Jan Kindberg Jacobsen, Rubina Raja, Sine Grove Saxkjær (dir.), Caesar, Rome and Beyond. New Research and Recent Discoveries
Jan Kindberg Jacobsen, Rubina Raja, Sine Grove Saxkjær (dir.), Caesar, Rome and Beyond. New Research and Recent Discoveries, Turnhout, Brepols, « Rome Studies » 4, 2023, 234 p.
Texte intégral
1Figure historique incontournable, César a fait l’objet d’une multitude de publications scientifiques. Dans l’introduction (« Caesar, Rome and Beyond: New and Old Sources »), les éditeurs du volume soulignent l’originalité de leur projet éditorial. La genèse de ce dernier est d’abord liée aux fouilles italo-danoises du Forum de César à Rome. L’ouvrage est également indissociable d’un autre volume de la collection Rome Studies paru en 2021 (T. A. Hass et R. Raja (dir.), Caesar’s Past and Posterity’s Caesar). La complémentarité des deux ouvrages est effectivement notable. Caesar, Rome and Beyond. New Research and Recent Discoveries souhaite interroger à frais nouveaux le corpus documentaire, y compris les vestiges matériels. Les études consacrées à César et à sa réception sont regroupées dans quatre parties : « Caesar and Rome », « The Archaeology of Caesar’s Military Ventures », « New Discoveries » et « New Contributions on Caesar and Historiography ».
2La contribution de Penelope J. E. Davies (« Sensing Change: Late Republican Architecture in Rome ») inaugure la première partie. Elle met en évidence le changement de dimension des projets architecturaux à l’époque césarienne et met en avant la notion essentielle d’« architecture’s agency » pour comprendre le poids de l’architecture dans les transformations romaines. L’architecture publique est un support essentiel de l’idéologie, notamment à travers les décorations et l’approche sensorielle. Eric M. Moormann utilise ensuite l’Art d’aimer d’Ovide pour étudier le paysage urbain de l’Vrbs et ses monuments emblématiques (« Find a Lover in Augustan Rome: How Ovid’s Ars amatoria Became a Criticism of Augustus’s Moral Politics »). Il insiste sur les bâtiments incontournables de la Rome augustéenne et les « Monuments of Love » comme les portiques, avant de revenir au forum de César.
3La deuxième partie explore la dimension archéologique des campagnes militaires de César. Nico Roymans et Manuel Fernández-Götz analysent la guerre des Gaules (« The Archaeology of Julius Caesar: New Research on the Gallic Wars »). L’archéologie de la guerre des Gaules est importante dès le Second Empire. En effet, l’intérêt particulier de Napoléon III pour César a permis de grandes avancées. Les innovations techniques permettent de mieux connaître la matérialité de ces batailles. En outre, un renouveau historiographique a fait émerger de nouvelles perspectives, notamment sur les massacres de masse, l’esclavage et l’économie politique prédatrice. Annalisa Pozzi et Christian Tassinari s’intéressent ensuite au début de la guerre civile opposant César à Pompée en 49 av. J.-C. (« Across the Rubicon to Rome: New Elements for the Identification of Caesar’s Military Camp »). Les fouilles menées à Gatteo de 2018 à 2020 ont livré des attestations matérielles qui permettraient d’identifier la localisation du camp césarien. De plus, l’étude hydrologique serait un atout pour trouver le lieu précis de la traversée du Rubicon. L’archéologie est également à l’honneur dans la contribution d’Andrew P. Fitzpatrick et Colin Haselgrove (« Caesar in Britain: Britain in Rome »). Les campagnes militaires de César en Bretagne en 55-54 av. J.-C. sont souvent considérées comme des échecs. Les auteurs invitent à relativiser cette vision, en reconsidérant les sources et les attestations archéologiques. La traversée de la Manche reste une prouesse.
4La troisième partie est consacrée à des découvertes récentes. D’abord, une contribution collective (Laura di Siena, Jan Kindberg Jacobsen, Gloria Mittica, Giovanni Murro, Claudio Parisi Presicce, Rubina Raja, Sine Grove Saxkjær et Massimo Vitti) revient sur le projet italo-danois de fouilles archéologiques du forum de César à Rome de 2019 à 2021 (« Excavating the Forum Iulium: The Danish-Italian Excavations between Longue Durée Perspectives and High-Definition Narratives »). Ces campagnes de fouilles sont replacées dans la longue durée pour retracer l’histoire du lieu jusqu’à nos jours. L’article aborde également les enjeux contemporains de l’archéologie. L’archéologie doit s’adapter à l’évolution urbanistique d’une ville du xxie siècle. Les deux contributions suivantes étudient un portrait d’Aquinum attribué à César. L’article de Giuseppe Ceraudo contextualise la découverte et revient sur les fouilles de la colonie triumvirale d’Aquinum (« The So-Called Aquinum Portrait of Julius Caesar: From its Discovery to Research Development »). Le portrait a été retrouvé en 2018 avec deux autres statues. Giovanni Murro (« The So-Called “Caesar” of Aquinum: A Preliminary Analysis ») complète l’article précédent en procédant à une étude approfondie du portrait, notamment grâce à une analyse stylistique et comparative. Le portrait est typique d’une auto-représentation idéalisée. Outre l’attribution césarienne, l’auteur explore d’autres pistes d’identification comme un notable local ou Lépide.
5Mario Denti revient ensuite sur une découverte qui a fait couler beaucoup d’encre en France : celle du portrait controversé attribué à César et retrouvé dans le Rhône lors de fouilles menées à Arles (« L’immaginario cesariano tra visioni classicistiche e ideologie nazionalistiche: il caso di un ritratto emerso dalle acque del Rodano »). Après avoir retracé l’histoire de la découverte et de l’identification, M. Denti souligne les pièges de l’identification césarienne et rappelle la stratégie économique de la médiatisation d’une découverte présentée comme exceptionnelle.
6La dernière partie « New Contributions on Caesar and Historiography » met en lumière la réception de la figure césarienne au xxe siècle grâce à deux contributions originales liées au patrimoine culturel danois. Trine Arlund Hass et Rubina Raja s’intéressent à la réécriture césarienne dans la littérature danoise, tout en revenant sur la place des Danois dans les fouilles romaines (« Julius Caesar and the Forum Caesaris: World History, Historiography, and Reception Investigated through Danish Biographies of Caesar from the Early Twentieth Century »). Ensuite Trine Arlund Hass traite la réception d’un épisode des derniers jours de César, lorsque le dictateur, contrairement aux usages, ne s’était pas levé pour recevoir le Sénat (« Past Research Perspectives and Narrated Space: The Incident When Caesar Did Not Rise for the Senate, according to Georg Brandes (1918) and Hartvig Frisch (1942) »). Cet épisode a été retravaillé par le critique littéraire Georg Brand et l’homme politique Hartvig Frisch.
7Pour conclure, l’approche de ce volume, alliant histoire, philologie, archéologie et réception de l’Antiquité, saura susciter l’intérêt. Notons enfin la grande qualité des illustrations, y compris en couleurs.
Pour citer cet article
Référence électronique
Cyrielle Landrea, « Jan Kindberg Jacobsen, Rubina Raja, Sine Grove Saxkjær (dir.), Caesar, Rome and Beyond. New Research and Recent Discoveries », Vita Latina [En ligne], 205 | 2025, mis en ligne le 01 février 2025, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/vita/1152 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1381r
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