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À travers les livres

Rota Olivier, Essai sur le philosémitisme catholique – Entre le premier et le second Vatican. Un parcours dans la modernité chrétienne, Arras, Artois Presses Université, coll. Histoire

Emmanuel Persyn
p. 188-189
Référence(s) :

Rota Olivier, Essai sur le philosémitisme catholique – Entre le premier et le second Vatican. Un parcours dans la modernité chrétienne, Arras, Artois Presses Université, coll. Histoire, 2012, 306 p., 22 €

Texte intégral

1Entre les deux conciles Vatican I et Vatican II, l’Église catholique a dû, tant bien que mal, se positionner face à la modernité. Entre autres effets dont le moindre n’est pas son retour au monde, cette adaptation progressive, douloureuse même pour beaucoup, a déterminé la conception des relations entre le catholicisme et le judaïsme, suscitant notamment le développement d’un philosémitisme aux côtés de l’antijudaïsme de la tradition puis en opposition avec lui avant de se substituer à lui avant le concile de Vatican II. Ce philosémitisme catholique a précisément fait l’objet des recherches qu’Olivier Rota a menées pour une thèse soutenue en 2007 sous la direction de Danielle Delmaire et aujourd’hui publiée dans la collection Histoire des Editons Artois Presses Université.

2Dans sa préface, Danielle Delmaire voit dans « la distinction et la définition des étapes du philosémitisme catholique l’originalité de l’étude d’Olivier Rota ». De fait, l’auteur, qui « mène son enquête à l’intérieur de l’Église », distingue le philosémitisme des frères Joseph et Augustin Lémann qui a pour unique idéal la conversion des juifs dans la lignée des frères Théodore et Marie Ratisbonne, du philosémitisme incarné par le philosophe Jacques Maritain qui reconnaît le « mystère d’Israël » et qui souligne la contradiction essentielle entre l’antisémitisme et le christianisme, entre l’exclusion du juif et la charité évangélique.

3Dans la préface, Danielle Delmaire le constate : « Les changements qui s’opèrent entre les deux Conciles sont lents ; ils rencontrent des résistances tant individuelles qu’institutionnelles. Les pionniers ne sont pas immédiatement entendus et, comme les prophètes, leur voix reste un temps sans écho ». Tel est bien, par exemple, le sort du père Paul Démann, de la congrégation des Pères de Sion, qui se résignera à quitter son ordre religieux faute de faire entendre et partager sa conviction du respect sincère du judaïsme. Quelques années après la création de l’Amitié judéo-chrétienne, il revient au cardinal Augustin Béa, à la tête du Secrétariat pour l’Unité des chrétiens, de prolonger d’une certaine manière l’action du père Démann et de la porter au plus haut niveau de l’Église en obtenant, au prix d’un compromis avec les conservateurs, l’adoption de la déclaration conciliaire Nostra Ætate qui est promulguée le 14 octobre 1965. « Tradition normative et non-négociable pour le camp conservateur, tradition humaine et parasitaire pour le camp progressiste, la qualification déicide du peuple juif composait l’élément majeur du débat qui opposait les tenants et les opposants au texte ‘sur les Juifs’ », note Olivier Rota. De fait, la diffusion des premières versions du texte donne lieu à une vive opposition, voire même à la diffusion de pamphlets anonymes qui n’honorent pas leurs auteurs. Si la lutte est vive et pas toujours très chrétienne dans les coulisses, le vote est finalement acquis. La promulgation de la déclaration Nostra Ætate le 28 octobre 1965 ouvrait un nouveau chapitre de la relation entre chrétiens et juifs, « en consacrant le déplacement de cette relation du champ missionnaire vers le champ du dialogue interreligieux ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Emmanuel Persyn, « Rota Olivier, Essai sur le philosémitisme catholique – Entre le premier et le second Vatican. Un parcours dans la modernité chrétienne, Arras, Artois Presses Université, coll. Histoire »Tsafon, 64 | 2012, 188-189.

Référence électronique

Emmanuel Persyn, « Rota Olivier, Essai sur le philosémitisme catholique – Entre le premier et le second Vatican. Un parcours dans la modernité chrétienne, Arras, Artois Presses Université, coll. Histoire »Tsafon [En ligne], 64 | 2012, mis en ligne le 01 janvier 2012, consulté le 06 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/7476 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.7476

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