préservation de la clarté de la filiation ; à la conformité de ces techniques médicales aux différents aspects de la halakhah ; à leur compatibilité avec elle.
The innumerable innovations in the field of medically assisted procreation (MAP) have transfigured our society from the 20th Century onwards. These techniques, whose importance is indubitable, raise multiple ethical, anthropological and sociological issues and call into question the fundamental structures of our society and its institutions, including family ; parenthood ; blood ties ; filiation and still more. How should such relationships be regarded when the process of MAP requires the intervention of people external to the couple (such as semen donors, oocyte donors and surrogate mothers) ? Will these relationships tend to be rooted biologically or socially ?
This research scrutinises the general approach of the Jewish legal code (halakhah) to these issues ; how this is derived (among the Orthodox movements) from ancient texts ; and the manner in which the resulting ethical and bioethical analyses guide medical innovations in MAP.
In its present form, the idea of MAP is generally accepted by halakhah ; only a handful of halakhic authorities forbid it. However, it demands a high standard of clarity in cases of filiation, and the compatibility of the new law with old ones is also highly valued.
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La promesse d’embauche et la conclusion du contrat de travail. Une comparaison entre le droit français et le droit hébraïque par Isaac Benhamou
Cet article compare les processus de promesse d’embauche et de contrat de travail – tels qu’ils sont évoqués dans la Mishna, le Talmud et à travers les différents commentateurs tout au long de l’histoire, ainsi que leurs implications concrètes tant pour l’employeur que pour l’employé – à la réglementation telle qu’elle se présente actuellement dans le droit français. À travers cette comparaison, nous remarquons l’importance que le droit hébraïque accorde à la dimension morale de l’engagement humain mais également une différence majeure avec le droit français. En effet, le droit hébraïque ne se limite pas aux rapports entre « l’homme et son prochain », il intègre également, et au même titre, les relations entre « l’homme et Dieu ».
Isaac Benhamou compares in this article the promise of employment and contract’s process of work as they are mentioned in the Mishnah, the Talmud, and through different commentators throughout history, with their practical implications for both the employer and the employee to the regulation as it is currently under French law. Through this comparison, we quote the importance granted by the Hebrew law to the moral dimension of human engagement, but also an important difference with French law. Indeed, the Hebrew law is not restricted to the relationship between “man and his neighbor”, but it also includes, and as equally, the relationship between “man and God”.
Varia :
Gérard Étienne, poésie et judéité par Simone Grossman
Gérard Étienne, originaire d’Haïti, écrivain et journaliste du Québec, s’est converti au judaïsme après avoir rencontré Natania, fille du rabbin Feuerwerker, à Montréal où l’avait mené son exil forcé en 1964 à la suite de l’arrestation et de la torture par les sbires de Duvalier. Il s’auto-définit comme « nègre juif » sans renier son identité haïtienne, combat le fascisme, le racisme et l’antisémitisme et manifeste sa volonté d’être Juif et Noir. Grâce à la judéité, source vive de sa création, il renaît à la vie. Un rapprochement sera esquissé entre Étienne, Mandelstam et Celan, trois poètes victimes de la violence légalisée par les régimes dictatoriaux. Étienne appelle à la justice sociale dans l’esprit du judaïsme, défini par Levinas comme « le rapport avec le divin [qui] traverse le rapport avec les hommes ». La poésie d’Étienne est prière, témoignage mémoriel et kaddish.
Gérard Étienne, originally from Haiti, Quebec writer and journalist, has converted to Judaism after meeting Natania, daughter of Rabbi Feuerwerker in Montreal where he had led his forced exile in 1964 following the arrest and of torture by the minions of Duvalier. Étienne is self defined as « negro Jew » without denying his Haitian identity, fighting fascism, racism and anti-Semitism and expressing his desire to be Jewish and Black. With Jewishness wellspring of his creation, he is reborn to life. A comparison will be outlined between Gérard Étienne, Ossip Mandelstam and Paul Celan, three poets victims of legalized violence by dictatorial regimes. Étienne calls for social justice in the spirit of Judaism, defined by Jewish philosopher Levinas as « the relationship with God [who] through the relationship with men ». The poetry of Étienne is conceived as prayer, testimony and memorial Kaddish.
Numéro 64 (automne 2012 – hiver 2013)
Sommaire
Dossier : Juifs de Roumanie
Rassemblé par Danielle Delmaire
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Iancu Carol : Brève histoire des Juifs en Roumanie
Waldman Felicia : Professeurs juifs dans les universités bucarestoises. Fin du XIXe siècle – Fin de la Seconde Guerre mondiale
Iancu Carol : Les combats d’Alexandre Safran avant son expulsion de Roumanie
Falek Alhadeff Pascale : La famille Jospa
Andréani Roland : Enfance traquée et choix historiographiques, Lilly Marco
Heddebaut Monique : Un voyage vers Élie Wiesel, l’oublié
Varia : Histoire de la Shoah
Chochois Muriel : Docteur Roza Shabad-Gawronska, pédiatre, directrice de l’orphelinat dans le ghetto de Vilna, 1892-1943
Édition : Histoire de la Shoah
Chochois Muriel (recueillis par) : Trois témoignages sur le ghetto de Vilna
Note de lecture
Ménaché Michel : Israël Zangwill : Enfants du Ghetto. Étude d’un peuple singulier. Traduction de l’anglais, notes, glossaire et postface par Marie-Brunette Spire
Informations
À travers les livres
Résumés
Résumés
Dossier : Juifs de Roumanie
Brève histoire des Juifs en Roumanie par Carol Iancu
Cet article introductif au dossier ne prétend pas à l’exhaustivité et se contente de présenter brièvement cinq siècles de l’histoire des Juifs dans les divers territoires qui ont constitué la Roumanie. Les dates clés sont 1866, année où s’installe un nouveau régime, 1919 ou l’après Grande Guerre qui voit se former une Grande Roumanie (où les Juifs ont constitué du point de vue démographique la troisième communauté juive en Europe et la quatrième au monde), 1939-1944 ou les années tragiques de la Shoah, enfin la longue période de la seconde moitié du XXe siècle durant laquelle s’installe un régime communiste après quelques années de « transition ».
Ce sont de longs siècles d’une histoire tourmentée. Durant les XIXe et XXe siècles, les Juifs de Roumanie ont subi un antisémitisme ambiant de la part d’une partie de la population, qui les a longtemps considérés comme des étrangers, mais ils ont connu aussi un processus d’intégration contrarié par les mouvements d’extrême droite dans l’entre-deux-guerres. Frappés par une législation discriminatoire et meurtrière, ayant subi des massacres systématiques pendant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs survivants, marginalisés et discriminés pendant la période communiste, émigrent massivement vers l’État d’Israël.
This introductory article does not intend to treat the subject exhaustively, but to briefly present five centuries of Jewish history in the lands that form today’s Romania. The key dates are 1866, the year of a new regime, 1919 or after the Great War that witnessed the unification of Romania (where the Jews were the 3th jewish community in Europe and the 4th in the world), 1939-1944 or the tragic years of the Shoah and finally, the long period of the second half of the 20th century with the establishment of the communist regime.
These are a few centuries of a tormented history. During the 19th and the 20th centuries, the Jews in Romania suffered from the anti-Semitism reigning among a great part of the population that for a long time saw them as foreigners ; or worse still, from a discriminatory and murderous legislation during the Second World War as well as during the communist period. The surviving Jews emigrated to Eretz Israel.
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Professeurs juifs dans les universités bucarestoises. Fin du XIXe siècle – Fin de la Seconde Guerre mondiale par Felicia Waldman
Durant plus d’un demi siècle, des Juifs sont parvenus à enseigner à l’université de Bucarest malgré l’antisémitisme ambiant. L’article propose la biographie de sept universitaires juifs méritants et reconnus chacun dans leur domaine : un mathématicien David Emmanuel, deux philologues Ion-Aurel Candrea et Tudor Vianu, deux physiciens Alexandru Sanielevici et Radu Grigorovici, un médecin Oscar Sager et un polytechnicien Ernest Abason.
Ils ont souvent en commun un parcours sinueux : des études en Roumanie et en France, où certains finissent par s’établir. Victimes des discriminations à l’époque du gouvernement légionnaire, ils le furent aussi sous le régime communiste.
For over half a century, a number of Jews were able to teach at the universities of Bucharest, despite recurrent anti-Semitism. The article presents the biographies of seven Jewish academics, each with acknowledged outstanding merits in their field of expertise : a mathematician, David Emmanuel, two philologists, Ion-Aurel Candrea and Tudor Vianu, two physicists, Alexandru Sanielevici and Radu Grigorovici, a medical doctor, Oscar Sager, and a polytechnic expert, Ernest Abason.
They all shared a sinuous path : they studied in Romania and France, where some of them ended up by settling. Victims of discrimination under the legionary government, they were also chased by the communist regime.
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Les combats d’Alexandre Safran avant son expulsion de Roumanie par Carol Iancu
La grand rabbin Alexandre Safran reste une grande figure du judaïsme en général et du judaïsme roumain plus particulièrement. L’article propose une biographie durant les années passées dans son pays natal alors que le très jeune grand rabbin de Roumanie doit se dépenser sans compter pour sauver et soutenir sa communauté en grande détresse.
Après avoir rappelé ses années d’enfance et d’études en Autriche, l’auteur donne un aperçu de ses engagements en présentant ses nombreux articles de presse. Puis il s’étend longuement sur les multiples démarches du grand rabbin pour limiter, autant qu’il le peut, les ravages de la Shoah. La guerre terminée, les tourments ne disparaissent pas : le régime communiste manifeste une grande hostilité envers les Juifs, surtout envers ceux qui sont sionistes. En décembre 1947, Alexandre Safran, avec sa famille, est chassé de son pays et il devient grand rabbin de Genève.
The Grand Rabbi Alexandre Safran is a great personality of Judaism in general and of the Romanian Judaism in particular. The article offers a biography that covers the years spent in his home country where the very young Grand Rabbi must put all his energies into saving and supporting his community facing tremendous distress.
After briefly speaking about his childhood period and his years of studies in Austria, the author outlines his commitments when he presents his numerous press articles. Then he studies at length the Grand Rabbi’s countless procedures that were meant to limit as much as it was possible the destruction caused by the Shoah. The torments do not end at the end of the war : the communist regime shows great hostility towards the Jews, especially towards the Zionists. In December 1947, Alexandre Safran and his family were driven out of the country and he became Grand rabbi of Geneva.
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La famille Jospa par Pascale Falek Alhadeff
L’histoire de la famille élargie des Jospa reflète la trajectoire des étudiants juifs bessarabiens émigrés en Belgique pendant l’entre-deux-guerres. Venus poursuivre leurs études supérieures en Belgique, les Jospa s’y adaptent progressivement. Ils achèvent leurs études, transgressent les normes établies, relèvent de nombreux défis, se marient, divorcent, travaillent, militent… Si l’héroïsme de Ghert et Yvonne Jospa résonne familièrement à toute personne s’intéressant à l’histoire des Juifs en Belgique, les sœurs de Ghert et leurs époux respectifs furent eux aussi dotés de caractères hors du commun. Cette contribution analyse les motivations et stratégies de cette famille juive de Bessarabie d’exception.
The history of the extended Jospa family reflects the trajectory of emigrant Bessarabian Jewish students in interwar Belgium. The Jospa came to Belgium to pursue higher education ; they gradually adapted to their host country. They completed their studies, transgressed established standards, took up challenges, got married, divorced, worked, became political activists… If Ghert and Yvonne Jospa’s heroism familiarly echoes to every person interested in the history of the Jews in Belgium, Ghert’s sisters and their respective husbands were also endowed with exceptional characters. This paper analyzes the motivations and strategies of this outstanding Bessarabian Jewish family.
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Enfance traquée et choix historiographiques, Lilly Marcou par Roland Andréani
Le récit de l’« enfance stalinienne » de L. Marcou n’éclaire pas la genèse de l’historienne, mais permet de comprendre la spécialisation de cette dernière dans l’étude de l’Union soviétique et du mouvement communiste international. Devenue ardente militante par fidélité au seul espoir des temps de persécution en Roumanie, la victoire de l’Armée Rouge, la jeune Juive fut sanctionnée pour avoir refusé de désavouer sa famille suspectée pour une origine bourgeoise et des velléités d’émigration vers Israël. En France, ses publications ne s’éloignèrent pas, pendant plus de trente ans, des objets de ses premiers enthousiasmes. Au XXIe siècle, une biographie sympathique du roi Carol II et deux ouvrages favorables à Napoléon montrent le souci de dépasser les conformismes sans renoncer à l’inspiration démocratique et internationaliste.
The report of L. Marcou’s « stalinian infancy » does not explain historian’s origin but it lets understand how she specialized in the study of Soviet Union and international communist movement. Ardent militant because of her loyalty to the sole hope during the times of persecution in Romania, the victory of the Red Army, this jewish girl was chastised when she refused to repudiate her family which was suspected on account of its middle-class past rank and its uncompleted attempts to leave to Israel. The works she published in France did not digress during more thirty years from the matters of her ancient enthusiasm. At XXIst century a gratifying biography of King Carol II and two books which congratulate Napoleon attest her wish to differ with common opinions far from disavowing democratic and internationalist spirit.
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Un voyage vers Élie Wiesel, l’oublié par Monique Heddebaut
En 2011, lors d’une randonnée organisée en/par la Roumanie, dans les Maramures où vivaient 56 000 Juifs en 1900, des Français ont découvert avec le plus grand étonnement que l’histoire de la Shoah était totalement passée sous silence. La maison natale d’Élie Wiesel, prix Nobel de la paix et écrivain international, n’avait même pas été mise au programme.
A trip was organized for French visitors in 2011 in Maramures, Romania. Though 56,000 Jews lived in the aera by 1900, French guests were astonished to discover that the history of the Holocaust was completely forgotten over there. Elie Wiesel, Nobel Peace Prize and an international famous writer, who had his birthplace in the county, was not in the programme.
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Varia : Histoire de la Shoah
Docteur Roza Shabad-Gawronska, pédiatre, directrice de l’orphelinat dans le ghetto de Vilna, 1892-1943 par Muriel Chochois
« Lorsque, le 23 septembre 1943, le ghetto de Vilna fut liquidé, 100 orphelins du jardin d’enfants furent menés vers la mort, et avec eux, disparut la directrice de l’orphelinat juif, le Dr Shabad-Gawronska ». Ces quelques lignes du Dr Moshe Feigenberg, médecin urologue survivant de la Shoah, dans son témoignage déposé à Yad VaShem, et reprises dans une publication du Musée Juif Gaon de Vilna ont constitué les fondements de cette recherche sur le Dr Shabad-Gawronska. Elle était née en décembre 1882 à Vilna, alors ville russe, et se forma à Fribourg-en-Brisgau et à Saint-Pétersbourg, où elle se spécialisa en pédiatrie. Après la révolution russe, elle s’installa dans le Caucase où elle travailla, pour la Croix-Rouge, à combattre les épidémies qui s’y étaient déclarées du fait de la guerre. Elle y resta de 1917 à 1921, mettant toute son énergie dans le soin aux mères de famille et aux enfants. À son retour à Wilno en 1921, elle créa au sein de l’hôpital de Zwerinetz, dépendant de la communauté juive, un centre d’accompagnement des jeunes mères dans l’exercice de leurs nouvelles responsabilités. Ce souci de travailler sur les conditions de vie des enfants, leur nourriture et leur hygiène devait guider toutes ses actions futures, que ce soit au sein des établissements de l’OSE où elle travailla avec son oncle, le Dr Tzemakh Shabad, ou dans le lycée Sofia Gurewicz dont elle fut le médecin scolaire. Ce fut également l’un des objectifs qu’elle poursuivit lorsque le ghetto de Vilna fut créé en 1941 et qu’elle eut en charge l’organisation des soins aux enfants. Elle s’occupa plus particulièrement du centre d’accueil de jour et de l’orphelinat du ghetto, et se mobilisa, comme en témoigne le Dr Yacov Movshowitsch, botaniste qui enseignait à ses côtés, pour que les enfants continuent à avoir envie de se battre pour la vie. Cet article est plus particulièrement consacré à l’œuvre du Dr Shabad-Gawronska dans le ghetto de Vilna.
“When in September 23, 1943, the Vilna Ghetto was liquidated, 100 orphans were carried to death, and with them disappeared the director of the Jewish orphanage, Dr Shabad-Gawronska”. These few lines of Dr Moshe Feigenberg, urologist survivor’s testimony submitted to Yad VaShem, and listed in a publication of the Vilna Gaon Jewish State Museum formed the basis of this research on Dr Shabad Gawronska. She was born on 29 December 1882 in Vilnius (at that time Vilna). She studied medicine at the University of Freiburg until 1908, and then in St-Petersburg, where she started to specialise in paediatrics. After the Revolution, she went to live in the Caucasus, where she worked as a doctor for the Red Cross to fight the epidemics that appeared there as a result of the war. She continued to work there from 1917 to 1921, devoting all her energies to caring for women and young children. On her return to Vilne in 1921, she created within the Zwerinetz hospital a centre to accompany young mothers in the exercise of their new responsibilities. This concern with working on the children’s living conditions, their food and their hygiene were to guide all of her future actions, whether within the OSE establishments where she worked with her uncle, Dr Tzemakh Shabad, or within the high-school Sofia Gurewicz when she was the school doctor. It was also one of the objectives that she pursued when the Vilna ghetto was created in 1941, where she was in charge of the organization of child care. She took care herself especially to the center day care and orphanage and mobilized, as wrote it Dr Yacov Movshowitsch, botanist and a teacher at her side, so that children continue to want to fight for life. This article is especially dedicated to the work of Dr Shabad-Gawronska in the Vilna Ghetto.
Numéro 63 (printemps – été 2012)
Sommaire
Dossier : La presse écrite israélienne
Rassemblé par Emmanuel Persyn et Françoise Saquer-Sabin
Persyn Emmanuel : Présentation du dossier
Kouts Gideon : Médias hébraïques et culture juive. Origines, mutations et perspectives. Quelques réflexions et surtout des interrogations…
Caspi Dan : Israël, le système médiatique
Allouche Jean-Luc : Une presse vivante, jamais trop vivante
Elyada Ouzi : Le mythe national et la représentation de la guerre dans la presse israélienne : 1920-1982
Tsarfaty Orly et Liran-Alper Dalia : La naissance d’un discours féministe dans les magazines commerciaux Haredi
Karsenti Valérie : L’influence de l’anglais américain dans la presse israélienne
Varia
Lerousseau Andrée : Le rituel du désastre dans le théâtre de Nelly Sachs
Shacham Chaya : La tension identitaire dans trois récits d’initiation : le sabra et la diaspora en héritage
Édition : Poésie
Keniger Henri : « La mesure du temps »
Note de lecture
Batsch Christophe : Les Juifs dans l’Histoire. De la naissance du judaïsme au monde contemporain, Évelyne Patlagean, Antoine Germa et Benjamin Lellouch (éd.)
Informations
À travers les livres
À travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : La presse écrite israélienne
Médias hébraïques et culture juive. Origines, mutations et perspectives. Quelques réflexions et surtout des interrogations… par Gideon Kouts
L’histoire des médias et de la communication dans les sociétés juives et en Israël constitue un cas original dans l’histoire générale de la communication, essentiellement à cause de ses aspects religieux et diasporiques ainsi que de ses liens à la culture du Livre et à la langue hébraïque. L’article commence par la présentation des fondements de la communication juive dans le cadre de l’évolution générale de la tradition à la modernité. Puis, il offre un aperçu de l’évolution des systèmes de communication juive et l’essor des médias juifs en Europe, leur lien à la culture juive et hébraïque, leur rôle dans la création des espaces publics juifs et des centres culturels hébraïques avant et après leur transfert sur la terre d’Israël. Finalement, l’auteur discute sur les défis des systèmes de communication sociale en Israël dans le contexte des transformations contemporaines de leurs espaces publics et de la culture israélienne.
The history of media and communications in Jewish societies and in Israel constitutes an original case within general communications history, mainly because of its religious and diasporic aspects as well as its links to the culture of the Book and Hebrew language. This article starts with a presentation of the foundations of Jewish communication within the general evolution from tradition to modernity. The article then offers a survey of the evolution of Jewish communication systems and spread of Jewish media in Europe, their link to Jewish and Hebrew culture, their role in the creation of Jewish public spheres and Hebrew cultural centers before and after their transfer to the land of Israel. Finally, the author discusses the challenges faced by Israeli communication systems in the context of the contemporary structural transformation of their public spheres and of Israeli culture.
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Israël : Le système médiatique par Dan Caspi
Cet article offre une vue générale de la carte des médias d’Israël et suggère cinq étapes dans son développement :
1. La période pré-étatique (jusqu’en 1948) : les médias s’enracinent dans la période du Mandat britannique, avant l’établissement de l’État d’Israël en 1948.
2. La période de transition (1948-1967) : la seconde étape s’étend depuis les premières années de la formation du pays jusqu’à la guerre des Six jours.
3. Le pluralisme contrôlé (1967-1986) : cette période se caractérise principalement par le renforcement d’un environnement modéré et libéral, une structure plurielle contrôlée et des arrangements divers concernant les relations entre l’institution des médias et son contexte.
4. Le grand air (1987-2006) : cette quatrième étape est le reflet de la politique néo-libérale du gouvernement israélien, comme la politique du grand large : le développement accéléré des infrastructures de communications et la multiplication des signes du déclin du statut de la presse imprimée.
5. La crise de la presse imprimée (2007-) : la crise mondiale de la presse imprimée affecte Israël et parallèlement les nouveaux médias se développent rapidement.
The present article offers an overview of the Israeli media map, by suggesting five main stages in its development :
1. Pre-State Period (until 1948) The media first struck roots in the British Mandatory period, before the establishment of the State of Israel in 1948.
2. The Transition Period (1948-1967) The second stage extends from the country’s initial formative years until the Six-Day War
3. Controlled Pluralism (1967-1986) This period is characterized chiefly by the reinforcement of a moderate, liberal atmosphere, a controlled pluralistic structure and varied regulatory arrangements concerning reciprocal relations between the media institution and its surroundings.
4. Open Skies (1987–2006) The fourth stage reflects the Israeli government’s neo-liberal policies and features extensive regulation, as well as an open-skies policy, accelerated development of telecommunications infrastructures and increasing signs of a decline in the status of the printed press.
5. The printed press crisis (2007 – ) The worldwide printed press crisis, that affected Israel as well paralleling the fast growing of new media
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Une presse vivante, jamais trop vivante par Jean-Luc Allouche
Israël bénéficie de médias variés, dynamiques, souvent polémiques et d’un taux de lecture par habitant parmi les plus élevés dans le monde. Jadis foncièrement – et férocement – idéologique, aujourd’hui, la presse adopte les standards les plus pointus de l’Occident.
Mais Israël demeure encore largement un pays d’immigrants, et offre donc à ces derniers une presse vivace en russe, anglais, français, de même que des tribunes pour sa minorité arabe.
Par dessus tout, le rêve d’Eliézer Ben-Yéhouda de renaissance de l’hébreu, comme langue moderne, s’est réalisé.
Israel have a lot of diversified, vigorous and often polemical media and one of the utmost reading rate per capita in the world. In the past, the press was fundamentally – and fiercely – ideological, but, nowadays, is adopting the very sophisticate standards of the West.
Even, Israel remains greatly a country of immigrants and offers to these people a vivid press in Russian, English, French and also a lot of periodicals to the Arab minority.
Most of all, the dream of Eliezer Ben-Yehuda of a revival of the Hebrew, as a modern language, is now fulfilled.
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Le mythe national et la représentation de la guerre dans la presse israélienne : 1920-1982 par Ouzi Elyada
Depuis la fin du XIXe siècle, l’identité collective de la société israélienne a été façonnée par un récit national glorieux, rompant avec la traditionnelle victimologie juive. Le nouvel Israélien, le sabra, est bien diffèrent de juif « passif » de la Shoah. Mais les guerres qui se succèdent, notamment depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, forgent un nouveau récit, une nouvelle mémoire. La presse israélienne analysée dans cet article témoigne de ces variations. L’identité israélienne devient le mélange d’une mémoire marquée par la Shoah et un présent éprouvé par les exactions de la guerre contre les Arabes.
The identity of the Israeli society was shaped in the end of the 19th century by a central macro – narrative myth. The old image of the Jew as a « weak entity » and « victim » was replaced by a new « glorious », « heroic » and « rightful » image. The representation of the new Israeli, the « Sabra », was created as an antithesis to the « passive » and « weak » image of Jew of the diaspora. But, since the foundation of the state of Israel, and the succ essive wars with the Arabs, the heroic representation was slowly modified. My analysis of the Israeli newspapers reveals that the Zionist macro-narrative became more complex and pluralistic.
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La naissance d’un discours féministe dans les magazines commerciaux Haredi par Orly Tsarfaty et Dalia Liran-Alper
Les deux dernières décennies ont vu des changements significatifs et de grande portée dans la société Haredi, certains d’entre eux tirent leur origine d’influences externes et d’autres d’un processus interne, incluant des changements du statut de la femme Haredi. Cette étude tente d’examiner les manifestations du changement du statut de la femme Haredi par l’analyse de textes des médias dont la cible est la femme.
Cette étude pose les questions suivantes : un discours féministe naissant peut-il être identifié dans les magazines commerciaux pour familles Haredi (Mishpacha Tova et Betoch Hamishpacha) adoptant les caractéristiques des magazines féminins en général ? Sont-ils la réplique de féminité traditionnelle ou construisent-ils des modèles plus complexes de la féminité ?
The last two decades have seen significant, far-reaching changes in Haredi society, some of which originated in external influences and others in internal processes of change, which include changes in Haredi women’s status. The present study seeks to examine manifestations of change in Haredi women’s status by analyzing media texts whose target audience is women.
The study focuses on the questions : Can a nascent feminist discourse be identified in commercial Haredi family magazines (Mishpacha Tova and Betoch Hamishpacha), which adopt the characteristics of the women’s magazine genre ? Do they replicate the model of traditional femininity or construct more complex models of femininity ?
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L’influence de l’anglais américain dans la presse israélienne par Valérie Karsenti
Le présent article se propose d’explorer un domaine particulier de l’évolution de l’hébreu : celui de l’influence grandissante de l’anglais (américain) du fait de la globalisation et du prestige attribué à la civilisation nord-américaine (plutôt qu’anglophone) dans les médias écrits. Cette influence grandissante constitue-t-elle un appauvrissement ou au contraire un enrichissement de l’hébreu tel qu’on le pratique de nos jours ? Le présent article tente de fournir quelques pistes de réflexion pour répondre à cette question.
This article is an attempt to explore a specific domain of the evolution of the Hebrew language : the increasing influence of American English in Modern Hebrew because of the globalization phenomenon and the prestige attributed to North American civilization in written médias (press and newspapers).
Does this increasing influence constitutes an impoverishment or an enrichment of the Hebrew language as it is spoken today ?
This article is trying to provide several ways to answer the question.
Varia :
Le rituel du désastre dans le théâtre de Nelly Sachs par Andrée Lerousseau
De nos jours encore méconnue, voire ignorée, l’œuvre dramatique de Nelly Sachs doit être appréhendée comme l’une des premières réponses à la question concernant la nature et la possibilité même d’un théâtre après Auschwitz. S’appuyant sur la thèse développée par Myriam Watthee-Delmotte dans son essai Littérature et ritualité (2010), l’article se propose d’étudier comment, derrière la mise en scène de l’expérience singulière de chaque survivant confronté à un environnement autiste, se met en place un « rituel du désastre », dans un perpétuel franchissement des seuils, jusqu’aux limites mêmes de l’expression corporelle. Processus dynamique en direction d’une transcendance dans une aspiration permanente au « tu » surgissant de la mémoire profonde, ce rituel, qui se confond avec l’acte même de l’écriture, requiert le « consentement participatif » des lecteurs ou spectateurs, le partage d’une expérience infiniment douloureuse débordant le cadre de la conscience ordinaire, avec l’espoir fragile et incertain d’une communauté retrouvée, peut-être, par-delà la mort.
After decades of neglect, the dramatic work of Nelly Sachs must be regarded as an attempt to answer the question about the nature and the possibility of a theater after the Holocaust. Refering to the essay of Myriam Watthee-Delmotte about Literature and Ritual (2010), the article proposes to examine how a « ritual of disaster » is in place behind the staging of the singular experience of each survivor facing an autistic environment. This ritual, which overlaps with the act of writing and the writer’s experience, is a dymanic process of metamorphosis in the direction of a transcendence, in the permanent aspiration to the « you » arising from deep memory, and leads to the limits of performance and body expression. It requires the « participatory consent » of readers and spectators, sharing an infinitely painful experience beyond the realms of ordinary consciousness with the fragile and uncertain hope of a possible community, which may be found beyond death.
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La tension identitaire dans trois récits d’initiation : le sabra et la diaspora en héritage par Chaya Shacham
La révolution sioniste avait pour but de créer un personnage juif différent du vieux juif de la diaspora, dans son essence, sa manière de vivre et même sa physionomie.
Dans cet article, j’examine l’axe de tension créé par l’existence concomitante du juif né en Israël, le sabra, et les caractères juifs dans trois histoires initiatiques qui ont paru dans le contexte de la période pré-étatique d’Israël. Les trois récits ont été écrits par des écrivains hébraïques prééminents qui ont exprimé et décrit le plus nettement la « culture de la jeunesse » israélienne : S. Yizhar (« Havaquq », 1963), Yaakov Shabtay (« Adoshem », 1972) et Amos Oz (« M. Levi », 1976).
Ces récits d’initiation individuelle reposent sur des mécanismes de symbolisation et de métaphorisation qui font entrer le lecteur dans des histoires initiatiques de l’ancienne société d’Israël placée sous les auspices du projet sioniste. Chacun d’eux pose la question prégnante de l’image de cette société et des voies de son développement.
En conclusion, ces histoires mettent en lumière le fait que l’espérance sioniste de briser complètement l’héritage de la diaspora fut vain.
The Zionist revolution aimed to create a new Jewish person different from the old Diaspora Jew in his essence, his way of life, and even in his physical features.
In this article I examine the axis of tension created by the simultaneous existence of native and Jewish signs in three initiation stories, taking place on the backdrop of the pre-state life in the Land of Israel. The three initiation stories were written by prominent Hebrew writers who express and describe most vividly the Isreali « youth culture » : S. Yizhar (« Havakuk », 1963), Yaakov Shabtay (« Adoshem », 1972), and Amos Oz (« M. Levi », 1976).
These individual initiation stories rely on mechanisms of symbolization and metaphorization that enable their reading also as initiation stories of the forming society in the Land of Israel under the auspices of the Zionist project. Each of them poses a piercing question as to the image of this society and the directions of its development.
The conclusion of this study is that these stories point to the fact that the Zionist hope to break totally from the Diaspora heritage is but a false hope.
Numéro 62 (automne 2011 – hiver 2012)
Sommaire
Dossier : Judaïsme et Islam au Moyen Age
rassemblé par Gobillot Geneviève
Gobillot Geneviève : Enracinement et émergence d’une pensée. Coran et mystique juive (Merkaba, Hékhalot et vision d’Ezéchiel)
Didier Hugues : L’inclusion de l’islam dans le champ polémique judéo-chrétien. Moyen Age et Siècle d’Or ibériques
Pisani Emmanuel : Regards d’Abū Ḥamīd al-Ġazālī (m. 1111) sur les juifs
Boutrad Bacima : Les relations judéo-musulmanes à l’époque médiévale en Syrie
Jaffé Dan : Entre piétisme soufi et piétisme rabbinique. Inspirations, emprunts et facteurs d’influences. Remarques sur les conceptions religieuses d’Abraham ben Moïse Maïmonide et des hasidei mitsrayim
Loubet Mireille : La Loi divine, Voie Royale de la mystique ? Le cas du courant piétiste dans l’Egypte médiévale
Varia
Delmaire Danielle : Bernard Lazare et le sionisme à propos d’une lettre d’Abraham Ludvipol
Edition : Histoire
Danan Ariel : Les Juifs de France et la reconnaissance de l’Etat d’Israël par la France en 1948
Note de lecture
Ménaché Michel : Jean-Richard Bloch & André Spire. Correspondance 1912-1947
Informations
A travers les livres
A travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : Juifs et musulmans au Moyen Age
Enracinement et émergence d’une pensée. Coran et mystique juive (Merkaba, Hékhalot et vision d’Ezéchiel) par Geneviève Gobillot
L’histoire de Salomon et de la reine de Sabâ’ dans le Coran fait appel non seulement à de nombreuses réminiscences bibliques, mais surtout à deux grands thèmes de la mystique juive de l’Antiquité tardive : la Merkaba et les Hékhalot en relation avec la vision des eaux d’Ezéchiel. Le fait que cette découverte soit intimement liée à l’avancée des travaux du bibliste Bernard Barc sur la lecture de la Torah de Rabbi Aqiba prouve à quel point les textes fondateurs des deux religions sont indissociables.
The story of Solomon with the queen of Sabâ’ in the Koran appealed not only to numerous biblical recollections, but especially to two important themes of Jewish mysticism of the Late Antiquity : Merkaba and Hékhalot in connexion with the vision of waters of Ezekiel. The fact that this discovery depends closely on the advance of the works of Bernard Barc on the Torah’s explanation of Rabbi Aqiba indicates up to which point the founding texts of the two religions are inseparable.
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L’inclusion de l’islam dans le champ polémique judéo-chrétien, Moyen Age et Siècle d’Or ibériques par Hugues Didier
Passé un premier stade de surprise ignorante, le monde chrétien apparenta l’islam au judaïsme, en raison de son cadre rituel sémitique, ainsi qu’à lui-même, puisque le Coran honore Jésus et sa Mère, bien que la négation explicite des dogmes de la Trinité et de l’Incarnation semble y reproduire l’hérésie arienne de jadis. Par conséquent, en général, les musulmans furent considérés comme plus proches ou plus estimables que les juifs, et même que certaines catégories de chrétiens hétérodoxes. Dans la péninsule ibérique, aux XVe et XVIe siècles, l’accentuation de la polémique anti-juive rejaillit négativement sur la relation islamo-chrétienne. Avec le recul de l’Espagne et l’avènement de la France au XVIIe siècle, l’islam cessa d’être perçu comme une solution moyenne entre la Synagogue et l’Eglise. Il disparut du champ polémique judéo-chrétien et fut relégué dans un Orient exotique.
After a starting phase of unaware amazement, Christianity regarded Islam as closely related with Judaism, for its semitic ritual framework, just as well with itself, since the Koran honours Jesus and his Mother, although its explicit and negative statements about Incarnation and Trinity seem to be a kind of echo of former Arian heresy. Therefore, as a rule, Moslem were looked as more akin or more estimable than Jews and even that some categories of Christian heretics. Nevertheless, in Spain, during the 15th and 16th Centuries, the increasing anti-Jew controversial issue negatively disrupted into the relationship between Christians and Moslems. With the decline of Spain, and the advent of France during the 17th Century, Islam ceased being received as a middle-of-the road solution between Church and Synagogue. It vanished out of the judeo-christian polemical field and was banished to an exotic East.
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Regards d’Abū Ḥamīd al-Ġazālī (m. 1111) sur les juifs par Emmanuel Pisani
Abū Ḥamīd al-Ġazālī (m. 1111) est considéré comme le plus éminent théologien musulman du onzième siècle. Sa renommée a traversé les siècles au point où aujourd’hui, tous les courants de l’islam le reconnaissent comme un maître. Dès lors, son enseignement sur les juifs peut contribuer à nourrir les débats de notre époque eu égard aux relations qu’entretiennent juifs et musulmans. Or, sur ce point, loin d’enfermer le juif dans un stéréotype religieux ou éthique, al-Ġazālī expose des regards, puisant notamment dans les traditions juives, faisant éclater un avis arrêté au profit d’une ouverture sociale, interreligieuse et eschatologique.
Abū Ḥamīd al-Ġazālī is considered to be the most preeminent Muslim theologian of the eleventh century. His fame has spread throughout the centuries so much so that he is acknowledged to be a master by every Muslim school of thought. Thus, his teaching regarding the Jews can contribute to enrich the debates of the present day concerning the relationship between Jews and Muslims. In this area, far from confining the Jews to a religious or ethical stereotype, al-Gazali presents different viewpoints, drawing notably from Jewish traditions and demonstrating a clear understanding which could lead to a social, inter-religious and eschatological progress.
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Les relations judéo-musulmanes à l’époque médiévale en Syrie par Bacima Boutrad
Si les juifs de Syrie dans l’antiquité vivaient des périodes difficiles et souffraient des persécutions, l’arrivée de l’islam en Syrie médiévale a entamé un âge d’or pour les juifs et le judaïsme. Une symbiose caractérisait alors les relations judéo-musulmanes en dépit du statut des « dhimmî » qui pourrait la nuancer. La civilisation arabo-musulmane naissante a permis aux juifs syriens de l’époque de prospérer et de devenir l’une des communautés la plus florissante de la Diaspora juive des temps pré-modernes.
Though the jews of Syria in antiquity had lived in difficult circumstances and sometimes were exposed to génocide ; with the coming of Islam to Syria in the Middle Ages, a golden age started for the jews and judaism. A condition of relative harmony was estabilished between the Moslems and the Jews in spite of their being non-molem citizens. The Arab-Islamic Civilization created at that time had given the Syrian jews the opportunity to grow and develop to be further recoqnized among the Jewish Communities in the World in the pre-modern Ages.
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Entre piétisme soufi et piétisme rabbinique. Inspirations, emprunts, et facteurs d’influences. Remarques sur les conceptions religieuses d’Abraham ben Moïse Maïmonide et des hasidei mitsrayim par Dan Jaffé
Cet article traite des influences du Soufisme sur les hasidei mitsrayim et particulièrement sur Abraham ben Moïse Maïmonide. La tradition soufie a marqué de son empreinte le monde juif depuis le XIe siècle, cependant son influence s’est fait plus nettement ressentir entre le XIIIe et le XVe siècle parmi les groupes juifs piétistes d’Egypte. Dans ce contexte, de nombreux comportements ritualistes ainsi que des approches exégétiques trouvent leur source dans la sagesse soufie. Nous considérons que ces attitudes sont très singulières dans le monde juif et que le plus souvent, elles ne correspondent à aucun fondement biblique ou talmudique. Ces influences soufies sont à replacer dans le contexte historique de l’époque étudiée : celui de communautés juives en quête de spiritualité et de mysticisme certainement à cause des tracas auxquels elles étaient confrontées.
This article discusses the influences of Sufism on the Egyptian Hasidim and particularly on Abraham Maimuni (Avraham ben Moses ben Maimon). Sufi tradition left its mark on the Jewish world from the eleventh century onwards. However, its influence was more clearly felt between the thirteenth and fifteenth centuries among the Pietist Jewish groups in Egypt. In this context, many ritual practices and exegetic approaches have their sources in Sufi wisdom. I consider that these attitudes are very unusual in the Jewish world and in most cases they do not correspond to any Biblical or Talmudic foundation. These Sufi influences must be placed in the historical context of the period studied : that of Jewish communities searching for spirituality and mysticism, most probably because of the problems that they faced.
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La Loi divine, Voie Royale de la mystique ? Le cas du courant piétiste dans l’Egypte médiévale par Mireille Loubet
L’une des difficultés majeures que le mystique doit résoudre est son positionnement face à la tradition religieuse dans laquelle il vit son expérience et plus particulièrement face aux dogmes de celle-ci qui n’ont pas leur place au niveau d’Absolu et d’Amour qu’il a atteint. Abraham Maïmonide, à l’origine du courant piétiste qui a émergé dans la communauté juive de l’Egypte médiévale, a conçu une voie initiatique intégrant les commandements et la Loi divine ainsi que des pratiques religieuses présentes dans le soufisme.
For a mystic, one of the main issue to be solved is how to deal with the religious tradition he belongs to, and more particularly how to live his spiritual experience being confronted with its dogmas since they cannot fit in the level of Absolute and Love he has reached. Abraham Maïmonide, the initiator of the pietist trend which appeared in the Jewish community, in Medieval Egypt, has conceived a spiritual Way combining Jewish commandments and divine Law as well as religious practises to be found in Sufism.
Varia :
Bernard Lazare et le sionisme à propos d’une lettre d’Abraham Ludvipol par Danielle Delmaire
Le 30 juin 1897, Abraham Ludvipol, journaliste juif russe résidant en France, se trouve à Jaffa d’où il écrit une longue lettre à Bernard Lazare, demeurant à Paris. Ludvipol vient de parcourir la Palestine pour visiter les installations des pionniers juifs. Son admiration pour l’œuvre des pionniers est immense. Proche d’Ahad Haam, il critique sévèrement l’action de Herzl pour créer un Etat juif. La publication de cette lettre est l’occasion de revoir la position de Bernard Lazare vis à vis du sionisme et de Herzl dont il s’éloigne lui aussi. Cette lettre est encore un témoignage des relations entre Lazare et les étudiants juifs de Russie vivant à Paris.
Abraham Ludvipol is a Russian Jewish reporter. On June the 30th 1897, he wrote a letter from Jaffa to Bernard Lazare who stayed in Paris. Abraham Ludvipol just finished to visit Palestine and the settlements of Jewish pioneers. He expressed his admiration for their work. But being close of Ahad Haam’s ideas, he also severly criticized Herzl’s action to create a Jewish State. The publication of this letter is a perfect occasion to characterize Bernard Lazare’s attitude in front of Zionism and to stress his disaproval of Herzl’s politics. The letter is also a testmony of Lazare’s relationship with Jewish students from Russia living in Paris.
Numéro 61 (printemps – été 2011)
Sommaire
Dossier : Judaïsme et Philosophie
Rassemblé par Batsch Christophe et Lerousseau Andrée
Westerkamp Dirk : Le discours philosophique de l’orientalisme
Joubert Jean-Marc : L’esprit du judaïsme selon Hegel et Leibowitz
Lerousseau Andrée : Margarete Susman ou l’amour d’Israël
Friedemann Joë : Jérusalem dans l’œuvre d’André Neher, un parcours initiatique
Naiweld Ron : Pourquoi lit-on le Talmud aujourd’hui ? Un bref status quaestionis suivi d’un essai sur les limites de la recherche talmudique contemporaine
Varia
Pillau Helmut : La « symbiose judéo-allemande ». Réalité historique ou simple fruit de l’imagination ?
Vincent Brice : L’Armée juive et l’alyah de France via l’Espagne (1942-1944), de l’enjeu politique au sauvetage
Edition : Littérature
Ozick Cynthia : De l’héroïsme chrétien (traduction de Josée Antoine et Fabrice Antoine)
Note de lecture
Ménaché Michel : Ludmila Savitzky et André Spire, Une amitié tenace. Correspondance (1910 – 1957)
Informations
A travers les livres
A travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : Judaïsme et Philosophie
Le discours philosophique de l’orientalisme par Dirk Westerkamp
L’article explore les origines de l’orientalisme philosophique dans l’historiographie du XVIIIe siècle. On soutient que la construction la plus controversée d’une philosophia orientali ou philosophia extra-graecanica est le résultat d’une vaste entreprise d’unification de l’histoire de la pensée conformément aux principes de la raison, qui devait développer différents topoï relatifs à l’orientalisme parmi lesquels celui de « paralogisme » exerça l’influence la plus durable. Avec l’émergence de l’hégélianisme juif au milieu du XIXe siècle, les courants auparavant marginalisés de la tradition philosophique juive se saisirent de l’historiographie en vue d’une réhabilitation de la pensée juive, rejetant à la fois les topoï des Lumières relatifs à l’orientalisme et la conception hégélienne de la philosophie juive comme « métaphysique de la substance ».
The article explores the origins of philosophical orientalism in 18th century historiography. It is argued that the much disputed construction of a philosophia orientali or philosophia extra-graecanica stems from an overarching attempt to regulate the history of thought according to principles of reason, giving way for different topoï of orientalism all of which the reproach of « paralogism » proved to be the most influential one. With the rise of mid-19th century Jewish Hegelianism, the previously marginalized strands of Jewish philosophical tradition start taking historiography into their own hands and rehabilitating Jewish Thought while rejecting both the enlightenment-topoï of orientalism and the Hegelian account of Jewish Philosophy as « metaphysics of substance ».
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L’esprit du judaïsme selon Hegel et Leibowitz par Jean-Marc Joubert
Le but de ce travail est de rapprocher, dans le cadre d’une comparaison au départ improbable, deux penseurs du judaïsme : G. W. F. Hegel (1770-1831) et Yeshayahou Leibowitz (1903-1994). Alors que le premier, chrétien et/ou philosophe, produit une vision particulièrement noire du judaïsme, considéré comme une figure de la scission et de la haine, le second, Juif orthodoxe, se donne pour l’un de ses plus puissants apologètes à titre de foi désintéressée ou lishmah. Et cependant, on ne peut qu’être frappé par la proximité de certaines analyses touchant à l’essentiel. Ce que Hegel pense comme scission ne se voit-il pas reconnu, affirmé et, pour ainsi dire, promu – paradoxalement ? – par Leibowitz comme « crise permanente de l’homme » ? Comment ne pas s’étonner, par ailleurs, que Hegel insiste sur le fait que la foi en Dieu est, dans le judaïsme, un commandement, ce que Leibowitz – à la suite de Maïmonide – met justement en exergue ? Reste à penser ces rapprochements, et d’autres, après que l’on a établi qu’ils ne sont pas superficiels en dépit, naturellement, de la différence des principes opérant dans chaque système. Ce faisant, l’intérêt de l’intelligence hégélienne du judaïsme, que l’on conteste parfois, en raison de la noirceur indiquée, s’impose, en même temps que se voit interrogé le type possiblement nihiliste de la foi selon Leibowitz.
The purpose of this work is to bring together, in a somewhat improbable comparison, the work of two thinkers on Judaism : G. W. F. Hegel (1770-1831) et Yeshayahou Leibowitz (1903-1994). The first, who was a Christian and/or a philosopher, expressed a particularly dark vision of Judaism, and was considered to be a figure of scission and of hatred. The second, by contrast, was an orthodox Jew, and presented himself as one of the strongest apologists on the basis of a disinterested faith or « lishmah ». However, one can only be struck by the proximity of certain of their analyses, going indeed to the heart of their positions. Does one not find what Hegel considers to be a scission as being recognised, affirmed and, indeed promoted – paradoxically ? – by Leibowitz as the « permanent crisis of man » ? One can only be astonished, moreover, that Hegel insists that faith in God in Judaism is a command ; and which Leibowitz – after Maïmonide – indeed insists upon. These points of proximity, and indeed others, need to be given further consideration, it first having been established that they are not superficial, despite the difference of the principles operating within each system, naturally. This said, the interest of the Hegelian intelligence of Judaism is evident, despite it having been contested at times because of its dark aspects, as previously noted. At the same time, questions may be asked about the possibility nihilistic type of faith according to Leibowitz
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Magarete Susman ou l’amour d’Israël par Andrée Lerousseau
L’essai le plus ambitieux de Margarete Susman, Le livre de Job et le destin du peuple juif, paru en 1946, propose une interprétation du destin du peuple juif et de la Shoah à la lumière de l’histoire de Job, et doit être lu comme la tentative paradoxale d’apporter une réponse à ce à quoi, précisément, il n’y a pas de réponse. Rejetant tout aussi bien la théologie de la mort de Dieu que l’hypothèse, plus rassurante, d’une éclipse de Dieu, Susman, s’inspirant du Livre de Job et d’une conception développée par la kabbale, explore le mystère de l’amour de Dieu et la nature du mal, renouant avec cette vieille catégorie de la théodicée qu’Auschwitz aurait, selon Jonas, rendue définitivement caduque. Ce qu’il faut sans doute retenir de l’ouvrage de Susman, c’est sa tentative d’affirmer, dans un rappel de la vocation éternelle d’Israël, la grandeur et l’actualité d’une pensée, à la fois la plus ancienne et la plus neuve, la plus révolutionnaire à ses yeux, seule capable peut-être de raviver le principe d’une espérance et de maintenir ouvert un avenir pour l’humanité.
The most ambitious work of Margarete Susman, The Book of Job and the destiny of Jewish people (1946) proposes an interpretation of the destiny of the Jewish people and of the holocaust at the light of the story of Job and must be understood as the attempt to give an answer to the unanswerable. Rejecting both the theology of the death of God and the more comfortable hypothesis of an eclipse of God, Susman explores the mystery of God’s love and the nature of Evil, according to the Book of Job and to a kabbalistic wordview, resorting to the old category of theodicy, which has to be considered as obsolescent after Auschwitz according to Jonas. The most important message of Susman’s work is her reminding of the eternal mission of Israel and the assertion of the sublimity and actuality of Jewish thought, which is both the oldest and newest and also the most revolutionary thought, the only one, which may be likely to revive the principle of hope and to open the way leading to the future for mankind.
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Jérusalem dans l’œuvre d’André Neher, un parcours initiatique par Joë Friedemann
Au foyer de la mémoire, de l’esprit et du cœur, Jérusalem n’a jamais cessé d’être au centre de la nostalgie juive depuis l’Exil. Chez André Neher, l’un des principaux artisans du renouveau de la pensée juive en France, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’instaure autour du thème de la Cité de David, une harmonie entre tradition juive et formation profane ; entre la fascination du Retour vers la Terre d’Israël et l’engagement personnel ; entre la réflexion religieuse, ses incidences sionistes et la recherche historique, philosophique et théologique. C’est ce parcours initiatique, accoté au thème de la « double demeure » que cette étude se propose de mettre en évidence.
Focus of Israel’s memory, spirit and heart, Jerusalem has always been at the soul of Jewish nostalgia since the Exile. André Neher was one of the most prominent thinkers and builders of Jewish renewal in France after the Second World War. In his thought there is a convergence, based on the theme of the Holy City, towards harmony between Jewish tradition and secular scholarship ; between fascination for national aspirations and a personal engagement ; between religious faith and historical and philosophical research.
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Pourquoi lit-on le Talmud aujourd’hui ? Un bref status quaestionis suivi d’un essai sur les limites de la recherche talmudique contemporaine par Ron Naiweld
La première partie de l’article propose un état des lieux des études talmudiques scientifiques aujourd’hui. Elle commence par une description des conditions dans lesquelles est née l’approche scientifique à la littérature rabbinique classique, dans les années 1820 en Allemagne, dans le cadre de la Wissenschaft des Judentums. Ensuite sont énumérées les quatre approches principales du texte talmudique dans la recherche moderne. La deuxième partie décrit ce que l’auteur considère comme une lacune dans l’approche scientifique contemporaine du Talmud, qui consiste en un manque de réflexion sur le rapport entre le chercheur et le texte étudié. Cette lacune empêche la grande majorité des chercheurs d’appréhender pleinement la place occupée par les rabbins dans le contexte spirituel de la fin de l’Antiquité.
The first part of the article offers an overview of scientific Talmudic studies today. It begins with a description of the conditions in which the scientific approach to classical rabbinic literature was born, in the 1820s in Germany, as a part of the Wissenschaft des Judentums. The four main approaches in the research are explained subsequently. The second part describes what the author sees as a lacuna in the contemporary scientific study of the Talmud – a lack of reflection on the relationship between the scholar and the studied text. The lacuna prevents the vast majority of scholars from fully understand the place occupied by the rabbis in the spiritual context of late antiquity.
Varia :
La « symbiose judéo-allemande ». Réalité historique ou simple fruit de l’imagination ? par Helmut Pillau
Le concept de « symbiose judéo-allemande » est sujet à controverse. Tandis que Gershom Scholem et, plus récemment, Salomon Korn adoptent une distance critique, cette notion ne reposant selon eux que sur des illusions, Martin Buber et, plus près de nous, Dominique Bourel pensent à l’inverse que celle-ci traduit une réalité historique. La fécondité culturelle est à leurs yeux le signe d’une intégration réussie des Juifs dans la société allemande qui, pour Manfred Voigts, s’inscrirait dans cette phase de l’histoire où les Allemands se considèrent en priorité comme nation culturelle. Aujourd’hui, confronté à la Shoah, le concept de « symbiose judéo-allemande » contraint l’Allemagne à s’interroger sur les fondements éthiques et spirituels de sa propre culture.
The concept of the « German-Jewish Symbiosis » remains controversial. Gershom Scholem and not long ago Salomon Korn dissociate themselves from it in that it appears to be illusive. Martin Buber and recently Dominique Bourel believe that the concept is related to an historical reality. In their eyes, cultural fruitfulness is the criteria for a successful integration of the Jews in German society. Manfred Voigts analyses the historical conditions of this fruitfulness : it arises singularly in a special period of German history whereby Germans consider themselves primarily to be a spiritual civilization (« Kulturnation »). Nowadays, confronted by the Holocaust, the concept of the « German-Jewish-Symbiosis » forces the Germans to think about the ethical and spiritual foundations of their own civilization.
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L’Armée juive et l’alyah de France via l’Espagne (1942-1944), de l’enjeu politique au sauvetage par Brice Vincent
Durant l’année 1942, alors que tout espoir d’émigrer légalement a disparu, l’Armée juive (AJ), un mouvement sioniste créé à Toulouse en 1941, mit sur pied une filière d’évasion vers la Palestine via l’Espagne. Initialement, le Service d’évacuation et de regroupement (SER) fonctionna pour planifier l’alyah des « ajistes ». Par la suite, à cause des premières déportations, l’Armée juive créa une nouvelle filière orientée vers le sauvetage des enfants, des jeunes pionniers et des familles : le Service d’évacuation et de regroupement des enfants (SERE). Jusqu’en 1944, plusieurs centaines de personnes auraient été secourues. Ce travail se fit parallèlement avec d’autres organisations telles que l’œuvre de secours aux enfants, les Eclaireurs israélites de France et le Mouvement de la jeunesse sioniste. L’Armée juive participa ainsi aux mouvements de sauvetage des juifs en Europe ainsi que d’édification du Yishouv de Palestine, embryon du futur Etat d’Israël.
During the year 1942, when all hope of emigrating legally disappeared, the Armée juive, a Zionist movement founded in Toulouse in 1941, set up an escape route to Palestine via Spain. Initially, the Service d’évacuation et de regroupement (SER) worked to plan the alyah of the members of the Armée juive. Subsequently, because of the first deportations, the Armée juive created a new service guided to the rescue of children, young pioneers and families : the Service d’évacuation et de regroupement des enfants (SERE). Until 1944, several hundred people were rescued. This work was made in conjunction with other organizations such as the œuvre de secours aux enfants, the Eclaireurs israélites de France and the Mouvement de la jeunesse sioniste. The Armée juive participated in movements to rescue Jews in Europe as well as building the Yishuv in Palestine, embryo of the future State of Israel.
Numéro 60 (automne 2010 – hiver 2011)
Sommaire
Dossier : Mille ans de vie juive en Pologne
Rassemblé par Maryla Laurent
Delmaire Danielle, Persyn Emmanuel : D’une Pologne à l’autre, les juifs dans la tourmente
Salmon-Siama Monika : Un dragon, une voie de commerce et le fruit défendu ou « la mémoire retrouvée » de Kazimierz
Gawron Edyta : L’histoire des Voisins de J.T. Gross comme exemple d’incitation à un débat historique national
Roffé Amit : Avrom Sutzkever et la Pologne
Gawron Edyta : La culture juive dans la Pologne contemporaine
Varia
Vana Liliane : « Béni sois-tu… qui ne m’as pas fait femme ». Une bénédiction sexiste ou l’infidélité à un idéal juif d’égalité et de liberté ?
Grundy Paul : Le dibbouk afro-américain et la tolérance dans The Tenants de Bernard Malamud
Edition
Delmaire Danielle (présentation par) : Lettres d’étudiants juifs étrangers à l’Alliance israélite universelle, entre les deux guerres
Informations
A travers les livres
A travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : Mille ans de vie juive en Pologne
D’une Pologne à l’autre, les juifs dans la tourmente par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn
L’intention des auteurs n’est pas de présenter une histoire exhaustive d’un millénaire de vie juive en Pologne. L’article décrit, à grands traits, la période où les juifs commencent à s’établir dans les villes, vers les XIe et XIIe siècles, jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’histoire des juifs de Pologne est d’abord heureuse et les juifs d’Europe occidentale viennent s’y réfugier quand des décisions royales les expulsent de leurs pays. Même si le christianisme se montre hostile envers eux, les juifs bénéficient d’une grande liberté jusqu’aux massacres du XVIIe siècle qui inaugurent une longue période de discriminations et de persecutions ininterrompue jusqu’au début du XXe siècle dans une Pologne qui est partagée entre ces puissants voisins.
The intention of the authors is not to present an exhaustive history of 1000 years of Jewish life in Poland ; their article outlines the main developments from the period when the Jews begin to settle in the towns in the 11th and 12th centuries to the situation just after the First World War. At first, the story of Jews in Poland is a happy one, and Jews from Eastern Europe take refuge there after being expelled from their native countries by royal decree. Despite the hostility shown them by the inhabitants of the Christian faith, the Jews enjoy great freedom until the massacres of the 17th century which are the start of a long period of discrimination and persecution, uninterrupted until the early 20th century, in a Poland that is then divided among her powerful neighbours.
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Un dragon, une voie de commerce et le fruit défendu, ou « la mémoire retrouvée » de Kazimierz par Monika Salmon-Siama
Cet article a pour objectif de présenter la plus ancienne histoire de Kazimierz, une bourgade cracovienne fondée par Casimir le Grand en 1335, devenue aujourd’hui l’un des quartiers les plus visités de Cracovie. Cet attrait touristique, Kazimierz le doit majoritairement à la partie juive de son patrimoine architectural. Quand et pourquoi la population juive décida de s’installer à Kazimierz ? Quelles légendes s’associent à la fondation de cette ville ? De quelle façon se structurait son espace sacré ? Comment fonctionnait le dialogue entre les habitants chrétiens et les habitants juifs de Kazimierz ? Ces quelques interrogations doivent nous guider dans la réflexion historique sur le développement urbain et démographique du faubourg depuis sa fondation jusqu’au début du XVIe siècle, où un mur divisa Kazimierz pendant environ trois siècles.
The paper aims to present the early history of Kazimierz, a settlement near Cracow was founded by King Casimir the Great in 1335, which today is one of the most tourist districts of Cracow. This charm owes it primarily Jewish part of its architectural heritage. Why and when Jews settled in Kazimierz ? What legends are connected with the foundation of the city ? How is the sacred Kazimierz constructed ? How through centuries dialogue between Christian and Jewish functioned in Kazimierz ? These few questions will lead us in a historical reflection on the urban and demographic development of the city from its foundation to the wall of separation of the sixteenth century when Kazimierz was divided for over three centuries.
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L’histoire des Voisins de J.T. Gross comme exemple d’incitation à un débat historique national par Edyta Gawron
En juillet 1941, les juifs de Jedwabne furent massacrés par leurs voisins non juifs. En Pologne, ces événements furent longtemps occultés voire oubliés même si, immédiatement après la guerre, une enquête tenta de reconstituer les faits et de désigner des responsables qui, pour beaucoup, s’étaient illustrés, après le massacre, dans la Résistance. C’est la parution du livre Les Voisins de Jan Tomasz Gross qui relança, soixante ans après les faits, la controverse. Les accusations de J.T. Gross suscitèrent un débat historique national tant dans les universités que dans l’opinion publique. Partout, un clivage opposa les tenants d’une histoire nationale irréprochable aux défenseurs de la douloureuse mémoire juive en Pologne.
In July 1941, the Jews of Jedwabne were murdered by their non-Jewish neighbors. In Poland, these events were long hidden or forgotten even if, immediately after the war, an investigation attempted to reconstruct the facts and to reveal those responsible of the murders (many of them became famous in the Resistance). The publication of Jan Tomasz Gross’s book (The Neighbors), sixty years after the fact, revived the controversy. JT Gross’s accusations sparked a national and historical debate in universities and in the public opinion. Everywhere a cleavage opposed the supporters of a blameless national history to the defenders of a painful Jewish memory in Poland.
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Avrom Sutzkever et la Pologne par Amit Roffé
La lutte d’Avrom Sutzkever, poète et résistant, est celle de la langue yiddish, langue meurtrie et menacée d’extermination, en quête d’une nouvelle vie. Brutalement chassée de sa terre natale, cette Pologne devenue un cimetière gigantesque, la culture yiddish émigre et avec elle ses défenseurs, ceux pour qui la langue et la culture sont à la fois des armes, des outils de travail et une passion vitale. Cet article cherche à accompagner le combat intérieur entre la voix nostalgique qui rattache le poète à son pays natal et celle, lucide, qui contemple l’horreur avec désarroi à travers le poème « Zu Poylin », l’une des œuvres maîtresses du poète israélo-lituanien. Interpellant le judaïsme polonais dont il est un témoin et peut-être un fossoyeur, ce poème constitue un long adieu, non sans peine et reconnaissance à l’égard de la Pologne. Celle-ci, telle qu’elle est peinte sous la plume du poète, demeure à jamais marquée par un destin judéo-polonais, dont l’aspect tragique alimente la poésie de cette grande figure littéraire du XIXe siècle qu’est Avrom Sutzkever.
The defense of Yiddish language and culture by poet Avrom Sutzkever tells the story of east European Jewry in the 20th century. After the Second World War, this culture found itself banished from its birth land. The end of the War marked the end of Sutzkever’s dream of reviving Yiddish culture in Poland. During his visit to post-War Poland in September 1946, he wrote “Zu Poylin”. This poem, describing and dialoging with Polish Judaism and its history, is an historical document as well as a farewell to Poland. It creates a mixture of Polish and Jewish cultures, against the backdrop of the War’s atrocities.
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La culture juive dans la Pologne contemporaine par Edyta Gawron
La présentation de la culture juive dans la Pologne contemporaine, tient compte de l’histoire de ces cinquante dernières années. Après la guerre, et surtout de 1956 à 1968, l’émigration juive hors de Pologne fut importante et la culture juive ne pouvait plus s’exprimer librement. Toutefois, le théâtre et l’édition en yiddish perdurèrent. En 1978, l’attribution du prix Nobel de littérature à Isaac Bashevis Singer attira davantage l’attention sur les œuvres en yiddish. Mais ce fut principalement dans les années 1980 et plus encore après la chute du Mur que la culture juive connut un grand succès en Pologne. Des études universitaires (histoire et littérature avec la revue Polin), le développement de la musique klezmer (festival de Cracovie), la presse etc. contribuèrent au rayonnement de la culture juive en Pologne. Mais il faut savoir distinguer le folklore pour touriste des études sérieuses.
The presentation of Jewish culture in contemporary Poland reflects the history of the past fifty years. After the war, and especially from 1956 to 1968, Jewish emigration outside Poland was massive. Jewish culture could no longer speak freely. However, theater and publishing in Yiddish continued to be offered. In 1978, the Nobel Prize for Literature was attributed to Isaac Bashevis Singer. It drew more attention to the works in Yiddish. But it was mainly in the 1980s and especially after the fall of the Wall that Jewish culture started to be a great success in Poland. Academic studies (history and literature with the review Polin), the development of klezmer music (festival of Cracow), the press etc. contributed to the spread of Jewish culture in Poland. But one must distinguish between tales for tourists and serious studies.
Varia :
« Béni sois-tu… qui ne m’as pas fait femme » : Une bénédiction sexiste ou l’infidélité à un idéal juif d’égalité et de liberté ? par Liliane Vana
La bénédiction « Béni sois-tu, Eternel notre Dieu, Roi de l’univers, qui ne m’a[s] pas fait femme » récitée par les hommes juifs tous les matins est d’origine talmudique mais le Talmud n’en donne aucune explication. Ce sont les commentateurs et les poseqim qui ont jugé bon de la mettre en relation avec la dispense faite aux femmes des « commandements positifs liés au temps ». Cette dispense serait la preuve de leur infériorité, de leur asservissement à leurs époux (« esclaves de leurs époux » dans les textes), de la tare d’appartenir à leur sexe et exprimerait la « volonté divine ». Pourtant, aucun texte de la Loi, écrite ou orale, ne permet de formuler de telles idées. Il s’agit plutôt d’une attitude misogyne et sexiste de certains rabbins qui a déterminé le statut ontologique inférieur des femmes juives et qui fut à l’origine de l’élaboration de nombreuses lois (halakhot) discriminatrices dans tous les domaines de la vie. Depuis l’émancipation des juifs en Europe, les commentaires sont devenus plutôt flatteurs et élogieux pour les femmes, et tentent d’édulcorer le caractère sexiste de la bénédiction. Néanmoins, rien n’a réellement changé, dans les courants appartenant à l’orthodoxie, car, à la différence des commentaires sexistes qui furent à l’origine de nombreuses lois défavorables aux femmes, les commentaires élogieux n’en ont produit aucune qui leur soit favorable, n’ont abrogé aucune loi et n’ont pas amélioré le statut des femmes. En outre, ces lois sont en totale contradiction avec les valeurs juives de liberté et d’égalité acquises grâce à l’Exode et à la théophanie sinaïtique, deux moments fondateurs de l’histoire du peuple d’Israël. En considérant les femmes juives comme les esclaves de leurs époux et en élaborant des lois dans ce sens, les poseqim trahissent le texte biblique selon lequel l’ensemble du peuple d’Israël, et non seulement les hommes, a acquis sa liberté au pied du mont Sinai. Grâce à cette liberté, il a reconnu en Dieu son seul maître, à l’exclusion de toute autre personne… Il est donc urgent de modifier cette bénédiction ou de la supprimer ; l’urgence n’étant pas uniquement liturgique. Elle est dictée par les textes bibliques et par les valeurs juives.
The benediction « Blessed art thou, oh Lord our God, King of the Universe, who has not made me a woman », recited by Jewish men every morning, is Talmudic in origin, but the Talmud does not expound on it. It was rather the commentators and Rabbinic authorities who judged it appropriate to relate the matter to the dispensation given to women in respect of the « positive commandments linked to time ». In their eyes, this dispensation indicated proof of women’s inferiority, their servitude to their spouses (« slaves to their spouses » in the texts) and the stigma of belonging to their sex ; it was likewise an expression of « divine will ». However, nothing in the Written or the Oral Law permits such a reading. It is rather a sexist and misogynist attitude by some Rabbis which has determined the ontologically inferior status of Jewish women and which has engendered numerous laws (halakhot), which are discriminatory in all realms of life. Following the emancipation of the Jews in Europe, commentaries became more elegiac and flattering towards women, attempting to sweeten the sexist character of the benediction. Nevertheless, nothing has actually changed in Orthodox thinking because, as opposed to the sexist commentators who had promulgated the numerous laws deleterious to women, the elegiac commentators did not produce a single one favourable to them : they neither abrogated any law nor ameliorated the status of women. Furthermore, these laws are in total contradiction to Jewish values of freedom and equality acquired through the Exodus and the Theophany on Sinai, two fundamental moments in the history of the people of Israel. By regarding Jewish women as slaves to their spouses and by drafting such laws, the Rabbinic authorities betray the biblical text according to which the entirety of the people of Israel, not solely men, gained his freedom at the foot of Mount Sinai. As a result of this freedom, he recognized God as his sole master, to the exclusion of all others… It is therefore urgent to modify this benediction or to remove it. The urgency is not merely liturgical : it is dictated by both biblical texts and by Jewish values.
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Le dibbouk afro-américain et la tolérance dans The Tenants de Bernard Malamud par Paul Grundy
Dans ce roman, Malamud met en scène la colocation de deux écrivains, le Juif américain Harry Lesser et l’Afro-Américain Willie Spearmint. Lorsque Harry accepte de donner conseil à Willie sur son livre en cours, leur fraternité se transforme en vif conflit. Afin de rendre hommage à un livre sous-estimé, cet article s’attarde sur l’idiome du dibbouk et donc sur les dimensions fantastique et folklorique de The Tenants. Cette lecture permet de sortir le roman de son époque historique et donc de souligner son universalité, qualité que la critique malamudienne semble avoir sous-estimée. Bien plus qu’un condensé des événements des années soixante ou la représentation réaliste de communautés éthniques, The Tenants est un trésor dont l’éclat éclaire les débats actuels sur la tolérance.
In this novel, Malamud depicts the shared experience of two writers living in an old New York tenement, the Jewish American Harry Lesser and the African-American Willie Spearmint. When Harry advises Willie about the book he is writing, their brotherly rapport turns into conflict. In order to pay homage to an underestimated literary work, this article dwells on dybbuk idiom and therefore on the fantastical and folkloric dimensions of The Tenants. The aim of this approach is to release the novel from its historical era and underline its universality, a quality which critics seem to have underestimated. Much more than a summary of 1960s events or the realistic representation of ethnic communities, The Tenants is hidden treasure which can throws light on current debates about tolerance.
Numéro 59 (printemps – été 2010)
Sommaire
Dossier : La poésie hébraïque moderne
(Rassemblé par Ziva Avran)
Avran Ziva : Présentation du dossier
Avran Ziva : La poésie hébraïque moderne au fil des polémiques. Bref aperçu d’une chronique riche en revirements
Manor Dory : A propos de Ho !
Formentelli Bee : Vers le visage de toi. Situation de Avot Yeshurun
Yeshurun Avot : Poèmes de Avot Yeshurun, inédits en français. Traduits de l’hébreu par Bee Formentelli
Roffé Amit : Paris : un lieu de renaissance poétique dans la poésie d’Avrom Sutzkever
Kartun-Blum Ruth : « Vous me prenez pour qui ? » Entre la poésie de Nathan Zach et le Nouveau Testament
Bar-Yossef Hamutal : La mystique dans la poésie hébraïque du XXe siècle
Pinhas Hacohen Hava : D’un monde à l’autre. La langue du poète : réflexion –
Témoignage
Le poème et son double
Varia : Etudes bibliques
Vialle Catherine : Une analyse narrative comparée du livre d’Esther TM et LXX. Regard sur deux récits d’une même histoire
Edition : Témoignage
Geftman Rina : La guerre des Six Jours. Chronique de la Maison Saint-Isaïe
Informations
A travers les livres
A travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : La poésie hébraïque moderne
La poésie hébraïque moderne au fil des polémiques. Bref aperçu d’une chronique riche en revirements par Ziva Avran
L’histoire de la poésie hébraïque moderne est ponctuée de polémiques et de controverses répercutées dans l’espace public par des revues qui expriment et accompagnent certaines tendances littéraires, teintées parfois d’une orientation politique. La démarche individuelle du poète s’inscrit souvent dans un mouvement collectif dont la réflexion et les écrits théoriques ne cessent d’alimenter le débat. Une perspective diachronique permet de dégager les moments forts de cette évolution, conditionnée simultanément par le contexte historique et les options poétiques prônées par la littérature occidentale, adaptées et réinterprétées avec un certain décalage. Les nombreuses publications et les prises de position, exprimées à des dizaines d’années d’intervalle, témoignent d’une grande vitalité et se distinguent par leur caractère éclectique qui, au-delà d’une recherche purement littéraire, peut révéler une quête identitaire plus profonde.
The history of Modern Hebrew poetry is marked by polemics and controversies reverberated in the public space by reviews that express and accompany certain literary tendencies, sometimes tinged with a political orientation. The individual approach of the poet is usually a part of a collective movement which keeps fueling the debate by a constant production of thinking and theoretical writings. A diachronic perspective helps identify the highlights of this evolution. The evolution is determined both by the historical context and the poetical options advocated by the Western literature and adapted and reinterpreted with a certain gap. The numerous publications and positions, expressed after an interval of decades, witness the great vitality of the phenomenon. Their eclectic character reveals – beyond a purely literary research – a deeper quest of identity.
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A propos de Ho ! par Dory Manor
Ce texte est un credo, une sorte de manifeste ; il est paru dans le premier numéro de la revue Ho ! créée par Dory Manor en décembre 2004. Il justifie la parution d’une nouvelle revue de poésie alors que les concurrentes ne manquent pas. Il salue aussi l’émergence d’une autre écriture en rupture avec les expressions poétiques antérieures pourtant modernes.
This text is a « credo », a kind of « manifesto » ; it was published in the first issue of the review Ho ! created by Dory Manor in December 2004. The author justifies the publication of a new review of poetry while the competitors are many. He also salutes the emergence of a new writing style at odds with previous poetical expressions –despite their own modernity.
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Vers le visage de toi. Situation de Avot Yeshurun par Bee Formentelli
Je me propose ici de situer dans le champ poétique contemporain Avot Yeshurun, poète israélien qui « abandonne » son pays, la Grande Pologne, et sa famille en 1925, à l’âge de 21 ans, pour partir en Palestine, et dont l’œuvre s’inscrit d’emblée sous le signe de la « faille ». Par sa langue âpre et rude, cassée, disloquée, à laquelle il incorpore des fragments de polonais, d’argot de Tel-Aviv, d’arabe, de yiddish, et par sa poétique qui, marquée au fer rouge par l’histoire, donne la priorité aux « choses dans la poésie » sur la « poésie dans les choses », autrement dit à un souci passionné d’autrui s’étendant à tout ce qui existe sur le souci, simplement, de la beauté terrestre, Yeshurun semble opérer le pas décisif de la parole à venir.
I try here to situate in the contemporary poetic field Avot Yeshurun, an Israeli poet who « deserts » his country, the actual Ukraine, and his family in 1925, at the age of 21, to go to Palestine, and whose work is placed straightaway under the pattern of the « rift ». Through his harsh and broken language where are incorporated bits of polish, Tel-Aviv slang, Arabic and Yiddish, and through his poetics branded with history, that gives priority to « things in poetry » over « poetry in things », in other terms to a haunting concern for others extending to all that exists over the simple beauty of the earth, Yeshurun seems to open a real future to the word.
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Paris : un lieu de renaissance poétique dans la poésie d’Avrom Sutzkever par Amit Roffé
Dans le monde de la culture yiddish, marqué par la destruction et l’extermination, une figure singulière se démarque comme un vestige difficilement classable et unanimement apprécié : il s’agit d’Avrom Sutzkever, un poète rare dont la voix vient de s’éteindre après une longue vie mouvementée de création poétique. Notre brève contribution cherchera à jeter une lumière sur l’homme et l’œuvre, mettant en son centre le lien particulier entre la ville de Paris, étape fondamentale dans le parcours du poète, et l’inspiration poétique qui semblait menacée à la sortie de la guerre. Nous essaierons de montrer que la ville de Paris, à travers ses rues, ses monuments et certains de ses illustres habitants occupe une place extrêmement importante dans ce qui a permis à ce grand combattant de retrouver une inspiration et une voix, et par ce biais, nous nous interrogerons sur l’expérience poétique avant et après la guerre, toujours à l’ombre de la Shoah personnelle et culturelle.
In the world of Yiddish culture, marked by destruction and extermination, a personage stands out that is at once difficult to quantify, but nonetheless widely appreciated : he is Avrom Sutzkever who died this year after a long creative life. Our brief work will seek to shed light on the man and his work, emphasising the special relationship that this poet had with the city of Paris and its culture. The time Sutzkever spent in Paris is by any measure a fundamental stage in his evolution as a poet and a fundamental source of inspiration in his work, one that seems to be lost to him in the wake of the Second World War. We will show how the city of Paris, its streets, monuments and some of its famous residents play an extremely important role in this great artist’s search for a new poetic voice and inspiration. In the context of this analysis, we also examine the experiences of the poet before and after the war, always under the long shadow cast by the Holocaust with its devastating personal and cultural effects.
« Vous me prenez pour qui ? ». Entre la poésie de Nathan Zach et le Nouveau Testament par Ruth Kartun-Blum
Cet article présente une lecture originale de la poésie de l’auteur israélien Nathan Zach, lecture qui s’éloigne de la présentation habituelle de l’œuvre de Zach comme sombre, existentielle et laïque, et qui révèle un désir caché du transcendantal.
Ruth Kartun-Blum expose cette soif métaphysique à partir d’une interprétation encore jamais réalisée du dialogue entre la poésie de Zach et le texte du Nouveau Testament ainsi que le personnage de Jésus.
Plus largement, l’article éclaire la relation complexe entre l’aspiration psychologique et les images théologiques.
This novel essay offers an original reading of the poetry of Israeli Poet Laureate, Nathan Zach, moving away from the common description of Zach’s poetry as dark existential secularizm and revealing the hidden yearning for the transcendental.
Ruth Kartun-Blum exposes this metaphysical longing through an unprecedented reading of the dialogue between Zach’s poetry and the text of the New Testament and the persona of Jesus.
More broadly, the essay illuminates the complex relationship between psychological needs and theological images.
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La mystique dans la poésie hébraïque du XXe siècle par Hamutal Bar-Yossef
La littérature hébraïque moderne a longtemps été considérée comme un corpus laïque par excellence, entièrement détaché de son héritage religieux. Pourtant, les nombreuses références aux traditions mystiques, juives et non juives, tendent à prouver le contraire. Tantôt renié, tantôt ignoré, l’impact de cet héritage est omniprésent dans la poésie, même si son poids varie d’une période à l’autre. Plus patente dans les premières phases du sionisme, perçu souvent dans la pensée et la littérature de l’époque comme un événement messianique, cette influence semble s’estomper avec la crise spirituelle survenue le lendemain de la Shoah et la fracture idéologique provoquée par le passage du rêve à la réalité quotidienne après la fondation de l’Etat d’Israël. Une analyse approfondie de certains poèmes permet de dégager leur dimension mystique, dissimulée par le caractère stratifié du texte poétique. En l’absence de traits stylistiques facilement reconnaissables, le déchiffrage dépend obligatoirement du bagage culturel du lecteur.
Modern Hebrew literature has long been considered as a lay corpus par excellence, entirely detached from its religious heritage. Nevertheless the numerous references to mystical traditions – Jewish or non-Jewish – tend to prove otherwise. Sometimes denied, sometimes ignored, the impact of this heritage is omnipresent in poetry, although its weight varies from one period to another. More obvious during the first Zionist period – when Zionism was usually perceived as a messianic event and depicted as such – the influence of mysticism seems to fade following the spiritual crisis that arises after the Holocaust and the ideological divide caused by the transition from dream to daily reality that goes with the foundation of the State of Israel. A thorough analysis of some poems helps identify their mystical dimension, concealed by the stratified character of the poetic text. In the absence of easily recognizable features, the decryption must rely on the cultural background of the reader.
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D’un monde à l’autre. La langue du poète : réflexion – témoignage par Hava Pinhas Hacohen
Quiconque pénètre dans le champ de la poésie s’interroge inévitablement sur son essence, sa genèse et ses diverses incarnations. La langue du poète, son univers et sa voix se forgent progressivement au fil de ses expériences, qu’elles soient affectives, spirituelles ou purement matérielles. Dans les rapports complexes et inextricables entre vécu, langue et poésie, le parcours biographique de l’auteur se double inévitablement d’un cheminement culturel : souvenirs réels ou réminiscences livresques se tissent dans son univers mental, fournissant à la fois la matière et les outils de son œuvre. Dans son atelier, tout peut devenir l’objet d’une élaboration poétique, du plus sublime au plus banal des faits.
Whoever enters the field of poetry inevitably wonders about its essence, its genesis and its diverse incarnations. The language of the poet, his universe and his voice are gradually forged by his experiences, whether affective, spiritual or purely physical. In the intricate network that links experience, language and poesy, the biographical journey of the author is inevitably accompanied by a cultural line of thought : real recollections or bookish reminiscences offer the basis of a mental universe, and provide both the material and the tools of his work. In his workshop, everything, from the most sublime to the most trivial facts, can reveal itself as the source of a poetic development.
Varia : Etudes bibliques
Une analyse narrative comparée du livre d’Esther TM et LXX. Regard sur deux récits d’une même histoire par Catherine Vialle
La recherche propose d’appliquer au TM et à la LXX d’Esther les outils de l’analyse narrative. L’article s’appuie sur trois thèmes. Le premier présente l’intrigue d’ensemble ainsi que les micro-intrigues propres aux différents épisodes. Le deuxième est consacré à l’étude de la caractérisation des personnages. Le troisième s’appuie sur les deux premiers pour évoquer le monde du récit, en particulier sa théologie et son anthropologie. Concernant le TM, cette méthode amène une approche renouvelée des personnages et notamment de Mardochée. Elle aboutit également à une lecture au deuxième degré qui rend compte de l’insertion du livre dans le canon des écritures juives et chrétiennes. Quant à la LXX, l’analyse narrative démontre que ce récit possède une cohérence interne qui lui est propre et qu’il répond à un projet théologique bien spécifique. Loin d’enfermer le lecteur dans un cadre légaliste, Esther LXX est ainsi un récit ouvert qui permet, lui aussi, plusieurs niveaux de lecture.
The research proposes to apply narrative analysis tools to Esther TM and LXX. This article is based on three parts. The first one presents the overall intrigue and the micro-intrigues specific to the different episodes. The second one is dedicated to the study of the character characterization. The third one is based on the two previous chapters. It evokes the world of the story and, in particular, its theology and its anthropology. Concerning the TM, this method brings a renewed approach of the characters, and especially of Mordekhai. It leads as well to a second degree reading that highlights the insertion of the book in the Jewish and Christian canon of Scriptures. Regarding LXX, the narrative analysis demonstrates that the story displays a very personal internal constituency as much as it answers to a very specific theological project. Far from locking the reader into a legalistic framework, Esther LXX is therefore an open story that allows several levels of reading.
Numéro 58 (automne 2009 – hiver 2010)
Sommaire
Dossier : Le judaïsme au temps des Talmuds - Introduction à la littérature rabbinique classique
(Rassemblé par Christophe Batsch)
Batsch Christophe : Présentation du dossier
Vârtejanu-Joubert Mădălina : La lettre comme objet. L’écrit entre réification et herméneutique dans le judaïsme rabbinique
Batsch Christophe : La halakha rabbinique entre oral et écrit
Friedheim Emmanuel : L’historicité des sources talmudiques ou quelques remarques historiques sur l’éducation juive en Palestine au temps de la Mishna et du Talmud
Naiweld Ron : Lorsque la terre trembla. La muraille qui protège le Talmud de la philosophie
Lanfranchi Pierluigi : La polémique anti-chrétienne dans la littérature rabbinique à l’époque des tannaïm
Donnet-Guez Brigitte : Un exemple d’interprétation. Mikhal, femme de David, dans la littérature rabbinique
Stökl Ben Ezra Daniel : « Homme et femme il le créa ». Quelques observations sur l’intersexué dans la littérature tannaïtique
Trehuedic Kevin : Alexandre le Grand et les Sages du Talmud. Traditions grecques et recompositions aggadiques
Costa José : Figures ambivalentes de rabbins. Rabbi Shim‘on ben Yohay et son fils Rabbi Eleazar dans la grotte
Note de lecture
Cazalé Bérard Claude : Le miroir de Sylvie Weil, des Reines du Luxembourg à Chez les Weil
Edition : Histoire
Delmaire Danielle : Les premières années du kibboutz Alonim (1936-1960)
Informations
Résumés
Résumés
Thématiques et méthodes
La lettre comme objet. L’écrit entre réification et herméneutique dans le judaïsme rabbinique par Mădălina Vârtejanu-Joubert
Nous interrogeons ici les rapports entre écrit, écriture et rituel et les conditions pragmatiques dans lesquelles s’élabore l’autorité de l’écriture. Dans le judaïsme cette autorité est double : en tant qu’écrit et, à partir d’un certain moment dans l’histoire, en tant qu’écriture. A partir du Second Temple, la Torah est sacrée à la fois comme parole et comme rouleau, à la fois de par son contenu et en tant qu’objet. La rationalisation, à travers les textes rabbiniques, de cette double sacralité consiste en une mise en valeur herméneutique des aspects matériels. Mais à son tour, l’entreprise herméneutique fait appel à des procédés de réification de l’écriture, d’où un ensemble de discussions sur la forme des lettres et la signification de cette forme. Nous assistons ainsi à un double phénomène : celui de la textualisation de la réalité et celui de réification du texte.
My approach for the present paper is to confront writing and ritual, to test the relations between the written, the act of writing and the ritual and to answer the question concerning the pragmatic contexts within which the authority of writing is established. In Judaism this authority is double : as what is written and as the act of writing. Starting with the Second Temple, the Torah is sacred as word and scroll at the same time as it is sacred by means of its content and as an object. The rationalisation of this double sacredness in the rabbinical texts consists in the hermeneutical valorisation of material aspects. But, in return, the hermeneutical enterprise makes use of procedures for the reification of writing ; hence ensue a whole array of discussions on the form of letters and the meaning of that form. In that, we are witnessing a double phenomenon : the textualisation of reality and the reification of the text.
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La halakha rabbinique entre oral et écrit par Christophe Batsch
La tradition rabbinique conserve la mémoire d’un interdit ancien de mettre par écrit les lois (halakhot) : ces lois transmises de génération en génération constituent le noyau de la Torah orale. Les sources historiques tirées du Talmud et d’autres écrits juifs anciens semblent indiquer que cet interdit était propre au courant pharisien et constituait un trait caractéristique de leur doctrine.
Rabbinical tradition keeps the memory of the ancient prohibition to write down the laws (halakhot). These laws, transmitted from on generation to another, form the core of the oral Torah. Historical sources either from the Talmud or from other ancient jewish writings tend to establish that this prohibition was peculiar to the pharisaic trend. It constituted distinctive feature of their doctrine.
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L’historicité des sources talmudiques ou quelques remarques historiques sur l’éducation juive en Palestine au temps de la Mishna et du Talmud par Emmanuel Friedheim
L’objectif de cet article est de traiter de la question de l’historicité de la littérature talmudique. On se proposera ici de vérifier cette vaste problématique au travers du prisme de l’éducation juive en Palestine romaine. Les textes rabbiniques étudiés montrent que les positions des Sages vis-à-vis des questions pédagogiques reposent sur la réalité historique en terre d’Israël propre aux premiers siècles de l’ère commune.
The purpose of this research explores the question of the historicity of Rabbinic literature from the days of the Mishnah and Talmud. We decided hereby to verify this problematic in the light of some Rabbinic texts dealing with educational questions in Roman Palestine. Differently formulated, this article seeks to extract the historic reality underlying Talmudic texts on pedagogical questions. The conclusions demonstrate that Rabbinic opinions harmonizes well with the social and educational conditions that prevailed among the Jews in the context of Roman Palestine.
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Lorsque la terre trembla. La muraille qui protège le Talmud de la philosophie par Ron Naiweld
Le mouvement rabbinique naît au sein d’un monde hellénisé et dialogue avec des discours philosophiques de la fin de l’Antiquité. Comme les philosophies antiques, le discours rabbinique propose des moyens et des techniques qui permettront à l’individu d’intérioriser un discours vrai et objectif, et de le transformer en une éthique. Cependant, le discours rabbinique classique se distingue de la pensée philosophique antique et cela en deux temps : (1) Il rejette l’ascèse dualiste et n’appelle pas à la mortification du corps afin de sauver l’âme. (2) En rejetant la logique eudémoniste, dominante dans toute la pensée philosophique de l’époque concernée, le discours rabbinique ne situe pas le fondement de l’éthique dans le rapport de l’individu à lui-même.
The rabbinic movement is born in a Hellenized world and dialogues with philosophical discourses of late Antiquity. Just like ancient philosophies, rabbinic discourse suggests ways and techniques that enable the individual to transform the true discourse (the logos) into the individual’s moral law. However, rabbinic discourse differs from ancient philosophical thought in two aspects : (1) It rejects the dualistic asceticism that can be found in many philosophical and Christian texts of the period. In general, the rabbis do not precondition redemption by the mortification of the body. (2) The rabbis reject the eudemonistic logic, dominant in philosophical thought of the period. By this, the rabbinic discourse does not situate the foundation of ethics in the relationship of the individual to him- or herself.
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La polémique anti-chrétienne dans la littérature rabbinique à l’époque des tannaïm par Pierluigi Lanfranchi
Les éléments de polémique anti-chrétienne dans la littérature rabbinique sont peu nombreux, surtout en comparaison avec l’importance de la polémique anti-juive dans la littérature patristique. Comment peut-on expliquer cette circonstance ? Après avoir analysé les difficultés liées à l’étude de ce sujet (exiguïté des données, nature a-historique de la littérature rabbinique, censure du Talmud de la part de l’Eglise), l’auteur discute une série de problèmes relatifs aux réactions des tannaïm au christianisme. Il présente notamment les débats académiques les plus récents autour de la Birkat haMinim, le contexte de sa composition et l’attitude des Sages à l’égard de minim. En reprenant l’explication de Sacha Stern et Martin Goodman, l’auteur conclut que l’absence d’une littérature anti-chrétienne chez les Sages peut être attribuée au « solipsisme » du judaïsme rabbinique.
Elements of anti-christian polemics in rabbinic literature are scarce, especially if we compare their number with the overabundance of anti-Jewish writings in early Christian literature. How can this be explained ? After having analyzed the difficulties in studying this subject (lack of data, a-historical nature of rabbinic literature, Christian censorship of the Talmud), the author discusses some problems concerning reactions of the tannaim to Christianity. He pays special attention to the most recent academic debates on the Birkat haMinim, the context of its composition and the attitude of the Sages towards the minim. Adopting the explanation given by Sacha Stern and Martin Goodman, the author concludes that we can attribute the absence of anti-Christian literature in rabbinic literature to the “solipsism” of the Sages.
Figures et genres
Un exemple d’interprétation : Mikhal, femme de David, dans la littérature rabbinique par Brigitte Donnet-Guez
Mikhal, fille du roi Saül et première femme du roi David, demeure un personnage biblique relativement peu connu. Nous l’aborderons ici sous l’angle de la littérature rabbinique et cette approche nous permettra de percevoir, au travers des différentes interprétations des Sages, leur façon de redessiner un personnage.
Nous appréhenderons ainsi les éléments communs de la vie de Mikhal et de David, à savoir l’aide qu’elle apporta à David dans sa fuite, et leur altercation lors du retour de l’Arche à Jérusalem. Ensuite, nous aborderons le personnage de Mikhal dans sa vie de femme ; là, les Sages ont largement développé l’aspect légal de ses mariages successifs, ce qui nous donnera l’opportunité de suivre la rigueur des raisonnements talmudiques.
Mikhal, daughter of King Saul and the first wife of King David, remains a relatively little-known character in the Bible. We will examine her through the rabbinic literature which will allow us to perceive, through different interpretations of the Sages, their way of portraying a character.
We will therefore learn about the elements common to the life of both Mikhal and of David : how she helped him escape and their altercation when the Ark returned to Jerusalem. Then we will examine the character of Mikhal in her role as a woman : it is here that the Sages largely developed the legal aspect of her successive marriages which will give us the opportunity to see the strictness of the Talmudic thinking.
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« Homme et femme il le créa ». Quelques observations sur l’intersexué dans la littérature tannaïtique par Daniel Stökl Ben Ezra
Plus souvent que nous ne le croyons, un enfant naît ni clairement homme ni clairement femme (cf. la discussion récente autour de la sportive sud-africaine C. Semenya). La littérature rabbinique connaît plusieurs catégories pour désigner des êtres intersexués. La plus répandue est androgynos. Contrairement aux discours gréco-romains péjoratifs, le débat rabbinique à propos de l’androgynos reste complètement neutre. L’androgynos existe tel quel mais selon la situation il/elle doit se comporter ou comme un homme ou comme une femme. Les rabbins reconnaissent l’existence de trois sexes mais seulement deux genres. L’article utilise les sources tannaïtiques concernant l’androgynos et montre une attitude différente entre la Tosefta et une tradition entrée plus tardivement dans la Mishna (une baraïta). La première traite l’androgynos plutôt comme un homme, tandis que la dernière a une certaine tendance féminisante.
More frequent than known, children are born whose sex is neither clearly male nor female (cf. the recent discussion of the South-African runner C. Semenya). Rabbinic literature knows several categories of intersex people and animals, the most widespread being the « androgynos ». Contrary to the rather pejorative Greco-Roman discourse, rabbinic discussions of the juridical implications of this ambiguous state remain neutral. The rabbis know three sexes and two genres meaning that intersex people are recognized but have to behave as either men or women depending on the situation. The present article addresses the tannaitic sources about the androgynos and argues for the existence of two different attitudes. The Tosefta (and later the Talmuds) tend to categorize the androgynos usually among the males. A later tradition that entered the Mishna (baraita), however, seems to have a certain feminizing tendency.
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Alexandre le Grand et les Sages du Talmud. Traditions grecques et recompositions aggadiques par Kevin Trehuedic
La littérature rabbinique conserve la mémoire de traditions juives concernant Alexandre le Grand. Celui-ci incarne souvent, dans la Aggada, le souverain universel, roi juste ou bien inique. En outre, certains épisodes du Talmud présentent des affinités profondes avec la célèbre biographie légendaire d’Alexandre, rédigée en grec. On compare l’un de ces épisodes, l’échange de questions et réponses du roi avec dix Sages, pour mettre en évidence les spécificités juives de la légende d’Alexandre. La version du Talmud atteste les préoccupations des Amoraïm (IIIe – Ve siècles) concernant les spéculations sur la Création.
Rabbinic literature bears witness of jewish traditions concerning Alexander the Great. In Aggada, he often represents the universal sovereign, a fair or iniquitous king. Besides, some episodes of the Talmud share deep affinities with Alexander’s famous legendary biography, which was written in Greek. The colloquy of the king and ten sages is one of those. Comparing the different versions of this episode permits to estimate the Jewish peculiarities of Alexander’s legend. The version of the Talmud reveals the concerns of Amoraïm (IIIth – Vth centuries) about speculations on Creation.
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Figures ambivalentes de rabbins. Rabbi Shim‘on ben Yohay et son fils Rabbi Eleazar dans la grotte par José Costa
Le présent article propose une nouvelle lecture d’un récit célèbre du Talmud Babli (Shabbat, 33b-34a), celui du séjour de Rabbi Shim‘on ben Yohay et de son fils dans une grotte. Cette lecture insiste sur la dimension eschatologique du texte et sa relation avec la mystique. Le deuxième séjour est explicitement présenté comme un équivalent de l’enfer et le premier, implicitement, comme un équivalent du paradis messianique. Le regard de feu de Rabbi Shim‘on et de son fils rappelle le rayonnement du visage de Moïse. Moïse et Rabbi Shim‘on sont entrés en contact étroit avec Dieu et ses anges et ont été eux-mêmes partiellement transformés en anges. Ils n’ont plus de place claire dans l’ordre cosmique, apparaissant comme des éléments perturbateurs et potentiellement dangereux. Un autre rabbin partage ces traits avec eux : Rabbi Eliézer ben Horkenos.
This paper deals with a famous Aggada of the Babylonian Talmud (Shabbat, 33b-34a), which tells the sojourn of Rabbi Shim‘on ben Yohay and his son in a cave. We propose a new interpretation of the text, which emphasizes its eschatological and mystical dimensions. The second sojourn is presented as an explicit equivalent of the gehenna and the first one, more implicitly, as an equivalent of the messianic paradise. The burning eyes of the rabbis are similar to the radiant face of Moses. Moses and Rabbi Shim‘on are in contact with God and his angels and are themselves partially transformed in angels. They don’t have anymore a place in the cosmic order and are potentially dangerous. Another rabbi shows the same features : Rabbi Eliezer ben Horkenos.
Numéro 57 (printemps – été 2009)
Sommaire
Dossier : Le Cantique des Cantiques - Entre herméneutique et poésie
(Rassemblé par Claude Cazalé-Bérard et Andrée Lerousseau)
Cazalé-Bérard Claude et Lerousseau Andrée : Présentation du dossier
Garbini Giovanni : Le Cantique des Cantiques et son environnement culturel
Morgenstern Matthias : « Pudeur juive » et « jouissance sensuelle ». Les commentaires du Cantique des Cantiques de H. Graetz et R. Breuer
Taïeb Lucie : Le recours au Cantique des Cantiques dans la représentation poétique de victimes de la Shoah chez Nelly Sachs et Edmond Jabès
Mounic Anne : Le Cantique des Cantiques, parabole de l’amour et du poème
Cazalé-Bérard Claude et Lerousseau Andrée : Entretien avec le poète Claude Vigée. Chir Hachirim
Braun Guy : Le Cantique des Cantiques, illustrations
Varia : Histoire et littérature
Vareilles Guillaume : Le Plan Peel ou la défaite de la volonté
Duris-Massa Chantal : L’écriture « minimaliste » dans la littérature israélienne : la rupture des années 1990
Edition - Traduction
Desbrière-Nicolas Brigitte : L’enfance effarée aux heures sombres du protectorat de Bohême-Moravie. Deux récits de Lenka Reinerová traduits de l’allemand et présentés par
Informations
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Résumés
Résumés
Dossier : Le Cantique des Cantiques. Entre herméneutique et poésie
Le Cantique des Cantiques et son environnement culturel par Giovanni Garbini
Les recherches historiques et philologiques, enrichies par la découverte des manuscrits de Qoumrân, démontrent aujourd’hui que l’environnement culturel dans lequel a été écrit le Cantique des Cantiques est un milieu hellénisé, que celui-ci n’a pu être composé avant le IIe siècle avant l’ère chrétienne, et que plus probablement il remonterait aux premières décennies du Ie siècle. Tout laisse supposer que le Cantique fut écrit par un membre de la caste sacerdotale en réaction à la domination exercée par le Pharisianisme : il orienta son œuvre poétique en s’insérant dans le filon de la poésie érotique (Méléagre, Philodème), également imitée par l’auteur des Proverbes, dont il renverse cependant la leçon moralisatrice : l’amour ne mène plus à la mort mais à la vie. On peut voir dans le Cantique un traité sur l’amour s’inspirant du modèle platonicien dont la présence est repérable au niveau intertextuel ; mais sa plus grande originalité semble résider dans sa position assumée vis-à-vis de la femme, à la suite des idées épicuriennes.
Historical and philological research, enriched by the discovery of the Qumran manuscripts, now shows that the cultural environment in which the Song of Songs was written was a Hellenised circle, that the Song of Solomon cannot have been composed before the second century B.C. and that it is much more likely that it should have been written at the beginning of the first century. It is even probable that it was written by a member of the priesthood reacting against the Pharisees, and following in his work the example of erotic poetry (Meleager, Philodemus), also imitated by the author of the Proverbs, whose moral lesson he puts upside down : love does not lead to death but to life. The Song of Songs can be seen as a treatise on love inspired by the Platonic model as can be induced from the intertextual element. Its greatest originality lies in its position as regards women in the Epicurean line.
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« Pudeur juive » et « jouissance sensuelle » – Les commentaires du Cantique des Cantiques par H. Graetz et R. Breuer par Mathias Morgenstern
Selon la tradition juive, « le monde entier n’est pas digne du jour où le Cantique des Cantiques a été écrit, car toutes les Ecritures sont saintes, mais le Cantique des Cantiques est saint parmi les saints ». D’un autre coté, les rabbins disent que « celui qui récite un verset du Cantique à la façon d’un chant d’amour (profane) et cite inopportunément un verset lors d’un banquet apporte le malheur dans le monde » (Talmud de Babylone, Sanh. 101a). Cette interdiction talmudique a mené à une interprétation allégorique selon laquelle l’amour entre Dieu et le peuple d’Israël est décrit dans ce livre sous le déguisement du roi Salomon, l’amant, et de Sulamite, sa bien-aimée. Cette interprétation allégorique laisse en suspens la question du sens littéral du Cantique.
Deux commentaires de la plume d’auteurs de l’orthodoxie juive-allemande furent écrits sous le Second Empire allemand : Heinrich Graetz (1871) suggéra de comprendre le Cantique comme un chant d’amour composé durant la période gréco-macédonienne et racontant l’histoire d’un couple chaste et pur. Raphaël Breuer, rabbin orthodoxe à Aschaffenburg en Bavière du Nord, supposa la coexistence des interprétations littérale et allégorique ; selon lui, la compréhension littérale du texte doit se faire dans la perspective de la Loi juive, c’est-à-dire de la Halakhah et du Choulhan Aroukh. Cela signifie pour lui que le récit du livre ne propose pas un bon exemple, mais un exemple qu’il ne faut pas suivre : il montre comment un couple juif ne devrait pas se comporter. Dans son commentaire, Breuer montre comment le Cantique, dans son interprétation littérale, apporta « le malheur dans le monde », particulièrement en ce qui concerne son influence dans la littérature et la poésie allemandes. L’exemple du commentaire de Breuer montre comment, dans sa perspective orthodoxe, la symbiose culturelle juive-allemande du XIXe siècle (dans la tradition de Breuer selon la devise talmudique « Torah im dèrekh èrets ») prit fin, cela une vingtaine d’années avant que cette symbiose ne soit brutalement anéantie.
According to Rabbinic tradition, the entire universe is not as worthy as the day on which the Song of Songs was given to Israel, for all the Writings are holy, but the Song of Songs is the Holy of Holies. On the other hand, the rabbis say that whoever recites this Biblical book and treats it as a secular song brings evil to the world (Babylonian Talmud, Sanhedrin 101a). This talmudic injunction has led to the allegorical interpretation according to which the love of God and Israel is described in this book under the guise of Salomon as the lover and Shulamit, his beloved. This allegorical view to which this book owes its inclusion into the canon of the Jewish Bible leaves the question open how the Song of Songs is to be understood in a literal sense.
Two German-Jewish commentaries on this book that were written during the time of the second German Empire deal with this problem : Heinrich Graetz (1871) suggested to understand the book literally as an « epic love song » that came into existence in the late Graeco-Macedonian period of Palestine telling the story of a decent Jewish couple and thus implicitly admonishing against irrespectable and obscene behavior. In his most controversial commentary (1912), Raphael Breuer, an orthodox rabbi of Aschaffenburg (Bavaria), on the other hand presupposes that the allegorical and the literal interpretation of the book coexist side by side ; according to him the literal understanding of the Song of Songs has to take the perspective of Jewish law (Halakha) and the Shulkhan Arukh. This means that the story which is told in this book does not set a positive, but a negative, a deterring example. It makes evident how a modest Jewish couple should NOT behave. In his commentary Breuer then shows how the improper understanding of the Song of Songs in its literal sense as an erotic love song « has brought evil to the world », especially with its influence on German literature and lyrics. The example of Raphael Breuer’s commentary, unique in its way, shows how in his orthodox perspective the German-Jewish cultural symbiosis of the 19th century (in Breuer’s own tradition according to the talmudic slogan, « Torah im dèrekh èrets » « Tora with the ways of the world ») has come to an end.
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Le recours au Cantique des Cantiques dans la représentation poétique de victimes de la Shoah chez Nelly Sachs et Edmond Jabès par Lucie Taïeb
Nelly Sachs (Berlin 1891- Stockholm 1970) et Edmond Jabès (Le Caire 1912- Paris 1991) affrontent tous deux la mémoire de la Shoah dans des œuvres poétiques puisant notamment aux sources du judaïsme. Ainsi, le recours à certains archétypes bibliques – notamment à la figure de Job – leur permet-il d’affronter l’épreuve d’une écriture poétique devant rendre compte d’un événement d’une violence extrême. La présence du Cantique des Cantiques dans leurs œuvres respectives pourra sembler plus étonnante.
Notre article se propose donc de lire cet intertexte biblique à deux niveaux. Dans un premier temps, nous montrons dans quelle mesure le recours au Cantique permet notamment aux deux poètes de s’affranchir d’une représentation stéréotypée des victimes de la Shoah pour se concentrer sur le lien d’amour qui subsiste entre le sujet lyrique et ceux qui furent assassinés par les nazis.
Dans un deuxième temps, nous abordons la dimension mystique de cette présence du Cantique, notamment en faisant appel à la théorie lourianique de la restauration du monde par la foi et l’amour.
Nelly Sachs (Berlin 1891-Stockholm 1970) and Edmond Jabès (Cairo 1912-Paris 1991) are both Jewish poets dealing with the memory of the Holocaust. As many other authors facing the difficulty of writing about such a traumatic event, they both quote and re-write biblical archetypes, such as the endless suffering Job. More surprisingly, both of them also use the Song of Songs to evoke and describe the loss and the mourning of the victims.
The purpose of this article is to « read » the presence of this biblical text at two different levels : first we show how this intertextuality allows the poets to transcend a stereotyped representation of suffering victims and to evoke the bound of love remaining between the lyrical subject and those who were killed by the nazis.
We then try to decipher the meaning of the Song, as quoted by the poets, at a mystical level, referring among other to the lurianic theory of the restoration of a broken world through the power of faith.
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Le Cantique des Cantiques, parabole de l’amour et du poème par Anne Mounic
En envisageant les relations, ou les filiations, entre quelques œuvres poétiques (Shakespeare, William Blake, D.H. Lawrence, Robert Graves, Léopold Sédar Senghor, Gustave Roud et Claude Vigée) et le Cantique des Cantiques, l’auteur montre que ce dernier, parabole de l’amour et amour comme parabole, triomphe de la subjectivité en sa corrélation avec le Tu – celui de l’amant, de l’amante, celui de Dieu, pour aboutir au Nous de la subjectivité partagée – peut être considéré comme parabole du poème, comme acte de connaissance de ce qui, sans le secours de la voix, de la parole et de leur rythme, nous demeurerait hermétiquement celé. Elle envisage à quel point cette dynamique du poème biblique – poursuite amoureuse, dialectique du devenir et de l’instant, ouverture au monde, à l’autre et à l’avenir dans un cadre pastoral – imprègne le poème moderne. Se noue entre amour, voix et rythme, acte de soi et acte de dire, une indissociable unité de plénitude – dans l’instant, « évanouissant », du vers.
Considering the relationship or the filiations between a few poetical works (Shakespeare, William Blake, D.H. Lawrence, Robert Graves, Léopold Sédar Senghor, Gustave Roud, and Claude Vigée) and the Song of Solomon, the author shows that the Song of Songs, a parable of love and love as a parable, a triumph of subjectivity in its connection with the second person – the You, or Thou, of the lover, the beloved, the Thou of God, leading to the We of shared subjectivity – may be considered as a parable of the poem, the act of getting to know what would remain hermetically hidden without the help of the voice, speech, and rhythm. She contemplates how the dynamics of the Biblical poem – the love pursuit, the dialectics of becoming and the present moment, an opening to the world, the other and the future in a pastoral setting – pervades the modern poem. Between love, the voice, and rhythm, the subjective act and the act of saying, an unbreakable unity of plenitude is created – in the « vanishing » moment of the poem.
Varia : Histoire et littérature
Le Plan Peel ou la défaite de la volonté par Guillaume Vareilles
Cet article présente le premier plan de partage de la Palestine mandataire, appelé aussi Plan Peel, de juillet 1937. Ce plan est le résultat d’un travail mené par une commission royale britannique à la suite de soulèvements arabes survenus dans la région dès le printemps 1936. S’il est en ce sens une réponse à une situation de crise immédiate dont la manifestation est le divorce entre les communautés juive et arabe, il s’inscrit néanmoins dans un contexte plus général de tensions larvées qui ont vu le jour dès le lendemain de la Première Guerre mondiale et dont les conclusions seront en partie reprises lors des discussions devant l’ONU en 1947. Le Plan Peel est ainsi une tentative d’officialisation du partage de la Palestine, et annonce déjà les futures fissures de l’empire britannique et la création de l’Etat d’Israël.
This article presents the first plan for the partition of the British mandate of Palestine, also called the Peel Plan, in July 1937. This plan is the result of the British Royal Commission’s work following local Arabs uprisings in spring 1936. If on the one hand it is a response to an on-going crisis which revealed itself as a divorce between the Arab and Jewish communities, it is also part of a more global context of latent tensions existing since the end of the First World War, and of which the conclusions will be in part re-used during the negotiations of 1947 at UNO. The Peel Plan is an attempt to formalise the partition of Palestine, and announces the future breakup of the British Empire and the creation of the Israeli state.
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L’écriture « minimaliste » dans la littérature israélienne : la rupture des années 1990 par Chantal Duris-Massa
Confrontés aux incertitudes du monde extérieur, et s’interrogeant, d’autre part, sur l’aptitude de la langue à rendre compte de la réalité, les auteurs minimalistes israéliens des années 1990 (parfois regroupés sous les termes de safa raza : langue maigre) se positionnent en rupture complète avec les générations littéraires précédentes. Ils se replient sur le territoire du privé, de l’espace personnel et ordinaire (rupture thématique), et revendiquent d’écrire une langue simple, courante, comme celle supposée parlée dans la rue (rupture stylistique). On peut distinguer deux versions : l’une positiviste, qui prône la restriction du discours pour coller au « peu » susceptible d’être dit avec certitude (exemple de G. Taub), l’autre postmoderniste, qui opte pour le décalage, la réalité ne se laissant approcher que par le biais des représentations fictives, qui se dévoilent en tant que telles (exemple d’E. Keret).
Faced with the outside uncertainty, and wondering about the language’s ability to faithfully describe the reality, the minimalist Israeli authors of the 90’s take a stand against the former literary generations. They fall back on privacy, on personal and ordinary life (thematic breakdown), and stand out for writing a simple, current language, like the one supposed to be spoken in the street (stylistic breakdown). Two versions can be made out : the first one is positivist, and advocates restriction of language in order to stick to the « little » likely to be said with certainty (G. Taub for instance), and the other one is postmodernist, which prefer words’games, reality only approached by fiction, presented as such (E. Keret for instance).
Numéro 56 (automne 2008 – hiver 2009)
Sommaire
Dossier : Bibliothèques Hebraïca – Judaïca
(Rassemblé par Danielle Delmaire)
Delmaire Danielle : Présentation du dossier
Schattner-Rieser Ursula : La bibliothèque araméenne de la communauté juive d’Eléphantine
Pétigny Amaury : La Bibliothèque d’Alexandrie et la littérature judéo-hellénistique
Schattner-Rieser Ursula : La bibliothèque des manuscrits de la mer Morte
Iancu-Agou Danièle : Livres hébreux dans le XVe siècle provençal
Batsch Christophe : La « genizah italienne ». Les manuscrits hébraïques anciens, réemployés dans des reliures d’archives et de bibliothèques à travers l’Europe
Héricher Laurent : Le fonds des manuscrits hébreux de la Bibliothèque nationale de France
Kuperminc Jean-Claude, Malthête Avraham : Les manuscrits hébreux de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, Paris
Varia : Histoire et littérature
Orjekh Mathias : Les Transports en Commun de la Région Parisienne à la Libération, entre épuration et réintégration
Grundy Paul : Le conformisme outrancier dans Zelig et La place de l’Etoile
Edition - Traduction
Duris-Massa Chantal, Goudaert Françoise, Saquer-Sabin Françoise : Cœur à cœur de Judith Rotem
Informations
A travers les livres
A travers les revues
Résumés
Résumés
Dossier : Bibliothèques Hebraïca – Judaïca
La bibliothèque araméenne de la communauté juive d’Eléphantine par Ursula Schattner-Rieser
Aux XIXe et XXe siècles, des centaines de documents furent découverts en Egypte, écrits en hiératique, démotique, araméen, grec, latin et copte. Une cinquantaine des textes en araméen datant du Ve siècle av. J.-C. et écrits sur papyrus ou sur des ostraca sont d’une importance inestimable pour les études bibliques et l’histoire du judaïsme de l’époque perse. Les documents sont originaires de l’île Eléphantine et de son port fluvial Syène, l’actuel Aswan, et comprennent des lettres privées et des archives familiales, des listes de noms, des documents officiels et des récits romanesques telle l’histoire du sage Ahiqar. Ils sont repartis dans des musées et bibliothèques d’Oxford, Cambridge, Londres, Munich, Berlin, Göttingen, Vienne, Paris, Moscou, Caire et Jérusalem.
During the 19th and 20th centuries, hundreds of documents such as papyri and ostraca, in Hieratic, Demotic, Aramaic, Greek, Latin and Coptic, had been discovered by finds and archaeological excavations. Most interesting for biblical studies, Jewish history and early Diaspora are some 50 papyri and ostraca written in Aramaic during the 5th century. The papyri originate from the Egyptian border fortresses of Elephantine Island a site in Upper Egypt and its harbour Syene (Aswan). The documents include private letters and archives, name lists, legal and official documents and tales, as the story of Ahiqar the wise. They are scattered and hosted in museums and libraries at Oxford, Cambridge, London, Munich, Berlin, Göttingen, Vienna, Paris, Moscow, Cairo and Jerusalem.
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La Bibliothèque d’Alexandrie et la littérature judéo-hellénistique par Amaury Pétigny
La place de la communauté juive en Alexandrie a maintes fois été étudiée et analysée, tout comme la fondation, l’organisation et l’héritage intellectuel du Muséion et de son collège de savants. Le présent article vise à mettre en lumière les relations que les auteurs juifs alexandrins entretenaient avec la Bibliothèque. L’installation et l’hellénisation progressive d’une diaspora, majoritairement arrivée à partir du début de la dynastie lagide, coïncide avec l’effervescence intellectuelle de la ville d’Alexandrie, et la création de la Bibliothèque est liée à l’événement fondateur de la culture judéo-hellénistique, la traduction des Septante. Si l’influence de cette traduction sur les lettres alexandrines fut limitée, la fréquentation probable de la Bibliothèque par les intellectuels juifs amène une refonte de l’identité juive au prisme de la pensée grecque, impactant indirectement les lettres alexandrines en retour.
The place of the Jewish community in Alexandria has been many times studied and analyzed, as well as the foundation, the organization and the intellectual heritage of the Museion and its college of scholars. The present article aims to shed light on the relationship that the Jewish authors had with the Library. The settlement and the progressive hellenization of a diaspora, mainly arrived from the beginning of the Lagide dynasty, coincides on the one hand with the intellectual stimulation of Alexandria, and on the other hand, the creation of the Library is linked to the foundational event of the Jewish-Hellenistic culture, the translation of the Septuagint. If the influence of this translation on Alexandrian letters was limited, the likely attendance at the Library by the Jewish scholars brings a recast of the Jewish identity through the prism of the Greek thought, indirectly impacting back the Alexandrian letters.
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La bibliothèque des manuscrits de la mer Morte par Ursula Schattner-Rieser
Entre 1947 et 1956, plus de 800 textes écrits en hébreu, araméen et grec furent découverts dans onze grottes, situées à l’ouest de la mer Morte et à près de 12 kilomètres au sud de Jéricho. Quelques deux cents écrits sont les plus anciens témoins du texte biblique et sont représentatifs du judaïsme multiforme, toutes tendances confondues. Les autres documents comprennent des textes deutérocanoniques, apocryphes, physiognomoniques, puis des prières et des écrits pour les besoins de la communauté. Les manuscrits de Qumrân ne sont pas « la bibliothèque sectaire » du yaḥad, la communauté en hébreu, ni l’œuvre exclusive des esséniens comme on l’a souvent dit et il est certain qu’une grande partie des manuscrits vient d’ailleurs, notamment les textes araméens de la grotte quatre. La découverte est de la plus grande importance pour les études bibliques, du judaïsme ancien et du christianisme primitif.
Northwest of the Dead Sea, twelve kilometers to the south of Jericho and some thirty kilometres north of En-Gedi more than 800 manuscripts written in Hebrew, Aramaic and Greek had been found in 11 caves near the ruins of Qumran between 1947 and 1956. The 200 biblical manuscripts are representative of Second Temple Judaism and offer an overview of the plurality of tendencies and versions. The remaining 650 documents comprise pseudepigrapha, apocrypha, prayers, horoscopes and texts belonging to the community. The manuscripts are neither a sectarian library of the community, yaḥad in Hebrew, nor the exclusive production of the Essenes as it had sometimes been expressed. It is obvious that a large number of texts come from outside, in particular the Aramaic texts from cave four. The discovery is one of the most important find for biblical studies and for our understanding of ancient Judaism and early Christianity.
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Livres hébreux dans le XVe siècle provençal par Danièle Iancu-Agou
Grâce à des inventaires déposés dans des archives notariales, il est possible de connaître les riches bibliothèques des lettrés juifs, souvent médecins, dans la Provence du XVe siècle. Elles se composent de manuscrits de la Bible, du Talmud, de diverses exégèses et de grammaire, ainsi que de traités scientifiques (astronomie, médecine etc.). Les Juifs convertis au christianisme (néophytes) ne renoncent pas complètement à leur religion ancestrale lorsqu’ils conservent leur bibliothèque.
From inventaries deposited in notarial archives, it is possible to obtain information about the extensive libraries of lettered Jews, particularly medical practitioners, in 15th Century Provence. These libraries are made up of Biblical manuscripts, the Talmud, various grammatical exegeses, as well as scientific tracts (astronomy, medecine etc). Jews having converted to Christianity (neophytes) did not necessarily renounce their former faith as they kept their libraries.
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La « genizah italienne ». Les manuscrits hébraïques anciens, réemployés dans des reliures d’archives et de bibliothèques à travers l’Europe par Christophe Batsch
Aux XVIe et XVIIe siècles, en Italie du Nord, d’innombrables manuscrits hébraïques sur parchemin ont été réutilisés comme reliures ou cartons d’archives par des imprimeurs ou des bureaux (communes, paroisses, notaires etc.). Depuis une trentaine d’années, la recherche systématique de ces manuscrits anciens a permis des découvertes importantes pour la connaissance de l’histoire juive et de ses textes. On donne à cet ensemble de découvertes le nom de « genizah italienne ». D’autres découvertes sont attendues dans les archives d’autres régions d’Europe où une communauté juive fut, un jour, florissante.
During the XVIth and the XVIIth c., in Northern Italy, a lot of hebraic manuscripts written on parchment were re-used for strengthing bookbindings. This was usual in printeries and binderies, but also in many kinds of public or private offices : communal administrations, parishes, notary offices, etc. For about thirty years systematic research of theses manuscripts has lead to some important discoveries for the history of Judaism and Jewish ancient literature. All these discoveries are now known as the « Italian genizah ». More findings may be expected from others European regions where once lived a flourishing Jewish community.
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Le fonds des manuscrits hébreux de la Bibliothèque nationale de France par Laurent Héricher
Le fonds des manuscrits hébreux de la BnF, l’un des plus importants en Europe, créé il y a six siècles et demi, compte aujourd’hui 1 490 manuscrits témoignant de la richesse et de la diversité de la production intellectuelle et spirituelle du peuple juif à travers les âges, tant en Palestine que dans les pays où ils furent par la suite contraints de s’exiler. Ainsi, aux côtés des plus anciens manuscrits hébreux connus au monde, les fragments de la mer Morte découverts par le père Roland De Vaux en 1950 à Qumran, le fonds des manuscrits hébreux s’est enrichi au cours des siècles de manuscrits issus d’achats et de dons. Il compte, entre autres, l’une des collections les plus importantes d’ouvrages de philosophie médiévale traduite du grec ou de l’arabe en hébreu, des ouvrages de sciences, une centaine de Bibles ashkénazes et séfarades dont certaines figurent parmi les chefs d’œuvres de l’enluminure médiévale, de magnifiques Bibles yéménites, les ouvrages des plus grands commentateurs et compilateurs de halachah, une importante collection de manuscrits hébreux originaires du Maroc, les grammaires des hébraïsants chrétiens.
The Hebrew manuscripts collection of the BnF is one of the major Hebrew manuscripts collections in Europe. It was established six and a half centuries ago or so by merging several private collections with the royal collections. It includes around 1 490 pieces bearing witness of the intelletual cultural wealth and diversity of world Jewry through the ages, from Palestine to the countries where Jews exiled themselves. Next to the most ancient existing Dead sea Scrolls fragments discovered in Cave One by Roland De Vaux in the 1950’s, BnF’s Hebrew collection has benefited many acquisitions and prestigious gifts. It includes one of the richest and most complete Philosophical Judeo-arabic text collection, medicine treatises, astronomy, geometry, mathematics, a hundred magnificent ashkenazic, sefaradic and yemenite Bibles, and inclued treasures of Jewish illumination art. The major exegets are represented and an important collection of Moroccan piyutim manuscripts is one of the latest valuable acquisitions. The christians hebraists are also represented as the Hebrew manuscripts collection includes their original works.
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Les manuscrits hébreux de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, Paris par Jean-Claude Kuperminc et Avraham Malthête
Pratiquement depuis sa fondation en 1860, l’Alliance israélite universelle a commencé à constituer une bibliothèque, principalement fournie en Hebraica et Judaica. Riche aujourd’hui de près de 150 000 volumes, elle possède également un important fonds de manuscrits hébreux (500). En acceptant de prendre la charge de ces manuscrits, l’Alliance a transformé sa bibliothèque en un lieu de conservation patrimoniale de premier ordre. Les manuscrits hébreux de l’AIU font partie des plus grandes collections dans le monde, et sont fréquemment sollicités pour des publications ou des expositions.
On verra, aux quelques exemples présentés ici, la richesse exceptionnelle de la collection de manuscrits de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle.
Practically since its foundation during the year 1860, the Alliance israélite universelle began to build up a library, mainly provided in Hebraica and Judaica. Actually rich of about 150 000 volumes, the library has also an important fund of Hebrew manuscripts (ca. 500). By accepting to take in charge these manuscripts, the Alliance has transformed its library in a place of patrimonial conservation of first rank. The Hebrew manuscripts fund of the AIU takes place among the world most famous collections and is very often consulted for publications or exhibitions.
One shall see through the few examples presented here, the exceptional richness of the manuscripts collection of the library of the Alliance israélite universelle.
Varia : Histoire et littérature
Les Transports en Commun de la Région Parisienne à la Libération : entre épuration et réintégration par Mathias Orjekh
Au cours des années d’Occupation, les directions des deux compagnies de Transports en Commun de la Région Parisienne (la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne et la Compagnie du Chemin de fer Métropolitain de Paris) ont appliqué avec un certain zèle les mesures d’exception prises contre les Juifs. Elles n’ont pas hésité à évincer, petit à petit, la totalité de leurs agents dès qu’ils répondaient aux critères définis par le gouvernement de Vichy et les autorités allemandes.
Cette politique de collaboration active a été sanctionnée à la Libération tant à la tête des compagnies de transports qu’à la base parmi les simples agents.
A l’issue de la guerre, la nouvelle administration traita avec beaucoup de sérieux les dossiers soumis à épuration et réprima non seulement les actes de collaboration mais aussi les cas de dérives antisémites de son personnel après la Libération.
During the years of German Occupation, the management of the two public Transport Companies for the Paris Region (la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne and la Compagnie du Chemin de fer Métropolitain de Paris) zealously enforced the measures of exception taken against the Jews. They would not hesitate to oust, gradually, all their agents, as soon as the latter would meet the Vichy government and the german authorities requirements.
This active collaboration policy was sanctioned at the Liberation : the heads of the Transport Companies were repressed, the ordinary officers too.
At the end of the war, the new management adopted a new attitude : they severely punished the earlier acts of collaboration, as well as the anti-Semitic excesses of their staff after the Liberation.
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Le conformisme outrancier dans Zelig et La place de l’Etoile par Paul Grundy
Issus de sociétés et d’époques distinctes, Zelig, film de Woody Allen (1983) et La place de l’étoile, roman de Patrick Modiano (1968), sont liés par la même obsession profonde, celle du conformisme outrancier. Leurs deux anti-héros sont des hommes-caméléon qui manifestent une soumission portée à l’extrême, de sorte qu’elle devient acte subversif. Le présent essai examine la posture d’agent provocateur adoptée par Allen et Modiano vis-à-vis de l’identité juive. La comparaison des oeuvres – au moyen d’une analyse des stratégies narratives et du traitement de la thématique du caméléon – révèle la transformation d’un délire scandaleux et amoral en satire puissante. Les deux fictions miment les mécanismes de la propagande. Pour conclure, l’article s’interroge sur les implications divergentes de ce conformisme outrancier dans la France de 1968 et les Etats-Unis de 1983.
Born from two distinctly different societies, Woody Allen’s film Zelig (1983) and the Patrick Modiano novel, La place de l’étoile (1968), share the same profound obsession with outrageous conformism. Both their anti-heroes are chameleon men driven to a state of submission so extreme that it becomes a subversive act. The present essay examines the provocative stance adopted by Allen and Modiano in relation to Jewish identity. By comparing the two works – through an analysis of narrative strategy and the treatment of the chameleon theme – it aims to reveal how scandalous, amoral fantasy works as potent satire. Both stories mimick the mechanisms of propaganda. The last part of the article deals with the differing implications of outrageous conformism in France in 1968 and the United States in 1983.
Numéro 55 (printemps – été 2008)
Sommaire
Dossier : Les cent premières années de Tel-Aviv : 1909-2009
(Rassemblé par Rina Cohen Muller)
Cohen Muller Rina : Présentation du dossier
Aleksandrowicz Or : Kurkar, ciment, Arabes, Juifs : comment construit-on une ville hébraïque ?
Kark Ruth et Klein Yossi : La démolition de la gymnasiya Herzliya et la construction de la tour Shalom Meir. Début de l’américanisation de Tel-Aviv
Berger Tamar : Le trait d’union (entre Jaffa et Tel-Aviv)
Rozenholc Caroline : De la frontière à la marge : Florentin. Explorations géographiques d’un quartier historique
Busi Dudu : Le nouvel Ha-Tiqva
Munk Yael : Tel-Aviv, capitale du cinéma israélien
Varia : Littérature et événement
Saquer-Sabin Françoise : Foiglman, l’oiseau migrateur
Benoit-Roubinowitz Martine et Charbit Denis : Le voyage d’Angela Merkel à Jérusalem, 16 au 18 mars 2008
Edition : Littérature
Argelès Daniel et Benoit-Roubinowitz Martine : Günter Kunert
Bourel Dominique : Hommage à Stéphane Mosès
A travers les livres
Informations
Résumés
Résumés
Dossier : Les cent premières années de Tel-Aviv : 1909-2009
Kurkar, ciment, Arabes, Juifs : comment construit-on une ville hébraïque ? par Or Aleksandrowicz
La fondation, en 1909, d’Ahuzat Bait – jusqu’à cette date la construction la plus intense et la plus importante venait d’initiatives privées – fournit un excellent exemple pour présenter l’usage que l’on faisait des matériaux de construction afin de réaliser des projets technologiquement avancés. L’édification de ce quartier (qui devint plus tard Tel-Aviv) coïncida avec l’arrivée continue de nouveaux matériaux de construction et de produits venant d’Europe et avec le développement de l’industrie locale du bâtiment. Les innovations techniques et l’activité fébrile furent les principales armes utilisées par les concepteurs de ces quartiers dans leur lutte pour la « conquête du travail » face aux constructeurs arabes. Ces circonstances particulières font de Tel-Aviv – pour la première fois de l’histoire moderne de l’architecture en Palestine – un endroit où des matériaux spécifiques de construction furent choisis délibérément selon une idéologie propre à générer une révolution culturelle, partie prenante des efforts visant à instaurer un renouveau culturel hébraïque. Ce fut ce choix qui fit du ciment (comme matériau) et de la brique (comme produit) les pierres angulaires de la construction hébraïque en Eretz-Israël.
The founding in 1909 of Ahuzat Bait – to that date, the most intense and massive construction enterprise in Jaffa stemming from an organized private initiative – is an excellent test case which unfolds the use of construction materials and products for the realization of aims and goals far beyond the narrow scope of technology. Building the neighbourhood (which later became Tel Aviv) coincided with continuing infiltration of new construction materials and products from Europe and the rise of a local construction industry. The technological innovations and the fervent construction activity were the main weapons used by the neighbourhood builders in their struggle for the « conquest of labor » from the Arab builders. The special circumstances made Tel Aviv – for the first time in the modern history of the architecture in Palestine – a place where specific building materials were chosen deliberately and ideologically to generate a cultural revolution, which was part of a combined effort to establish a newborn Hebrew culture. It was this choice that made cement (as a material) and brick (as a product) the cornerstones of the Hebrew field of construction in Eretz Israel.
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La démolition de la gymnasiya Herzliya et la construction de la tour Shalom Meir. Début de l’américanisation de Tel-Aviv par Ruth Kark et Yossi Klein
Cet article examine les tendances en matière d’urbanisme, de conservation du patrimoine, de modernisation, d’américanisation et de globalisation en Palestine/Israël, et met l’accent sur la ville de Tel-Aviv. Une attention particulière est accordée au secteur historique qui se trouve au cœur de la ville : le site de la gymnasiya Herzliya (lycée), construit en 1909 et démoli en 1959 pour permettre l’édification (entre 1959 et 1965), à sa place, du premier bâtiment en hauteur d’Israël.
Nous avons centré notre article sur les causes et l’analyse du processus général et local qui a abouti à la destruction du monument de renommée nationale et à la construction de l’énorme édifice caractérisé par des concepts nouveaux, universels, commerciaux et techniques. L’événement rend compte du développement des tendances à l’américanisation et à la globalisation des modèles urbains et architecturaux de Tel-Aviv, mais en même temps il signifie la perte d’un repère qui servait de catalyseur primordial pour des intrigues et une politique conservatrices en Israël.
This paper examines trends in planning, conservation, modernization, americanization and globalization in Palestine/Israel, with emphasis on the city of Tel-Aviv. Special attention is given to the important historical area in the heart of the city : the site of the Herzlia Gymnasium (high school), built in 1909 and demolished in 1959 to enable the first high rise building in Israel to be constructed (between 1959-1965) in its place.
We focus on the identification of the determinants and analyze the general and local processes, which led to the destruction of a nationally recognized monument and the construction of a huge building, characterized by new universal, commercial and technological concepts. This event signifies the onset of trends of americanization and globalization of the urban and architectural patterns in Tel Aviv, but at the same time this loss of a landmark served as a crucial catalyst for the development of a conservation lobby and policy in Israel.
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Le trait d’union (entre Jaffa et Tel-Aviv) par Tamar Berger
Le quartier de Neve Tsedeq est raconté, ici, en partie à l’aide de longues citations de l’écrivain Brenner. Au début du XXe siècle, Neve Tsedeq, dont l’établissement est antérieur à celui d’Ahuzat Bait, est réellement un trait d’union entre la ville arabe de Jaffa et ses extensions juives, hors les murs vers le Nord, qui constitueront Tel-Aviv. La présence juive permit d’endiguer le développement arabe. Neve Tsedeq pâtit de l’essor d’Ahuzat Bait et resta lontemps un quartier peu prospère. Une réhabilitation moderne lui rend vigueur mais son antériorité à Ahuzat Bait n’est pas complètement reconnue.
The story of the neighbourhood of Neve Zedek is told here by lengthy quotations from the writer Brenner. At the beginning of the 20th Century, Neve Zedek (which was established before Ahusat Bait) is really a link between the Arab town of Jaffa and its Jewish extension, outside the northern walls, which takes the name of Tel Aviv. The Jewish presence here slows down Arab development northwards. Neve Zedek suffers from the development of Ahusat Bait and remains for a long time an underdeveloped neighbourhood. Modern rehabilitation of this area gives it a certain dynamism, but few today recognise that it was established before Ahusat Bait.
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De la frontière à la marge : Florentin. Explorations géographiques d’un quartier historique par Caroline Rozenholc
Tel-Aviv est désormais inscrite au patrimoine de l’humanité. En 2003, « la ville blanche » a, en effet, été reconnue comme synthèse exceptionnelle de l’urbanisme et de l’architecture moderne du XXe siècle. Mais qu’en est-il du reste de la ville ? Qu’en est-il de ces quartiers du sud de Tel-Aviv demeurés à l’écart de l’aventure et de l’enthousiasme général ? En réalité, ces quartiers – tel Florentin, longtemps délaissé, puis réapproprié – montrent la ville globale sous un jour bien contrasté : celui d’une ville dont le développement, comme réalisation du projet sioniste, a produit des frontières et des espaces intermédiaires. Deux idées centrales seront donc développées dans cet article. La première : l’étude géographique de quartiers comme celui de Florentin donne à Tel-Aviv une profondeur souvent négligée, voire oubliée, quand la ville est à l’envi présentée, et représentée, comme un espace neutre. En effet bien qu’extrêmement localisée, l’analyse de ces espaces met en lumière les enjeux territoriaux mais surtout identitaires qui ont accompagné l’expansion de la ville et sa matérialisation sous la forme d’un projet séparé. La seconde : ce n’est qu’en replaçant le développement de Tel-Aviv dans son contexte que l’on peut comprendre la marginalisation de quartiers qui ont pourtant joué un rôle crucial dans l’essor de la ville. En conjuguant ces deux approches, on s’aperçoit que les répartitions géographiques actuelles des populations (migrants économiques, populations pauvres, nouveaux immigrants, etc.) prennent tout leur sens dans l’agglomération de Tel-Aviv – Jaffa. Il semble bien qu’ici, comme en Europe, le poids de l’histoire soit le facteur explicatif des disparités spatiales. Aujourd’hui, près de cent ans après la création de la ville, de nouvelles dynamiques économiques dissolvent les frontières et font se déplacer les centres de gravité, en même temps elles lancent Tel-Aviv à la conquête de son sud qui, cette fois, n’est plus Jaffa.
In 2003, Tel Aviv has been declared part of the human world heritage by the UNESCO. The “White City” has been recognized as an outstanding example of the new urbanism and architecture of the early 20th century. What about the rest of the city ; its other parts that remained aside from this adventure ? A close look at southern neighbourhoods such as Florentin let a different side of this reality to appear. Long erased from the city map, deserted from both its population and the Municipal services, this specific neighbourhood draws forgotten stakes and resilient borders. Our hypothesis here is that the situation of this neighbourhood, and in general of the southern neighbourhoods of Tel Aviv, has long integrated borders that today are translated in some kind of segregation and diversity. But the economy impulses are now dissolving those limits. Florentin becomes accessible to a new population ; first step of Tel Aviv city towards the South.
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Le nouvel Ha-Tiqva par Dudu Busi
Un écrivain israélien se souvient du quartier de son enfance. Il y revient et observe les nouveaux habitants qui participent au changement du nouvel Ha-Tiqva. La vie y reprend vigueur, les rues sont animées et les scènes y sont colorées, certes mais le quartier n’est plus celui de son enfance.
An Israeli writer recalls his childhood neighbourhood. He returns and observes the new inhabitants who are changing Ha-Tiqva. Life is springing up again, the streets are full of people and the colour returns to the scene. Yet this is no longer the neighbourhood where he grew up !
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Tel-Aviv, capitale du cinéma israélien par Yael Munk
Bien que l’Etat d’Israël ait declaré au moment de son indépendance que Jérusalem, la capitale historique du peuple juif, redeviendrait ce qu’elle avait été il y a deux mille ans, le cinéma israélien fit un autre choix et transforma rapidement Tel-Avv, dont le nom signifie « la colline du printemps », en lieu le plus prisé et le plus significatif pour ses films. L’article couvre les quarante années de cinéma israélien sur la ville – depuis le premier film d’Uri Zohar « Un trou dans la lune » (1964) jusqu’au plus récent « L’An zéro » (Yosef Fidzhadze, 2005) – et analyse les nombreux symboles, choisis par la ville, concernant le changement de la réalité israélienne. Il semble que durant ces quarante années, ce lieu unique qui paraît, à première vue, complètement différent du pays, reflète les diverses transitions idéologiques et politiques de l’Etat d’Israël.
Although the State of Israel has declared upon its independence that Jerusalem, the historical capital of the Jewish People, will be return to be what it was two thousand years ago, Israeli cinema made an other choice and soon turned Tel-Aviv whose name is translated as « Hill of Spring » into the most popular and significant location for its films. The article covers forty years of Israeli cinematic representation of the city – since Uri Zohar’s first film « A Hole in the Moon » (1964) and until the most recent « Year Zero » (Yosef Fidzhadze, 2005) – and analyzes the many symbolic meanings that this city has adopted vis-à-vis the changing Israeli reality. It seems that throughout these forty years, this unique space that at first sight seems completely disconnected from the State, has reflected the Israeli State’s various ideological and political transitions.
Varia : Littérature, étude politique
Foiglman, l’oiseau migrateur par Françoise Saquer-Sabin
Le roman d’Aharon Megged Foiglman, évoque de façon dramatique le rapport complexe, conflictuel et douloureux qu’entretient Israël avec son passé diasporique et avec la langue qui l’incarne le plus, le yiddish. La rupture volontaire et même volontariste avec la mémoire d’avant le sionisme n’est pas parvenue à établir une barrière infranchissable. L’irruption d’un passé enfoui au plus profond de la conscience collective provoque chez le personnage israélien un phénomène d’attirance-rejet, ainsi qu’une série de réactions plus ou moins contrôlées et de toute façon déstabilisantes. La mise en danger d’un équilibre maintenu au prix du refoulement atteint l’individu dans toutes ses dimensions identitaires – affective, psychologique, sociale et culturelle.
Aharon Megged’s novel, Foiglman, dramatically brings out the complex, conflictual and painful relationship which Israel entertains with its diaspora past and with the language which represents it so powerfully : Yiddish. If memories of a pre-Zionist culture have been suppressed voluntarily in the collective consciousness, they have not been made to go away completely. The character in the novel meets this irruption and tries to deal with a phenomenon of attraction-rejection and a series of reactions, more or less controlled, but nonetheless destabilising. The risk of destroying a balance based on suppression affects the character in every part of his identity : affective, psychological, social and cultural.
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Le voyage d’Angela Merkel à Jérusalem, 16 au 18 mars 2008 par Martine Benoit-Roubinowitz et Denis Charbit
Du 16 au 18 mars 2008, Angela Merkel se rendit en Israël et prononça un discours à la Knesset, le parlement israélien. L’événement a retenu l’attention de la presse allemande et israélienne mais les comptes rendus et les appréciations divergent non seulement selon la tendance politique du journaliste mais aussi selon son appartenance nationale. L’événement n’est pas perçu tout à fait de la même manière en Allemagne et en Israël.
From 16th to 18th March 2008, Angela Merkel visited Israel and made a speech in the Knesset, the Israeli parliament. The event drew the attention of the German and Israeli press but the accounts and opinions differ not only between the political tendencies of the journalists but also their national origins. The event has not been seen in the same light in Germany and Israel.
Numéro 54 (automne 2007 – hiver 2008)
Sommaire
Dossier : Parcours de femmes dans la Torah et la tradition juive
(Rassemblé par Françoise Saquer-Sabin)
Bodi Daniel : Les filles du roi Saül et les filles de Zimri-Lim
Donnet-Guez Brigitte : Modernité et indépendance d’Abigaïl dans la littérature biblique (I Sam 25) et post-biblique
Acker Sigrid : Femmes et généalogies bibliques, l’exemple de Mathieu 1
Batsch Christophe : Reines et Nazaréennes, deux femmes de pouvoir à l’époque du deuxième Temple : Hélène d’Adiabène et Bérénice de Chalcis
Lipsyc Sonia Sarah : Les droits des femmes au sein du judaïsme contemporain : avancées et résistances
Varia
Delmaire Danielle : Peqi’in ou la fin d’un village juif en Galilée ?
Fontaine Marion et Martin Emmanuel : Du silence au scandale. La commémoration du soixantième anniversaire de la rafle des Juifs de Lens
Persyn Emmanuel : La relecture de la guerre des Six jours par la presse quotidienne française
Edition
Delmaire Danielle : L’accueil des immigrants juifs. Une lettre du consistoire central
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Résumés
Résumés
Dossier : Parcours de femmes dans la Torah et la tradition juive
Les filles du roi Saül et les filles de Zimri-Lim par Daniel Bodi
Cet article traite du problème soulevé par la critique historique qui considère comme improbable que le roi Saül ait pu offrir à David ses deux filles, Michal et Mérab, pour épouses. En utilisant la méthode comparative, l’offre de deux filles à un même homme est comparée aux pratiques matrimoniales du roi Zimri-Lim de Mari du XVIIIe siècle avant notre ère qui a offert ses deux filles Šimātum, l’aînée, et Kirûm, la cadette, au même homme, Ḫāya-Sūmû. Par le biais de ces mariages successifs, Zimri-Lim espérait mieux contrôler son gendre et vassal insoumis. Le roi Saül, mariant sa fille Michal à David, comptait trouver en elle une complice pour mieux contrôler son rival politique. De même, le roi hittite Hattusili III (1267-1237), qui avait une politique matrimoniale élaborée, a offert deux de ses filles au pharaon Ramsès II (1290-1224) pour épouses. De plus, le motif de la menace de suicide par la princesse Kirûm dans les textes de Mari est mis en parallèle avec une menace comparable faite par les Danaïdes dans une tragédie d’Eschyle, Suppliantes. De ce fait, cet article apporte une contribution à l’étude de la situation des femmes dans l’Antiquité (gender studies).
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Modernité et indépendance d’Abigaïl dans la littérature biblique (I Sam 25) et post-biblique par Brigitte Donnet-Guez
Le chapitre 25 du premier livre de Samuel est un nouvel épisode de la vie d’aventures que mène David fuyant le roi Saül. Conçu comme une unité littéraire et sémantique, il met en scène trois personnages principaux : le roi David, Nabal, un riche propriétaire terrien et Abigaïl, sa femme. Cette dernière est étrangement moderne et, dans l’esprit de liberté et d’à propos qui l’anime, nous semble presque familière.
L’exégèse rabbinique – dont les multiples avis divergent souvent – éclaire les non-dits du texte biblique. L’étude de ces commentaires exacerbe l’ambiguïté des personnages et révèle leur profonde humanité dégagée de toute notion de temporalité, nous les rendant ainsi particulièrement proches. Le personnage d’Abigaïl ne déroge pas à cette règle et l’esprit d’indépendance dont elle fait preuve souligne la modernité de cette femme. Se dessine également en filigrane une nouvelle image de David – alors roi sans royaume, puisque oint du vivant de Saül.
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Femmes et généalogies bibliques, l’exemple de Mathieu 1 par Sigrid Acker
La généalogie de Jésus dans l’évangile de Matthieu (Mt 1,1-18) comporte la mention de cinq femmes : Tamar, Rahab, Ruth, la femme d’Urie (ou Bethsabée) et Marie. Ce sont certes des figures bien connues, mais pas les plus célèbres parmi les ancêtres de Jésus et, pour introduire Rahab, Matthieu doit même bousculer la tradition midrashique. Leur présence a provoqué bien des interrogations et les théologiens ont interprété cette énigme en imaginant des explications souvent destinées à soutenir leur lecture de l’évangile.
Mais nous pensons plutôt que c’est dans la Bible hébraïque que se trouvent la clef de cette énigme et les raisons pour lesquelles Matthieu, grand bibliste, a voulu citer ces femmes. En explorant les mentions de femmes dans d’autres généalogies bibliques et en recherchant les caractéristiques et les traits communs qui ont conduit les auteurs bibliques à les citer, nous cherchons à comprendre pourquoi Matthieu a choisi celles-là et quelle pourrait être la signification de leur présence dans cette généalogie patriarcale.
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Reines et Nazaréennes, deux femmes de pouvoir à l’époque du deuxième Temple : Hélène d’Adiabène et Bérénice de Chalcis par Christophe Batsch
Dans le judaïsme de la fin de l’époque du deuxième Temple, la place des femmes dans la vie sociale semble avoir été considérablement restreinte. Selon la loi biblique, elles ne pouvaient en particulier prendre aucun engagement solennel (vœu) sans l’approbation de leur père ou de leur mari.
Cela rend d’autant plus intéressant le cas de ces deux femmes juives de pouvoir que furent la reine Hélène d’Adiabène et la princesse Bérénice de Chalcis, dont la tradition et les sources attestent qu’elles eurent recours au « grand vœu » du nazaréat comme à un moyen d’affirmer leur autorité et leur indépendance.
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Les droits des femmes au sein du judaïsme contemporain : avancées et résistances par Sonia Sarah Lipsyc
L’accès récent des femmes à l’étude juive et, en particulier, à l’étude talmudique est probablement l’un des bouleversements majeurs du judaïsme contemporain. Cet accès leur permet de revisiter l’exégèse traditionnelle et de participer à l’élaboration de la loi juive (halakhah). Il suscite également l’émergence de fonctions nouvelles. Des femmes deviennent ainsi avouées rabbiniques, conseillères en loi juive et commencent même à être ordonnées, en privé, rabbins au sein du judaïsme orthodoxe. L’avancée des droits des femmes se traduit aussi dans d’autres domaines tel que l’évolution de leur participation dans l’espace synagogal ou le leadership des communautés. Nous relatons, dans un premier temps, toutes ces avancées dans le monde juif orthodoxe, en particulier en Israël et aux U.S.A, avant de nous interroger sur les raisons des résistances qu’elles suscitent encore ici ou là.
Varia : Histoire et commémoration
Peqi’in ou la fin d’un village juif en Galilée ? par Danielle Delmaire
La tradition, véhiculée par les habitants du village de Peqi’in en Galilée, veut que la présence de paysans juifs y fut continue depuis l’Antiquité. Elle est reprise par la quasi-totalité des voyageurs et des visiteurs qui sont passés par le village, au fil des siècles.
A la fin du XIXe siècle, une vingtaine de familles y vivent, difficilement, du produit de leur agriculture mais, paradoxalement, la reconstitution de la nation juive sur sa propre terre, Eretz Israël, provoque un exode irréversible. En effet, parlant l’hébreu et pratiquant le judaïsme, ces familles s’intègrent facilement dans les villes et autres implantations du nouveau Yishouv, à la différence de leurs voisins arabes et non juifs qui restent au village.
Si la présence continue des juifs dans Peqi’in n’est pas absolument certaine, elle fit au moins la renommée du village à des périodes essentielles du judaïsme : l’époque du Talmud et celle de la Kabbale.
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Du silence au scandale. La commémoration du soixantième anniversaire de la rafle des Juifs de Lens par Marion Fontaine et Emmanuel Martin
Cet article vise moins à analyser la rafle qui a décimé la communauté juive de Lens le 11 septembre 1942, que la construction de la mémoire privée et publique liée à cette rafle. Dans cette perspective, nous nous sommes particulièrement attardés sur le soixantième anniversaire de l’événement, en 2002. La solennité et le retentissement local de cet anniversaire constituent, de fait, des phénomènes inédits et contrastent avec le silence qui, pendant longtemps, a entouré l’événement. L’enjeu a été à la fois d’expliquer ce long silence et les raisons pour lesquelles la commémoration de 2002 a pu finalement advenir. Après avoir montré en quoi l’évolution des contextes locaux et nationaux permettait de comprendre ce double phénomène, nous nous sommes concentrés sur la formation et le travail du collectif associatif qui a donné naissance à l’événement, avant de nous interroger sur les significations de ce processus en terme de transformation du rapport au passé au sein de l’ex-bassin minier lensois.
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La relecture de la guerre des Six jours par la presse quotidienne française par Emmanuel Persyn
En juin 2007, la presse quotidienne française n’a pas réservé une grande place au quarantième anniversaire de la guerre des Six jours. A l’exception de L’Humanité, qui présente un dossier très critique à l’égard d’Israël, les autres quotidiens, Le Monde, La Croix, Libération et Le Figaro, n’accordent qu’une ou deux pages à l’événement.
Les journalistes ont parfois interrogé des spécialistes comme l’historien israélien Tom Segev ou le politologue français Pascal Boniface, connus tous deux pour leur position favorable à la cause palestinienne. La plupart des analystes s’accordent pour voir dans cette victoire israélienne l’origine du pourrissement de la situation actuelle, puisque ce succès fut suivi de la colonisation des territoires conquis.
Mais, il y a quarante ans, les mêmes journaux étaient moins attentifs au sort des Arabes.
Numéro 53 (printemps – été 2007)
Sommaire
Dossier : Juifs en France (1940-1944) : apprendre, enseigner
(Rassemblé par Danielle Delmaire)
Boitel Anne : Enseigner, apprendre. Les enfants juifs au camp de Rivesaltes (1941-1942)
Biscarat Pierre-Jérôme : Scolarisation et éducation à la colonie d’enfants réfugiés d’Izieu (1943-1944)
Hochard Cécile : La condition des professeurs et des élèves juifs dans les lycées parisiens sous l’Occupation : perceptions et réactions
Corcy Stéphanie : La proscription des étudiants juifs en France pendant l’Occupation : le rôle de Jérôme Carcopino
Varia
Hassine Juliette : S.Y. Agnon, inquiétudes esthétiques et métaphysiques. De La Dot des fiancées à A la fleur de l’âge
Lissa Anna : Une géographie mythique de la Jérusalem de David Shahar
Herzog Annabel : Retour, retournement et souffrance chez Lévinas
Edition
« Le Marché » de Sami Berdugo. Traduit de l’hébreu par Chantal Duris-Massa, Françoise Goudaert, Françoise Saquer-Sabin
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Résumés
Résumés
Dossier : Juifs en France (1940-1944) : apprendre, enseigner
Enseigner, apprendre. Les enfants juifs au camp de Rivesaltes (1941-1942) par Anne Boitel
Le camp de Rivesaltes, situé dans la plaine du Roussillon a accueilli, entre janvier 1941 et novembre 1942, environ 20 000 internés dont une majorité de Républicains espagnols et de ressortissants juifs originaires des pays belligérants. Un tiers de ces internés ont moins de 15 ans et, parmi eux, nombreux sont les enfants juifs. Si des rudiments d’enseignement sont dispensés, grâce aux œuvres d’assistance, pour compenser une scolarisation déficiente mise en place par l’administration de Vichy, il n’en demeure pas moins que l’urgence d’extraire les enfants juifs du camp s’est substituée à l’impératif de procurer la connaissance, les savoirs et les apprentissages. Les œuvres ont néanmoins permis aux enfants de sortir de leur isolement en proposant des activités artistiques, culturelles et ludiques au sein de leurs structures ainsi qu’un réconfort et une éducation spirituelle. Cependant, apprendre peut sembler incompatible avec l’internement et dans de telles circonstances, souvent, les enfants furent livrés à eux-mêmes.
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Scolarisation et éducation à la colonie d’enfants réfugiés d’Izieu (1943-1944) par Pierre-Jérôme Biscarat
Le 6 avril 1944, le chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie, ordonne l’arrestation des enfants et du personnel de la Colonie d’Enfants Réfugiés d’Izieu, commune située dans le sud de l’Ain. 44 enfants et 7 éducateurs juifs sont arrêtés puis déportés. Seule une éducatrice reviendra des camps. Dès la création de la colonie, fin avril – début mai 1943, la volonté de scolariser les enfants est l’un des premiers soucis de la direction. Du 18 octobre 1943 au 5 avril 1944, une trentaine d’enfants juifs français et étrangers ont suivi, dans les murs même de la maison d’Izieu, une scolarité dispensée par une institutrice, Gabrielle Perrier. Parallèlement, quatre adolescents sont scolarisés au collège moderne de Belley, situé à 20 kilomètres d’Izieu. Aborder cette problématique de l’éducation nécessite que l’on réponde à quelques questions essentielles : qui sont les enfants réfugiés à Izieu ? Qui sont Miron et Sabine Zlatin, les responsables de la colonie ? Quand et comment ont-ils créé la colonie d’Izieu ? Est-ce un simple refuge ou plus spécifiquement une maison d’enfants cachés ? Quels sont les soutiens institutionnels et, surtout, quel est le statut de la colonie par rapport à l’administration de Vichy ? Il semblerait que sa création se soit effectuée dans un cadre légal. Et s’il n’est pas illégal d’installer une colonie d’enfants juifs réfugiés, leur scolarisation entre donc dans le cadre de la loi, l’obligation scolaire s’appliquant aux enfants juifs de la métropole, que ce soit dans l’enseignement primaire ou secondaire.
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La condition des professeurs et des élèves juifs dans les lycées parisiens sous l’Occupation : perceptions et réactions par Cécile Hochard
Les mesures et les lois antisémites prises au cours des années 1940 à 1944, tant par le gouvernement de Vichy que par l’occupant allemand, créent une catégorie de population et provoquent la stigmatisation, la persécution et bien souvent la mort des personnes concernées. Cet article étudie l’application de ces mesures dans un univers particulier, celui des lycées de Paris et de la région parisienne, et s’intéresse aux manières dont les personnels et les élèves, juifs et non juifs, ont perçu et parfois réagi face à ces lois d’exception. Les enseignants et membres de l’administration, systématiquement exclus de leurs fonctions, n’ont reçu que très peu de témoignages de soutien de la part de leurs collègues. Les manifestations attestées de solidarité ont en revanche été plus nombreuses à l’égard des élèves juifs, notamment quand ils furent obligés de porter l’étoile jaune.
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La proscription des étudiants juifs en France pendant l’Occupation : le rôle de Jérôme Carcopino par Stéphanie Corcy
Le régime de Vichy remet en cause l’intégration des Juifs dans la société française en édictant une législation d’exception qui touche aussi les étudiants. Secrétaire d’Etat à l’Education nationale et à la Jeunesse, Jérôme Carcopino est partie prenante dans son élaboration, parce que l’instauration d’un numerus clausus dans les universités lui semble légitimée par les interdictions professionnelles émises par les statuts des Juifs d’octobre 1940 et juin 1941. Des critères, qui font la part belle aux qualités militaires, établissent la priorité de certains étudiants. L’application du numerus clausus aux grandes écoles est problématique en raison du concours d’entrée. Directeur de l’Ecole Normale Supérieure, Carcopino y applique le numerus clausus. Il refuse pourtant de l’étendre à l’enseignement secondaire métropolitain.
Varia : Littérature et philosophie
S. Y. Agnon, inquiétudes esthétiques et métaphysiques. De La Dot des fiancées à A la fleur de l’âge par Juliette Hassine
La Dot des fiancées et A la fleur de l’âge publiés en France en 2003 font ici l’objet d’une étude comparée afin de mettre en lumière les principes de l’écriture agnonienne. Les deux œuvres étudiées dressent une fresque du vécu quotidien des familles hassidiques en Galicie pendant plusieurs générations. Au centre des préoccupations se trouve la famille juive et surtout les thèmes de l’amour et du mariage. Un problème comme la relation du couple (homme et femme) renvoie au souci majeur de l’écrivain – le rapport entre le fond et la forme, illustré par le rapport entre le corps et le vêtement notamment dans Le Livre des vêtements, projet demeuré inabouti. Chez Agnon, le mariage parfait entre vêtement et corps, entre corps et âme relève des temps messianiques. Ainsi dans cette écriture qui est une forêt de symboles et où tout devient allégorie, l’inquiétude esthétique finit par refléter une inquiétude métaphysique.
Une géographie mythique de la Jérusalem de David Shahar par Anna Lissa
Dans cet article nous proposons d’analyser le cheminement qui, à ses débuts, conduit David Shahar, dans son écriture, jusqu’à la Jérusalem du cycle Le Palais des vases brisés. L’analyse de deux de ses premiers contes : « La Boîte à cigarettes vide » (1952) et « Le Garçon de la frontière » (1953), révèle la présence de motifs qui, par la suite, deviendront les caractéristiques de la production de David Shahar. Un examen du motif mythique de la frontière et de la pluie, en relation avec Jérusalem, permet de voir que la ville devient un espace sacré susceptible de catalyser le temps sacré. Cette opération est aussi possible grâce à l’ambiance nocturne de Jérusalem. La nuit a pour fonction de catalyser le temps mythique. Toutefois, un temps mythique ne peut être catalysé que dans un espace sacré, c’est-à-dire à Jérusalem, dans laquelle la tradition juive a concentré les temps mythiques de la création et de l’eschatologie. En outre, le temps mythique et l’espace sacré de Jérusalem ont aussi pour fonction de permettre aux personnages de David Shahar d’effleurer la dimension métaphysique. Donc, cet article met aussi en évidence les motifs mythiques qui, à leur tour, sont à la base des suggestions mystiques, qui deviendront un élément fondamental dans le cycle Le Palais des vases brisés.
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Retour, retournement et souffrance chez Lévinas par Annabel Herzog
Pour certains philosophes et intellectuels, Lévinas aurait inauguré une « pensée du retour », c’est-à-dire aurait montré la voie menant au rejet de la philosophie occidentale. Pourtant, si une forte critique de l’ontologie est à l’œuvre chez Lévinas, elle signifie non pas un rejet mais un élargissement de la tradition philosophique à des éléments qui, selon lui, lui faisaient jusqu’alors défaut.
Il est vrai qu’à de nombreuses reprises Lévinas utilise le terme « retour », mais il le fait de diverses manières et dans différents buts. Dans certains cas, « retour » semble signifier « retour au judaïsme » contre la philosophie totalisante occidentale, alors que dans d’autres le « retour » est une attitude philosophique que Lévinas oppose à un « retournement » qui, lui, serait à la fois biblique et éthique. Cet article tente d’établir la ou les différences entre ces conceptions du retour et du retournement. En conclusion, il montre que retour et retournement sont liés à un autre aspect important de l’éthique lévinassienne, c’est-à-dire au rôle de la souffrance.
Numéro 52 (automne 2006 - hiver 2007)
Sommaire
Dossier : Echos de la présence juive à Prague
(Rassemblé par Andrée Lerousseau)
Karila Anne : La Prague juive dans La Nuit sous le pont de pierre de Leo Perutz. Littérature et mémoire
Schumacher-Brunhes Marie : La figure du golem dans la littérature yiddish
Garnier Frédéric : La vie juive à Prague à travers les Sippurim
Pivert Benoît : La littérature pragoise de langue allemande au début du XXe siècle, littérature du ghetto ?
Vassogne Gaëlle : Max Brod, Tomáš G. Masaryk et la reconnaissance de la nationalité juive en Tchécoslovaquie
Brender Edwige : « Eveil métaphysique » et combats politiques de Franz Werfel
Desbrière-Nicolas Brigitte : Prague (1933-1938). Plaque tournante de l’émigration et foyer de lutte contre le national-socialisme
Malafosse Fanny : Theresienstadt, culture et barbarie
Varia
Chapuis Blandine : La lutte avec l’Ange, entre altérité et transcendance. Un motif central dans la poétique de Nelly Sachs et de Claude Vigée
Edition (calligraphie)
Braun Ilan : La danse mystique des lettres de l’alef-beyt hébraïque
A travers les livres – Informations
Numéro 51 (printemps - été 2006)
Sommaire
Dossier : Bible et littérature
(Rassemblé par Françoise Saquer-Sabin)
Avran Ziva : Style et perspectives dans Soif. La trilogie du désert de Shulamith Hareven
Boustani Sobhi : Le symbole biblique dans la poésie arabe moderne
Petras Martin : Les allusions à l’Ancien Testament chez Vladimír Holan
Lazić Boris : Eléments vétérotestamentaires dans la poésie serbe contemporaine
Bobas Constantin : Paroles de poètes, paroles de prophètes, de la tonalité élégiaque dans la poésie du XXe siècle
Brémond Mireille : Quel combat ? Avec quel ange ?
Varia
Malinovich Nadia : Sionismes américain et français. Deux outils pour redéfinir l’identité juive au début du XXe siècle
Pillau Helmut : Contre la stérilité du définitif. Sur la poétique de Claude Vigée
Edition (traductions)
Antoine Fabrice et Josée (traduit de l’anglais – Etats-Unis – par) : Le complexe du wagon à bestiaux de Thane Rosenbaum
Kolbl Josef (traduit de l’allemand par) : Qui sont les Juifs de l’Est ? du Dr Nathan Birnbaum
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 50 (automne 2005 - hiver 2006)
Sommaire
Dossier : En hommage à Jean-Marie Delmaire
(Rassemblé par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn)
Persyn Emmanuel : Présentation du dossier
Sirat René Samuel : Jugement face à Dieu, Jugement face aux hommes
Hadas-Lebel Mireille : Les juifs en Europe dans l’Antiquité
Gobillot Geneviève : Ibn Kammûna. Les trois anneaux de la prophétie ?
Goetschel Roland : L’obligation de nommer un roi d’après le Derekh Mitswotekha de R. Menahem Mendel Schneersohn (1789-1866)
Strauss Janine : La traduction hébraïque des Mystères de Paris
Laurent Maryla : Le combat des intellectuels ou le refus de « mourir tout entier »
Bereś Stanisław : La voix d’un corps emmuré
Itzhaki Masha : Un autre voyage d’Aharon Appelfeld, La Pologne, une terre verte
Kartun-Blum Ruth : Le Serpent et l’Escargot. La Passion de l’identité dans Le Responsable des ressources humaines de A.B. Yehoshua
Abravanel Nicole : Elie Eliachar, ou les prises de position d’un sépharade de Jérusalem dans l’entre-deux-guerres
Lambert Létitia : Naissance de l’enseignement de l’hébreu en France dans les lycées et collèges
La revue et son fondateur
Jean-Marie Delmaire, 1943-1997
Bibliographie
Quinze ans de Tsafon. Quarante ans d’hébreu à Lille
Le courant réaliste dans la littérature israélienne (années 1940-1950), cours de J-M Delmaire
« Poètes de l’apocalypse », traduction de J-M Delmaire
Témoignages
De ses collaborateurs : E. Persyn, J. Sys, J. Bernard, B. Dercle, Y. Chevalier
D’Yves Delmaire, caricature
De Julien Delmaire, poème
D’Yves Delmaire, dessin
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 49 (printemps - été 2005)
Sommaire
Dossier : Langues et culture d’exil
(Rassemblé par Françoise Saquer-Sabin)
Cohen Rina : La Palestine entre l’hébreu et le yiddish (1880-1914)
Schumacher-Brunhes Marie : Undzer rebbenyu, Y. L. Peretz à la tête du mouvement de renaissance culturelle juive en Pologne
Saquer-Sabin Françoise : « Parle au vent » de Nathan Shaham, hébreu versus yiddish
Tauber Michèle : Le yiddish langue de la mémoire dans l’œuvre d’Aharon Appelfeld
Benoit Martine-Sophie : « Fremd daheim », étranger chez soi, le sentiment d’exil chez Günter Kunert
Varia
Marienberg Evyatar : « La synagogue des femmes », illustrations représentant des bains rituels au XVIIIe siècle
Lederman Yohanan : La philosophie des Lumières dans le Biour de Moses Mendelssohn
Vandorpe Yann : Une judéité, Marguerite Duras, fille d’Auschwitz et d’Hiroshima
Edition : témoignages
Rota Olivier : Huit jours à Rome. Jules Isaac et le redressement de l’enseignement chrétien concernant le judaïsme et les juifs
Delmaire Danielle : Il y a cent ans, la disparition du grand rabbin Zadoc Kahn et la loi de séparation
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 48 (automne 2004 - hiver 2005)
Sommaire
Dossier : Présence et culture des Juifs en Italie
(Rassemblé par Claude Cazalé Bérard)
Luzzati Michele : Histoire et mémoire des Juifs en Italie du Moyen Âge au XXe siècle
Guetta Alessandro : Renaissance et culture juive, le cas de Moshe ben Yitzhaq de Rieti
Pallini Germano : Carlo Michelstaedter entre Gorizia et Florence
Mordenti Raul : Primo Levi. Les signes dans la pierre. L’irréductibilité du témoignage
Cazalé Bérard Claude : Morante et Saba : le monde sauvé par les poètes
Distaso Leonardo : Le Prometeo de Luigi Nono et la « tragédie de l’écoute »
Varia
Pichon Françoise : Le dibbouk ou l’expérience dramatique de l’âme d’un pécheur
Hassine Juliette : Ecriture et dialectique dans l’œuvre d’Agnon
Edition : témoignages
Berreby William : La libération des camps vécue par les libérateurs américains
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 47 (printemps - été 2004)
Sommaire
Dossier : Souvenirs d’adolescents, Souvenirs de jeunes, Etre juif pendant la guerre
(Rassemblé par Danielle Delmaire)
Le refuge italien
Un enfant en fuite vers l’Italie. Témoignage de Jacques Scharfmann
Enfants dans la tourmente (1940-1944). Témoignage de Joseph
Sungolowsky
Dans l’errance : se marier ou étudier
Un jeune couple dans la guerre. Témoignage de Jean et Charlotte Dawidowicz
Se battre ou étudier ? Témoignage de Pierre Roubinowitz
Adolescents à Dachau
De Kovno à Dachau. Témoignage d’Ouri Hanoch
Varia
Matthias Morgenstern : De Shylock à Hamlet, Shakespeare et le théâtre israélien
Blandine Chapuis : Aux sources de l’espérance
Etienne Lepicard : La maison comme métaphore du corps : la construction de l’anatomie dans Ma’aseh Tuviyah (1708)
Olivier Rota : Notre-Dame de Sion en Terre sainte
Edition : poésie
Julien Delmaire : Psaumes de feu
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 46 (automne 2003 - hiver 2004)
Sommaire
Dossier : L’Autriche et les Juifs, de l’émancipation à la Catastrophe
(Rassemblé par Martine-Sophie Benoit-Roubinowitz et Andrée Lerousseau)
Frank Trochu : Les juifs et l’Autriche au XIXe siècle
Eva Philippoff : Siegmund Mayer (1831-1922)
Alfred Strasser : De Tarnopol à New York via Vienne et Paris. Itinéraire de Soma Morgenstern
Florence Heymann : La Bucovine au carrefour de l’Europe
Brigitte Desbrière : Retour sur images. La topographie viennoise d’Ilse Aichinger
Varia
Jean-Emile Andreux : Les Mazures, un camp de juifs en Ardennes françaises
Joseph Sungolowsky : La relation Edmond Fleg – André Neher
Denis Charbit : Enjeux actuels du passé juif. Un plaidoyer pour la connaissance historique
Christine Meunier : L’URSS et les Juifs. Soljenitsyne : Deux cents ans ensemble
Edition
L’exode arabe d’Eïn-Kerem en 1948 (journal des sœurs de Sion) présentation par Olivier Rota
A propos du colloque Nelly Sachs par Yann Vandorpe et Andrée
Lerousseau
A travers les livres
Informations
Numéro 45 (printemps - été 2003)
Sommaire
Dossier : L’hébreu, langue morte, ressuscitée et vivante ?
Les différentes strates de la langue hébraïque
(Rassemblé par Danielle Delmaire et Françoise Saquer-Sabin)
Francine Kaufmann : L’hébreu et la Bible
André Lemaire : Formation et évolution de l’hébreu ancien
Sophie Kessler-Mesguich : L’hébreu mishnique
Yshaï Neuman : L’hébreu médiéval
Michel Masson : La strate moderne de l’hébreu
Varia
Pierre-Alban Delannoy : Richieu, le nom propre du survivant. Etude d’un méta-récit orphique dans Maus d’Art Spiegelman
Simon Rehby : L’arrivée des juifs d’Algérie à Lille, en 1962. Résultats d’une enquête
Dan Barag : Judith Krause-Marquet. La première archéologue sabra (traduction D. Delmaire)
Edition
La Gazette de Lausanne et le sionisme, 20 juin 1916, présentation par Danielle Delmaire
A travers les livres
A travers les revues
Au fil des colloques
Informations
Numéro 44 (automne 2002 - hiver 2003)
Sommaire
Dossier : Les accords d’Oslo, dix ans après
(Rassemblé par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn)
Denis Charbit : « Le Gouvernement d’Israël annonce avec stupeur… ». Pluralité et conflictualité des mémoires autour de l’assassinat d’Yitzhak Rabin
Stéphanie Valdmann : Les implantations israéliennes de Judée-Samarie et de la bande de Gaza depuis 1993
Ofra Commère : Les réfugiés politiques du Liban en Israël, les vicissitudes d’une communauté
Ilan Greilsammer : Camp David et Taba
Danielle Delmaire : Dix ans en photos
Danielle Delmaire, Sabine Leroy, Emmanuel Persyn : Dix ans au fil des mois
Varia
Claude Cazalé-Bérard : Moni Ovadia, un témoin engagé
Isabelle de Castelbajac : Les origines du monothéisme, pratiques ouest-sémitiques et histoire poltique
Philippe Bobichon : Salomon et Ezéchias dans l’exégèse juive des prophéties royales et messianiques selon Justin Martyr et les sources rabbiniques
Edition
Les fraudes archéologiques dans la Palestine du XIXe siècle (Ch. Clermont-Ganneau), présentation de Danielle Delmaire
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 43 (printemps - été 2002)
Sommaire
Dossier : La femme dans la littérature hébraïque moderne
(Rassemblé par Françoise Saquer-Sabin)
Jean-Marie Delmaire (†) : L’expression féminine dans la première vague d’immigration et sa littérature
Ruth Kartun-Blum : Avec les mères, on ne joue pas à cache cache.
La voix maternelle et le sacrifice d’Isaac dans la poésie israélienne contemporaine
Masha Itshaki : Tirtsa Mazal (A la fleur de l’âge) et Hannah Gonen (Mon Michaël) , deux variations féminines d’Emma Bovary
Marie-Paule Feldhander : La féminité dans Le Premier Jour au Paradis d’Eléonora Lev
Françoise Saquer-Sabin : Voix de femmes israéliennes et palestiniennes chez Sami Michaël
Varia
Anne Oukhemanou : La vie juive à Bayonne au XIXe siècle
Danielle Delmaire : Un historien au service de l’Europe, Jules Isaac (entre les deux guerres)
Christine Meunier : Soljenitsyne, une histoire des juifs en Russie
Juliette Hassine : Shlonski et Baudelaire, tableaux parisiens
Edition
Témoignages sur les débuts d’un kibboutz, présenté et traduit de l’hébreu par D. Delmaire
A travers les livres
A propos d’un film
A travers les revues
Informations
Numéro 42 (automne 2001 - hiver 2002)
Sommaire
Dossier : L’Allemagne et les Juifs
(Rassemblé par Martine Benoit-Roubinowitz et Andrée Lerousseau)
Jutta Radczewski-Helbig : Bertold Auerbach (1812-1882) : Succès et souffrances d’un écrivain juif originaire d’Allemagne du Sud
Jacques Ehrenfreund : Judaïsme et nationalité : les juifs berlinois entre affirmation de soi et dénégation. 1871-1914
Pierre Vaydat : Deux témoins du destin juif en Allemagne au XXe siècle : Jakob Wassermann et Ernst Toller
Dominique Trimbur : L’attitude des Juifs ouest-allemands à l’égard des relations RFA-Israël, 1949-1965
Anne Karila : Après la Shoah. Y a-t-il une identité juive en Allemagne ?
Varia
Jules Danan : Les Psaumes et la liturgie juive
Arnaud Ingelaere : Les « déportés raciaux » ou la longue indifférence
Jean-Marie Sauvage : D’IBM, de l’holocauste et de la réification
Edition
Danielle Delmaire : Conversion de juifs au siècle des Lumières à Dunkerque et à Boulogne
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéro 41 (printemps - été 2001)
Sommaire
Dossier : Les littératures juives de langues française et américaine
(Rassemblé par Françoise Saquer-Sabin)
La littérature juive de langue française
Cyril Aslanov : Ecrivains juifs de langue française
Cyril Aslanov : Solal et Belle du Seigneur, épopées juives ?
Judith Kauffmann : Portrait de l’écrivain en Juif imaginaire, Patrick
Modiano et la place de l’étoile
Joseph SungoIowsky : Holocauste et autobiographie : Wiesel-Friedlander-
Pisar
Emmanuel Moses : poème pour J.H.
Gilles Rozier : Mon cousin Benjamin
La littérature juive américaine
Lazare Bitoun : Les méandres du roman juif aux Etats-Unis
Josée Antoine : Création, magie et transgression chez Cynthia Ozick
Melvin Jules Bukiet : Le veau d’or et la vache rousse
Varia
Martin Bray : Les questions juives et les protestants avant la Seconde
Guerre mondiale
Emmanuel Persyn : II y a 10 ans, la guerre du Golfe, une lecture du
journal Ha’aretz
Edition
Edith Moscovic : témoignages
Charlotte Dawidowicz née Schwerbrod : témoignage
A travers les livres
A travers la presse
A travers les revues
Informations
Numéro 40 (automne 2000 - hiver 2001)
Sommaire
Dossier : Etudes sur la Bible
(Rassemblé par Danielle Delmaire)
Boulanger F : Le(s) nom(s) de Dieu dans la Bible
Liederman C : L’accession de Jéroboam 1er au royaume de l’Israël Septentrional
Vermeylen J : Le Psaume 50 et son histoire littéraire
Barc B : « Au commencement ». Essai de lecture littérale du prologue du récit biblique de la création
Bernard J : La Sagesse dans le bereshit rabba
Varia
Orjekh M : Du scoutisme à la Résistance : un même engagement, Raymond Winter et Marcel Gradwohl
Tauber M : L’hébreu, une langue pour la paix ? Une réflexion sur la langue d’Aharon Appelfeld, écrivain hébreu de la Shoah
Delmaire D, Smieciuch P : La Pologne, les Polonais : un antisémitisme inébranlable ?
Edition
Delmaire D : Quand la Vierge lit en hébreu, dans une église de Flandre
Denys C : Une taxe sur les juifs, à Namur, au XVIIIe siècle
A travers les livres
A travers les revues
A travers la presse israélienne
Informations
Numéro 39 (printemps - été 2000)
Sommaire
Dossier : Les littératures juives d’Europe centrale et orientale
(Rassemblé par F. Saquer-Sabin avec la collaboration d’A. Lerousseau)
Le domaine yiddish
G. Rozier : Entre Verlaine et Rabbi Nahman : émergence de la littérature yiddish moderne
Moyshe Broderzon : extraits de Sabbat noir
C. Ksiazenicer-Matheron : Yankev Glatstein : un parcours poétique en yiddish
S. Lipsyc : Bonnes feuilles sur le théâtre yiddish
E. Le Roy : Quelques variations sur le cinéma yiddish
M. Tauber : La chanson yiddish
La littérature de langue allemande
A. Lerousseau : Les écrivains juifs de langue allemande
E. Philippoff : Karl Emil Franzos, éducateur du ghetto et homme entre les
frontières
A.J. Baudrier : L’évocation de la Shoah dans Jakob le menteur de Jurek Becker, Refus de témoigner de Ruth Klüger et L’inventaire de Gila Lustiger
Nelly Sachs : Berryll voit dans la nuit
Ludwig Strauss : A propos de mon grand-père et La mission
La littérature polonaise
M. Laurent : La littérature polonaise et le Juif
M. Carlier : Hanna Krall à travers la presse polonaise
Hanna Krall : La cour
Hanna Krall : La douleur fantôme
Michal Glowinski : La villa et la rue Odolanka
Wladyslaw Broniewski : Aux Juifs polonais
Czleslaw Milosz : Campo dei fiori
Agata Tuszynska : Le silence
La littérature russe
Z. A vran : Le chant de la Moldavanka : Isaac Babel dans les bas-fonds d’Odessa
I. Fougeron : Vassili Grossman suivi de Le premier récit de Vassili Grossman
C. Dalipagic : La représentation du Dégel khroutchévien dans le roman de Gorenstein La Place
Edition
Ilan Horovitz : Allez la Jeep
A travers les livres
A travers la presse israélienne
A travers les revues
Informations
Numéro 38 (automne - hiver 1999-2000)
Sommaire
Dossier : Jérusalem, Temps et Espace
(Rassemblé par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn) :
Delmaire D, Grundt F, Persyn E : Chronologie et cartographie, Jérusalem de la ville de David à nos jours
Delmaire B : Jérusalem au XIIe siècle d’après le plan du manuscrit 776 de la bibliothèque municipale de Saint-Omer
Voyage en Orient par Léon Verhaeghe 1862-1863
Aaronsohn R : Les débuts de la nouvelle Jérusalem, les principales caractéristiques du développement de la ville hors les murs, 1855-1914
Cohen R : La Palestine vue par les premiers consuls de France à Jérusalem, 1841-1869
Trimbur D : Les Assomptionistes de Jérusalem, les Juifs et le sionisme
Grynberg A : Les « nouvelles Juives » et modernisation à Jérusalem
Itzhaki M : « Jérusalem 1985 », la nouvelle religion de Yehuda Amichaï
Varia
Racinet S : Regards sur la communauté juivè au haut Moyen Age en France (Histoire)
Sauvage J-M : L’art contemporain face à la réalité de la Shoah (Art)
Philippoff E : Thomas Bernhard, cet Israélite… (Littérature)
Edition : Témoignage
Gutmacher F : A Frieda
A travers les livres et les CD Rom
A travers les revues
Informations
Numéro 37 (printemps - été 1999)
Sommaire
Dossier : L’enseignement en Erets-Israël, le rôle de l’Alliance israélite universelle
(Rassemblé par Danielle Delmaire et Emmanuel Persyn)
J. Lang : La fondation d’une école moderne à Jérusalem, une tentative de Joseph Krieger
J-M. Delmaire : L’école de Jaffa, un grand projet hébraïque de l’Alliance israélite universelle
L-Z. Herscovici : Les relations entre les Juifs de Roumanie et Mikveh Israël (1870-1914)
L. Lazare : Jérusalem, le lycée René Cassin, souvenirs
Varia : pensée juive, histoire
B. Paperon : Le thème du regard dans une herméneutique hassidique de la Bible et du Talmud
D. Delmaire : Les communautés juives du nord de la France : 1791-1939
Editions : Littérature
A. Appelfeld : Métamorphose
A. Appelfeld : Une histoire d’amour
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéros 35-36 (automne - hiver 1998-1999)
Sommaire
Dossier : A la recherche d’un monde anéanti
A Dawidowicz : Silence
E. Korczak-Tomaszewska : Un regard sur le monde des cimetières
C. Jamar : Contre l’oubli humain et… esthétique
J. Antoine et F. Antoine (trad.) : Trois récits de la Shoah
P. Smieciuch (trad.) : Mémoires du docteur Salomon Günsberg de Stanislawow
P. Smieciuch (trad.) : L’interrogatoire de Salomon Fuks, originaire de Stanislawow
D. Delmaire : Témoignages sur les ghettos, note bibliographique
I. Zatorska : Le souvenir de la Shoah dans la Pologne actuelle, (suivi de remarques par D. Delmaire)
Varia
M. Germain : Le départ des juifs d’Egypte : 1948-1957, le second exode
E. Persyn : Golda Meïr, la mère de l’Etat hébreu
M. Bray : Antisémitisme en Angleterre formes anciennes et nouvelles
Littérature et philosophie
C. Meunier : La réprésentation des femmes juives dans Récits d’Odessa de Babel
J-R. Diot : Le temps et l’espace dans le roman de Yehuda Amihaï Lo Meakhshav, lo mikan - Ni de maintenant, ni d’ici
C. Dawidowicz : Yeshayahu Leibowitz, la voix d’un juif croyant conscient
A travers les livres
A travers les revues
Informations
Numéros 33-34 (printemps - été 1998)
Sommaire
Dossier : La littérature hébraïque israélienne
(Rassemblé par Françoise Saquer-Sabin)
Ziva Avran : Quête de personnages et quête d’auteur dans l’œuvre d’A. Oz
Ouriel Zohar : La transmigration des âmes chez A.B. Yehoshua : un jeu de rôles théâtral
Laurent Schuman : Quand le soleil a rendez-vous avec la lune. A propos du roman d’Itamar Lévy Lettres de soleil, lettres de lune
V. Figuière-Cagnac : Dolly City ou La jungle de La ville. Un roman d’Orly Castel-Bloom
Lily Rattok : "Oui, sa voix en moi chante". Le personnage de la femme biblique dans la poésie féminine hébraïque
Françoise Saquer-Sabin : Le personnage de l’Arabe palestinien dans la littérature hébraïque du XXe siècle
Aharon Megged : Un écrivain témoin de son temps
Françoise Goudaert : Derrière la tête
Colette Haddad-Lévy : Foiglman
Colette Haddad-Lévy : Un voyage au mois d’av
David Shahar : Sur le toit (extrait traduit par M. Neige)
Shulamith Hareven : Caravane (extrait traduit par A. Pierrot)
Bibliographie de la prose israélienne traduite en français
A travers les livres et les revues
Informations
Numéro 32 (hiver 1997-1998)
Sommaire
Coffart Delphine : "Le voyage des damnés" ou l’odyssée des juifs allemands dans l’Atlantique : 1939
Meistermann Tony : Les témoignages de déportés juifs sur le camp d’Auschwitz Birkenau
Teboul Margaret : Emmanuel Levinas face à Auschwitz
Verspeeten Frédéric : Lire la Bible en terre protestante
Lerousseau Andrée : Philosophie allemande et destin (1770-1850)
On nous écrit (P. Démann)
A travers les livres et les revues
Nouvelles hébraïques
Numéro 30-31 (été - automne 1997)
Sommaire
En mémoire à Jean-Marie Delmaire
Auschwitz : Témoigner
Les Balcons fleuris d’Auschwitz
Témoignage d’Henri Zucker
Témoignage de Charlotte Zucker
Comme un feu brûlant
Témoignage de Saül Hornfeld
Auschwitz : Visiter
Annette Becker : Auschwitz-Birkenau comme "musée" espace d’histoire, espace de mémoire ?
Jacques Hassoun : La figure extrême d’Auschwitz
Auschwitz : Comprendre
Janine Chasseguet-Smirgel : Essai sur la perte de l’activité symbolique dans la pensée nazie
Jacques Ascher : Désolation-Détresse
Didier Weber : A propos de l’expertise de Klaus Barbie
Recensions
Annonces et informations
Numéro 29 (printemps 1997)
Sommaire
F. Gugelot : "Ma terre et mes morts", les errances spirituelles de Paul Loewengard
P. Vaydat : Le poète allemand Heinrich Heine (1797-1856) et la condition juive
A. Penkalla : Les actes personnels des rabbins de la région administrative de Radom de 1867 à 1914
M. Wodzinski : L’affaire des "Chasydymow", matériaux concernant l’histoire des Hassidim dans le Royaume de Pologne
Thèses et recherches
F. Gugelot : Conversions au catholicisme en milieu intellectuel, 1885-1935.
E. Antébi : Albert Antébi (1873-1919) ou la religion de la France. Lettres.
M. Leymarie : Jérôme et Jean Tharaud, écrivains et journalistes. Des années de formation à la notoriété, 1874-1924.
E. Grivillers : Une jeunesse en questions. Les jeunes engagés dans la vie communautaire juive de Lille et de ses environs.
E. Berr Aronin : Les enluminures et leurs sujets bibliques dans trois haggadot du Moyen Age.
C Masson-Gadenne : Le cardinal, évêque de Lille, 1928-1968, un grand pasteur.
A travers les revues et les livres
Annonces
Numéro 28 (hiver 1996-1997)
Sommaire
Ariane Bendavid : Bialik, poète de la quête
Poèmes de Bialik traduits par Ariane Bendavid
Jeannine Hayat : Les romans autobiographiques d’Albert Memmi, le réel et son double
Jean-Marie Delmaire : Theodor Herzl et le sionisme. De Dreyfus à L’Etat juif. De l’Etat juif au congrès
A travers les revues et les livres
Numéros 26-27 (été - automne 1996)
Sommaire
Safed de 1100 à 1500
R. Ayoun : Les Juifs de Safed du XVlème au XVlllème s.
E. Damati : Safed, les chemins de l’Histoire (excursions dans la vieille ville)
J-M. Delmaire : Ville enchantée, le roman de Y. Bar Yosef sur Safed
B. Sayada : Un projet de restauration pour le cimetière de Safed
A travers les revues et les livres
Numéro 25 (printemps 1996)
Sommaire
D. Bourel : Le dernier Moïse. Moïse Mendelssohn et la fondation du judaïsme moderne en Prusse
J. Strauss : La vision de l’Occident dans l’œuvre romanesque de Peretz Smolenskin
J-M. Delmaire : Attirance et répulsion des étudiants juifs d’Europe de l’Est envers l’Occident
S. Israël : Les normaliens juifs durant l’Occupation
S.lsraël : Entretiens avec Robert Salmon et avec Jean-Claude Pecker
A travers les revues et les livres
Numéro 24 (hiver 1995-1996)
Sommaire
Dossier : Jésus le Juif
A. Denaux : Présentation de la journée d’étude de Louvain
P. Alexander : Jésus le juif.
G. Willems : Les premiers hassidim (de - 70 à + 200) et Jésus de Nazareth
P. Yannopoulos : Jésus comme juif dans la tradition orthodoxe
C. Vallet : Jésus comme juif. Quelques documents et publications du protestantisme
J. Duponcheele : Jésus le juif ?
J-M. Delmaire : La rupture entre le judaïsme et le christianisme, travail de recherche et journée d’étude
M. Macina : Le "syndrome de Seelisberg". Persistance du soupçon d’un "enseignement du mépris" rabbinique envers le christianisme
A travers les revues et les livres
Numéros 22-23 (été - automne 1995)
Sommaire
Pivert Benoît : Else Lasker-Schüler et la Palestine, le rêve brisé d’un poète
Benoit Martine-Sophie : Theodor Lessing, témoin critique de la condition juive
Résumés de travaux d’étudiants de l’université de Lille 3
Carpenter Zehava : Yosef Perl et la Haskalah, une approche historique et littéraire
Garbarz Rachel : La chanson ouvrière hébraïque dans les années 1920-1930
Germain Marion : L’intégration dans la société israélienne des années cinquante, les juifs d’Afrique du Nord
Rapoport Varda : Qui est Juif ? Une question brûlante en Israël
Autréaux Delphine : L’affaire Dreyfus et l’opinion publique de gauche dans le Nord
Godley Nathan-Charles : Distinction entre juifs français et juifs étrangers dans le langage antisémite en France 1940-1944
Baldys, Béatrice : La vague d’antisémitisme en Pologne en 1968
A travers les revues et les livres
Numéro 21 (printemps 1995)
Sommaire
Documents et témoignages sur la déportation et la Libération dans le Nord
présentés par Danielle Delmaire
Liste des convois de la déportation partis de Malines, dans lesquels se trouvent des juifs arrêtés dans le Nord.
Déportation d’une famille de Douai.
Témoignage de Fanny Kleiman
Compte rendu de lecture : Parole de survivant, trois ans dans l’enfer d’Auschwitz, d’Henri Tajchner.
Témoignage recueilli par Bruno Vouters
De la frontière franco-belge vers l’Allemagne, une autre "marche de la mort".
Témoignage de Lazar Schwarz
Des soldats juifs dans l’armée tchèque.
Témoignages sur la libération de Dunkerque
De Tel-Aviv à Lille, la brigade juive de l’armée anglaise de libération.
Témoignage d’Ernest Nelken
La naissance des associations de survivants de la déportation.
Etude d’Annette Wieviorka
Recensions
Numéros 19-20 (hiver 1994-1995)
Sommaire
Le théâtre judéo-arabe
Festival de Lille 94
Le Nouveau Moyen-Orient : Israël - Palestine
Le théâtre hébraïque, brève présentation par J-M. Delmaire
Première partie : Quelques impressions sur le festival
Le pélerinage vers Jérusalem
Boustan Abraham, entendu par F. Boulanger
Roméo et Juliette, apprécié par K. Boutayben, M. Hallo, C. Thiéllet et J. Delmaire
Seconde partie : Roméo et Juliette, entretiens avec les metteurs en scène et un acteur
Stop à la violence, entretien avec Fouad Awad
Le travail théâtral de Roméo et Juliette, entretien avec Eran Baniel
L’acteur et les lycéens, Mohammad Bakri au Lycée Fénelon (Lille)
Troisième partie : Théâtre "judéo-arabe", diverses expériences
"Donner quelquechose de mon âme, afin qu’il n’oublie pas", Eran Baniel et Ouriel Zohar
Entretien avec François Abou Salem par R. Garbarz
Entretien avec Ouriel Zohar par D. Delmaire
"Nous irons jusqu’à Damas", visite à Mohammad Bakri par M. Zohar
Quatrième partie : Etudes d’Ouriel Zohar
Le rapport du théâtre universitaire à enseignement
Le théâtre comme homme international
"La veille du 20"
Numéro 18 (automne 1994)
Sommaire
Bernard Paperon : Exégèse et controverse
Catherine Horel : Les Juifs de Hongrie, 1825-1849, problèmes d’assimilation et d’émancipation
Daniel Dratwa : Armand Bloch, grand rabbin de Belgique
Irène Tieder : Alphonse Toussenel et l’antisémitisme fouriériste
Danielle Delmaire : L’étranger, l’immigré polonais
Jean-Marie Delmaire : La période de Hibbat-Zion dans la littérature hébraïque (1882-1900), suite du n° 17
Stefan Wilkanowicz : Znak dans la Pologne de l’aprèsguerre
Exposition : Art Spiegelman
Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
Centre de Documentation Juive Contemporaine
Recensions
Numéro 17 (printemps 1994)
Sommaire
Masha Itzhaki : La mort d’un frère, étude d’un poème de Shemuel Hanagid Ibn Nagrila
Jean-Marie Delmaire : Littérature hébraïque
2e partie : période de l’Amour de Sion. Chronologie des événements littéraires et contexte
Jean-Marie Delmaire : La période de Hibbat-Zion (l’Amour de Sion) dans la littérature hébraïque (1882-1900)
Françoise Saquer-Sabin : L’image de l’Arabe palestinien dans la littérature hébraïque du début du siècle aux années quatre-vingt
Ziva Avran : Abraham. B. Yehoshua, un auteur à la recherche d’une identité
A travers les revues et les livres
Numéro 16 (hiver 1994)
Sommaire
L’affaire Dreyfus
Numéro coordonné par Danielle Delmaire
Yves Chevalier : L’Affaire Dreyfus. L’antisémitisme français grandeur nature
Danielle Delmaire : Le Nord. Des affaires de fin de siècle
Zosa Szajkowski : L’antisémitisme et le mouvement ouvrier français à l’époque de l’affaire Dreyfus
Danielle Delmaire : Droits de l’homme ou lutte des classes ? Le socialisme à l’épreuve de l’antisémitisme
Danielle et Jean-Marie Delmaire : Chronologie illustrée de l’affaire Dreyfus
Danielle Delmaire : Bibliographie récente
Recensions par J-J. Hugé
Numéros 14-15 (automne - hiver 1993)
Sommaire
Vers la paix au Proche-Orient - études rassemblées par Emmanuel Persyn
L’espoir malgré tout… par E. Persyn
Portraits par J-M. Delmaire
Les grandes dates du rapprochement par E. Persyn
Littérature :
Moshe Smilanski : un utopiste dans la Palestine pionnière par F. Saquer-Sabin
Amos Oz, David Grossman, deux auteurs israéliens face au conflit israélo-arabe par Z. Avran et F. Saquer-Sabin
Des auteurs palestiniens face au conflit par E. Persyn et J-M. Delmaire
Entretiens avec :
Yehouda Lancry, ambassadeur d’Israël en France
Leïla Shahid, déléguée générale de Palestine en France
Nabil El Haggar, communauté palestinienne du nord de la France
Charles Sulman et Jacques Malamet, communauté juive du nord de la France
Réactions des groupes religieux :
Les réactions des courants juifs religieux par J-M. Delmaire
Les réactions des courants islamistes par K. Tayara
Les communautés chrétiennes et l’épiscopat au Proche-Orient par C. Nicolet
Position du Vatican :
Le Vatican et le Proche-Orient par C. Nicolet
Analyse de l’accord entre le Saint-Siège et Israël par F. Lovsky
Textes de références 1917-1993
Cartes
Chronologies
Bibliographie
Recensions
Numéro 13 (automne 1993)
Sommaire
Giancarlo Duranti : Le "troisième Dieu" d’Abraham et de Platon
Richard Ayoun : Moïse face à l’histoire
Jean-Marie Delmaire : De Lilienblum à Bialik, les victimes des pogroms et le sanglot de l’écrivain
Ruth Kartun-Blum : Isaac re-lié. L’Aqedah dans la littérature hébraïque contemporaine
Renée Neher : André Neher et Prague
Jean-Marie Delmaire (présentés par) : Statuts et règlement interne des Biluim (1883)
Recensions
Annonces
Numéros 11-12 (printemps - été 1993)
Sommaire
Yoram Mayorek : Le journal de Nahum Sokolow à Paris (janvier-février 1918)
Najib Zakka et Jean-Marie Delmaire : Le centre d’études arabes et hébraïques de l’Université Charles De Gaulle - Lille III
Geneviève Gobillot : Les isra’iliyyat chez les mystiques musulmans. L’exemple d’Al-Hakim Al-Tirmidhi (m. 318/930)
Johanna Grattepanche : Eve mère de tous les vivants. Comment les auteurs des légendes juives, chrétiennes et islamiques du Moyen-Orient se sont-ils imaginé le personnage d’Eve ?
Nathan Shaham : "Parle au vent". Nouvelle traduite et présentée par Françoise Saquer-Sabin. Entretien avec l’auteur
Document : Une lettre de N. Birnbaum à l’Alliance israélite universelle, 1884 (introduction par J-M. Delmaire)
Jean-Marie et Danielle Delmaire : Hebraica & Judaica de Lille.
A travers les livres
Numéros 9-10 (été - automne 1992)
Sommaire
1ère partie : La persécution avant la solution finale (Danielle Delmaire)
Débâcle et occupation : les Juifs du Nord de la France en 1940
Témoignage de Mme Fanny Kleiman née Dawidowicz
La persécution raciale : les interdits. La presse antisémite
2ème partie : La rafle de Roch hachana 11 septembre 1942 (Danielle Delmaire)
Les enfants raflés à Fives (témoignages de M. W. Scharfman ; d’une mère de famille)
Les enfants échappés à la rafle (témoignages de Mme Nelken née Pulvermacher, de M. Baron, de M. Georges Komar)
Les enfants cachés par l’abbé Stahl (témoignages de MM. Léon et Edgar Leser, de M. David Bugajski)
La rafle à Valenciennes (témoignages de M. I. Enten, de M. Jacques Szlachter)
Les autres arrestations (témoignage de Mme Leignel)
LISTE DES DEPORTES DU CONVOI X
(dressée par Danielle Delmaire et Thierry Kleiman)
3ème partie : Eté 1942 : l’antichambre d’Auschwitz. Les "camps des
juifs" dans le Boulonnais (Danielle Delmaire)
4ème partie : Autre rafle, autre camp : Izieu, Bompard (Danielle Delmaire)
5ème partie : Enseigner et connaître la Shoah
Enseigner la Shoah en France (Frédéric Gugelot)
L’expérience du lycée des Flandres, Hazebrouck, 1978 (Jean- Marie Delmaire)
Bibliographie : la Shoah dans le Nord et le Pas-de-Calais (Danielle Delmaire)
Bibliographie : les enfants dans la Shoah (Jean-Marie Delmaire)
A travers les revues et les livres
Numéro 8 (hiver 1991-1992)
Sommaire
Pierre Vaydat :
La résistance de la philosophie allemande à l’intégration des juifs au XVlllème et au XIXe siècles
Martine-Sophie Benoit :
Juifs de l’Est / Juifs de l’Ouest. Le regard de Theodor Lessing sur un monde à jamais disparu
Jean-Marie Delmaire :
Un anniversaire oublié… Il y a cent ans mourait Pinsker…
Pierre-Eric Fageol :
Au Pilori (1940-1944). Analyse d’un journal antisémite
Dans les revues et les livres.
Numéros 6-7 (automne - hiver 1991-1992)
Sommaire
La synagogue de Lille 1891-1991
Première partie : Etudes
Les synagogues à travers les âges : une esquisse historique (A. Michel)
La synagogue fin de siècle, entre affirmation d’identité et déjudaïsation (D. Jarrassé)
Un quartier en construction (P. Pierrard)
Petite histoire de la synagogue de Lille (R. Joly)
La communauté juive de Lille vers 1891 (D. Delmaire)
Le premier grand rabbin de Lille, Benjamin Lipman (R. Ayoun)
Cent ans d’histoire des juifs de Lille (D. Delmaire)
Deuxième partie : Documents
Documents illustrés
Les péripéties d’une construction…
Extraits des lettres de M. Heymann Lévy (choisis par D. et J-M. Delmaire)
Un événement lillois : l’inauguration de la synagogue de Lille dans la presse régionale (présentation par D. Delmaire)
Troisième partie : Témoignages
La synagogue dans la tradition juive (J. Ouaknin)
Souvenirs… (J. Malamet)
Femmes actives dans la communauté (N. Malamet)
Etre juif à Lille en 1991 (C. Sulman)
Recensions
Numéro 5 (printemps 1991)
Sommaire
Dan Michman : "La période batave" et la "période française" dans l’histoire des juifs de Hollande (1795-1813) et son évaluation dans l’historiographie
Janine Strauss : La Haskala
Bernard-Aqiba Meslet : Introduction au livre d’Isaie de S. D. Luzzatto
Pologne (Colloque ; soirée commémorative)
Belgique (Colloque)
Thèses
Dans les revues et dans les livres
Nouvelles
Numéro 4 (hiver 1990-1991)
Sommaire
Danielle Delmaire : Une correspondance inédite de Jules Isaac avec les membres de l’amitié judéo-chrétienne de Lille
Daniel Dratwa : Les premiers amis belges de l’université hébraïque de Jérusalem (1901-1925)
Sylvain Brachfeld : Les juifs à Anvers
Monique Chouissa : Amnon Shamosh, trois nouvelles (présentées et traduites par)
"Reine de Jérusalem"
"Miettes"
"Piano"
Samuel Max Heuberger : Les juifs du Languedoc
Dans les revues et les livres par Jean-Marie Delmaire
Numéros 2-3 (été 1990)
Sommaire
Jan Lust : Le messianisme et la Septante d’Ezechiel
Robert Dreyfus : Petite histoire du calendrier juif
Bernard Akiba Meslet : S.D. Luzzatto, son opinion sur le miracle et la foi
Bernard Akiba Meslet : Réflexions sur la circoncision
Jean-François Rey : Levinas et Spinoza
R.P. Issembert : Regard d’un kabbaliste
Jean-Marie Delmaire : Les juifs maghrébins en Palestine ottomane
Richard Ayoun : Les conséquences de la naturalisation collective des juifs d’Algérie
Sylvain Brachfeld : Le sauvetage d’enfants juifs en Belgique pendant l’Occupation allemande
Emmanuel Persyn : Liban, avril 1975, l’ombre d’Israël, et chronologie libanaise
Françoise Sabin : Le chameau volant et la bosse d’or, chapitre d’Aaron Magged (présenté et traduit par)
David Joseph Auslender : Le dernier Pessah a Barcelone, (récit de)
Documents inédits, traduits et présentés par J-M. Delmaire
Ben Yehuda en prison : un rapport inédit de Nissim Béhar
Le premier programme scolaire hébraïque en Palestine ottomane
Recensions
Nouvelles
Numéro 1 (février 1990)
Sommaire
A nos lecteurs
Danielle Delmaire : Du colportage à la vie communautaire
Hervé Poiret : L’image d’Israël à travers la presse du Nord de 1948 à 1967
Bernard Akibah Meslet : Le shabbat, à propos de ses références littéraires
Nicole Agababa : Le rabbin et le philosophe, cosmologie et théologie chez Maïmonide
Jean-Marie Delmaire : "Sionisme", histoire et évolution d’un mot
Traductions inédites, présentation et annotations de Jean-Marie Delmaire
"Ce n’est pas le chemin", premier article d’Ahad-Ha’am
Cérémonie secrète des "Fils de Moïse"
Hebraïca-judaïca dans les bibliothèques de Lille
Eliezer Ben Yehouda (1858-1922) : Bibliographie établie par Jean-Marie Delmaire
A travers livres et spectacles
Numéro 11 hors-série (octobre 2023)
Sommaire
Contenu du n° 11 hors-série
Archives de la Diaspora/Diaspora des Archives
Penser la mémoire de la dispersion à partir de l’espace germanophone
Introduction : Farges Patrick, Goldblum Sonia, Knörzer Heidi, Schubert Katja & Trautmann-Waller Céline
Archives d’intellectuels en diaspora
Kalisky Aurélia : L’« archivite » d’un savant survivant. Joseph Wulf et ses archives (Cracovie – Paris – Berlin Ouest)
Berning Matthias : Carl Einsteins Nachlass als Zeuge von Fluchterfahrung und eines lebenslangen Konflikts mit dem jüdischen Erbe
Kaplan Louis : Leo Steinberg’s German-Jewish Refugee Joke and the Memory of Dispersion
Effets de lieu – archives et (dé)localisations
Dreyfuss Mathias : Des archives communautaires de Metz aux « archives juives » (1830-1930)
Ferruta Paola : Plurilinguisme et pouvoir : les « archives dispersées » de l’histoire des Juifs à Trieste (1781-1943)
Dispersions transatlantiques – un « Atlantique juif » ?
Krausz Luis S. : Das heimliche Museum – Gegenstände eines privaten Archivs der jüdisch-österreichischen Auswanderung nach Brasilien
Brestic Katell : Les archives du « troisième lieu » : le cas de l’exil juif de langue allemande en Bolivie (1933-1945)
Appropriations collectives d’archives dispersées
Schlör Joachim : German-Jewish Family Archives in the (Virtual) Diaspora : Questions of Storage, Ownership and Belonging
Thüne Eva-Maria : Carry the candle. Textfindung und Textformung in einem persönlichen Archiv
Kuperminc Jean-Claude : Concentration et dispersion d’un fonds d’archives : l’exemple de l’Alliance israélite universelle
Les archives diasporiques comme bien culturel
Jessen Caroline : Berlin – Jerusalem – Paris. Die Heine-Sammlung von Salman Schocken
Veltri Giuseppe & Pisano Libera : Community of archives. German-Jewish authors in Israel
Betten Anne & Leonardi Simona : Das Interviewkorpus „Sprachbewahrung nach der Emigration / Emigrantendeutsch in Israel“ : ein sprach- und kulturwissen- schaftliches Archiv des deutschsprachigen Judentumsim 20. Jahrhundert
Numéro 10 hors-série (octobre 2022)
Sommaire
Even… Une pierre de vie en la mémoire de Roza Shabad-Gawronska et les orphelins du ghetto de Vilna
Muriel Chochois
Préface : Katy Hazan
Postface : Philippe Boukara
Résumé
Ce dixième numéro hors-série de la revue Tsafon relate un parcours de vie, une vie dans une ville disparue, et une quête. Le Dr Roza Shabad-Gawronska, née en 1882, œuvra comme pédiatre et présidente de l’OZE/TOZ dans la ville où elle était née, Vilna, la Jérusalem du Nord. En septembre 1941, elle se mobilisa aux côtés des médecins et éducateurs pour mettre en place des institutions d’accompagnement des jeunes enfants, et fonda l’orphelinat dans le ghetto. En date du 30 juin 1943, l’orphelinat accueillait 78 enfants. Qui étaient-ils, que sont-ils devenus, quand, quelques semaines après, le ghetto fut liquidé ? Telle est la quête que ce livre s’efforce de partager. Documents d’archives, témoignages de survivants du ghetto et ouvrages scientifiques ont nourri ce travail, initié par Muriel Chochois en 2006. Des représentations de créations artistiques ponctuent chacun des chapitres. Ces créations, des poupées, sont celles conçues dès les années 1980 par Sophie Libo-Wawrzyniak, la petite-fille de la pédiatre. Ces poupées portent en elles l’histoire juive, les peurs d’un enfant dans le ghetto et les questions d’aujourd’hui. Leurs présentations marquent les « degrés » dans la connaissance de ces Toldot. Ce mot, de la même racine hébraïque que le mot « enfant », yeled, porte à la fois en lui le terme « histoire » et le terme « enfantement ». Analyses historiques, créations artistiques et récits de vie témoignent ainsi des rêves et désespoirs de ceux qui incarnèrent la résistance spirituelle dans la Jérusalem des ghettos.
Fruit d’un travail de recherche, ce livre est aussi le témoin d’une relation profonde entre l’auteure et Sophie Libo-Wawrzyniak, partageant le souci de la transmission, comme en témoigne ce titre, Even. Sa préface est de Katy Hazan, historienne à l’OSE, et la postface de Philippe Boukara, historien et coordinateur de la formation au Mémorial de la Shoah.
Numéro 9 hors-série (mars 2018)
Sommaire
Asia Turgel : Une vie, une voix
Vivre et survivre, de Wilno à Paris, de 1922 à aujourd’hui
Témoignage recueilli par Muriel Chochois
Préface par Yitskhok Niborski
Postface de Pauline Bebe
Résumé
Asia Turgel est née à Wilno, alors ville polonaise, en 1922, vers Shavouot, troisième enfant d’Izrael-Wulf, électrotechnicien formé à Saint-Pétersbourg, et de Pesia Bulkin, la tante de l’acteur Joseph Bulov. Asia a trois frères, Yankel, Aron et Moizesz. Elle suit une scolarité en langue yiddish, puis fréquente une école polonaise publique pour enfants juifs. Le monde d’Asia, c’est le centre ancien de Wilno, la fréquentation d’amies juives, des activités qui se déroulent dans des clubs sportifs et lieux culturels juifs, quand Polonais et Juifs vivent dans deux univers séparés. C’est une vie rythmée par les fêtes et leurs préparatifs, dans une famille pratiquante, mais à l’image de Wilno, non fanatique, pour reprendre les propos de Mme Turgel. C’est une vie nourrie de musique, de danse, et surtout, surtout, de lectures. En septembre 1941, Asia est en train de lire, en polonais, Autant en emporte le vent, assise au milieu de leurs paquets, quand c’est au tour de la famille Turgel de rejoindre, encadrée par les milices lituaniennes, le ghetto. Travaillant dans un atelier de remise en état des uniformes allemands, le Feldbekleidungsamt, installé dans son ancienne école, rue Bakshta, Asia poursuit quelques activités culturelles, pour oublier ce qui est sa peur permanente : ne pas retrouver, au retour du travail, sa mère et sa nièce, Rivka, la fille de Yankel, qui vit avec eux.
Le 23 septembre 1943 est la seule date dont se souvient Asia. Le ghetto est liquidé, les hommes et les femmes sont séparés. Asia ne reverra plus les siens. Le train l’emmène au camp de Kaiserwald, d’où elle sera ensuite transférée au camp de Stutthof, puis au camp de Polte - Magdebourg. Échappant à l’exécution en s’enfuyant, avec d’autres prisonnières, du ravin où elles avaient été conduites, elle arrive à Paris, en juillet 1945.
C’est dans un centre d’accueil de déportés, près de Grenoble, qu’elle rencontrera quelques semaines plus tard Maurice Miedrzyrzecki. Asia et Maurice se marient à la mairie de Corenc le 25 août 1945. Ils ont un fils, Yves, prénommé ainsi en souvenir de son grand-père Izrael-Wulf, puis une petite-fille, Deborah. Maurice Miedrzyrzecki est décédé à Paris le 23 juin 2013. Et Léna, la fille de Deborah, l’arrière-petite-fille d’Asia Turgel, est née le 23 août 2013.
Ce livre est le fruit de rencontres régulières, ayant fait l’objet de notes ou d’enregistrements, et ce depuis avril 2009. Ce que porte Asia dans ces quelques pages, c’est une histoire de vie, une vie juive, et sa transformation, de 1922 à aujourd’hui. C’est l’histoire d’une jeune fille à la vie normale, qui connaît l’enfer, puis retrouve une vie normale. Ces deux « états » vivent en Asia, l’amenant à poser sur le monde un regard, empli de bonté, d’une extrême lucidité, comme si elle voyait au-delà des êtres et de l’horizon qu’est le nôtre. Plus qu’un témoignage, c’est une expérience intérieure qu’Asia et moi avons tenté d’écrire, en accompagnant le lecteur dans sa compréhension du monde traversé et en lui ouvrant des portes vers d’autres créations.
Numéro 8 hors-série (2015)
Sommaire
Représentations juives du christianisme, XIXe et XXe siècles
Textes rassemblés par Olivier Rota et Danielle Delmaire
Delmaire Danielle : Préface
Sebban Joël : Joseph Salvador, un précurseur sans héritiers ?
Hagbi Yaniv : The Different Audiences of Edmond Fleg’s Anthologie Juive
Bernay Sylvie : Le regard de la presse juive francophone de l’entre-deux-guerres sur le christianisme et les catholiques
Poujol Catherine : Débat public sur la restitution des enfants juifs cachés et la validité du baptême (1945-1953)
Iancu Carol : Alexandre Safran, « interpellateur » du christianisme
Maligot Claire : Les enjeux internes des démarches juives auprès du concile Vatican II
Schilt Éliezer : Les autorités rabbiniques orthodoxes face au christianisme et au dialogue judéo-chrétien au XXe siècle
Rota Olivier : Résistance juive au dialogue interreligieux, « théologie juive du christianisme » et « théologie juive du pluralisme religieux »
Rota Olivier : La relation entre judaïsme et christianisme : asymétrie, histoire dialogique et pluralisme religieux
Numéro 7 hors-série (2014)
Sommaire
Hommage à Bernhard Blumenkranz : Témoignages
Journée du 3 juin 2013, Montpellier, Nouvelle Gallia Judaica
Édité par Danièle Iancu-Agou
Avec la collaboration d’Élie Nicolas
Introductions
Iancu-Agou Danièle : Préambule
Weill Georges : Bernhard Blumenkranz (1913-1989), fondateur d’Archives juives
Blumenkranz Joël et Gilles : Hommage à notre père
I - Les successeurs à la Nouvelle Gallia Judaica}
Nahon Gérard : Bernhard Blumenkranz et la Gallia Judaica de Gross. Sur la toponymie rabbinique de la France
Dahan Gilbert : Du boulevard de Sébastopol à la rue des Prouvaires, en passant par la Bibliothèque nationale. Quelques souvenirs
Iancu-Agou Danièle : De la « Topographie des quartiers juifs » à la NGJ montpelliéraine
II - Les collaborateurs
Chazelas Geneviève, Lévy Monique, Szapiro Élie : Témoignages de collaborateurs de Bernhard Blumenkranz
Job Françoise : Travailler avec Bernhard Blumenkranz
Weill Georges : La Commission Française des Archives Juives. Des origines aux années héroïques (1960-1980)
III - Les soutiens et les auteurs
Lévy Willard Denis : Des cultivateurs et vignerons juifs aux IXe et XIe siècles
Bok Willy : Propos de Bernhard Blumenkranz au colloque de Bruxelles en 1962
Iancu Carol : Mes rencontres avec Bernhard Blumenkranz
Annexes
La Nouvelle Gallia Judaica, équipe parisienne du CNRS
Sa décennie montpelliéraine
Iancu-Agou Danièle : Les travaux montpelliérains de la NGJ, 2003-2014
Séminaires de recherche : 2003-2015
Deux colloques internationaux, n° 4 et n° 7 de la Collection NGJ aux éditions du Cerf
Remise des Mélanges en l’honneur de Gérard Nahon. 2 avril 2012
Publications de l’équipe Nouvelle Gallia Judaica
Annexes
Notices sur l’héritage de Bernhard Blumenkranz
Numéro 6 hors-série (2013)
Sommaire
Les Juifs d’Algérie, de l’enracinement à l’exil
Hommage à Jacques Lévy (1929-2010)
Textes rassemblés par Carol et Michaël Iancu
Avant-propos
Hommage à Jacques Lévy
Iancu Carol : Jacques Lévy, tel que je l’ai connu
Chamboredon Robert : Jacques Lévy, amoureux d’histoire et homme d’action
Chabert René : Jacques Lévy, un académicien d’exception
Iancu Carol et Iancu Michaël : Introduction
Première partie : Une longue histoire, de l’enracinement à l’exil
Nahon Gérard : Méir b. Nathanaël Cresques d’Alger. Voyage en Europe, 1734-1739
Iancu Carol : Les Juifs d’Algérie et de France à l’époque de l’affaire Dreyfus
Landau Philippe : « Aux armes, citoyens ». Les Juifs algériens dans la Grande Guerre
Vrech Jean-Philippe (1980-2012) : Identité nationale et violence sociale en Algérie. Le cas des relations judéo-chrétiennes et judéo-musulmanes (1918-1962)
Lévy Jacques (1929-2010) : Les Juifs dans la résistance algéroise (7 au 8 novembre 1942)
Bachoud Andrée : La guerre d’Algérie et la position des Juifs. Un témoignage
Agou Simon (1933-1996) : « Les Juifs d’Algérie à l’heure du choix »
Charbit Denis : « La valise ou le cercueil ! ». Le sort des Juifs d’Algérie après la signature des accords d’Evian
Deuxième partie : Communautés et camps d’internement
Oliel Jacob : Les Juifs du Sahara algérien étaient-ils des Juifs d’Algérie ?
Belange Norbert : Les Juifs de Mostaganem
Bonan Marc : L’Algérie à l’heure médéenne
Iancu-Agou Danièle : Les détenus ashkénazes du camp d’internement de Djelfa et les Juifs locaux (1941-1942)
Iancu-Agou Danièle : Le camp Suzzoni en Algérie française. Notes autour d’une aquarelle (1940)
Troisième partie : Vie religieuse et culturelle
Sirat René-Samuel : Témoignage sur la vie religieuse des Juifs d’Algérie à la veille de l’indépendance
Bensoussan Albert : La vie cultuelle et culturelle juive à Alger, de 1942 à 1962. Un témoignage
Dugas Guy : Fragments d’histoire littéraire judéo-algérienne
Perez Félix : Circonfession et nostalgérie. Un Juif sans judaïsme ? Jacques Derrida
Iancu Michaël : Daniel Mesguich et ses racines juives algériennes
Feldmann Gérard : Médecine universitaire et hospitalière juive à Alger. Un témoignage
Leroi Margina : Culture arabe, européenne et juive en Algérie française. Transmission d’un patrimoine culinaire
Numéro 5 hors-série (2012)
Sommaire
Spoliation des Juifs et des Tsiganes dans la Zone rattachée et en Belgique, pendant la Seconde Guerre mondiale
Textes rassemblés par C. Crétel, D. Delmaire, M. Heddebaut, O. Louage et H. Priego
Priego Hélène : Musée de la Résistance à Bondues
Louage Odile : Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Delmaire Danielle : Hommage à Maxime Steinberg
Dejonghe Étienne : Rapport introductif
Spoliation des Juifs dans la Zone rattachée
Delmaire Danielle : Le sort des Juifs dans la Zone rattachée 1940-1944
Gardon Jean-Baptiste : La spoliation économique des Juifs en Zone rattachée. Le département du Nord, première approche
Zalc Claire : La spoliation des biens juifs observée à la loupe : le cas lensois
Bruttmann Tal : Réparer les spoliations : des restitutions aux indemnisations
Spoliation des Juifs en Belgique
Schram Laurence : Le pillage des biens à la caserne Dossin à Malines
Schreiber Jean-Philippe : La spoliation des juifs en Belgique sous l’Occupation nazie. Le rapport de la Commission Buysse I
Spoliation des Tsiganes
Heddebaut Monique : Pillage et spoliation des biens tsiganes dans la Zone rattachée
Témoignages
Hirsch Jean-Pierre : Entreprise « Aux travailleurs » – Roubaix
Biezunski Michel : Établissements Gaston Michel – Flines-lez-Râches et Caussade
Roos Paul : La Botte Chantilly – Lille
Delmaire Danielle : Conclusion, une recherche à poursuivre
Numéro 4 hors-série (2008)
Sommaire
Persécutions raciales dans le Douaisis, pendant la Seconde Guerre mondiale
Juifs et Tsiganes
par Monique Heddebaut
Préface (Danielle Delmaire)
Introduction
Première partie
La persécution des Juifs dans l’arrondissement de Douai
I. A la recherche des Juifs douaisiens
II. De l’identification à l’exclusion
II.1. Identification et identité
II.2. Les mesures anti-juives (L’accès à la fonction publique - L’exercice de la médecine - Le premier statut des Juifs - Les recensements - Le deuxième statut - La réquisition des postes de Télégraphie Sans Fil (TSF)
- L’étoile jaune)
III. La vie des évacués en zones libre et occupée
III.1. Les enfants cachés (G. G. - Marcel Lipskier)
III.2. L’itinéraire de Nathan (Nusen) Strychharz
IV. La spoliation des biens
IV.1. Les principes et les mesures de l’aryanisation économique
IV.2. L’aryanisation des entreprises douaisiennes (L’entreprise Ramboux - L’entreprise Michel - Rachel Fillat)
IV.3. Les administrateurs provisoires
V. Les rafles et l’extermination
V.1. La rafle du 11 septembre 1942
V.2. Les déportations hors arrondissement (Les déportations à partir des îles anglo-normandes - La rafle d’Izieu)
V.3. Un cas de répression politique : Naftal Zorman
Deuxième partie
La persécution des Tsiganes dans l’arrondissement de Douai
I. De la migration à l’installation en Europe
II. De la difficulté de la collecte des sources
II.1. Les sources d’archives
II.2. Les témoignages
II.3. Les références bibliographiques
II.4. La Tradition tsigane
III. Du recensement à l’assignation à résidence
III.1. Les premiers dénombrements de 1895
III.2. L’identification et les carnets anthropométriques de 1912
III.3. La législation de Vichy
IV. La déportation et l’extermination
IV.1. La famille Lagrené
IV.2. La rafle du 23 novembre 1943 à Pont-de-la-Deûle
IV.3. La déportation à Auschwitz
IV.4. L’extermination par les maladies et les sévices
IV.5. Les transferts en camps de travail (Marie Lagrené - Jules et Michel Lagrené - Antoine Lagrené - Joséphine Lagrené)
Conclusion
Sources et bibliographie
Annexes et documents (42 pages)
Numéro 3 hors-série (2007)
Sommaire
Mémorial des déportés du Judenlager des Mazures
par Jean-Emile Andreux
Préface (Danielle Delmaire)
Introduction
Remerciements
Glossaire
Mémorial des déportés du Judenlager des Mazures
Notices pour chaque déporté, présentées par ordre alphabétique des noms (90 pages)
Convois au départ de Malines vers Auschwitz
Convois Malines -Auschwitz, emportant des épouses et des enfants de déportés des Mazures
Bibliographie
Sources : archives et documents
Index
Numéro 2 hors-série (2007)
Sommaire
Poètes de la Shoah
Présentation bilingue des poèmes et traduction de Jean-Marie Delmaire
Poètes juifs, expression de la Résistance et de la Catastrophe
Yitzhaq Katzenelson & Avrom Sutzkever
J’ai fait un rêve
Le chant du peuple juif massacré
(Chant I : Chante ! -
Chant VI : Les premiers -
Chant XII : La rue Mila -
Chant XIV : La fin)
A mon enfant (A. Sutzkever)
Les plombs de l’imprimerie Romm (A. Sutzkever)
Juifs gelés (A. Sutzkever)
Chants de la Résistance
Nous sommes là (H. Glick)
Elle brûle (M. Gebirtig)
Je crois (anonyme)
Chant des partisans (H. Glick)
Poètes israéliens sur la Shoah et la révolte
Uri Zvi Greenberg
Car c’est déjà le pleur
A Dieu en Europe
Echo de la Gehenne (A. Hameiri)
Sur le ghetto de Varsovie brûlé (Y. Fichman)
Avraham Shlonsky – Aaron Zeitlin
Serment (A. Shlonsky)
Une ombre à Varsovie (A. Zeitlin)
Nathan Alterman
L’enfant Abram
Parmi tous les peuples
Bibliographie
Illustrations (Serge Lamiaux)
Numéro 1 hors-série (2003)
Sommaire
Chronologie biblique, des débuts de la Royauté à la ruine du second Temple
par Francis BOULANGER
Chronologie biblique
Bibliographie
Mode d’emploi : explications pour lire le tableau chronologique
Chronologie (22 pages)
Cartes (12 pages)
Index (12 pages)


