Navigation – Plan du site

AccueilNuméros212gether The Series, consécration ...

2gether The Series, consécration asiatique de l’adaptation du genre BL (Boys Love) à la télévision thaïlandaise

Nicolas Barcikowsky

Résumés

En 2020, la série télévisée thaïlandaise 2gether The Series a réussi à devenir l’un des programmes thaïlandais les plus populaires dans le reste de l’Asie orientale. Son succès a agité la presse régionale et les réseaux sociaux dans le monde entier. Ce succès n’est pas sans raisons. 2gether est à la fois une série qui s’adapte aux attentes de ses consommateurs étrangers tout en restant une série thaïe. La série présente la Thaïlande comme partageant une temporalité commune avec les pays développés de sa région et consommant la même culture populaire, s’inscrivant ainsi dans les flux culturels régionaux. La série 2gether ne requiert en effet que très peu de connaissances sur la Thaïlande pour être comprise, et familiarise cependant son public avec la culture thaïe. C’est aussi une série BL, ou « Boys Love », un genre originaire du Japon qui est aujourd’hui consommé dans tous les pays d’Asie orientale et que la Thaïlande a popularisé en tant que fiction télévisuelle depuis 2014, devenant de fait l’ambassadrice régional du genre. 2gether est l’adaptation d’un roman BL du même nom, mais le travail de réalisation de la série a permis de proposer une nouvelle représentation de la culture BL, dans laquelle les stéréotypes liés à ce genre sont moins apparents. Le succès de la série fut aussi appuyé par des initiatives de divers acteurs thaïlandais comme japonais, qui ont non seulement participé à la promotion de la série même après sa diffusion, mais ensuite utilisé l’univers de 2gether et de la culture BL au sens plus vaste comme vecteur culturel thaï.

Haut de page

Texte intégral

  • 1 Parce que nous sommes un couple / คั่นกู est un jeu de mots syllabiques en thaï très difficile à tr (...)
  • 2 Succursale de GMM Grammy (un des leaders du divertissement thaïlandais, tant sur la scène musicale (...)
  • 3 Chaîne de divertissement privée spécialisée dans le contenu destiné au public jeune appartenant au (...)

1Du 21 février au 15 mai 2020, un nouvel épisode de la série télévisée thaïlandaise 2gether The Series (de son titre original เพราะเรา...คู่กัน/คั่นกู1), produite par le groupe GMMTV2, était diffusé chaque vendredi soir à 22h00, sur la chaîne thaïlandaise GMM253. Chaque épisode était ensuite mis en ligne avec des sous-titres par la chaîne sur YouTube. La série raconte l’histoire de Tine, un jeune étudiant « chic » qui vient d’entrer en première année de droit. Un jour, ce dernier reçoit une déclaration d’amour de la part de Green, un admirateur secret. À partir de ce moment, Tine, qui préfère les femmes, va essayer en vain de décliner les avances de Green et finira par demander à Sarawat, musicien populaire sur le campus bien qu’introverti, d’être son faux petit-ami pour décourager Green. La série est-elle-même l’adaptation d’un roman BL (ou « Boys Love », fiction mettant en scène des relations amoureuses entre deux hommes) du même nom, initialement écrit par Jittirain (de son vrai nom Jittinat Ngamnak) sur Dek-D, un site thaïlandais de partage de fictions amatrices. Jittirain s’était déjà fait connaître l’année précédente avec l’adaptation de sa fiction Theory of Love (GMM 25, 2019), mais le succès était alors bien moindre comparé à 2gether.

  • 4 Ici, le terme « Asie orientale » désignera l’Asie de l’Est et du Sud-Est.

22gether devient très vite un véritable phénomène en Asie orientale4. Chaque vendredi soir sur Twitter, divers hashtags liés à l’univers de la série se hissaient au top des tendances mondiales. Le succès de la série se confirme ensuite au fil des mois : les droits de la série sont rachetés au Japon et aux Philippines, une mini-suite de 5 épisodes est diffusée durant l’été 2020, un film est ensuite annoncé pour l’année suivante et sort finalement dans les salles de cinéma japonaises en juin 2021 avant de pénétrer le marché thaïlandais en novembre de la même année. En d’autres termes, 2gether a connu une popularité qu’aucune autre série thaïlandaise n’avait encore atteinte. Comment peut-on dès lors expliquer un tel succès ? S’il est vrai que la première vague de confinements mondiaux de début 2020 a sans doute favorisé la consommation massive de 2gether, il n’en reste pas moins que la série a profité de stratégies favorables à son succès, ouvrant même la porte à une consommation régionale d’autres séries thaïlandaises, notamment des séries BL. Une gestion maîtrisée de la charge culturelle portée par les images de la série et diverses stratégies de promotion transnationales ont non seulement permis d’intégrer 2gether dans les échanges culturels et pop-culturels d’Asie orientale mais aussi d’étendre le marché régional des séries BL thaïlandaises.

S’insérer dans les flux culturels d’Asie orientale

Proximités culturelle et temporelle

  • 5 Koizumi Iwabuchi, Recentering globalization: Popular culture and Japanese transnationalism, Durham, (...)
  • 6 La Birmanie est un état fédéral (c’est-à-dire que tous les États de Birmanie disposent de pouvoirs (...)
  • 7 Le terme « thaï » désigne l’ethnie majoritaire en Thaïlande ainsi que sa langue, tandis que « thaïl (...)
  • 8 Amporn Jirattikorn, « “Pirated” transnational broadcasting: the consumption of Thai soap operas amo (...)

3Les cultural studies ont défini différents concepts permettant d’analyser les mouvements transnationaux de la culture populaire. Celui de « proximité culturelle », concept introduit par Koizumi Iwabuchi5, a par exemple été mobilisé par Amporn Jirattikorn, chercheuse à l’Université de Chiangmai, pour analyser les relations entre les Shans de Birmanie6 et les Thaïs. Les communautés shan birmanes peuvent visionner des feuilletons thaïlandais doublés en langue locale en partie grâce aux similitudes culturelles observables entre les Shan et les Thaïs7. Ces feuilletons circulent non seulement car les maisons de doublage sont suffisamment proches de la frontière thaïlandaise pour capter le signal satellitaire thaïlandais, mais aussi car les deux ethnies partagent des points communs8. À une échelle plus large, Kanchana Chokriensukchai, professeure à l’UTCC (University of the Thai Chamber of Commerce) avait proposé une grille d’analyse expliquant comment les programmes télévisés populaires en Thaïlande atteignaient également l’audience philippine :

  • 9 Kanchana Chokriensukchai, « A Grounded Theory of ASEAN Common Denominator Cultures », Journal of Me (...)

[…] successful TV dramas in Thailand are expected to be successful in other member countries which share common dimensions with Thailand9.

  • 10 Ibid., p. 126.

[…] The research found that the ASEAN countries that are open to TV drama in various contents are Thailand and the Philippines. These countries are ready to open for a variety of TV drama contents. It can be said that any successful television drama in Thailand can be equally successful in the Philippines10.

  • 11 Ien Ang, « Television fictions around the world: Melodrama and irony in global perspective », Criti (...)
  • 12 Noboru Toyoshima, « Consuming Japan: The consumption of Japanese cultural products in Thailand », T (...)

4La Thaïlande et les Philippines, et certainement d’autres pays de la région, appartiendraient ainsi à un même ensemble culturel lorsqu’il est question de consommation de programmes télévisés. Ien Ang, professeure australienne en cultural studies, avait employé le terme de « zone culturelle transnationale11 » pour désigner l’espace dans lequel circulait la série japonaise Tokyo Love Story, qui avait séduit les jeunesses taïwanaise, sud-coréenne et hong-kongaise. Quelques années plus tard, Toyoshima Noboru écrivait une thèse sur la consommation de produits culturels japonais en Thaïlande. En observant certains phénomènes tels que la présence massive de touristes japonais, malais et sud-coréens en Thaïlande, il propose d’inclure ce pays dans la « zone culturelle transnationale » définie par Ang et d’expliquer ainsi la consommation de produits culturels japonais en Thaïlande par la proximité culturelle qui existerait entre ces deux pays, plutôt que par une « consommation arbitraire12 ». Ainsi, la Thaïlande appartient à une zone qui comprendrait l’Asie du Sud-Est et l’Asie de l’Est (Japon, monde sinophone et Corée du Sud), au sein de laquelle des flux pop-culturels sont observables. Dans cet espace, la Thaïlande importe des produits culturels venant d’autres pays, mais en exporte également, comme en témoigne le cas de 2gether.

  • 13 Koichi Iwabuchi, « Au-delà du “Cool Japan”, la globalisation culturelle... », Critique internationa (...)
  • 14 Beng Huat Chua, « Structure of identification and distancing in watching East Asian television dram (...)
  • 15 Iwabuchi, Recentering globalization. op. cit., p. 122.

5Lorsqu’une série télévisée pénètre un marché étranger, elle est alors consommée par un public ne partageant pas nécessairement les mêmes valeurs culturelles et vivant dans un pays d’un niveau de développement économique plus ou moins avancé que le pays émetteur. Pourtant, une série télévisée produite dans un certain pays peut malgré tout s’exporter vers un autre pays grâce à un phénomène de proximité culturelle favorisant la réception de cette série. Dans le cas de 2gether (et d’une majorité de séries BL thaïlandaises), l’étonnant succès que la série a connu est en partie dû à des éléments déclencheurs d’un sentiment de modernité présents dans les images de la série. Une temporalité commune, c’est-à-dire « la sensation de familiarité […], le sentiment de vivre la même Histoire et les mêmes histoires touchant la sexualité, l’amitié et la vie professionnelle »13 peut rapprocher des téléspectateurs de pays différents autour d’une même série. Dans ce que Beng Huat Chua, sociologue singapourien, appelle « espace d’identification14 », cette proximité temporelle, c’est-à-dire la similarité en termes de modernité et de développement, favorise aussi la consommation d’un produit capable de déclencher ce sentiment de contemporanéité par-delà les frontières. De la même façon, Iwabuchi expliquait : « the appeal of Japanese TV dramas among Taiwanese audiences is due in part to an emerging sense that Taiwanese share a modern temporality with Japan15. »

6Pour savoir s’il existe vraiment un tel sentiment chez un public tel que l’audience japonaise, encore faudrait-il pouvoir définir ce qu’est un pays développé et si la Thaïlande et le Japon se situent à des niveaux similaires. 2gether, comme d’autres séries, ne dépeint principalement que la vie urbaine bangkokienne. Ainsi, bien que des écarts de développement entre la Thaïlande et le Japon puissent être observés, ils sont difficilement remarquables dans la série. Le mode de vie des personnages se rapprochant a priori de celui des consommateurs, l’un paraît contemporain à l’autre. Quoi qu’il en soit, les séries thaïlandaises peuvent attirer un public japonais car :

  • soit des éléments présents dans ces séries déclenchent une sensation de proximité temporelle (hypothèse que nous privilégierons dans l’analyse de 2gether) ;

    • 16 Chua, « Structure of identification and distancing in watching East Asian television drama », op. c (...)

    soit la Thaïlande est perçue avec un sentiment d’exotisme voire de « nostalgie ». Chua explique ainsi que les Japonais perçoivent les Vietnamiens comme moins modernes, la représentation du Vietnam dans les dramas nippons procure un sentiment de nostalgie chez le téléspectateur japonais16.

  • 17 Jirattikorn, op. cit., p. 31.
  • 18 « glamorously modern » : ibid., p. 47.
  • 19 Jirattikorn, ibid., p. 48.

7Pour les pays d’Asie du Sud-Est continentale (en tout cas pour la Birmanie), nous observons le phénomène inverse. De son étude sur la réception des feuilletons thaïlandais doublés en langue shan dans le Nord de la Birmanie, Jirattikorn a conclu que la consommation de ces programmes n’est ni causée par une proximité culturelle (il existe bien une proximité culturelle entre la Thaïlande et la Birmanie, mais celle-ci ne suffit pas à expliquer intégralement ces flux culturels) ni par une proximité temporelle. L’explication qu’elle propose est que le public shan perçoit la Thaïlande comme plus moderne, plus développée que l’État shan en Birmanie : « In this case, the flow originates from a country considered more “modern” and more “developed” and arrives at an area considered “less modern”17 ». Cet écart de développement permet d’expliquer les raisons de cette consommation de séries télévisées thaïlandaises. En effet, d’après ses entretiens, Jirattikorn explique qu’en comparaison avec ce qu’elles voient dans les programmes télévisés birmans, les femmes shan perçoivent les femmes thaïes comme « glamoureusement modernes [traduction]18 », les images proposées par les feuilletons thaïlandais sont ainsi une forme d’échappatoire. « Moderne » (du latin modernus qui signifie récent), et non « contemporain », témoigne ici du regard ascendant de ces communautés shan vers la représentation de la Thaïlande proposée dans les feuilletons doublés. La modernité désigne ici l’état d’avancement des nations les plus développées (la Thaïlande des feuilletons serait plus développée que l’État shan), tandis que la contemporanéité se réfère à une temporalité commune, un niveau de développement partagé (la Thaïlande des feuilletons et l’État shan ne sont pas contemporains). Quelques paragraphes plus tard, elle précise que dans l’imaginaire collectif shan, la Thaïlande dispose d’un caractère quasi-utopique : « Thailand is a place where everyone has a cellphone and lives in a nice house and roads are full of nice and luxurious cars19 ». Présenter des personnages évoluant dans un environnement moderne et/ou contemporain est donc une stratégie non-négligeable tant envers les publics issus de pays de niveau de développement élevé (relation d’égal à égal) que pour ceux de régions économiquement moins avancées (qui verraient dans la série en question une forme d’utopie).

8Que la Thaïlande soit perçue comme autant voire plus moderne et développée que le pays dans lequel ses séries sont consommées, ou qu’au contraire elle soit perçue comme lointaine autant en espace qu’en niveau de développement, le paramètre à étudier reste le même : le traitement de la représentation de la modernité dans la série. À partir d’une étude de quelques éléments observables dans la série 2gether, nous tenterons de comprendre comment la série a su répondre au critère de la contemporanéité (c’est-à-dire la représentation d’une temporalité commune) auprès du public proche-asiatique. Voici deux exemples qui confortent l’hypothèse d’un sentiment de contemporanéité chez ces consommateurs :

  • 20 L’épisode 10 de 2gether a été diffusé le 24 avril, la pochette de l’album Chromatica présente sur l (...)

91) la musique écoutée par Sarawat : dans le dixième épisode de 2gether, on peut brièvement apercevoir le compte iTunes de Sarawat (Fig. 1). Sur son écran, plusieurs artistes apparaissent : Lady Gaga, EXO, Coldplay, Trivium (S01E10)… Ce sont néanmoins les deux premiers qui ont engendré le plus de réactions de la part des spectateurs, probablement parce qu’ils correspondent à ce que l’on qualifie de « mainstream » (courant principal, ce qui est le plus écouté ou vu) dans les pays consommateurs. EXO est en effet un groupe de K-Pop (musique pop coréenne, genre populaire en Asie orientale), et la chanteuse américaine Lady Gaga venait alors de proposer une collaboration avec Blackpink, autre groupe de K-Pop dont une des membres est thaïlandaise20. Sur Twitter par exemple, de nombreux utilisateurs ont identifié l’un ou l’autre des artistes, combiné au hashtag « #คั่นกูEP10 » (#2gether, 10e épisode). Ainsi, une grande partie des consommateurs asiatiques de la série peut se reconnaître dans la consommation musicale de Sarawat (et donc dans la série) et identifier le personnage comme contemporain, c’est-à-dire vivant à une époque similaire (il écoute la même musique au même moment que le téléspectateur).

Fig. 1 : Ecran du téléphone de Sarawat (S01E10)

Fig. 1 : Ecran du téléphone de Sarawat (S01E10)

102) l’utilisation des réseaux sociaux : dans le premier épisode de la série, le groupe d’amis de Tine tient une conversation au sujet des moyens de contacter Sarawat, conversation qui révèle une modernité collective (et donc de fait une temporalité commune) est-asiatique :

Fong. Speaking of which, they just found you his contact.

Tine. Let me see. His number or his Line ID?

Fong. His email.

Tine. Email ?

Fong. Yep.

Tine. Am I back to MSN time ? [sous-titres officiels] (S01E01)

  • 21 Mansoor Iqbal, « Line Revenue and Usage Statistics (2020) », Business of Apps, 8 août 2017, , https (...)
  • 22 Mansoor Iqbal, op. cit. ; Simon Kemp, « Global Digital Report 2019 », We Are Social, 2020, https:// (...)

11L’élément déclencheur de la contemporanéité est ici double : rejet collectif de MSN qui représente certainement un réseau démodé pour une grande partie des visionneurs (de même que les mails ne sont plus le moyen le plus efficace pour contacter quelqu’un de l’âge de Tine ou Sarawat), combiné à un élément plus local, « LINE », qui est un réseau social principalement utilisé par quelques autres pays asiatiques mais qui peut donc paraître étranger pour un autre grand nombre de spectateurs. Au premier quadrimestre de 2020 (ce qui correspond plus ou moins à la période de diffusion de 2gether The Series), la Thaïlande comptait 46 millions d’utilisateurs actifs mensuels, soit près de 70% de la population thaïlandaise21, ce qui explique pourquoi la réplique de Tine semble placer LINE au même niveau d’usage qu’un numéro de téléphone. Cependant, même si LINE était l’application de communication la plus utilisée en 2019 en Thaïlande, au Japon et à Taïwan, et outre l’Indonésie qui fait partie des quatre pays dans lesquels LINE compte le plus d’utilisateurs, l’application a du mal à percer le marché d’Asie orientale où d’autres concurrents sont déjà bien installés, notamment What’s App, WeChat, KakaoTalk, etc22. Ainsi, un spectateur étranger n’étant pas familier avec LINE se retrouvera dans la situation suivante : il ne comprendra pas ce qu’est la mystérieuse application que Sarawat, en tant qu’étudiant thaïlandais lambda, devrait posséder, mais comprendra malgré tout que les emails sont un moyen de communication obsolète pour la jeunesse thaïlandaise. Le problème sera cependant résolu par le grand nombre d’applications utilisées par les personnages. Ainsi, dans le deuxième épisode, on apprend que Tine dispose d’un compte Facebook et les amis de Sarawat arrivent à le hacker sans difficultés, son mot de passe étant tout simplement « 123456 » (Fig. 2). Dans la même scène, Sarawat enverra même à Tine un lien redirigeant vers le site pornographique Pornhub, autre « réseau social » que les téléspectateurs peuvent reconnaître. Dans le cinquième épisode, Tine ouvre le compte Instagram de Sarawat fraîchement créé et y découvre une série de photos de ce dernier, postées quand il était ivre (Fig. 3).

Fig. 2 : Sarawat et Tine discutent sur Facebook (S01E02)

Fig. 2 : Sarawat et Tine discutent sur Facebook (S01E02)

Fig. 3 : Compte Instagram de Sarawat (S01E05)

Fig. 3 : Compte Instagram de Sarawat (S01E05)

Gérer un public multiple

12La simple insertion d’éléments provoquant un sentiment de contemporanéité n’est néanmoins pas satisfaisante pour comprendre la réception de 2gether telle que décrite plus haut. De même que certains éléments peuvent permettre à une série télévisée d’être consommée dans un pays étranger sans barrière culturelle, d’autres peuvent à l’inverse constituer des freins à l’exportation. L’« odeur culturelle » (cultural odor ou odour) est une notion des cultural studies désignant la présence plus ou moins remarquable de la culture d’un pays dans un produit qu’il diffuse. Elle est définie par Iwabuchi ainsi :

  • 23 Koichi Iwabuchi, « How “Japanese” is Pokémon? », Pikachu’s global adventure: the rise and fall of P (...)

a way in which cultural features of a country of origin and images or ideas, often stereotypical, of its way of life are associated with a particular product in the consumption process. Products can carry various kinds of cultural association with their country of invention23.

132gether est elle aussi le fruit d’une réévaluation d’un contenu culturel, mais par des procédés différents. La série, pas plus que le livre original ne s’intéresse spécialement à des thématiques littéraires ou historiques. C’est à des éléments de la culture populaire thaïlandaise (probablement peu connus d’une certaine partie des fans étrangers) que font cependant référence le livre et la série 2gether. Dès les premières pages du livre, les amis de Tine sont présentés de manière difficilement compréhensible sans note de bas de page pour un néophyte de la Thaïlande :

  • 24 Des notes de fin de page précisaient « Names of famous Thai actors » (nom d’acteurs célèbres) et «  (...)

They all want me to call them JamesJi, Pope and Mario and for us to call ourselves the ‘The [sic] Star Gang’ […] As for me, I’m not sure who I really look like. Maybe Nadech. Or Mark Parin. I didn’t check whose dramas got the highest rankings24.

  • 25 En thaï, surnom peut se traduire par shue len (ชื่อเล่น, [chɯ̂: lên ], nom pour rire) ou shaya (ฉา (...)

14Le comique repose ici sur les surnoms des personnages, qui sont aussi ceux de célèbres acteurs thaïs25. Il n’aurait pas été compris par un spectateur étranger qui découvrirait tout juste la culture populaire thaïe. On retrouve tout de même une allusion à Nadech au début de la série, lorsqu’une étudiante qui n’existait pas dans le roman original répond à Tine qui la prend pour son admiratrice secrète : « Are you insane ? Do you think you’re Nadech ? [sous-titres officiels] » (S01E01). Le but du réalisateur était probablement de limiter (sans supprimer complètement) les références à la culture populaire thaïlandaise pour rendre la série autant accessible aux publics thaïlandais qu’étranger.

15Quelques pages plus tard, et durant la première minute de la série, un autre exemple montre une volonté d’atténuation de « l’odeur culturelle » du contenu. Durant un dialogue analeptique, Tine propose une sortie à Ging, son ex-petite-amie :

« - Let’s hang out at Siam ? »

  • 26 Jittirain, 2 Gether Vol. 1, op. cit., p. 4.

« - Ah… I have a Math tutoring class26 »,

proposition qui deviendra dans la série télévisée :

Tine. Ging, let’s go see a movie when you’re done.

Ging. I have an extra math class after this. [sous-titres officiels] (Saison 1, épisode 1)

16Siam, ou Siam Center, est un riche quartier commercial de Bangkok. Si la référence ne semble poser aucun problème de compréhension pour un public thaïlandais, une proposition de sortie au cinéma reste néanmoins plus adaptée à un public international moins familier avec les quartiers bangkokiens.

17Dans le troisième épisode, il y a un décalage important entre les propos prononcés par les personnages et les sous-titres. En effet, quand Tine se moque des talents de séduction de Sarawat, ses propos ne sont pas transcrits mot à mot :

Sarawat. I don’t listen to love songs

Tine. No wonder why you are so terrible at flirting. [sous-titres officiels]

18En vérité, la version originale parle de « séries [sud-]coréennes » :

Sarawat. J’écoute pas de chansons d’amour [กูไม่ฟังเพลงรัก]

Tine. Même si tu faisais semblant de me draguer comme dans les séries coréennes [ถึงว่ามึงถึงได้แกล้งจีบกูอย่างกับซีรีส์เกาหลี] [nous transcrivons et traduisons] (S01E03)

19Dans les deux cas, le contexte permet de comprendre ce que veut dire Tine : Sarawat venait de lui poser brutalement une assiette sous les yeux puis a expliqué qu’il s’agissait d’une technique de drague qu’il a vue dans les séries télévisées (dans la série, Tine comprend de lui-même que ces séries sont sud-coréennes). Pour expliquer la raison de ce décalage, nous émettons l’hypothèse que les dramas sud-coréens étant massivement consommés en Asie orientale, les différents publics de 2gether ne partagent pas tous la même perception du genre, et qu’une adaptation du texte était alors plus sûre pour que la blague puisse être comprise par le plus grand nombre.

« L’odeur thaïe » à travers les images de la série

  • 27 Brian Moeran, « Recentering Globalization: Popular Culture and Japanese Transnationalism », Copenha (...)
  • 28 Iwabuchi, « How “Japanese” is Pokemon ? », op. cit., p. 68‑69.
  • 29 Toyoshima, op. cit., p. 386.
  • 30 Si ce n’est la visite d’un autel lors d’une sortie universitaire (S01E11), qui fait référence à des (...)

20Nous avons vu qu’un certain nombre d’éléments culturels et pop-culturels ont été modifiés lors de l’adaptation de 2gether à la télévision. Dans la définition précédemment évoquée, Iwabuchi explique que l’odeur culturelle n’ajoute justement pas systématiquement de valeur ajoutée à un produit lors de son exportation. Au contraire, la suppression ou du moins la réduction de l’odeur culturelle d’un produit peut constituer une stratégie de marketing favorisant sa diffusion en-dehors des frontières. Certains produits japonais exportés ne représentent pas la culture japonaise, et leurs consommateurs n’ont pas spécialement l’impression d’être face à un bien japonais plutôt que d’un autre pays (par exemple pour le walkman)27. Pour ce qui est de la culture populaire, c’est notamment le cas de la saga Pokemon qui est suffisamment inodore pour être consommée sur tous les continents, on parle alors d’un produit sans odeur culturelle (culturally odorless) ou sans nation (mukokuseki)28. Les concepts de proximité culturelle et mukokuseki semblent ainsi antithétiques (l’un se basant sur les points communs, l’autre sur la différence), et il devient alors difficile de déterminer le potentiel d’exportation d’un produit uniquement selon sa charge culturelle. En Thaïlande, les consommateurs de produits culturels japonais ont tendance à ne ressentir aucune odeur culturelle dans ces derniers, bien qu’à part les jeux vidéo, les produits japonais sont bel et bien marqués29. 2gether est quant à elle une série particulièrement inodore sur les plans historique et politique : il est impossible (ou en tout cas très difficile) de deviner le système politique thaïlandais, le rôle de la monarchie en Thaïlande ou même la religion des personnages30 à travers un simple visionnage de la série, laquelle peut d’ailleurs être regardée en l’absence de toute connaissance préalable sur la Thaïlande.

  • 31 « ชาวฟิลิปปินส์มีความต้องการองค์ประกอบศิลป์ในระดับมากคือ ต้องการให้ละครไทยมีภาพสวยประณีต มีนักแสดงห (...)
  • 32 Ibid. p. 11‑12.
  • 33 Par l’Autorité Thaïlandaise du Tourisme (TAT) dans la campagne promotionnelle « Amazing Thailand », (...)

21Une étude comparée sur la consommation de séries télévisées thaïlandaises et sud-coréennes aux Philippines a identifié les attentes des spectateurs locaux. Ce travail sur la consommation de feuilletons thaïlandais outre-mer a permis de révéler que « les Philippins souhaitent voir des éléments artistiques, ils désirent notamment qu’il y ait de belles images du pays, de beaux acteurs, un environnement, montrent de la technologie moderne et s’habillent avec des vêtements modernes dans les feuilletons thaïlandais [traduction]31 ». Néanmoins, cette étude soulève aussi des attentes plus spécifiques des téléspectateurs philippins que l’on ne retrouve pas, ou de manière que très superficielle, dans 2gether. Si le physique des acteurs a bien été salué par la presse asiatique, les paysages touristiques et historiques ou la représentation des difficultés liées à l’éducation en Thaïlande, thèmes appréciés par les consommateurs philippins32, n’ont pas été particulièrement représentés dans cette série. Pourtant, la série a bien été tournée en Thaïlande (quelques lieux de tournages ont d’ailleurs été promus touristiquement33), et ce simple fait entraîne une représentation inévitable de la culture thaïe dans 2gether.

22L’adaptation du roman de Jittirain pour la télévision a donné un corps au texte. Des références à la culture thaïe déjà présentes dans l’œuvre originale ont été renforcées par cette transposition, par le simple fait que l’intrigue se déroule en Thaïlande et que les images présentées devaient correspondre au lieu de tournage. Parmi ces éléments culturels, peuvent être cités :

  • la cuisine et l’art de table thaïs. S’il n’est pas précisé que les personnages mangent à la cuillère dans le roman, l’information va de soi mais n’apparaît concrètement qu’à l’écran (Fig. 4) ;

Fig. 4 : Sarawat, Tine et Type mangent du curry vert (S01E10)

Fig. 4 : Sarawat, Tine et Type mangent du curry vert (S01E10)
  • le salut à la thaïe ou wai (Fig. 5) ;

Fig. 5 : Tine "wai" sa professeure (S01E01)

Fig. 5 : Tine "wai" sa professeure (S01E01)
  • l’alphabet thaï : que ce soient les post-it accrochés aux bouteilles que les personnages s’échangent ou de simples panneaux dans la rue, les textes sont écrits en thaï, alors qu’ils sont traduits en anglais en même temps que le roman (Fig. 6) ;

Fig. 6 : Panneaux en langue thaïe (S01E01)

Fig. 6 : Panneaux en langue thaïe (S01E01)
  • lorsque Tine se vexe que Sarawat lui a touché le haut de la tête, il révèle une propriété culturelle thaïe qui veut que la tête soit la partie la plus noble du corps et que toucher la tête d’autrui nécessite d’être intime avec cette personne (Fig. 7) ;

Fig. 7 : Sarawat vient de toucher le haut de la tête de Tine (S01E05)

Fig. 7 : Sarawat vient de toucher le haut de la tête de Tine (S01E05)

23Sur la vie universitaire, thème important de la série, d’autres éléments sont remarquables :

  • la cantine en semi plein air dans laquelle déjeunent les personnages est un service de restauration que l’on ne trouve pas dans tous les systèmes universitaires du monde mais qui est omniprésent en Thaïlande (Fig. 8) ;

Fig. 8 : Tine et son groupe d'amis à la cantine (S01E03)

Fig. 8 : Tine et son groupe d'amis à la cantine (S01E03)
  • les personnages portent des uniformes universitaires, composés d’une chemise blanche et d’un bas noir (jupe pour les femmes et pantalon pour les hommes) ;

  • les activités associatives universitaires sont également une pratique répandue dans de nombreux pays, y compris en Thaïlande (Fig. 9) ;

Fig. 9 : Tine et son groupe d'amis aux inscriptions aux clubs (S01E02)

Fig. 9 : Tine et son groupe d'amis aux inscriptions aux clubs (S01E02)
  • le deux-roues sert de moyen de transports à de nombreux étudiants en Thaïlande, que ce soit le moto-taxi ou la bicyclette personnelle (Fig. 10). Si d’autres personnages possèdent leur propre voiture tels que Sarawat, cela peut néanmoins être interprété comme un code pour signifier leur niveau de vie ;

Fig. 10 : Green vient chercher Tine en scooter (S01E01)

Fig. 10 : Green vient chercher Tine en scooter (S01E01)
  • le respect des séniors est aussi un aspect culturel plus ou moins marqué selon les pays, on le retrouve par exemple dans le langage avec des pronoms personnels tels que พี่ (aîné [phî:]).

24Mais on rencontre également d’autres indices divers révélateurs, tels que, entre autres, :

  • le climat : les personnages s’affrontent au volleyball pour pouvoir dormir dans une « maison climatisée » dans l’épisode 5 de Still 2gether (S02E05), conséquence du climat tropical thaïlandais ;

  • le sens de la circulation routière (volant à droite) ;

  • le bord des routes peint en rouge et blanc.

  • 34 Jittirain, op. cit., p. 116‑117 ; le comique de situation, c'est-à-dire l'échange de l'ancien télép (...)
  • 35 [Eng Sub] เพราะเราคู่กัน 2gether The Series | EP.2 [1/4], https://youtu.be/j__UE-TNQVA?t=332, consu (...)

25Au début du deuxième épisode de 2gether, on observe néanmoins le phénomène inverse : l’introduction d’un élément de la culture populaire thaïlandaise supplémentaire par rapport à la fiction initiale. Alors que Jittirain présentait seulement l’échec de la réparation du téléphone de Sarawat cassé par Tine (qui sera finalement remplacé par un « Samsung Hero », un modèle de téléphone désuet34), la série utilise un procédé comique supplémentaire avec un caméo de Rap Ake, un rappeur thaï connu de la culture populaire thaïlandaise35. La question de la compréhension est néanmoins différente des cas étudiés plus haut : la scène est probablement plus drôle aux yeux d’un spectateur familier de la culture populaire thaïlandaise, mais quoi qu’il en soit, un téléspectateur international n’a pas besoin de connaître l’identité de l’acteur pour rire du comique de geste et de mots du réparateur de téléphone.

26Ainsi, la série télévisée 2gether procède à une représentation intéressante de la culture thaïe. Il semblerait que la stratégie adoptée soit de distiller des images de la Thaïlande sans introduire de contenu culturellement, politiquement ou idéologiquement trop explicite, ce qui constituerait un frein à l’exportation. La série est conçue pour plaire autant à un public local qu’international.

2gether et la trajectoire de l’industrie BL thaïlandaise en Asie orientale

27Bien que 2gether doive une part de son succès à la gestion de son contenu culturel, le genre de cette série est aussi un paramètre à prendre en compte pour comprendre sa popularité. 2gether est plus qu’une série romantique, c’est une série romantique « BL ».

L’émergence du genre BL à la télévision thaïlandaise : des origines à 2gether

  • 36 De l’acronyme japonais « yama nashi, ochi nashi, imi nashi » (ヤマなしオチなしイミなし, pas de point culminant, (...)
  • 37 Yanathorn Jiararattanakul, « YAOI: การ์ตูนเกย์โดยผู้หญิงเพื่อผู้หญิง [YAOI: manga by women for wome (...)
  • 38 Orawan Vichayawannakul, « ผู้หญิงกับการสร้างนวนิยายชายรักชาย [Women and Boy Love’s Novel] », Univer (...)

28Le BL, acronyme de Boys Love, est un genre de la sous-culture japonaise né dans les années 70, d’abord désigné par le terme yaoi36. À l’origine essentiellement produit et consommé par des femmes, il met en scène des relations amoureuses, souvent sexuelles, entre deux hommes37. En Thaïlande, le BL est aujourd’hui un genre massivement produit dans la littérature. Les romans BL constituent un rayon à part entière dans la plupart des librairies, et de nombreuses personnes en font d’ailleurs leur métier en tant qu’auteurs de fictions BL38.

  • 39 Channel 9, ou MCOT, chaîne de télévision inaugurée en 1955 proposant aujourd’hui un contenu relativ (...)
  • 40 Patanapol Wongmoung et Mayuri Srikulwong, « ตัวละครเกย์ในละครโทรทัศน์ไทยยุคใหม่ [Gay Characters in (...)

29L’industrie BL thaïlandaise ne se limite pas aux romans (publiés par des maisons d’édition spécialisées) : elle a également atteint les écrans de télévision et les plateformes de streaming. En 2014, on assistait en Thaïlande à la diffusion de la première série télévisée BL : Love Sick The Series, produite par Mr Big Picture (à l’antenne pour la première fois les dimanches à 20h50 sur Channel 939 en 2014), qui est l’adaptation d’un roman BL racontant (comme 2gether) l’histoire de jeunes hommes formant un faux couple avant de tomber réellement amoureux. L’apparition de ce genre marqua un nouveau temps de la culture populaire thaïlandaise : en 2016, un étudiant de l’Université Ramkhamhaeng qui publiait sur les caractéristiques des personnages gays dans les séries télévisées thaïlandaises décrivait la diffusion de LoveSick comme une nouvelle façon de représenter des personnages homosexuels au sein du cinéma thaïlandais, rompant avec des stéréotypes ancrés dans les codes de la fiction jusque-là40.

  • 41 Natthanont Sukthungthong et Poowin Bunyavejchewin, « ซีรีส์วาย : ข้อพิจารณาเบื้องต้นทางสถิติ [Wai S (...)
  • 42 « SOTUS » est l’acronyme de Seniority, Order, Tradition, Unity, Spirit et désigne un système de biz (...)

30La production de ce genre de séries, que l’on appelle depuis lors « série BL », ou « Y series » (Y étant la première lettre de yaoi), ne fait que s’intensifier au fil des années, les personnages gays occupent de plus en plus souvent les rôles principaux41, et plusieurs de ces séries deviennent des phénomènes médiatiques dans la région. En 2016, la série SOTUS (One 31, 2016)42 devient la première série BL thaïlandaise à connaître un succès véritablement régional,

  • 43 « เพราะถูกสร้างมาจากหนังสือนวนิยายวายที่มีคนติดตามเป็นจำนวนมาก และนักแสดงนำก็มีแฟนคลับอยู่บ้างแล้ว (...)

[…] parce qu’elle a été adaptée d’un roman BL suivi par beaucoup de personnes, et que l’acteur principal avait déjà quelques fans. De plus, le fort courant des séries BL panasiatique a fait qu’ont eu lieu des fanmeetings, des shows et des concerts dans toute l’Asie [traduction]43.

  • 44 Autre société thaïlandaise spécialisée dans la production de contenus audiovisuels.

31En 2020, c’est au tour de 2gether de connaître un succès transnational, en des termes inédits. Un tel phénomène, aussi bien local que régional, a conduit certains professionnels de l’industrie BL à se positionner comme nouveaux agents principaux du divertissement télévisé thaïlandais. Par exemple, le directeur de TV Thunder44 Jaruporn Kamtornnoppakun (producteur de la série BL Manner of Death (WeTV, 2020)) affirmait dans une interview de Mori Mayumi que :

  • 45 Traduction par Thomas Baudinette sur son site personnel: « (Trans) Hotter than Ossan’s Love? The ex (...)

In Thailand, BL is neither forbidden nor sub-cultural, it is now mainstream. Just like the pop culture of Korea that has become renowned across the globe, Thailand will now become the world’s centre for BL dramas45.

32En quelques décennies, le BL est passé d’un genre souterrain produit par quelques groupes de femmes au Japon à une catégorie de séries télévisées centrale de la culture populaire thaïlandaise contemporaine. 2gether marque une étape clé de cette évolution du genre, notamment par le fait que la série ait réussi à populariser une fiction BL en retravaillant les codes qui encadrent le genre, de manière à le rendre plus accessible à un large public et atteignit même des audiences internationales.

D’une fiction BL à une série emblématique

Adapter un roman BL à la télévision

33La réussite de 2gether The Series provient en partie du travail d’adaptation qui a été fait à partir du texte original. 2gether n’est pas la première série à être adaptée d’un roman BL en Thaïlande, et compte tenu de l’engouement qu’elle a entraîné dans le milieu de la production sérielle, elle n’en est pas moins la dernière. Malgré tout, le travail qui a été fait lors de la production de la série permet de se rendre compte des enjeux qui gravitent autour des adaptations de romans BL.

  • 46 Keith Russell, « The Glimpse and Fan Service: New Media, New Aesthetics. », International Journal o (...)

34La fiction écrite par Jittirain dépeint des scènes sexuelles crues et un langage parfois très familier (il s’agit là toutefois de conventions traditionnelles des textes yaoi). La série 2gether évite de représenter tout contenu explicitement sexuel, mais a tout de même recours à plusieurs reprises à des procédés de fan service. Le fan service correspond à un procédé défini par Keih Russell comme « l'exécution aléatoire et injustifiée d'une série de gestes anticipés communs dans les manga et les anime » des personnages féminins, mais que Joseph Brennan propose d’élargir pour inclure tous les comportements ou actions inattendus d’un personnage, féminin comme masculin, ayant pour but de stimuler l’engouement des fans46. Dans le cas d’une série BL, le fan service peut se traduire par un contact physique accidentel entre deux personnages. Pour ce qui est du fan service dans la série 2gether, voici deux exemples de comportement de Sarawat et Tine qui n’ont pas d’autres objectifs que d’enthousiasmer les téléspectateurs :

  • lorsque Tine soulève la couette de Sarawat pour le réveiller, il se rend compte que ce dernier ne porte pas de sous-vêtements et révèle ce que Sarawat appelle la « Sarawat expo », c’est-à-dire le corps de Sarawat nu (S01E04) ;

  • durant la mi-temps de son match de foot, Sarawat enlève son maillot de foot en public et le tend à Tine pour qu’il le lave pour lui (S01E05).

35Cette insertion de quelques éléments de fan service dans 2gether à la place des rapports sexuels entre les personnages présents dans le deuxième tome du roman de Jittirain permet de contourner une restriction d’âge trop élevée (la série était seulement déconseillée aux moins de 13 ans alors que le roman était interdit aux mineurs) et rend de fait la série accessible à un public plus large.

  • 47 Anucha Pimsak et Sophee Unthaya, « SOTUS พี่ว้ากตัวร้ายกับนายปีหนึ่ง : การประกอบสร้างอัตลักษณ์เพศนอ (...)
  • 48 Phra ek désigne tout simplement le héros d’une fiction, le personnage masculin principal. Naï ek es (...)
  • 49 Sutheepattarakool, p. 178.
  • 50 Dans les codes du BL, le phra ek a la peau plus foncée que le naï ek.
  • 51 Vidéo en ligne : ABS-CBN Entertainment, « BRIGHTWIN LIVE: The 2Gether PH Mediacon | June 26, 2020 » (...)
  • 52 « 180センチ超のイケメンたちの恋ドラ » : Josei Jishin, « タイBLブーム火付け役 180センチ超のイケメンたちの恋ドラマ [Le boom du BL thaï : le r (...)

36En outre, les codes de la culture yaoi formatent les protagonistes de leurs fictions de façon stéréotypée. Selon ces codes, un des personnages devrait avoir un physique significativement masculin, être viril dans son comportement et sexuellement actif, il s’agit du seme (攻め, attaquant). À l’inverse, son partenaire est généralement efféminé et sexuellement passif, il est désigné par le terme uke (受け, receveur). Anucha Pimsak, dans le cadre de sa thèse sur la construction de la « queerness » dans le roman BL SOTUS, proposait une analyse des procédés de la construction des personnages principaux de l’œuvre47. Dans les fictions thaïlandaises, les rôles du seme et de l’uke correspondent respectivement au phra ek (พระเอก, le héros) et au naï ek (นายเอก, l’héroïne)48. Pimsak explique que les romans BL thaïlandais respectent d’une certaine façon les codes de la culture yaoi en attribuant aux personnages des caractéristiques physiques basées sur leur rôle sexuel. Cette gradation de la masculinité ne disparaît pas dans les séries BL, lesquelles sont pour un certain nombre adaptées de romans BL. Par exemple, Krittapol Sutheepattarakool montre dans sa thèse doctorale que sur un corpus de vingt séries BL thaïlandaises diffusées en 2019-2020, les protagonistes masculins sont la plupart du temps conçus de manière très stéréotypée, aussi bien en termes de personnalité que de physique49. 2gether n’échappe pas à cette règle, au moins pour son couple principal : dans une interview donnée dans le cadre d’une conférence de presse aux Philippines, les deux acteurs principaux expliquent que leur casting s’est fait selon leur physique. Bright Vachirawit Chivaaree, qui joue le rôle de Sarawat dans la série, confessait : « I had to darken my skin for my character, like no sunscreen for three months »50. Win Metawin Opas-iamkajorn, qui jouait le rôle de Tine, ajoutait : « Tine has to be smaller than Sarawat so I had to lose my weight »51. Les deux personnages principaux de 2gether sont néanmoins, dans une certaine mesure, moins stéréotypés que ce que la couverture du roman présentait. On y voyait Sarawat nettement plus grand que Tine, avec une peau également bien plus mate et un visage très carré. Certaines presses telles que des magazines de divertissement remarquaient par ailleurs que ce contraste était estompé dans la série. À titre d’exemple, le magazine hebdomadaire féminin japonais Josei Jishin qualifiait 2gether de « drama d’amour d’ikemen [beaux hommes] de plus d’1m80 [traduction] »52. Le Tine de la série rompt donc avec celui du livre, il n’est plus l’uke typique de la culture yaoi.

  • 53 Terme emprunté de l’anglais, utilisé de façon familière en thaï et dont la connotation dépend forte (...)
  • 54 Serhat Ünaldi, « Back in the Spotlight: The Cinematic Regime of Representation of Kathoeys and Gay (...)
  • 55 « 私はこういうステレオタイプを再⽣産することは避けたかったので、もっと親しみやすいキャラクターに描き直しました。 » : Mori Mayumi, « タイBLドラマ大ヒットの秘密は ?プロデュー (...)
  • 56 Jittirain, 2 Gether Vol. 1 (PDF), op. cit., p. 17.

37Une autres des particularités de la série repose sur le personnage de Green, l’admirateur secret de Tine que l’on rencontre dès les premières minutes de la série. Il correspond à l’archétype du toot (ตุ๊ด [tút])53, un homme homosexuel au comportement maniéré. Sa présence n’est en tant que telle pas une révolution dans le cinéma thaïlandais : des personnages toots y sont présents depuis deux décennies dans des comédies54. Ce qui est néanmoins innovant est qu’un toot soit non seulement l’un des personnages principaux d’une série BL exportée massivement à l’étranger, mais qu’il y connaisse de surcroît une fin heureuse. Pendant la période de diffusion de la série, Noppharnach Chaiwimol, le producteur de 2gether expliquait à ce propos dans une interview de Mori Mayumi : « Je ne voulais pas reproduire ces stéréotypes [sur les personnages gays], alors je les ai redessinés en un personnage plus familier [traduction] »55. Ce travail de valorisation de Green s’est fait tout au long de la série, au moyen d’adaptations du roman original de Jittirain. Dans ce livre, Tine semble avoir une réaction homophobe après sa rencontre avec Green. Lorsqu’il rapporte à ses amis la déclaration d’amour qu’il vient de recevoir, il leur dit en effet : « I just got hit on by a boy, do you seriously think I’m okay ? What the heck ! »56. Dans la série, le discours de Tine est plus adouci, il relève d’un univers dans lequel les toots peuvent se trouver d’égal à égal avec les personnages principaux, du moins hors du domaine amoureux :

Fong. Do you hate tootsies?

Tine. I had lots of tootsie and gay friends back in high school. But it doesn’t mean I can date them. [sous-titres officiels] (S01E01)

  • 57 คู่จิ้น ([khûː cîn], de l’anglais « imagine »), couple fictif entre deux célébrités, liées aux sé (...)

38Green est également un personnage glorieux. Il ne finit pas seul lorsque Tine se met en couple avec Sarawat : il retrouve Dim, son ancien petit-ami, et clôt la série en remportant contre ce dernier un match de volleyball dans lequel ils s’affrontaient pour déterminer lequel des deux était le leader de leur couple (S02E05). Le succès de ce personnage ne s’arrête pas là, il dépasse même le simple cadre de la série. Green est en effet le premier personnage toot d’une série BL thaïlandaise à constituer un khu gine57, autrement dit un couple imaginaire entre deux célébrités. En effet, le khu gine GunGuy (formé des acteurs respectifs de Green et Dim) figure sur la gauche de l’affiche de « คั่นกู 2gether Live on Stage », un événement organisé par le groupe GMMTV en 2020 reprenant l’univers de la série sous la forme d’une comédie musicale. Ainsi, de même que GMMTV a en partie réduit l’« odeur culturelle » de 2gether, le travail d’adaptation du roman de Jittirain a aussi réduit ce que l’on pourrait appeler l’odeur BL du livre, c’est-à-dire la quantité de stéréotypes propres au yaoi qui codifient tant les personnages que le développement de l’intrigue.

2gether : une nouvelle référence dans la culture BL thaïlandaise

  • 58 Natthanai Prasannam, « The Yaoi Phenomenon in Thailand and Fan/Industry Interaction », Plaridel Jou (...)

392gether n’est plus qu’une simple série télévisée, elle représente désormais une référence au sein de l’industrie BL, thaïlandaise comme régionale. Natthanai Prasannam a identifié le travail sur la mémoire des consommateurs de BL comme l’une des principales stratégies de GMMTV pour interagir avec ses fans58. Cette stratégie a bien évidemment été mise en œuvre par GMMTV, mais aussi par d’autres entreprises et institutions. Ceci a permis à 2gether de devenir ce que l’on pourrait appeler une série BL iconique. De nombreuses références à l’œuvre sont présentes dans d’autres séries télévisées thaïlandaises, mais aussi dans d’autres productions culturelles. La réplique prononcée par Sarawat dans le premier épisode de la série « มองกูขนาดนี้ เดี๋ยวกูก็จูบให้ล้ม » [mɔːŋ kuː khàʔ nàːt níː dǐːaw kuː kɔ̂ː cùːp hâj lóm] (Regarde-moi comme ça, et je vais t’embrasser jusqu’à ce que tu tombes) (S01E01) en est un bon exemple :

    • 59 Vidéo en ligne : Line TV /GMMTV, « เพราะไบร์ท - วิน มายิงกัน ! | Bright - Win Inbox EP.1 [Eng Sub]  (...)

    dans l’émission en ligne Bright - Win In Box (LINE TV, 2020), un extrait du premier épisode où l’on entend Sarawat prononcer cette réplique est diffusé59 ;

  • dans le deuxième épisode de la série Fish Upon the Sky (GMM 25, 2021), le personnage de Jeans prononce cette phrase de manière parodique pendant le casting de la série 2gether qu’il aurait échoué (S01E02) ;

    • 60 s.n, 「2gether」で学ぶタイ語 : ドラマの名セリフで味わう恋するタイ語 [Apprendre le thaï avec 2gether : le thaï de l’amour à tr (...)

    dans un manuel de langue thaïe destiné au public japonais, on retrouvait aussi cette réplique accompagnée d’un précis lexical et grammatical60.

40De manière plus anecdotique, Chonlatee, personnage principal de la série Tonhon Chonlatee (GMM 25, 2020), regarde un bref extrait d’une scène de baiser de 2gether (S01E09). Grâce à tout un travail périphérique à la série originale, la série a pu rester dans les mémoires des fans les plus impliqués dans la pop-culture BL thaïlandaise.

Par-delà 2gether : influence de la série sur l’industrie BL

Une vague BL pan-asiatique

412gether est une série télévisée thaïlandaise qui a su intéresser un large public en Asie orientale en s’intégrant dans les flux culturels de cette région. Certains fans asiatiques de 2gether sont d’abord des fans intéressés par la K-Pop et/ou par la culture BL au sens large. Nous avons par exemple pu montrer plus haut l’impact positif que des références à EXO et Lady Gaga pouvaient apporter à la série, les clins d’œil à la culture populaire est-asiatiques créent en effet des sujets de conversation sur les réseaux sociaux. Les séries télévisées (BL) thaïlandaises s’inscrivent avant tout dans un contexte plus global, elles partagent une part de leur audience avec d’autres genres de cultures populaires, par exemple de Corée du Sud. Dans un rapport de LINE Insights sur les usagers thaïlandais de LINE TV (plateforme de streaming accessible en Thaïlande) consommateurs de séries BL, il est écrit que :

  • 61 s.n, « Y-Economy Study A major opportunity to reach consumers’ minds and hearts in 2020 », LINE Ins (...)

The first motivation of fans is deeper and more personal: they were already fans of K Pop, Y novels and Y cartoons. […] Y Series compete mainly compete [sic] with Korean series. If Korean Series are relatively strong on storyline, Y Series catch the imaginations and touch the feelings61.

  • 62 Tricia Abigail Santos Fermin, « Appropriating Yaoi and Boys Love in the Philippines », Electronic j (...)
  • 63 « to the societal norms of the target culture », Koichi Iwabuchi, Recentering globalization, op. ci (...)

42Le BL est aujourd’hui un genre transnational. Si le genre est connu d’autant de pays asiatiques, c’est parce que le yaoi y a beaucoup circulé, en partant du Japon vers d’autres pays de la région62. À chaque fois, le genre s’adapte aux spécificités culturelles locales, est « glocalisé », c’est-à-dire volontairement adapté « aux normes sociales de la culture cible [traduction]63. »

  • 64 Thomas Baudinette, « Internationalising Boys Love », op. cit., p. 14.
  • 65 Marimi Kishimoto, « Japanese-style ´boys love´ dramas captivate Thai women », Nikkei Asia, 14 novem (...)
  • 66 Thomas Baudinette, « Creative Misreadings of ´Thai BL´ by a Filipino Fan Community: Dislocating Kno (...)

43Mais en Thaïlande, le genre ne s’est pas seulement adapté à la culture nationale, il y a été redéfini, voire réinventé. Dans une conférence intitulée « Internationalising “international BL”64 », l’anthropologue australien Thomas Baudinette expliquait comment la Thaïlande, grâce aux séries BL, était devenue le nouveau centre de la culture yaoi en Asie orientale alors que le genre même était né au Japon : « "Y Series" stories are being imported back into Japan, creating a new ecosystem for the genre in East Asia65 ». Le BL est même vu par certains groupes de fans comme un genre thaïlandais. Baudinette expliquait ainsi que, bien que le BL trouve ses origines au Japon, pour certains fans philippins des séries BL thaïlandaises qu’il a pu interroger, le BL venait de Thaïlande66.

  • 67 Mayumi Mori, « Mamori M., Hotter than Ossan’s Love? The explosive popularity of Thai Boys Love. » h (...)

44Quelle que soit l’origine du BL, c’est aujourd’hui l’industrie thaïlandaise qui se place comme locomotive du genre, pour ce qui est des séries télévisées en tout cas. La vague de popularité de 2gether a provoqué une production massive de séries BL dans le reste de l’Asie de l’Est et du Sud-Est continentale (et même aux Philippines). En effet, le Laos, la Birmanie et le Cambodge sont aussi devenus producteurs de séries BL dès 2020. Par exemple, One Love et Winter Flower sont deux séries laotiennes dont la première est officiellement sous-titrée en thaï ; une série birmane dont le titre serait, a priori, Innocence a été annoncée en 2020 (mais la diffusion n’a, à ce jour, pas encore commencé) ; And That’s YOU est quant à elle une série BL cambodgienne diffusée depuis février 2021 (mais dont le tournage est interrompu en raison de la pandémie de Covid-19). En ce qui concerne le Vietnam, le monde sinophone, le Japon et la Corée du Sud, des séries BL (ou du moins représentant des personnages homosexuels) existaient déjà avant 2020, et leur production n’a pas cessé depuis la diffusion de 2gether. En 2020, certaines presses régionales parlaient de cette vague thaïlandaise en des termes similaires à ce qui peut être lu au sujet d’autres industries audiovisuelles telles que la K-Pop. Pour ne citer qu’un exemple, Mori Mayumi écrivait en parlant du phénomène 2gether de 2020 : « More than K-Pop, it’s the T-Wind67 ».

Le BL : média d’exportation de la culture thaïe

  • 68 TV Asahi, « Investor’s Guide 2020 », 2021, p. 4.
  • 69 SOTUS S est la suite de SOTUS
  • 70 s.n, « タイドラマ「SOTUS S」が地上波初放送、「2gether」の無料配信も決定 [La série thaïlandaise SOTUS S sera diffusée pour la (...)
  • 71 https://www.instagram.com/tvasahi_thai/, consulté le 20 juin 2021.

45Ce n’est pas seulement 2gether qui a réussi à s’intégrer dans les flux culturels d’Asie orientale en 2020, des entreprises privées mais aussi des acteurs gouvernementaux thaïlandais se sont servis de la popularité des séries BL pour promouvoir la culture thaïe à l’étranger, notamment au Japon. Dans un premier temps, GMMTV a contribué à une double promotion : celle de la culture populaire thaïlandaise d’une part, celle de la culture thaïe d’autre part. En plus de 2gether, c’est l’industrie des séries BL thaïlandaises tout entière qui a bénéficié d’une promotion à l’échelle asiatique, accompagnée par une mise en avant de la culture thaïe. Le 27 novembre 2020, quelques mois après le succès de 2gether au Japon, un partenariat entre GMMTV et TV Asahi est signé. TV Asahi est une chaîne de télévision japonaise spécialisée dans le divertissement, diffusant un nombre important de dramas et d’anime. Elle était en 2020 la deuxième chaîne la plus regardée au Japon68. Il s’agit également d’une chaîne très impliquée dans la diffusion de séries BL thaïlandaises au Japon. TV Asahi est par exemple la première chaîne à avoir proposé au public japonais les séries SOTUS S69, Until we meet again ou encore Love by chance via la plateforme de VOD TELASA70 et propose également sur son antenne, différentes séries BL japonaises (notamment Ossans’s Love, TV Asahi, 2018). Elle dispose même, depuis mars 2021, d’un compte Instagram dédié à la promotion de la culture populaire thaïe au Japon71. Ainsi, l’implication de TV Asahi dans la diffusion des séries BL thaïlandaises en fait un partenaire pertinent pour GMMTV.

46Ce partenariat a conduit du 16 avril au 23 mai 2021 à l’organisation de la « GMMTV EXHIBITION » à Tokyo, suivie d’une tournée dans d’autres grandes villes du Japon. Il s’agit d’un projet événementiel visant à promouvoir localement les séries thaïlandaises produites par le groupe GMMTV. Dans le communiqué officiel publié sur le site de TV Asahi, la langue et la culture thaïes occupent une place proéminente : l’annonce insiste sur le fait que c’est le contenu thaï (la culture, la langue, les artistes…) qui est promu dans le cadre de l’événement72. Ce sont néanmoins les séries (notamment BL) produites par GMMTV qui servent d’effigie à tous ces éléments culturels thaïs. Sur le site officiel de l’événement73, on retrouve par exemple une page de merchandising exclusivement dédiée aux produits dérivés des séries du groupe et des marchandises à l’image des acteurs (des porte-documents ou des autocollants par exemple). Si la Thaïlande a pu introduire sa langue et sa culture dans les médias régionaux, c’est bel et bien en partie grâce à la diffusion massive de séries télévisées. Les idoles thaïlandaises sont même devenues des vecteurs culturels. Dans une interview donnée dans le cadre de cette exposition, le khu gine TayNew, c’est-à-dire les acteurs Tay Tawan Vihokratana et New Thitipoom Techaapaikhun, qui constituaient le casting principal de la série Dark Blue Kiss (GMM25, 2019) expliquent devant la caméra qu’ils se sentent fiers d’être des ambassadeurs de la culture thaïe74.

  • 75 Isaya Sinpongsporn, Exploring Thai Cultural Identity through the Remakes of Korean Dramas: A Study (...)
  • 76 Par exemple, la trilogie Hormones produite par le groupe, connut dès sa première saison (One 31, 20 (...)

47L’Ambassade Royale de Thaïlande au Japon a également organisé en 2021 un événement visant à promouvoir la culture thaïe par le biais des séries télévisées : le Thai Drama festival 2021 (タイドラマフェア [taj dorama fea]). Ce n’est pas la première fois qu’une telle manifestation a lieu au Japon : le Thai Festival est un événement régulier organisé dans différentes villes du Japon tous les ans. Cependant, le rôle central et prédominant que jouent les séries thaïlandaises (notamment 2gether) dans la promotion de ce festival est un fait inédit. Sur l’affiche du festival en question, le khu gine BrightWin, effigie de GMM25 tient davantage de place que les vignettes de Nadao Bangkok (autre succursale du groupe GMM Grammy qui produit du contenu destiné entre autres aux chaînes appartenant au groupe) et Channel 3 (deuxième chaîne de télévision la plus regardée en Thaïlande, qui rassemble depuis des décennies des téléspectateurs plutôt urbains75 devant les écrans et qui est également spécialisée dans le divertissement). Nadao Bangkok a notamment proposé en 2020 la série I Told Sunset About You (LINE TV, 2020) et Channel 3 s’est récemment engagée dans l’industrie BL avec Gen Y (Channel 3, 2020), ce qui témoigne de l’importance croissante qu’occupe le BL dans l’industrie télévisuelle thaïlandaise depuis 2020. En effet, étant donné que le contenu sur 2gether occupe davantage de place que celui d’un studio comme Nadao Bangkok76 ou des chaînes de télévision de l’envergure de Channel 3 (qui est parfois capable de vider les rues de Bangkok avec des séries), il peut être conclu que le succès de 2gether a permis de hisser le contenu BL de GMMTV au même niveau que celui des géants du divertissement populaire thaïlandais. En outre, cette affiche permet aussi de se rendre compte du rôle majeur que joue 2gether non seulement dans la promotion du BL thaïlandais, mais aussi dans la diffusion de la culture thaïe et à son intégration dans les médias régionaux. Un événement en ligne a d’ailleurs été spécialement consacré à cette série dans le cadre du festival, les acteurs du khu gine y étaient présents.

48En plus de l’organisation de ces événements, le compte Instagram de l’Ambassade royale de Thaïlande au Japon77 partage également du contenu lié à la culture thaïe. On y retrouve ainsi par exemple une série de publications présentant les différentes célébrités qui allaient intervenir au cours des programmes en ligne, des publicités, des photos de plats thaïs, des prédictions traditionnelles quotidiennes sur les couleurs de vêtements à porter, etc. Cette subtile instillation d’éléments culturels « traditionnels » à des éléments de la culture populaire thaïlandaise (notamment les séries BL) permet de diffuser certaines valeurs sociales et culturelles auprès d’un public étranger à travers l’univers des séries télévisées. Le public curieux de voir des photos inédites de ses idoles favorites ou de découvrir un aperçu de la GMMTV Exhibition sera exposé à du contenu culturel thaï, et ainsi familiarisé avec celui-ci. Nous pourrions imaginer d’après les travaux de Toyoshima78 que la consommation de produits culturels thaïlandais entraîne par phénomène de « virtuous circle79 » la consommation d’autres produits culturels.

  • 80 Koichi Iwabuchi, « Au-delà du “Cool Japan”, la globalisation culturelle... », op. cit., p. 52.

49Cette expansion culturelle permise par la diffusion de la culture thaïe soutenue par le gouvernement thaïlandais s’inscrit dans le contexte de la mondialisation tel qu’observé par Iwabuchi : « nous assistons maintenant à l’intensification des flux culturels transnationaux via des alliances multiformes entre des multinationales de médias basées dans les pays développés, qui ne sont pas tous occidentaux80 ». Différents acteurs, publics comme privés, interviennent dans la promotion de la culture (populaire comme dans un sens plus large) thaïe au reste du monde, mais ce qui est intéressant est que l’industrie BL a servi de vecteur à cette diffusion. Des initiatives, par exemple dans le domaine de l’événementiel et/ou via les réseaux sociaux, permettent par le biais de séries BL de transmettre les valeurs thaïes par-delà les frontières et ainsi d’accoutumer le public ciblé afin de le rendre plus réceptif à la culture thaïe. C’est par le biais de la culture populaire, plus précisément d’une série BL, genre pourtant né dans un autre pays, que des organismes gouvernementaux thaïlandais promeuvent la culture nationale à l’étranger.

Conclusion

50En 2014, l’entreprise Mr Big Picture produisit Love Sick The Series, la première série BL thaïlandaise. Deux ans plus tard, GMMTV franchit un pas supplémentaire dans le développement commercial de ce genre avec la série SOTUS, première série BL à avoir connu un véritable succès régional, puis quatre ans plus tard lorsque 2gether rencontra un succès qu’encore aucune autre série télévisée thaïlandaise n’avait pu rencontrer. En 2020, 2gether a réussi à rassembler des communautés de fans internationaux à une échelle régionale. Pour la première fois, une série thaïlandaise s’est placée dans le « mainstream », le courant principal de la culture populaire dans lequel les produits thaïlandais n’occupaient alors qu’une place modeste comparés aux produits des géants régionaux de la culture populaire tels que la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Il arrivait déjà que des séries thaïlandaises soient regardées dans d’autres pays avant que 2gether n’enflamme Twitter tous les vendredis soir. Cependant, l’alliance du genre BL en vogue dans la région et d’une gestion contrôlée des images montrées dans la série a permis une consommation des médias thaïlandais d’une ampleur inédite.

  • 81 Adaptation thaïlandaise du manga Hana Yori Dango (Boys Over Flowers) au format télévisé, après Taïw (...)
  • 82 D’après le terme thaï ชาย-หญิง [chaːj jǐŋ]
  • 83 « F4 Thailand obtint un score d’audience de 0,276 pour son premier épisode, contre seulement 0,143 (...)

512gether a créé une vague d’engouement autour des séries BL thaïes par son remodelage des stéréotypes du genre BL. Néanmoins, il nous semble qu’il y ait à l’heure actuelle deux défis majeurs auxquels l’industrie des séries télévisées thaïlandaises soit confrontée. Le premier réside dans l’énorme difficulté des studios thaïlandais à proposer du contenu non lié au BL à la fanbase qui s’est établie depuis la diffusion de 2gether. Par exemple, après l’annonce officielle de GMMTV selon laquelle le khu gine phare Bright-Win constitueraient le casting principal de de F4 Thailand (GMM 25, 2021) 81, une partie de la fanbase des acteurs a exprimé sa colère sur les réseaux sociaux du fait que le khu gine tourne dans une série « BG » (boy-girl)82, et non BL. Lors de la première diffusion du premier épisode le samedi 18 décembre 2021 à 20h30 sur la chaîne GMM25, F4 Thailand obtint un meilleur score d’audience que les séries BL Bad Buddy (แค่เพื่อนครับเพื่อน Bad Buddy Series) (GMM25, 2021) et Not Me (เขา...ไม่ใช่ผม) (GMM25, 2021)83, diffusées à une période similaire sur la même chaîne, respectivement le vendredi et le dimanche à 20h30, mais connut un démarrage plus faible que ces deux séries en termes de vue sur YouTube, plateforme utilisées par les téléspectateurs internationaux pour visionner les séries de GMMTV.

  • 84 Junqi Zhang, « The Reception of Thai Boys Love Series in China: Consumption, Imagination, and Frict (...)

52Enfin, la concurrence croissante régionale dans le secteur du BL rappelle que la quasi-hégémonie des séries thaïlandaises dans cette industrie n’est pas éternelle. Les critiques contre les stéréotypes omniprésents dans les séries BL thaïlandaises sont par exemple l’un des défauts que les téléspectateurs chinois relèvent. Junqi Zhang, dans une thèse soutenue à l’Université de Caroline du Nord, remarquait par exemple que le fait que les personnages de séries BL n’osaient pas affirmer leur orientation sexuelle était un phénomène récurrent dans les séries thaïlandaises84. Toutefois, le récent « buzz » qu’a provoqué la série BL Bad Buddy, présentée ci-dessus (le hashtag #BadBuddyseriesEP8 était le hashtag le plus partagé à l’échelle mondiale sur Twitter le 18 décembre 2021), lié à la déconstruction de ces stéréotypes dans cette série, témoigne de la stratégie de renouvellement continuel de GMMTV. La longévité de l’industrie thaïlandaise dans les échanges culturels régionaux dépendra de sa capacité à continuer à se diversifier.

Haut de page

Bibliographie

Ang Ien, « Television fictions around the World: Melodrama and irony in global perspective », Critical Studies in Television, vol. 2, n°2, 2007, p. 18‑30.

Baudinette Thomas, « Creative Misreadings of “Thai BL” by a Filipino Fan Community: Dislocating Knowledge Production in Transnational Queer Fandoms through Aspirational Consumption », Mechademia: Second Arc, vol. 13, n°1, 2020.

Baudinette Thomas, « Internationalising Boys Love: Recent “Boys Love” dramas in Thailand », 26 septembre 2015, https://www.academia.edu/15276342/Internationalising_Boys_Love_Recent_Boys_Love_dramas_in_Thailand, consulté le 21 avril 2021.

Baudinette Thomas, « (Trans) Hotter than Ossan’s Love? The explosive popularity of Thai Boys Love », 23 décembre 2019, https://thomasbaudinette.com/2019/12/23/trans-hotter-than-ossans-love-the-explosive-popularity-of-thai-bl, consulté le 28 novembre 2020.

Brennan Joseph, « Slashbaiting, an alternative to queerbaiting ». The Journal of Fandom Studies, vol. 6, n°2, 2018, p. 187‑204.

Chang Jiang et Tian Hao, « Girl power in boy love: Yaoi, online female counterculture, and digital feminism in China », Feminist Media Studies, 2020, p. 1‑17.

Chokriensukchai Kanchana, « A Grounded Theory of ASEAN Common Denominator Cultures », Journal of Mekong Societies, vol. 15, n°1, 2019, p. 111‑128.

Chokriensukchai Kanchana, « ละครโทรทัศน์ไทยสำหรับชำวฟิลิปปินส์ ภำยใต้กรอบทฤษฏีฐำนรำกมิติร่วมทำงวัฒนธรรมของกลุ่มประเทศอำเซียน [Thai Television Dramas for the Filipinos Under the framework of A Grounded Theory of ASEAN Common Denominator Cultures] », Journal of Communication Arts of STOU, vol. 9, n°2, 2019, p. 1‑14.

Chua Beng Huat, « Structure of identification and distancing in watching East Asian television drama », East Asian pop culture: Analysing the Korean wave, vol. 1, 2008, p. 73‑90.

Fermin Tricia Abigail Santos, « Appropriating Yaoi and Boys Love in the Philippines », Electronic journal of contemporary Japanese studies, vol. 13, n°3, 2013.

gmmtv, « Ready to slay! “GMMTV” in partnership with “TV Asahi’ to air its top hit series “Sotus S The Series” in Japan, with the hottest ship “Krist-Singto” on March 20th », www.gmm-tv.com, 2021, https://www.gmm-tv.com/news/2326, consulté le 17 avril 2021.

Iqbal Mansoor, « Line Revenue and Usage Statistics (2020) », Business of Apps, 8 août 2017, https://www.businessofapps.com/data/line-statistics, consulté le 25 janvier 2021.

Iwabuchi Koichi, « Au-delà du “Cool Japan”, la globalisation culturelle... » Critique internationale, n°1, avril 2008, p. 37‑53.

Iwabuchi Koichi, « How “Japanese” is Pokémon? » Pikachu’s Global Adventure: the Rise and Fall of Pokémon, Durham, Duke University Press, 2004, p. 53‑79.

Iwabuchi Koichi, Recentering Globalization: Popular culture and Japanese Transnationalism, Durham, Duke University Press, 2002.

Jiararattanakul Yanathorn, « YAOI: การ์ตูนเกย์โดยผู้หญิงเพื่อผู้หญิง [YAOI: manga by women for women] », Thèse doctorale, Université Chulalongkorn, 2008.

Jirattikorn Amporn, « “Pirated” transnational broadcasting: the consumption of Thai soap operas among Shan Communities in Burma », Sojourn: Journal of Social Issues in Southeast Asia, vol. 23, n°1, 2008, p. 30‑62.

Jittirain, 2 Gether Vol. 1, everY, 2020.

J&T Express, « The top social commerce platforms in Southeast Asia (by country) », J&T Express, juillet 2020, https://www.jtexpress.sg/insights/the-top-social-commerce-platforms-in-southeast-asia-by-country, consulté le 25 janvier 2021.

Kemp Simon, « Global Digital Report 2019 », We Are Social, 2020, https://wearesocial.com/uk/blog/2019/01/digital-in-2019-global-internet-use-accelerates, consulté le 25 janvier 2021.

Kishimoto Marimi, « Japanese-style 'boys love' dramas captivate Thai women », Nikkei Asia, 14 novembre 2020, https://asia.nikkei.com/Business/Media-Entertainment/Japanese-style-boys-love-dramas-captivate-Thai-women, consulté le 2 janvier 2021.

Moeran Brian, « Recentering Globalization: Popular Culture and Japanese Transnationalism », Copenhagen Journal of Asian Studies, vol. 18, 2003, p. 95‑96.

Mori Mayumi, « タイBLドラマ大ヒットの秘密は ?プロデューサーに聞く », Asahi Shinbun, 18 octobre 2020, https://www.asahi.com/articles/ASNBJ3ST0NBHUCVL022.html, consulté le 3 novembre 2020.

Pimsak Anucha et Unthaya Sophee, « SOTUS พี่ว้ากตัวร้ายกับนายปีหนึ่ง : การประกอบสร้างอัตลักษณ์เพศนอกกรอบ ในนวนิยายรักวัยรุ่นแนววาย [SOTUS The Evil Sophomore and the Freshman: Construction of Queer Identity in the Y Novel] », วารสารการบริหารปกครอง, vol. 6, n°2, septembre 2017, p. 174‑193.

Prasannam Natthanai, « The Yaoi Phenomenon in Thailand and Fan/Industry Interaction », Plaridel Journal, vol. 16, n°2, 2019, p. 63‑89.

Russell Keith, « The Glimpse and Fan Service: New Media, New Aesthetics. », International Journal of the Humanities, vol. 6, n°5, 2008.

Sukthungthong Natthanont et Bunyavejchewin Poowin, « ซีรีส์วาย: ข้อพิจารณาเบื้องต้นทางสถิติ [Wai Series: A Preliminary Statistical Study] », International Journal of East Asian Studies, vol. 23, n°2, 2019, p. 360‑383.

Sutheepattarakool Krittapol, « การประกอบสร้างตัวละครชายรักชายในซีรีส์วาย [Construction of Gay Characters in Thai Boy Love Series] », Thèse doctorale, National Institute of Development Administration (NIDA), 2020.

Toyoshima Noboru, « Consuming Japan: The consumption of Japanese cultural products in Thailand », Thèse doctorale, Université Waseda, 2011.

tv asahi, Investor’s Guide 2020, 2021, p. 1‑22.

Ünaldi Serhat, « Back in the Spotlight: The Cinematic Regime of Representation of Kathoeys and Gay Men in Thailand », Queer Bangkok: 21st century markets, media, and rights., Hong Kong University Press, 2011, coll. « Queer Asia », p. 59‑80.

Vichayawannakul Orawan, « ผู้หญิงกับการสร้างนวนิยายชายรักชาย [Women and Boy Love’s Novel] », Thammasat University, 2016, http://doi.nrct.go.th/?page=resolve_doi&resolve_doi=10.14457/TU.the.2016.963, consulté le 17 juin 2021.

Wongmoung Patanapol et Srikulwong Mayuri, « ตัวละครเกย์ในละครโทรทัศน์ไทยยุคใหม่ [Gay Characters in Modern Thai Television Dramas] ». Journal of Communication and Management NIDA, vol. 2, n°2, mai 2016, p. 96‑109.

Zhang Junqi, « The Reception of Thai Boys Love Series in China: Consumption, Imagination, and Friction », Senior Honors Thesis, University of North Carolina, mai 2021.

s.n, « Y-Economy Study A major opportunity to reach consumers’ minds and hearts in 2020 », LINE Insights, 2020, https://lineforbusiness.com/files/Y-Economy%20Study_white%20paper_A4_resize___1.pdf, consulté le 20 avril 2020.

s.n, « タイBLブーム火付け役 180センチ超のイケメンたちの恋ドラマ [Le boom du BL thaï : le rôle des séries d’amour de beaux gosses de plus d’1m80] », WEB女性自身 [WEB Josei Jishin], juin 2020, , https://jisin.jp/column/1864498, consulté le 1er janvier 2021.

s.n, « タイドラマ「SOTUS S」が地上波初放送、「2gether」の無料配信も決定 [La série thaïlandaise SOTUS S sera diffusée pour la première fois sur la TNT, 2gether sera également diffusée gratuitement]», 映画ナタリー[Eiga Nathalie], 29 mars 2021, https://natalie.mu/eiga/news/422285, consulté le 17 avril 2021.

s.n,「2gether」で学ぶタイ語: ドラマの名セリフで味わう恋するタイ語. [Apprendre le thaï avec 2gether : le thaï de l’amour à travers les répliques célèbres] Tokyo, JTB Publishing, mars 2021.

Haut de page

Notes

1 Parce que nous sommes un couple / คั่นกู est un jeu de mots syllabiques en thaï très difficile à traduire littéralement. Le titre est couramment abrégé sous cette forme : 2gether et ce sera le cas dans cet article.

2 Succursale de GMM Grammy (un des leaders du divertissement thaïlandais, tant sur la scène musicale que télévisuelle), spécialisée dans la production télévisée destinée à la jeunesse, GMMTV est l’un des studios de production les plus proéminents de l’industrie BL thaïlandaise, mais son contenu est très diversifié (séries télévisées de divers genres, jeux télévisés, programmes de variétés…). Beaucoup d’autres maisons de production thaïlandaises se sont récemment lancées dans la production de séries télévisées BL (par exemple Studio Wabi Sabi qui a produit plusieurs séries BL depuis 2016), mais ont à l’heure actuelle un rôle moins important que GMMTV dans le paysage médiatique thaïlandais.

3 Chaîne de divertissement privée spécialisée dans le contenu destiné au public jeune appartenant au groupe GMM Grammy. GMM25 obtient en général des scores d’audience moyens (généralement 10 fois moins que les deux chaînes les plus regardées, Channel 3 et Channel 7, elles aussi spécialisées dans le divertissement mais ciblant un plus large public.

4 Ici, le terme « Asie orientale » désignera l’Asie de l’Est et du Sud-Est.

5 Koizumi Iwabuchi, Recentering globalization: Popular culture and Japanese transnationalism, Durham, Duke University Press, 2002.

6 La Birmanie est un état fédéral (c’est-à-dire que tous les États de Birmanie disposent de pouvoirs égaux). L’État shan, au Nord-Est de la Birmanie, compte près de 6 millions d’habitants, principalement des Shan, l’une des 135 ethnies reconnues par le pays. On retrouve cependant des populations shans dans d’autres pays, par exemple dans les zones proches de la frontière birmane en Thaïlande.

7 Le terme « thaï » désigne l’ethnie majoritaire en Thaïlande ainsi que sa langue, tandis que « thaïlandais » est un adjectif désignant tout ce qui relatif à la Thaïlande. Ici, c’est bien la culture thaïe qui est signifiée.

8 Amporn Jirattikorn, « “Pirated” transnational broadcasting: the consumption of Thai soap operas among Shan Communities in Burma », Sojourn: Journal of Social Issues in Southeast Asia, vol. 23, n°1, 2008, p. 51.

9 Kanchana Chokriensukchai, « A Grounded Theory of ASEAN Common Denominator Cultures », Journal of Mekong Societies, vol. 15, n° 1, 2019, p. 123.

10 Ibid., p. 126.

11 Ien Ang, « Television fictions around the world: Melodrama and irony in global perspective », Critical Studies in Television, vol. 2, n°2, 2007, p. 10.

12 Noboru Toyoshima, « Consuming Japan: The consumption of Japanese cultural products in Thailand », Thèse doctorale, Université Waseda, 2011, p. 375-386.

13 Koichi Iwabuchi, « Au-delà du “Cool Japan”, la globalisation culturelle... », Critique internationale, n°1, avril 2008, p. 43.

14 Beng Huat Chua, « Structure of identification and distancing in watching East Asian television drama », East Asian pop culture: Analysing the Korean wave, vol. 1, 2008, p. 79.

15 Iwabuchi, Recentering globalization. op. cit., p. 122.

16 Chua, « Structure of identification and distancing in watching East Asian television drama », op. cit., p. 80.

17 Jirattikorn, op. cit., p. 31.

18 « glamorously modern » : ibid., p. 47.

19 Jirattikorn, ibid., p. 48.

20 L’épisode 10 de 2gether a été diffusé le 24 avril, la pochette de l’album Chromatica présente sur le téléphone de Sarawat n’avait fuité que début avril. Ainsi, la scène a été tournée au dernier moment, montrant l’effort de la réalisation de la série pour suggérer la contemporanéité.

21 Mansoor Iqbal, « Line Revenue and Usage Statistics (2020) », Business of Apps, 8 août 2017, , https://www.businessofapps.com/data/line-statistics, consulté le 25 janvier 2021.

22 Mansoor Iqbal, op. cit. ; Simon Kemp, « Global Digital Report 2019 », We Are Social, 2020, https://wearesocial.com/uk/blog/2019/01/digital-in-2019-global-internet-use-accelerates, consulté le 25 janvier 2021 ; J&T Express, « The top social commerce platforms in Southeast Asia (by country) », J&T Express, juillet 2020, https://www.jtexpress.sg/insights/the-top-social-commerce-platforms-in-southeast-asia-by-country, consulté le 25 janvier 2021.

23 Koichi Iwabuchi, « How “Japanese” is Pokémon? », Pikachu’s global adventure: the rise and fall of Pokémon, Durham, Duke University Press, 2004, p. 57.

24 Des notes de fin de page précisaient « Names of famous Thai actors » (nom d’acteurs célèbres) et « Also famous Thai actors » (d’autres acteurs célèbres) : Jittirain, 2 Gether Vol. 1, Bangkok, everY, 2020, p. 1‑3.

25 En thaï, surnom peut se traduire par shue len (ชื่อเล่น, [chɯ̂: lên ], nom pour rire) ou shaya (ฉายา [chǎ: ja:], pseudonyme). Ici, Mark est le shue len d’un acteur, la façon informelle par laquelle il est appelé. et Prin est son vrai prénom. Si Tine décide que son groupe d’amis l’appelle Mark Parin, son shue len restera Tine mais son shaya sera dans ce contexte Mark Parin.

26 Jittirain, 2 Gether Vol. 1, op. cit., p. 4.

27 Brian Moeran, « Recentering Globalization: Popular Culture and Japanese Transnationalism », Copenhagen Journal of Asian Studies, vol. 18, 2003, p. 95.

28 Iwabuchi, « How “Japanese” is Pokemon ? », op. cit., p. 68‑69.

29 Toyoshima, op. cit., p. 386.

30 Si ce n’est la visite d’un autel lors d’une sortie universitaire (S01E11), qui fait référence à des pratiques animistes

31 « ชาวฟิลิปปินส์มีความต้องการองค์ประกอบศิลป์ในระดับมากคือ ต้องการให้ละครไทยมีภาพสวยประณีต มีนักแสดงหน้าตาดี มีสภาพแวดล้อม แสดงเทคโนโลยีทันสมัยและมีการแต่งกายด้วยเสื้อผ้าทันสมัยตามลาดับดังนี้ », Kanchana Chokriensukchai, « ละครโทรทัศน์ไทยสำหรับชำวฟิลิปปินส์ ภำยใต้กรอบทฤษฏีฐำนรำกมิติร่วมทำงวัฒนธรรมของกลุ่มประเทศอำเซียน [Thai Television Dramas for the Filipinos Under the framework of A Grounded Theory of ASEAN Common Denominator Cultures] », Journal of Communication Arts of STOU, vol. 9, n°2, 2019, p. 10‑11.

32 Ibid. p. 11‑12.

33 Par l’Autorité Thaïlandaise du Tourisme (TAT) dans la campagne promotionnelle « Amazing Thailand », sous la direction du Ministère du tourisme thaïlandais, https://www.thailandtravel.or.jp/pr/thai-bl-drama/, consulté le 28 mai 2021.

34 Jittirain, op. cit., p. 116‑117 ; le comique de situation, c'est-à-dire l'échange de l'ancien téléphone de Sarawat par un Samsung Hero, un modèle si ancien que Tine en est gêné, est par ailleurs un autre élément déclencheur de contemporanéité. En effet, le consommateur étranger qui regarde probablement la série depuis une tablette ou un smartphone, comprendra qu’en Thaïlande, posséder un téléphone high-tech est très répandu.

35 [Eng Sub] เพราะเราคู่กัน 2gether The Series | EP.2 [1/4], https://youtu.be/j__UE-TNQVA?t=332, consulté le 12 juin 2021.

36 De l’acronyme japonais « yama nashi, ochi nashi, imi nashi » (ヤマなしオチなしイミなし, pas de point culminant, pas de chute, pas de sens).

37 Yanathorn Jiararattanakul, « YAOI: การ์ตูนเกย์โดยผู้หญิงเพื่อผู้หญิง [YAOI: manga by women for women] », thèse doctorale, Université Chulalongkorn, 2008.

38 Orawan Vichayawannakul, « ผู้หญิงกับการสร้างนวนิยายชายรักชาย [Women and Boy Love’s Novel] », Université Thammasat, 2016, p. 204, http://doi.nrct.go.th/?page=resolve_doi&resolve_doi=10.14457/TU.the.2016.963, consulté le 17 juin 2021.

39 Channel 9, ou MCOT, chaîne de télévision inaugurée en 1955 proposant aujourd’hui un contenu relativement diversifié (séries télévisées thaïlandaises et étrangères, informations, reportages…)

40 Patanapol Wongmoung et Mayuri Srikulwong, « ตัวละครเกย์ในละครโทรทัศน์ไทยยุคใหม่ [Gay Characters in Modern Thai Television Dramas] », Journal of Communication and Management NIDA, vol. 2, n°2, mai 2016, p. 106.

41 Natthanont Sukthungthong et Poowin Bunyavejchewin, « ซีรีส์วาย : ข้อพิจารณาเบื้องต้นทางสถิติ [Wai Series: A Preliminary Statistical Study] », International Journal of East Asian Studies, vol. 23, n°2, 2019, p. 360‑383.

42 « SOTUS » est l’acronyme de Seniority, Order, Tradition, Unity, Spirit et désigne un système de bizutage traditionnel dans les universités thaïlandaises. La série SOTUS a pour thème la relation entre un primo-entrant à l’université et un de ses aînés qui le bizute, elle fut diffusée pour la première fois en 2016 sur One 31, autre chaîne de divertissement appartenant au groupe GMM Grammy, qui obtient des scores d’audience généralement supérieurs à ceux de GMM25. Elle fut ensuite rediffusée à partir du 5 janvier 2019 sur GMM25 les samedis à 22h25.

43 « เพราะถูกสร้างมาจากหนังสือนวนิยายวายที่มีคนติดตามเป็นจำนวนมาก และนักแสดงนำก็มีแฟนคลับอยู่บ้างแล้ว นอกจากนี้จากกระแสที่แรงไปทั่วเอเชียของซีรีส์เรื่องนี้ จึงทำให้เกิดงานมีตติ้ง งานแสดงตัว และคอนเสิร์ตไปทั่วเอเชีย » : Krittapol Sutheepattarakool, « การประกอบสร้างตัวละครชายรักชายในซีรีส์วาย [Construction of Gay Characters in Thai Boy Love Series] », thèse doctorale, National Institute of Development Administration (NIDA), 2020, p. 53‑54

44 Autre société thaïlandaise spécialisée dans la production de contenus audiovisuels.

45 Traduction par Thomas Baudinette sur son site personnel: « (Trans) Hotter than Ossan’s Love? The explosive popularity of Thai Boys Love », 23 décembre 2019, https://thomasbaudinette.com/2019/12/23/trans-hotter-than-ossans-love-the-explosive-popularity-of-thai-bl, consulté le 28 novembre 2020.

46 Keith Russell, « The Glimpse and Fan Service: New Media, New Aesthetics. », International Journal of the Humanities, vol. 6, n°5, 2008, p. 105 ; cité dans Joseph Brennan, « Slashbaiting, an alternative to queerbaiting », The Journal of Fandom Studies, vol. 6, n°2, 2018, p. 194.

47 Anucha Pimsak et Sophee Unthaya, « SOTUS พี่ว้ากตัวร้ายกับนายปีหนึ่ง : การประกอบสร้างอัตลักษณ์เพศนอกกรอบ ในนวนิยายรักวัยรุ่นแนววาย [SOTUS The Evil Sophomore and the Freshman: Construction of Queer Identity in the Y Novel] », วารสารการบริหารปกครอง, vol. 6, n°2, septembre 2017, p. 174‑193.

48 Phra ek désigne tout simplement le héros d’une fiction, le personnage masculin principal. Naï ek est un terme dérivé de nang ek (นางเอก), l’héroïne traditionnelle d’une œuvre accompagnant le héros. Nang se référant à une femme et naï à un homme (les mots peuvent aussi bien servir de pronoms personnels que signifier « madame » ou « monsieur »), le personnage masculin principal (le héros) est donc appelé naï ek, terme que Pimsak (art. cit., p. 187) traduit en anglais par « heroine ».

49 Sutheepattarakool, p. 178.

50 Dans les codes du BL, le phra ek a la peau plus foncée que le naï ek.

51 Vidéo en ligne : ABS-CBN Entertainment, « BRIGHTWIN LIVE: The 2Gether PH Mediacon | June 26, 2020 » https://youtu.be/Y8nCQ4Ke_js?t=691, consulté le 20 juin 2021.

52 « 180センチ超のイケメンたちの恋ドラ » : Josei Jishin, « タイBLブーム火付け役 180センチ超のイケメンたちの恋ドラマ [Le boom du BL thaï : le rôle des séries d’amour de beaux gosses de plus d’1m80] », WEB女性自身 [WEB Josei Jishin], juin 2020, https://jisin.jp/column/1864498, consulté le 1er janvier 2021.

53 Terme emprunté de l’anglais, utilisé de façon familière en thaï et dont la connotation dépend fortement du contexte, mais employé dès le premier épisode de 2gether par les amis de Tine pour désigner Green (Saison 1, épisode 1), sans connotation particulière. Le terme est par ailleurs parfois utilisé dans le milieu universitaire thaïlandais pour désigner cette catégorie d’individus « queer ».

54 Serhat Ünaldi, « Back in the Spotlight: The Cinematic Regime of Representation of Kathoeys and Gay Men in Thailand », dans Queer Bangkok: 21st century markets, media, and rights, Hong Kong University Press, 2011, p. 59‑80.

55 « 私はこういうステレオタイプを再⽣産することは避けたかったので、もっと親しみやすいキャラクターに描き直しました。 » : Mori Mayumi, « タイBLドラマ大ヒットの秘密は ?プロデューサーに聞く », Asahi Shinbun, 18 octobre 2020, https://www.asahi.com/articles/ASNBJ3ST0NBHUCVL022.html, consulté le 3 novembre 2020.

56 Jittirain, 2 Gether Vol. 1 (PDF), op. cit., p. 17.

57 คู่จิ้น ([khûː cîn], de l’anglais « imagine »), couple fictif entre deux célébrités, liées aux séries BL ou non. Par exemple, Brightwin est le khu gine formé par les acteurs respectifs des personnages de Sarawat et Tine.

58 Natthanai Prasannam, « The Yaoi Phenomenon in Thailand and Fan/Industry Interaction », Plaridel Journal, vol. 16, n°2, 2019, p. 79.

59 Vidéo en ligne : Line TV /GMMTV, « เพราะไบร์ท - วิน มายิงกัน ! | Bright - Win Inbox EP.1 [Eng Sub] », https://youtu.be/MKGG9O23wEs?t=419, consulté le 12 juin 2020.

60 s.n, 「2gether」で学ぶタイ語 : ドラマの名セリフで味わう恋するタイ語 [Apprendre le thaï avec 2gether : le thaï de l’amour à travers les répliques célèbres], Tokyo, JTB Publishing, mars 2021, p. 23.

61 s.n, « Y-Economy Study A major opportunity to reach consumers’ minds and hearts in 2020 », LINE Insights, 2020, p. 8. https://lineforbusiness.com/files/Y-Economy%20Study_white%20paper_A4_resize___1.pdf, consulté le 20 avril 2021.

62 Tricia Abigail Santos Fermin, « Appropriating Yaoi and Boys Love in the Philippines », Electronic journal of contemporary Japanese studies, vol. 13, n°3, 2013 ; Jiang Chang et Hao Tian, « Girl power in boy love: Yaoi, online female counterculture, and digital feminism in China », Feminist Media Studies, 2020, p. 1‑17 ; Yanathorn Jiararattanakul, « YAOI », op. cit. ; Thomas Baudinette, « Internationalising Boys Love: Recent “Boys Love” dramas in Thailand », 26 septembre 2015, https://www.academia.edu/15276342/Internationalising_Boys_Love_Recent_Boys_Love_dramas_in_Thailand, consulté le 21 avril 2021.

63 « to the societal norms of the target culture », Koichi Iwabuchi, Recentering globalization, op. cit.

64 Thomas Baudinette, « Internationalising Boys Love », op. cit., p. 14.

65 Marimi Kishimoto, « Japanese-style ´boys love´ dramas captivate Thai women », Nikkei Asia, 14 novembre 2020, https://asia.nikkei.com/Business/Media-Entertainment/Japanese-style-boys-love-dramas-captivate-Thai-women, consulté le 2 janvier 2021.

66 Thomas Baudinette, « Creative Misreadings of ´Thai BL´ by a Filipino Fan Community: Dislocating Knowledge Production in Transnational Queer Fandoms through Aspirational Consumption », Mechademia: Second Arc, vol. 13, n°1, 2020, p. 101.

67 Mayumi Mori, « Mamori M., Hotter than Ossan’s Love? The explosive popularity of Thai Boys Love. » https://www.asahi.com/special/matome/boyslove/ », op. cit.

68 TV Asahi, « Investor’s Guide 2020 », 2021, p. 4.

69 SOTUS S est la suite de SOTUS

70 s.n, « タイドラマ「SOTUS S」が地上波初放送、「2gether」の無料配信も決定 [La série thaïlandaise SOTUS S sera diffusée pour la première fois sur la TNT, 2gether sera également diffusée gratuitement] », 映画ナタリー [Eiga Natalie], 29 mars 2021, https://natalie.mu/eiga/news/422285, consulté le 17 avril 2021. GMMTV, « Ready to slay! “GMMTV” in partnership with “tv asahi’ to air its top hit series “Sotus S The Series” in Japan, with the hottest ship “Krist-Singto” on March 20th », www.gmm-tv.com, consulté le 17 avril 2021.

71 https://www.instagram.com/tvasahi_thai/, consulté le 20 juin 2021.

72 TV Asahi, https://www.tv-asahi.co.jp/gmmtvasahi, consulté le 20 juin 2021.

73 gmmtvexhibition.com, https://www.gmmtvexhibition.com, consulté le 20 juin 2021.

74 YouTube, « GMMTV展 スペシャルインタビュー », https://youtu.be/YT11yzBc6RA?t=178, consulté le 12 juin 2020.

75 Isaya Sinpongsporn, Exploring Thai Cultural Identity through the Remakes of Korean Dramas: A Study of Transnational and Hybrid Culture on Thai Television, Thèse doctorale, SOAS Londres, 2018, p. 38.

76 Par exemple, la trilogie Hormones produite par le groupe, connut dès sa première saison (One 31, 2013) un certain succès auprès du public pour son contenu subversif (des thèmes tels que le harcèlement scolaire ou la sexualité y étaient abordés).

77 https://www.instagram.com/gotothailand.jp, consulté le 12 juin 2020.

78 Toyoshima, op. cit.

79 Ibid., p. 388.

80 Koichi Iwabuchi, « Au-delà du “Cool Japan”, la globalisation culturelle... », op. cit., p. 52.

81 Adaptation thaïlandaise du manga Hana Yori Dango (Boys Over Flowers) au format télévisé, après Taïwan, le Japon, la Corée du Sud et la Chine. Le « F4 » est un groupe de quatre lycéens issus de milieux aisés, très influents dans le lycée au sein duquel ils sont scolarisés.

82 D’après le terme thaï ชาย-หญิง [chaːj jǐŋ]

83 « F4 Thailand obtint un score d’audience de 0,276 pour son premier épisode, contre seulement 0,143 pour Not Me et 0,131 pour Bad Buddy » , Facebook, post du 20 décembre 2021, https://www.facebook.com/Kwiangremote/posts/2704845293154690  https://www.facebook.com/Kwiangremote/posts/2700287770277109, consulté le 3 janvier 2021.

84 Junqi Zhang, « The Reception of Thai Boys Love Series in China: Consumption, Imagination, and Friction », Senior Honors Thesis, University of North Carolina, mai 2021, p. 86.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 : Ecran du téléphone de Sarawat (S01E10)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 164k
Titre Fig. 2 : Sarawat et Tine discutent sur Facebook (S01E02)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 100k
Titre Fig. 3 : Compte Instagram de Sarawat (S01E05)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 144k
Titre Fig. 4 : Sarawat, Tine et Type mangent du curry vert (S01E10)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 156k
Titre Fig. 5 : Tine "wai" sa professeure (S01E01)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 132k
Titre Fig. 6 : Panneaux en langue thaïe (S01E01)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 204k
Titre Fig. 7 : Sarawat vient de toucher le haut de la tête de Tine (S01E05)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 132k
Titre Fig. 8 : Tine et son groupe d'amis à la cantine (S01E03)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 288k
Titre Fig. 9 : Tine et son groupe d'amis aux inscriptions aux clubs (S01E02)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 248k
Titre Fig. 10 : Green vient chercher Tine en scooter (S01E01)
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/7056/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 145k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Barcikowsky, « 2gether The Series, consécration asiatique de l’adaptation du genre BL (Boys Love) à la télévision thaïlandaise », TV/Series [En ligne], 21 | 2023, mis en ligne le 31 mai 2023, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tvseries/7056 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tvseries.7056

Haut de page

Auteur

Nicolas Barcikowsky

Nicolas Barcikowsky est doctorant à l’INALCO (CERLOM) en études asiatiques sous la direction de Cam Thi Doan (PU) et Theeraphong Inthano (MCF), rédigeant actuellement la thèse Dynamiques de soft power et flux pop-culturels en Asie orientale au XXIe siècle : impacts sociologiques, économiques et politiques.

Nicolas Barcikowsky is a PhD student at INALCO (CERLOM) in Asian studies under the direction of Professor Cam Thi Doan and Assistant Professor Theeraphong Inthano, currently writing a thesis about Soft power dynamics and pop-cultural flows in East Asia in the 21st century: political, economic and sociological impacts.

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search