Cette recherche a été financée par le SMEGREG (Syndicat mixte d'étude et de gestion de la ressource en eau de Gironde) et l’Agence de l’eau Adour-Garonne dans le cadre de l’étude « Prospective de la demande en eau potable ». Elle a été portée par le SMEGREG pour le compte de la Commission locale de l’eau du SAGE Nappes profondes de Gironde et menée conjointement avec l’unité de recherche ETTIS (Environnement, territoires en transition, infrastructures, sociétés) de l’INRAE, l’unité mixe de recherche du CNRS PASSAGES et l’UMR CNRS EPOC (Environnements et paléo-environnements océaniques et continentaux).
1Au 1er janvier 2022, le prix moyen de l’eau s’élevait à 4,14 € TTC par m3 en France d’après les données du Système d’information des services publics d’eau et d’assainissement (SISPEA)1. Fixé par les organismes publics, ce prix intègre l’abonnement et les différentes composantes du service rendu pour l’eau potable et la collecte et le traitement des eaux usées, ainsi que les redevances et taxes associées. Calculé pour une consommation annuelle de référence de 120 m3 par abonné par an (Barbier et Montginoul, 2013), il varie d’un territoire à l’autre, en fonction de la densité de population, de la configuration du réseau, de la taille de la collectivité et des investissements réalisés (Lao et Portela, 2020), mais également du type d’exploitation (contrats de délégation versus régie), de la disponibilité de la ressource et de la sensibilité du milieu récepteur.
- 2 Pour plus d’informations, voir l’article de G. Faure paru le 24 novembre 2022 dans Le Monde, [En li (...)
- 3 Pour plus d’informations, voir l’article du Commissariat général au développement durable, [En lign (...)
2Or, une baisse moyenne de la consommation unitaire est observée en France depuis les années 2000, confirmée dans d’autres pays européens (Bich-Ngoc et al., 2022 ; Rinaudo et Neverre, 2019 ; Romano et al., 2016 ; Poquet et Maresca, 2006 ; Rajala et Katko, 2004). Elle met en difficulté les services d’eau pour le dimensionnement des réseaux et la définition du coût de l’eau afférent (Favre et Montginoul, 2020) puisque ce dernier est destiné à couvrir les dépenses liées aux différentes étapes du cycle de l’eau potable (investissements et fonctionnement). Chez les usagers domestiques, cette diminution serait notamment imputable en France à la hausse des prix de l’eau (Porcher, 2013 ; Nauges et Reynaud, 2001), à la modernisation des installations de chauffage dans les habitats collectifs (Nauges et Thomas, 2000), aux progrès techniques et à la diffusion d’équipements hydro-économes au sein des ménages (mousseurs, réducteurs de débit de douche, électroménager moins consommateur d’eau) et à une plus grande sensibilité environnementale des consommateurs. La part des Français sensibles à la préservation des ressources en eau est ainsi en augmentation (Picard, 2009) : dans le Baromètre CIEau – TNS SOFRES de 2018, les Français justifient plus que les années précédentes le fait d’être attentifs à leur consommation d’eau pour préserver la ressource, l’ensemble des motivations d’ordre écologique étant désormais supérieures à celles d’ordre économique (Bigot et Hoibian, 2011). De plus, avec l’amplification des sécheresses en France (Erdlenbruch et al., 2013), les personnes se sentant « hydro-responsables » sont de plus en plus nombreuses et participent par des « petits gestes » (arrosage des plantes avec les eaux de lavage des légumes et des mains, chasse tirée tous les deux ou trois passages, et cetera)2. En 2020, un Français consomme en moyenne 149 litres d’eau potable par jour, soit une consommation domestique moyenne d’environ 54 m3 par habitant par an3.
3Reste que, à l’échelle d’un territoire, cette consommation moyenne cache une hétérogénéité entre les différents types d’abonnés, ou entre abonnés d’un même type (Favre et Montginoul, 2020), certains ayant même tendance à consommer davantage (Rinaudo et Neverre, 2019). Ainsi, la référence nationale de consommation de 120 m3 par abonné par an, calculée pour un abonné « domestique » représentant un ménage de trois à quatre personnes, tend aujourd’hui à devenir obsolète. Surtout, elle ne renseigne ni sur la répartition de la consommation domestique d’eau par type d’usages ni sur la distribution spatiale et temporelle de ces consommations (c’est-à-dire au sein et hors du logement ; au cours de la journée, de la semaine, de l’année). Par ailleurs, le taux d’équipement des ménages en matériel hydro-économe ne renseigne que peu sur la consommation réelle d’eau lorsque les usages associés ne sont pas connus (par exemple, le nombre et la durée des douches par jour et par personne). Il devient dès lors nécessaire de caractériser la consommation domestique d’eau potable dans le temps et dans l’espace, mais aussi la répartition des usages. Et ce d’autant que l’évolution des modes de vie et d’habiter, en lien avec les variables économiques (revenus des ménages, tarification de l’eau, et cetera) et les situations de crises (sanitaire, sociale, climatique et environnementale) sont susceptibles d’influencer la consommation domestique d’eau potable dans les années à venir (Rulleau et al., 2020).
- 4 Les documents PAGD, règlement constitutifs du SAGE Nappes profondes révisé le 18 juin 2013 sont dis (...)
4Cet article a pour objectif de combler ce manque dans la littérature. Il présente les résultats d’un travail d’enquête par questionnaire réalisé à l’échelle du département de la Gironde visant à caractériser où (à domicile, sur le lieu de travail ou de loisirs), quand (à l’échelle de la journée, de la semaine ou de l’année) et pour quels usages (hygiène, alimentation, loisirs, et cetera) les gens consomment de l’eau potable. En raison des objectifs poursuivis, ce territoire est intéressant à plusieurs titres. Tout d'abord, l'eau qui alimente les Girondins provient à 95 % d’une même ressource, les nappes profondes, considérées comme un patrimoine commun à tous les habitants, mis en avant dans le cadre du Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) des Nappes profondes de Gironde4. Ensuite, sa superficie de 10 000 km2 offre une variabilité de territoires, avec la présence d’une métropole de droit commun, de villes moyennes et de communes rurales. Enfin, le département bénéficie d’une activité touristique importante représentant plus de 10 % des volumes consommés sur le département (Laurent, 2020).
5La suite de cet article est organisée en quatre parties. Dans une première, nous préciserons le contexte, à savoir les tendances récentes observées en termes de consommation d’eau potable et nos hypothèses de travail. La deuxième partie présentera le terrain d’étude, la construction du questionnaire et le protocole de collecte des données. La troisième partie proposera les résultats de l’enquête, qui seront ensuite mobilisés pour reconstituer les volumes consommés globalement, et par type d’usages. Une discussion et une conclusion seront enfin proposées.
6À partir de la littérature existante, nous avons tiré plusieurs enseignements concernant les consommations d’eau potable à l’échelle d’un foyer.
7Le premier enseignement concerne l’influence du taux d’occupation du logement, de la taille du ménage et du profil socio-démographique des occupants sur les consommations domestiques (March et Saurī, 2009 ; Nauges et Reynaud, 2001). En principe, plus le nombre de personnes vivant dans un ménage est élevé, plus le volume d’eau potable consommé est important. Néanmoins, les plus grands ménages peuvent optimiser l’utilisation de l’eau par des économies d’échelle (Barraqué et al., 2011 ; Arbués et al, 2000) et les ménages les plus aisés semblent consommer plus d’eau que les autres (Insee, 2023 ; Barraqué et al., 2011), au contraire de ceux composés de personnes plus âgées (Nauges et Thomas, 2000). La tendance amorcée depuis les années 1970 du vieillissement de la population, de la hausse du célibat et de la multiplication des décohabitations (séparations, familles monoparentales et recomposées) entraîne une diminution de la taille des ménages : ils se composaient en moyenne de 2,2 personnes en 2017 contre 2,7 personnes en 1984 (Insee, 2021a). Le nombre de personnes, leur âge et la présence d’enfants à temps complet ou partiel au sein du logement seront donc des informations importantes à recueillir pour caractériser les fluctuations de la consommation domestique d’eau dans le temps.
8Le second enseignement a trait à l’influence du type de logement (surface notamment) et à ses équipements extérieurs et intérieurs. La littérature indique en effet que l’habitat détermine pour partie le volume consommé d’eau potable, notamment pour les usages extérieurs liés à la présence de jardins et de piscines (Fox et al., 2009 ; Cole, 2004). À l’échelle d’un territoire, la moyenne par habitant est alors plus élevée dans les zones dominées par les lotissements de maisons individuelles avec jardin, encore plus quand les parcelles sont de grandes tailles (Rinaudo et Neverre, 2019). Ainsi, pour un même nombre d’habitants sur un territoire, l’augmentation du nombre de ménages et la diminution de leur taille ont mécaniquement entraîné une hausse du nombre de logements. Alors que la surface des logements collectifs semble se stabiliser, voire amorcer une légère diminution depuis le milieu des années 2000, celle des logements individuels ne cesse d’augmenter au niveau national (Insee, 2017). La quasi-totalité des maisons construites après 1975 a un jardin, et, de plus en plus, une piscine de sorte que les deux millions de piscines privées déclarées au cadastre fin 2020 conduisent à une estimation moyenne d’une piscine pour 33 habitants (Fourquet et Cassely, 2021). Afin de reconstituer les consommations domestiques d’eau potable, nous récolterons donc des données visant à caractériser les logements individuels, leurs équipements extérieurs et les usages associés.
9En parallèle, la course à l’équipement des ménages qui a commencé dès la fin des années 1950 ne s’est pas arrêtée depuis (Fourquet et Cassely, 2021). Pour les équipements liés à l’eau, la quasi-totalité des logements de France métropolitaine (98,9 %) disposait en 2017 d’un accès à l’eau chaude, d’au moins un WC intérieur et d’une installation sanitaire telle que douche ou baignoire. De plus, 96,2 % des ménages possèdent un lave-linge et 61,4 % un lave-vaisselle (Insee, 2019). La diffusion des équipements efficients et hydro-économes au sein des logements (Barraqué et al., 2011 ; Florentin, 2015), notamment du fait des campagnes initiées par les distributeurs d’eau, les collectivités et les associations responsables de la sensibilisation (espaces info économie d’eau), pourrait contribuer à une baisse de la consommation des ménages. Reste que, à l’inverse, le développement de nouveaux usages domestiques liés à l’eau est susceptible d’engendrer des tendances inverses (Rinaudo et Neverre, 2019). En effet, le marché du bien-être ayant connu une progression importante ces dernières années, notamment pendant et après les périodes de confinement liées à la pandémie Covid-19 (Hanania et al., 2022)5, on observe une installation croissante de nouveaux équipements plus consommateurs d’eau (spas, douches « à l'italienne », cabines de douches multi-jets, et cetera) au sein des logements (Global Wellness Institute, 2014).
10Enfin, le recours à des sources alternatives d’eau peut également influer sur les volumes consommés par les ménages à leur domicile. Certains ménages se tournent en effet, lorsqu’ils le peuvent techniquement ou financièrement, vers des ressources de substitution (récupération d’eau de pluie, forage individuel, voire récupération des eaux grises) (Krieger et al., 2020 ; Leigh et Lee, 2019 ; Mankad et Tapsuwan, 2011 ; Montginoul, 2006), notamment pour les usages ne nécessitant pas une eau de qualité, comme l’arrosage des jardins (Rinaudo et Neverre, 2019). Au final, l’influence contradictoire de l’usage des différents types d’équipements intérieurs et extérieurs sur les volumes consommés est difficile à anticiper et nécessite de mieux connaitre leur diffusion au sein des logements et les pratiques des occupants pour reconstituer les consommations domestiques d’eau potable.
- 6 Pour plus d’informations sur les données du Sénat, consulter le site [En ligne], URL : https://www. (...)
11Le troisième enseignement concerne le temps passé au sein du logement, dont la pratique du télétravail et la réduction du temps de travail (RTT). La littérature visant à estimer l’impact des confinements généralisés de 2020 sur la demande en eau potable a mis en évidence une baisse dans les grandes villes, principalement expliquée par la diminution de la consommation des industries et des établissements publics et collectifs (Buurmanj et al., 2022 ; Bourget, 2020). Les ménages confinés ont décalé les périodes de consommation journalière d’eau (pic de consommation matinal plus tardif pour les personnes ne travaillant pas ou en télétravail) et les volumes consommés à domicile ont augmenté, en raison de l’accroissement des pratiques d’hygiène (comme le lavage de mains), des activités extra-professionnelles (cuisine, entretien de la maison, jardinage, et cetera) ou encore, pour certains, de la généralisation de certains usages (par exemple, achat/construction de piscines) (Buurmanj et al., 2022). La littérature concernant l’évolution des consommations domestiques d’eau pendant les périodes de confinement liées à la Covid-19 nous amène à supposer que le développement du télétravail engendrerait une modification de la répartition entre consommation d’eau au sein de la commune d'habitat et en dehors de cette dernière. Alors que l’on comptait en 2017 en France 7 % de télétravailleurs occasionnels et réguliers, ce mode de travail s’est installé dans le quotidien depuis la crise sanitaire Covid-19 (données du Sénat6).
12Par ailleurs, le développement des mobilités douces (bicyclette et marche à pied), mis en évidence notamment suite aux périodes de confinement pour les déplacements domicile-travail en milieu urbain (Trespeuch et al., 2022 ; Klein et al., 2020), pourrait engendrer une augmentation du nombre de douches au travail, et donc le report d’une partie de la consommation d’eau hors du domicile.
13Enfin, l’essor des RTT a entraîné une amplification du morcellement des séjours (Faivre, 2007) et une augmentation des séjours de courte durée hors-domicile, avec, par conséquent, des consommations domestiques d’eau en dehors du logement principal sur des temps plus fractionnés et plus fréquents. Au final, cela ne devrait toutefois pas influencer le volume moyen consommé par chaque ménage, mais plutôt sa répartition dans le temps, voire dans l’espace.
14Ces différents éléments nous ont donc conduits à chercher à estimer la part de la consommation domestique d’eau potable déportée du domicile vers les lieux de travail (chasses d’eau, lavage des mains, eau de boisson) et de loisirs. Plus précisément, nous avons donc cherché à caractériser les modes (par exemple, télétravail, temps partiel) et les rythmes (par exemple, RTT) de travail, de déplacement (par exemple, déplacement à vélo pouvant nécessiter de prendre une douche sur le lieu de travail) et d’alimentation (par exemple, vaisselle sur le lieu de travail associée aux repas préparés à la maison).
- 7 Test du Khi2 montrant que la distribution des classes d’âge POP T0 et des catégories socio-professi (...)
15Le département de la Gironde est confronté à une dynamique de changements importants. La croissance démographique y est très forte. Ainsi, entre 2008 et 2018, la population a augmenté annuellement, en moyenne, de 1,2 % et la densité de population est largement supérieure à la moyenne nationale (Insee, 2021b). Cette tendance est notamment liée à un solde migratoire positif. Ainsi, ce département accueille tous les ans 15 à 20 000 habitants supplémentaires, dont une bonne part sur l'aire métropolitaine bordelaise. Les 1,63 million d’habitants sont représentatifs de la France métropolitaine en termes de classes d’âge et de catégories socio-professionnelles (Insee, 2024a ; Insee, 2024b)7. L’activité économique est dans ce département en forte croissance, notamment touristique sur le bassin d'Arcachon et la zone littorale, et l'activité viti-vinicole est fortement consommatrice d'eau potable dans les terres. Seules les zones très rurales éloignées de Bordeaux connaissent une croissance démographique limitée, voire négative.
- 8 Chiffres issus de la Commission locale de l'eau du SAGE Nappes profondes de Gironde. Pour plus d’in (...)
16En 2019, le département de la Gironde comptait 91 collectivités à compétence eau potable desservant 538 communes. La densité d’abonnés était très variable, allant de 3,76 à 93,27 par km², et le prix du service eau potable pour une consommation de référence de 120 m3 variait entre 1,14 et 3,02 € par m3 contre 2,09 € en moyenne sur le plan national (données SISPEA). L’alimentation en eau potable provient presque exclusivement des nappes souterraines (plus de 95 % des volumes), qui offrent une eau de très bonne qualité, pas ou très peu affectée par les pollutions anthropiques. Néanmoins, du point de vue quantitatif, la mise en œuvre de mesures de gestion et des actions d'économies d'eau et de substitution a été rendue nécessaire du fait de prélèvements concentrés sur la nappe Eocène située dans le centre du département et de baisses du niveau piézométrique. Grâce à ces mesures, instaurées dans le cadre du SAGE Nappes profondes de Gironde, approuvé en 2003 et révisé en 2013, le département de la Gironde a accueilli, entre 2003 et 2017, 220 000 habitants supplémentaires sans qu’une augmentation des prélèvements dans les nappes ne soit observée8 . La consommation domestique d’eau potable se situait en 2017 entre 28,2 et 50 m3 par habitant et par an, dans la moyenne basse en comparaison des autres départements de France métropolitaine (54 m3 par habitant par an). On constate néanmoins que, depuis 2018, les prélèvements repartent à la hausse8.
17Notre travail repose sur un questionnaire organisé en plusieurs parties.
18La première concerne les caractéristiques du répondant, de son ménage (sexe, âge, catégorie socio-professionnelle, nombre de personnes habitant en permanence dans le logement ou y séjournant régulièrement, ressources financières, et cetera) et de son logement (commune, type, statut d’occupation, surface, et cetera). En lien avec le premier enseignement issu de la littérature, ces informations ont notamment pour finalité de quantifier certaines consommations d’eau à l’échelle du ménage.
19La seconde partie se focalise sur la résidence principale. En lien avec le second enseignement issu de la littérature, elle aborde des questions relatives aux équipements intérieurs (nombre d’éviers/lavabos, douches/baignoires, WC, et cetera) et extérieurs liés à l’eau (présence de jardin, cour, balcon, piscine, et cetera), les usages associés (fréquence d’arrosage des espaces extérieurs, de vidange des piscines/jacuzzis, et cetera) ainsi que les ressources d’eau alternatives à l’alimentation en eau potable du réseau (présence et usage de puits, forages, récupérateurs d’eau de pluie, raccordements à un réseau d’eau brute, et cetera).
20Les parties suivantes abordent les habitudes de consommation à domicile, sur le lieu de travail et en vacances. En lien avec le troisième enseignement issu de la littérature, elles visent à mieux cerner les variations de consommations domestiques d’eau en fonction des lieux et rythmes de travail, et des usages de l’eau en fonction des modes de déplacement et d’alimentation. À cet effet, nous nous sommes tout d’abord intéressés aux habitudes de consommation d’eau du robinet au domicile. Concernant les usages alimentaires, il s’avère difficile de questionner directement les volumes d’eau consommés par repas, encore plus par jour ou par semaine. Nous sommes donc passés par le nombre de repas préparés à domicile (pour y être consommés ou emportés sur le lieu de travail) afin de permettre, par la suite, la reconstitution des volumes à partir d’hypothèses sur les volumes moyens nécessaires à cette activité. L’hygiène corporelle est abordée en termes de pratiques, notamment via la fréquence des douches/bains et leur durée. Les usages concernant l’entretien intérieur et extérieur du logement (fréquence de lavage du sol, d’arrosage des plantes d’intérieur, de fonctionnement du lave-linge et du lave-vaisselle, de nettoyage des éventuels balcons et terrasses) et, le cas échéant, le nettoyage des véhicules (fréquence, mode et lieu) ou l’entretien des animaux domestiques (nombre d’animaux de compagnie et fréquence de toilettage, nombre d’animaux d’extérieur tels que les poules, chèvres ou chevaux) sont également questionnés. Enfin, les gestes d’économies d’eau sont appréhendés en comparant des pratiques déjà ancrées, comme arrêter de faire couler l’eau durant le brossage de dents (Daniel et Sirieix, 2012) avec d’autres a priori moins communes (par exemple, arrêter de faire couler l’eau durant le lavage des légumes ou récupérer l’eau de la douche en attendant qu’elle chauffe). Nous nous sommes ensuite intéressés aux habitudes de consommation sur le lieu de travail ou d’étude, en relevant les communes girondines sur lesquelles se déroulent ces activités, la quotité de travail, la fréquence de télétravail, la fréquence de déplacements professionnels nécessitant de passer au moins une nuit à l’extérieur du logement et les repas et douches pris sur le lieu de travail/d’étude. Sont par exemple demandées les fréquences des repas, de leur préparation ou de la vaisselle sur place. Nous nous sommes enfin intéressés aux habitudes de consommation concernant les loisirs au sein du département de la Gironde : en vacances (communes concernées, période et durée, modalités d’hébergement), pendant les fins de semaine (communes concernées et fréquence) ou pour les loisirs (prise de repas et/ou de douches dans la commune ou une autre commune de Gironde pendant les différents types d’activités sportives, de bénévolat ou les sorties à la journée).
21Pour l’ensemble, le questionnaire comporte une centaine de questions. Cependant, certains sous-ensembles ne concernant pas l’ensemble des répondants, de nombreuses questions-filtres ont été utilisées de sorte que le nombre d’enquêtés est variable pour chaque question. Le questionnaire a été auto-administré en juillet 2020 par un cabinet spécialisé auprès d’un échantillon aléatoire de répondants ayant leur résidence principale dans le département de la Gironde. La passation ayant eu lieu après une période de confinement et/ou de télétravail liée à la Covid-19, nous avons pris soin d’indiquer que, pour l’ensemble des questions, les personnes devaient se référer à leurs pratiques d’avant la crise sanitaire. Au final, 1 037 questionnaires nous ont été livrés. Après nettoyage de la base de données et suppression des observations incomplètes ou incohérentes, 1 026 ont pu être exploités.
22Lors de l’enquête, les répondants ont renseigné des informations pour eux-mêmes (par exemple, pour certains usages spécifiques), mais aussi pour leur ménage (données relatives au logement et à l’ensemble des usages). Avant de présenter les résultats, il paraît important de vérifier que cet échantillon est représentatif de la population girondine au moyen de tests statistiques sur un certain nombre de variables clés ayant d’après la littérature un lien avec la consommation domestique d’eau potable. Il s’avère que la répartition des 1 026 répondants est significativement différente de celle du département de la Gironde en termes d’âge et de catégorie socio-professionnelle (test du Khi2, p<0,0001). Néanmoins, seul l’âge du répondant a pu être comparé ici. Or, celui-ci ne renseigne pas sur l’âge de l’ensemble des occupants du logement. Par ailleurs, seules les personnes majeures étaient autorisées à répondre à notre enquête là où l’Insee fournit des données pour les mineurs également. Pour ce qui concerne les catégories socio-professionnelles, les liens éventuels avec la consommation d’eau ne sont pas explicites dans la littérature, bien qu’il ait été montré que le niveau de revenu pouvait, en partie, avoir une influence (Barraqué et al., 2011), du fait notamment de la présence à leur domicile d’équipements consommateurs d’eau tels qu’une piscine (Domene et Saurī, 2006 ; Domene et al., 2005). La proportion de répondants par type de logement (maison vs appartement) est quant à elle représentative du département (test du Khi2, p = 0,744). Ceci était recherché, car les consommations sont censées être plus importantes pour les logements individuels disposant d’extérieurs et d’usages associés. C’est également le cas concernant les actifs de notre enquête travaillant dans et hors de leur commune de résidence (test du Khi2, p = 0,578), sachant qu’une part de la consommation domestique d’eau potable est déportée du domicile vers les lieux de travail. La question de savoir si la consommation domestique d’eau sur le lieu de travail (chasse d’eau, lavage de main, eau de boisson) concerne un ou plusieurs services d’eau devient alors prégnante. Enfin, la répartition de la population girondine par Schéma de cohérence territoriale (SCoT), outils de planification tenant compte de la disponibilité en eau potable, diffère statistiquement de la distribution territoriale de l’échantillon (test du Khi2, p = 0,01) ; elle en reste toutefois relativement proche (tableau 1).
Tableau 1. Répartition du pourcentage de répondants en fonction des SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale), comparé à la répartition de la population girondine (données de 2020)
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Part de répondants à l’enquête
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Part de la population girondine
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Aire Métropole bordelaise
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67,7
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62,1
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SCoT Grand Libournais
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7,9
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9,6
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SCoT Bassin d’Arcachon – Val de l’Eyre
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8,6
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9,8
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SCoT Sud Gironde
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6,8
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7,9
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SCoT Cubzaguais – Nord Gironde / Haute-Gironde
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5,4
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5,7
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SCoT Médoc 2033 / Médoc Atlantique
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3,6
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4,9
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23Les différents éléments indiqués ci-dessus nous amènent donc à considérer que nos résultats peuvent raisonnablement traduire les usages et pratiques des ménages girondins. Grâce à des hypothèses sur la consommation unitaire des équipements et sur les volumes moyens consommés pour les différents usages, l’analyse de données de cette enquête permet, dans la section suivante, de faire des liens entre usages et consommation au sein des ménages. À cet effet, les informations déclaratives issues de l’enquête caractérisant le logement, les équipements, les usages et les pratiques des occupants pouvant être utilisées afin de reconstituer les volumes consommés par ménage sont rapidement présentées ci-dessous.
24En lien avec les premier et deuxième enseignements présentés dans le contexte, les pratiques de consommation d’eau potable à domicile révèlent qu’un tiers des répondants ne boit que de l’eau du robinet et 12 % que de l’eau en bouteille. En termes d’hygiène corporelle, les répondants prennent en moyenne 1,1 douche par jour et par personne ; la quasi-totalité prend au moins une douche par semaine. La durée de la douche varie entre quatre et six minutes dans la majorité des cas, et pour près des trois quarts entre quatre et dix minutes. Parmi les répondants prenant des bains (soit environ 25 % de l’échantillon), une majorité prend un bain par semaine. La moyenne s’établit à 0,2 bain par jour et par personne. Lorsqu’on s’intéresse au shampoing fait au moins une fois par semaine, il est très majoritairement réalisé au domicile pendant la douche ou le bain (84 % de citations). À noter que 5 % des répondants font leur shampoing chez le coiffeur et 4 % à l’extérieur dans un autre lieu (salle de sport, travail, piscine, et cetera). Les gestes concernant les économies d’eau sont relativement diffusés en ce qui concerne l’hygiène corporelle : 41 % des répondants arrêtent systématiquement de faire couler l’eau lorsqu’ils se savonnent sous la douche, 68 % durant le brossage des dents, 58 % durant le rasage et 46 % durant le shampoing. Mais près d’un quart ne le font que « Rarement ou jamais » pour la douche et le shampoing. Pour ce qui concerne les usages alimentaires, la modalité « Toujours » est moins citée : 35 % durant la vaisselle et 33 % durant le lavage des légumes. Enfin, les pratiques concernant la récupération de l’eau sont beaucoup plus marginales : respectivement 80 %, 66 % et 82 % des répondants indiquent « Rarement ou jamais » récupérer l’eau lorsqu’ils prennent une douche en attendant qu’elle chauffe, lorsqu’ils lavent les légumes ou lorsqu’ils lavent le sol (pour ceux qui le lavent au moins une fois par semaine).
25En lien avec le troisième enseignement, les informations collectées quant aux pratiques de consommation révèlent que le lieu de travail/d’études et le domicile dépendent d’un seul et même service d’eau pour plus de 69 % des enquêtés (en prenant également en compte les personnes sans activité professionnelle et dans l’hypothèse où ces dernières ne consomment en journée leur eau potable que sur le territoire du service d’eau qui dessert leur domicile). En d’autres termes, les usages journaliers d’eau potable ne sont que très peu déportés sur un autre service. Pour près de 30 % des autres (soit 315 personnes), le service d’eau du lieu de travail ou d’étude est celui de Bordeaux Métropole. Une grande majorité de ceux qui travaillent hors de leur domicile prend un repas sur place, mais 81 % d’entre eux n’y cuisinent pas, même occasionnellement, et un peu plus de la moitié n’y fait jamais la vaisselle. On notera tout de même que 29 % la font Tous les jours, 10 % « Une à trois fois par semaine » et environ 9 % moins souvent. Enfin, un peu plus d’un quart des répondants travaillant hors de leur domicile n’a pas accès à une douche. Quand c’est le cas, la très grande majorité ne prend jamais de douche sur le lieu de travail. Environ 7,5 % de l’échantillon le fait au moins occasionnellement, principalement en raison de la nature de leur activité professionnelle. Plus de 60 % de ceux qui n’ont pas actuellement de douche sur leur lieu de travail n’en prendraient pas si c’était le cas, mais 21 % estiment qu’ils le feraient « De temps en temps » soit 3,5 % de l’échantillon total. Notons enfin que 64 % des étudiants qui n’étudient pas à domicile n’ont pas de douche sur le lieu d’études et que plus de 70 % n’en prendraient pas si c’était le cas. D’ailleurs, la très grande majorité de ceux qui le pourraient ne s’en sert jamais. Parmi les étudiants qui travaillent, 29 % n’ont pas de douche sur le lieu de travail et la quasi-totalité des autres ne l’utilise pas.
26Concernant les pratiques de consommation d’eau potable en vacances, durant les fins de semaine ou les loisirs, la fréquence des douches à l’extérieur est très faible, que cela soit pour les activités sportives ou de loisirs, la visite à des proches ou les sorties : plus de 70 % des répondants disent en effet le faire « Moins d'une fois par mois ou jamais ». Cette part atteint 87 % dans le cas des activités de loisirs, de bénévolat ou artistiques. Les repas à l’extérieur (pique-nique, restaurant, repas partagés, invitations, et cetera) sont rares pour les activités sportives et de loisirs avec, dans les deux cas, environ 70 % de « Moins d’une fois par mois ou jamais ». Ils sont plus fréquents pour les sorties à la journée sur le littoral ou en ville puisque 32 % des répondants disent prendre le repas à l’extérieur « Une fois par mois », 17 % « Plusieurs fois par mois » et environ 10 % « Au moins une fois par semaine ». Ceci est encore plus vrai pour les visites à la journée chez des proches avec 26 % de « Une fois par mois », 23 % de « Plusieurs fois par mois » et 10 % de « Une fois par semaine » et 4 % de « Plusieurs fois par semaine ».
27En synthèse, les principaux résultats sur les pratiques individuelles montrent que les activités consommatrices d’eau à domicile sont peu déportées sur d’autres lieux. En effet, un faible nombre de répondants indique se laver les cheveux à l’extérieur, prendre une douche sur le lieu de travail ou d’étude ou encore préparer le repas et laver la vaisselle sur place lorsqu’ils déjeunent sur leur lieu de travail. Les consommations d’eau déportées concerneraient donc essentiellement les usages « obligatoires » tels que les boissons durant la journée, le lavage des mains et les chasses d’eau des toilettes. De plus, pour presque 70 % des enquêtés, les usages journaliers relèvent d’un même service d’eau de sorte que la consommation domestique d’eau potable dans le département de la Gironde est essentiellement expliquée par les usages au domicile et est peu déportée sur d’autres services. Si les économies d’eau sont bien diffusées en ce qui concerne l’hygiène corporelle, elles le sont un peu moins pour les usages alimentaires. Les pratiques de récupération d’eau sont quant à elles beaucoup plus marginales. En termes de prospective, si des douches étaient disponibles sur le lieu de travail ou d’étude, les répondants n’en prendraient probablement pas, ou très irrégulièrement, avec une influence presque négligeable sur la consommation d’eau.
28À partir des informations sur les différents postes de consommation d’eau potable issues de l’enquête, nous avons cherché à reconstituer les consommations, dans le but de vérifier si la répartition provenant du Centre d’information sur l’eau (CIEau)9, habituellement prise comme référence dans les actions de communication sur les économies d'eau a pu évoluer et, le cas échéant, d’en proposer une nouvelle. Ce travail nécessite toutefois de poser certaines hypothèses sur des valeurs insuffisamment connues et de mobiliser des informations complémentaires provenant de divers organismes spécialisés ou associations, ou encore de sites internet liés à des usages spécifiques, tels que les fabricants de lave-linges ou les constructeurs de piscines.
29Dans ce qui suit, les usages de l'eau sont distingués selon leur dépendance ou non à la présence et au nombre de personnes composant le ménage, ainsi qu'aux équipements (lave-vaisselle, lave-linge) présents dans le foyer. Par exemple, les consommations liées aux toilettes vont dépendre du nombre de personnes présentes au domicile, alors que ce n’est (a priori) pas le cas de l'arrosage ; celles liées à la vaisselle et au lavage du linge évoluent également avec la présence et le nombre de personnes dans le logement. Enfin, d'autres usages sont liés principalement au logement et à ses caractéristiques (maison vs appartement, présence ou non d'un jardin ou d'une piscine, et cetera), mais peuvent dépendre de la façon dont les habitants utilisent l'eau (par exemple, fréquence d'arrosage, fréquence d'utilisation/remplissage de la piscine). La distinction des usages en fonction des caractéristiques précédemment citées est présentée dans le tableau 2 qui synthétise les données prises en compte pour réaliser cette reconstitution (voir détails des hypothèses et calculs dans les annexes).
Tableau 2. Reconstitution des consommations d’eau à partir des données d’enquête et des hypothèses moyennes
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Catégories de consommations
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Catégories d’usages
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Données de l’enquête mobilisées
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Hypothèses formulées
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Volumes dépendant uniquement du nombre et de la présence des membres du foyer
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Hygiène corporelle
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Nombre moyen de : - douches par jour - bains hebdomadaires - lavages de main par jour - lavage des dents par jour
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Débit moyen des douches Volume moyen par bain, lavage de mains ou de dents
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WC
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Nombre de chasses d'eau simple et/ou double bouton Nombre de jours de présence à domicile
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Nombre de passage aux toilettes Volume moyen des chasses d'eau
Nombre d'heures travaillées hors domicile
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Alimentation
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Nombre moyen de : - repas pris à l'extérieur - repas préparés à la maison
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Volume moyen d’eau utilisé par repas préparé
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Volumes dépendant du nombre de membres du foyer et des équipements
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Vaisselle
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Taux d’équipement en lave-vaisselle Nombre moyen de cycles de lave-vaisselle par semaine
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Volume moyen d’eau consommé : - par cycle de lave-vaisselle - pour une vaisselle à la main Répartition lave-vaisselle/vaisselle à la main
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Linge
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Nombre de cycles de lave-linge par semaine
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Volume moyen d’eau consommé par cycle de lave-linge
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Volumes indépendants du nombre de membres du foyer et de leur présence, mais dépendant uniquement des équipements et des caractéristiques du logement
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Arrosage
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Surface de jardin Nombre de plantes Fréquence d'arrosage du jardin Fréquence d’arrosage des plantes Existence d'une ressource alternative
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Durée de la période d'arrosage Répartition des surfaces par type de plantes (pelouse, potager, plantes ornementales) Correspondance fréquence/temps d'arrosage/type de plantes Utilisation de la ressource alternative
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Ménage
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Fréquence de ménage Surface de lavage
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Volume moyen d’eau consommé par lavage et par m²
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Piscine fixe
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Taux d’équipement en piscine (pour les maisons individuelles) Surface moyenne des piscines
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Volume moyen d'évaporation pendant la période estivale Volume perdu par usage de piscine (correspondant au volume de remplissage)
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Véhicules
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Nombre de véhicules Fréquence de lavage des véhicules Lieu de lavage Type de lavage
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Volume moyen d’eau consommé par lavage
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Animaux
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Nombre d'animaux et type d'animaux
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Volume moyen d’eau consommé par type d'animaux
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30Dans les résultats présentés ci-après, ce sont les hypothèses « moyennes » pour chacun des usages qui sont utilisées lors d’un jour « moyen ». Pour ce faire, nous avons divisé le volume annuel consommé par 365 afin de tenir compte : (i) de la présence ou non de la (ou des) personne(s) dans le logement durant la journée, en distinguant jour de semaine (et donc de travail et d’études) et fins de semaine ; (ii) des périodes de congés ; et (iii) des périodes nécessitant l'arrosage du jardin ou d'utilisation de la piscine par exemple (annexe 1).
31La répartition des consommations par usage reconstituée selon la méthodologie précédemment détaillée est présentée dans la figure 1.
Figure 1. Répartition des consommations en fonction des usages
32À notre connaissance, seule l'étude du CIEau recense la distribution des consommations domestiques en fonction des usages. Ce travail arrive à la répartition suivante : 39 % pour les bains et douches, 20 % pour les WC, 12 % pour le lavage du linge, 10 % pour la vaisselle, 7 % pour la cuisine et l’eau de boisson, 6 % pour le jardin, les 6 % restant représentant les autres usages divers. Dans notre cas, la part de l'hygiène corporelle est en moyenne de dix points supérieure aux estimations du CIEau, voire de 25 points si on ne considère que les appartements. De même, la consommation pour le jardin est bien plus importante, notamment dans le cas des maisons (13 points au-dessus). La valeur pour le poste WC est plus proche de la valeur habituellement utilisée. Par contre, nous obtenons des résultats en moyenne de quatre à sept points inférieurs à ceux du CIEau pour les postes liés au linge, à la vaisselle et à l’alimentation (cuisine et boisson).
33Il convient cependant de prendre en compte les incertitudes liées à nos hypothèses. La figure 2 présente les estimations minimales et maximales ainsi que le ratio entre hypothèses basse et haute, selon les usages. Le plus grand écart concerne l'arrosage, et ce pour plusieurs raisons : (i) une répartition en termes de surfaces a été allouée entre les catégories d'espaces verts à partir de la surface de jardin privatif renseignée dans le questionnaire et des typologies d’espaces arrosés (gazon/pelouse, plantes ornementales, arbres, potager), mais ces surfaces n’ont pas été directement demandées aux enquêtés ; (ii) les fréquences d'arrosage annoncées dans l’enquête (« Très régulièrement », « De temps en temps », « Exceptionnellement », « Jamais ») ont été traduites en jours d’arrosage par semaine ; (iii) un débit ou volume a été associé à chaque type d'arrosage (arrosoir, tuyau, aspersion, goutte-à-goutte) pour aboutir à une consommation unitaire (exprimée en litres par m2 de surface arrosée) ; (iv) l’utilisation d’une ressource alternative à l’eau du robinet a été prise en compte pour l’arrosage si elle avait été déclarée dans l’enquête ; (v) le choix de la période d'arrosage a été fixé à 5 mois, mais peut varier d'une année à l'autre. Le cumul de ces hypothèses entraîne donc une incertitude relativement forte (voir annexe 5, tableau H pour les détails). À noter concernant la vaisselle que, bien que le volume d’eau estimé par habitant soit faible, l'incertitude est également élevée. En effet, les hypothèses sont nombreuses et concernent à la fois la consommation du lave-vaisselle, son taux de remplissage, la répartition entre vaisselle à la main et lave-vaisselle, et la façon de faire la vaisselle à la main, voire le fait que certaines personnes pré-lavent leur vaisselle à la main avant de la mettre en machine (annexe 4, tableau F). Pour les autres usages, le ratio est au maximum de deux entre la valeur maximale et la valeur minimale. Les facteurs d'incertitudes sont moins nombreux, mais peuvent cependant entraîner une forte variation. C'est le cas de l’hygiène corporelle pour laquelle une variation de débit de la douche de dix à vingt litres par minute double le volume journalier consommé par habitant, alors même que ce dernier est le poste le plus important dans l'usage à domicile (annexe 3, tableau B).
Figure 2. Valeurs maximale et minimale des volumes journaliers par habitant par usage
Les valeurs maximale et minimale des volumes journaliers par habitant par usage ont été estimées selon les hypothèses hautes et basses (histogrammes, axe de gauche) / ratios entre volume maximum et volume minimum (losanges, axe de droite).
34Cette répartition par usage ainsi que les hypothèses associées nous permettent d’estimer des économies d'eau envisageables en fonction de scénarios prenant en considération des modifications d'usages et de matériels. Le tableau 3 présente l’hypothèse où tous les équipements sont hydro-économes, ce qui permettrait une économie d’eau de 35 litres par jour par personne sur l'échantillon enquêté, toutes choses égales par ailleurs.
Tableau 3. Quantification des économies d’eau selon les actions envisagées
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Usage
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Actions
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Gain envisageable (en litres/jour/personne)
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Douche
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100 % des douches à 10 litres/min
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23
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WC
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100 % des toilettes équipées d’une double-chasse (et usage associé)
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6,8
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Vaisselle
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100 % des logements équipés en lave-vaisselle (et aucune vaisselle à la main)
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2,8
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Linge
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100 % des lave-linges « économes »
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2,4
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Gain total
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35
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Le gain correspond à la différence entre les consommations par personne issues de l'enquête et les consommations sur la base d'équipements tous hydro-économes.
35Le travail d'enquête proposé dans cet article avait pour objectif de mieux connaître où et quand les ménages girondins consomment de l'eau potable, afin d’affiner la connaissance sur les volumes prélevés et d’orienter les actions de sensibilisation des ménages à la préservation de la ressource. Ce travail fournit une meilleure connaissance des pratiques, par exemple la moyenne de 1,1 douche par jour par personne, ou des équipements, comme la part de chasses d'eau avec double bouton (67 %). Un autre calcul prenant en compte les taux de vidange des piscines et l'évaporation nous montre qu’elles consomment en moyenne un minimum de 16 m3 par an (hors remplissage initial). Enfin, la consommation en dehors du domicile est très faible et ne concerne que les usages de boisson, lavage de mains et WC. Des données sur les temps de séjour en dehors du domicile, du fait des vacances et des fins de semaine, ont également été recueillies. Les congés, pour les 70 % des foyers qui en prennent, durent en moyenne 3,3 semaines par an, dont environ quatre jours en Gironde. Ces informations permettent d'affiner la connaissance des usages au domicile, mais aussi la reconstitution des consommations à l'échelle des ménages.
36Les résultats de cet exercice de reconstitution ont été comparés à ceux proposés par le CIEau (enquête réalisée à l'échelle nationale en 2007). Nous observons ainsi que la part liée à l'hygiène corporelle est plus élevée dans notre enquête, de même que celle liée au jardin. À l’inverse, les consommations liées au linge, à la vaisselle et à l’alimentation sont inférieures aux estimations du CIEau. Il est peu probable que ces différences soient liées à des spécificités de la consommation d’eau girondine. Par contre, elles sont certainement pour partie issues des nombreuses hypothèses complémentaires qui ont été formulées dans notre étude (taux de présence à domicile, volumes moyens utilisés par les différents équipements, période d’arrosage, évaporation des piscines, et cetera), ainsi que des hypothèses émises par le CIEau auxquelles nous n’avons pas eu accès. Une autre partie est aussi probablement à mettre sur le compte de la généralisation des équipements hydro-économes et à l’évolution des pratiques durant les treize années séparant les deux études.
37Même si les pratiques des ménages enquêtés pourraient raisonnablement refléter celles de la population girondine, les résultats de cette étude n’ont pas vocation à être extrapolés au niveau national. Toutefois, dans le cadre de la gestion de la ressource en eau en Gironde, cette actualisation des consommations domestiques par type d’usage devrait permettre dans un premier temps d’orienter les économies d'eau de façon plus efficace pour maintenir l'objectif annuel de 75 m3 prélevés par habitant fixé par le SAGE Nappes profondes de Gironde. Dans un deuxième temps elle pourrait permettre de limiter des investissements supplémentaires pour préserver la ressource (en termes d’infrastructures et de recherche de ressources de substitution). Le faible report des consommations hors du domicile constaté dans l'étude indique l'intérêt de mener des actions ciblées vers les usages au sein des logements, en lien avec les services d'eau afférents, ceci dans le cadre de l'objectif « -10 % des prélèvements » du « Plan eau » du gouvernement annoncé le 30 mars 2023. Ce plan de sobriété prévoit par ailleurs un investissement important dans la réutilisation des eaux usées et une tarification progressive et « responsabilisante » de l’eau. Si cette dernière envoie un signal fort, son influence sur les volumes consommés est plus relative (Mayol, 2017) et cet outil peut se révéler complexe, dans son appréhension par les usagers (Mayol et Staropoli, 2021) comme dans sa mise en œuvre (Mayol et Porcher, 2019). D’autres leviers méritent donc d’être étudiés. Dans ce cadre, une meilleure connaissance de la répartition de la consommation domestique d’eau potable (par usage et par localité) telle que proposée dans ce travail se révèle être un atout déterminant pour sensibiliser les ménages sur les usages les plus consommateurs d’eau, via par exemple des solutions comportementales telles que des « coups de pouces » (ou « nudges » en anglais) (Lecourt et al., 2024), mais aussi pour mieux caractériser le volume d’eaux grises pouvant potentiellement être réutilisé (Roshan et Kumar, 2020).
- 10 D’une part, notre enquête a montré que 40 % des maisons possédaient une piscine. La valeur de 100 0 (...)
38La connaissance des volumes moyens d’eau par piscine nous permet déjà, par exemple, d’envisager les économies potentielles d’eau liées à cet usage. En estimant le nombre de piscines à 100 000 piscines en Gironde10, on peut estimer le volume à, au moins, 1,6 million de m3, soit 1,3 % des 120 millions de m3 prélevés annuellement. Des informations plus détaillées, notamment par typologie de logement ou de ménage, permettraient de faire de même pour les autres usages domestiques. Cela passe par des expérimentations mobilisant des mesures de débits associés aux équipements domestiques et des mesures des volumes consommés, en conditions réelles dans les foyers, en lien avec chaque usage. De telles observations permettraient de s’affranchir des biais inhérents à toute enquête déclarative telle que celle menée dans ce travail et des leviers d’action pourraient dès lors être imaginés, qui inciteraient à limiter, voire contraindraient certains usages par type de logements à court terme en cas de sécheresse. La politique d'incitation aux économies d'eau pourrait, elle, être déclinée par type de ménage. Par exemple, alors que les résidences secondaires et les logements occasionnels représentent près de 10 % du parc de logements français (Insee, 2020) et 8,9 % en Gironde en 2020 (Insee, 2024a), les données spécifiques de consommation qui leur sont associées sont difficiles à obtenir (par exemple, leurs taux et période d’occupation, les équipements présents, les différents usages de l’eau). Certaines études montrent pourtant que, lorsqu’elles sont plus nombreuses, prendre en compte les résidences secondaires d’un territoire augmente significativement la consommation moyenne estimée à partir des seuls ménages résidant de manière permanente (Favre et Montginoul, 2020). Il faudrait également prendre en compte l'évolution des hébergements touristiques et des équipements aquatiques, dont une partie de la consommation est considérée comme domestique, éléments que nous n’avons pas été en mesure d’intégrer à notre analyse.
- 11 Chiffre provenant de la réunion de la Commission locale de l'eau du SAGE Nappes profondes de Girond (...)
- 12 Pour plus d’informations, voir l’article du Commissariat Général au Développement Durable mis à jou (...)
39Pour conclure, il est important de préciser que la consommation domestique représente 70 à 80 % des consommations d’eau potable en Gironde11. Agir prioritairement sur la consommation au sein des foyers s’avère donc plus efficace, mais des actions ciblées sur d’autres types de consommations d’eau potable (tourisme et viti-viniculture en tant que secteurs particulièrement consommateurs en Gironde, services publics en termes d’exemplarité) doivent être adoptées en complément. Enfin, l’usage eau potable ne concerne que 30 % des prélèvements d’eau (hors prélèvements pour les centrales nucléaires)12. Il est donc important que l’ensemble des acteurs soient mis à contribution afin d’assurer la préservation de la qualité et de la quantité de ce bien commun, dans le cadre d'une gouvernance partagée.