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À travers les livres

Zajde Nathalie, Les enfants cachés en France, Paris, O. Jacob

Danielle Delmaire
p. 190-191
Référence(s) :

Zajde Nathalie, Les enfants cachés en France, Paris, O. Jacob, 2012, 247 p., 21,90 €

Texte intégral

1Il ne s’agit pas de raconter l’histoire de ces enfants juifs cachés pendant la guerre mais de présenter une analyse psychologique de leur capacité à survivre à la persécution, alors même qu’ils sont des enfants privés du soutien des parents, puis de vivre leur survie au quotidien de leur vie d’adulte.

  • 1 Elle est, en outre, l’auteur de deux autres ouvrages sur ce sujet : Enfants de survivants et Guérir (...)

2L’auteur est psychologue, maître de conférences à l’université de Paris-VIII et appartient à l’équipe du professeur Nathan Tobie qui a développé en France l’ethnopsychiatrie dans les années 1970-1980. Elle s’est spécialisée dans « la prise en charge psychologique des enfants cachés et descendants de survivants de la Shoah » (4e p. de couverture, quant à la première p. elle porte la photographie des deux amis du film Au revoir les enfants de Louis Malle dont l’un est le petit Jean Bonnet alias Hans caché au collège des pères carmes à Avon)1. L’auteur relate l’extraordinaire énergie et volonté de vivre d’une vingtaine d’enfants qui ont « tous développé une surprenante intelligence du monde et un amour de la vie » (4e p. de couverture). Parmi les enfants dont elle relate le parcours, on remarque : Boris Cyrulnik, l’enfant qui à six ans a l’instinct de déjouer ses poursuivants en se cachant dans les toilettes et en restant arc-bouté au dessus de la porte durant plusieurs heures. À côté de ce nom illustre, s’en trouvent d’autres non moins connus : Serge Klarsfeld, Saül Friedländer, André Gluksman dont « la surprenante intelligence du monde » n’est pas moindre. À partir de ces exemples, NZ « montre qu’il est possible de surmonter les événements traumatiques vécus dans l’enfance à condition d’y puiser une force particulière ». La seconde partie de la phrase est essentielle car, en effet, les enfants choisis sont exceptionnels dans leur comportement et leur réaction face aux menaces de mort qu’ils perçoivent très nettement. Mais précisément, si pour ces enfants il est possible de surmonter ces traumatismes c’est qu’ils sont forts. Et pourtant, combien d’enfants moins forts, moins clairvoyants, moins combatifs ont disparu dans la tourmente ? Ils ne sont plus là pour relater leur peur, leurs angoisses. Et sans doute, d’autres tout aussi solides que les enfants cachés cités n’ont pas pu être cachés, eux, faute de mains tendues et ils sont partie en fumée ! Étaient-ils moins forts ?

3Ce livre ne peut donc pas être lu comme présentant des modèles mais plutôt une série de témoignages particuliers sur ce en quoi la psychologie peut aider « à surmonter les événements traumatiques » mais pour ce faire, le psychologue sera lui même, à son tour, aidé par l’attitude de son patient et la compréhension de son passé.

4Ces enfants avaient une parfaite prescience de leur avenir immédiat, mieux que leurs parents parfois, à l’instar du petit Simha Arom qui propose un plan d’évasion à son père. Et ceci malgré les multiples traumatismes, à commencer par celui de la perte d’identité : « ne sois plus toi si tu veux être ! » (p. 16), s’y ajoutent le traumatisme de l’arrestation et de la dispersion familiale, celui de l’accueil des hébergeurs qui n’est pas toujours chaleureux, et encore celui du retour des parents (quand ils reviennent) complètement transformés par l’épreuve de la déportation et incapables de gérer les émotions de leur enfant.

5L’auteur transmet avec beaucoup de précisions son expérience de thérapeute des enfants cachés et décrit sobrement leur parcours. On peut juste lui reprocher de répéter, avec d’autres auteurs, que les enfants cachés ont raconté leur vécu une cinquantaine d’années après les événements. Certes, beaucoup ont témoigné longtemps après (et il ne faut pas oublié qu’ils étaient encore bien jeunes au lendemain de la guerre) mais dès la fin des années 1970 paraissaient des ouvrages sur le sujet : le récit de S. Frieländer, Quand vient le souvenir (Paris, Seuil, 1978), le recueil de témoignages par C. Vegh, Je ne lui ai pas dit au revoir (Paris, Gallimard, 1979), et c’est en 1982 que paraît le livre de F. Hammel (Chameau) Souviens-toi d’Amalek qui raconte les caches et les planques pour enfants, mises en place par les Éclaireurs israélites de France. NZ rappelle qu’en 1991, pour la première fois, les enfants cachés se sont réunis à New-York afin d’affirmer leur existence trop longtemps occultée par celle des rescapés des camps. Mais, déjà en 1989, lors d’un colloque sur la Shoah en Belgique, à l’université Bar Ilan (Israël), des enfants cachés étaient venus témoigner et manifester avec force leur volonté de ne pas être oubliés dans cette histoire. Enfin, retenons la diffusion, partout dans le monde, du Journal d’Anne Frank, autre enfant cachée à la volonté forte de vivre mais dont la force fut contrariée par une dénonciation, dès les années 1950.

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Notes

1 Elle est, en outre, l’auteur de deux autres ouvrages sur ce sujet : Enfants de survivants et Guérir de la Shoah, parus tous deux chez Odile Jacob, le premier en 1995 et le second en 2005 (bibliographie, p. 238).

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Pour citer cet article

Référence papier

Danielle Delmaire, « Zajde Nathalie, Les enfants cachés en France, Paris, O. Jacob »Tsafon, 64 | 2012, 190-191.

Référence électronique

Danielle Delmaire, « Zajde Nathalie, Les enfants cachés en France, Paris, O. Jacob »Tsafon [En ligne], 64 | 2012, mis en ligne le 01 décembre 2012, consulté le 08 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/7496 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.7496

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Droits d’auteur

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