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AccueilNuméros83Dossier : La SNCF face à la ShoahPrésentation du dossier

Dossier : La SNCF face à la Shoah

Présentation du dossier

Danielle Delmaire et Monique Heddebaut
p. 11-13

Texte intégral

1La décision de présenter un dossier sur la SNCF face à la Shoah a été prise afin de participer à la célébration du quatre-vingtième anniversaire du sauvetage de 40 à 60 Juifs – le nombre ne peut pas encore être davantage précisé – par 25 cheminots en gare de Lille-Fives lors de la grande rafle du 11 septembre 1942 qui décima les judaïcités du Nord et du Pas-de-Calais. Les études du dossier ne se focalisent pas sur la région du nord de la France qui fut rattachée au Gouvernement militaire de Bruxelles mais portent sur l’ensemble de la France. Toutefois, en considération de ce sauvetage, notre réflexion eut pour point de départ le constat suivant :

  • en un lieu particulier : une gare de triage où les trains sont en nombre,
  • grâce à un personnel particulier : des cheminots engagés politiquement ou syndicalement, résistants et opposés à l’occupation allemande,

2Dans ces circonstances, une action très vite concertée dans l’urgence a permis l’exfiltration de Juifs, adultes et enfants, malgré une présence allemande. La population environnante du quartier de Fives a participé à la réussite du sauvetage.

3Ainsi, malgré la présence de l’occupant dans une zone militaire qu’il contrôle de très près, des trains, une gare, des cheminots ont été le théâtre et les acteurs de la survie de Juifs destinés à la déportation vers Auschwitz. Qu’en était-il dans les autres zones : la Zone occupée et la Zone non occupée jusqu’à la fin de 1942 ? Les auteurs des articles portent leurs interrogations sur toute l’entreprise SNCF face à la persécution des Juifs, c’est-à-dire ses moyens logistiques et son personnel.

4Le dossier s’ouvre sur le discours de Guillaume Pepy, président de la SNCF, qu’il prononça, le 25 janvier 2011, en gare de Bobigny d’où partirent les convois de la déportation des Juifs en 1943-1944. Entamer le dossier avec ce discours permettait de poser les jalons de la réflexion : la SNCF fut contrainte de mettre son matériel et son personnel à la disposition de l’occupant d’abord par la convention d’armistice du 22 juin 1940 (art. 13), ensuite avec le consentement du Gouvernement de Vichy. Sans détour, Guillaume Pepy le reconnaît : « Elle l’a fait » martèle-t-il. En revanche, l’engagement de cheminots, dans les réseaux de la Résistance qui ont aussi opéré des sauvetages, a mis à mal la collaboration d’État avec le Reich. Le propos est clair, bien balancé comme l’analyse Danielle Delmaire.

5Celle-ci continue le dossier en scrutant les témoignages écrits et oraux, qu’elle a pu récolter, de sauvetages dans les trains et dans les gares. Certes ces lieux étaient étroitement contrôlés mais le secours nécessaire pour contrer l’arrestation pouvait y être apporté. Le train avec son tender était même une cachette possible et la gare tout autant. Par ses moyens logistiques, la SNCF a joué un rôle en partie salvateur. Pour autant, cette conclusion ne doit pas faire oublier les nombreuses arrestations dans les gares et dans les trains.

6De même Thomas Fontaine explique l’importance des gares de départ des trains de déportés juifs, comme les gares du Bourget, de Bobigny, qui sont proches du camp de rassemblement de Drancy, ou encore la gare de Novéant, qui se trouve à la limite de la Moselle annexée. « Cette gare, conclut Thomas Fontaine, est un lieu […] qui est essentiel dans la ‘machinerie’du génocide ». Les gares comme les trains constituent autant de maillons nécessaires à la mise en œuvre de la Shoah.

7Mais les infrastructures ne suffisent pas, il faut un personnel complice pour cacher des « illégaux », pour couvrir la fuite d’un voyageur sans autorisation ou encore pour détourner l’attention des gardes allemands et de leurs supplétifs français. Comme l’a évoqué Guillaume Pepy, des cheminots ont relevé l’honneur de la SNCF et Danielle Delmaire en donne quelques exemples tandis que Laurent Thévenet rappelle les sauvetages effectués par les 55 cheminots reconnus Justes parmi les Nations, par l’État d’Israël, pour avoir sauvé ou hébergé des Juifs. Ce nombre est assurément inférieur à la réalité tant ce corps de métier a été sollicité par tous les proscrits. Mais ces actes, héroïques souvent, ne doivent pas dissimuler une autre réalité à faire connaître : le licenciement de cheminots parce que juifs, alors qu’ils avaient servi la SNCF avec dévouement.

8Que reste-t-il de ce passé ? C’est cette mémoire que Christian Chevandier étudie. Le titre de son article est évocateur : il cite la chanson de Jean Ferrat, lui-même enfant juif caché et dont le père n’est pas revenu d’Auschwitz, qui convoque également la logistique (les roues, les arrêts et les départs) pour dire la déportation. Il serait sans doute plus juste de parler de mémoires car, avec les années, les souvenirs se précisent ou s’estompent et même se diversifient.

9Le dossier rassemble cinq contributions, c’est de toute évidence trop peu pour faire le tour de la question sur le rôle de la SNCF face à la Shoah. Modestement nous espérons que ces contributions engageront d’autres travaux.

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Pour citer cet article

Référence papier

Danielle Delmaire et Monique Heddebaut, « Présentation du dossier », Tsafon, 83 | 2022, 11-13.

Référence électronique

Danielle Delmaire et Monique Heddebaut, « Présentation du dossier », Tsafon [En ligne], 83 | 2022, mis en ligne le 01 juillet 2022, consulté le 17 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/4994 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.4994

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Auteurs

Danielle Delmaire

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