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Mandy dans 24 : une mercenaire qui résiste à l’appétit narratif de l’hyperfeuilleton télévisé

Benjamin Campion

Résumés

Dans la série 24 (Fox, 2001-2010 ; 2014), Mandy apparaît comme un être hybride. Elle trouve à s’incarner dans le corps d’une actrice, mais possède l’indétermination figurative d’un personnage de littérature. C’est un personnage incomplet qui marque de son éternel retour une série portée a contrario par un héros formellement identifié : Jack Bauer. Réapparaissant quand on ne s’y attend pas et s’enfuyant l’instant d’après, Mandy résiste à la fatalité de la série anti-terroriste sans jamais véritablement s’y ancrer. Cet article vise à saisir son ambivalence et sa résilience en contexte hyperfeuilletonnant, à rebours de la figure plus traditionnelle du sauveur de la nation incarné tout au long de la série par Jack Bauer.

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Texte intégral

  • 1 Christine Montalbetti (dir.), Le Personnage, Paris, Flammarion, 2003, p. 27.
  • 2 Ibid., p. 28.
  • 3 Hélène Monnet-Cantagrel, « La condition du héros sériel, entre variation et répétition », Télévisio (...)
  • 4 Philippe Berthier, « Le personnage stendhalien et l’ère du soupçon », dans Pierre Glaudes et Yves R (...)
  • 5 Nathalie Sarraute, L’Ère du soupçon, Paris, Gallimard, 1956, p. 72.

1Dans la série 24 (Fox, 2001-2010 ; 2014), Mandy est incarnée par une actrice (la Canadienne Mia Kirshner) mais possède l’indétermination figurative d’un personnage de littérature. Son « unité tranquille1 » est mise à mal par « ce suspens par lequel je peux bien maintenir la figure de fiction à l’intérieur […] d’un certain vague […], qui est peut-être aussi l’une des conditions [de mon] plaisir de lecture de la fiction2 ». Serait-ce la raison pour laquelle ce personnage secondaire parvient à résister à la fatalité de la série anti-terroriste, marquée par des antagonismes forts et une hiérarchie clairement établie entre figures de premier et de second plan ? Dans le sillage du Manchot de The Fugitive (ABC, 1963-1967), de Murdoc dans MacGyver (ABC, 1985-1992) ou d’Alex Krycek dans The X-Files (Fox, 1993-2002 ; 2016-2018), Mandy est un personnage incomplet qui marque de son éternel retour une série portée a contrario par un héros formellement identifié et clamant sans cesse son « existence3 » : Jack Bauer. Elle peut être assimilée à une antithèse de ce dernier en ce qu’elle évoque un « être des lointains4 » qui réapparaît quand on ne s’y attend pas et s’enfuit l’instant d’après. Son prénom est aussi interchangeable que celui des personnages romanesques du Château de Kafka (1926) – un « K » sans visage et sans famille – ou du Bruit et la Fureur de Faulkner (1929) – des duos homonymes, de même sexe ou non. Mandy a même perdu « jusqu’à son nom5 », à l’instar des silhouettes de films avant-gardistes français comme Fait divers (Claude Autant-Lara, 1923), Ménilmontant (Dimitri Kirsanoff, 1926) ou La Glace à trois faces (Jean Epstein, 1927).

  • 6 Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who Changed T (...)
  • 7 Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, Paris, Minuit, 1961, p. 28.
  • 8 François Jost, Les Nouveaux méchants : Quand les séries américaines font bouger les lignes du Bien (...)

2Cet article vise à saisir l’ambivalence qu’instaure ce personnage insaisissable au sein de la série « hyperfeuilletonnante6 » qu’est 24, avec sa frénésie d’arcs narratifs, de cliffhangers et de rebondissements inattendus. En 1961, Alain Robbe-Grillet écrivait que « notre monde, aujourd’hui, est moins sûr de lui-même […]. Le roman paraît chanceler, ayant perdu son meilleur soutien d’autrefois, le héros. S’il ne parvient pas à s’en remettre, c’est que sa vie était liée à celle d’une société maintenant révolue7 ». Dans les séries télévisées, l’effondrement des tours jumelles a toutefois pu motiver une volonté de restaurer la figure triomphante du sauveur de la nation, dont Jack Bauer est sans doute l’incarnation la plus emblématique des années 2000. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, 24 a en effet fortement participé à pérenniser un héros qui « connaît son ennemi8 » et se voue à annihiler la menace qu’il représente pour sa patrie. Cependant, Mandy répond au manichéisme de Jack et de ses ennemis déclarés par une personnification de la figure structurellement inachevée et flottante qu’est le mercenaire. Guidée par son propre intérêt, elle sème le trouble dans le binarisme traditionnellement associé à la série d’action : ni héroïne ni antagoniste déclarée, elle contrebalance la volonté de 24 de rassurer son public en lui offrant des figures d’opposition stables et lisibles. Mandy incarne la face la plus déstabilisante du terrorisme : celle que l’on ne parvient pas à cerner, et qui ne cesse de nous échapper.

I. L’antithèse de Jack Bauer

1) Un électron libre qui déstabilise le récit

  • 9 Bernard Papin, « Introduction », Télévision, n° 9, 2018, p. 11.
  • 10 Ibid.
  • 11 Florent Favard, Écrire une série TV : La Promesse d’un dénouement, Tours, Presses universitaires Fr (...)
  • 12 Ibid., p. 58.

3Avec Jack Bauer, 24 participe à réhabiliter la figure « familière9 », permanente et réconfortante du héros télévisuel, en réponse justicière – et non judiciaire – à une menace contemporaine. Cependant, les circonvolutions de Mandy (qui apparaît dans les trois premiers épisodes de la série, puis à des moments-clés des saisons 2 et 4) prennent le contrepied de la « ligne claire10 » suivie par Jack. À la fois demoiselle en détresse et vamp, la jeune femme sème le chaos dans un monde fictionnel en quête perpétuelle de rétablissement de l’ordre – à l’échelle non plus de l’unité, comme dans les séries épisodiques des premières décennies télévisuelles11, mais de la saison. Elle est un électron libre au sein d’une fiction dont l’influence fut notable sur la feuilletonnisation des séries états-uniennes des années 2000. À cette aune, son statut de mercenaire dépasse le « monde fictionnel restreint » pour déstabiliser le « cadre narratif » de la série12. Mandy fait tout chanceler sur son passage – même la force d’inertie du personnage sériel qui nous sert de référent.

4La jeune femme fait sa première apparition dans le pilote de 24, dès la treizième minute selon le chronomètre qui s’affiche à l’écran. À bord d’un avion de ligne, elle séduit un photographe qui a rendez-vous avec le sénateur David Palmer le lendemain pour un shooting de campagne. Après s’être posée en admiratrice béate et avoir charmé son interlocuteur à l’aide de questions rebattues, elle copule avec lui dans les toilettes de l’avion. Quand ils sont de retour à leurs sièges, elle profite du sommeil de sa proie pour lui subtiliser sa carte de presse et se rendre en queue d’appareil. Là, elle anesthésie une hôtesse de l’air à l’aide d’une seringue, plastique une issue de secours, enfile une combinaison noire, pose une bombe sur une poubelle et s’échappe en parachute juste avant l’explosion de l’avion en plein vol (fig. 1).

Figure 1 : Mandy s’extrait de l’avion juste avant son explosion (S1E1).

Figure 1 : Mandy s’extrait de l’avion juste avant son explosion (S1E1).
  • 13 Éric Vérat, Génériques ! Les séries américaines décryptées, Lyon, Les Moutons électriques, 2012, p. (...)

5De prime abord, Mandy semble donc amenée à tenir une place récurrente dans la saison inaugurale de 24 (voire au-delà), d’autant que le plan final du pilote et ceux qui ouvrent l’épisode suivant lui sont dévolus – même en split-screen, elle refuse de partager l’espace occupé du cadre (fig. 2 et 3). Son influence narrative est également soulignée par la mention de son prénom dans les « previously13 » (fig. 4 et 5), qui nous rappelle l’impact qu’elle a déjà eu et les répercussions de sa présence dans la fiction.

Figures 2 et 3 : Mandy figure en clôture de pilote et en ouverture d’épisode 2.

Figures 2 et 3 : Mandy figure en clôture de pilote et en ouverture d’épisode 2.

Figures 4 et 5 : Mandy est mentionnée par le « previously » de l’épisode 2.

Figures 4 et 5 : Mandy est mentionnée par le « previously » de l’épisode 2.
  • 14 Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who Changed T (...)

6Cependant, son statut sera plus ambigu et évolutif que celui d’une antagoniste déclarée ou d’une ennemie ponctuelle. Partagée entre différentes fonctions, rejetant toute assignation définitive, elle échappe aux typologies usuelles de complétude et de résolution des intrigues qui lui sont associées. Plus qu’incertain, son destin semble lié aux contingences tant intérieures qu’extérieures du récit : à tout moment, elle peut elle-même être mise en péril par l’appétit narratif de la série, dont les scénaristes ont rapidement découvert que le format si particulier « consommait l’histoire beaucoup plus vite qu’ils ne l’avaient prévu14 ». Le compte à rebours ne s’arrête jamais, pour les personnages comme pour ceux qui leur donnent vie.

2) Des crédits qui déjouent nos attentes

  • 15 Mentionnons également les stunt doubles (doublures cascades), les body doubles (doublures corps pou (...)

7Une indication factuelle du mystère qui entoure Mandy nous est fournie par la manière dont est créditée l’actrice qui l’interprète. Au début des trois premiers épisodes, le nom de Mia Kirshner apparaît en tête des guest stars (fig. 6) – ce qui n’est pas forcément synonyme de fugacité, certains acteurs pouvant être crédités comme tels tout au long d’une saison de 24. Dans la nomenclature télévisuelle américaine, guest star est un statut intermédiaire entre background actor (aussi appelé extra ou atmosphere actor), co-star (aussi appelée day player), recurring et series regular15. Un background actor correspond à ce qu’on appelle un « figurant » en français : c’est une présence physique que l’on n’entend pas, contrairement à une co-star (« silhouette » en français) qui a droit à quelques lignes de dialogue. Une guest star tient un rôle bien plus conséquent dans l’épisode qui l’accueille. Si elle est amenée à revenir dans la série, son rôle devient recurring (« second rôle » en français) et son empreinte autrement plus marquante. En haut de la pyramide actoriale, un series regular campe l’un des personnages principaux de la série et apparaît dans la totalité ou presque de ses épisodes.

Figure 6 : Mia Kirshner est créditée en tête des guest stars des trois premiers épisodes.

Figure 6 : Mia Kirshner est créditée en tête des guest stars des trois premiers épisodes.

8Mandy est directement liée au complot que doit contrecarrer Jack Bauer dans la première saison de 24, mais elle disparaît après le troisième épisode. Ainsi, sa présence semble se réduire à l’un de ces multiples « mini-arcs narratifs16 » auxquels aura recours la série tout au long de ses neuf saisons (en incluant le revival de 2014), alors qu’une photo promotionnelle de pré-lancement de la série semblait la destiner à une contribution plus importante (fig. 7)17.

Figure 7 : Mia Kirshner apparaît sur une photo promotionnelle de pré-lancement de la série.

Figure 7 : Mia Kirshner apparaît sur une photo promotionnelle de pré-lancement de la série.

9L’intitulé de son crédit concourt lui-même à donner cette impression : dans 24, les guest stars jouent un rôle moins déterminant que les special guest stars18, généralement incarnées par des acteurs de renom ou qui effectuent leur retour dans la série après un premier passage remarqué (fig. 8). À titre exceptionnel, des acteurs peuvent même être crédités pour des special guest appearances19, tel Dennis Haysbert reprenant son rôle de David Palmer dans les saisons 4 et 5 de la série (fig. 9), après trois exercices en tant que personnage récurrent. Notons toutefois que certaines étiquettes peuvent être amenées à évoluer, à l’image de Carlos Bernard (Tony Almeida) passé de guest star à special guest star entre l’épisode 1 et 2, avant de voir son personnage d’analyste tourmenté devenir l’un des plus récurrents de la série avec Chloe O’Brian et Jack Bauer.

Figure 8 : L’interprète de Sherry Palmer est créditée comme « special guest star ».

Figure 8 : L’interprète de Sherry Palmer est créditée comme « special guest star ».

Figure 9 : L’interprète de David Palmer revient pour une « special guest appearance ».

Figure 9 : L’interprète de David Palmer revient pour une « special guest appearance ».

10Réduite au rang de guest star, Mia Kirshner n’est même pas créditée quand elle réapparaît dans l’épisode conclusif de la saison 2, puis dans l’antépénultième épisode de la saison 4. On pourrait y voir une trajectoire inverse à celle de ces acteurs de second rang qui parviennent à s’imposer dans une série sans y être prédestinés, à l’image de Kelsey Grammer alias Frasier Crane dans Cheers (NBC, 1982-1993) ou de Julianna Margulies alias Carol Hathaway dans ER (NBC, 1994-2009)20. Toutefois, la dissimulation du nom de Mia Kirshner au générique de 24 peut aussi, paradoxalement, être considérée comme une marque de reconnaissance : elle vise à éviter de nous spoiler21, dans la mesure où le nom de l’actrice risque d’être reconnu par les spectateurs assidus et, incidemment, de leur gâcher la surprise du retour de son personnage. Cette pratique rappelle des temps forts de la télévision américaine, comme la réapparition « rétroactive22 » de Patrick Duffy alias Bobby Ewing à l’issue de la neuvième saison de Dallas (CBS, 1978-1991), après avoir été mortellement renversé par une voiture une saison plus tôt. Plusieurs figures de l’ombre ont également effectué des retours non crédités dans The X-Files (Fox, 1993-2002 ; 2016-2018), à chaque fois dans l’optique de nous prendre au dépourvu : Alex Krycek (Nicholas Lea), l’homme à la cigarette (William B. Davis), ou encore Jeffrey Spender (Chris Owen)23.

  • 24 Fiche « Mandy » de Wiki 24, op. cit.
  • 25 Umberto Eco, « Innovation et répétition : entre esthétique moderne et post-moderne », trad. Marie-C (...)
  • 26 John Ellis, Seeing Things: Television in the Age of Uncertainty, Londres, I.B.Tauris, 2000, p. 39.

11Mandy s’inscrit dans la lignée de ces filandreux prédécesseurs, mais aussi des vamps anonymes ou sous nom d’emprunt incarnées sur grand écran par Theda Bara (A Fool There Was, Frank Powell, 1915) et Musidora (l’Irma Vep des Vampires, Louis Feuillade, 1915-1916),. Elle a beau s’évanouir dans la nature à l’issue de la saison 4, elle est toujours susceptible de réapparaître et de tirer, ne serait-ce qu’un instant, les fils narratifs de 24. Les showrunners ont d’ailleurs envisagé son retour à plusieurs reprises, avant d’y renoncer par crainte de se répéter24. À ce jour, elle demeure la seule antagoniste de la série à avoir figuré dans plusieurs saisons sans devoir le payer de sa vie. C’est une survivante qui, à l’inverse de Jack Bauer, ne souffre pas de l’usure naturelle provoquée par la répétition sérielle25. Elle a le pouvoir de durer justement parce qu’elle se refuse à nous, à rebours des effets de saturation induits par l’entrée de la télévision dans l’ère de la « profusion26 » à partir des années 2000. Mandy est un être rare dont les résurgences sont aussi attendues qu’imprévisibles.

II. Un mystère qui ne cesse de s’épaissir

1) Entre tradition et modernité sérielles

  • 27 Jason Mittell, Complex TV: The Poetics of Contemporary Television Storytelling, New York, New York (...)
  • 28 Ibid.
  • 29 Sarah Hatchuel, Rêves et séries américaines : La fabrique d’autres mondes, Aix-en-Provence, Rouge P (...)
  • 30 Ibid.
  • 31 Rudmer Canjels, Distributing Silent Film Serials: Local Practices, Changing Forms, Cultural Transfo (...)
  • 32 Jean-Pierre Esquenazi, Mythologie des séries télé, Paris, Le Cavalier bleu, 2009, p. 9.

12Les réapparitions impromptues de Mandy dans 24 ne peuvent être assimilées à ce que Jason Mittell qualifie d’« effet spécial narratif27 ». En effet, il ne s’agit pas pour la série de « contracter les muscles afin de déconcerter et de surprendre le spectateur28 », comme a pu s’y essayer Buffy The Vampire Slayer en faisant surgir « ex nihilo, comme de nulle part29 », la petite sœur de l’héroïne au début de la saison 5. Mandy n’est pas le fruit d’une « audace scénaristique » visant, de façon réflexive, à imaginer une « fiction au second degré30 ». En soi, son obsession à semer le chaos autour d’elle hérite plutôt d’une longue tradition littéraire de « méchants31 » parcourant les pages des romans-feuilletons sans jamais renoncer à atteindre leurs objectifs – tel le Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain (1911-1913), porté sur grand écran par Louis Feuillade entre 1913 et 1914. Du serial à la série télévisée, en passant par la collection de livres mélodramatiques, le personnage antagoniste qui ne rend jamais les armes s’inscrit dans une « continuité historique de l’imaginaire32 » où la forme hyperfeuilletonnante du récit de 24 trouve pleinement sa place.

  • 33 Cité par Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who (...)
  • 34 Raphaël Baroni, « Intrigues et personnages des séries évolutives : quand l’improvisation devient un (...)

13Il n’est cependant pas si fréquent qu’un personnage secondaire de série à la narration linéaire rebondisse d’une saison à une autre, sans crier gare et sans voir son sort réglé une fois pour toutes. Si un auteur comme David Simon s’intéresse à « l’histoire dans sa globalité33 », l’hyperfeuilleton s’apparente à une course en avant où une menace en remplace une autre. Les séries évolutives offrent aux spectateurs « un entrelacement d’arcs narratifs qui se déploient à l’échelle de l’épisode, de la saison, et de la série dans son ensemble34 ». Mais un thriller comme 24 réserve son échelle la plus macroscopique à son personnage central – Jack Bauer étant le seul à courir tout au long de la série, avant d’être lui-même remplacé dans le spin-off intitulé Legacy (Fox, 2017). Le rappel de personnages secondaires à l’identité nébuleuse est plutôt l’apanage de séries épisodiques formulaires dont le héros enquêteur se voit confronté à une némésis qui le hante, comme Jack dans Profiler (NBC, 1996-2000), Christopher Pelant dans Bones (Fox, 2005-2017), John le Rouge dans The Mentalist (CBS, 2008-2015) ou 3XK dans Castle (ABC, 2009-2016).

  • 35 Claire Cornillon, « The X-Files, hybridation et fiction sérielle », colloque « Au-delà des frontièr (...)
  • 36 Florent Favard, Écrire une série TV : La Promesse d’un dénouement, op. cit., p. 137.
  • 37 Stéphane Benassi, « Sérialité(s) », dans Sarah Sepulchre (dir.), Décoder les séries télévisées, Lou (...)
  • 38 Hélène Monnet-Cantagrel, « Jeux et enjeux du récit dans American Horror Story », Télévision, n° 7, (...)
  • 39 Ibid.

14Le procédé peut aussi être employé par une série qui alterne loners et épisodes mythologiques, telle The X-Files dont les épisodes de type « monstre de la semaine » ont la capacité, suivant le « modèle concentrique35 » décrit par Claire Cornillon, d’accueillir des scènes liées à la mythologie. Certains showrunners optent quant à eux pour une narration holographique, en trois dimensions, qui « explore une interconnexion non linéaire entre les épisodes », au-delà de la « chaîne causale et linéaire de l’intrigue macroscopique de la série36 ». Paradoxalement, cette pratique se marie volontiers à une forme ayant émergé au début des années 2000 : l’anthologie saisonnière, où « le phénomène de mise en collection est appliqué non plus au niveau de l’épisode mais au niveau de la saison37 ». Pensons, par exemple, à l’énigmatique Mr. Wrench, assassin sourd qui apparaît dans les trois premières saisons de Fargo (FX, 2014-), à des âges différents et à des fins que l’on ne saurait à coup sûr déterminer. Dans American Horror Story (FX, 2011-), Ryan Murphy se plaît également à établir des « liens de continuité narrative » entre différentes saisons, la série adoptant ainsi la forme d’une « anthologie narrativement feuilletonnante38 ». L’apparent cloisonnement des différents volets de ces séries est ce qui pousse leurs auteurs à rechercher du liant et à afficher l’ambition de produire un « récit plein, au-delà des saisons et de leurs récits propres39 ». Ce liant, ce peut être le personnage ou son interprète, qui assure une continuité spectatorielle à la série et lui offre une unité d’ensemble.

2) Emprise divinatoire sur la fiction

15La particularité de Mandy dans 24 est que, plus on la côtoie, moins elle se dévoile. Elle commence pourtant par se mettre à nu, jouant de ses charmes pour séduire le photographe (tel un modèle posant devant son objectif, fig. 10), copulant avec lui dans les toilettes de l’avion jusqu’à lui faire atteindre l’orgasme (fig. 11), puis le dévorant symboliquement à la manière d’une mante religieuse.

Figures 10 et 11 : Mandy séduit le photographe, puis copule avec lui dans les toilettes de l’avion (S1E1).

Figures 10 et 11 : Mandy séduit le photographe, puis copule avec lui dans les toilettes de l’avion (S1E1).
  • 40 Bill Mesce, Jr., Inside the Rise of HBO: A Personal History of the Company That Transformed Televis (...)
  • 41 Howard Gordon cité par Olivier Joyard et Loïc Prigent, Hollywood, le règne des séries, documentaire (...)

16Au début de l’épisode 2, elle atterrit en parachute puis, nue, brûle sa combinaison et son équipement avant de se rhabiller et de poursuivre sa mission. Jouissance sexuelle, nudité quasi intégrale (fig. 12 à 14) : dès les premiers instants de la série, son diffuseur, Fox, cherche à s’affirmer comme un network plus libre et plus authentique que ses concurrents40. Ce rejet de l’académisme participe du style « voyeuriste41 » mis en place par Stephen Hopkins, maître d’œuvre esthétique ayant réalisé douze épisodes de la saison inaugurale dont les trois premiers et le dernier.

Figures 12 à 14 : Mandy se retrouve nue après avoir brûlé sa combinaison noire.

Figures 12 à 14 : Mandy se retrouve nue après avoir brûlé sa combinaison noire.

17Cependant, Mandy est un mystère qui s’épaissit au fil de ses apparitions dans 24. Elle multiplie les pseudonymes afin de brouiller les cartes : entre Angela P. Elliott, Miranda Stapleton, Rothenberg et Mandy, il est impossible de fixer sa véritable identité. Elle couche tantôt avec des hommes (fig. 15), tantôt avec des femmes – même si la relation qu’elle entretient avec son amante et complice Bridgit, au début de la saison 1, semble la plus chère à ses yeux (fig. 16).

Figure 15 : Mandy use régulièrement de ses charmes sur des hommes.

Figure 15 : Mandy use régulièrement de ses charmes sur des hommes.

Figure 16 : La relation la plus chère aux yeux de Mandy semble être celle qu’elle entretient avec Bridgit.

Figure 16 : La relation la plus chère aux yeux de Mandy semble être celle qu’elle entretient avec Bridgit.

18Au fil de ses contrats, elle n’hésite pas à changer de commanditaire sans s’encombrer de questionnements idéologiques. En vue d’assassiner le sénateur puis président Palmer, elle travaille d’abord pour le mercenaire américain Ira Gaines (saison 1), puis pour le trafiquant d’armes allemand Max (saison 2). Elle est ensuite recrutée par le terroriste Habib Marwan (de nationalité non spécifiée), afin de fomenter une série d’attaques contre les États-Unis (saison 4). Ses tenues noires contrastent avec sa peau blanche très pâle (fig. 17), mais elle n’a de binaire que l’apparence : chacune de ses apparitions la rappelle à sa quête d’effacement, de dissolution, de sortie des radars de la CTU (la Cellule anti-terroriste de Los Angeles) comme de la fiction tout entière.

Figure 17 : Les tenues noires de Mandy contrastent avec sa peau blanche très pâle.

Figure 17 : Les tenues noires de Mandy contrastent avec sa peau blanche très pâle.

19Par conséquent, son sort échappe à la résolution des questions progressives telles que les définit Florent Favard :

  • 42 Florent Favard, Écrire une série TV : La Promesse d’un dénouement, op. cit., p. 90.

Répondre à ces questions implique une forme de compte-à-rebours, puisque la question est destinée à s’épuiser petit à petit. Contrairement à la question itérative, la question progressive a – visualisons un instant le récit comme un jeu vidéo – une barre de vie. Une question progressive peut être employée par un épisode sans être résolue, mais la nature même de ces questions implique des résolutions partielles au fur et à mesure du déroulement de la série42.

20En l’occurrence, la barre de vie du destin de Mandy ne se vide jamais complètement. Entre deux saisons (ou plus), elle trouve à se recharger et à rendre possible un retour de cette mercenaire sans foi ni loi. Les satisfactions temporaires qu’elle nous procure ne proviennent donc pas de la résolution de son sort, mais du plaisir purement sériel des retrouvailles qu’ont toujours la possibilité d’organiser les fictions au long cours.

  • 43 Pensons à la dissimulation de l’identité du tueur dont le visage demeure hors champ tout au long du (...)

21Ce plaisir est exacerbé par le jeu du chat et de la souris auquel nous convient la mise en scène et le montage cachottiers de 24. Dans la tradition du film noir43, la réapparition de Mandy à la toute fin de la saison 2 n’est pas seulement non créditée mais aussi retardée – par son maintien hors champ, puis par des choix de cadrage qui ne nous permettent pas de distinguer les traits de son visage. Après que Jack Bauer a déjoué une conspiration contre le président David Palmer, ce dernier tient une conférence de presse en plein air pour rassurer la population et fixer un cap à la nation. Son discours prône la pondération, le rejet de la peur, la cohésion collective comme réponse aux menaces extérieures. Le ton angélique de cette scène la rend cependant douteuse dans une série aussi nerveuse et anxiogène que 24, ce qui apparente le retour inopiné de Mandy à une cruelle mais pas si inattendue désillusion.

  • 44 Vladimir Lifschutz, This is the end : Finir une série TV, Tours, Presses universitaires François-Ra (...)

22En effet, la rétention prolongée de cette information (elle est toujours sur le territoire américain et prête à mener une nouvelle offensive) remet en cause jusqu’à la notion de happy end et l’appréciation d’une retombée de la tension après la résolution du conflit et la sortie d’une crise ayant innervé l’ensemble de la saison44. Le discours fédérateur et finalement triomphaliste du président Palmer, accompagné d’une musique symphonique dont les accents patriotiques rappellent The West Wing (NBC, 1999-2006), mène 24 sur le versant le plus manichéen et lisible du thriller (fig. 18).

Figure 18 : Le président Palmer tient une conférence de presse pour rassurer la population (S2E24).

Figure 18 : Le président Palmer tient une conférence de presse pour rassurer la population (S2E24).
  • 45 François Jost et André Gaudreault, Le Récit cinématographique : Films et séries télévisées, Paris, (...)

23À cet égard, l’irruption impromptue de Mandy agit comme un virus, un cheval de Troie, un grain de sable qui vient dérégler cette belle mécanique. Par l’entremise d’une caméra très mobile et de champs-contrechamps couverts par de multiples angles, la mise en scène nous place virtuellement dans la peau de l’un des citoyens américains venus saluer le chef de la nation. En témoigne le plan subjectif qui capte la conclusion du discours présidentiel, filmé par-dessus l’épaule d’un spectateur en train d’applaudir (fig. 19). Celui-ci est raccordé à un autre plan potentiellement subjectif dans lequel, passant d’énonciataire à énonciatrice45, s’immisce une jeune femme dont les longs cheveux noirs nous cachent le visage (fig. 20).

Figure 19 : Un plan subjectif capte la conclusion du discours présidentiel.

Figure 19 : Un plan subjectif capte la conclusion du discours présidentiel.

Figure 20 : Une jeune femme aux cheveux noirs s’immisce dans un plan potentiellement subjectif.

Figure 20 : Une jeune femme aux cheveux noirs s’immisce dans un plan potentiellement subjectif.

24Un léger vrombissement sonore nous met sur la piste d’une nouvelle alerte, mais il faut attendre plusieurs raccords pour que la caméra, adoptant cette fois-ci le point de vue du président Palmer, aille littéralement chercher le visage de Mandy au fond du plan (fig. 21 et 22). Si quarante-huit épisodes nous ont habitués au style nerveux et imprévisible de la série, le choc sensoriel produit par cette révélation n’en est pas moins important.

Figures 21 et 22 : La caméra va chercher le visage de Mandy au fond du plan.

Figures 21 et 22 : La caméra va chercher le visage de Mandy au fond du plan.

25A contrario, c’est parce qu’elle reste une inconnue aux yeux de l’état-major américain que Mandy peut approcher d’aussi près le président Palmer et prendre celui-ci à son propre jeu politique – qui consiste ici à se plier à l’exercice consacré du bain de foule et de la poignée de main fraternelle (fig. 23). Jamais là où on l’attend, la mercenaire substitue au timbre rauque qu’on lui connaissait jusque-là un filet de voix fluet qui lui permet de percer le brouhaha de la foule et d’attirer l’attention de Palmer.

Figure 23 : Mandy parvient à s’approcher suffisamment du président Palmer pour lui serrer la main.

Figure 23 : Mandy parvient à s’approcher suffisamment du président Palmer pour lui serrer la main.
  • 46 La « main qui tue » de Mandy fait écho à la « bague qui tue » dont se sert le docteur Nox pour assa (...)
  • 47 Benjamin Thomas, Fantômas de Louis Feuillade, Paris, Vendémiaire, 2017, p. 66.

26Chassée de l’écran par l’alternance qu’impose le split-screen, elle parvient ensuite à reprendre la main sur le montage et à nous révéler le stratagème qui lui a permis d’empoisonner Palmer (fig. 24)46. Ce pouvoir extradiégétique fait écho à ce qu’écrit Benjamin Thomas au sujet du Fantômas de Louis Feuillade : « Le montage est ce par quoi le corps se libère des contraintes physiques que lui impose normalement l’espace », ce qui fait du génie du crime un « corps de cinéma47 ».

Figure 24 : Mandy retire le film plastique qui lui a permis d’empoisonner le président Palmer.

Figure 24 : Mandy retire le film plastique qui lui a permis d’empoisonner le président Palmer.
  • 48 Janet K. Halfyard, Sounds of Fear and Wonder: Music in Cult TV, Londres, I.B.Tauris, 2016, p. 70.

27Dès lors, on peut dire de Mandy qu’elle est un « corps de télévision » dont les manifestations sont aussi aléatoires que décisives, jusqu’à transformer un happy end apaisant en cliffhanger anxiogène (fig. 25) et jusqu’à altérer le défilement final du chronomètre48 en remplaçant le bruitage qui l’accompagne usuellement par les sons d’un battement de cœur et d’un dernier soupir (fig. 26). Telle une scénariste immergée dans sa propre fiction, Mandy semble donc avoir droit de vie ou de mort sur les personnages de 24.

Figures 25 et 26 : L’épisode se conclut par la défaillance visuelle et sonore du président Palmer.

Figures 25 et 26 : L’épisode se conclut par la défaillance visuelle et sonore du président Palmer.

Conclusion

  • 49 Alain Robbe-Grillet, op. cit., p. 27.

28Avec le recul, la tentative d’assassinat opérée par Mandy sur le président Palmer sert de pivot à sa traversée clandestine de 24. Elle reviendra pour un mini-arc narratif en fin de saison 4, avant de se dérober à nouveau en simulant son suicide (S4E23) puis en échangeant la localisation de son commanditaire contre une grâce présidentielle (S4E24). Contrairement à Nina Myers dont le sort est définitivement réglé au milieu de la saison 3 (S3E14), Mandy continue donc de courir et de laisser planer la possibilité de son retour. Mécanisme de récit feuilletonnant pouvant être réactivé à tout moment, elle est sujette aux métamorphoses et aux déclinaisons en avatars qui la rendent toujours plus insaisissable. Si le héros de 24 qu’est Jack Bauer constitue un référent stable malgré ses tourments existentiels et ses multiples péripéties, la fugitive représente à la fois la quintessence de l’individualisme et une remise en question de « l’individu » romanesque traditionnel49.

  • 50 Charles McGrath, « The Triumph of the Prime-Time Novel », The New York Times, 22 octobre 1995. En l (...)
  • 51 Aristote, La Poétique, trad. Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, Paris, Seuil, 2011, p. 55.
  • 52 Philippe Berthier, « Le personnage stendhalien et l’ère du soupçon », op. cit., p. 105.

29Par effet de contradiction, Mandy tire parti de la familiarité du récit feuilletonnant et choral : si elle s’oppose si bien au héros qui mène la contre-offensive, ce n’est pas seulement parce qu’elle incarne sa némésis la plus inarrêtable, mais aussi parce qu’elle bouscule les repères de spectateurs se croyant en terrain conquis. Lancée au début des années 2000, deux mois après l’onde de choc produite par le 11-Septembre, 24 tient à la fois de l’ancien et du nouveau « roman de prime time50 ». Mélange de tradition et d’évolution, le thriller de Joel Surnow et Robert Cochran s’est muni, avec Jack Bauer, d’un « personnage en action » de tradition aristotélicienne51, auquel répond Mandy en tant que figure « vaporeuse52 » ne pouvant être définitivement mise hors d’état de nuire. Cette indiscernabilité et ce refus de baisser les armes en font une menace terroriste autrement plus redoutable que celle incarnée par les antagonistes qu’abat Jack saison après saison : avec Mandy, le danger n’est jamais totalement écarté.

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Bibliographie

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Notes

1 Christine Montalbetti (dir.), Le Personnage, Paris, Flammarion, 2003, p. 27.

2 Ibid., p. 28.

3 Hélène Monnet-Cantagrel, « La condition du héros sériel, entre variation et répétition », Télévision, n° 9, 2018, p. 25.

4 Philippe Berthier, « Le personnage stendhalien et l’ère du soupçon », dans Pierre Glaudes et Yves Reuter (dir.), Personnage et histoire littéraire, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1991, p. 104.

5 Nathalie Sarraute, L’Ère du soupçon, Paris, Gallimard, 1956, p. 72.

6 Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who Changed TV Drama Forever, New York, Touchstone, 2012, p. 218. Sauf mention d’une édition française, toutes les traductions présentées sont de l’auteur.

7 Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, Paris, Minuit, 1961, p. 28.

8 François Jost, Les Nouveaux méchants : Quand les séries américaines font bouger les lignes du Bien et du Mal, Montrouge, Bayard, 2015, p. 155.

9 Bernard Papin, « Introduction », Télévision, n° 9, 2018, p. 11.

10 Ibid.

11 Florent Favard, Écrire une série TV : La Promesse d’un dénouement, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2019, p. 65.

12 Ibid., p. 58.

13 Éric Vérat, Génériques ! Les séries américaines décryptées, Lyon, Les Moutons électriques, 2012, p. 38.

14 Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who Changed TV Drama Forever, op. cit., p. 223.

15 Mentionnons également les stunt doubles (doublures cascades), les body doubles (doublures corps pour les scènes requérant de la nudité), les stand-ins (doublures lumière pour les répétitions et mises en place) et les caméos de personnalités adressant un clin d’œil au spectateur (Martin Bentsen, « Types of acting roles in 2024 », Headshots NYC, 12 janvier 2024. En ligne : https://www.cityheadshots.com/blog/types-of-acting-roles, consulté le 24 juillet 2025).

16 Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who Changed TV Drama Forever, op. cit., p. 235.

17 Fiche « Mandy » de Wiki 24 : https://24.fandom.com/wiki/Mandy.

18 Fiche « Special Guest Star » de Wiki 24 : https://24.fandom.com/wiki/Special_guest_star.

19 Fiche « Special Guest Appearance » de Wiki 24 : https://24.fandom.com/wiki/Special_guest_appearance.

20 Citons également James Marsters alias Spike dans Buffy the Vampire Slayer (The WB, 1997-2001 ; UPN, 2001-2003), Henry Ian Cusick alias Desmond Hume et Michael Emerson alias Ben Linus dans Lost (ABC, 2004-2010), ainsi que Bob Odenkirk alias Saul Goodman dans Breaking Bad (AMC, 2008-2013).

21 Fiche « Spoiled by the Cast List » de TV Tropes : https://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/SpoiledByTheCastList.

22 Laurent Jullier et Barbara Laborde, « This is the end : Personnages portés disparus et mini-clôtures du récit dans Grey’s Anatomy », Sociétés & Représentations, n° 39, printemps 2015, p. 105.

23 Fiche « Not Named in Opening Credits » de TV Tropes : https://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/NotNamedInOpeningCredits.

24 Fiche « Mandy » de Wiki 24, op. cit.

25 Umberto Eco, « Innovation et répétition : entre esthétique moderne et post-moderne », trad. Marie-Christine Gamberini, Réseaux, vol. 12, n° 68, 1994, p. 20.

26 John Ellis, Seeing Things: Television in the Age of Uncertainty, Londres, I.B.Tauris, 2000, p. 39.

27 Jason Mittell, Complex TV: The Poetics of Contemporary Television Storytelling, New York, New York University Press, 2015, p. 43.

28 Ibid.

29 Sarah Hatchuel, Rêves et séries américaines : La fabrique d’autres mondes, Aix-en-Provence, Rouge Profond, 2015, p. 171-172.

30 Ibid.

31 Rudmer Canjels, Distributing Silent Film Serials: Local Practices, Changing Forms, Cultural Transformation, New York, Routledge, 2011, p. XX.

32 Jean-Pierre Esquenazi, Mythologie des séries télé, Paris, Le Cavalier bleu, 2009, p. 9.

33 Cité par Alan Sepinwall, The Revolution Was Televised: The Cops, Crooks, Slingers, and Slayers Who Changed TV Drama Forever, op. cit., p. 76.

34 Raphaël Baroni, « Intrigues et personnages des séries évolutives : quand l’improvisation devient une vertu », Télévision, n° 7, 2016, p. 34.

35 Claire Cornillon, « The X-Files, hybridation et fiction sérielle », colloque « Au-delà des frontières. Hybridation des formes et des genres dans les littératures de l’imaginaire contemporaines (XXe-XXIe siècles) », Université Bordeaux III, 15-17 octobre 2014.

36 Florent Favard, Écrire une série TV : La Promesse d’un dénouement, op. cit., p. 137.

37 Stéphane Benassi, « Sérialité(s) », dans Sarah Sepulchre (dir.), Décoder les séries télévisées, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, 2017 [2011], p. 111.

38 Hélène Monnet-Cantagrel, « Jeux et enjeux du récit dans American Horror Story », Télévision, n° 7, 2016, p. 87-88.

39 Ibid.

40 Bill Mesce, Jr., Inside the Rise of HBO: A Personal History of the Company That Transformed Television, Jefferson, McFarland & Company, 2015, p. 109-110.

41 Howard Gordon cité par Olivier Joyard et Loïc Prigent, Hollywood, le règne des séries, documentaire, Arte, 2005.

42 Florent Favard, Écrire une série TV : La Promesse d’un dénouement, op. cit., p. 90.

43 Pensons à la dissimulation de l’identité du tueur dont le visage demeure hors champ tout au long du film En quatrième vitesse (Robert Aldrich, 1955), avant sa révélation tant attendue et le dénouement de l’intrigue dans les dernières minutes.

44 Vladimir Lifschutz, This is the end : Finir une série TV, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2018, p. 67-68.

45 François Jost et André Gaudreault, Le Récit cinématographique : Films et séries télévisées, Paris, Armand Colin, 2017 [1990], p. 79.

46 La « main qui tue » de Mandy fait écho à la « bague qui tue » dont se sert le docteur Nox pour assassiner la ballerine Marfa Koutiloff dans le serial de Louis Feuillade, Les Vampires (S1E2). Dans les deux cas, le charme du tueur sert de paravent aux intentions mortifères qui ne se concrétisent qu’a posteriori.

47 Benjamin Thomas, Fantômas de Louis Feuillade, Paris, Vendémiaire, 2017, p. 66.

48 Janet K. Halfyard, Sounds of Fear and Wonder: Music in Cult TV, Londres, I.B.Tauris, 2016, p. 70.

49 Alain Robbe-Grillet, op. cit., p. 27.

50 Charles McGrath, « The Triumph of the Prime-Time Novel », The New York Times, 22 octobre 1995. En ligne : https://www.nytimes.com/1995/10/22/magazine/the-prime-time-novel-the-triumph-of-the-prime-time-novel.html, consulté le 25 juillet 2025.

51 Aristote, La Poétique, trad. Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, Paris, Seuil, 2011, p. 55.

52 Philippe Berthier, « Le personnage stendhalien et l’ère du soupçon », op. cit., p. 105.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 : Mandy s’extrait de l’avion juste avant son explosion (S1E1).
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Titre Figures 2 et 3 : Mandy figure en clôture de pilote et en ouverture d’épisode 2.
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Titre Figures 4 et 5 : Mandy est mentionnée par le « previously » de l’épisode 2.
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Titre Figure 6 : Mia Kirshner est créditée en tête des guest stars des trois premiers épisodes.
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Titre Figure 7 : Mia Kirshner apparaît sur une photo promotionnelle de pré-lancement de la série.
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Titre Figure 8 : L’interprète de Sherry Palmer est créditée comme « special guest star ».
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Titre Figure 9 : L’interprète de David Palmer revient pour une « special guest appearance ».
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Titre Figures 10 et 11 : Mandy séduit le photographe, puis copule avec lui dans les toilettes de l’avion (S1E1).
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Titre Figures 12 à 14 : Mandy se retrouve nue après avoir brûlé sa combinaison noire.
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Titre Figure 15 : Mandy use régulièrement de ses charmes sur des hommes.
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Titre Figure 16 : La relation la plus chère aux yeux de Mandy semble être celle qu’elle entretient avec Bridgit.
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Titre Figure 17 : Les tenues noires de Mandy contrastent avec sa peau blanche très pâle.
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Titre Figure 18 : Le président Palmer tient une conférence de presse pour rassurer la population (S2E24).
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Titre Figure 19 : Un plan subjectif capte la conclusion du discours présidentiel.
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Titre Figure 20 : Une jeune femme aux cheveux noirs s’immisce dans un plan potentiellement subjectif.
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Titre Figures 21 et 22 : La caméra va chercher le visage de Mandy au fond du plan.
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Titre Figure 23 : Mandy parvient à s’approcher suffisamment du président Palmer pour lui serrer la main.
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Titre Figure 24 : Mandy retire le film plastique qui lui a permis d’empoisonner le président Palmer.
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Titre Figures 25 et 26 : L’épisode se conclut par la défaillance visuelle et sonore du président Palmer.
URL http://journals.openedition.org/tvseries/docannexe/image/8485/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 177k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Benjamin Campion, « Mandy dans 24 : une mercenaire qui résiste à l’appétit narratif de l’hyperfeuilleton télévisé »TV/Series [En ligne], Hors séries 2 | 2022, mis en ligne le 03 octobre 2025, consulté le 11 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/tvseries/8485 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14z8l

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Auteur

Benjamin Campion

Benjamin Campion enseigne le cinéma et les séries télévisées à l’université de Lille. Docteur en études cinématographiques et audiovisuelles, il a publié plusieurs essais sur les séries télévisées. Il est l’auteur du Concept HBO : Élever la série télévisée au rang d’art (2018), de HBO et le porno : Raconter des histoires par le sexe (2022) et de Histoire sexuelle des séries américaines : Des années 1990 à nos jours (2024). Ses cours portent sur l’histoire, la théorie, l’esthétique et la sociologie des séries télévisées, des années 1950 à nos jours. Ses travaux visent à nouer un dialogue entre les arts et les médiums, tant à travers la sérialisation du cinéma que son expansion narrative et formelle à la télévision et sur Internet.

Benjamin Campion teaches cinema and television series at the University of Lille. He holds a doctorate in film and audiovisual studies and has published several essays on television series. He is the author of Le Concept HBO : Élever la série télévisée au rang d’art (2018), HBO et le porno : Raconter des histoires par le sexe (2022) and Histoire sexuelle des séries américaines : Des années 1990 à nos jours (2024). His courses cover the history, theory, aesthetics and sociology of television series, from the 1950s to the present day. His work aims to initiate a dialogue between the arts and the media, both through the serialization of cinema and its narrative and formal extension on television and the Internet.

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Droits d’auteur

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