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À travers les livres

Yagil Limore, La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944). Exemple du sauvetage des Juifs, Paris, Cerf

Danielle Delmaire
p. 192-194
Référence(s) :

Yagil Limore, La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944). Exemple du sauvetage des Juifs, Paris, Cerf ; t. I, 2010, 468 p., 40 € ; t. II, 2010, 398 p., 37 € ; t. III, 2011, 444 p., 38 €

Texte intégral

1Trois épais volumes rendent compte des actes de bravoure de nombreux Français, voire d’étrangers en France à l’égard des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Limore Yagil, qui assure un enseignement à l’université de Paris IV – Sorbonne et au Collège des Bernardins à Paris, a effectué un colossal travail de dépouillement dans les archives et de lecture d’ouvrages antérieurs aux siens. Rien d’étonnant que la publication de ces trois volumes se soit étalée sur presque deux ans.

2Les ouvrages balaient un vaste ensemble de personnes ou/et de lieux impliqués dans le sauvetage des juifs : certains corps de métiers à savoir médecins et assistantes sociales, enseignants, scientifiques et artistes pour le t. I qui contient une trop longue présentation de la France de Vichy sur près de 200 p. ; des fonctionnaires (administration préfectorale, collectivités locales, policiers et gendarmes) et certains lieux prédisposés au sauvetage (les frontières et les villages-refuges) pour le t. II ; les religieux : hiérarchie catholique, clergé et institutions, pasteurs, et les résistants pour le t. III, thème déjà exploité par l’auteur dans un précédent ouvrage (voir plus loin).

3Hélas ! La restitution de ces découvertes (sont-elles toujours des découvertes ?) met mal à l’aise le lecteur. En effet, aucune synthèse n’est élaborée. L’auteur nous emmène dans un tour de France des sauvetages pour chacun de ses chapitres, notamment dans les tomes I et II. Si bien qu’à parcourir la France plusieurs fois, le lecteur finit par se fatiguer. Une synthèse pour chacun des corps de métiers ou des groupes de personnes s’imposait, illustrée par quelques exemples bien précis. En fait, LY nous livre ses fiches de lecture telles qu’elle a rédigées au cours de ses recherches, sans rassembler les idées dispersées qu’elles pouvaient contenir.

4Trop de digressions et de hors sujet distraient le lecteur. Pourquoi évoquer (trop souvent) l’accueil des Républicains espagnols et des Brigadistes quand le titre des trois ouvrages annonce : « Exemple du sauvetage des Juifs » ? Les juifs étaient très peu nombreux parmi ces Républicains réfugiés en France. Et pourquoi parler (parfois longuement) de tel ou tel préfet, tel ou tel personnage puisque, de l’aveu de l’auteur, il ne fit pas grand chose en faveur des juifs ? En évitant ces écueils, l’auteur aurait pu réduire chacun de ses volumes d’une bonne cinquantaine de pages.

5On comprend mal aussi la première borne chronologique : 1936-1944. Certes, des juifs se sont réfugiés en France dès 1936 mais de 1936 à 1940 les aides sont fournies dans un cadre encore légal et très peu de personnes commettent des actes de « désobéissance civile » en secourant ces réfugiés. Or le titre annonce aussi : La France terre de refuge et de désobéissance civile 1936-1944.

6Il convient encore de contredire une remarque souvent répétée dans ces livres : l’auteur s’oppose à l’ensemble des historiens qui ont souligné l’importance de la part des réseaux protestants dans le sauvetage des juifs alors que les catholiques se sont moins fréquemment engagés dans cette action salvatrice. Pour LY les catholiques seraient, en fait, plus nombreux car elle prend en compte uniquement les chiffres absolus. Or les catholiques sont nettement majoritaires en France et, comparativement à l’ensemble de la population, la part des protestants est plus large que celle des catholiques. Il faut comparer ce qui est comparable.

7Enfin, des erreurs émaillent ces études. Quelques-unes ont été relevées par l’historien Gérard Cholvy pour la revue Historiens et Géographes, n° 419, 2012, p. 297. J’y renvoie. Certes, à la fin du t. III, une liste d’environ une quarantaine de coquilles corrige ces erreurs, mais c’est insuffisant.

8Et ce n’est pas la première fois que LY verse dans ces défauts. Ses ouvrages précédents (L'homme nouveau et la révolution nationale de Vichy, 1940-1944, Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1997, 382 p. et Chrétiens et Juifs sous Vichy, 1940-1944 : sauvetage et désobéissance civile, Paris, Cerf, 2005, 765 p.) souffrent des mêmes excès.

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Pour citer cet article

Référence papier

Danielle Delmaire, « Yagil Limore, La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944). Exemple du sauvetage des Juifs, Paris, Cerf »Tsafon, 64 | 2012, 192-194.

Référence électronique

Danielle Delmaire, « Yagil Limore, La France terre de refuge et de désobéissance civile (1936-1944). Exemple du sauvetage des Juifs, Paris, Cerf »Tsafon [En ligne], 64 | 2012, mis en ligne le 01 janvier 2012, consulté le 08 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tsafon/7516 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tsafon.7516

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