Docteur Roza Shabad-Gawronska, pédiatre, directrice de l’orphelinat dans le ghetto de Vilna, 1892-1943
Résumés
« Lorsque, le 23 septembre 1943, le ghetto de Vilna fut liquidé, 100 orphelins du jardin d'enfants furent menés vers la mort, et avec eux, disparut la directrice de l’orphelinat juif, le Dr Shabad-Gawronska ». Ces quelques lignes du Dr Moshe Feigenberg, médecin urologue survivant de la Shoah, dans son témoignage déposé à Yad VaShem, et reprises dans une publication du Musée Juif Gaon de Vilna ont constitué les fondements de cette recherche sur le Dr Shabad-Gawronska. Elle était née en décembre 1882 à Vilna, alors ville russe, et se forma à Fribourg-en-Brisgau et à Saint-Pétersbourg, où elle se spécialisa en pédiatrie. Après la révolution russe, elle s’installa dans le Caucase où elle travailla, pour la Croix-Rouge, à combattre les épidémies qui s’y étaient déclarées du fait de la guerre. Elle y resta de 1917 à 1921, mettant toute son énergie dans le soin aux mères de famille et aux enfants. À son retour à Wilno en 1921, elle créa au sein de l'hôpital de Zwerinetz, dépendant de la communauté juive, un centre d'accompagnement des jeunes mères dans l'exercice de leurs nouvelles responsabilités. Ce souci de travailler sur les conditions de vie des enfants, leur nourriture et leur hygiène devait guider toutes ses actions futures, que ce soit au sein des établissements de l’OSE où elle travailla avec son oncle, le Dr Tzemakh Shabad, ou dans le lycée Sofia Gurewicz dont elle fut le médecin scolaire. Ce fut également l'un des objectifs qu'elle poursuivit lorsque le ghetto de Vilna fut créé en 1941 et qu’elle eut en charge l’organisation des soins aux enfants. Elle s’occupa plus particulièrement du centre d’accueil de jour et de l’orphelinat du ghetto, et se mobilisa, comme en témoigne le Dr Yacov Movshowitsch, botaniste qui enseignait à ses côtés, pour que les enfants continuent à avoir envie de se battre pour la vie. Cet article est plus particulièrement consacré à l’œuvre du Dr Shabad-Gawronska dans le ghetto de Vilna.
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- 1 Yulian Rafes, Doctor Tzemakh Shabad, a Great Citizen of the Jewish Diaspora, Baltimore, Via Press, (...)
1Vilnius fut un creuset de nombreux aspects de la vie juive, et ceci est particulièrement vrai pour la médecine sociale. C’est à Vilnius que furent posées les fondations d’une médecine juive de ville et que furent créés le premier syndicat de médecins juifs, en 1907, et la première école juive d’infirmières. Les terminologies médicales en yiddish furent initiées ici et c’est ici que les premiers journaux médicaux furent publiés par l’OZE (ou OSE en français, initiales en russe d’Obshetsvo Zdravookranenya Yevreyev, la Société pour la protection sanitaire de l’enfance juive), comme Folksgezunt (La santé du peuple) ou Zay Gezunt (Porte-toi bien). Durant la Première Guerre mondiale, un médecin, le Dr Tzemakh Shabad avait créé les soupes populaires qui permirent d’aider plusieurs milliers d’enfants affamés. Au quotidien, il insistait constamment sur la nécessité d’être à l’écoute, de surveiller la santé d’une population marquée par des siècles d’oppression politique et de situation socio-économique fragile, ce qui engendrait une détérioration de la situation physique et de la santé plus élevée en moyenne dans la population juive que dans les autres communautés1.
- 2 Vilne sera repris pour toutes les traductions des textes du yiddish. Vilna sera utilisée pour la pé (...)
2Le 17 septembre 1939, les troupes soviétiques prirent possession des territoires de l’Est de la Pologne. Wilno2 accueillit alors de nombreux Juifs fuyant les régions occupées par les nazis. Pendant quelques mois, Wilno redevint Vilnius : la ville et sa région furent intégrées à la Lituanie. Le 3 août 1940, la Lituanie devint une république soviétique. S’ensuivirent des décisions qui allaient contribuer à affaiblir considérablement la population juive : nationalisation des biens, fermeture des institutions culturelles, interdiction des mouvements politiques juifs. Les Juifs qui le purent quittèrent le pays, se dirigeant vers l’Est ou l’Asie ; d’autres furent déportés en Sibérie ou en Carélie. La communauté juive fut désorganisée.
3Le 24 juin 1941, les Allemands pénétrèrent dans Vilnius – redevenue Vilna. Le 4 juillet fut ordonné le port de l’étoile de David et le premier « Conseil juif » fut créé. Dès le 11 juillet et jusqu’au 20 août, les Aktionnen – les rafles en vue d’une extermination – coûtèrent la vie à plusieurs milliers de Juifs. Les assassinats de masse furent perpétrés à Ponar, une forêt proche. Le 6 septembre, les Juifs survivants furent expulsés de leurs logements et parqués dans deux ghettos, le « grand ghetto » avec 29 000 personnes, le « petit ghetto », 10 000. Ils étaient près de 60 000 deux mois plus tôt.
4Vilne, Vilna, Wilno, Vilnius… En 1941, elle devint la « Jérusalem des ghettos ». La foi en un monde meilleur qui avait guidé pendant des siècles l’œuvre des médecins, pédagogues, artistes, écrivains, rabbins, philosophes et philanthropes se poursuivit alors dans le combat quotidien contre l’anéantissement.
5Le 11 septembre 1941, dans les premiers jours du ghetto, les médecins se réunirent afin de mettre en place une organisation de santé publique et améliorer les conditions sanitaires de vie dans le ghetto.
- 3 Yulian Rafes, Doctor and Patients : doomed to destruction, New York, Begell House, 1976, p. 42.
Les médecins du ghetto exercèrent leur mission en s’inscrivant dans la continuité des idéaux des grands médecins que furent les Dr Shabad, Widgosky, Gershun, Jedwabnik, Rafes, Virshubski, Sedlis. Ils ne se limitèrent pas à leur pratique médicale, mais s’engagèrent sur bien des actions contribuant à améliorer la situation générale de la population emprisonnée : implication dans les projets visant à élever le niveau de culture et d’éducation, encouragement à la pratique du sport, diffusion des connaissances sur l’hygiène.3
6Parmi les dizaines de médecins, qui œuvrèrent pour maintenir l’espoir chez les prisonniers du ghetto, se trouvait le Dr Roza Shabad-Gawronska, la nièce du Dr Tzemakh Shabad.
De Vilna à Saint-Pétersbourg, une étudiante engagée
- 4 Efim Jeshurin, Vilne, New York, Futuro Press, 1935, p. 409. Traduction du yiddish par Simon Malkes (...)
- 5 Un exemple de diathèse spasmophile et sa guérison par le lait maternel, traduction de l’allemand pa (...)
7C’est un livre d’Efim Jeshurin, Vilne, écrit en yiddish en 1935, qui nous fait connaître le destin de Roza Shabad-Gawronska4. Elle était née à Vilna en 1882. Son père, Isidore Shabad, ingénieur, était le frère aîné du Dr Tzemakh Shabad ; sa mère, Paulina, était de la famille Paperna. Après avoir terminé ses études au lycée en 1899, Roza Shabad partit étudier la médecine à l'université de Fribourg-en-Brisgau jusqu'en 1908. Dans les archives de cette université, se trouve le certificat de doctorat en médecine de Roza Shabad-Gawronska. La thèse, soutenue le 20 décembre 1907 et réalisée sous la direction du professeur de médecine Ludwig Aschoff, à l’université Albert-Ludwigs, porte le titre suivant : Ein Fall von Spasmophiler Diatese mit Heilung durch Frauenmilch5, ce qui témoigne déjà de son intérêt pour la mère et l’enfant.
- 6 Gavronsky, J. O. (Jacob Osip), 1878-1948, CSt-H Hoover Institution on War, Revolution and Peace. Ho (...)
8Roza Shabad avait épousé en 1902 (ou 1903) Jacob Osip Gawronski, dont elle divorça avant la fin de ses études à Fribourg. Après ses études, celui-ci travailla en France, à l’hôpital Saint-Louis et à l’Institut Pasteur, et rejoignit, en 1909, le London Hospital. De 1915 à 1917, il exerça en tant que bactériologiste dans divers centres de recherche, dont les laboratoires de l’Amirauté britannique, dirigés par celui qui deviendra le premier président de l’État d’Israël, Chaïm Weizmann. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il mena des recherches sur la production de la pénicilline. Par ailleurs, à partir de juillet 1917, il assura à Londres, la mission de « Haut-commissaire du Gouvernement russe provisoire ». Le passeport diplomatique délivré à Petrograd, le 13 septembre 1917, à Jacob Gawronsky « Porteur de dépêches du Gouvernement russe », confirme le rôle qu’il assura auprès du gouvernement dirigé par Kerensky, de juillet à novembre 19176.
- 7 Dans les archives de l’université de Fribourg, figurent, outre celui de Roza Gowronski, née Schabad (...)
- 8 Ce qui pourrait être traduit par « La vérité vous rendra libre », traduction de l’allemand par Muri (...)
- 9 Pavel Vasilyev, Opportunities, Old Limitations : Raisa Golant and the Russian Jewish experience aft (...)
9Pour Roza Shabad, à l’instar de Raïsa Golan7, qui devint une psychiatre renommée, la poursuite d’études supérieures à l’Ouest était la conséquence logique de la difficulté à concilier d’une part la tradition juive de l’importance donnée à l’étude et d’autre part les limites imposées aux Juifs et à l’éducation des femmes, dans l’empire russe de la fin du XIXe siècle. « La devise de l’université de Fribourg ‘Die Wahrheit wird euch frei machen’8 était une véritable incitation à l’étude qui signifiait beaucoup pour la jeune Raïsa »9.
- 10 Pavel Vasilyev, Becoming transnational ? Russian Jewish students at the universities of late imperi (...)
- 11 Efim Jeshurin, op. cit., p. 409.
- 12 Claudie Weill, Étudiants russes en Allemagne 1900-1914. Quand la Russie frappait aux portes de l’Eu (...)
- 13 Vera Figner, Memoirs of a revolutionist, DeKalb, Northern Illinois University Press, 1991, p. XVII. (...)
- 14 Nicolas Avksentiev, un des plus anciens chefs du Pari Socialiste Révolutionnaire, fut membre à deux (...)
- 15 Ilya Fundaminsky – Bounakoff était le beau-frère de Roza Shabad-Gawronska. La parenté entre Fundami (...)
10Les étudiants juifs russes, dans les universités allemandes, formaient un groupe isolé. Ils se regroupaient en « colonies » qui furent aussi des lieux où s’élaborèrent les idéologies politiques qui allaient marquer le continent10. Dans ces « colonies », organisations informelles ou associations, trois courants socialistes dominaient : la social-démocratie, le socialisme-révolutionnaire et le Bund. Durant ses années d’études à Fribourg-en-Brisgau11, Roza Shabad-Gawronska rejoignit ainsi le Parti Socialiste Révolutionnaire12, au sein duquel elle rencontra, outre Jacob Ossip Gawronski, Vera Figner13, Nicolas Avksentiev14 et Ilya Fundaminsky-Bounakoff15.
- 16 Efim Jeshurin, op. cit., p. 409.
11Selon la notice qu’Efim Jeshurin lui consacre, Roza Shabad-Gawronska passa en 1910 l'examen d'État à l'Académie de médecine militaire de Saint-Pétersbourg. Elle se spécialisa alors pendant quatre ans dans les maladies infantiles à l'hôpital Petropavlosk de la même ville, puis passa les deux premières années de la Première Guerre mondiale à Montreux, en Suisse. En 1916, elle rejoignit Saint-Pétersbourg où elle fut aussitôt arrêtée et emprisonnée, dénoncée par un provocateur rencontré à Montreux. Libérée par la révolution de février 1917, elle partit ensuite pour le Caucase où elle exerça comme médecin, auprès de la Croix-Rouge. Elle y resta, de 1917 à 1921, mettant toute son énergie à soigner les femmes et les jeunes enfants. Fin 1921, elle retourna à Wilno (devenue polonaise), où elle installa son cabinet de médecin16.
À Wilno, des activités orientées vers les jeunes mamans et leurs enfants
12Le Dr Shabad-Gawronska se trouvait à Saint-Pétersbourg quand l’OZE (voir plus haut) y fut créée. L’organisation se développa dans l’ensemble de l’Europe orientale, pendant et après la Première Guerre mondiale. Des unités mobiles furent mises en place pour accompagner les populations errantes de Lituanie, Lettonie, Estonie et Biélorussie, et fournir, dans cette zone de front, une aide aux personnes affamées, aux enfants sans foyer et aux malades.
13À Vilna, à la fin de 1914 et au début 1915, sur les lieux de combat, avaient été organisés des cantines, des lieux d’accueil pour enfants et un hôpital, à Zwerinetz, le tout par l’Association d’Assistance médicale et alimentaire, présidée par le Dr Tzemakh Shabad.
- 17 Yulian Rafes, Doctor Tzemakh Shabad… op. cit., p. 78.
À la fin de l’année 1918, le Dr Makover, revenant de Saint-Pétersbourg, où il était un membre actif de l’OZE, à Vilna, souhaita créer une unité de l’OZE dans sa ville natale. D’abord accueillie avec méfiance par l’Union des Médecins Juifs qui considérait que la médecine sociale relevait de leurs compétences, cette proposition fut soutenue par le Dr Shabad et quelques autres, et une section fut créée.17
14En octobre 1923, l’OZE rejoignit l’Association pour la protection de la santé de la population juive de Pologne (TOZ, pour Towazystwo Ochtony Zdrowia) et l’organisation se structura davantage à Vilna.
- 18 Encore appelées Schwester, comme en témoigne Asia Turgel, voir la partie : Édition.
- 19 Yulian Rafes, Doctor Tzemakh Shabad… op. cit., p. 90.
15L’OZE/TOZ porta une grande attention à la médecine scolaire, sous l’impulsion d’un pédiatre, le Dr Herz Kowarski. « Quatre médecins et quatre infirmières18 se répartissaient le suivi des enfants dans différents établissements, pour un travail qui concernait autant les enfants que leurs parents »19. C’est dans ce cadre que le Dr Roza Shabad-Gawronska fut amenée à être un des médecins référent du Gymnasium Sofia Gurewicz, un établissement portant le nom de cette pédagogue, où l’enseignement était dispensé en langue yiddish. En 1924, fut également créé le Centre de consultation sur la tuberculose, dont la direction fut confiée au Dr Shabad-Gawronska.
- 20 Ibid., p. 95.
16Ses dernières activités et son rôle auprès de son oncle l’amenèrent à siéger au bureau de l’association vilnoise de l’OZE/TOZ qui comprenait en 1925, outre T. Shabad, le dentiste Nadelman, l’ingénieur Makover, les docteurs Szkolnik, Gerszun, Mats, Brodska, Rafes, Jedwabnik, Lewin, Feigenberg, Shadowski, Brodski, Shabad-Gawronska, Rubinsztein Kaplan, l’avocat Iochwed, Basman, Blaksztein20.
La tradition médicale et les médecins dans le ghetto de Vilna
- 21 Mendel Balbeyszki, Stronger than Iron, Jérusalem, Gefen Publishing House, 2010, p. 30.
17Le 4 juillet 1941, l’ordre fut donné d’établir, dans les 24 heures, un Conseil juif, de 10 puis de 24 personnes. Parmi les 24 membres, se trouvaient cinq médecins et deux femmes, médecins toutes deux, le Dr Roza Shabad-Gawronska et le Dr Liouba Sholem. Les membres du Conseil juif s’efforcèrent, individuellement et collectivement, d’aider tous ceux qui venaient demander conseil et protection. Le Dr Liouba Sholem apporta alors beaucoup à la communauté médicale, en obtenant du Dr Zelech, qui dirigeait l’hôpital militaire allemand et avec lequel elle avait étudié, que tous les médecins juifs bénéficient d’un « sauf-conduit ». Le Dr Mendel Balbeyszki, pharmacien, tenta, avec l’appui du Dr Sholem, une démarche identique pour les pharmaciens, qui n’aboutit pas. Les deux tiers des pharmaciens disparurent, kidnappés par les Lituaniens, durant les deux premiers mois de l’occupation allemande21.
- 22 Avrom Sutzkever, Ghetto de Vilna, Paris, éditions Cooped et Association des Vilnois de France, 1950 (...)
18Dès le 6 septembre, les Allemands expulsèrent du vieil hôpital juif Hekdesh, qui se trouvait dans l’enceinte du ghetto, tous les malades et les médecins « aryens », et les remplacèrent par des fous et des malades contagieux juifs des autres hôpitaux de la ville. Ils réquisitionnèrent médicaments et instruments médicaux et suspendirent au-dessus de l’entrée du ghetto une pancarte indiquant « Attention ! Danger d’épidémie. L’entrée aux non-Juifs est interdite ! »22. « Danger d’épidémie », ce qui signifiait pour les Allemands exclusion et enfermement de la population juive, allait devenir un des grands combats des médecins. La prévention et la lutte contre des épidémies, qui se développaient sur le site même du ghetto à cause des rues étroites, la promiscuité, le manque de toilettes ou l’état des conduites d’eau, nécessitaient une organisation appropriée.
19Le Conseil de 24 personnes fut supprimé le 7 septembre 1941 et près des deux tiers de ses membres assassinés, dont Joseph Shabad, le frère de Roza. Le 11 septembre 1941, les médecins se réunirent afin de mettre en place une organisation de santé publique et d’améliorer les conditions sanitaires de vie dans le ghetto. Un département « Santé » fut mis en place et le Dr Rafael Shadowski fut nommé médecin-chef du ghetto. Un conseil médical fut formé, composé des Drs Roza Shabad-Gawronska, Lazar Epshteyn, Lazar Finkelshteyn, Alexander Kantorovitsh et Grigory Ran.
- 23 Appelée dans ce texte Dr Shabad-Lewande, du nom de son troisième mari, Samuel Lewande.
- 24 Le compte rendu de cette rencontre a été conservé aux Archives Centrales de Lituanie, il est repris (...)
Le Dr Shabad-Gawronska23 proposa l’organisation d’un service de pédiatrie, incluant la distribution de lait et d’aliments pour bébé. Après discussion, les médecins décidèrent de solliciter du Conseil juif un lieu pour accueillir le service de pédiatrie. Six médecins, six infirmières et deux aides infirmières furent affectés à ce service. Il fut aussi acté le recensement des enfants du ghetto et des propositions furent esquissées pour organiser des visites au domicile des enfants.24
20Le département « Santé » fut chargé d’organiser les activités de l’hôpital et de créer plusieurs institutions de santé publique : la clinique de jour dirigée par le Dr Kalman Shapiro, le centre d’épidémiologie sanitaire dirigé par le Dr Lazar Ephsteyn et le centre médico-scolaire dirigé par le Dr Marc Dvortjetski. Celui-ci était chargé de la surveillance sanitaire des 3 000 enfants d’âge scolaire (de sept à seize ans) qui fréquentaient les écoles primaires, les institutions d'enseignement secondaire, les écoles religieuses, les internats et les écoles professionnelles.
Les institutions dirigées par Dr Shabad-Gawronska dans le ghetto de Vilna
21La clinique de jour, second lieu le plus important après l’hôpital, disposait d’un centre de kinésithérapie, d’un centre de médecine du sport, et d’un centre de consultation infantile qui accueillait les enfants jusqu’à sept ans.
- 25 Marc Dvorjetski, Ghetto à l’Est, Paris, éd. Robert Marin, 1950, p. 136.
Dans le centre de consultation infantile qu’elle dirigeait, la doctoresse Shabad-Gawronska était secondée par un dirigeant de l’OSE, Lazar Finkeslstein, de Kovno. Tous les enfants âgés de moins de sept ans se trouvaient sous la surveillance médico-pédagogique de la consultation infantile. Chaque enfant y possédait une fiche qui lui permettait d’obtenir une ration spéciale de denrées alimentaires et de lait, compte tenu de l’âge et de l’état de santé de chacun. C’est là que l’on vaccinait les enfants contre la variole, la diphtérie. Ils étaient périodiquement examinés, pesés et mesurés. Les médecins Alk-Pergament et Feiguelson étaient attachés à ce service [...] La consultation infantile entretenait une cuisine spéciale pour les enfants du ghetto. Plusieurs centaines de petits, pris parmi les plus nécessiteux, y étaient quotidiennement nourris et y vivaient une bonne partie de la journée dans la compagnie de leurs instituteurs. Dans le cadre de l’assistance aux enfants fonctionnait également le service de la « Goutte de lait ». La doctoresse Shabad-Gawronska accomplit des prodiges d’énergie et d’ingéniosité pour faire entrer clandestinement du lait dans le ghetto. Un autre service dépendant de la Consultation pour enfants s’occupait spécialement des mères et des nourrissons.25
22Pour les petits dont les parents devaient travailler toute la journée hors du ghetto au service des Allemands, un centre d’accueil de jour fut créé dans la rue Strashun.
- 26 Yulian Rafes, Doctors and Patients… op. cit., p. 204.
Le Centre d’accueil de jour, qui avait ouvert le 1er septembre 1942, avait été conçu pour accueillir 100 enfants âgés de six mois à six ans. Au 1er octobre, 70 enfants le fréquentaient, dont douze bébés. La majorité n’avait qu’un seul parent ou une mère qui travaillait […] Des infirmières se rendaient régulièrement au domicile des enfants qui étaient accueillis dans le centre afin de rencontrer les familles, les examiner et prévenir ainsi le développement des maladies contagieuses. Le médecin et les infirmières s’assuraient chaque jour que les enfants étaient propres.26
- 27 Herman Kruk, The last days of the Jerusalem of Lithuania, New York, Yale University Press et YIVO, (...)
23Le service de consultation infantile patronnait également l’orphelinat créé pour les enfants dont les parents avaient été assassinés à Ponar. L’orphelinat avait été installé dans la maison de prières Elyashberg, au 1 de la rue Hekdesh (Shpitalna en polonais), juste à côté de l’hôpital et avait été inauguré le 8 Mars 194227.
Les orphelins du ghetto de Vilna
- 28 Irma Dagon précise que le renforcement de la présence de la police était un signe qu’une Aktion éta (...)
24Les enfants capturés dans les malines, les cachettes, durant les Aktionnen partageaient le sort de leurs parents. Ceux-ci, lorsqu’une Aktion était prévisible, laissaient souvent leurs plus jeunes enfants à l’hôpital28. S’ils ne revenaient pas chercher leurs enfants, ces derniers étaient placés à l’orphelinat. Les plus jeunes fréquentaient l’école, les plus âgés étaient progressivement intégrés dans une « brigade de transport » et chargés, à l’intérieur du ghetto, de transporter des marchandises comme le bois ou des meubles.
25Ce sont les écrits du Dr Yacov Movshowitsch qui nous font connaître l’orphelinat. Après avoir rappelé l’implication du Dr Shabad-Gawronska dans la coordination des institutions créées pour les enfants, le Dr Movshowitsh témoigne de ce que fut le quotidien, mais aussi les grands moments de joie, des orphelins :
- 29 Dr Yacov Movshowitch, Bletter vegn Vilne, Lodz, Amicale des Juifs de Vilna en Pologne, 1947, p. 23. (...)
Sur le mur, il y avait des tableaux dessinés par les enfants, et un journal. Le plus jeune avait six mois, le plus âgé quatorze ans. Un petit garçon d’un an et demi faisait l’objet d’un intérêt particulier. Il s’appelait Yankele, il était formidable, très intelligent et précoce. Il avait été amené par une de ses grand-mères. Combien émouvantes étaient ces scènes, quand la grand-mère amenait au petit orphelin des sucreries que l’enfant partageait ensuite avec ses amis plus âgés, garçons et filles.29
26Le rôle des adultes qui étaient présents aux côtés des enfants, de façon permanente comme le personnel médical et les enseignants, ou qui intervenaient ponctuellement, comme le Dr Movshowitsh, consistait à veiller à ce que les enfants continuent à avoir envie de se battre pour la vie :
- 30 Ibid., p. 23.
Il fallait donner aux enfants nus, sans chaussure, affamés, un intérêt pour qu’ils se battent pour vivre. C’est pour cela que l’on organisait des réunions au cours desquelles les enfants pouvaient s’exprimer, poser des questions, et recevoir des réponses. Moi par exemple, un jour, j’ai mis devant eux un globe terrestre et ils ont vu que chez nous, quand il fait nuit, en Amérique, il fait jour. Au fond de nous-mêmes, nous croyions que le jour allait venir aussi.30
Les derniers moments des orphelins et du Dr Roza Shabad-Gawronska
27Le Dr Libo témoigne ainsi :
- 31 Yad VaShem Archives, Testimonies, 03/2068/3555741. Traduction du polonais par Simon Malkes.
Chaque jour, une voiture à cheval amenait du lait de la laiterie Pieno Centras dans le ghetto. Ma belle-mère, le Dr Shabad-Gawronska, avait la possibilité de sortir du ghetto et de se cacher avec nous. Elle a disparu comme le Dr Korczak à Varsovie, parce qu’elle ne voulait pas abandonner les enfants et le personnel de l’orphelinat.31
28Le 23 septembre 1943, le ghetto fut liquidé. Plusieurs milliers de prisonniers furent rassemblés dans la cour d’un couvent de la rue Rosser. Sur les 57 000 Juifs présents au début de l’occupation allemande, il n’en restait plus que 10 000. Les hommes furent séparés des femmes, les hommes et les femmes valides séparés des plus âgés, des plus faibles, des enfants. Les femmes en capacité de travailler, après la sélection, furent envoyées en Lettonie, les hommes en Estonie.
29Qu’en fut-il des enfants de l’orphelinat et du Dr Shabad-Gawronska ? Le témoignage d’Asia Turgel fait état d’un groupe de plusieurs dizaines d’enfants qui pleuraient, seuls, séparés des autres prisonniers, dans la cour du couvent. Quant à Masha Rolnikaite, elle écrit ceci :
- 32 Macha Rolnikaite, Le Journal de Macha, Paris, éd. Liana Levi, 2003, p. 178.
La cour est vaste et pleine de soldats. Les grands malades, que l’on a amenés ici de l’hôpital, sont allongés dans l’herbe mouillée. Les autres malades ont été assis à terre ou couchés sur des civières. Entre eux, errent des orphelins grelottants, venus du foyer pour enfants, ils cherchent à s’accrocher à quelqu’un. La tête tondue et habillés de vêtements bien trop minces, ils tremblent de froid.32
30Le Dr Moshe Feigenberg, médecin urologue survivant, témoigna ainsi :
- 33 Yad VaShem Archives, Testimonies, 03/2069/3560067. Traduction du polonais par Simon Malkes.
Lorsque les Juifs furent chassés du ghetto, entre deux rangées de SS, 100 orphelins du jardin d'enfants de trois à douze ans furent menés, pauvres, pieds nus, dévêtus, affamés, les plus âgés s'occupant des plus petits. Avec eux, disparut la directrice de l’orphelinat juif, le Dr Shabad-Gawronska.33
- 34 Yad VaShem, Central DataBase of Shoah Victim’s names : Dr Libo, ID 153 7195 ; Dr Feigenberg, ID 606 (...)
31Le lieu de l’assassinat du Dr Shabad-Gawronska n’est pas connu à ce jour34. Trois « pages de témoignages » de l’Institut Yad VaShem ont été rédigées, l’une par le Dr Libo, mentionnant son assassinat à Majdanek, l’autre par le Dr Feigenberg, indiquant son assassinat à Treblinka. Le troisième témoignage, celui de Mme Dagon relate son assassinat à Ponar.
- 35 Nous dédions cet article à Yaël Yotam qui a présenté une étude sémantique, étymologique, historique (...)
32Les recherches se poursuivent en un cheminement rigoureux entre les archives, les témoignages, les écrits pour construire un « Arc », ce Quechet en hébreu, qui montre le chemin accompli et qui reste à accomplir pour témoigner du destin de Roza Shabad-Gawronska, établir l’histoire d’une vie tendue vers un but : accompagner les enfants vers demain35.
33Roza Shabad-Gawronska en famille
Roza Shabad-Gawronska et ses filles Nina et Vera vers 1914
Collection privée de Sophie Libo – Wawrzyniak
34Roza Shabad-Gawronska pédiatre
Roza Shabad-Gawronska parmi un groupe de médecins et des enfants de la clinique de l’OZE/TOZ
(2ème rang, 4ème personne à partir de la gauche)
Collection privée de Mira Jedwabnik Van Doren
Notes
1 Yulian Rafes, Doctor Tzemakh Shabad, a Great Citizen of the Jewish Diaspora, Baltimore, Via Press, 1999, p. 16. Toutes les traductions des ouvrages en anglais sont de Muriel Chochois.
2 Vilne sera repris pour toutes les traductions des textes du yiddish. Vilna sera utilisée pour la période où la ville était russe et durant le ghetto, Wilno quand la ville était polonaise. Le nom de Vilnius sera utilisé dans toutes les autres situations. L’orthographe des noms utilisés dans chaque extrait d’ouvrage sera respectée.
3 Yulian Rafes, Doctor and Patients : doomed to destruction, New York, Begell House, 1976, p. 42.
4 Efim Jeshurin, Vilne, New York, Futuro Press, 1935, p. 409. Traduction du yiddish par Simon Malkes et Natalia Krinicka, de la Maison de la Culture Yiddish à Paris.
5 Un exemple de diathèse spasmophile et sa guérison par le lait maternel, traduction de l’allemand par Muriel Chochois.
6 Gavronsky, J. O. (Jacob Osip), 1878-1948, CSt-H Hoover Institution on War, Revolution and Peace. Hoover Institution Archives.
7 Dans les archives de l’université de Fribourg, figurent, outre celui de Roza Gowronski, née Schabad, les certificats des 74 doctorants, dont 11 femmes, qui soutinrent leur thèse en décembre 1907. Raïsa Golan est de celles-ci.
8 Ce qui pourrait être traduit par « La vérité vous rendra libre », traduction de l’allemand par Muriel Chochois.
9 Pavel Vasilyev, Opportunities, Old Limitations : Raisa Golant and the Russian Jewish experience after 1917, Munich, Grin Verlag, 2009, p. 5.
10 Pavel Vasilyev, Becoming transnational ? Russian Jewish students at the universities of late imperial Germany, Munich, Grin Verlag, 2010, p. 6.
11 Efim Jeshurin, op. cit., p. 409.
12 Claudie Weill, Étudiants russes en Allemagne 1900-1914. Quand la Russie frappait aux portes de l’Europe, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 140.
13 Vera Figner, Memoirs of a revolutionist, DeKalb, Northern Illinois University Press, 1991, p. XVII. Vera Figner a rejoint le PSR en 1908. À cette date, Roza Shabad-Gawronska a terminé ses études à Fribourg. Le rôle assuré par celle-ci au sein du PSR se situe après ses études.
14 Nicolas Avksentiev, un des plus anciens chefs du Pari Socialiste Révolutionnaire, fut membre à deux reprises des gouvernements provisoires de Kerensky.
15 Ilya Fundaminsky – Bounakoff était le beau-frère de Roza Shabad-Gawronska. La parenté entre Fundaminsky et Amalia Gawronskaia a été retrouvée sur la « page de témoignage » de Yad VaShem, consacrée à Fundaminsky, assassiné à Auschwitz : Yad VaShem, Central DataBase of Shoah Victim’s names, ID 175 3528.
16 Efim Jeshurin, op. cit., p. 409.
17 Yulian Rafes, Doctor Tzemakh Shabad… op. cit., p. 78.
18 Encore appelées Schwester, comme en témoigne Asia Turgel, voir la partie : Édition.
19 Yulian Rafes, Doctor Tzemakh Shabad… op. cit., p. 90.
20 Ibid., p. 95.
21 Mendel Balbeyszki, Stronger than Iron, Jérusalem, Gefen Publishing House, 2010, p. 30.
22 Avrom Sutzkever, Ghetto de Vilna, Paris, éditions Cooped et Association des Vilnois de France, 1950, p. 122. Avrom Sutzkever, poète membre du groupe littéraire Yung Vilne, écrivit, durant le ghetto et après avoir rejoint les partisans dans les forêts voisines, plus de 80 poèmes. Il contribua à l’organisation de la vie culturelle notamment en sauvant, dans les ruines du YIVO (Institut scientifique juif), des livres introduits ensuite clandestinement dans le ghetto. Installé en Israël en 1947, il est décédé à Tel-Aviv en 2010. (Lire quelques-uns de ses poèmes, traduits en français par Jean-Marie Delmaire, dans Tsafon, hors série n°2, avril 2007, note de la rédaction).
23 Appelée dans ce texte Dr Shabad-Lewande, du nom de son troisième mari, Samuel Lewande.
24 Le compte rendu de cette rencontre a été conservé aux Archives Centrales de Lituanie, il est repris dans l’ouvrage de Yulian Rafes, Doctors and Patients… op. cit., p. 83.
25 Marc Dvorjetski, Ghetto à l’Est, Paris, éd. Robert Marin, 1950, p. 136.
26 Yulian Rafes, Doctors and Patients… op. cit., p. 204.
27 Herman Kruk, The last days of the Jerusalem of Lithuania, New York, Yale University Press et YIVO, 2002, p. 227.
28 Irma Dagon précise que le renforcement de la présence de la police était un signe qu’une Aktion était en préparation. Lire son témoignage dans la partie Édition.
29 Dr Yacov Movshowitch, Bletter vegn Vilne, Lodz, Amicale des Juifs de Vilna en Pologne, 1947, p. 23. Traduction du yiddish par Asia Turgel.
30 Ibid., p. 23.
31 Yad VaShem Archives, Testimonies, 03/2068/3555741. Traduction du polonais par Simon Malkes.
32 Macha Rolnikaite, Le Journal de Macha, Paris, éd. Liana Levi, 2003, p. 178.
33 Yad VaShem Archives, Testimonies, 03/2069/3560067. Traduction du polonais par Simon Malkes.
34 Yad VaShem, Central DataBase of Shoah Victim’s names : Dr Libo, ID 153 7195 ; Dr Feigenberg, ID 606 733 ; Mme Dagon, ID 926 7884.
35 Nous dédions cet article à Yaël Yotam qui a présenté une étude sémantique, étymologique, historique et philosophique du mot Quechet et du verbe Quachat. Ce verbe qui reflète le mouvement de la flèche de son point de départ vers son arrivée, nous a conduits d’hier à aujourd’hui, de Roza Shabad-Gawronska à Sophie Libo, sa petite-fille. Quachat, « orner, embellir », évoque la beauté, un beau chemin qui a mené la pédiatre à construire sa vie de femme, de mère, de médecin, dans une Europe traversée d’orages. Quachat qui signifie enfin « confirmer une vérité » nous oblige à la rigueur dans notre recherche. « De l’arc-en-guerre à l’arc-en-ciel », Etincelles d’hébreu-Langue et vision du Monde, de Yaël Yotam, Paris, éd. Lichma, 2011, 70 p.
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Roza Shabad-Gawronska |
| Crédits | Collection privée de Sophie Libo - Wawrzyniak |
| URL | http://journals.openedition.org/tsafon/docannexe/image/7416/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 119k |
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| Titre | Roza Shabad-Gawronska et ses filles Nina et Vera vers 1914 |
| Crédits | Collection privée de Sophie Libo – Wawrzyniak |
| URL | http://journals.openedition.org/tsafon/docannexe/image/7416/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 288k |
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| Titre | Roza Shabad-Gawronska parmi un groupe de médecins et des enfants de la clinique de l’OZE/TOZ |
| Légende | (2ème rang, 4ème personne à partir de la gauche) |
| Crédits | Collection privée de Mira Jedwabnik Van Doren |
| URL | http://journals.openedition.org/tsafon/docannexe/image/7416/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 339k |
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| Titre | Certificat de doctorat de médecine de Rozalya Shabad-Gawronska |
| Crédits | Archives de l’université de Fribourg-en-Brisgau |
| URL | http://journals.openedition.org/tsafon/docannexe/image/7416/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 15k |
Pour citer cet article
Référence papier
Muriel Chochois, « Docteur Roza Shabad-Gawronska, pédiatre, directrice de l’orphelinat dans le ghetto de Vilna, 1892-1943 », Tsafon, 64 | 2012, 127-140.
Référence électronique
Muriel Chochois, « Docteur Roza Shabad-Gawronska, pédiatre, directrice de l’orphelinat dans le ghetto de Vilna, 1892-1943 », Tsafon [En ligne], 64 | 2012, mis en ligne le 01 décembre 2012, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/7416 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.7416
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