Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet « NaNA – la Nature en Nouvelle-Aquitaine, entre innovations gestionnaires et valorisation culturelle : le cas des parcs naturels régionaux (2019-2024) financé par la Région Nouvelle-Aquitaine. L’auteure du texte remercie les deux relecteurs pour leurs suggestions constructives ayant permis l’amélioration de l’article.
1La géodiversité concerne :
« des biens à caractère géologique (roches, minéraux, fossiles), géomorphologique (formes de relief), pédologique (sols) et hydrologique (i.e. rivières, lacs, nappes souterraines) dont certaines formes sont aujourd’hui sujettes à une reconnaissance patrimoniale : le géopatrimoine. Il concerne des éléments de toutes tailles (de l’infra-microscopique – comme les surfaces de contact entre les minéraux - à l’échelle des grands ensembles paysagers), dont les caractéristiques sont inventoriées et évaluées selon différents critères scientifiques dans l’objectif d’une protection et/ou d’une valorisation, signe qu’un groupe social ou une collectivité les considère comme intrinsèquement ou extrinsèquement importants au point de devoir être conservés et transmis aux générations futures. » (Bétard et al., 2017, p. 524)
2À l’échelle mondiale, les inventaires géopatrimoniaux ont été lancés dans les années 1990 suite à la Déclaration internationale des Droits de la mémoire de la Terre (1991). Si les prémisses de la reconnaissance géopatrimoniale se lisaient déjà dans l’article 2 de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel de l’Unesco (1972), le réseau mondial des géoparcs a été labellisé Unesco en 2015. Ces nouveaux espaces ont pour objectif de promouvoir le géopatrimoine, de protéger les géosites et de faire reconnaitre les éléments abiotiques comme une composante fondamentale du paysage, en tant que ressource économique, vecteur d’un développement local géo-touristique. En France, sans revenir sur l’ensemble du processus de reconnaissance du géopatrimoine (voir les articles de Bétard et al., 2023a ; Bétard et al., 2023b), quelques jalons temporels sont à indiquer dès à présent afin de saisir la démarche qui a guidé cette étude :
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le premier concerne l’époque proto-patrimoniale (quand le géopatrimoine était indirectement protégé), avec notamment l’inscription et le classement de sites selon les critères de la loi 1930 ;
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le deuxième s’appuie sur la Loi de la protection de la nature (1976) et l’institution des réserves naturelles, dont certaines présentent un patrimoine géologique remarquable reconnu ;
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enfin, les textes fondateurs de la reconnaissance du géopatrimoine s’inscrivent dans la Loi relative à la démocratie de proximité de 2002. Elle institue l’inventaire du patrimoine naturel pour l’ensemble du territoire national terrestre, fluvial et marin dont « les richesses écologiques, faunistiques, floristiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques » font partie (article L. 411-5 du code de l’environnement).
3En 2007, l’Inventaire national du patrimoine géologique (INPG) est officiellement lancé. Il est porté par le Muséum national d’Histoire naturelle, décliné en régions. En 2019, le terme « géodiversité » est inscrit dans le code de l’environnement (article L110-1).
4Malgré ce processus de reconnaissance institutionnelle du géopatrimoine lancé depuis 16 ans - et depuis plus longtemps encore si l’on prend pour point de départ le texte de 1991 – le géopatrimoine semble toujours ignoré ou du moins non encore « révélé ». Déjà, en 2012, Giusti et Cayla et al., puis en 2017, Clivaz et Reynard, posent la question de l’a-visibilité et de la révélation des géomorphosites, ces derniers étant définis comme les « [f]ormes du relief ayant acquis une valeur scientifique – critère principal, culturelle et historique, esthétique et/ou socio-économique – critères additionnels, en raison de leur perception ou de leur exploitation par l’homme » (Reynard et Panizza, 2005, p. 177). Leurs réflexions indiquent ce qui peut les rendre invisibles : l’invisibilité originelle et/ou perceptive, l’inaccessibilité physique, des éléments masquant de type barrages à l’éradication anthropique (extractivisme, aménagement routier, urbanisation, et cetera), les masques du pittoresque. L’inaccessibilité conceptuelle est employée lorsque le site est connu et/ou valorisé selon d’autres critères que géopatrimoniaux (Cayla et al. 2012). En 2019, Portal et Bétard constatent que la nature abiotique peine aussi à trouver sa place dans les recherches menées par les géographes français sur la nature alors que les supports de publications internationaux montrent un très fort dynamisme sur ce thème (voir par exemple les revues Geoheritage ou International Journal of Geoheritage and Parks).
- 1 Projet financé par la région Nouvelle-Aquitaine (2019-2024).
- 2 Il s’agit des géoparcs du Lubéron, des causses du Quercy, des Bauges, des monts d’Ardèche et des ré (...)
- 3 Selon les données métropolitaines disponibles, la région Occitanie compte 908 géosites, Auvergne-Rh (...)
5Dans le cadre du projet régional « NaNA – la Nature en Nouvelle-Aquitaine, entre innovations gestionnaires et valorisation culturelle : le cas des parcs naturels régionaux » (PNR)1, nous avons questionné ces espaces sur le sujet géopatrimonial. L’étude est partie d’un double constat qui découle de la cartographie des géoparcs en France. Premièrement, sur les neuf territoires labellisés, six s’appuient sur une structure PNR2. Celle-ci semble donc être privilégiée pour candidater et obtenir le label de l’Unesco. Deuxièmement, il n’y a aucun géoparc dans la région Nouvelle-Aquitaine alors que celle-ci compte cinq parcs naturels régionaux (trois sont en projet) et que 513 géosites ont été inventoriés par l’INPG. S’il ne s’agit donc pas d’un vide géopatrimonial – dans ce domaine, la Nouvelle-Aquitaine serait plutôt riche comparativement aux autres régions françaises !3 - comment expliquer cette absence de géoparc dans la plus grande région métropolitaine française ? Les géosites néo-aquitains se situent-ils hors des espaces de type « parc » ? Le géopatrimoine et plus largement la géodiversité sont-ils absents des parcs ou sont-ils simplement « masqués » par d’autres éléments patrimoniaux en attendant d’être révélés ? Les parcs se sont-ils saisis de ce patrimoine sans candidater au label ?
6Afin d’identifier la place du géopatrimoine dans les PNR de Nouvelle-Aquitaine, nous avons reconstitué les trajectoires géopatrimoniales des parcs naturels, des prémisses à une possible reconnaissance effective. Pour cela, nous nous sommes appuyés sur l’ensemble des chartes des parcs établies depuis leur création : ces documents, prospectifs, permettent d’identifier la place de la géodiversité et du géopatrimoine dans les projets successifs associés à chaque parc. Il s’agit de comprendre, par exemple, si cette absence est totale (pas de mention depuis la création du parc) ou si elle tend à une reconnaissance en fonction des projets des parcs et dans ce cas, sous quelle forme. Adossée à cette investigation littéraire, une cartographie est produite à l’échelle de la Région : ce second support permet d’identifier les espaces « géopatrimonialement vides » et ceux qui sont « pleins » ; la constitution d’un système d’information géographique a aussi permis d’alimenter les recherches ciblées dans les onze chartes étudiées. À l’échelle de chaque parc, l’étude cartographique montre en particulier des superpositions de sites à valeurs patrimoniales multiples : par exemple, un site classé et une réserve naturelle se superposent totalement ou partiellement à un géosite : ils peuvent alors constituer des éléments invisibilisant le géosite (les « masques », pour reprendre l’expression de Cayla et al., 2012), mais ils peuvent aussi être sollicités pour révéler le géopatrimoine : des orientations de lecture géopatrimoniale sont proposées et les masques se transforment alors en potentiel géopatrimonial.
7Dans le cadre du projet NaNA, les PNR sont les terrains privilégiés pour l’étude des dynamiques patrimoniales portant sur la nature et les paysages. Dans la recherche présentée ici, c’est la nature géopatrimoniale qui va être saisie selon une démarche diachronique et cartographique. Elle est menée sur les cinq parcs naturels régionaux créés entre le début des années 1970 et 2019 et sur les trois parcs actuellement en projet (figure 1 ; pour la localisation, voir figure 2).
Figure 1. Présentation synoptique des parcs naturels régionaux existants et en projet de la Région Nouvelle-Aquitaine
- 4 L’auteure de ce texte précise qu’elle est membre du Conseil scientifique et prospectif du projet de (...)
8Si ces derniers n’en sont pas au même stade dans la procédure de création, le processus avance pour chacun d’eux : le territoire de Gâtine poitevine est à l’ultime étape de validation de la charte constitutive ; la charte du PNR en projet Montagne Basque est en cours d’écriture et le territoire des Marais littoraux charentais a lancé son étude de préfiguration4.
- 5 Pour plus d’informations, voir le site internet de la Fédération des parcs naturels régionaux [En l (...)
9Selon la Fédération des parcs naturels régionaux de France, « la charte d'un Parc naturel régional est le contrat qui concrétise le projet de protection et de développement durable élaboré pour son territoire [...]. Elle fixe les objectifs à atteindre, les orientations de protection, de mise en valeur et de développement du Parc, ainsi que les mesures qui lui permettent de les mettre en œuvre [...]. Elle a une validité de 15 ans depuis la loi Biodiversité adoptée en 2016. Une procédure de révision de la charte permet, au vu de l'action du Parc, de redéfinir son nouveau projet et de reconduire son classement. Les Parcs naturels régionaux sont particuliers dans la gestion de leurs territoires car ils ont adopté un positionnement majeur sur la protection et la valorisation du patrimoine (nature, culture, paysage) ».5 Les chartes vont ainsi constituer un matériau d’étude privilégié puisqu’au-delà de leur valeur juridique, administrative et prospective, ces documents sont aussi des inventaires des patrimoines d’un territoire. Dans chacune d’elles sont indiqués les patrimoines à reconnaitre et à protéger via la mise en place d’orientations et de mesures que les parcs s’engagent à suivre et à mener pour les quinze années qui suivent l’acceptation de la charte. Nous avons finalement considéré les chartes comme des discours menés sur chacun des espaces parc. Pour les trois parcs en projet, les préfigurations des chartes ou les grandes orientations patrimoniales déclinées sur les sites internet des projets ont été mobilisées.
- 6 Cette annexe est à disposition des lecteurs sur la plateforme Nakala dans le cadre de la politique (...)
10L’objectif est d’identifier la place et le rôle de la géodiversité et du géopatrimoine dans les onze chartes des cinq PNR existants, des chartes constitutives à celles en cours. Au début de cette étude, une analyse des données textuelles était envisagée : il s’agissait d’étudier le vocabulaire des chartes qui s’organisent alors en corpus. Comme souvent en analyse textuelle, l’objectif était de s’appuyer sur des indicateurs statistiques (fréquence et proximité des mots entre eux, co-occurrences et cetera) et sur l’utilisation de logiciels spécifiques (Iramuteq, txm et cetera) (voir Comby, et al. 2016 ; Comby E., Le Lay Y-F. 2019 et plus largement, sur le recours à l'analyse textuelle en géographie : Le Lay Y-F., 2013). Après un premier essai, il s’est avéré que, dans les chartes les plus récentes, le terme « géopatrimoine » et les occurrences associées (géosite, géodiversité) étaient trop peu utilisés pour permettre cette démarche, ce qui pose une première interrogation : est-ce uniquement une question terminologique – ces néologismes n’ont pas encore été appropriés, ou le géopatrimoine est-il vraiment absent des chartes et donc des projets des parcs ? S'il ne s'agit pas seulement d'une question terminologique, selon quels termes apparait-il ? Une lecture fine et détaillée des chartes a donc été menée et cinq rubriques ont été identifiées : l’annexe 16 contient l’ensemble des passages qui ont été extraits de chaque charte. Les annexes 2 à 9 proposent une synthèse de la lecture menée selon ces cinq rubriques (colonne de gauche des tableaux).
11La rubrique « terminologie directe » vise à identifier la présence des occurrences qui se rapportent directement au géopatrimoine (géologie/géologique, géomorphologie/géomorphologique, géodiversité, géopatrimoine, géosite/site géologique) ou qui peuvent y être reliées (relief, roche, sol, pédologie) ; les termes associés aux types de sol, roche ou de relief ont été recherchés en fonction des caractéristiques de chaque PNR (sable, calcaire, granite) parfois élargi à des termes topographiques (dune, île). Il s’agit aussi de repérer l’éventuelle apparition des néologismes « géo » (géodiversité, géopatrimoine, géosite, après les années 1990) et les projets qui y seraient reliés ; les sites de l’INPG qui se situent dans les limites des parcs ont été référencés dans cette rubrique grâce à leur cartographie et aux bases de données spatialisées disponibles, mentionnées dans le point suivant. Ils ont été recherchés dans chaque charte et une fois identifiés, même pour d’autres raisons que pour leur importance géopatrimoniale, les termes et le contexte qui leur sont associés ont aussi été reportés.
12La rubrique « terminologie indirecte » mobilise les expressions « patrimoine naturel », « patrimoine culturel » et « paysage ». Elle a pour objectif de déceler la présence du géopatrimoine derrière ces locutions. Autrement dit, il s’agit de voir si ces trois termes, très larges dans leur contenu, font référence au géopatrimoine et si oui, de quelle façon. Ainsi, derrière l’expression « patrimoine naturel », ce sont aussi les termes « habitat », « zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) », « Natura 2000 », « réserve » qui ont été recherchés pour identifier le géopatrimoine dans le cadre de la préservation de la biodiversité ; les termes associés aux « mines », « carrières », « bâti », « matériaux de construction », « archéologie/archéologique » ont guidé plus spécifiquement les recherches sur la dimension culturelle du géopatrimoine ; le terme « paysage » étant très mobilisé, nous avons plus spécifiquement retenu les passages décrivant la topographie (vallonnée, accidentée, et cetera), et la mise en valeur de « sites » et de « points de vue ». Compte tenu du nombre d’occurrences très important pour ces termes, fondateurs de l’existence des parcs, des synthèses sont parfois proposées dans l’annexe 1.
- 7 Les Zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF) n’ont donc pas été in (...)
13La rubrique « proto-géopatrimoine » s’appuie sur le référencement des sites inscrits et classés et des espaces naturels protégés englobés par les PNR. Il s’agit de repérer les sites et espaces porteurs d’une valeur géopatrimoniale sans que celle-ci ne soit explicitement reconnue. Nous n’avons retenu que les sites et espaces dont les mesures de protection sont réglementaires7 soit les sites classés et/ou inscrits pour leurs valeurs artistique, historique, légendaire, pittoresque et/ou scientifique (loi du 2 mai 1930), les espaces de biodiversité remarquable soit les sites Natura 2000 (N2000), les arrêtés de biotopes (APB), les réserves naturelles nationales (RNN) et régionale (RNR). Cette rubrique vient compléter la précédente à l’échelle de sites. Elle permet notamment de repérer les masques pittoresques et associés à la biodiversité concourant potentiellement à une invisibilisation du géopatrimoine.
14La rubrique « géodiversité photographiée » ajoute une dimension iconographique à cette étude. Pour chaque charte, les photographies illustrant la géodiversité des PNR ont été repérées. Les prises de vue (horizontales, aériennes, et cetera) ont aussi été indiquées afin d’identifier les éventuelles évolutions dans les modalités de valorisation des paysages. L’analyse de ces photographies permet aussi de repérer des décalages entre les images et les discours portés par les chartes.
15En fonction des contextes de chaque parc, des termes complémentaires ont été notés dans la rubrique « autres termes spécifiques ». Ils sont rattachés à l’approche géopatrimoniale en recoupant des thèmes comme les risques, les études hydrogéologiques ou les études paysagères spécifiques.
16Une fois les occurrences répertoriées pour chacune des chartes, il s’agit de déterminer la façon dont est abordée la géodiversité dans chaque rubrique. Ainsi, si les éléments géologiques et géomorphologiques sont reconnus comme ayant une ou plusieurs valeurs patrimoniales au sens strict (par exemple, l'INPG), ils sont reconnus comme géopatrimoniaux (point 6 ci-dessous) ; s’ils sont décrits comme « habitat » pour la faune ou la flore, ils s’inscrivent dans une dimension patrimoniale écologique, mais ne sont pas abordés directement comme étant porteurs d’une valeur patrimoniale intrinsèque : ils sont donc « masqués » par un autre patrimoine. Cette démarche a permis d’identifier cinq catégories « invisibilisant » le géopatrimoine. Dans les annexes 2 à 9, ils sont notés dans les colonnes de chaque charte :
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« contexte » : les éléments géologiques et géomorphologiques sont évoqués pour présenter la configuration générale du parc. Ils sont le plus souvent accolés à un vocabulaire relevant de la topographie ;
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« paysage » : les éléments géologiques et géomorphologiques sont appelés lorsque la charte aborde les configurations et les structures paysagères du territoire. Quand ils sont mentionnés comme étant des composants « identitaires » ou « emblématiques » du parc, l’expression « paysage-socle » est utilisée, le terme socle étant entendu comme armature du paysage, inscrit dans le temps long – géologique – et lui donnant une singularité (Davodeau, 2008).
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« biodiversité » : les éléments géologiques et géomorphologiques sont mobilisés spécifiquement pour la description des milieux naturels et des habitats ;
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« artistique » : les éléments géologiques et géomorphologiques sont les supports ou les moteurs de démarches artistiques (spectacle, littérature, peinture, et cetera) ;
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« géosciences » : évocation des éléments géologique et géomorphologique dans un contexte de recherche ou d’expertise scientifique associés en particulier aux connaissances hydrogéologiques et écosystémiques. Le thème apparait notamment dans les spécialités des membres des conseils scientifiques des parcs ;
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« géopatrimoine » : les éléments géologiques et géomorphologiques sont décrits comme ayant une valeur patrimoniale.
17La charte étant un document prospectif, quatre locutions relevant davantage de cette dimension prévisionnelle viennent compléter les termes utilisés dans cette rubrique. Des précisions sont ponctuellement indiquées pour mieux cerner la place des éléments associés à la géodiversité. Ces termes se retrouvent généralement dans les « mesures » et « orientations » indiquées dans les chartes :
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« valorisation » signifie que les éléments identifiés seront à prendre en considération pour être transmis au public, matériellement et avec les savoirs associés. À travers la transmission, la dimension patrimoniale est nécessairement présente même si elle n’est pas affichée comme telle ;
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« aménagement » indique que les termes sont utilisés principalement pour des questions d’occupation du sol, de révision des plans locaux d’urbanisme, de génie civil, de modification des paysages ou de gestion des risques ;
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le terme « ressource » est mentionné quand les éléments géologiques et géomorphologiques sont évoqués pour des questions économiques (sol-terroir, agriculture, carrières, extractions, gestion de l’eau) et lorsqu’il s’agit de ressources pouvant causer une « vulnérabilité » (qualité de l’eau, activité d’extraction) ;
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« ethnologique » signifie que l’étude et la transmission des savoir-faire et des langues (où la toponymie et l’oronymie peuvent s’inscrire) sont envisagées dans la charte.
18Dans la rubrique « proto-géopatrimoine », les sites inscrits et classés relèvent d’une dimension pittoresque que nous avons indiquée pour chacun d’eux ; les espaces naturels protégés affichent une forte valeur associée à la protection de la biodiversité, terme qui a été reporté. L’étude iconographique fait aussi l’objet d'une petite description. La colonne « potentiels » synthétise les différents masques relevés dans chaque charte et pour chaque rubrique et les transforme en « potentiel géopatrimonial » soit en patrimoine à « révéler ».
19Les trois parcs naturels régionaux en projet ont été intégrés à l’étude (annexes 7 à 9) afin d’établir un premier diagnostic de leur potentiel géopatrimonial. Au sein des limites établies, les sites inventoriés par l’INPG, les sites classés et inscrits et les espaces naturels ont été répertoriés. Les sites internet ont été consultés afin d’identifier, notamment, les photographies présentes sur les pages d’accueil. Comme les chartes ne sont pas finalisées, ces images témoignent des thèmes qui sont donnés à voir, et donc de ce qui, pour les acteurs engagés dans la démarche, constitue l’essence patrimoniale des futurs PNR.
20La constitution des listes des espaces naturels protégés et des sites (géosites de l’INPG, sites classés et inscrits, espaces naturels protégés) s’est appuyée, en plus de leurs mentions éventuelles dans les chartes, sur une cartographie réalisée grâce à un système d’information géographique (figure 2, logiciel QGIS).
Figure 2. Les potentiels géopatrimoniaux dans les parcs naturels régionaux de la Région Nouvelle-Aquitaine : espaces patrimoniaux et géosites multi-patrimoniaux
21Les données spatiales mobilisées font appel à différentes sources récentes, nationales et régionales (figure 3).
Figure 3. Sources et dates des données utilisées pour la cartographie des potentiels géopatrimoniaux de Nouvelle-Aquitaine
22La carte produite a permis d’identifier et de qualifier précisément les espaces patrimoniaux situés à l’intérieur des limites des PNR existants et en projet, et en particulier d’établir une typologie des géosites localisés dans ces PNR ou futurs PNR. Pour la cartographie des parcs en projet, nous avons utilisé les délimitations administratives fournies par la Région Nouvelle-Aquitaine. Au-delà de cet aspect d’inventaire, la cartographie des différentes couches patrimoniales a aussi permis de repérer les superpositions des géosites de l’INPG, des sites inscrits et classés et des espaces naturels protégés : ces empilements indiquent des sites multi-patrimoniaux à forts potentiels. Ils sont référencés dans la colonne « système d’information géographique » des annexes.
23Cette première recherche a permis de repérer l’importance et le contexte dans lesquels les termes associés à la géodiversité et au géopatrimoine sont utilisés. Leur présence, même descriptive, peut se lire comme des prémisses géopatrimoniales : ces éléments sont finalement déjà bien connus – ce sont des héritages – avant d’être reconnus comme patrimoine. Les résultats sont présentés selon les différentes rubriques où trois points sont abordés : d’abord, une analyse par rubrique de l’ensemble des chartes est proposée ; ensuite, les particularités propres à chaque parc sont indiquées et enfin, une analyse cartographique est réalisée.
24Dans la rubrique « terminologie directe », les termes « géologie » et « géomorphologie », lorsqu’ils sont utilisés, apparaissent le plus souvent dans les premières pages des chartes qui présentent l’assise géographique du parc. Le plus souvent, ils sont évoqués en tant qu’éléments majeurs constitutifs du paysage (« paysage-socle »). « Géologie » est le terme le plus souvent utilisé, notamment pour l’importance des connaissances géoscientifiques liées à l’hydrogéologie et à la gestion de l’eau, pour des questions de ressource (eau et sol) et dans le cas d’actions de valorisation. Ces différentes orientations se retrouvent dans la rubrique « autres termes spécifiques » où les termes « géophysique » et « hydrogéologique » concernent le fonctionnement écologique des aquifères et des milieux aquatiques, la qualité et la disponibilité des ressources en eau. Ils sont identifiés avec le terme « vulnérabilité » dans la mesure où les connaissances géoscientifiques visent à améliorer la gestion de l’eau afin d’éviter les désagréments présents ou futurs. « Géomorphologie » (ou « morphologie ») est beaucoup plus rarement employé : dans les deux chartes du PNR de Millevaches en Limousin et dans la charte de 2011 du PNR Périgord-Limousin, le terme est utilisé en lien avec la morphologie des cours d’eau ; dans la charte de 1995 du PNR du Marais poitevin et dans la charte de 2014 du PNR des Landes de Gascogne, la géomorphologie est mobilisée en tant qu’élément constitutif d’entités géologiques et/ou géomorphologiques. Pour le PNR des Landes de Gascogne, les éléments géomorphologiques et pédologiques sont des facteurs de cohérence du « triangle de sable landais » (charte PNR Landes de Gascogne, 2014, p. 232), à prendre en compte dans le projet d'extension du parc ; enfin, ces termes sont associés à des valeurs géopatrimoniales dans les deux chartes du PNR Périgord-Limousin (1998 et 2011) avec l’expression « patrimoine géologique ».
25Les néologismes « géopatrimoine », « géodiversité » et « géosite » ne sont jamais utilisés ; « site géologique » est aussi très peu employé sauf pour le PNR Périgord-Limousin (charte de 2011) et une fois dans la charte de 2014 du PNR des Landes de Gascogne : « Peuvent ainsi figurer, au titre des espaces naturels de qualité, certaines zones humides et lagunes, les vallées de feuillus, des biotopes particuliers à certaines espèces animales ou végétales, rares ou caractéristiques du patrimoine naturel régional, certains sites géologiques » (charte PNR des Landes de Gascogne, 2014, p. 25). Il n’y a pas d’autres mentions à ces sites dans le document. « Relief » s’inscrit dans la description du « paysage-socle » ou comme une ressource spécifique en lien avec les terroirs (agricoles, forestiers, viticoles, paysagers), la biodiversité (habitat de milieux naturels spécifiques), les aménagements (touristique, point de vue, surtout dans le PNR de Millevaches en Limousin) ; le sol (sans que la pédologie ne soit évoquée) est souvent mentionné en tant que ressource agricole (productivité) et en tant qu’ élément à valoriser, en particulier dans les PNR du Marais poitevin et des Landes de Gascogne. S’il est aussi un élément du paysage pris en compte pour déterminer les unités paysagères, il est évoqué très souvent, plus en surface, pour ses modalités d’occupation et donc pour des questions de révision de documents d’aménagement du territoire (« plan d’occupation du sol »).
26Les locutions référencées dans la rubrique « terminologie indirecte » et pour la dimension « patrimoine naturel » s’inscrivent dans les mêmes thèmes : les termes « biodiversité », « paysage », « valorisation », « aménagement » et « ressource » (l’eau en particulier) apparaissent régulièrement. Pour la dimension « patrimoine culturel », ce sont les termes « paysage », « architecture », « bâti » (matériaux de construction) » qui sont particulièrement utilisés. Dans ce dernier contexte, les références associées aux carrières ont été spécifiquement recherchées. Elles sont le plus souvent évoquées pour leur qualité de biotope, pour leur aménagement et/ou réhabilitation post-exploitation et dans certains cas, pour des problématiques d’extension liées à une activité d’extraction toujours en cours. L’archéologie est mentionnée essentiellement pour sa dimension pédagogique, l’approche ethnologique pour les langues - gasconne pour le PNR des Landes de Gascogne et occitane pour le PNR de Millevaches en Limousin, et en lien avec les savoir-faire associés au granite (extraction, taille de pierre, bâti) pour le PNR Périgord-Limousin. Dans cette rubrique, la dimension artistique n’est apparue que pour le site de Vassivière (PNR de Millevaches en Limousin). Enfin, le terme « paysage », transversal, concerne essentiellement l’agriculture (sol) et le « paysage-socle » (« emblématique », « identitaire », « pittoresque »).
27En ce qui concerne les 513 géosites régionaux inventoriés par l’INPG (514 avec le géosite de la pointe d’Arçay dans le PNR du Marais poitevin, en région Pays de la Loire), 70 sites (soit 13.61 % des géosites néo-aquitains) se situent totalement ou partiellement dans le périmètre des cinq parcs naturels régionaux existants (46) et dans les limites actuellement définies des PNR en projet (24). La figure 4 présente les types de géosites dans les PNR existants et dans ceux en projets.
Figure 4. Typologie des géosites des parcs naturels régionaux existants et en projet en Nouvelle-Aquitaine (selon les critères de l’INPG)
- 8 Sont absentes les catégories : volcanisme, hydrogéologie et hydrothermalisme.
28Leur diversité est importante : 10 catégories de l’INPG sur 13 sont représentées8, et on observe que les géosites des PNR néo-aquitains portent une valeur géomorphologique importante (23 géosites sur 70) ; ils s’inscrivent souvent à d’échelle du paysage : cela semble concorder avec l’importance du « paysage-socle » qui émerge des termes utilisés dans les rubriques précédentes, mais semble dissoner avec les utilisations spartiates des termes « géomorphologie » et « relief ». Pour les cinq parcs existants, ces géosites ou sites géologiques ne sont presque jamais évoqués en tant que tel même s’ils peuvent l’être pour d’autres spécificités : seuls le géosite de l’astroblème de Rochechouart-Chassenon (PNR Périgord-Limousin) est mentionné pour ses qualités géopatrimoniale dès la charte de 1998 ; dans la charte de 2011, le lancement de l’INPG, même s’il n’est pas encore finalisé dans la région, n’est pas évoqué. Enfin, le nombre de géosites situés dans des PNR en projet est notable (24 / 70) soulignant la présence d’une valeur géopatrimoniale dans ces éventuels futurs parcs.
- 9 Nous avons aussi retenu les sites en cours de classement.
- 10 Les deux autres réserves sont la réserve naturelle nationale géologique de Saucats et la Brède (198 (...)
29La rubrique proto-géopatrimoniale vise à identifier des sites et des espaces naturels comme potentiels porteurs d’une valeur géopatrimoniale sans que celle-ci ne soit formellement reconnue. Dans l’analyse, leurs dimensions pittoresques et associées à la reconnaissance de la biodiversité sont inscrites comme des généralités : une recherche complémentaire spécifique pour chaque site et espace inventorié serait nécessaire pour identifier précisément leur assise géopatrimoniale, mais celle-ci dépasse le strict cadre des chartes. Des pistes se dégagent cependant de cette première analyse. L’une des premières concerne le nombre important de sites et d’espaces naturels localisés dans les limites des parcs : 57 sites classés et inscrits se situent dans les cinq PNR existants et 54 dans les trois PNR en projet9 soit 111 sites au total. Les PNR néo-aquitains revêtent donc un intérêt pittoresque et un potentiel paysager notable. 106 espaces naturels protégés, tous statuts confondus (Natura 2000, réserve naturelle nationale et régionale, arrêtés de protection de biotope) se situent dans les parcs (56 dans les PNR existants, 50 dans les PNR en projet). Ici aussi, un fort potentiel de reconnaissance géopatrimoniale par l’entrée biodiversité se dégage, qu’une analyse par parc permettra d’affiner. Nous précisons que parmi les quatre réserves naturelles identifiées comme ayant une forte valeur géologique en Nouvelle-Aquitaine, deux se situent dans des PNR existants ou en projet : la réserve naturelle nationale de l’Astroblème de Rochechouart-Chassenon (2008) est dans le PNR Périgord-Limousin et la récente Réserve naturelle nationale du Haut-Poitou (2024), compte un géosite dans le PNR du Marais poitevin (géosite des calcaires à ammonites bathoniens et calloviens de Buffevent) et trois dans le PNR en projet de Gâtine poitevine (géosite de Bois Blanc / La Marbrière / Bois Carré ; géosites de Mollets et des Blanchères) (Poncet, 2021)10.
30Enfin, la « géodiversité photographiée » recouvre les thèmes précédemment évoqués (paysage, milieux naturels, archéologie, écologie) sans qu’aucune image n’illustre ou ne présente de valeur géopatrimoniale clairement identifiée. Sur les 11 chartes étudiées, le nombre de photographies varie de zéro (souvent les chartes constitutives) à plus de 170 pour la dernière charte du PNR de Millevaches en Limousin. Cela s’explique certainement par la forte implication du Parc dans l’inventaire de ses paysages. En général, les prises de vue sont horizontales ou en légère plongée – prise d’un promontoire par exemple, et des images aériennes sont intégrées systématiquement à partir des chartes des années 1990.
31Pour chaque parc, les histoires de la formation des paysages, des structures paysagères et de leur assise géologique sont connues. Au minimum, elles sont formalisées dans les premières pages des chartes qui décrivent le contexte géographique des parcs. Ces connaissances s’imbriquent dans les valeurs associées à la biodiversité des espaces naturels protégés et dans les dimensions pittoresques des sites inscrits et classés. Selon ces critères d’analyse, les masques identifiés sont ainsi assez similaires pour chaque parc. Pourtant, en fonction des contextes, chaque PNR s’est approprié ces connaissances de façon spécifique : à divers degrés et selon des entrées différentes, cette dimension géopatrimoniale encore masquée devient un potentiel à révéler.
32Chaque parc naturel régional s’inscrit dans des contextes naturels et anthropiques différents. Les enjeux auxquels ils sont confrontés et les projets territoriaux qui en découlent sont ainsi spécifiques. Dans le domaine du géopatrimoine, les chartes des parcs montrent que ces territoires s’en sont saisis de façon diverse et que si, en général, des potentiels sont encore à exploiter, la géodiversité n’est jamais absente, qu’elle soit juste un support descriptif, un socle paysager ou qu’une reconnaissance, même partielle, soit déjà effective. Il ne s’agit pas d’établir une hiérarchie entre les parcs, entre ceux qui ont « déjà » engagé une démarche géopatrimoniale et ceux pour lesquels cet aspect semble encore à développer. Sans exhaustivité, l’objectif est de montrer qu’en se saisissant des approches particulières déjà développées dans les chartes, chaque parc dispose de connaissances géopatrimoniales importantes. Même si plusieurs pistes se dégagent, nous en avons sélectionné deux principales, en lien avec le paysage : les sols et leur importance dans la reconnaissance des paysages géomorphologiques et les paysages-socles associés à la gestion de l’eau. Un troisième point propose de mettre l'accent sur l’astroblème de Rochechouart-Chassenon dans le PNR Périgord-Limousin et inverse le questionnement : la présence d’un géopatrimoine fortement valorisé se fait-elle au détriment des autres ? Les autres pistes, plus ténues, sont discutées dans les perspectives.
- 11 La charte de 1995 a été rédigée dans le contexte spécifique de la perte du label « parc naturel rég (...)
33Parmi les parcs étudiés, les PNR du Marais poitevin et des Landes de Gascogne montrent des spécificités associées à la diversité des sols qui les composent. La charte de 1995 du PNR du Marais poitevin fournit à ce sujet des connaissances extrêmement précises11 : dans la partie consacrée aux « sols variés issus d'une histoire » (charte PNR Marais poitevin, 1995, p. 13-14) les sols de bri, les sols argilo-humifères, les sols tourbeux, le bri marin ancien, le bri marin récent sont clairement décrits ; plus loin (charte PNR Marais poitevin, 1995, p. 16-17), les milieux sableux littoraux et les estrans ainsi que les polders, « sols asséchés », entrent aussi dans cette catégorie. Le sol calcaire jurassique porte quant à lui des éléments microtopographiques du plat pays poitevin : « la topographie de ce territoire est remarquablement homogène, à l'exception de quelques îlots calcaires qui émergent de quelques mètres au-dessus du marais et sur lesquels se sont installés les villages [...] » (charte PNR Marais poitevin, 1995, p. 12). Il constitue, avec le « bri marin récent », un sol qui présente « une bonne stabilité structurale » (charte PNR Marais poitevin, 1995, p. 14). La charte indique qu’il est possible de « distinguer dans le Marais poitevin six catégories de paysages, découlant de la structure du sol et de la genèse de ce territoire » ; la charte de 2014 met aussi l’accent sur l'importance de ces paysages-socles dans le fonctionnement géophysique des milieux naturels : « le sol du Marais poitevin présente un gradient de salinité, une diversité pédologique et de niveaux hydriques liés aux différentes époques de retrait de la mer et aux aménagements successifs […] » (charte PNR Marais poitevin, 1995, p. 51) ; à propos des marais desséchés et de leurs poldérisations et aménagements successifs, il est indiqué que « cette évolution de l’occupation du sol et des usages a eu des conséquences sur la gestion de l’eau […] pour optimiser les conditions pédologiques favorables aux cultures » (charte PNR Marais poitevin, 1995, p. 57).
34Ce sol anthropique est aussi valorisé par le PNR des Landes de Gascogne dès la charte constitutive de 1970, repris dans la charte de 2014 : « dans la forêt des Landes de Gascogne, où les sciences de la nature et les sciences de l'homme se confondent, présenter le récit de la conquête laborieuse d'un sol stérile constitue une "leçon de choses" aisément déchiffrable par tous […] un parc naturel régional doit être un instrument pédagogique et apprendre à lire l'évolution d'un sol inscrit dans son espace » (charte PNR Landes de Gascogne, 2014, p. 10). La dimension paysagère des sols est identifiée par « le contraste sol sableux landais et sol ocre argileux de l’Armagnac » (charte PNR Landes de Gascogne, 2014, p. 21). Encore rarement mobilisés dans le cadre des études sur la géodiversité et le géopatrimoine (Masseroli et al., 2023), les sols des PNR néo-aquitains pourraient ainsi constituer une entrée originale à ces thèmes : pour les PNR du Marais poitevin et des Landes de Gascogne (et pour le PNR en projet des Marais littoraux charentais), il s’agirait de valoriser leurs propriétés hydromorphiques et leur inscription dans le paysage géomorphologique. Dans les autres PNR, cette entrée pourrait se voir utilisée, par exemple, pour des questions de terroirs (viticoles pour le Médoc, forestier pour le PNR Millevaches en Limousin).
35L’ensemble des parcs naturels régionaux existants a réalisé l’inventaire des paysages qui les composent en les abordant en tant que structure, unité ou ensemble paysager. Les PNR Médoc et surtout de Millevaches en Limousin sont très avancés dans ce domaine : dans sa charte constitutive de 2019, le PNR Médoc identifie quatre grandes unités paysagères dont certaines sont marquées par des éléments géologiques et géomorphologiques emblématiques pour les spécificités forestière et viticole (« le vignoble occupe aujourd’hui environ 17 000 ha sur la succession de croupes graveleuses dominant ces terres de palus » (charte PNR Médoc, 2019, p. 13) et pour le risque lié au recul du trait de côte (ensemble paysager de la Pointe de Grave). En 2004, le PNR de Millevaches en Limousin projette la réalisation de chartes paysagères et architecturales (mesure 11.1.) fondées sur les unités paysagères du PNR : « Du fait de l'extrême diversité et spécificité des paysages du parc, de la complexité des enjeux et des situations, une approche par unité paysagère a été préférée à l'approche typologique classique (paysages de vallée, paysage de plateau, et cetera). Ces entités paysagères […] sont des entités spatiales et visuelles, possédant chacune leur propre problématique, leurs propres enjeux. Elles sont déterminées par les différentes formes d'espaces ouverts et forestiers, la structuration du relief, les diverses formes de présence de l'eau » (charte PNR Millevaches en Limousin, 2004, p. 38). Dans la charte de 2018, le PNR présente deux inventaires paysagers : celui des Sites d’intérêt écologique et paysager (SIEP) (charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 92) et celui des Sites d’importance écologique majeurs (SIEM) (charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 94). Ces inventaires constituent la base de la charte paysagère du PNR : elle « a permis aux acteurs du territoire de définir cinq types de paysages : les hauts plateaux, les massifs, les monts et collines, les piémonts et plateaux, les vallées. Ces types de paysage comprennent une vingtaine d’ensembles paysagers porteurs d’une identité propre et qui sont découpés au final en plus de 100 unités paysagères maillant finement le territoire » (charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 76). Ces entités paysagères, fondées sur le « paysage-socle », doivent « permettre de définir des ensembles de référence facilitant la compréhension d’un territoire par ses acteurs » (charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 76) ; à une échelle fine, elles décrivent les dimensions écologiques qui les caractérisent (SIEM), par exemple, les calcaires qui constituent des habitats spécifiques y sont précisément identifiés.
- 12 Selon l’étymologie occitane : mille vacca signifie « mille sources ». Cette version est notamment r (...)
36Une entrée commune à tous les parcs concerne aussi la gestion et la qualité de l’eau : pour le PNR de Millevaches en Limousin, « longtemps appelé territoire château d’eau » (charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 28)12, il s’agit d’ « adapter l’interprétation et l’analyse des résultats au contexte local, proposer de nouveaux paramètres de suivi alliant données scientifiques mais aussi suivis de routine (géomorphologie, micropolluants, biologie), proposer des suivis temporaires lors de toute action sur les milieux aquatiques » (charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 100). En Périgord-Limousin, la problématique se focalise sur les questions de qualité des eaux, le PNR « propose les expertises nécessaires (études hydrogéologiques, études d’interconnexions, délimitation de périmètres de protection), et est partenaire lors de leur réalisation » (charte PNR Périgord-Limousin, 1998, p. 24) ; enfin, ces paysages-ressources sont aussi associés aux questions de gestion géophysique de la ressource (agriculture dans le Marais poitevin et proximité de l’agglomération bordelaise pour le PNR Landes de Gascogne) ; dans le PNR Médoc, l’eau est aussi un facteur de risque littoral. Ces deux thèmes paysagers, socle et eau, peuvent de même être appréhendés dans les chartes des autres parcs : ils pourraient constituer des entrées paysagères introductives à la géodiversité et au géopatrimoine des cinq parcs naturels régionaux néo-aquitains.
37Dans le PNR Périgord-Limousin, la géodiversité fait l’objet d’une reconnaissance importante : dans les deux chartes de 1998 et de 2011, le calcaire est associé à des milieux écologiques spécifiques ou Zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) ; les vallées, monts et massifs composent des paysages emblématiques ; granite et calcaire constituent les hydrosystèmes assurant la ressource en eau et le fonctionnement écologique des milieux ; ils sont, avec le micaschiste, les roches principales des carrières. Dès la charte constitutive (1998), la sauvegarde du patrimoine géologique est identifiée comme l’un des projets majeurs du PNR, fondé en particulier sur les sites météoritiques de Rochechouart et de sa région :
« [...] les sites météoriques constituent un ensemble majeur du patrimoine géologique national et européen, faisant l'objet d'un projet visant à leur préservation et valorisation pédagogique, scientifique et touristique. La diversité géologique du Périgord-Limousin suppose et permet par ailleurs des actions de sauvegarde et de mise en valeur de ce patrimoine, appelées à concerner plusieurs sites témoignant de cette variété […]. Les efforts du milieu associatif local et des communes concernées visant à la création d'un pôle de découverte de la météorite de Rochechouart sont soutenus. Elles associent le Parc aux réflexions devant permettre de définir les mesures de préservation […] et le programme de valorisation à entreprendre, ainsi que leurs modalités techniques et financières. » (charte PNR Périgord-Limousin, 1998, p. 32)
38À la page suivante, il est indiqué que « […] les sites de la météorite sont appelés à devenir le pôle majeur d'un réseau de sites d'intérêt géologique, destiné à la vulgarisation du patrimoine géologique local dans toute sa diversité (terrains cristallins, terrains sédimentaires, filons minéralisés) […] le Parc propose des mesures favorisant la protection et la valorisation pédagogique et scientifique de ces sites » (charte PNR Périgord-Limousin, 1998, p. 33). Entre les deux chartes, la réserve naturelle nationale de l'Astroblème de Rochechouart-Chassenon classée pour son patrimoine géologique a été créée (2008) et l’INPG a été lancé : sur 14 géosites identifiés dans les limites du Parc, six concernent le site météoritique : l’astroblème semble tout écraser… il est même mobilisé comme possible outil administratif dans l’article 5 de la charte de 1998 (charte PNR Périgord-Limousin, 1998, p. 18) : il pourrait être le support d’un statut de « communes associées ou de territoires associés », en particulier lorsque ces entités se situent hors des limites du PNR.
- 13 1. « Astroblème Rochechouart-Chassenon » 18. Affleurements serpentinicoles de la « lande de Puychen (...)
39La charte de 2011 s’appuie aussi sur un « réseau de sites » comme étant « un support privilégié d’éducation à l’environnement et de découverte du territoire ». Parmi eux, les Sites d’intérêt géologique particulier sont identifiés13 ; ils s’adossent à la quarantaine de sites d’intérêt écologique qui ont été retenus en raison de « l'équilibre et de la richesse des écosystèmes qu'ils hébergent, de la présence de particularités géologiques, d’habitats naturels, d'espèces végétales ou animales rares et menacées, voire protégées » (charte PNR Périgord-Limousin, 2011, p. 169). Si l’astroblème est toujours très présent, de la place est désormais réservée aux autres géopatrimoines : « l’identité du Périgord-Limousin est faite de diversité, de transitions et d’imbrications, à l’image de ses rivières cristallines puis sédimentaires [...], de ses milieux naturels contrastés, alternant pelouses sèches et landes humides, ou landes à serpentine, de ses paysages de forêts et de prairies imbriquées. Les constructions traditionnelles illustrent par leur usage de la pierre la transition géologique, entre les gneiss et micaschiste au Nord et le calcaire au Sud-Ouest » (charte PNR Périgord-Limousin, 2011, p. 7). Dans ce contexte, l’astroblème de Rochechouart-Chassenon, s’il a été fortement mis en valeur a, semble-t-il, permis de lancer une dynamique de reconnaissance géopatrimoniale importante qui a ensuite éclairé les autres géosites.
40La cartographie (figure 2) représente les géosites de l’INPG, les espaces naturels protégés réglementaires, les sites classés et inscrits dans le contexte des parcs naturels régionaux de la région Nouvelle-Aquitaine, existants et en projet. Au-delà des informations contenues dans les tables attributaires, complémentaires aux chartes, cette carte permet de visualiser les « potentiels géopatrimoniaux » à l’échelle de la région. Nous avons indiqué sur la carte uniquement les sites aux potentiels les plus importants situés dans les limites des PNR : ceux-ci ont été déterminés quand plusieurs sites aux potentiels paysagers et/ou écologiques se superposent. Autrement dit, plus il y a de superpositions d’espaces réglementairement protégés, plus le potentiel pour établir différentes lectures géopatrimoniales est important. Quatre points centraux adossés à la carte sont proposés. Pour chaque tableau en annexe, la colonne intitulée SIG constitue la base de l’analyse qui a été menée ici pour les huit parcs. Concernant les géosites situés dans les PNR néo-aquitains, cinq situations se dégagent. Nous les avons indiqués par ordre d’importance géopatrimoniale. Les deux premiers types de géosites sont reconnus pour leur valeur géopatrimoniale – géosite et « géosite-géosite » ; les trois géosites suivants le sont aussi pour leurs autres valeurs patrimoniales « additionnelles » (écologique, paysagère), en lien avec les critères d’évaluation des géomorphosites, voir supra, note 1).
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Les « géosites » : Vingt-deux géosites existent « pour eux-mêmes » et ne font l’objet d’aucune autre reconnaissance que celle de l’INPG. C’est en Gâtine poitevine (10) et dans le PNR de Millevaches en Limousin (7) qu’ils sont le plus nombreux.
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Les « géosites-géosites » : dans les PNR de Millevaches en Limousin, Périgord-Limousin et des Marais littoraux charentais, on trouve treize cas de géosites qui se superposent à d’autres géosites. Par exemple, le géosite Gneiss et paysages du mont Gargan (PNR de Millevaches en Limousin) se trouve « inclus » dans le géosite de la faille westphalienne d’Argentat qui s’étend sur 200 kilomètres de long ; le géosite Socle et brèche monogénique de Rochechouard figure parmi les huit géosites sur les treize recensés à se superposer à l’astroblème de Rochechouard-Chassenon. Ainsi, assez logiquement, ce sont les géosites qui s’étendent sur de grandes surfaces (l’Archipel fossile du Marais rochefortais, la faille westphalienne d’Argentat, l’astroblème de Rochechouart-Chassenon) qui sont davantage concernés par cette catégorie. Ici, l’entrée géopatrimoniale est unique, mais forte : ces géosites superposés permettent des emboitements d’échelles spatiales et temporelles, variant les niveaux d’interprétation.
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Les « géosites à potentiel écologique » : vingt-sept géosites se superposent partiellement ou totalement avec un ou plusieurs espaces naturels protégés : les espaces Natura 2000 sont les plus représentés (20), cinq sont des réserves naturelles nationales, un est une réserve naturelle régionale et deux sont des arrêtés de protection de biotopes. Les parcs naturels régionaux Périgord-Limousin (huit espaces naturels protégés se superposent à quatre géosites), de Montagne Basque (cinq sites Natura 2000 se superposent à trois géosites), des Landes de Gascognes (quatre espaces N2000 s’étendent sur quatre géosites) et des Marais littoraux charentais (quatre espaces naturels protégés se superposent à deux géosites) comptent le plus de superpositions, toutes protections confondues. Ces géosites recèlent donc un potentiel géopatrimonial écologique important pouvant être mobilisé pour les révéler.
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Les « géosites à potentiel paysager » : huit géosites sont concernés par la présence de sites classés ou inscrits dont un géosite dans le PNR Périgord-Limousin et un géosite dans le PNR en projet Montagne Basque. Le PNR de Millevaches en Limousin compte six superpositions géosite / site classé et inscrit dont trois concernent la faille westphalienne d’Argentat. Dans ces cas, c’est la dimension artistique, historique, légendaire, pittoresque, propre à chaque site qui peut être mobilisée dans le cadre d’une révélation géopatrimoniale.
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Les « géosites multipatrimoniaux » : cette catégorie concerne les douze géosites qui sont totalement ou partiellement protégés avec au moins un espace naturel protégé et au moins un site classé/inscrit (au moins trois types d’espaces et de sites se superposent) : chacun des PNR du Marais poitevin et Périgord-Limousin en englobe un, les PNR Médoc, des Landes de Gascogne, de Millevaches en Limousin en comptent deux tout comme les PNR en projet Montagne basque et Marais littoraux charentais. Ces géosites multi-patrimoniaux, identifiés sur la carte, offrent les entrées les plus diverses vers le géopatrimoine.
41Le point précédent a mis en avant les résultats principaux de cette recherche en s’appuyant sur les rubriques proposées pour l’analyse des onze chartes des parcs naturels régionaux de Nouvelle-Aquitaine. La cartographie réalisée a permis, en autres, de proposer une typologie des géosites néo-aquitains selon leur potentiel de lecture géopatrimoniale. Les parcs naturels régionaux de la région Nouvelle-Aquitaine abritent ainsi un géopatrimoine diversifié dont la reconnaissance n’est pas toujours effective : si les parcs, qu’ils soient déjà existants ou en projet, englobent une géodiversité bien connue et parfois patrimonialisée et valorisée, le géopatrimoine semble quant à lui simplement masqué par d’autres enjeux et éléments patrimoniaux (écologiques et paysagers en particulier) dans un grand nombre de cas. Il apparait comme « en attente » d’être révélé. Ces résultats peuvent être discutés et mis en perspective en décalant l’analyse menée : spatialement, en replaçant les PNR néo-aquitains dans le contexte régional et national de l’INPG, mais aussi en montrant l’importance des parcs naturels régionaux en projet ; thématiquement, en précisant les aspects culturels et anthropiques associés aux géosites et en s’éloignant parfois des chartes ; et temporellement, en insistant sur le caractère instantané de l’étude qui méritera d’être actualisée lors de la parution des prochaines chartes, en particulier celles des PNR en projet.
42L’INPG a sélectionné des géosites sur la base de critères nationaux ; autrement dit, lors de la première phase de l’inventaire menée à l’échelle départementale, des géosites ont été identifiés et n’ont pas été retenus à l’échelle nationale. Par exemple, dans le Marais poitevin, les buttes coquillières de Saint-Michel-en-l’Herm apparaissent dans l’inventaire vendéen, mais pas dans l’INPG. Dans une démarche de reconnaissance du géopatrimoine, il s’agirait de mettre en valeur ces inventaires des géosites locaux, à l’échelle de chaque parc (voir par exemple ce qui a été réalisé dans le Parc national régional Normandie-Maine ; Portal et Aubron, 2022). Complémentaires, ces inventaires mettraient en valeur le géopatrimoine propre à chaque territoire tout en valorisant le géopatrimoine régional et national. Cette démarche est aussi un préalable à la candidature au label géoparc auquel peuvent prétendre les territoires « parc ». Elle peut aussi se prévoir dans le processus de création de parcs naturels régionaux. Dans ce contexte, l’analyse montre aussi l’importance des parcs en projet dans le cadre d’une reconnaissance des géopatrimoines. Plus précisément, ces trois parcs nourrissent la diversité des géosites de la Région et le potentiel géopatrimonial. Par exemple, concernant la dimension proto-géopatrimoniale, ces PNR englobent presque la moitié de la totalité des sites classés et inscrits et des espaces naturels protégés présents dans des PNR (respectivement 54 sur 111 et 50 sur 106) : les potentiels de lecture géopatrimoniale sont importants. Les géosites inventoriés dans ces parcs confortent aussi l’assise déjà établie dans les PNR existants et la diversifie : 11 géosites anthropiques (carrières) s’ajoutent aux 9 inventoriés dans les parcs existants et 7 géosites géomorphologiques abondent les 16 déjà inventoriés. La cartographie permet d’identifier 22 géosites qui existent « pour eux-mêmes » dont 10 se situent en Gâtine poitevine. Parmi eux, trois font partie de la Réserve naturelle nationale géologique du Haut-Poitou, créée en 2024, et tous sont constitués par des carrières. Pour certains, ils sont intégrés au réseau l’Homme et la Pierre valorisant le patrimoine industriel (Poncet, 2021 ; Tézière, 2023). Cette démarche est intégrée à la future charte du PNR de Gâtine poitevine, tout comme la volonté de changement d’échelle d’inventaire :
« Pour que le volet géologie/patrimoine géologique ne soit pas oublié dans la démarche, les sites d’intérêt géologique, listés ou non dans l’INPG Poitou-Charentes, ont été intégrés dans le diagnostic territorial. La charte du futur parc, en cours de rédaction, prévoit d’ores et déjà un axe consacré au géopatrimoine que les communes et EPCI adhérents seront dans l’obligation de prendre en compte dans leurs documents d’urbanisme. » (Poncet et al., 2023, p. 37)
43Enfin, l’importance des deux autres PNR en projet est aussi à noter : le PNR des Marais littoraux charentais compte cinq géosites qui se doublent d’un ou plusieurs espaces naturels protégés ou d’un autre géosite ; les géosites du PNR en projet Montagne Basque affichent quant à eux une forte dimension pittoresque : sept sites classés ou inscrits se superposent à 6 géosites. Enfin, ces deux parcs englobent chacun deux géosites multi-patrimoniaux. Le futur réseau constitué par les huit parcs naturels régionaux en Nouvelle-Aquitaine s’appuie ainsi sur un géopatrimoine important, dont chaque parc illustre les spécificités. On peut alors imaginer s’appuyer sur ces potentiels géopatrimoniaux pour faire reconnaitre le géopatrimoine. Dans l’ouest français, les parcs naturels régionaux d’Armorique et de Normandie-Maine ont obtenu le label Géoparc Unesco en 2024, ouvrant peut-être une voie à ces réflexions.
44Dans l’inventaire des géosites néo-aquitains, 19 géosites anthropiques (sur 20, sans compter les musées) sont des carrières anciennes ou encore en exploitation. En croisant cette rubrique avec celle concernant le patrimoine culturel, il apparait que ces carrières peuvent être associées à des forges, elles-mêmes en relation directe avec des cours d’eau et des problématiques associées à la morphologie, aux problématiques hydrogéologiques (mobilités des sédiments par exemple) et à l’écologie (pollution, rupture des circulations piscicoles, et cetera). Comme vu précédemment pour le PNR en projet de Gâtine poitevine, ces sites industriels peuvent bénéficier d’un regard géopatrimonial. La charte du PNR Médoc projette déjà de « favoriser l’insertion paysagère des sites de carrières ou de gravières ; (de) favoriser et accompagner les démarches de conciliation des enjeux écologiques et paysagers avec les usages des zones humides artificielles (carrières), ainsi que la réhabilitation des sites après exploitation » (charte PNR Médoc, 2019, p. 90). Les parcs naturels régionaux des Landes de Gascogne et Périgord-Limousin valorisent spécifiquement ces éléments pour leur dimension ethnologique et les intègrent dans la sphère du patrimoine industriel. Dans le cadre d’une lecture géopatrimoniale de ces sites, ces connaissances pourraient être mobilisées en intégrant, si le site le permet, l’interprétation des coupes artificielles. La même démarche pourrait être envisagée pour les artéfacts archéologiques, l’architecture et le patrimoine bâti, voire les monuments historiques (grottes ornées, mottes féodales, phares, et cetera) qui sont évoqués dans les chartes des parcs existants sans être spécifiquement reconnus ou partiellement valorisés pour leur valeur géopatrimoniale.
- 14 Pour plus d’informations, voir le site internet du CIAO de Vassivière [en ligne] URL : https://www (...)
- 15 Pour plus d’informations, voir le site internet du Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne - ch (...)
45Enfin, toujours dans cette démarche de lecture géopatrimoniale via la dimension culturelle, l’approche artistique, pas ou très peu mise en avant, semble pourtant bénéficier de potentiels importants : chaque parc englobe déjà des sites classés et inscrits, pittoresques, et pour lesquels l’étude n’a été menée qu’en surface. Il s’agirait d’investir ces sites d’un point de vue géopatrimonial : dans le PNR Médoc, le géosite des sables coquilliers holocènes du cordon de Richard (Nord-Médoc) et le phare de Richard sont temporairement investis par La Nuit des carrelets, une rencontre entre l’association du Phare de Richard et l’association Territoires imaginaires ; dans le PNR de Millevaches en Limousin, le Centre International d’Art et du Paysage (CIAP) de Vassivière situé sur l’île de Vassivière, au cœur du lac éponyme et site classé en 1964, est aussi incontournable. Dans la charte de 2004, le site est intégré à l’unité paysagère numéro 2 « Vassivière et ses alentours - les roches Brunagères et le bois de Crozat (le lac de Vassivière) » (charte PNR Millevaches en Limousin, 2004, p. 42) évoquant le géosite « Pierriers du bois de Crozat ». La charte suivante qui présente les SIEP et les SIEM indique vouloir établir « des liens entre les SIEM et les sites Natura 2000 Landes des roches brunagères et bois de Crozat - Landes et zones humides autour du lac de Vassivière » (site N2000 classé en 2008, charte PNR Millevaches en Limousin, 2018, p. 191). Si la dimension artistique n’apparait pas directement, elle pourrait s’inscrire dans différentes initiatives de la valorisation géopatrimoniale du site lors de commandes d’œuvres autour du géopatrimoine. Nous notons par exemple que la mise en art in situ de l’île de Vassivière débute avec l’organisation de plusieurs symposiums de sculptures réalisées entièrement en granite, dans les années 1980 (Guyot et al., 2020). Outre le CIAP, il y a autour du lac au moins deux sentiers artistiques basés sur des sculptures en granite14. Dans le PNR Périgord-Limousin, le Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne – château de Rochechouart a été inauguré en 1985 et accueille régulièrement des expositions en lien avec la météorite et plus largement, la géologie15.
46La création des PNR existants - de 1970 pour le PNR des Landes de Gascogne à 2019 pour le PNR Médoc permet d’avoir un recul temporel suffisamment important qui nous amène avant l’identification de la géodiversité comme porteuse de valeur patrimoniale. Cela permet de reconstituer les trajectoires de la reconnaissance géopatrimoniale des chartes constitutives aux chartes en cours (soit d’un projet de parc à un autre) en intégrant à l’étude la période proto-patrimoniale. Ainsi, sur l’ensemble des territoires « parcs », les sites et espaces protégés l’ont été à partir de 1909 (tel que le site classé du Rocher du Thouet en Gâtine poitevine) et des classements sont toujours en cours aujourd’hui. L’espace naturel protégé le plus ancien est la Rive gauche du canal de Charras dans les Marais littoraux charentais (arrêté de Protection de Biotope en 1980). Le processus de protection de sites ou d’espaces naturels s’inscrit dans le temps long. Il dépend des enjeux de protection liés à chaque époque et aux lois qui y sont associées. Les géosites multi-patrimoniaux sont d’ailleurs révélateurs de la succession de ces différentes périodes : de façon synthétique, il apparait que les sites classés et inscrits l’ont surtout été dans les années 1940 (les châteaux en particulier), relayés, dans les années 1970, par le classement ou l’inscription de sites naturels monumentaux (avec la déclinaison « Grand Site » dans les années 2010). Les premières réserves naturelles apparaissent à la fin des années 1970 et au début des années 1980 et les sites Natura 2000 surtout à partir des années 2010, suivis par la récente reconnaissance géopatrimoniale et la finalisation de l’INPG.
47Au-delà des éléments protégés, ces géosites montrent l’emboitement de différents sites et espaces protégés, illustrant l’histoire de la protection de l’environnement en France. Ils indiquent aussi que les phases successives identifiées ne s’annulent pas, l’une ne remplace pas l’autre. Les chartes des parcs ont été appréhendées selon cette progressivité : depuis leur création, les parcs naturels régionaux sont des outils d’aménagement et de développement économique des territoires qu’ils englobent. Au fur et à mesure, les orientations et les projets évoluent et donnent les priorités pour les quinze années d’effectivité des chartes. De plus, le temps d’application des lois s’étend sur une durée très longue. Par exemple, si les premières lois pour la protection des sites et monuments naturels ont été promulguées en 1906 et 1930, des sites ont été classés ou inscrits durant tout le 20e siècle et le sont encore aujourd’hui. Il en est de même pour tous les autres espaces protégés. Cette étude est donc le reflet d’un état précis à un moment donné et elle devra forcément être actualisée, en particulier lorsque paraitront les prochaines chartes des parcs existants et les chartes constitutives des parcs en projet.
48Cette recherche avait pour objectif d’étudier la géodiversité et le géopatrimoine des huit territoires « parcs » existants et en projet de la région de Nouvelle-Aquitaine. L’analyse littéraire et thématique des chartes des parcs naturels régionaux a montré que malgré la présence de 70 géosites identifiés par l’Inventaire national du patrimoine géologique et localisés dans ces PNR, le géopatrimoine des parcs est diversement reconnu, souvent dissimulé par d’autres patrimoines associés à la biodiversité et à la dimension pittoresque des sites. Dans l’enceinte des PNR, la cartographie produite a permis d’identifier les superpositions des géosites avec les autres espaces protégés. Ces géosites acquièrent, selon nous, une dimension multi-patrimoniale, permettant plusieurs modalités d’interprétation : les masques de la biodiversité et du pittoresque se transforment alors en potentiel écologique et paysager pour valoriser le géopatrimoine ; dans le cas de géosites superposés (« géosite-géosite »), les interprétations par niveau d’échelle apportent une vraie plus-value à l’interprétation géopatrimoniale. Au-delà de cet aspect, la valorisation des géosites pourrait apporter une identification supplémentaire à ces territoires : leur homogénéité (notamment par la présence importante de géosites à dimension géomorphologique) abonde l’identité paysagère recherchée par ces structures ; leur diversité, elle aussi valorisante, concourt à cette même recherche d’identification.
- 16 Pour plus d’informations, voir le site internet de la DREAL Nouvelle-Aquitaine [en ligne] URL : htt (...)
49Sans que cela ait été analysé en profondeur, les aspects culturels et anthropiques des géosites semblent aussi prometteurs, particulièrement dans les projets de nouveaux parcs. Une dynamique semble lancée, que deux initiatives récentes viennent conforter : le service « patrimoine naturel » de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de la Région en étroite collaboration avec les géologues de la Commission régionale du patrimoine géologique (CRPG) a édité en 2023 une exposition intitulée « L’inventaire du patrimoine géologique en Nouvelle-Aquitaine ». Il s’agit de 10 supports à exposer verticalement (kakémonos), téléchargeables, destinés au grand public. Une affiche, de grande dimension, sur le patrimoine géologique dans les réserves naturelles de Nouvelle-Aquitaine est aussi disponible16 , tout comme l’accès à l’INPG par territoires régionaux. Le numéro spécial de la revue Géologues. Géosciences et sociétés, dont le dossier principal est consacré à la Nouvelle-Aquitaine (Audru et al., 2023) montre, lui aussi, un dynamisme récent, mais bien réel de valorisation du géopatrimoine à l’échelle régionale.