Valentim Fernandes et ses compilations de récits de voyages (1502-1510)
Résumés
Valentim Fernandes, aussi connu sous le nom de Valentinus Moravus, s’est installé au Portugal au début des années 1490. Peu de temps après, il est déjà étroitement lié à la maison royale portugaise et est devenu le plus important imprimeur en activité du Portugal. En plus d’avoir publié des ouvrages à caractère religieux, juridique et humaniste, il a réuni deux importants recueils de récits de voyage. L’un fut imprimé en 1502 à Lisbonne sous le titre Marco Paulo ; l’autre, resté manuscrit et finalement intégré à la bibliothèque de Konrad Peutinger, membre de l’élite politique germanique, est connu sous le nom de Codex Valentim Fernandes. Le présent article vise à mettre au jour et à faire connaître ces deux compilations, ainsi que le contexte de leur constitution.
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- 1 Sur la biographie de Fernandes, voir Artur Anselmo, Origens da Imprensa em Portugal, Lisbonne, Impr (...)
1Valentim Fernandes, comme il est connu en portugais, se faisait aussi appeler Valentinus Moravus car il était originaire de la Moravie où il est né vers 1450, probablement dans la ville d’Olomouc, aujourd’hui en République tchèque. Aux alentours de 1490, il vivait dans la péninsule Ibérique, plus spécifiquement à Séville, où il travaillait peut-être déjà comme imprimeur, avec des collègues germanophones. S’il est difficile de se prononcer avec exactitude sur ses activités à cette époque, on peut néanmoins déduire rétrospectivement qu’il connaissait déjà bien le métier de typographe en arrivant au Portugal1. Une rapide introduction à la vie et à l’œuvre de Valentim Fernandes aidera à contextualiser les deux compilations de récits de voyage qu’il constitue dans les premières années du xvie siècle, l’une imprimée, l’autre manuscrite, et qui font l’objet du présent article. Par la suite, ces compilations géographiques seront analysées selon différentes perspectives : d’abord en étudiant leurs liens avec la politique éditoriale à l’époque de Fernandes ; ensuite en montrant les relations que ce dernier entretient avec la cour portugaise et son territoire d’origine.
- 2 À propos de l’exploration de l’Atlantique par les couronnes ibériques, voir Luís Adão da Fonseca, O (...)
21492 correspond à l’année du voyage inaugural de Christophe Colomb, qui part de Séville à la recherche d’une route occidentale vers les Indes. C’étaient ces mêmes Indes que les Portugais cherchaient depuis une vingtaine d’années en explorant systématiquement la côte occidentale de l’Afrique, où ils avaient établi une importante base en la forteresse de la Mine (São Jorge da Mina). Depuis le voyage de Bartolomeu Dias jusqu’au cap de Bonne-Espérance, en 1488, les Portugais étaient certains de la possibilité de naviguer directement de Lisbonne jusqu’aux Indes par une route orientale. Le retour de Colomb de son premier voyage, avec des nouvelles sur la découverte d’îles « asiatiques » dans la partie occidentale de l’Atlantique, avait déclenché un conflit diplomatique entre le Portugal et l’Espagne, conflit rapidement résolu par le traité de Tordesillas. En 1494, les couronnes ibériques s’étaient accordées sur un partage de zones d’influence et de navigation dans l’océan Atlantique2.
- 3 Voir Joaquim Veríssimo Serrão, Itinerários de El-rei D. João II (1481-1495), Lisbonne, Academia Por (...)
3Valentinus Moravus arrive au Portugal en 1494 dans cette conjoncture de voyages océaniques et d’explorations géographiques. En effet, cette année-là, il est présent lors d’une audience royale à Évora, au mois de novembre. Le roi portugais D. João II, accompagné de sa femme, la reine Leonor de Viseu, et de son secrétaire, l’humaniste Cataldus Parisius Siculus, recevait alors le docteur Hieronymus Münzer à Évora, une ville portugaise à l’intérieur des terres où logeait souvent la cour. L’humaniste allemand, lors de son voyage dans la péninsule Ibérique, lui apportait une missive de Maximilien Ier, roi des Romains et cousin du roi du Portugal, avec une proposition d’association pour un voyage d’exploration océanique vers l’Occident. Il s’agissait justement du projet que Christophe Colomb venait d’accomplir3.
- 4 Voir Hieronymus Münzer, Itinerary and the Discovery of Guinea, éd. et trad. James Firth, Londres, J (...)
- 5 Sur Behaim, qui fut probablement une des connaissances de Valentim Fernandes à Lisbonne, voir Rui M (...)
4L’interprète de Münzer n’était autre que Valentinus Moravus. Est-ce à dire qu’il connaissait déjà la langue portugaise et avait vécu auparavant au Portugal ? Ou bien qu’il traduisait de l’espagnol en allemand, autre possibilité dans la mesure où la cour portugaise était à cette époque largement bilingue ? Rien n’est certain, mais la première hypothèse reste la plus probable, parce que Valentinus Moravus allait peu après démontrer des connaissances approfondies dans la langue portugaise. Il est donc possible qu’il ait, à cette date-là, déjà résidé au Portugal, probablement à Lisbonne, où vivait une communauté allemande relativement conséquente, mentionnée explicitement dans l’Itinéraire que Münzer tira de son voyage, et qui demeura sous forme manuscrite à l’époque4. De cette communauté allemande faisait notamment partie Martin Behaim, un des auteurs du célèbre globe qui porte son nom, conservé à Nuremberg, et que Münzer a rencontré5.
- 6 Ludolph von Sachen [Ludolphe le Chartreux], Vita Christi, Milan, Giovanni Antonio di Onate, ca. 148 (...)
- 7 Ludolfo de Saxónia [Ludolphe le Chartreux], Vita Christi, trad. Nicolau Vieira et Bernardo de Alcob (...)
- 8 À propos de Nicolas de Saxe, voir Artur Anselmo, Origens da Imprensa em Portugal, op. cit., p. 198- (...)
5Un des cadeaux diplomatiques apportés par Hieronymus Münzer pour le couple royal portugais était une édition luxueuse d’un ouvrage alors largement diffusé en Europe, la Vita Christi, rédigée au xive siècle par le dominicain Ludolphe le Chartreux. Ce cadeau pourrait correspondre à une édition publiée vers 1480 à Milan6, dont un exemplaire est conservé aujourd’hui à la bibliothèque publique d’Évora (Biblioteca Pública de Évora). Valentinus Moravus fut alors vraisemblablement chargé par le couple royal lusitanien de publier une traduction portugaise de cette même Vita Christi. Celle-ci voit le jour à Lisbonne l’année suivante, entre mai et novembre 1495, imprimée en quatre gros volumes sous le patronage du roi D. João II et de sa femme7. Il s’agit d’une publication de grande envergure, au format in-folio et illustrée de nombreuses gravures en pleine page, impliquant un investissement considérable. Ce qui signifie que le Morave, même s’il s’était associé pour cette entreprise à un autre imprimeur allemand, Nicolas de Saxe, devait déjà maîtriser les arts de l’imprimerie, au sein desquels il allait se distinguer les années suivantes8. Son apprentissage avait probablement eu lieu lors de son séjour à Séville, voire plus tôt encore. Au cours de l’impression de la Vita Christi, le roi D. João II, qui après Évora s’était déplacé en Algarve, mourut à Alvor sans descendance légitime. La succession revint à son cousin et beau-frère, D. Manuel, duc de Beja (le frère de la reine veuve), acclamé roi du Portugal sous le nom de Manuel Ier à la fin octobre 1495.
- 9 Pour des informations plus complètes au sujet de ces ouvrages, voir ibid., p. 146-198 ; Helga Maria (...)
6À partir de ce moment-là, Valentim Fernandes Alemão, comme il se fait nommer, depuis son atelier lisboète, devient rapidement l’imprimeur actif le plus important du Portugal, diversifiant son offre de livres, entre commandes de la maison royale, de dignitaires ecclésiastiques et de clients institutionnels, et projets relevant de sa propre initiative. La frontière entre les deux types d’ouvrages est parfois floue, mais le Morave reste actif jusqu’en 1518, date possible de sa mort. Examinons quelques exemples de ses éditions, qui se firent parfois en collaboration avec d’autres imprimeurs9.
- Immédiatement après la publication de la Vita Christi, Valentim Fernandes publie, en 1496, l’Historia do muy nobre Vespasiano, ou Destruction de Jérusalem, une sorte de continuation de la Vita Christi, également dans une édition monumentale.
- Peut-être la même année, il imprima à Lisbonne un autre ouvrage aux caractéristiques populaires, le Regimento proueytoso contra ha pestenença, traduction d’un ouvrage sur la peste du médecin catalan Jaume d’Agramunt, actif au xive siècle, qui, à l’époque de Fernandes, connaissait une grande vogue en Europe.
- L’année suivante, il publia trois opuscules grammaticaux, collectivement connus comme Grãmatica Pastrane, destinés à l’enseignement des règles de la grammaire latine.
- En 1500, Valentim Fernandes imprima une édition des lettres latines de Cataldo Parisio Siculo, l’humaniste italien qu’il avait rencontré auparavant à Évora, et qui continuait à être actif à la cour lusitanienne.
- Un an plus tard, l’imprimeur morave publia la Glosa famosissima sobre las coplas de dõ Iorge Marriq[ue], du poète espagnol Alonso de Cervantes, qui vivait alors en exil au Portugal.
- 10 Sur la cité de Lisbonne au xvie siècle, voir Annemarie Jordan Gschwend et Kate J. P. Lowe (dir.), T (...)
7Parallèlement à ses activités d’imprimeur, qui impliquent des contacts avec la cour royale, les cercles humanistes portugais, la hiérarchie de l’Église ou certaines maisons nobles, Valentim Fernandes, sur désignation du roi D. Manuel Ier, travaille aussi comme notaire officiel de la communauté allemande au Portugal. Dans ce cadre, on le voit s’intéresser aux affaires commerciales à Lisbonne et, par extension, au monde dynamique de l’expansion maritime lusitanienne. Il entre en relation avec des capitaines, des pilotes, des facteurs, des cosmographes et des cartographes. La grande ville portuaire portugaise était, dans la transition du xve au xvie siècle, et surtout après le voyage en Inde de Vasco de Gama de 1498-1499, un centre cosmopolite, où se croisaient des individus, des marchandises, des informations, des artefacts, des animaux, des idées et des techniques venus des quatre coins du monde10.
- 11 Marco Paulo. Ho liuro de Nycolao Veneto. Ho trallado da carta de huũ genoues das ditas terras, éd. (...)
8En guise de résultat de cette dynamique cosmopolite, Valentim Fernandes publie à Lisbonne, en 1502, le Marco Paulo, première compilation de récits de voyages imprimée en langue portugaise. Il s’agit d’un ouvrage véritablement novateur, notamment du point de vue de la logique éditoriale portugaise, qui pour la première fois, dans ses paratextes (où figuraient les observations personnelles du traducteur), mettait en scène les voyages et les découvertes qui s’étaient succédé depuis le début du xve siècle11.
Fig. 1 : Page de titre de Marco Paulo (Lisbonne, 1502).
Bibliothèque nationale du Portugal, domaine public.
9Valentim Fernandes inclut trois textes dans sa compilation innovante :
- D’abord, la pièce de résistance était le Marco Paulo, c’est-à-dire une traduction portugaise du fameux Devisement du monde où le Vénitien Marco Polo raconte ses pérégrinations orientales. On débat encore pour savoir si Valentim Fernandes a été lui-même l’auteur de la traduction, qui dérive d’une édition latine, mais il est plus probable qu’il ait utilisé une traduction portugaise préexistante, d’ailleurs signalée dans les inventaires de la bibliothèque royale portugaise depuis le début du xve siècle12.
- Le deuxième texte, Ho livro de Nycolao Veneto, est une traduction portugaise faite par Valentim Fernandes lui-même du récit des voyages asiatiques du Vénitien Niccolò de Conti, préparé par l’humaniste Poggio Bracciolini vers le milieu du xve siècle. L’imprimeur morave travaillait probablement à partir de l’édition de l’India recognita publiée à Milan une dizaine d’années auparavant13.
- Enfin, le troisième texte est une lettre du marchand génois Girolamo da Santo Stefano, écrite depuis Tripoli en 1499 et qui décrit ses voyages en Asie. Apparemment, la lettre avait été adressée à un autre Génois, Gian Giacomo Mainerio, qui à l’époque vivait à Lisbonne14.
- 15 Marco Paulo, fol. 98v : « auisamento daquelles que agora vam pera as ditas Indias » (nous traduison (...)
10Le recueil de Valentim Fernandes est publié à la veille du deuxième voyage de Vasco de Gama en Inde, fait explicitement mentionné dans le colophon : « comme information pour ceux qui sont en train de partir vers les Indes15 ». Le Morave suggère aux hommes qui s’embarquent sur la flotte portugaise de veiller à confronter les récits des voyageurs italiens publiés avec la réalité géographique et humaine qu’ils rencontreraient en Inde. Cela étant, ils devaient corriger les éventuelles erreurs contenues dans les pages de Marco Paulo,
- 16 Ibid. : « queiram emendar e correger ho que de menos acharem no escrever .s. nos vocábulos das prou (...)
amender et corriger tout ce que vous trouverez en défaut dans cette écriture, à savoir, les noms des provinces, des règnes, des villes, des îles, et tout autre chose, y compris les distances en lieues d’une terre jusqu’à l’autre16.
Il y avait donc une stratégie clairement pédagogique vis-à-vis des voyageurs lettrés prenant part aux expéditions portugaises alors en cours, et qui visait à évaluer la valeur informative des textes publiés à la lumière des réalités orientales.
- 17 Ibid., fol. Ajv : « Rey de Portugal e dos Algarues. daquem e alem mar em Africa. Senhor de Guynee. (...)
11La sphère armillaire – emblème du roi D. Manuel Ier – apparaît sur la couverture de l’ouvrage (voir fig. 1), et le monarque portugais est salué dans les paratextes écrits par Fernandes. Il y présente également un aperçu des connaissances géographiques disponibles au Portugal sur les mondes extra-européens. À ce sujet, l’imprimeur morave donne des explications très détaillées sur le long titre adopté peu de temps auparavant par le monarque portugais, « Roi du Portugal et des Algarves d’ici et d’au-delà de la mer en Afrique, Seigneur de Guinée et de la conquête de la navigation et du commerce en Éthiopie, Arabie, Perse et Inde17 ». Il s’agissait évidemment d’un acte de propagande, parce qu’en 1502 les Portugais ne contrôlaient que deux ou trois petits comptoirs fortifiés aux marges de l’océan Indien.
- 18 Voir Marco Polo, El Libro de Marco Polo anotado por Cristobal Colón. El libro de Marco Polo de Rodr (...)
- 19 Pour une édition moderne, voir Giovanni Battista Ramusio, Navigazioni e Viaggi, éd. Marica Milanesi (...)
- 20 Voir ibid., p. 238-239.
12À travers des contacts espagnols de Valentim Fernandes, un exemplaire du Marco Paulo arrive bientôt à Séville, où en 1503 le chanoine Rodrigo Fernandez de Santaella en publie une traduction espagnole, sous les presses de Jacobo Cromberger, un imprimeur allemand, avec qui, probablement, Valentim Fernandes avait travaillé auparavant. Le livre fut publié avec comme titre El libro del famoso Marco Paulo veneciano d[e] las cosas marauillosas q[ue] vido en las partes oriẽtales, et Fernández de Santaella inclut aussi dans son édition, comme l’avait fait Valentim Fernandes à Lisbonne, une « Cosmographia breve introductoria en el libro de Marco Paulo18 ». Curieusement, la collection publiée par Valentim Fernandes connaît encore d’autres avatars en Europe, et notamment dans l’édition des récits de Niccolò de Conti et de Girolamo da Santo Stefano intégrés par l’humaniste italien Giovanni Battista Ramusio dans sa monumentale compilation Navigationi et Viaggi, imprimée à Venise en trois volumes entre 1550 et 155919. Les versions ramusiennes de ces deux récits sont des rétroversions de l’édition de Fernandes20.
- 21 Voir l’ouvrage classique de Jaime Cortesão, A Política de Sigilo nos Descobrimentos, Lisbonne, Impr (...)
- 22 Paesi novamente retrovati et novo mondo da Alberico Vesputio Florentino intitulato, éd. Fracanzio d (...)
- 23 Voir António Alberto Banha de Andrade, Mundos Novos do Mundo. Panorama da difusão, pela Europa, de (...)
13Pour des raisons qui n’ont pas encore été pleinement élucidées, Valentim Fernandes n’imprime par la suite aucun autre ouvrage lié aux voyages de découvertes ou aux régions géographiques extra-européennes. L’historiographie moderne portugaise a longuement discuté la prétendue política de sigilo, qu’on pourrait traduire par « politique du secret d’État », mise en place par le pouvoir lusitanien21. Est-ce que la couronne portugaise, dès le début du xvie siècle, avait établi un interdit de publication sur les récits de voyages maritimes intercontinentaux et les descriptions des territoires extra-européens, afin de garder le secret sur des voies d’accès aux richesses africaines et asiatiques qui faisaient la prospérité de D. Manuel Ier le roi fortuné ? Au Portugal, singulièrement, et ce jusqu’à la fin de la période manuéline, aucun rapport de cette nature n’a été imprimé. Cependant, les nouvelles sur les nouveaux mondes avec lesquels les Portugais étaient en contact pouvaient difficilement être tenues secrètes, puisque depuis les premières navigations le long des côtes africaines, au début du xve siècle, on enregistre la présence d’étrangers sur des navires portugais, qui transmettaient librement des informations sur leurs expériences outre-mer. Beaucoup de ces nouveaux récits connurent même l’honneur d’être imprimés hors du Portugal. Le meilleur exemple, au début du xvie siècle, consiste en la publication à Vicence en 1507, par Fracanzio da Montalboddo, du recueil Paesi novamente retrovati et novo mondo da Alberico Vesputio Florentino intitulato, dérivé en grande partie de sources d’origine portugaise ou reçues par la voie du Portugal22. Le manque de matériel imprimé sur ces thèmes dans le territoire portugais pourrait être dû aux difficultés d’accès à la typographie des groupes sociaux les plus activement impliqués dans les voyages d’exploration et de conquête23.
- 24 Voir Diogo Ramada Curto, « A literatura e o império: entre o espírito cavaleiroso, as trocas da cor (...)
- 25 Voir António Alberto Banha de Andrade, Mundos Novos do Mundo, op. cit., passim.
14Est-ce que le recueil de récits du Marco Paulo avait été publié à la seule initiative de Valentim Fernandes, avec des motivations à la fois culturelles et matérielles, c’est-à-dire comme une contribution à la diffusion des savoirs géographiques et simultanément, comme une entreprise de nature commerciale ? Ou bien l’initiative de l’édition venait-elle de la couronne portugaise, qui voulait utiliser le Marco Paulo comme instrument de sa stratégie diplomatique vis-à-vis de Venise, comme cela a pu être suggéré24 ? La première hypothèse est la plus probable, si on regarde de près l’histoire de l’édition au Portugal dans les décennies suivantes. On n’y trouve aucune trace d’intérêt pour la traduction et la publication de récits de voyage italiens, de la même façon qu’on n’y trouve aucun cas de publication d’ouvrages concernant l’expansion maritime portugaise outre-mer, au moins jusqu’en 154025. Le Marco Paulo est certainement le projet isolé d’un éditeur cosmopolite, qui est capable de placer les grands voyages maritimes portugais dans un contexte historique européen plus large, du point de vue du savoir géographique. Mais la publication de l’ouvrage a certainement eu le soutien de la couronne lusitanienne, qui y voit une contribution de plus à la campagne de propagande sur les accomplissements maritimes des Portugais.
- 26 Au sujet des relations entre Valentim Fernandes et Peutinger, voir Jürgen Pohle, Os Mercadores-banq (...)
15Valentim Fernandes continua à s’intéresser activement aux expéditions maritimes lusitaniennes, et à Lisbonne il recueillait régulièrement des informations sous forme manuscrite auprès des voyageurs et des marchands qui faisaient partie de son cercle de connaissances. La Bibliothèque d’État de la Bavière (Bayerische StaatsBibliothek) conserve aujourd’hui un codex manuscrit in-octavo de 350 pages, connu sous le nom Codex hispanicum 27, qui a appartenu à la bibliothèque personnelle de l’humaniste allemand Konrad Peutinger, secrétaire municipal d’Augsbourg et conseiller de Maximilien Ier. Peutinger était un des correspondants réguliers de Valentim Fernandes, de même qu’un bibliophile accompli : il possédait une des plus grandes bibliothèques personnelles en Europe26.
- 27 Voir Descriptio Africae, Cod. hisp. 27, Bayerische StaatsBibliothek [En ligne] URL : https://www.di (...)
16L’auteur, et quelques fois le copiste, des textes qui font partie du Codex hispanicum 27 n’est autre que Valentim Fernandes, et le codex est aussi connu, dans l’historiographie portugaise, sous le nom de Códice Valentim Fernandes. Il existe une édition diplomatique portugaise récente, de l’Academia Portuguesa da História, qui facilite l’étude de ces textes, et le manuscrit de Munich est également disponible en ligne27. Les textes, certains en portugais, d’autres en latin, mais tous de la main de Valentim Fernandes, sont datés de la période 1506-1510 ce qui signifie que l’imprimeur morave, peu de temps après la publication du Marco Paulo, commença à collectionner systématiquement tout type de matériaux sur les voyages d’exploration portugais, y compris des cartes géographiques.
Fig.2 : Page de Descriptio Africae, Cod. hisp. 27 (1506-1510).
Bayerische StaatsBibliothek, domaine public.
17Examinons en détail le contenu du Codex Valentim Fernandes, qui est sa deuxième compilation de récits de voyages. L’organisation des textes n’est pas strictement chronologique, et on ne sait pas quelle logique a présidé à sa compilation, ni qui était le responsable final de cette organisation, qui pourrait être soit Valentim Fernandes, soit Konrad Peutinger, soit un des secrétaires de ce dernier :
- « Da viagem de dom Francisco de Almeida primeyro viso rey de Jndia » (« Du voyage de D. Francisco de Almeida, premier vice-roi des Indes », fols. 2-14v). Il s’agit d’une copie du récit détaillé du voyage en Inde de 1505, écrit par le facteur allemand Hans Mayr, en collaboration avec Fernão Soares, le capitaine d’un des navires de la flotte de D. Francisco de Almeida, noble portugais qui avait été nommé comme vice-roi de l’Estado da Índia28. Valentim Fernandes connaissait bien Mayr, qui à cette époque vivait à Lisbonne et c’est de lui qu’il aurait obtenu une copie de cette lettre29.
- « Das ylhas do Mar Oceano » (« Des îles de la mer océan », fols. 15-35). Il s’agit d’un isolario, c’est-à-dire d’une collection de dix-neuf cartes géographiques des îles de la partie orientale de l’océan Atlantique (Madère, Açores, Canaries, etc.), apparemment dessinées par Valentim Fernandes lui-même. Le Morave aurait pu avoir accès aux cartes originelles à travers ses contacts à la Casa da Mina e Índia (Maison de la Mine et d’Inde), le grand comptoir royal à Lisbonne où étaient centralisées toutes les affaires concernant l’outre-mer de la couronne lusitanienne30.
- « Das ylhas de Dyue » (« Des îles de Diva », fols. 36-44). Une description très informée et novatrice des îles Maldives, d’un auteur anonyme, datant de 1505-1506. Les premières expéditions maritimes des Portugais en Inde avaient touché certaines des nombreuses îles de l’archipel des Maldives31.
- « Cepta cidade em ho Estreyto Herculeo em fronte de Gibraltar » (« Ceuta, cité dans le détroit d’Hercule, en face de Gibraltar », fols. 45-140). C’est un des textes les plus longs, qui présente une description très élaborée de toute l’Afrique occidentale, depuis la ville de Ceuta jusqu’à la Sierra Leone, avec des informations sur les expéditions portugaises. Valentim Fernandes indique parfois le nom de ses informateurs, qui incluent des hommes de cabinet, comme le chroniqueur Gomes Eanes de Zurara, le biographe et contemporain de Henri le Navigateur, ou João Rodrigues, un serviteur du roi D. Manuel Ier qui avait vécu plusieurs années dans l’île d’Arguin, où avait été établi le premier comptoir portugais de la côte occidentale d’Afrique. C’est un texte absolument exceptionnel du point de vue géographique et anthropologique, par sa nouveauté et par son détail, qui révèle les capacités de recherche de Valentim Fernandes.
- Une description des îles atlantiques : les Canaries, Madère, les Açores, le Cap-Vert, São Tomé, avec un nouveau groupe de cartes géographiques (fols. 144-215). C’est une description aussi très novatrice et très détaillée des îles atlantiques, sûrement la première disponible dans les milieux maritimes portugais de l’époque. Elle s’appuyait surtout sur des récits oraux recueillis par l’imprimeur morave auprès de voyageurs et marchands actifs à Lisbonne.
- « Coronica […] descubrimento de Guynee » (« Chronique de la découverte de Guinée », fols. 216-269). Il s’agit d’une copie d’une grande partie de la chronique de Gomes Eanes de Zurara, avec le récit très complet des activités maritimes, militaires et commerciales des Portugais au temps d’Henri le Navigateur. L’œuvre de Zurara circulait dans les milieux de la cour royale portugaise en copies manuscrites, et Valentim Fernandes, comme collaborateur proche du roi D. Manuel Ier et de la reine veuve D. Leonor, aurait eu accès à la bibliothèque royale32.
- « De prima inuentione Gujnee » (« De la première découverte de la Guinée », fols. 270-291). Il s’agit du récit en latin des voyages d’exploration de Diogo Gomes le long de la côte occidentale africaine, vers la moitié du xve siècle. Ce texte était traditionnellement attribué à Martin Behaim, mais l’analyse du latin démontre que le rédacteur était sûrement un Portugais, soit Gomes lui-même, soit un autre navigateur anonyme33.
- « Este liuro he de rotear » (« Ce livre sert à naviguer », fols. 292-315) est un routier pratique pour la navigation sur la côte atlantique qui s’étend depuis la Galice jusqu’à la côte de la Mine, dans le golfe de Guinée. C’est le plus ancien routier portugais connu, certainement de ceux qui étaient utilisés par les pilotes lusitaniens à l’époque. Ces routiers manuscrits étaient rigoureusement gardés à l’époque, et circulaient seulement dans les cercles restreints de la Casa da Mina e Índia auxquels, apparemment, Valentim Fernandes avait accès34.
- Plusieurs cartes des îles atlantiques, dessinées par l’imprimeur morave (fols. 317-331) et des informations miscellanées sur plusieurs régions insulaires et africaines (fols. 337-350).
- 35 Códice Valentim Fernandes, op. cit., p. 19 : « Escripta per mym Valentym Fernadez em Tomar estando (...)
- 36 Ibid., p. 277 : « Deus seja louuado anno de 1506 aos 14 djas de nouembro acabey aqui de escrever e (...)
18Le Codex Valentim Fernandes contient surtout des documents initialement produits par un vaste groupe qui a participé aux voyages et aux explorations organisés sous les ordres de la couronne portugaise au commencement du xve siècle, ou par les chroniqueurs officiels portugais. Néanmoins, la voix du compilateur morave apparaît plusieurs fois dans les pages du manuscrit, comme les deux exemples suivants le démontrent. Dans la description de l’île d’Arguin, le Morave enregistre : « Écrit par moi, Valentim Fernandes, à Tomar, quand le Roi y séjournait l’année de 1506, le 18 juillet, de la parole de João Rodrigues, garde-meubles dudit seigneur, qui avait été envoyé dans ces parties35. » Et dans la copie de la chronique de Guinée on lit : « Dieu soit loué, année de 1506, le 14 novembre, j’ai fini d’écrire et copier cette histoire de Guinée. Valentym Fernandez Alemão36. »
- 37 Voir à ce sujet Alberto Banha de Andrade, Mundos Novos do Mundo, op. cit., passim ; Jorge Borges de (...)
- 38 Au sujet de ces rapports diplomatiques, voir Jean Aubin, Le Latin et l’Astrolabe, Lisbonne/Paris, C (...)
19On peut s’interroger sur les projets que nourrissait l’imprimeur morave avec ce manuscrit. Est-ce qu’il songeait à publier cette deuxième compilation de récits de voyage, comme il l’avait fait auparavant avec le Marco Paulo ? Il paraît évident qu’il collectionnait ces différents cahiers en vue de la production d’une œuvre systématique et organisée. Konrad Peutinger, qui ne connaissait pas la langue portugaise, n’était pas capable de lire le codex (ou du moins les textes portugais) qu’il conservait dans sa bibliothèque, et il doit probablement l’avoir reçu seulement après la mort de Valentim Fernandes. Les raisons de l’absence d’édition de cette compilation de récits d’actualité peuvent peut-être se trouver dans le contexte culturel spécifique du Portugal, où, jusqu’à la moitié du xvie siècle, à deux exceptions près, aucun imprimé n’avait été publié au sujet des voyages de découvertes portugais37. Ces exceptions concernaient le Prêtre Jean et les relations diplomatiques initiées entre le Portugal et l’Éthiopie dans les premières décennies du xvie siècle38.
- 39 Au sujet de Duarte Pacheco, voir Esmeraldo de situ orbis de Duarte Pacheco Pereira, éd. Joaquim Bar (...)
20Comme on peut le voir, le Codex Valentim Fernandes est une compilation de récits de voyage et de descriptions géographiques absolument extraordinaire. On peut se demander comment l’imprimeur morave a eu la capacité de recueillir tous ces textes, dont les originaux étaient par nature réservés à un public restreint. Mais il a aussi eu le loisir de recueillir des informations qui lui ont permis de rédiger d’autres textes. Et on se questionne, naturellement, sur la politique du secret (la política do sigilo) prétendument mise en place par la couronne portugaise à propos de ce type de documents. On a ici le cas d’un observateur « non portugais » qui, par sa proximité avec les cercles du pouvoir royal au Portugal, est capable de réunir un ensemble d’informations stratégiques sur les entreprises maritimes lusitaniennes. Le Codex Valentim Fernandes, en effet, contient des matériaux uniques et inédits, dont, dans la plupart des cas, on ne possède pas d’autres copies. Certains de ces récits n’ont pas encore été étudiés de manière exhaustive, du point de vue de leur contenu, de leurs sources, des relations intertextuelles qu’ils entretiennent avec d’autres textes de l’époque. On songe, par exemple, à l’Esmeraldo de situ orbis, le traité du navigateur et cosmographe Duarte Pacheco Pereira de 1508, ou à certains textes inclus dans le Livro de marinharia du pilote João de Lisboa, actif dans les premières décennies du xvie siècle, des hommes que Valentim Fernandes connaissait certainement39.
- 40 Voir António Alberto Banha de Andrade, « O Auto Notarial de Valentim Fernandes (1503) e o seu Signi (...)
- 41 Abel Fontoura da Costa, Cartas das Ilhas de Cabo Verde de Valentim Fernandes, op. cit., p. 87-90.
- 42 António Brásio, « Uma carta inédita de Valentim Fernandes », Boletim da Biblioteca da Universidade (...)
- 43 Abel Fontoura da Costa, Les Déambulations du rhinocéros de Modofar, Roi de Cambaye, de 1514 à 1516, (...)
- 44 Voir, au sujet du dessin du rhinocéros, Roberto de Andrade Martins, « O rinoceronte de Dürer e suas (...)
21On peut aussi repérer quelques dépêches qui ont survécu parmi toutes celles que Valentim Fernandes ne cessait d’envoyer à ses correspondants allemands, notamment à Konrad Peutinger. Elles montrent son intérêt constant pour les affaires portugaises d’outre-mer : un acte notarié en latin, de 1503, où il transmet des nouvelles sur l’exploration du Brésil, la Navigatio Portugallensium ultra aequinoctialem Circulum40 ; une lettre en latin, de 1505, adressée à Konrad Peutinger, avec des informations sur les voyages portugais en Inde41 ; une lettre en allemand, adressée en 1510 à son compère Stefan Gabler, à Nuremberg, où il décrit les activités nautiques et militaires des Portugais en Inde42 ; et une lettre traduite en italien, adressée par Valentim Fernandes en 1515 à un marchand de Nuremberg, avec des informations sur les voyages portugais et sur l’arrivée à Lisbonne d’un rhinocéros indien43. Apparemment, cette dernière lettre contenait aussi un dessin de l’animal asiatique, qui allait servir de modèle à la fameuse gravure d’Albrecht Dürer datée de la même année44.
- 45 Voir l’étude de Helga Jüsten, Valentim Fernandes e a literatura de viagens, Lagos, Câmara Municipal (...)
22La nature et l’ampleur des rapports que Valentim Fernandes entretenait avec le monde maritime et commercial portugais sont encore à déchiffrer en détail45. Très certainement, son triple statut d’étranger au Portugal, d’imprimeur des monarques portugais et d’humaniste lui donnait une vision singulière sur le monde qui l’entourait. D’une part, il voyait le processus expansionniste portugais comme une entreprise de dimension européenne, qu’il fallait divulguer systématiquement. D’autre part, il considérait que les moyens les plus efficaces pour la divulgation de cette entreprise passaient par l’utilisation non seulement des formes coutumières, manuscrites, de la transmission, mais aussi par les nouveaux supports typographiques. Enfin, il avait une perception claire de l’extraordinaire impact des voyages maritimes portugais sur les connaissances géographiques traditionnelles des Européens. Valentim Fernandes était un homme de frontière, idéalement placé au cœur des entreprises lusitaniennes outre-mer, au début du xvie siècle.
- 46 Voir les statistiques et les analyses publiées par Jorge Borges de Macedo dans « Os Lusíadas » e a (...)
23Du point de vue de la construction et de la diffusion des savoirs, Valentim Fernandes vivait par ailleurs à la frontière entre l’ancien monde du manuscrit, support culturel traditionnel dans les sociétés européennes, et le nouveau monde de l’imprimé, qui gagnait lentement de l’importance par vagues concentriques à partir des pays germaniques. Au Portugal, périphérie occidentale de l’Europe, la typographie, par les importants investissements qu’elle présupposait, par les potentialités d’une large circulation des informations imprimées et par les bas niveaux de scolarité du royaume, était associée aux groupes sociaux les plus élevés, les plus traditionnels et les plus conservateurs. Dans la première moitié du xvie siècle, les thèmes dominants dans la production imprimée sont d’un caractère religieux ou juridique et la majorité des publications sont financées ou patronnées soit par la couronne lusitanienne, soit par des personnages éminents de la noblesse ou de l’Église. Les savoirs de nature plus pratique, ayant trait, par exemple, à la navigation et à la cartographie, à la géographie et au commerce, restent dans le domaine du manuscrit46. Ce contexte plus ample suggère que, même pour un imprimeur prestigieux, la publication au Portugal, vers 1510-1520, d’un recueil de récits de voyages et d’actualités tel que le Códice Valentim Fernandes, était une mission impossible.
Notes
1 Sur la biographie de Fernandes, voir Artur Anselmo, Origens da Imprensa em Portugal, Lisbonne, Imprensa Nacional – Casa da Moeda, 1981, p. 149-198 (traduction française : Les Origines de l’Imprimerie au Portugal, Paris, Jean Touzot Libraire-Éditeur, 1983).
2 À propos de l’exploration de l’Atlantique par les couronnes ibériques, voir Luís Adão da Fonseca, Os Descobrimentos e a formação do oceano Atlântico: século xiv-século xvi, Lisbonne, Comissão Nacional para as Comemorações dos Descobrimentos Portugueses, 1999.
3 Voir Joaquim Veríssimo Serrão, Itinerários de El-rei D. João II (1481-1495), Lisbonne, Academia Portuguesa da História, 1993, p. 545-546. Au sujet des relations entre Maximilien Ier, et le Portugal, voir Jürgen Pohle, O Imperador Maximiliano Ier, a alta finança alemã e os Descobrimentos Portugueses, Berlin, Peter Lang, 2019.
4 Voir Hieronymus Münzer, Itinerary and the Discovery of Guinea, éd. et trad. James Firth, Londres, James Firth, 2014, p. 93 (Jérôme Münzer, Voyage en Espagne et au Portugal (1494-1495), trad. fr. Michel Tarayre, Paris, Les Belles Lettres, 2022).
5 Sur Behaim, qui fut probablement une des connaissances de Valentim Fernandes à Lisbonne, voir Rui Manuel Loureiro, « Searching the East by the West: Martin Behaim revisited », RiMe. Rivista dell’Istituto di Storia dell’Europa Mediterranea, n° 9/II, 2021, p. 105-125 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.7410/1509 [consulté le 29/05/2023].
6 Ludolph von Sachen [Ludolphe le Chartreux], Vita Christi, Milan, Giovanni Antonio di Onate, ca. 1488-1489, référence catalographique BPE-RES Inc. 264.
7 Ludolfo de Saxónia [Ludolphe le Chartreux], Vita Christi, trad. Nicolau Vieira et Bernardo de Alcobaça, 4 vol., Lisbonne, Nicolau de Saxónia et Valentim Fernandes, 1495. Les exemplaires de la Bibliothèque nationale du Portugal sont disponibles en ligne, URL : https://purl.pt/22010 [consulté le 30/05/2023]. À propos de cette édition, voir Aires A. Nascimento, « A tradução portuguesa da Vita Christi de Ludolfo da Saxónia: obra de príncipes em “serviço de Nosso Senhor e proveito comum” », Didaskalia, vol. 29, no1-2, 1999, p. 563-587 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.34632/didaskalia.1999.1446.
8 À propos de Nicolas de Saxe, voir Artur Anselmo, Origens da Imprensa em Portugal, op. cit., p. 198-205.
9 Pour des informations plus complètes au sujet de ces ouvrages, voir ibid., p. 146-198 ; Helga Maria Jüsten, Incunábulos e post-incunábulos portugueses (ca. 1488-1518, em redor do material tipográfico dos impressos portugueses), Lisbonne, Centro de Estudos Históricos da Universidade Nova de Lisboa, 2009.
10 Sur la cité de Lisbonne au xvie siècle, voir Annemarie Jordan Gschwend et Kate J. P. Lowe (dir.), The Global City: On the Streets of Renaissance Lisbon, Londres, Paul Holberton Publishing, 2015.
11 Marco Paulo. Ho liuro de Nycolao Veneto. Ho trallado da carta de huũ genoues das ditas terras, éd. et trad., Valentim Fernandes, Lisbonne, Valentim Fernandes, 1502. Pour une édition critique moderne, voir Marco Paulo, éd. Francisco Maria Esteves Pereira, Lisbonne, Biblioteca Nacional, 1922 [En ligne] URL : https://purl.pt/305/6/ [consulté le 06/06/2023].
12 Sur Marco Polo et son rapport de voyage, voir Vasco Resende, « La diffusion européenne de l’édition portugaise du Livre de Marco Polo (1502) », dans Orbis disciplinae. Hommages en l’honneur de Patrick Gautier Dalché, Nathalie Bouloux, Anca Dan et Georges Tolias (dir.), Turnhout, Brepols, 2018, p. 537-554.
13 Voir, au sujet de ce voyageur italien, l’édition critique Nicolo de’ Conti, Le Voyage aux Indes de Nicolò de’ Conti (1414-1439), trad. Diane Ménard/éd. Anne-Laure Amilhat-Szary, Paris, Chandeigne, 2004.
14 À propos de ce voyageur italien peu connu, voir Enrico Basso, « Girolamo da Santo Stefano », dans Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 56, 2001 [En ligne] URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/girolamo-da-santo-stefano_(Dizionario-Biografico)/ [consulté le 30/05/2023].
15 Marco Paulo, fol. 98v : « auisamento daquelles que agora vam pera as ditas Indias » (nous traduisons).
16 Ibid. : « queiram emendar e correger ho que de menos acharem no escrever .s. nos vocábulos das prouinçias. regnos. çidades. ylhas. e outras cousas muytas e nom menos em a distancia das legoas de hũa terra pera outra » (nous traduisons).
17 Ibid., fol. Ajv : « Rey de Portugal e dos Algarues. daquem e alem mar em Africa. Senhor de Guynee. E da conquista da naueguaçom e comercio de Ethiopia. Arabia. Persia. E da India » (nous traduisons).
18 Voir Marco Polo, El Libro de Marco Polo anotado por Cristobal Colón. El libro de Marco Polo de Rodrigo de Santaella, éd. Juan Gil, Madrid, Alianza, 1987.
19 Pour une édition moderne, voir Giovanni Battista Ramusio, Navigazioni e Viaggi, éd. Marica Milanesi, Turin, Einaudi, 1978-1988, vol. 3, p. 7-297. Sur Ramusio, voir Fiona Lejosne, Écrire le monde depuis Venise au xvie siècle. Giovanni Battista Ramusio et les Navigationi et viaggi, Genève, Droz, 2021.
20 Voir ibid., p. 238-239.
21 Voir l’ouvrage classique de Jaime Cortesão, A Política de Sigilo nos Descobrimentos, Lisbonne, Imprensa Nacional/Casa da Moeda, 1977. Pour une position antagoniste, voir Francisco Contente Domingues, Colombo e a política de sigilo na historiografia portuguesa, Lisbonne, Instituto de Investigação Científica Tropical, 1992.
22 Paesi novamente retrovati et novo mondo da Alberico Vesputio Florentino intitulato, éd. Fracanzio da Montalboddo, Vicence, Henrico Vicentino, 1507.
23 Voir António Alberto Banha de Andrade, Mundos Novos do Mundo. Panorama da difusão, pela Europa, de notícias dos Descobrimentos Geográficos Portugueses, 2 vol., Lisbonne, Junta de Investigações do Ultramar, 1972.
24 Voir Diogo Ramada Curto, « A literatura e o império: entre o espírito cavaleiroso, as trocas da corte e o humanismo cívico », dans História da Expansão Portuguesa, Francisco Bethencourt et Kirti Chaudhuri (dir.), Lisbonne, Círculo de Leitores, 1998, vol. 1, p. 434-454.
25 Voir António Alberto Banha de Andrade, Mundos Novos do Mundo, op. cit., passim.
26 Au sujet des relations entre Valentim Fernandes et Peutinger, voir Jürgen Pohle, Os Mercadores-banqueiros alemães e a expansão portuguesa no reinado de D. Manuel I, Lisbonne, CHAM/Centro de Humanidades, Universidade Nova de Lisboa, 2017.
27 Voir Descriptio Africae, Cod. hisp. 27, Bayerische StaatsBibliothek [En ligne] URL : https://www.digitale-sammlungen.de/en/details/bsb00007891 [consulté le 30/05/2023]. Voir Códice Valentim Fernandes, éd. José Pereira da Costa, Lisbonne, Academia Portuguesa da História, 1997.
28 Sur ce voyage, voir Academia de Marinha, D. Francisco de Almeida 1º Vice-rei Português – Actas do IX Simpósio de História Marítima, Lisbonne, Academia de Marinha, 2007.
29 Au sujet de Mayr, voir Jürgen Pohle, Os Mercadores-banqueiros alemães, op. cit., p. 93-98.
30 À propos de ces cartes, voir Abel Fontoura da Costa, Cartas das Ilhas de Cabo Verde de Valentim Fernandes, 1506-1508, Lisbonne, Agência Geral das Colónias, 1939 ; et aussi, plus récemment, Andreas Massing, « Valentim Fernandes’ Five Maps and the Early History and Geography of São Tomé », History in Africa, n° 36, 2009, p. 367-386 [En ligne] DOI : https://doi.org/10.1353/hia.2010.0013. Sur la Casa da Índia, voir Susannah Humble Ferreira, The Crown, the Court and the Casa da Índia: Political Centralization in Portugal 1479-1521, Leyde, Brill, 2015.
31 Au sujet des contacts des Portugais avec les Maldives, voir John Villiers, « The Portuguese in the Maldive Islands », dans Studies in the Portuguese Discoveries I, T. F. Earle et Stephen Parkinson (dir.), Warminster, Aris & Phillips, 1992, p. 17-34.
32 Voir Gomes Eanes de Zurara, Chronique de Guinée (1453), trad. Léon Bourdon/éd. Jacques Paviot, Paris, Chandeigne, 2012.
33 Cette conclusion se trouve dans Diogo Gomes de Sintra, El Descubrimiento de Guinea y de las islas occidentales, éd. Daniel López-Cañete Quiles, Séville, Editorial Universidad de Sevilla, 1991.
34 Voir Abel Fontoura da Costa, Este Liuro he de rotear, Lisbonne, Arquivo Histórico da Marinha, 1933; Damião Peres, Os Mais Antigos Roteiros da Guiné, Lisbonne, Academia Portuguesa da História, 1992.
35 Códice Valentim Fernandes, op. cit., p. 19 : « Escripta per mym Valentym Fernadez em Tomar estando elrey alli anno de 1506 aos 18 de Junho de palavra de Joham Rodryguez reposteyro do dito senhor que per aquellas terras foy enuiado » (nous traduisons).
36 Ibid., p. 277 : « Deus seja louuado anno de 1506 aos 14 djas de nouembro acabey aqui de escrever e treladar esta historia de Guynee / Valentym Fernadez alemam » (nous traduisons).
37 Voir à ce sujet Alberto Banha de Andrade, Mundos Novos do Mundo, op. cit., passim ; Jorge Borges de Macedo, Damião de Góis et l’historiographie portugaise, Paris, École Pratique des Hautes Études, 1982.
38 Au sujet de ces rapports diplomatiques, voir Jean Aubin, Le Latin et l’Astrolabe, Lisbonne/Paris, Comissão Nacional para as Comemorações dos Descobrimentos / Fondation Calouste Gulbenkian, 1996, vol. 1, p. 11-48 et p. 133-210.
39 Au sujet de Duarte Pacheco, voir Esmeraldo de situ orbis de Duarte Pacheco Pereira, éd. Joaquim Barradas de Carvalho, Lisbonne, Fundação Calouste Gulbenkian, 1991 ; sur João de Lisboa, voir Livro de Marinharia: Tratado da agulha de marear de João de Lisboa: Roteiros, sondas e outros conhecimentos relativos à navegação, éd. Jacinto Ignacio de Brito Rebello, Lisbonne, Imprensa de Libanio da Silva, 1903.
40 Voir António Alberto Banha de Andrade, « O Auto Notarial de Valentim Fernandes (1503) e o seu Significado como Fonte Histórica », Arquivos do Centro Cultural Português, no 5, 1972, p. 521-545.
41 Abel Fontoura da Costa, Cartas das Ilhas de Cabo Verde de Valentim Fernandes, op. cit., p. 87-90.
42 António Brásio, « Uma carta inédita de Valentim Fernandes », Boletim da Biblioteca da Universidade de Coimbra, no 24, 1960, p. 338-358.
43 Abel Fontoura da Costa, Les Déambulations du rhinocéros de Modofar, Roi de Cambaye, de 1514 à 1516, Lisbonne, Agência Geral das Colónicas, 1937.
44 Voir, au sujet du dessin du rhinocéros, Roberto de Andrade Martins, « O rinoceronte de Dürer e suas lições para a historiografia da ciência », Filosofia e História da Biologia, vol. 9, no 2, 2014, p. 199-238 [En ligne] URL : http://www.abfhib.org/FHB/FHB-09-2/FHB-v09-n2-05.html [consulté le 29/05/2023].
45 Voir l’étude de Helga Jüsten, Valentim Fernandes e a literatura de viagens, Lagos, Câmara Municipal de Lagos, 2007.
46 Voir les statistiques et les analyses publiées par Jorge Borges de Macedo dans « Os Lusíadas » e a História, Lisbonne, Editorial Verbo, 1979, p. 23-73.
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| Titre | Fig. 1 : Page de titre de Marco Paulo (Lisbonne, 1502). |
| Crédits | Bibliothèque nationale du Portugal, domaine public. |
| URL | http://journals.openedition.org/viatica/docannexe/image/4509/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 547k |
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| Titre | Fig.2 : Page de Descriptio Africae, Cod. hisp. 27 (1506-1510). |
| Crédits | Bayerische StaatsBibliothek, domaine public. |
| URL | http://journals.openedition.org/viatica/docannexe/image/4509/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 510k |
Pour citer cet article
Référence électronique
Rui Manuel Loureiro, « Valentim Fernandes et ses compilations de récits de voyages (1502-1510) », Viatica [En ligne], 12 | 2025, mis en ligne le 15 janvier 2025, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/viatica/4509 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13ef2
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