Olivier Devillers & Breno Battistin Sebastiani (dir.), Sources et modèles des historiens anciens, 2
Olivier Devillers & Breno Battistin Sebastiani (dir.), Sources et modèles des historiens anciens, 2, Bordeaux, Ausonius, Collection « Scripta Antiqua » 145, 2021, 585 p.
Texte intégral
1Trois ans après la publication d’un premier volume (auquel l’autrice du présent compte-rendu a participé), O. Devillers et B. B. Sebastiani en publient un second, dont le but est de poursuivre la réflexion sur le rapport entre les historiens antiques et les notions de source ou de modèle. Celle-ci n’avait encore jamais été aussi systématiquement traitée auparavant et ce second volume est tout aussi bienvenu que le premier dans le champ des études en historiographie antique.
2Une des qualités de cet ouvrage est la polyvalence desdites notions de source et modèle : en effet, s’il s’agit principalement, comme dans le premier opus, de la façon dont les historiens antiques prennent position vis-à-vis de leurs sources et/ou des prédécesseurs dont ils s’inspiraient, ils deviennent parfois à leur tour des sources et/ou des modèles pour des auteurs du xxe siècle. Le volume s’ouvre ainsi de manière assez originale sur deux contributions, l’une mettant en parallèle l’épistémologie de P. Ricœur et la façon dont Thucydide conçoit la causalité historique, l’autre faisant le lien entre La Guerre du Péloponnèse et Malaise dans la civilisation de S. Freud.
3L’ouvrage est organisé sans sous-section, dans l’ordre chronologique des historiens antiques examinés. Ils ne sont couverts ni dans leur totalité, ni dans les mêmes proportions (par exemple, quatre contributions sur Polybe, une seule sur Tite-Live, même s’il est à nouveau abordé plus loin avec Florus), mais certains de ceux n’apparaissant pas étaient déjà présents dans le premier volume, dont le second complète donc aussi le propos en plus de le poursuivre. On note en particulier l’espace appréciable donné à des historiens souvent peu abordés parce que mal considérés ou écrivant à l’époque tardive, comme Trogue-Pompée / Justin, Florus, Festus, mais aussi Pomponius et son Histoire du droit, Evagrius Scholasticus et son Histoire ecclésiastique ou les hagiographes. Le volume se clôt avec trois intéressantes contributions sur la réception des historiens antiques, là aussi comprise dans un sens assez large, avec la façon dont Florus a été intégré dans les programmes scolaires aux xviiie et xixe siècles le cas d’une allusion faite par Gandhi à la relation entre Crésus et Solon et l’histoire des différentes éditions chiliennes de Thucydide. Il aurait pu être intéressant de mettre en place des regroupements thématiques, afin de mettre davantage en valeur le contenu des différents articles, mais leur grande variété aurait sans doute rendu trop compliqué de prendre des décisions et le premier volume était déjà organisé de cette façon.
4Comme ce dernier, celui-ci est en effet à nouveau l’occasion de lire des contributions variées, rédigées par des collègues d’horizons très divers (titulaires, doctorants, européens, sud-américains…). Les différents articles sont rédigés en français, anglais, espagnol et italien. Comme il serait trop long de tous les résumer ici, je ne donnerai qu’un aperçu de leurs thèmes, ce qui ne signifie en aucun cas que ceux qui ne seront pas évoqués seraient d’un intérêt moindre : les liens entre le récit que Thucydide fait de la bataille de Délion et les Suppliantes d’Eschyle ; l’influence de Socrate sur la façon dont Xénophon envisage l’intervention des dieux dans le cours de l’histoire ; les motivations des Romains à projeter leur présent dans leurs récits du passé ; les récits de siège de Polybe au miroir de la réalité historique ; la tradition épique du duel chez Tite-Live ; le lien entre la description de la prostitution à Babylone par Quinte-Curce et les normes de genre à Rome ; les modèles utilisés par Tacite pour son récit du massacre de Terracine au livre 3 des Histoires ; l’adaptation de ses sources et de son propos par Florus ; les choix narratifs et idéologiques d’Hérodien ; la reprise des codes de la vraisemblance par les hagiographes latins.
5Dans son ensemble, ce volume, d’une longueur assez conséquente, mais logique étant donné son ampleur temporelle et thématique, se lit assez bien. L’anglais de certains articles est parfois un peu maladroit, mais on saura gré à leurs auteurs d’avoir voulu permettre au plus grand nombre d’avoir accès à leurs analyses, dont l’intérêt est indiscutable. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’un ouvrage de référence et on peut remercier ses éditeurs scientifiques et la maison d’édition Ausonius, qui continue d’accepter de publier des volumes sur des sujets assez larges, quand d’autres exigent toujours plus de resserrement du champ commun de réflexion pour les volumes collectifs.
Pour citer cet article
Référence électronique
Pauline Duchêne, « Olivier Devillers & Breno Battistin Sebastiani (dir.), Sources et modèles des historiens anciens, 2 », Vita Latina [En ligne], 205 | 2025, mis en ligne le 01 février 2025, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/vita/828 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1381g
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