Tauber Michèle, Cuche Jacqueline, Elkouby Janine (sous la direction de), « Nous de l’espérance ». Le Lumineux message d’Edmond Fleg aujourd’hui
Tauber Michèle, Cuche Jacqueline, Elkouby Janine (sous la direction de), « Nous de l’espérance ». Le Lumineux message d’Edmond Fleg aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, coll. Mondes juifs et lumières du judaïsme, janvier 2026.
Texte intégral
1En novembre 2024, un colloque réunissait des historiens et des spécialistes en littérature autour de la personnalité d’Edmond Fleg, pour le 150e anniversaire de sa naissance qui eut lieu le 26 novembre 1874 à Genève. Les organisatrices ont rassemblé les communications pour réaliser ce bel ouvrage en l’honneur d’un poète, d’un romancier, d’un acteur de la communauté juive de France, d’un responsable de la jeunesse juive et d’un homme de dialogue avec les chrétiens. Car Edmond Fleg, né Flegenheimer a bien rempli tous ces rôles.
2Un prologue du grand rabbin de France, Haïm Korsia, ouvre le livre pour évoquer le cheminement intellectuel et religieux de Fleg qui, élevé dans une famille éloignée de la religion, s’intéressait peu à ses racines juives et au judaïsme avant l’électrochoc de l’Affaire Dreyfus. L’antisémitisme fit de Fleg un juif et la Première Guerre mondiale renforça son attachement à la France, nullement affaibli par son sionisme et nullement démenti après la Catastrophe. Les mots du grand rabbin résument le parcours de Fleg : « Fleg a tout vu de l’horreur : l’horreur de la Première Guerre mondiale, l’horreur de l’antisémitisme, l’horreur de tout, il a subi l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, il a été obligé de se cacher, il a subi le massacre d’une partie de sa famille, la mort de ses enfants, il a tout subi… » (p. 25) et pourtant il a toujours espéré : en la poésie, en la jeunesse, en l’amitié notamment avec les chrétiens au côté de Jules Isaac.
3Suit la première partie qui évoque « sa vie et son œuvre ». Il revenait à l’historienne Sylvie Altar d’entamer ce volet pour rappeler que les adversités et les tourments n’ont pas détourné Fleg de « cette vision d’espoir » qui trouve une résonnance particulière après le 7 octobre 2023. Elle balaie son parcours : les études à Paris, la tentation du christianisme ébranlée par l’Affaire Dreyfus, l’attrait du sionisme – Fleg assiste au 3e congrès de Bâle en 1899 – l’horreur de la Première Guerre mondiale mais dépassée par l’engagement auprès de Gamzon et des Éclaireurs israélites, l’entre-deux guerres qui est la période féconde pour le poète et l’écrivain, la douleur du décès de ses deux fils et de l’absence irréversible du petit-fils, mais aussi et enfin l’espérance dans l’Amitié judéo-chrétienne et la création de l’État d’Israël.
4Quant à l’œuvre du « poète, romancier, dramaturge, librettiste, essayiste » (p. 47), Francine Kaufmann en dévoile un pan peu connu : « son talent de traducteur et d’adaptateur » (p. 47). Que ce soit pour L’Anthologie juive, œuvre fondamentale qui comprend aussi des traductions du texte biblique, ou encore pour la Haggada de Pessah et tant d’autres ouvrages traduits qui paraissent tous entre les deux guerres, F. Kaufmann étudie avec minutie les procédés du linguiste et du traducteur. Cette étude est complétée par celle de Michèle Tauber sur la « traduction à la fois encensée et controversée » (p. 69) de Tevye le laitier, parue en 1925, il y a cent ans !
5La deuxième partie est consacrée à « Edmond Fleg et le judaïsme de son temps ». Une intervention de Nadia Malinovich ouvre ce volet en rappelant la force du réveil juif des années 1920, auquel participa Edmond Fleg. Il en fut même à l’avant-garde avec Pourquoi je suis Juif de 1928, faisant état de la redécouverte de sa judéité, il vivifia son héritage juif grâce à son sionisme. Avec ses poèmes et ses romans, il participa à « la naissance d’une littérature juive moderne de langue française » (p. 79) au côté d’un autre poète : André Spire.
6« Le judaïsme de son temps » est traversé par le développement du sionisme auquel Fleg est particulièrement sensible malgré son fort attachement à la France, raison pour laquelle Denis Charbit le qualifie de « sioniste hétérodoxe ». Fleg effectua un premier voyage en Palestine mandataire, en 1931, à la suite duquel il produisit Ma Palestine, ouvrage paru en 1932. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, « il est conscient que le défi majeur à relever est d’insuffler une nouvelle espérance à une communauté exsangue » (p. 90), aussi réitère-t-il son admiration pour la Palestine nouvelle avec Le Chant nouveau paru en 1945, puis avec Nous de l’Espérance sorti en 1948 en pleine guerre d’Indépendance d’Israël et enfin La Terre que Dieu habite de 1953.
7Enfin la troisième partie montre l’homme de dialogue que fut Edmond Fleg. Spécialiste de l’histoire des relations entre juifs et chrétiens, Olivier Rota met en avant l’importance du rôle d’Edmond Fleg dans la difficile mise en place de l’Amitié judéo-chrétienne. Ouvert à ce dialogue dès le début du siècle, grâce entre autres à son amitié avec Péguy que Jacqueline Cuche remet en mémoire dans la dernière intervention, « Fleg suscite une vision réconciliatrice du christianisme et du judaïsme » (p. 107). Homme du dialogue, Fleg ne renonce pas à la controverse et n’oublie pas ce qui sépare chrétiens et juifs même s’ils peuvent s’unir en diverses occasions. Le dialogue, Fleg le pratique aussi auprès de la jeunesse juive grâce à son implication sans faille dans le mouvement des Éclaireurs israélites qu’il a accompagnés dès les débuts du scoutisme juif jusqu’à la fin de sa vie, c’est ce que rappelle Benjamin Bitane.
8L’ouvrage remet à l’honneur Edmond Fleg, un homme amoureux de la France et pleinement juif, qui a traversé une grande partie de ce XXe siècle, tragique mais aussi fécond pour les Juifs.
Pour citer cet article
Référence électronique
Danielle Delmaire, « Tauber Michèle, Cuche Jacqueline, Elkouby Janine (sous la direction de), « Nous de l’espérance ». Le Lumineux message d’Edmond Fleg aujourd’hui », Tsafon [En ligne], 91 | 2026, mis en ligne le 22 juin 2026, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/20020 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16hnr
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page


