Les odeurs, les bruits
Résumés
L’objectif de cette étude est de retracer le regard des textes juifs anciens vis-à-vis des odeurs et des bruits. On montrera ainsi qu’il existait une vision judéenne des désagréments écologiques aux temps de la Mishna et du Talmud, comparativement aux visions écologiques en vogue dans l’Empire romain. Les lois instaurées pour préserver l’environnement ne furent pas seulement restrictives, elles furent également constructives.
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Les odeurs, les bruits ou quelques remarques sur une vision judéenne des désagréments écologiques aux premiers siècles de notre ère
1Une exposition à la cité des sciences et de l’industrie à Paris, intitulée « crad’expo », se proposait en 2007, d’ausculter les fonctions « impolies » de notre corps avec précision et sagacité1. Autant les odeurs nauséabondes que les bruits inconvenants, d’origine corporelle ou environnante, jalonnent inexorablement notre quotidien. L’idée nous est donc venue de nous interroger sur le regard des textes juifs antiques concernant ces aléas de la vie qui nous déplaisent communément, au regard de la réalité historique des premiers siècles de notre ère.
- 2 Mishna Betsa, 2, 7 ; Edouyot, 3, 11 : "ומניחין את המוגמר ביום טוב"; Tosefta Yom Tov (Betsa), 2, 14 (...)
- 3 Mishna Tamid, 3, 8 : « Depuis Jéricho on sentait l’odeur de l’encens [du Temple]… R. Eléazar b. Dil (...)
- 4 Histoire Naturelle, 12, 65. Selon cet auteur, [Ibid., 12, 111] tant Vespasien, que son fils Titus, (...)
- 5 Ibid., 12, 113 : « Saevire in eam Iudaei sicut in vitam quoque suam; contra defendere Romani, et di (...)
- 6 B. Rosen & S. Ben Yehoshua, « The Agriculture of Roman-Byzantine Ein-Gedi and the Enigmatic ‘Secret (...)
2C’est pour lutter contre les mauvaises odeurs que l’on utilisait à l’époque du Second Temple des résines aromatiques, apposées à même les braises ardentes2, et cela, particulièrement dans le sanctuaire de Jérusalem afin de parer aux odeurs nidoreuses provoquées quotidiennement par la multitude d’animaux sacrifiés sur l’autel3. Le parfum d’encens en provenance de Judée et de Gaza était si particulier que sa renommée s’étendait jusqu’à Rome, ainsi que le stipule Pline l’Ancien (23-79)4. Ce même auteur fait d’ailleurs remarquer que la majorité des baumiers de Judée (commiphora opobalsamum), notamment ceux de la région de Jéricho, furent essouchés par les insurgés juifs durant la grande révolte juive contre Rome (66-73)5, une tactique de la terre brûlée visant à rendre les ressources naturelles régionales inutilisables pour l’adversaire romain. Ces actions semblent prouver, là encore, que Rome considérait le balsamique de Judée aux odeurs suaves, comme unique et inimitable, au sein de l’Empire. La notoriété du baume judéen fut telle, qu’il est à croire que les Juifs des premiers siècles en conservèrent pieusement le procédé de fabrication, réprouvant quiconque révèlerait au grand jour l’inestimable secret industriel de cette spécialité locale. Une inscription relevée sur la mosaïque de la synagogue antique d’Ein-Gedi sur les bords de la mer Morte, en date du VIème siècle de notre ère, avertit ainsi le lecteur de ne dévoiler en aucun cas, « le secret », c’est-à-dire très vraisemblablement celui de la production de ce baume régional, alors mondialement réputé6.
- 7 J. Marquardt, Privatleben der Römer, II, Berlin, 1882, p. 744 ; Ph. Bruneau, « Documents sur l’indu (...)
- 8 Marquardt, Ibid., p. 501.
- 9 Concernant Rome, on rapportera les propos de P. Fedeli, Écologie antique – Milieux et modes de vie (...)
- 10 Lévitique Rabba, 34, 3 (éd. Margulies, p. 776) ; TB Shabbat, 33b.
- 11 À comparer avec Fedeli, (Supra, n. 9), p. 74 : « À une époque beaucoup plus tardive, nous avons con (...)
- 12 Mishna, Baba Bathra, 2, 9 ; TJ Ibid., 2, 8 (13a) ; TB Ibid., 25a & commentaire de Rashi.
- 13 TB Hulin, 57b et le commentaire des Tossafistes.
- 14 Mishna Eduyoth, 1, 3 ; TB Shabbat 15a.
- 15 TB Ketoubot, 77b. Un des Tossafistes (Rid), explique ce passage talmudique en argumentant qu’en ver (...)
- 16 Tossefta Baba Bathra, 1, 4 (éd. Lieberman, p. 130). Et al.
- 17 Mishna Shabbat, 2, 2.
- 18 Tosefta Néguaïm, 6, 2 (éd. Zuckermandel, p. 625) ; ARN, 35 (éd. Schechter, version A, p. 104) ; TB (...)
- 19 Rachi sur TB Baba Qama, 82b, s. v. ‘סרחון’.
3À l’opposé, c’est à la même époque que la ville de Tyr fut célèbre pour ses odeurs âcres et désagréables, dues manifestement aux opérations de tannage, effectuées en pleine cité, usant de mollusques pourrissants pour obtenir la fameuse pourpre tyrienne, hautement connue à travers l’ensemble du bassin méditerranéen7. Un papyrus stipule, au demeurant, que « les mains du tanneur empestent l’empyreume du poisson faisandé »8. Les instances juives ne pouvaient à l’évidence rester insensibles à cette réalité nauséeuse9, surtout dans l’espace civique de cités juives, notamment : Jérusalem jusqu’en 70, puis – par exemple – celles de Lydda, Sepphoris voire Tibériade au temps du Talmud. Approuvant notamment, la fonction hygiénique des thermes romains10, de nombreuses mesures rabbiniques furent édictées pour éloigner autant que possible les odeurs ravageuses des centres habités11. Ainsi, les rabbins exigèrent de distancer des villes, tant les charognes que les ateliers des tanneurs de peaux de bêtes, pour endiguer la propagation d’émanations malodorantes12. Les orfèvres juifs, qui travaillaient le cuivre, priaient dans une synagogue qui leur était exclusivement réservée, en raison des effluves répugnantes dues à leur profession13. C’est probablement pour le même motif qu’à la période du Second Temple, on plaçait précisément les « industries nocives » de Jérusalem, près de la Porte des Immondices14. Une odeur méphitique pouvait même constituer un prétexte valable dans l’énonciation d’un divorce. Le Talmud affirme, en effet, que les tanneurs, les orfèvres, et notamment ceux qui amoncelaient les excréments de chien pour en faire des peaux, sont imprégnés d’une odeur fétide tellement répugnante que le divorce peut être requis15. Le cas d’un Juif, empêché de dormir du fait d’un fumet putride, soulève également un débat rabbinique16. La régulation de l’usage de produits inflammables pour allumer les bougies du Shabbat est partiellement motivée par les odeurs détestables qu’ils créeraient17. Pour épargner Jérusalem de ces tracas asphyxiants, il fut interdit d’y installer des ordures, ainsi que des jardins, à l’exception de roseraies18 et Rachi, l’éminent commentateur médiéval du Talmud, d’imputer la décision concernant les jardins, aux relents des mauvaises herbes19.
- 20 Satires, III, 192-202 ; 235-275.
- 21 Ces dispositions furent appliquées aux municipes, en dehors de Rome, cf. Suétone, Vie des douze Cés (...)
- 22 J. Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’empire, Paris, Hachette, 19705, pp. 67-70.
4Quant aux bruits, ceux des moteurs de véhicules, bien que de nos jours largement assourdis, furent pendant longtemps rédhibitoires, et que dire d’autres incommodités sonores, comme le ramdam d’un voisinage tumultueux. C’est à propos du niveau sonore en vigueur à Rome que Juvénal devait écrire : « Il faut avoir beaucoup d’argent pour dormir dans cette ville. Voilà la principale cause de nos maladies. Le passage des voitures dans les sinuosités des rues étroites, les jurons du muletier qui n’avance plus, ôteraient le sommeil […] à des veaux marins »20. Jules César promulguait, en l’an 45 avant notre ère, la Lex Iulia Municipalis, laquelle interdisait, notamment, de rouler en char à Rome depuis le lever du soleil et jusqu’aux heures de l’après-midi21. Les Romains utilisaient par conséquent leurs bolides de nuit ce qui rendait le sommeil audacieux22. Martial (12, 1-10), notamment, s’apitoie sur le sort de ses concitoyens contraints de supporter dès l’aube le frappement du marteau sur l’enclume, le remue-ménage des boulangers scandant bruyamment la vente de leurs produits, puis pour finir, le mugissement du maître, vociférant contre ses élèves.
- 23 Mishna Sota, 9, 10 ; TB Ibid., 48a.
- 24 Mishna Baba Batra, 2, 3.
- 25 TB Baba Batra, 21a & Rashi.
- 26 Ibid., 20b.
- 27 Ibid., 23a. Au Moyen Âge les rabbins œuvrèrent majoritairement pour protéger ceux qui cherchaient l (...)
5Les rabbins tentèrent de faire face efficacement à ces désagréments sonores, en rappelant que le marteau frappait sans cesse à Jérusalem, surtout durant les jours ouvrables des fêtes de Souccot et de Pessah. Cette coutume fut de vigueur jusqu’au temps du grand-prêtre hasmonéen Jean Hyrcan Ier (-135/-104), lequel aurait mis un terme à ce vacarme23. Cette décision fut, selon toute vraisemblance, le contrecoup des protestations des riverains qui ne pouvaient trouver le sommeil, en raison des coups de maillet, des hurlements des bébés et du grincement des meules24. Le Talmud, donnant raison aux contestataires, en arrive même à légiférer que dans le cas où l’un des habitants d’un immeuble y pratique professionnellement la circoncision, accomplit régulièrement des saignées, ou bien enseigne à des enfants fougueux, les voisins ont légalement le droit de l’empêcher de travailler dans ce lieu résidentiel, en raison du bruit et des allées et venues incessantes, causées par de telles professions25. Les outils industriels, tels que les broyeurs et les meules, sont écartés des habitations en vertu des contrariétés sonores qu’ils occasionnent26. Les personnes sensibles au bruit sont particulièrement protégées par les injonctions rabbiniques, ainsi Rav Yossef qui, en Babylonie au IIIème siècle de l’ère commune, raconta que son voisin avait pour habitude de faire des saignées. Celles-ci affriandaient nombre de corbeaux qui non seulement endommageaient sa palmeraie mais provoquaient, de surcroît, un charivari de voix criardes, nuisant à son bien-être27.
- 28 Y. Renouard, « Conséquences et intérêt démographique de la Peste noire de 1348 », Population, 3, 19 (...)
- 29 S. K. Cohn, « The Black Death and the Burning of the Jews », Past and Present, 196, 2007, pp. 3-36.
6L’écologie, l’hygiène et le respect de la qualité de vie individuelle, sont par conséquent inhérents à la culture juive et à son histoire. En 1348, éclatait l’épidémie de peste noire qui décima largement l’Europe28. On accusa fallacieusement les Juifs d’avoir envoyé ce fléau en empoisonnant les puits, provoquant ainsi le massacre de nombreuses communautés juives29. En outre, le fait que les Juifs furent moins touchés proportionnellement par la maladie que les autres ne fit qu’alimenter la rumeur de plus belle. Erreur ô combien morbide, à une époque où les immondices jonchaient les rues et où l’hygiène de base était quasiment inexistante parmi les populations. Les Juifs, quant à eux, se souciaient de pureté rituelle, pratiquaient les ablutions liturgiques au réveil, après avoir visité les lieux d’aisance, ou encore avant et après avoir consommé du pain. De simples mesures hygiéniques qui permirent, visiblement à plus d’un, de ne pas contracter le bacille de la peste.
7Nos sociétés contemporaines placent aujourd’hui en exergue la qualité de l’environnement dans l’espace urbain. Il semblerait décidément, comme le dit l’Ecclésiaste (1, 9) qu’il n’y a « rien de nouveau sous le soleil ».
Notes
1 http://archives.universcience.fr/francais/ala_cite/expo/tempo/cradexpo/cradexpo_flash.html
2 Mishna Betsa, 2, 7 ; Edouyot, 3, 11 : "ומניחין את המוגמר ביום טוב"; Tosefta Yom Tov (Betsa), 2, 14 (éd. Lieberman, p. 290) ; Talmud de Babylone [= TB] Berakhot, 42b ; Betsa, 22b.
3 Mishna Tamid, 3, 8 : « Depuis Jéricho on sentait l’odeur de l’encens [du Temple]… R. Eléazar b. Dilgaï disait : Les chèvres de mon père dans la montagne de Mikhvar [= Machaeronte, située à 24 km au sud-est de l’embouchure du Jourdain, aujourd’hui en Jordanie, où existait une forteresse du temps d’Alexandre Jannée, détruite puis rebâtie par Hérode] éternuaient en raison de l’odeur de l’encens [du Temple] » ; Avot de Rabbi Nathan [= ARN], 39 (éd. Schechter, version B, p. 106) ; Talmud de Jérusalem [= TJ] Souka, 5, 3 (35b) ; TB Tamid, 30b ; Maïmonide, Guide des égarés, 3, 45.
4 Histoire Naturelle, 12, 65. Selon cet auteur, [Ibid., 12, 111] tant Vespasien, que son fils Titus, arborèrent des branches balsamiques en provenance de la région de la mer Morte, lors du triomphe qu’ils organisèrent à Rome.
5 Ibid., 12, 113 : « Saevire in eam Iudaei sicut in vitam quoque suam; contra defendere Romani, et dimicatum pro frutice est » ; M. Stern, Greek and Latin Authors on Jews and Judaism, I, From Herodotus to Plutarch, Jerusalem, 1974, pp. 486-487 ; Josèphe, Guerre des Juifs, 1, 6, 6 : « Ce qui hâta encore plus sa marche [= de Pompée], ce fut la nouvelle de la mort de Mithridate. Il l’apprit près de Jéricho, la contrée la plus fertile de toute la Judée, qui produit en abondance le palmier et le baumier ; pour recueillir le baume, on pratique dans les troncs avec des pierres tranchantes des incisions qui le laissent distiller goutte à goutte ». Ibid., 4, 8, 3 : « Il y a près de Jéricho une source abondante et très propre à fertiliser le sol par des irrigations… Cette source irrigue une surface supérieure à celle qu’arrosent toutes les autres ; elle traverse une plaine qui a 70 stades de longueur et 20 de largeur et y fait croître et fleurir de très nombreux jardins d’une extrême beauté. Les palmiers ainsi arrosés appartiennent à des espèces de qualités et d’appellations très différentes : les palmes les plus grasses font couler, si on les presse sous le pied, un miel abondant, à peine inférieur à celui des abeilles que le pays nourrit en grand nombre : on y trouve aussi le baumier, dont le fruit est le plus estimé de la région, le cyprès et le myrobalan, de sorte, qu’on ne se trompera pas en qualifiant de divine une région où naissent en quantité les produits les plus rares et les plus exquis ».
6 B. Rosen & S. Ben Yehoshua, « The Agriculture of Roman-Byzantine Ein-Gedi and the Enigmatic ‘Secret of the Village’ », dans Y. Hirschfeld, Ein-Gedi Excavations 2 : Final Report (1996-2002), Jerusalem, 2007, pp. 624-640 ; Idem, « The Secret of Ein-Gedi », Cathedra Quarterly, 132, 2009, pp. 77-100. (Hébreu)
7 J. Marquardt, Privatleben der Römer, II, Berlin, 1882, p. 744 ; Ph. Bruneau, « Documents sur l’industrie délienne de la pourpre », Bulletin de correspondance hellénique, 93/2, 1969, p. 765 : « C’est de cet animal (= Murex trunculus, espèce méditerranéenne) que les Phéniciens tiraient la matière tinctoriale connue sous le nom de pourpre de Tyr » ; J. Doumet, Étude sur la couleur pourpre ancienne et tentative de reproduction du procédé de teinture de la ville de Tyr décrit par Pline l’Ancien, Paris 1980 ; N. Jidejian, Tyre through the Ages, Beirut, 1969, pp. 143-159 ; 143 : « Of the different shades of purple, "Tyrian purple" was the most praised for its beauty and lightfast qualities. The dye was extracted from the Murex, a marine snail of which Tyre had an inexhaustible supply. Large heaps of broken shells of Murex brandaris and Murex trunculus have been found at Tyre and also at Sidon, sites of ancient dye factories ». Pour des sources épigraphiques attestant l’existence de professionnels de l’industrie tyrienne du pourpre, cf. J. P. Rey-Coquais, Inscriptions grecques et latines de Tyr, Bulletin d’archéologie et d’architecture libanaise, hors-série III, Beyrouth, 2006, nos. 113, 154, 169. R. Shimon b. Yohaï (IIème siècle) connaissait d’ailleurs les tanneurs de Sidon et des agglomérations avoisinantes, sans doute s’agissait-il de Tyr (?), cf. Tosefta Oholot, 18, 2 (éd. Zuckermandel, p. 616). Quant aux tanneurs de Sidon mentionnés dans un texte talmudique, cf. également : TJ ‘Aboda Zara, 1, 10 (40b).
8 Marquardt, Ibid., p. 501.
9 Concernant Rome, on rapportera les propos de P. Fedeli, Écologie antique – Milieux et modes de vie dans le monde romain, Paris, 2005, pp. 73-74 : « Parler de pollution atmosphérique dans le monde antique peut sembler ridicule à notre époque, dans le climat de résignation où nous vivons face aux fumées nocives des industries, aux nuages toxiques et pis encore, aux risques de radiation… à Rome (à la différence de la campagne, EF) la situation était sans doute un peu différente et la fumée des innombrables cheminées ne contribuait guère à la pureté de l’air. Sénèque en est témoin ; il affirme dans une lettre à Lucilius (104, 6), en décrivant sa fuite de la ville… pour des raisons de santé, qu’après avoir laissé derrière lui l’atmosphère malsaine de la cité et l’odeur des cuisines qui enfument, combinées, répandaient poussière et exhalaisons pestilentielles, et que sa santé s’était immédiatement améliorée ».
10 Lévitique Rabba, 34, 3 (éd. Margulies, p. 776) ; TB Shabbat, 33b.
11 À comparer avec Fedeli, (Supra, n. 9), p. 74 : « À une époque beaucoup plus tardive, nous avons connaissance d’autres fumées nocives éventuelles : en effet, nous apprenons grâce à Ulpien qu’un certain Cerellius Vitalis, du municipe de Minturnes, qui avait pris en location une taberna casearia, enfumait les voisins tout en fumant ses fromages. Cette circonstance provoqua une controverse passionnée entre les plus grands représentants du droit, qui entreprirent de disputer sur les responsabilités réelles de l’enfumeur ».
12 Mishna, Baba Bathra, 2, 9 ; TJ Ibid., 2, 8 (13a) ; TB Ibid., 25a & commentaire de Rashi.
13 TB Hulin, 57b et le commentaire des Tossafistes.
14 Mishna Eduyoth, 1, 3 ; TB Shabbat 15a.
15 TB Ketoubot, 77b. Un des Tossafistes (Rid), explique ce passage talmudique en argumentant qu’en vertu de leur emploi sordide ces hommes « ont le visage et le corps constamment encrassés, ce qui les rend rebutants ». C’est en raison de leur métier que ces hommes, parmi d’autres, ne pourraient, le cas échéant, être nommés roi d’Israël ou grand-prêtre, cf. TB Kidoushin, 82a. Les lieux de tannage sont exemptés du port de la Mezouza sur les poteaux des portes, au même titre – par exemple – que les lieux d’aisance, cf. TB Yoma, 11a. Il est interdit selon la loi tannaïtique de vendre une synagogue pour en faire une tannerie, cf. Mishna Méguila, 3, 2. Un autre texte tannaïtique affirme qu’il est interdit de franchir le seuil d’une tannerie en portant ses phylactères ou avec des livres saints et que la loi proscrit d’y réciter le passage du Shéma Israël cf. Sifri sur Deut., 258 (éd. Finkelstein, p. 282) ; Midrash Tannaïm sur Deut., 23, 15 (éd. Hoffmann, p. 148). Une exégèse rabbinique affirme que le simple fait de pénétrer au sein d’une tannerie, même sans rien y acheter, rend l’odeur de la personne ainsi que celle de ses vêtements, tellement nauséabonde, qu’il est absolument impossible de se défaire de ce relent pendant toute la journée, cf. Midrash sur Proverbes (Michlé), 13, 16 (éd, Buber, p. 72) : "משל לאחד שנכנס לחנותו של בורסקי, אעפ"י שאינו מוכר לו ואינו לוקח ממנו הוא יוצא, ריחו וריח בגדיו מלוכלכין, ואין ריחו וריח בגדיו זז ממנו כל היום". Ce texte montre aussi, a contrario, les odeurs bénéfiques d’un lieu parfumé. Voir aussi le texte en ARN, 19 (éd. Schechter, version A, p. 70) qui oppose « les égouts de la tannerie » au parfum exquis du « baume balsamique ».
16 Tossefta Baba Bathra, 1, 4 (éd. Lieberman, p. 130). Et al.
17 Mishna Shabbat, 2, 2.
18 Tosefta Néguaïm, 6, 2 (éd. Zuckermandel, p. 625) ; ARN, 35 (éd. Schechter, version A, p. 104) ; TB Baba Qama 82b.
19 Rachi sur TB Baba Qama, 82b, s. v. ‘סרחון’.
20 Satires, III, 192-202 ; 235-275.
21 Ces dispositions furent appliquées aux municipes, en dehors de Rome, cf. Suétone, Vie des douze Césars – Claude, 25, 2 : « Il défendit aux voyageurs, par édit, de traverser les villes d’Italie autrement qu’à pied, en chaise à porteurs ou dans une litière » (Trad. H. Ailloud, II, Paris, 1967, p. 133). Puis, ces règles furent élargies à l’Empire du temps de Marc-Aurèle (161-180), cf. Histoire Auguste – Marc-Aurèle, 23, 8 : « Marc interdit que l’on circule à cheval ou en voiture à l’intérieur des villes » (Trad. A. Chastagnol, Paris, 1994, p. 151).
22 J. Carcopino, La vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’empire, Paris, Hachette, 19705, pp. 67-70.
23 Mishna Sota, 9, 10 ; TB Ibid., 48a.
24 Mishna Baba Batra, 2, 3.
25 TB Baba Batra, 21a & Rashi.
26 Ibid., 20b.
27 Ibid., 23a. Au Moyen Âge les rabbins œuvrèrent majoritairement pour protéger ceux qui cherchaient le calme face aux perturbateurs de tout genre, cf. par exemple : Choulkhane Aroukh, Hoshen Michpat, 155, 39 et commentateurs.
28 Y. Renouard, « Conséquences et intérêt démographique de la Peste noire de 1348 », Population, 3, 1948, pp. 459-466 ; 463 : « La Peste noire a donc été un fléau d’ampleur exceptionnelle qui, en quelques mois, a grandement et brutalement réduit la population de l’Occident ».
29 S. K. Cohn, « The Black Death and the Burning of the Jews », Past and Present, 196, 2007, pp. 3-36.
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Référence papier
Emmanuel Friedheim, « Les odeurs, les bruits », Tsafon, 71 | 2016, 139 – 145.
Référence électronique
Emmanuel Friedheim, « Les odeurs, les bruits », Tsafon [En ligne], 71 | 2016, mis en ligne le 01 mars 2023, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/6094 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.6094
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